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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 16:57
100 ans du PCF - Congrès de Tours, adhésion à l'Internationale communiste : comment ont voté les adhérents et délégués finistériens de la SFIO? - par Roger Héré
 
Délégués et votes finistériens au Congrès de Tours - 25 décembre-29 décembre 1920
 
Le point avec Roger Héré
 
S’agissant des délégués Finistériens, la composition de la délégation ne reflétait pas exactement l’opinion majoritaire des adhérents Finistériens, car si l’adhésion à la 3ème Internationale avait été votée très majoritairement dans le département (environ 70%), telle n’était pas l’opinion de la majorité des délégués dont 2 sur 5 seulement y étaient favorables (Guibant, militant du commerce à Brest, et Derrien de La Feuillée), alors que les autres étaient dans la mouvance Longuet/Blum (Nardon, Le Goïc et Masson).
 
Cependant, les votes au congrès ayant lieu par mandats, les délégués étaient porteurs d’un mandat impératif. Les mandats de la fédération pour le vote des différentes motions ont été répartis conformément au vote des adhérents de la fédération.
 

Les délégués du Finistère au Congrès de Tours :

Source: Maitron, article de Georges Cadiou

- Léon NARDON

Né le 12 octobre 1883 à Dumbéa (Nouvelle-Calédonie), fondé de pouvoir de la perception de Brest (Finistère) ; maire socialiste de Brest.

Né à Dumbéa (Nouvelle-Calédonie) où son père, adjudant d’infanterie coloniale, était en garnison, Léon Nardon revint à Brest (Finistère), âgé de quelques mois et c’est là qu’il passa la majeure partie de sa vie. Fonctionnaire du Trésor, puis fondé de pouvoir de la perception de Brest, il fut élu conseiller municipal socialiste de Brest le 30 novembre 1919 ; il avait adhéré au Parti socialiste SFIO en 1905. Il fut élu maire le 10 décembre 1919, mais fut révoqué le 16 février 1920 par décret préfectoral pour avoir refusé d’autoriser une manifestation ayant pour but de déposer une couronne au monument aux morts. Il fut remplacé par H. Masson jusqu’au 20 février 1921, date à laquelle il redevint maire. Il fut réélu en 1925. Léon Nardon est délégué au congrès de Tours, en décembre 1920 et était intervenu le 25 pour critiquer les méthodes des partisans de la IIIe Internationale ; il demeura au Parti socialiste SFIO. Sous son impulsion, en tant que maire de Brest, on assista à la création de l’aérium de Penmarch, à l’extension des colonies de vacances, à la construction de l’école maternelle de la rue de la République, du patronage laïque de Recouvrance, au lancement de l’hôpital Augustin-Morvan.

Il avait été candidat malheureux aux élections législatives de 1924. Sixième sur la liste du Parti socialiste, il avait obtenu 30 932 voix sur 154 362 suffrages exprimés. N’ayant pas été réélu conseiller municipal en 1929, il fut nommé percepteur à Baud (Morbihan) puis à Lesneven (Finistère) en 1932, enfin au Faou en 1934. Révoqué de ses fonctions de percepteur le 24 décembre 1941 sous le régime de Vichy, il fut réintégré après la Libération. Il fut réélu conseiller municipal le 26 avril 1953 sur la liste d’action laïque, démocratique et sociale présentée par le Parti socialiste SFIO qui compta six élus. Il le demeura jusqu’en 1959.

Marié en 1912 à Saint-Marc (Finistère), Léon Nardon mourut le 3 février 1962 à Brest.

 

- Jules Hippolyte Masson, né à Brest le 25 octobre 1875, mort dans à Brest le 4 juin 1966:

Né et mort à Brest : 25 octobre 1875 - 4 juin 1966 ; employé PTT ; maire socialiste de Brest (1912-1920) puis de Morlaix, conseiller général, député (1919-1936) puis conseiller de la République (1946-1955).

 

Fils d’un lieutenant des douanes, H. Masson entra dans l’administration des PTT en 1893, après des études au lycée de Quimper. Dès 1897, il milita à la Ligue des droits de l’Homme et, à partir de 1899, dans le mouvement socialiste qui s’aggloméra en fédération de Bretagne dès l’unité. La fédération du Finistère ne prit son autonomie qu’en 1907. Masson fut un de ses principaux militants et, à partir de 1910, son secrétaire général. En 1913, il la représenta au congrès national de Brest. Mais il n’avait pas attendu l’unité pour se lancer dans l’action corporative et dans les batailles électorales.

