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14 janvier 2023 6 14 /01 /janvier /2023 06:41
Littérature - décès du grand écrivain américain Russel Banks - Les sans-voix de Russel Banks, par Marie-José Sirach (L'Humanité, 10 janvier 2023)
Les sans-voix de Russell Banks

Disparition L’auteur états-unien est mort le 7 janvier, à l’âge de 82 ans. Il laisse une œuvre majeure, un portrait protéiforme d’un pays où ses héros sont les oubliés du rêve américain.

Publié le Mardi 10 Janvier 2023 - L'Humanité
 

Il est né prolo, dans le Massachusetts. Il est mort écrivain reconnu dans le monde entier, maintes fois récompensé. Mais il n’a jamais trahi les siens. Dans ses romans, on croise des gens de peu, des hommes et des femmes fatigués et malmenés par la vie, au parcours cabossé, des histoires d’amour qui finissent mal, des rêves inaboutis, des trahisons. Mais pourtant, quel plaisir de partager l’itinéraire de ces enfants peu gâtés par la vie, qui se débattent dans une société qui vend du rêve à vil prix, coincé entre le rayon de lessives et de jouets dans ces Walmart qui pullulent aux abords des villes. La périphérie, la marge, l’histoire mouvementée de son pays, comme ces grands espaces au bout du monde qu’il avait arpentés dans sa jeunesse, étaient la marque de fabrique de cet auteur qui ne s’est sûrement jamais posé la question du « transfuge ». L’ancien prolo qui fut tour à tour plombier, placeur de livres, vendeur de chaussures n’a eu de cesse d’écrire sur les sans-voix de son pays, tous ces laissés-pour-compte pour qui le rêve américain n’était qu’un mirage.

« La vie des gens ordinaires m’attire »

Russell Banks, l’écrivain, leur a redonné ce droit au rêve. En les incarnant, en en faisant des héros ordinaires qui se débattent dans des abîmes de contradictions mais tiennent bon et retrouvent un semblant de dignité. « La vie des gens ­ordinaires m’attire, confiait-il dans nos colonnes. On n’écrit pas un roman parce qu’on a de l’affection pour une classe, une origine ou un genre, mais parce qu’on est lié à un individu. À mesure qu’on s’en approche, on le comprend. Alors, inévitablement, sa classe ­sociale finit par entrer en ligne de compte. Chaque être trimballe son histoire dans le contexte économique, racial et social dans lequel il vit.» Il était parvenu à inventer une voix narrative, «  loin des préjugés bourgeois », s’amusait-il à préciser, pour parler « pour ceux qui n’ont pas de voix ».

Lorsque paraît, en France, Continents à la dérive (1987), le rêve américain en prend un coup. On découvre un écrivain qui ne craint pas de regarder dans les yeux les frustrations et le désespoir d’un père de famille ordinaire, réparateur de chaudières, qui gagne quelques centaines de dollars par mois et rêve d’une vie plus confortable pour les siens. Départ pour la Floride où il retrouve son frère. Plus dure sera la chute tant le rêve n’est qu’un mirage qui s’éloigne chaque fois qu’il pense l’atteindre. Dans Pourfendeur de nuages (1998), roman historique puissant, épique, qui se déroule lors de la guerre de Sécession, Banks trace le portrait de John Brown, fermier abolitionniste de l’Ouest américain. Une réflexion politique d’envergure sur les fondements de l’esclavage aux États-Unis, sur l’engagement poussé jusque dans ses retranchements.

Un récit narratif, « loin des préjugés bourgeois »

De beaux lendemains (1993) met en scène une tragédie, la mort de plusieurs enfants d’une même communauté à la suite d’un accident de car scolaire. Quatre voix vont porter tour à tour ce récit pour dire la douleur des familles à travers des flash-back qui vont au plus près des questionnements intimes. Quatre voix pour raconter, après la colère, le sentiment d’impuissance face à une justice de classe et une résilience collective et solidaire. Ce roman a été porté à l’écran par le réalisateur canadien Atom Egoyan, en 1997, et le film a remporté le grand prix au Festival de Cannes, ainsi qu’au théâtre, dans une belle mise en scène d’Emmanuel Meirieu.

Parmi les nombreux romans et nouvelles, citons American Darling (2005), l’histoire d’une femme, Hannah, qui fuit son pays, les États-Unis, en raison de ses engagements dans les années 1970, et se réfugie au Liberia. L’occasion pour l’auteur de mener de pair un récit introspectif sur l’Amérique, mais aussi sur ce petit pays africain, où retournèrent d’anciens esclaves des plantations américaines. Oh Canada (2022), son dernier roman, est un récit crépusculaire. Celui d’un homme en phase terminale, ­­cinéaste réfugié au Canada parce qu’il avait refusé de faire le Vietnam et qui se confie avant de mourir. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux dans ce texte tout en tension et sans concession. Banks semble regarder dans son propre passé comme dans celui de son propre pays, avec ses parts d’ombre et de lueurs d’espoir, nous rappelant que le chemin n’est jamais droit, qu’il se fait en marchant.

Russell Banks se situe dans la lignée des Mark Twain, Melville, Faulkner ou Jim Thompson. Il aimait la littérature russe et française du XIXe siècle, admirait Joyce, Beckett ou Garcia Marquez. Écrivain et citoyen, il était de tous les combats progressistes dans son pays, contre la guerre en Irak, le Patriot Act, contre la politique des Reagan, Bush et Trump. Il aura présidé, de 1998 à 2004, le Parlement international des écrivains créé par Salman Rushdie. Bref, un type bien sous tous rapports.

Lire l’entretien réalisé par Muriel Steinmetz en 2017 sur humanite.fr
 
Littérature - décès du grand écrivain américain Russel Banks - Les sans-voix de Russel Banks, par Marie-José Sirach (L'Humanité, 10 janvier 2023)
Russell Banks : « C’est la vie des gens ordinaires qui m’intéresse et m’émeut »

Son premier roman, Continents à la dérive, publié en français, en 1986, reparaît dans une nouvelle traduction. Russell Banks nous parle de littérature et de l’élection aux États-Unis.

Publié le Jeudi 3 Novembre 2016 - Muriel Steinmetz, L'Humanité
 

La réédition en France de Continents à la dérive est plus que jamais d’actualité. L’un de vos personnages, une jeune Haïtienne, s’évade de son île pour vivre le rêve américain. Le bilan du cyclone Matthew donne à cela une acuité révélatrice. Plus de 900 morts en Haïti, quelques-uns aux États-Unis…

RUSSELL BANKS Haïti a été très durement touché. J’ai beaucoup d’amis là-bas. Le cinéaste Raoul Peck, qui m’est proche, a perdu sa maison familiale, entièrement détruite. Son village natal est dévasté. Je passe une partie de l’année à Miami. J’ai suivi les événements de très près. Il est en effet frappant de voir qu’un roman, écrit il y a trente ans, semble décrire une réalité d’aujourd’hui.

Savez-vous pourquoi, parmi vos nombreuses œuvres traduites en français, c’est justement Continents à la dérive qui fait l’objet d’une nouvelle publication ?

RUSSELL BANKS C’est le premier de mes livres à avoir été traduit en France. En 1986. Cela fait trente ans tout juste. On doit retraduire, car si le livre ne change pas, la langue, elle, se modifie. Jeune, j’ai lu en anglais les grands romanciers russes, dans la traduction de Constance Garnett qui date des années 1920. L’anglais, depuis, a beaucoup changé. Plus récemment, Tolstoï, Dostoïevski et d’autres ont été retraduits en anglais américain contemporain par Richard Pevear et sa compagne. Je souhaitais que Continents à la dérive soit traduit dans un français du présent, différent de celui de 1986, plus formel et académique, probablement moins influencé par l’anglais américain que ne l’est le français actuel. Pierre Furlan, qui s’est chargé de cette nouvelle traduction, possède une véritable intimité avec ma voix, mon ton, ma diction et mes intentions artistiques. Il comprend mon travail mieux que moi-même.

Vous alternez romans et nouvelles. Comment s’effectue le choix ? La nouvelle, pour vous, n’est-elle qu’un roman bref ou obéit-elle à des lois différentes ?

RUSSELL BANKS L’engagement est autre envers les personnages. Un peu comme ce qui différencie le mariage de la simple aventure. La nouvelle suppose une forme d’intimité extrêmement brève et intense, qui ne permet pas la vision d’ensemble. L’attention se concentre sur une seule journée, un unique événement, avec une relation au temps bien spécifique. Continents à la dérive requérait une temporalité longue, pour qu’il y ait rencontre avec les personnages principaux.

Vos personnages sont plus des anti héros que des héros selon l’acception habituelle. Est-ce parce que l’idéologie officielle des États-Unis repose sur l’optimisme triomphant où chacun a sa chance de devenir un héros ?

RUSSELL BANKS Je n’ai jamais souscrit à une idéologie officielle. Bien au contraire. Le devoir de l’artiste consiste à remettre en cause toute forme d’idéologie, en la confrontant à la réalité, celle, ici, de Bob Dubois ou de Vanise Dorsinville, soit leur vie d’êtres humains véritables.

Peut-on dire alors que votre œuvre, en son entier, s’attache à brosser le tableau d’une société à partir de ses laissés-pour-compte, en montrant que les gens simples, comme on dit, sont en fait très compliqués et, finalement, de bien meilleurs sujets pour la littérature ?

RUSSELL BANKS La vie des gens ordinaires m’attire et m’émeut plus que celle des gens extraordinaires. La majorité m’intéresse plus que l’élite. On n’écrit pas un roman parce qu’on a de l’affection pour une classe, une origine ou un genre, mais parce qu’on est lié à un individu. À mesure qu’on s’en approche, on le comprend. Alors, inévitablement, sa classe sociale finit par entrer en ligne de compte. Chaque être trimballe son histoire dans le contexte économique, racial et social dans lequel il vit.

Acceptez-vous qu’on puisse définir votre œuvre comme appartenant au registre du « réalisme critique » ?

RUSSELL BANKS C’est pas trop mal ! (Rires.) Je préfère m’en tenir au simple réalisme. Le roman décrit le monde de la façon dont l’auteur le voit. Il est des visions étriquées et d’autres larges et englobantes. Mon point de vue est celui d’un Américain de gauche plutôt libéral. Je fais en sorte que cela ne déforme pas ma vision. Je ne suis ni propagandiste ni idéologue.

Dans le champ immense de la littérature universelle, quels noms mettez-vous au-dessus de tout ?

RUSSELL BANKS Jeune, j’ai beaucoup lu les classiques américains : Mark Twain, Melville puis Hemingway, Faulkner, plus récemment Nelson Algren, plus près de nous encore Toni Morrison et Louise Hardwick, une romancière indienne américaine, mais aussi Richard Ford et des Canadiens comme Michael Ondaatje. Je n’oublie pas les grands Russes. On dépend tous de ceux-là. Il y a aussi Flaubert, Zola, Maupassant… Je m’aperçois que je ne nomme que des écrivains réalistes ! Il serait préférable de citer ceux qui ne m’ont pas influencé : Joyce, Beckett ou Gabriel Garcia Marquez, même si je les admire énormément. Et je n’ai jamais eu d’inclination vers le surréalisme ou la littérature fantastique.

Quand écrivez-vous ? Tôt le matin ? Tard le soir ? La nuit ?

RUSSELL BANKS Le matin, jusqu’au milieu de l’après-midi. Je ne travaille pas chez moi mais dans un atelier où je ne fais rien d’autre. Je ne réponds pas au téléphone. Pas de courrier à ouvrir pour découvrir des factures à payer.

Avez-vous toujours un petit carnet de notes à la main ? Comment ça vient, tout ça ?

RUSSELL BANKS J’écris d’abord à la main avec un stylo Montblanc. Je commence toujours par prendre des notes sur un petit carnet noir, puis certains éléments se font jour dans un grand cahier noir en moleskine. Ensuite, je passe à l’écran.

Votre grand pays est ces jours-ci en proie à un grand spectacle politique féroce. Qu’en pensez-vous ?

RUSSELL BANKS Hillary Clinton va gagner au terme de l’élection la plus moche que j’ai jamais vue. Trump est le candidat le plus incompétent et dangereux qu’on ait jamais eu. Il exploite sans vergogne une situation qui a conduit beaucoup de gens, aux États-Unis, à se sentir exclus de tout. La candidature de Bernie Sanders répondait certes à un même état de fait, sauf que lui proposait un programme progressiste, éclairé et optimiste. Celui de Trump est violent, raciste, misogyne, plein de colère et de haine envers les migrants et les musulmans. Les désillusions qui se sont matérialisées au cours du dernier quart de siècle sont devenues une réalité à laquelle on ne peut plus échapper. Si je ne suis pas mécontent de voir une femme sur le point d’être élue à la présidence des États-Unis, je demeure profondément déçu parce qu’il s’agit d’une politicienne pragmatique on ne peut plus ordinaire. C’est le père de quatre filles qui vous parle ! J’espère que la Chambre des représentants basculera du côté des démocrates. Alors, seulement, des changements bénéfiques seront possibles, à commencer par les nominations à la Cour suprême. Obama a été empêché d’agir car le Sénat et la Chambre des représentants sont aux mains des républicains. Il n’a rien pu faire sur le contrôle des armes, la protection de l’environnement et la réglementation de l’industrie financière.