Élu conseiller municipal de Brest en 1904 sur une liste de coalition de républicains et de socialistes, il joua un grand rôle à l’Hôtel de Ville où il fut chargé de nombreux rapports. Il organisa l’Association générale des PTT dont il fut le secrétaire. En 1908, il dirigea la grève des postiers de Brest, ce qui lui valut d’être révoqué jusqu’à sa réintégration en 1910. En 1908, il quitta l’Hôtel de Ville.

Candidat au conseil général dans le canton de Brest en 1907, Masson recueillit 1 086 voix contre 2 267 à Delobeau, progressiste. En 1910, dans le canton de Concarneau, il fut battu avec 1 521 voix contre 1 824. Une semaine plus tard, le 31 juillet 1910, au scrutin de ballottage du 3e canton de Brest, il fut élu par 1 368 suffrages contre 1 104 au Dr Houdart, candidat de droite. Mais, cette même année, il échoua aux élections législatives à Quimper. . En 1912, en tête d’une liste socialiste, H. Masson, élu avec vingt-cinq colistiers pour trente-six sièges à pourvoir, devint maire de Brest et le demeura jusqu’en 1920, accomplissant à l’Hôtel de Ville une œuvre hardie d’administration et de réalisations. Au cours de ces années, H. Masson mena une ardente campagne contre le péril de guerre et contre la loi militaire de trois ans. Le 16 novembre 1912, il prit la tête d’une manifestation pacifiste de trois mille personnes défilant dans les rues de Brest aux accents de chants révolutionnaires. Le 11 décembre, le tribunal correctionnel le condamna à deux amendes de 5 et 15 f. Le 12 avril 1913, Masson, maire de Brest, refusa de recevoir le ministre de la Marine Pierre Baudin qui venait présider le lancement du cuirassé Bretagne. Cependant, mobilisé en août 1914, il fit toute la guerre au 128e régiment d’infanterie, puis au 8e régiment du génie et, enfin à la section technique du télégraphe. Le 16 novembre 1919, Masson fut élu au scrutin de liste député du Finistère. Il représenta la fédération du Finistère au congrès de Tours (décembre 1920). Après la scission, il resta avec la minorité dans la SFIO. Avec le même mode de scrutin qu’en 1919, il fut réélu en 1924. En 1928, au scrutin uninominal, il fut élu dans la 2e circonscription de Châteaulin. En tête, au premier tour, avec 4 893 voix contre 3 872 à Lohéac, candidat de droite, 3 329 et 562 aux candidats radical et communiste, il l’emporta au ballottage par 6 505 suffrages contre 6 056 à Lohéac. Il l’emporta plus nettement encore en 1932 contre le même principal adversaire par 6 352 voix contre 5 905 au second tour de scrutin. En 1936, Lohéac, devenu candidat du Parti agraire, le devança : 5 128 voix contre 4 318, le socialiste indépendant et le candidat communiste en recueillant 2 047 et 778. Au scrutin de ballottage, Masson perdit son siège, ne groupant que 5 684 électeurs tandis que 7 098 assuraient le succès de Lohéac. Parallèlement, il fut conseiller général du 3e canton de Brest de 1910 à 1934, date à laquelle il quitta Brest pour se présenter à Carhaix où il fut battu.

J.-H. Masson resta un élu local et un militant. Son activité de résistant pendant l’occupation allemande lui valut d’être arrêté par la Gestapo et interné à Châlons-sur-Marne en avril 1942. À la libération, Masson fut secrétaire général de la Fédération socialiste du Finistère, et participa à ce titre à la conférence des secrétaires fédéraux des 23 et 24 février 1946, et fut désigné maire provisoire de Morlaix. Confirmé dans cette fonction en 1945, il fut battu en 1947 par une large coalition radicale-MRP-gaulliste. Élu sénateur du Finistère en 1946 et 1948, Masson fut à la fin de ce mandat doyen du Conseil de la République. En 1955, en raison de son âge, il ne sollicita pas le renouvellement de son mandat.