L’exploration des poches de misère des États-Unis

À partir des destins parallèles d’un petit Blanc insatisfait et d’une Noire vouée à l’exil, Russell Banks décrit sans peur un monde sans pitié.

Fils et petit-fils de plombiers, abandonné à l’âge de 12 ans par un père alcoolique, Russell Banks (76 ans), fervent partisan de Bernie Sanders avant de « devoir » soutenir Hillary Clinton, republie en France le roman qui l’y fit connaître il y a trente ans. L’histoire, qui court sur presque 500 pages, commence par une froide après-midi de décembre 1979 dans le New Hampshire, pour s’achever en février 1981 dans les quartiers glauques de Miami (Floride). Deux destins parallèles cheminent en permanence dans le texte, au fil de chapitres surmontés du dessin d’un « vévé » (sorte de symbole utilisé lors des cérémonies vaudoues) tracé par la main de l’auteur.

Il y a Bob Dubois, réparateur de chaudières dans l’Amérique blanche, rurale et périurbaine. Il est insatisfait et se montre timide « comme un gosse de la campagne ». « Je suis là, dit-il, à ramper dans des chaufferies et des sous-sols chaque putain de jour de ma vie ! » Un beau jour, sans crier gare, ce jeune ouvrier démonétisé décide de claquer la porte. Avec sa femme et ses deux filles, il part en Floride rejoindre son frère Eddie, débrouillard sans scrupule et raciste, qui lui promet monts et merveilles. Sur place, Bob voit « des Noirs en nombre pour la première fois depuis le service militaire ». Il bosse six jours sur sept en tant que magasinier dans le commerce de spiritueux de son frère, qui lui refile une arme, « au cas où un Negro voudrait braquer » la boutique.

Dans le même temps, l’Haïtienne Vanise Dorsinville, « à la peau très foncée, couleur de café juste moulu », flanquée d’un neveu et son nouveau-né dans les bras, quitte son île en proie à la pire des dictatures et ravagée par un ouragan. « Au-delà de la résignation », elle traverse la mer sur un rafiot de fortune, après avoir été violée à plusieurs reprises à fond de cale, par des passeurs, pour prix de son voyage. Pages insoutenables !

L’Amérique décrite il y a trente ans par Russell Banks ressemble terriblement à l’actuelle, avec son goût des armes et ses pulsions racistes. Le romancier adopte le parti pris narratif de la troisième personne. Cette convention empruntée à la littérature du XIXe siècle permet d’alterner le point de vue des personnages avec une vision extérieure en surplomb. Les laissés-pour-compte de tous bords sont passés au crible de leur être, par un auteur qui ne cesse de porter un regard lucide sur son pays. Il fouille ainsi sans peur les poches de misère, matérielle et spirituelle, des États-Unis d’hier et d’aujourd’hui. M. S.

  • Continents à la dérive, de Russell Banks, traduit de l’américain par Pierre Furlan. Actes Sud, 442 pages, 23 euros.
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26 décembre 2022 1 26 /12 /décembre /2022 07:10
l’actrice iranienne Taraneh Alidoosti (photo Page Wikipédia)

l’actrice iranienne Taraneh Alidoosti (photo Page Wikipédia)

Iran. Arrestation de l’actrice Iran. Arrestation de l’actrice Taraneh Alidoosti

La comédienne a été arrêtée par les autorités iraniennes. Militante du droit des femmes, Taraneh Alidoosti a soutenu à maintes reprises les mouvements de contestation qui ont suivi la mort de Mahsa Amini. Sur Instagram, la semaine dernière, elle dénonçait l’exécution de Mohsen Shekari pour son implication dans les manifestations.

Publié le Lundi 19 Décembre 2022 - l'Humanité

Vous l’avez peut-être vue dans les films d’Asghar Farhadi À propos d’Elly ou  le Client, oscar du meilleur film étranger. Plus récemment, elle était à l’affiche de Leïla et ses frères, sélectionné cette année en compétition à Cannes. La comédienne Taraneh Alidoosti est en prison depuis samedi. Militante du droit des femmes, elle a soutenu à maintes reprises les mouvements de contestation, nés à la suite du décès de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, le 16 septembre. Elle avait succombé après trois jours de coma et une arrestation par la police des mœurs à Téhéran pour «  port de vêtements inappropriés ».

« Toute organisation internationale qui regarde ce bain de sang sans réagir représente une honte pour l’humanité. » Taraneh Alidoosti

« Taraneh Alidoosti a été arrêtée en raison de ses actions récentes en publiant de fausses informations et contenus, et pour incitation au chaos », précise Tasnim, l’agence semi-officielle de la République islamique. « Toute organisation internationale qui regarde ce bain de sang sans réagir représente une honte pour l’humanité », avait dénoncé l’actrice de 38 ans sur Instagram, le 8 décembre, après la pendaison de Mohsen Shekari, condamné pour « guerre contre Dieu ».

Déjà en novembre, elle avait promis de rester dans son pays et de « payer le prix » qu’il faudrait pour défendre ses droits. Elle avait pris la décision d’arrêter de travailler pour soutenir les familles des victimes des manifestations. Selon une collaboratrice de Farhadi, elle serait à la prison d’Evin à Téhéran, tristement connue pour les mauvais traitements infligés aux détenues.

À l’instar de milliers d’Iraniens et d’une quarantaine d’étrangers détenus dans les geôles de la République islamique, le monde du cinéma paie un lourd tribut à la répression de la révolte populaire. En juillet, les cinéastes Mohammad Rasoulof, Mostafa Aleahmad et Jafar Panahi ont été emprisonnés pour une tribune contestant l’attitude des autorités lors d’une manifestation. Ils sont toujours en détention.

 

Iran. Arrestation de l’actrice Taraneh Alidoosti - Michael Mélinard, L'Humanité, 2022
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26 décembre 2022 1 26 /12 /décembre /2022 06:53
Aragon et Elsa

Aragon et Elsa

Aragon dans les tourments du siècle

Il y a quarante ans, le 24 décembre 1982, disparaissait Louis Aragon. Sa vie, son œuvre épousèrent les espoirs et les désillusions du XXe siècle. Envers et contre tout, il demeure l’un des plus grands écrivains de son temps.

Publié le
Vendredi 23 Décembre 2022

Y a-t-il un mystère Aragon ? Quarante ans après sa mort, comment comprendre son œuvre littéraire sans se (re)plonger dans la tourmente du XXe siècle ? Son engagement en littérature, ce goût prononcé pour la modernité, celle qui marque des ruptures essentielles dans tous les arts comme en politique, sont indissociables. Sa vie fut aussi tumultueuse que le siècle qui le vit grandir.

Il découvre, à 20 ans, les horreurs de la Première Guerre mondiale. C’est au Chemin des Dames qu’il commence l’écriture d’Anicet ou le panorama, roman. Démobilisé, il retourne à Paris. Aragon fréquente les milieux littéraires. Entre des amours tumultueuses, contrariées ou trahies, il se lance à corps perdu dans l’écriture comme un remède à cette mélancolie teintée de rage qui traverse sa génération. Dadaïste, surréaliste, il s’insurge contre la littérature bourgeoise, qu’il veut jeter à la Seine, rien de moins. Période prolifique. Paraîtront le Paysan de Paris, le Con d’Irène (qui lui vaudra les foudres de la censure), des poèmes (Persécuté persécuteur), des essais (Traité du style). Avec André Breton, ils adhèrent au Parti communiste. Mais le climat entre les deux écrivains s’envenime. Breton quitte le PCF. Ils se retrouveront pourtant en 1931 pour dénoncer l’exposition coloniale, « ce carnaval de squelettes ».

Un engagement communiste couplé à un antifascisme viscéral

Aragon a rencontré Elsa Triolet, belle-sœur de Maïakovski, qui se suicide en 1930. Avec Elsa, ils séjournent fréquemment en Union soviétique. Les années 1930 sont constellées d’engagements politiques et esthétiques vigoureux, d’affrontements rudes alors que l’Europe sombre dans le fascisme. Le soutien aveugle et indéfectible à l’Union soviétique se conjugue cependant avec l’engagement antifasciste face à des droites qui préfèrent Hitler au Front populaire. Aragon est de tous ces débats. Il prend la plume comme journaliste à l’Humanité et à Ce soir. Il obtient le Renaudot pour les Beaux Quartiers en 1936.

En 1939, il est de nouveau mobilisé. Après la défaite, il entre en résistance. En publiant clandestinement les Lettres françaises, il rallie, bien au-delà de la sphère communiste, les intellectuels qui refusent de capituler. À la Libération, Aragon acquiert une nouvelle dimension. Après avoir été l’une des figures du surréalisme, le romancier engagé, le poète de la Résistance, il est consacré poète national. La guerre froide, les interventions soviétiques à Budapest, à Prague provoquent des ruptures sans retour parmi les intellectuels français. Aragon est souvent ébranlé mais ne renoncera jamais. En Mai 68, à la Sorbonne, il est chahuté par les étudiants. Une blessure de plus.

La politique, la littérature : Aragon a mené de front ces deux engagements. Avec le Roman inachevé, Olivier Barbarant estime qu’il « réintègre la communauté littéraire » (lire ci-contre). L’avait-il jamais quittée ? À la fin de sa vie, Aragon affiche son homosexualité, porte des masques. « Je ne suis pas celui que vous croyez », laisse-t-il entendre. Son œuvre est dense et cruelle, comme le siècle qui l’a inspirée, avec sa cohorte de trahisons et de désillusions, ses remises en question, y compris dans ses périodes les plus sombres. Et s’il revendique dans Épilogue « le droit au désespoir », il ajoute : « Le chant n’est pas moins beau quand il décline. Il faut savoir ailleurs l’entendre qui renaît comme l’écho dans la colline. »

Aragon, de la flamme à la brûlure

Acquis à la révolution russe et au soutien de l’URSS dès les années 1930, Aragon prend ses distances dans les années 1950, d’abord à mots couverts puis ouvertement, tout en restant fidèle au PCF dans une visée démocratique.

Publié le
Vendredi 23 Décembre 2022

Septembre 1968. Trois mois seulement se sont écoulés après le grand mouvement de mai avec, dans la rue, la jeunesse et les usines. Aragon est allé à la rencontre des étudiants malgré, pour une part d’entre eux, son image de stalinien. Un mois depuis l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de l’Union soviétique et le pacte de Varsovie, mettant fin à sa démocratisation, pour, dit-on alors, un socialisme à visage humain. Dans les Lettres françaises, dont il est le directeur, Aragon publie un article sans concession contre cette intervention, qu’il intitule « J’appelle un chat un chat », reprenant une phrase de Boileau. C’est une réponse directe à la Literatournaïa Gazeta de Moscou commentant et critiquant une déclaration du Comité national des écrivains condamnant l’agression soviétique. « J’ai la certitude, écrit-il, que l’odieux est du côté de ceux qui donnent un nom mensonger à l’invasion brutale de la Tchécoslovaquie, à la rupture brutale de la fraternité entre les partis communistes, au recours à la force comme méthode de discussion. » Dans la période précédente, les Lettres françaises ont déjà apporté leur soutien aux écrivains Andreï Siniavski et Iouli Daniel, traduits en justice à Moscou pour des écrits satiriques sur la vie en URSS… Il soutient Rostropovitch, un ami personnel, le cinéaste Paradjanov.

Il n’en a pas toujours été ainsi. En 1931, alors qu’il a déjà adhéré au PCF, Aragon publie le poème Front rouge. Son excès de zèle révolutionnaire y éclate en formules chocs. « Descendez les flics, camarades, descendez les flics, feu sur les ours savants de la social-démocratie ! » L’Humanité désavoue le poème, qui fait crépiter aussi les lettres SSSR, comme un tir de mitrailleuses. Faut-il le dire, malgré ou avec ses excès, c’est en même temps un superbe poème, faisant écho à ceux de Maïakovski. « Quand les hommes descendaient des faubourgs / et que place de la République / le flot noir se formait comme un poing qui se ferme / les boutiques portaient leurs volets à leurs yeux pour ne pas voir passer l’éclair… »

Dès lors, toutefois, Aragon apparaît comme un écrivain dévoué à la révolution, telle qu’elle s’incarne alors dans l’Union soviétique, aux yeux de millions de communistes. Il a rompu avec André Breton et les surréalistes, voyage en URSS en 1934 avec André Malraux et Jean-Richard Bloch. Il marque cependant une distance avec le réalisme socialiste qui y prévaut désormais en parlant de réalisme français, de Courbet, Poussin, Flaubert… Résistant, il va faire circuler ses poèmes, renvoyant souvent à l’histoire même de la France, y compris avec ses figures emblématiques comme celle de Jeanne d’Arc, « quand Jeanne vint à Vaucouleurs » dans ses « chants de la France malheureuse »…

Les années d’après guerre voient le Parti communiste, grandi par son rôle dans la Résistance, à la première place des débats politiques et intellectuels. Le couple Aragon-Elsa Triolet en est un des phares. Bien au-delà de ses militants, l’Union soviétique et Staline jouissent d’un prestige considérable. Pourtant, peu à peu, les certitudes se fissurent. En 1953, Aragon et Elsa reviennent de Moscou en plein doute alors qu’y a lieu le procès de médecins juifs dit « du complot des blouses blanches », accusés du meurtre de dirigeants soviétiques. L’affaire tombera deux mois après la mort de Staline, cette même année.