Son dernier grand combat politique, il le mena en 1959 lorsque François Tanguy-Prigent quitta la SFIO pour rejoindre le Parti socialiste autonome. Masson, toujours patron en titre du Breton socialiste, empêcha le député du Finistère de continuer à diriger le journal et de l’utiliser comme tribune, puis il regroupa les éléments restés fidèles à la « vieille maison », qui étaient désorganisés, contribuant à conserver à son parti la majorité des adhérents hésitants qui jusqu’alors suivaient leur député.

 

Louis Derrien de La Feuillée:

Né le 14 février 1885 à Brest (Finistère), mort à Brest en 1932 ; limonadier ; militant socialiste puis communiste puis socialiste du Finistère.

Fils de Arthur, Raymond Derrien, mécanicien, et de Thérèse Jeanne Chapalain, sans profession déclarée ; au recensement de 1906, Louis Derrien vivait avec sa mère, Thérèse, veuve, et ses trois frères et sœur. Il fut garçon limonadier de 1906 à 1910 puis cafetier à partir de 1919. Tl se maria à Brest le 24 avril 1908 avec Félicitée Vennégres Avant la Première Guerre mondiale, Louis Derrien militait au Parti SFIO. Le 30 novembre 1919, il fut élu conseiller municipal et le resta jusqu’en 1925. L’année suivante, il fut délégué au congrès de Tours et assesseur lors de la dernière séance le 28 décembre 1920. Passé au Parti communiste, Louis Derrien siégea au bureau de la section de Brest du Parti, fut élu trésorier fédéral adjoint l’année suivante et délégué au congrès de Marseille en décembre. En 1922, réélu trésorier fédéral adjoint, il fut candidat en octobre aux élections des conseillers d’arrondissement à Brest. Membre du Parti communiste jusqu’au début de 1923, il rejoignit ensuite le Parti socialiste. Franc-maçon, Louis Derrien mourut à Brest en 1932.

- Jean-Marie Guibant:

 

Né le 27 septembre 1888 à Quimper (Finistère) ; employé de commerce ; militant socialiste et un temps très court du Parti communiste dans le Finistère.

Fils d’un journalier, Jean-Marie Guibant travailla comme employé de commerce et se maria à Quimper en août 1919. Membre du Parti socialiste SFIO, il était inscrit, en 1920, sur les listes électorales de Brest. Secrétaire du comité provisoire pour la IIIe Internationale, il fut délégué au congrès de Tours en décembre 1920 et se prononça pour la motion Cachin*-Frossard*. Il participa, en février 1921, au congrès fédéral du Parti. Délégué départemental de l’ARAC, il était également secrétaire du syndicat brestois des employés de commerce. Mais, cette même année 1921, il quitta Brest pour Quimper où il devint, semble-t-il, commerçant, 22, rue Graveran. Le mariage qu’il avait contracté fut dissous le 14 mars 1923. Dès 1922, il aurait quitté le PC.

***

Le Chiffon rouge morlaix du 23 mars 2018

article de Georges Cadiou dans Bretagne actuelle

Le syndicaliste brestois Jean-Marie Guibant et le métallurgiste nantais René Gomichon se firent remarqués par leurs vigoureuses interventions en faveur de la Troisième Internationale au cours du Congrès. Guibant donnait aussi une précision intéressante, à savoir la création d'une section entièrement acquise à l'Internationale Communiste à La Feuillée, près de Huelgoat, dans les Monts d'Arrée, que Siegfried avait qualifiés de "démocratie radicale" . Radicale au sens étymologique et non partisan du terme.

- Fernand Le Goïc, professeur à Nantes, devient maire en 1919 pour la SFIO. Immédiatement, il montre ses préférences politiques : le buste de Jean Jaurès est placé dans la salle du conseil municipal, une rue est baptisée de son nom, et des motions à caractère politique sont adoptées. Par exemple, en avril 1920 le conseil municipal se prononce « Contre les poursuites et représailles infligées aux cheminots grévistes ». Puis, il « Proteste énergiquement contre la reprise des relations avec le Vatican ! » Ces délibérations sont annulées par le préfet, inaugurant ainsi le début de relations tendues entre les élus douarnenistes et l’autorité préfectorale. Le congrès de Tours en décembre 1920 vient bousculer fortement la gauche bretonne. Les débats sont très animés au sein de la SFIO. Si du côté des élus socialistes et des vieux adhérents on est en majorité contre l’adhésion à la IIIe Internationale, du côté de la base militante, c’est le oui à Moscou qui l’emporte. Au final, 2/3 des délégués bretons siégeant à Tours se prononcent en faveur de l’adhésion.

La scission entre socialistes et communistes a des répercussions à Douarnenez. Au sein de la municipalité, le maire Fernand Le Goïc est resté fidèle à la « vieille maison » SFIO. Il ne peut désormais s’appuyer que sur une minorité d’élus car la majorité du conseil a opté pour le communisme (Section française de l’Internationale communiste). Suite à plusieurs invalidations de conseillers municipaux et du maire, pour non-résidence à Douarnenez, de nouvelles élections se tiennent en juillet 1921. Et c’est le parti communiste qui l’emporte : Sébastien Velly est élu maire. Douarnenez devient ainsi la première municipalité communiste de France. Mais cette victoire ne doit pas masquer une réalité : Douarnenez est une exception en Bretagne. Affaiblis après la scission de 1920, les socialistes bretons se sont réorganisés et regagnent des voix sur les communistes.

Les votes des Finistériens au congrès de Tours
Les délégués

- 36 mandats au total pour le Finistère

- 5 délégués : Guibant, Derrien, Nardon, Le Goïc, Masson


Classement des fédérations

Au classement des fédérations par nombre de cartes prises au 1er octobre 1920, le Finistère occupe le 28ème rang sur 96, avec 1 500 cartes.

Le Finistère occupe le 23ème rang des fédérations par rapport à l’augmentation des cartes entre décembre 1919 et fin septembre 1920 ( au 31 décembre 1919, la fédération du Finistère comptabilisait 900 cartes).


Sur l’adhésion à la IIIème Internationale

1) Motion Cachin-Frossard et du comité pour la 3ème Internationale
                                  * total des votes pour :   3 208
                                  * dont Finistère :                 25

                                
2) Motion du comité  de la reconstruction (Longuet) ,
                                  *  total des votes pour :   1 022
                                  * dont Finistère :                  11

3) Motion Leroy-Heine
                                  * total des votes pour :          44      
                                  * dont Finistère :                     0

4) Abstentions
                                  * total des votes  :                 397
                                  * dont Finistère :                      0

5) Absences
                                  * Nombre total de mandats :   32 (dont 4 Côtes du Nord)
                                  * dont Finistère :                       0

6) Motion Pressemane

                                  * Nombre total de votes :       60
                                  * dont Finistère :                      0


NB : aussitôt après le vote, Leroy intervient pour indiquer que les 44 mandats de sa motion sont à rajouter à la motion pour la 3ème Internationale.


Sur une réponse au télégramme de Zinovieff

1) Motion Mistral
                                  * total des votes pour :   1 398    
                                  * dont Finistère :                 11

2) Motion Renoult
                                  * total des votes pour :    3 247   
                                    * dont Finistère :                25


3) Abstentions

                                    * total des votes :              143
                                    * dont Finistère :                  0

4) Absences

                                    * total des mandats :          29 (dont 4 Côtes du Nord)
                                    * dont Finistère :                  0
                          

 

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 16:37
Accord de Brexit: les paradis fiscaux ont de beaux jours devant eux ! (Fabien Roussel - PCF)
COMMUNIQUE DE PRESSE
 
 
Accord de Brexit: les paradis fiscaux ont de beaux jours devant eux ! (Fabien Roussel - PCF)
 
Alors que la pêche a occupé une grande partie des négociations pour trouver un accord de sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, bizarrement, la finance a été ignorée. Le projet des financiers anglo saxon d'avoir un super paradis fiscal aux portes de l'Union européenne demeure !
 
Dés l'accord signé, Boris Johnson a meme annoncé dans un quotidien anglais son intention de multiplier les ports francs, à taxation ultra légère pour concurrencer les ports européens !
Il faut dire que depuis plusieurs années La City et plusieurs capitales européennes se livrent une concurrence sans merci pour attirer les capitaux en proposant les meilleurs schémas d'optimisation fiscale.
A ce jeu, La City était déjà très bien placée: elle est la première place financière mondiale sur le marché des capitaux. 7000 milliards de dollars y sont échangés chaque jour ! Et la place londonienne réalise 60% de toutes les opérations liées aux marchés européens des capitaux.
 