« Pour ce qu’on a fait de nous /prenant tout pour de l’eau pure »

En 1956, Aragon publie, dans le recueil le Roman inachevé, le poème la Nuit de Moscou. « On sourira de nous d’avoir aimé la flamme / au point d’en devenir nous-mêmes l’aliment. » Un an plus tard, dans la Semaine sainte, il met sa désillusion dans la bouche du peintre Géricault et règle son compte au réalisme socialiste. En 1963, dans le Fou d’Elsa, œuvre aux entrées multiples, sa tristesse se lit de page en page : « Pour ce qu’on a fait de nous / prenant tout pour de l’eau pure. » En 1972, quand ferment les Lettres françaises, il écrit : « J’ai gâché ma vie et c’est tout. » Il n’en est pas moins et toujours membre du comité central du PCF, et s’implique pleinement dans ses débats, pour la liberté de création, l’ouverture, la diversité…

« Homme de demain, soufflez sur les charbons / À vous de dire ce que je vois. »

 Aragon dans les tourments du siècle - Marie José Sirach et Maurice Ulrich, L'Humanité, 23 décembre 2022
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24 décembre 2022 6 24 /12 /décembre /2022 07:37
Le Sang des Cerises, tome 2, Delcourt, 130 pages, 23 euros

Le Sang des Cerises, tome 2, Delcourt, 130 pages, 23 euros

Interview de François Bourgeon par Pierre Serna suite à la parution du chef d'oeuvre de la BD "Le Sang des Cerises", suite de la saga des "Passagers du Vent" dans le contexte de la commune de Paris
François Bourgeon. « Fraternité républicaine et sororité féminine vont ensemble »

Bande dessinée Le Sang des cerises, de François Bourgeon, 9e et dernier album de la saga des Passagers du vent commencée en 1979, est la parabole d’une utopie fracassée dans les massacres.

Publié le Jeudi 22 Décembre 2022 - L'Humanité

Après 9 albums, l’aventure se termine par le long voyage en train de deux femmes, Zabo et Klervi. La première raconte les suites judiciaires de la Commune. Les combattants condamnés, déportés, ont été mis au ban de la société, avant que la République ne les amnistie, en fait ne fasse tout pour les oublier. Au sommet de son art, lucide sur les combats à mener pour parvenir à l’égalité des femmes avec les hommes, François Bourgeon fait revivre cette mémoire enfouie, jusqu’au dénouement final entre Zabo et Klervi, comme une claire vie enfin retrouvée.

Le fil directeur des 9 albums est la volonté de confier à des héroïnes la conduite des histoires. C’est exceptionnel dans la bande dessinée française…

Oui, c’est une histoire par et avec les femmes. J’ai très tôt commencé à dessiner pour la revue Lisette destinée aux filles. Ce qui n’était qu’un gagne-pain est devenu un métier où je devais inventer des héroïnes pour de jeunes lectrices… Puis, 1968 est arrivé, avec ses luttes pour l’émancipation des femmes. C’est à ce moment que j’ai eu la chance de rencontrer Jean-Claude Forest, le père de Barbarella, une femme libre et forte. Quand le premier volume des Passagers du vent paraît, en 1979, rien n’est vraiment prémédité, mais depuis, j’ai voyagé en compagnie des femmes qui sont devenues les actrices principales de l’histoire.

On a l’impression de partager l’épopée d’une lignée de femmes courageuses, comme si l’Histoire, du milieu du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle, pouvait s’écrire par le jeu de la filiation féminine.

Il est vrai que, d’Isa à Zabo, un lien de sang unit des femmes. Mais, plus que cela, une communauté de destins rassemble quatre générations de femmes. Elles doivent faire face à une adversité constante. Isa, dans la Fille sous la dunette (1979), subit une méprise de la part de sa famille et doit lutter seule. Zabo est fille de planteurs de Louisiane mais perd tout et affronte une guerre civile aux États-Unis et en France, à travers la Commune. Et puis, pour qu’il y ait généalogie, il faut qu’il y ait des hommes aussi ! Plus discrets, ils n’en sont pas moins importants. Je crois à la complémentarité masculin-féminin, surtout lorsqu’elle met davantage en valeur la place des femmes dans nos sociétés, au XVIIIe siècle, au XIXe siècle mais aussi au XXIe siècle. Ce qui m’intéresse dans des situations terribles (répression brutale, guerre civile, agression sexuelle, infériorisation des femmes dans l’ordre familial et patriarcal), c’est de décrire la solidarité féminine, indispensable pour faire front aux hommes brutaux. Les vrais combats ne se gagnent qu’à plusieurs. La complicité entre hommes et femmes est aussi déterminante dans la lutte. Fraternité républicaine et sororité féminine vont ensemble.

Entre l’Ancien Régime avec son commerce triangulaire inique et la Commune, suivie de la répression féroce du mouvement ouvrier, il y a la révolution de Saint-Domingue qui va voir la naissance d’Haïti.

L’aventure commence dans un vaisseau La Marie-Caroline, qui participe à la traite dans l’ancien Dahomey. Elle se termine presque sur un autre vaisseau négrier, La Virginie, transformé en bateau-prison transportant les hommes et les femmes en Nouvelle-Calédonie, condamnés après la Commune. Entre-temps m’est apparue l’énormité de l’esclavage et de ses méfaits, d’où Bois-Caïman. Je désirais effectuer des recherches pour comprendre dans quel espace-temps se mouvait Isa. Le livre de P. Verger, Flux et reflux de la traite des nègres entre le golfe de Bénin et Bahia de Todos Os Santos, m’a été précieux, tout comme les travaux de Simone Berbain, le Comptoir français de Juda au XVIIIe siècle, sans oublier le travail de Jean Boudriot, une mine pour saisir la rude vie à bord des vaisseaux. Qu’avait vu Isa, senti, goûté, touché ? En me posant ces questions, j’ai fait des recherches sur la faune et j’ai découvert l’existence du caïmitier, ce petit arbre fruitier tropical, bien aidé aussi par la Société pour l’étude et la protection de la nature en Bretagne. Pour faire entrer Isa dans la grande histoire des esclaves révoltés de Saint-Domingue, il m’a fallu poursuivre les lectures et inventer, de façon réaliste et cohérente, le parcours de ces femmes dans l’histoire des révolutions, de l’Amérique à l’Europe.