Mais c'est surtout un paradis fiscal bien connu des fonds d'investissements et de toutes les grandes multinationales qui y délocalisent leurs bénéfices, afin d'éviter de payer les impôts là où ils sont installés.
 
La City sert en effet de passerelle pour transférer ces bénéfices dans les îles britanniques telles que les Caïmans ou encore Jersey, située à quelques encablures des côtes françaises. Ces juridictions britanniques sont des paradis fiscaux notoirement connus. Les Îles Britanniques accueillent 6000 milliards d'actifs en leur proposant un taux d'imposition moyen sur les bénéfices à 1,73%.
 
Avec ou sans accord, le Brexit a ouvert une guerre entre paradis fiscaux, entre la City et les pays de l'Union à taux d'imposition quasi nul tel que le Luxembourg, l'Irlande ou les Pays Bas.
Et plus rien ni personne n'empêchera maintenant La City d'adopter ses propres règles fiscales, même si les milieux financiers doivent pour cela ouvrir une succursale au sein de l'Union européenne .
Dans cette guerre, les grands perdants seront les peuples : la fraude et l'optimisation fiscales coûtent 80 à 100 milliards d'euros au budget de la France, tous les ans et près de 1000 milliards d'euros aux pays de l'Union européenne. A l'heure de la lutte contre la pandémie, cette guerre au « moins disant fiscale » est indécente, scandaleuse. Elle
devrait susciter l'indignation générale.
 
Sur les 1500 pages de l'accord de Brexit, il aurait pu y avoir quelques propositions pour attraper des gros poissons de la finance qui privent les pays de l'Union européenne de plusieurs centaines de milliards d'euros d'impôts par an.
 
Il est urgent d'établir des règles fiscales identiques dans tous les pays de l'Union européenne et de mettre des filets de sécurité à la circulation des bénéfices réalisés dans nos pays. L'imposition à la source des bénéfices de ces multinationales reste à ce jour la meilleure solution, comme nous l'avons formulée dans une Proposition de loi déposée en 2019. Une occasion de régler ces pratiques malhonnêtes vient d'être manquée dans les négociations autour du Brexit. L'exigence des peuples pour une vraie justice fiscale en Europe n'a pourtant jamais été aussi forte.
 
L'argent existe et il coule même à flots pour une minorité qui fait tout pour échapper aux impôts. Ayons le courage de s'attaquer à ce fléau. C'est comme cela que nous pourrons répondre aux besoins humains, financer nos services publics et relever le défi écologique.
 
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,
 
Paris, le 28 décembre 2020.
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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 14:11

Débat animé par Fanny Chartier de la revue Progressiste Alain Pagano, responsable à l'écologie du PCF André Chassaigne, député

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 13:49
Histoire. Hors les murs, à l’assaut de toutes les Bastilles - Jérôme Skalski, L'Humanité, Dimanche 27 décembre 2020,
Histoire. Hors les murs, à l’assaut de toutes les Bastilles
Dimanche 27 Décembre 2020
Acte de naissance du PC-SFIC et futur PCF, le congrès de Tours du mois de décembre 1920 marque de ses enjeux l’identité du mouvement communiste et ouvrier français.
 

Nées le 14 juillet 1889 à Paris, sous l’égide de Friedrich Engels, l’Internationale ouvrière et sa promesse de fraternité universelle, fondée sur l’union et l’émancipation des travailleurs de tous les pays, se sont fracassées, un soir de juillet 1914, sur le mur de la guerre.

Il avait pourtant déclaré « la guerre à la guerre » en 1912, au son des cloches de Bâle, à l’occasion du congrès des partis socialistes pour la paix. Dans un ciel lourd de menaces du fait de l’exacerbation des tensions entre les nations impérialistes européennes depuis le partage colonial de l’Afrique et de l’Asie à la fin du siècle précédent, cet appel avait été suffisant pour les faire reculer, face à la menace du refus de la classe ouvrière européenne de participer au massacre annoncé par les canonnières. Deux ans plus tard, huit jours après la manifestation pacifiste massive du 27 juillet 1914 organisée par la CGT sur les grands boulevards parisiens et quatre jours après l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, c’est l’ensemble du groupe parlementaire de la SFIO qui vote les crédits de guerre et l’état de siège. La guerre, déclarée la veille par l’Allemagne à la France, rencontrait le front de l’Union sacrée, à laquelle se ralliaient ceux qui étaient les plus farouches opposants au conflit redouté. « Déroute politique et morale allant jusqu’à l’anéantissement », selon les mots de Rosa Luxemburg, les représentants du parti social-démocrate d’Allemagne au Parlement de l’empire de Guillaume II – SPD, parti frère de la SFIO – se rallient également à la guerre et à la Burgfrieden qui se dessine en miroir de l’Union sacrée, de l’autre côté de la ligne bleue des Voges.

Comme en témoigne le nombre de morts dont les noms sont inscrits sur les monuments funéraires du moindre village français, la guerre laissera sur le pays une balafre ­indélébile avec près d’un million et demi de tués et 300 000 victimes civiles. En Allemagne, on dénombrera deux millions de soldats tombés au front et plus de 420 000 victimes ­civiles. De toutes parts, des gueules cassées, des milliers de crimes sans témoin et des blessés innombrables. À l’échelle mondiale, une saignée démographique de près de 20 millions de victimes aggravée par l’épidémie de grippe espagnole, qui se répand sur des populations exsangues.

À l’écart du déchaînement de la fureur guerrière, quelques membres, minoritaires, du mouvement socialiste et ouvrier s’engagent pour une alternative révolutionnaire à la guerre avec la conférence de Zimmerwald, en septembre 1915, la Conférence de Kiental, en avril 1916, et la conférence de Stockholm, en septembre 1917. Deux révolutions en viendront à bout. La première s’engage sur le territoire du tsar, en février 1917, et rebondit en novembre de la même année sous le nom de révolution d’Octobre. La deuxième, annoncée par les mutineries de Kiel à l’automne 1918, poussera à l’abdication du Kaiser, le 9 novembre 1918, trois jours avant la signature de l’armistice, signé dans la clairière de Rethondes. Il aboutira, après l’écrasement de la révolution spartakiste, en janvier 1919, à la création de la République de Weimar. Mais, c’est partout en Europe que s’élève la « menace » révolutionnaire. En Hongrie, en Irlande, en Italie.

L’année 1919 est forte de ses mobilisations sociales

En France, malgré la domination politique du bloc nationaliste au sortir de la guerre, l’année 1919 est forte de ses mobilisations sociales avec un puissant 1er Mai revendicatif, réunissant un demi-million de manifestants à Paris scandant des slogans révolutionnaires. Les syndicats se renforcent avec une CGT qui triple ses effectifs d’avant guerre. La SFIO, qui avait vu ses effectifs décliner pendant la guerre, en recense 50 % de plus qu’en 1914, et, malgré la chambre bleu horizon qui s’impose au scrutin législatif de novembre 1919, gagne 300 000 voix de plus qu’en 1914 avec 21 % des suffrages exprimés.

Dans ce contexte, la création de l’Internationale communiste), en mars 1919 à Moscou, est un défi lancé au mouvement révolutionnaire. Si l’appel au ralliement de la SFIO à l’IC et sa transformation en Parti communiste, qui constitue en filigrane une des principales options proposées au congrès de Tours du 25 au 30 décembre 1920, lui répondent à l’ombre à la fois de la révolution d’Octobre et de la monstrueuse Première Guerre mondiale, l’existence, en France, d’un Parti communiste qui assume son acte de naissance est un témoignage de fidélité non seulement envers soi, mais un fait qui reconduit l’esprit auquel il participe, sortant sans cesse hors les murs de la « vieille maison » réformiste et à l’assaut de toutes les Bastille présentes et à venir, à celui de la Révolution française.

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 12:46
Du métro au maquis, la résistance armée du Colonel Fabien - L'Humanité, 28 décembre 2020, Paul Ricaud
Du métro au maquis, la résistance armée du Colonel Fabien - L'Humanité, 28 décembre 2020, Paul Ricaud
Du métro au maquis, la résistance armée du Colonel Fabien - L'Humanité, 28 décembre 2020, Paul Ricaud
Du métro au maquis, la résistance armée du Colonel Fabien
Lundi 28 Décembre 2020 - L'Humanité

Jeune militant, combattant antifasciste, franc-tireur, militaire… Le Colonel Fabien, né Pierre Georges, a marqué l’histoire en étant le premier résistant à abattre un soldat allemand.