On vous sent vous-même révolté et surtout sensible à toutes les formes de soulèvement contre l’injustice…

Oui et cela fait partie d’une histoire familiale. Mon père avait rompu avec le Parti communiste au moment du pacte germano-soviétique, mais a de suite retrouvé ses camarades, dès le début de la guerre, pour organiser la résistance contre les nazis, dans une lutte à caractère universel. Voilà aussi pourquoi les 9 albums se situent entre la France, les États-Unis, la Caraïbe, l’Afrique, les océans Pacifique et Atlantique, jusqu’en Nouvelle-Calédonie. C’est l’histoire d’une révolution-monde qui m’intéresse avec la conscience politique qu’elle implique. Dans ma vie, ce choc politique a débuté de façon tragique, le 8 février 1962, à Charonne, lorsque, secouriste bénévole, j’ai vu de mes yeux la violence de la répression policière. Jamais je n’oublierai ce petit monsieur que nous avions secouru et qui est mort de ses blessures quelques jours après. Combien furent-ils dans son cas ? J’en ai tout de même retiré une leçon que la victoire est rare mais le combat permanent. C’est le sens de toute l’humanité en nous.

Ces propos très forts constituent une belle transition pour aborder le dernier opus, le Sang des cerises, belle parabole d’une utopie fracassée dans le sang et le massacre.

Et c’est encore une histoire de femmes. Je me souviens de ma grand-mère chantant le Temps des cerises. Je voulais porter ce récit, non seulement pour raconter le printemps 1871, mais au-delà, dans l’histoire de la répression juridique, avec les déportations en Nouvelle-Calédonie. L’espoir ne meurt pourtant jamais, dans ce cas, avec la poursuite d’un anarchisme renouvelé, qu’un Élisée Reclus incarne à merveille et qui m’a tant frappé dans son Histoire d’un ruisseau.

Cette violence faite au peuple, à sa mémoire, à son histoire prend aussi un autre visage. En 1979, Isa a été violée par une bande de libertins aristocrates et, en 2022, Zabo est violée par des soldats versaillais. On en revient aux risques que prennent les femmes pour mener leur combat.

Durant ces quarante-trois ans, de 1979 à 2022, j’ai voulu accompagner ces femmes qui s’exposent mais ne renoncent jamais, au risque de la blessure terrible, celle du viol. Mais il fallait décrire ces crimes, sans complaisance, cette violence insoutenable faite aux femmes dans tous les conflits. C’était ma façon de combattre auprès des femmes aujourd’hui.

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24 novembre 2022 4 24 /11 /novembre /2022 06:21
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax
Avec Guy Darol, ce mardi 22 novembre, un grand moment d'éducation populaire sur le sens et la richesse de la musique noire américaine des années 60-70 et le festival Wattstax

Avec Guy Darol, une superbe conférence des mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix et de grands moments de musique, d'émotion, et de compréhension des implications politiques et sociales du foisonnement esthétique soul, funk, blues du festival Wattstax, une fierté noire commémorant le 22 août 1972 la répression sanglante de la révolte du quartier noir de Los Angeles en 1965 avec les artistes du label Stax de Memphis, une ville historiquement raciste et ségrégationniste, où le Klan est très présent, des chanteurs et des musiciens noirs engagés contre les discriminations raciales, pour l'égalité des droits et la fierté retrouvée noire. Des chansons et une énergie formidable qui résonnent toujours aujourd'hui à l'heure du black lives matter et des violences policières persistantes. Avec Isaac Hayes, Rufus Thomas, Clara Thomas, Jesse Jackson, The Bar Kays, Johnnie Taylor, la playlist de WaTTstax! Avec un bonus la chanteuse de soul contemporaine Janelle Monae et sa chanson criée en mémoire des victimes des crimes racistes.

Wattstax où l'on chanta au final  "If I had a hammer" ("Si j'avais un marteau", 1949), une chanson d'influence communiste écrite par Pete Seeger, Guy Darol montrant aussi à travers son propos érudit et passionné, embrassant la longue durée de la conquête des droits civiques et de l'égalité, l'influence du Parti communiste américain depuis les années 20 dans l'organisation des afro-américains pour leur émancipation et l'égalité (Angela Davis), et la dénonciation du racisme structurel et institutionnel.

Merci à Mariane et à Zelda pour la logistique de ce Mardi de l'éducation!!!

 

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 07:42
Guy Darol raconte Wattstax - le 22 novembre, mardi de l'éducation populaire - Le Télégramme, Monique Keromnès, 18 novembre 2022
Guy Darol raconte Wattstax - le 22 novembre, mardi de l'éducation populaire - Le Télégramme, Monique Keromnès, 18 novembre 2022

Guy Darol dans le Télégramme du 18 novembre et aux prochains Mardi de l'éducation populaire du PCF pays de Morlaix le mardi 22 novembre à 18h. Entrée libre, venez nombreux vibrer avec le Woodstock noir de Wattstax, une fierté noire

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20 novembre 2022 7 20 /11 /novembre /2022 07:41
Mercredi 23 novembre au bar associatif des Deux rivières à Morlaix - Lectures de Femmes d'Alep par la comédienne et chanteuse Eva Langlois
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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 07:22
Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix

HISTOIRE. L’ÉTÉ 1972, WATTSTAX CHANTE LA FIERTÉ NOIRE ET CLAME LA COLÈRE (L’HUMANITE - Jeudi, 30 Juillet, 2020)

Avec son remarquable livre Wattstax, l’essayiste Guy Darol narre l’épopée du fameux rassemblement musical et politique de 1972 et analyse le violent contexte de l’oppression raciale. Entretien.

Dans son livre, Wattstax (2020), sous-titré 20 août 1972, une fierté noire, Guy Darol narre la journée où le festival Wattstax a commémoré le 7 e anniversaire de la révolte réprimée dans le sang à Watts, en 1965. Outre son passionnant récit qui détaille le concert initié par le label de soul Stax au Los Angeles Coliseum, l’écrivain et journaliste à Jazz Magazine contextualise le fameux rassemblement musical et politique. Plus de 100 000 spectateurs assistèrent aux performances scéniques ponctuées de discours enflammés. Se relayèrent sur scène de nombreuses figures de la soul, du funk, du blues, du gospel et du rhythm’n’blues, Rufus et Carla Thomas, The Staple Singers, Otis Redding, Kim Weston, Isaac Hayes…

Avec pertinence et profondeur, l’auteur développe une analyse aussi sensible que politique, reliant l’asservissement de l’esclavage et l’exploitation capitaliste, les insurrections qui se sont succédé du début du XX e siècle à nos jours, l’avènement du Black Power, le rôle de l’art et la culture au service de la lutte, le mouvement Black Lives Matter… Un travail remarquable, porté par une écriture lucide jusqu’à l’os, éclairée par l’intelligence du cœur.

 

Pouvez-vous rappeler les origines du soulèvement de Watts, écrasé au prix d’un massacre à l’instar des tragédies analogues qui ont jalonné l’histoire des États-Unis ?