 

Le 21 août 1941, il est un peu moins de 9 heures quand trois hommes pénètrent dans la station de métro Barbès- Rochechouart, à Paris. Deux d’entre eux montent sur le quai, en face du wagon de la première classe. Chacun tient dans sa paume un revolver. Celui qui est utilisé, un 6,35 mm, a été « emprunté » à la mère d’un étudiant communiste. Il est tenu par un jeune homme de 22 ans. Sa cible, l’aspirant allemand Alfons Moser. Deux coups de feu retentissent dans la rame et sur le quai. Les résistants s’enfuient et se retrouvent dans un square. Le tireur est surnommé Fabien. « Il respire profondément et fait un mouvement d’expiration avec ses bras. Il s’exclame : “Titi est vengé.”», racontera l’un des camarades de Fabien après l’opération. Samuel Tiszelman « Titi » avait été fusillé par l’occupant deux jours plus tôt. L’attentat du métro Barbès fait office de représailles. Il fait surtout entrer la résistance française dans la lutte armée, et le tireur dans la mythologie de ce combat : il s’agit du tout premier attentat meurtrier visant un soldat allemand de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Si la postérité a retenu le pseudonyme du Colonel Fabien, la vie clandestine de Pierre Georges lui en a donné d’autres. Issu d’une famille de militants (son frère sera maire des Lilas), il rejoint les Jeunesses communistes dès 14 ans. À 17 ans, il ment sur son âge et fait ses premières armes en tant que Frédo, dès le début de la guerre d’Espagne, en 1936. En intégrant les Brigades internationales, il choisit la lutte armée contre le fascisme. « Il brûlait d’envie de partir au front, mais on le retenait à cause de son âge », peut-on alors lire dans un rapport le concernant. Blessé au ventre, Frédo retourne en France en 1938 et devient ouvrier. Il est ensuite élu au comité central des Jeunesses communistes. À la fin de l’année 1939, le PCF est interdit, mais le futur Colonel Fabien reste plus que jamais militant et s’engage dans la Résistance sous l’occupation allemande. En juillet 1941, il devient commissaire militaire de l’Organisation spéciale du PCF.

Icon Quote Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n’avaient qu’à rester chez eux. » GÉNÉRAL DE GAULLE

Mais Pierre Georges ne fait pas qu’organiser les troupes : il donne lui-même l’exemple. À l’été 1941, il se charge donc personnellement de l’assassinat d’un officier allemand approuvé par les dirigeants de la France libre. « Les coups de feu tirés par le jeune Français sont la suite logique, fatale, inéluctable de l’attentat permanent contre la nation française par l’ennemi et ses complices, (…) l’attentat appelle l’attentat », réagit Maurice Schumann sur Radio Londres. L’attentat du métro Barbès enclenche une dure vague de répression, de nombreux otages résistants sont exécutés. Si le général de Gaulle désapprouve la méthode de la guérilla urbaine, il apporte son soutien à Fabien : « Il est absolument normal et absolument justifié que des Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n’avaient qu’à rester chez eux. »

La colonne Fabien combat jusque dans le Haut-Rhin

Passé ce fait d’armes, Frédo s’implique toujours plus. En 1942, il organise dans le Doubs l’un des premiers maquis français. Pour échapper à la milice, il traverse le fleuve à la nage et est blessé à la tête. Il prend les traits de l’abbé Paul-Louis Grandjean avant d’être finalement rattrapé et arrêté. Frédo est emprisonné, torturé, condamné à mort, puis finalement transféré au fort de Romainville pour être déporté, mais il s’échappe. Sitôt libre, il s’implique dans l’organisation des maquis dans les Vosges, la Haute-Saône et le Centre-Nord.