Guy Darol L’embrasement du quartier de Watts dans la soirée du 11 août 1965 était la réponse furieuse des habitants de ce ghetto, majoritairement africains-américains, à la suite de l’interpellation brutale de Marquette Frye par la police autoroutière de Los Angeles, sous les yeux épouvantés de riverains. Les incendies et les pillages dénonçaient autant l’invariable série de violences qu’avait subies la communauté noire depuis des décennies que le système mercantile vanté par la publicité et que les populations toujours plus démunies regardaient sans y accéder. L’occasion se présentait de briser des vitrines, d’envahir des commerces et d’en sortir ces cuisinières et réfrigérateurs dont on avait le plus grand besoin.

 

D’autant que beaucoup d’habitants de Watts vivaient difficilement…

Guy Darol Oui, particulièrement éprouvés par le chômage, ils manquaient de tout. Ce qui faisait de cette révolte autre chose qu’une émeute épidermique, après la contestation de l’oppression raciale par les marches pacifiques de Selma, sévèrement réprimées, début 1965, mais un moment d’insurrection classe contre classe ciblant la conception de marchandisation – et son application – qui voyait l’Africain-Américain comme un rebut, une « chose » que l’on pouvait réduire en la martyrisant dès lors qu’elle était d’une matière valant zéro. Watts compta ses morts, au nombre de 34, tandis que les prisons s’emplirent de près de 4 000 protestataires. Une page venait donc de s’ouvrir, qui abandonnait la stratégie de l’engagement non violent prôné par le pasteur Martin Luther King.

 

Avec votre livre, souhaitez-vous aussi interpeller la France sur la répression policière exercée contre les personnes « non blanches » et sur les meurtres commis par certains gardiens de l’ordre ?

Guy Darol Dans mon ouvrage, je présente Black Lives Matter comme une continuité des actions musico-politiques menées par Al Bell (vice-président du label Stax), Jesse Jackson (candidat du Parti démocrate aux élections présidentielles de 1984 et 1988), mais également avec les soutiens du cinéaste Melvin Van Peebles et du « Black Moses » Isaac Hayes. Ce mouvement est brusquement entré en résonance avec la mort de George Floyd à Minneapolis et celle d’Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, dans des circonstances qui révèlent à chaque fois les violences policières visant des individus noirs.

Black Lives Matter implique désormais le réveil des consciences dans toutes les régions du monde, y compris en France, afin de dénoncer la banalisation de l’horreur. Il est important de souligner que les deux victimes sont décédées après un placage ventral en ayant prononcé ces mêmes mots : «  Je ne peux plus respirer. » Cette phrase partout reprise, comme pour expulser des poitrines un air irrespirable, définit désormais un combat global. Le réseau Black Lives Matter ignore les frontières. Il veille sur les opprimés du monde entier, dont la parole, on l’espère vivement, ne pourra plus être étouffée, en tout cas plus jamais comme avant.

 

Avec Memphis (2017), Dee Dee Bridgewater a rendu hommage à sa ville natale, où le label Stax avait vu le jour. Dans ce disque puis en tournée, en reprenant Why (Am I Treated so Bad), elle a braqué à nouveau les projecteurs sur cette chanson-manifeste et son auteur, Roebuck « Pops » Staples, qui avait participé à Wattstax…

Guy Darol Oui. D’ailleurs, on n’aurait pas été surpris de retrouver Dee Dee à Wattstax. Mais, en 1972, elle chantait dans l’orchestre jazz de Thad Jones et Mel Lewis. Peut-être songeait-elle déjà à graver son album enregistré en 1974 et récemment réédité, Afro Blue, si parfumé de saveurs soul. Pourquoi imaginer sa présence au Los Angeles Coliseum ? Parce qu’elle n’aurait certainement pas dépareillé au côté de Carla Thomas, et que le programme était largement ouvert aux femmes. Kim Weston avait été la première à donner le ton du concert, en interprétant , l’hymne sacré des Africains-Américains dont la poétesse Maya Angelou avait fait un des symboles de la lutte pour les droits civiques.

 

Lors des soulèvements de 1919, les lynchages perpétrés par dizaines marquèrent funestement le début du XX e siècle…

Guy Darol Oui. Le retour sur le sol américain des soldats noirs de la Première Guerre mondiale pouvait laisser penser qu’il serait l’occasion d’un accueil célébrant leur bravoure. Tel ne fut pas le cas. Le Ku Klux Klan, nouvellement reformé, saisit cette opportunité pour se livrer à ses pratiques routinières qu’étaient le lynchage et l’immolation. Ce fut, en été 1919, l’origine du Red Summer qui allait allumer une trentaine de feux à travers le pays. Le 27 juillet, des suprémacistes blancs avaient violemment attaqué de jeunes Noirs venus se baigner dans le lac Michigan en leur jetant des pierres. L’un d’eux se noya sans que la police ne trouvât rien à redire. Les bourreaux étaient toujours exonérés.

Les cinq jours qui suivirent cette envolée de lapidations donnèrent lieu à de violentes échauffourées à l’issue desquelles 23 Africains-Américains perdirent la vie. Et, à la fin de l’été, 83 protestataires avaient été liquidés par le recours à la torture, jusqu’à la pendaison. Le chemin qui menait à Wattstax était rougi de sang. Le nombre incalculable des victimes de la terreur blanche pourrait recouvrir les artères de Washington. Sur une avenue menant à la Maison-Blanche, Muriel Bowser, la maire de Washington, a demandé, en juin dernier, à des artistes urbains de peindre le slogan Black Lives Matter en lettres capitales, pour réprouver la longue cohorte des brutalités policières.

Mardi de l'éducation populaire - Guy Darol: Wattstax, une fierté noire - 22 novembre à 18h au local du PCF Morlaix
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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 07:45
Conférence-débat avec Julian Mischi à Brest le mercredi 16 novembre au Pilier Rouge, 20h - Organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ? (Cercle Nathalie Le Mel)

Organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ?

Le Cercle Nathalie Le Mel organise une soirée conférence / débat le mercredi 16 novembre à 20h00 au Patronage Laïque du Pilier Rouge à Brest, 2 rue Fleurus sur le thème : organisation, lutte et émancipation du monde du travail. Quelles leçons tirer de l’histoire du Parti Communiste Français ? Avec Julian Mischi. 
 
 

Les classes populaires ont besoin de s’organiser pour se faire entendre. S’engager politiquement et s’impliquer dans des structures collectives leur permet d’établir un rapport de force moins favorable aux classes dominantes. Or, depuis plusieurs décennies, l’engagement politique est de moins en moins répandu dans les milieux populaires.

Pour réfléchir à cette problématique, le Cercle Nathalie Le Mel invite Julian Mischi, sociologue et politiste, spécialisé dans l’engagement des classes populaires et l’histoire du Parti Communiste Français. Un parti politique qui a permis l’engagement et l’auto organisation des ouvriers et des employés, grâce à des particularités comme son lien avec le monde du travail et les entreprises, sa capacité à former des dirigeants d’origine ouvrière ainsi que ses puissants réseaux syndicaux et associatifs. Nous reviendrons sur cette histoire et les leçons à en tirer pour l’action aujourd’hui.

Pour découvrir brièvement le travail de notre invité : Julian Mischi chez Mediapart , «Un processus de marginalisation politique des ouvriers»

 

Entrée et participation libres.
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3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 07:13
Lady Stanhope, l'amazone du Liban - par Laure Dominique Agniel (éditions Tallandier, 2021, 219 pages,  18,90€))

Lady Stanhope, l'amazone du Liban - par Laure Dominique Agniel (éditions Tallandier, 2021, 219 pages, 18,90€))

Laure Dominique Agniel, qui fut étudiante et reporter dans la guerre du Liban, et qui est l'auteure de biographies de Paul Gauguin et de Alexandra David-Neel, et réalisatrice du film Oublier Beyrouth (Arte), a publié chez Tallandier en 2021 un livre absolument passionnant qui nous emporte d'un bout à l'autre avec son souffle d'aventure et de tragédie et de reconstitution une reconstitution historique dans le sillage d'une femme exceptionnelle, énergique, indépendante, ignorant la peur et les préjugés: Lady Hesther Stanhope.  

Lady Stanhope est toujours un mythe au Liban, et soulève un écho intime, mêlée de nostalgie et de fascination, chez l'auteure, Laure Dominique Agniel: "Comme Esther Stanhope, écrit-elle dans l'Avant-Propos, j'ai vécu au Liban. J'y suis arrivée à vingt ans, étudiante à l’École des Lettres de Beyrouth. Je payais mes études en travaillant dans une petite librairie du vieux quartier de Bab Idriss, à côté d'une pâtisserie autrichienne célèbre dans toute la ville. Très vite, j'ai connu l'histoire de Lady Stanhope, dont les aventures se racontaient de génération en génération. Comme elle, j'avais quitté une Europe qui m'apparaissait trop prévisible, sans fantaisie, sans poésie. Comme elle, j'étais envoûtée par la montagne libanaise, la lumière dorée sur les maisons de terre de Deir-al-Qamar, l'austère beauté des palais druzes à Beiteddine ou à Moukhtara. J'ai suivi sa trace dans le sable de Palmyre, à la recherche de la reine Zénobie... Elle qui avait été, au début du XIX e siècle, le bras droit du Premier ministre du Royaume-Uni, elle qui avait vécu au 10 Downing Street à Londres, avait quitté l'Angleterre pour devenir reine de Palmyre, amazone du désert, astrologue, chercheuse d'or, et pour certains, sorcières au Liban. A deux cent ans de distance, sa rage de vivre, sa quête de liberté résonnent encore aujourd'hui."   

Hester Stanhope est née en 1776, enfant pendant la Révolution française, issue d'une des grandes familles de l'aristocratie anglaise, orpheline de mère, et doté d'un père, homme des Lumières nourri aux philosophies de Diderot et Rousseau, mathématicien libre-penseur et scientifique fantasque et précurseur (il imagine avant les autres les bateaux à vapeur), quitte Londres, à la mort de son oncle, le premier ministre William Pitt (premier ministre pendant près de 20 ans, à partir de 1783, avec une interruption entre 1801 et 1804) dont elle fit office de directrice de cabinet, habillée en homme.

Après la mort de son amoureux au Portugal, victime de la guerre avec les troupes napoléoniennes, et la mort de William Pitt, Lady Stanhope décide de se changer les idées et de quitter l'Angleterre où elle s'ennuie et déprime. Elle embarque de Porsmouth en février 1810 et ne reviendra jamais en Angleterre. Avec un jeune médecin, une dame de compagnie, elle rejoint Gibraltar, Malte, tombe amoureux d'un jeune étudiant anglais des Indes pendant la traversée, Michael Bruce, qui sera son compagnon, de dix ans plus jeune qu'elle, pendant des années. En 1811, ils sont à Constantinople, puis, voulant rejoindre l'Egypte, ils font naufrage au large de Rhodes.

Ils survivent miraculeusement, et, à Rhodes, Lady Stanhope prend l'habit turc et celui d'un homme.

Après l’Égypte, elle visite la Palestine, Jérusalem, Jaffa, Ramallah, puis s'établit durablement entre les montagnes du Liban et la Syrie, recevant l'hospitalité d'un cruel prince druze. Elle rencontre l'orientaliste suisse Johann Burckhardt, s'intéresse à la culture et aux croyances des druzes, des turcs, des bédouins, est reçue avec les honneurs par le pacha de Damas. Elle se présente à lui montant à cheval et armée et est admise dans la bibliothèque de la grande mosquée omeyyade à feuilleter des livres "qu'aucun chrétien n'a jamais vus". Elle rejoint ensuite Alep et monte une expédition avec une tribu bédouine pour traverser le désert syrien et rejoindre la mythique cité antique de Palmyre.   

Tantôt princesse, tantôt guerrière, elle brave tous les interdits et s'impose aux califes, aux émirs et aux pachas de l'empire Ottoman. Rien ne l’effraie.

Elle se retire finalement dans une quasi-solitude sur une des montagnes du Liban où Lamartine lui rend visite dans sa cité-jardin. Loin du monde, elle devient astrologue, chercheuse d’or, se passionne pour les sciences occultes, ouvre sa porte aux miséreux. Elle échappe plusieurs fois à la peste, vit dans un climat d'insécurité et de guerre, accueille des réfugiés dans sa retraite. 

Elle meurt ruinée en 1838, en princesse déchue, couverte de dette, abandonnée par le gouvernement britannique, entourée seulement de quelques servantes qui la volent, dans un château en ruine et en grande partie inhabitée du Mont Liban. C'est son médecin, fidèle entre tous, secrètement amoureux d'elle, Charles Meyron, qui publiera le journal qu'elle a tenu pendant 28 ans.

Pionnière et résolument indépendante, Hester Stanhope incarne ces femmes éprises de liberté, ayant le goût de l’aventure, refusant de se marier et luttant pour leur émancipation.

Et l'auteure, Laure Dominique Agniel, dans un récit alerte et enlevé qui ne se quitte pas et se lit d'une traite, rempli de souffle romanesque et historique, contribue aussi à nous dévoiler de nombreuses facettes d'un Proche-Orient compliqué et fascinant, qui deviendra une étape de choix des grands voyages initiatiques européens au XIXe siècle.

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