Responsable FTP pour tout le sud de la région parisienne, il prend le nom de Colonel Fabien en 1944 et participe à la libération de Paris, en août. À l’automne, il rassemble 500 hommes prêts à combattre aux côtés des alliés, auprès du général Patton puis aux côtés de Lattre de Tassigny. La colonne Fabien combat jusque dans le Haut-Rhin, où, dans des conditions jamais élucidées, son chef trouve la mort en manipulant une mine, en décembre, à seulement 25 ans. La place qui accueillera plus tard le siège du Parti communiste français et la station de métro qui lui fait face prennent son nom dès l’année suivante.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 18:06
Discours de Marie-Claude Vaillant Couturier après la Libération, résistance, déportée, députée communiste

Discours de Marie-Claude Vaillant Couturier après la Libération, résistance, déportée, députée communiste

Essor et déclin du communisme français

Il y a cent ans naissait un parti authentiquement populaire

Article Le Monde Diplomatique, décembre 2020

Dès qu’il vit le jour, en décembre 1920, le Parti communiste français revendiqua une place singulière dans le paysage politique hexagonal : celle de la seule formation populaire, dirigée par des gens du peuple pour servir les intérêts de celui-ci. À l’heure où le fossé entre classes dirigeantes et classes laborieuses paraît plus profond que jamais, son histoire est riche d’enseignements.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:53
Pourquoi il y a toujours besoin de communisme. Le congrès de Tours, l’acte fondateur du PCF (Cédric Clérin, L'Humanité, 24 décembre 2020)
Pourquoi il y a toujours besoin de communisme. Le congrès de Tours, l’acte fondateur du PCF
Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité

Les crises qui agitent le monde réactualisent le besoin de communisme. Dans un hors-série spécial, « l’Humanité » défriche les chemins de l’avenir d’une idée. En 1920, au sortir de la guerre, le mouvement socialiste connaît de vifs débats. Le choix des délégués du congrès de Tours d’adhérer à l’Internationale communiste marquera l’histoire. Récit.

 

C’est un peu comme si la planète avait voulu rappeler l’urgence de rompre avec le système actuel. Un siècle après la révolution d’Octobre, qui a essaimé l’espoir révolutionnaire partout dans le monde, la crise écologique est venue s’ajouter à une crise sociale permanente à laquelle le capitalisme est incapable de répondre. Celle liée au Covid-19 ne faisant que le confirmer encore. Un constat qui amène un nouveau « besoin de communisme », comme l’affirme le hors-série publié par « l’Humanité » à l’occasion des 100 ans du congrès de Tours.

Une force agissante

« La banquise et les glaciers fondent, le climat s’emballe, les rivières et les océans sont souillés, des espèces vivantes sont épuisées et périssent, tandis que près d’un quart de l’humanité vit sans eau courante », décrit le philosophe Bernard Vasseur. Dans ce monde gouverné par « une finance agressive qui se gave de dividendes, ce qui conduit à la stagnation de l’investissement, au recul désastreux du travail et à la précarisation de la vie des salariés (…), l’humanité va dans le mur, et cela devient visible pour tous », conclut-il. Un appel à des changements profonds mais aussi un terreau idéal pour la montée des nationalismes, obscurantismes et réponses autoritaires. Après 100 ans, dont les 30 dernières années débarrassées de tout système concurrent, le capitalisme est (toujours) en échec.

« Le communisme est toujours à l’ordre du jour, parce que, sans lui comme force agissante, rien ne se passe », souligne le philosophe Étienne Balibar. Les jeunes aussi posent un regard critique sur le système qu’on leur vend pourtant comme indépassable. 58 % (1) des 18-30 ans jugent le capitalisme responsable du dérèglement climatique, l’une de leurs premières préoccupations. De même, pour 83 % d’entre eux, la lutte des classes est toujours une réalité. 78 % pensent que « des secteurs comme la santé, l’éducation ou le logement ne devraient pas être soumis à la concurrence et à la compétition économique » ou encore 75 %, que « les salariés, les travailleurs devraient pouvoir décider des choix de leur entreprise ». Des objectifs et des valeurs partagées avec les communistes. Pourtant, le terme « communisme » lui-même est jugé négativement par 65 % des jeunes. « Voici un mot qui porte indûment une lourde et négative charge historique. Un mot galvaudé, piétiné, détourné, dénaturé. Un mot “profession de foi” qu’il faudra pourtant bien défricher et repenser pour affronter les temps présents », souligne Patrick Le Hyaric, directeur de « l’Humanité ».

Un ensemble de combats

Pour Étienne Balibar, explorer de nouveaux chemins consiste à « travailler à un programme  “socialiste” pour l’humanité du XXIe siècle, dans lequel se rejoindraient des régulations économiques et environnementales planétaires, des insurrections populaires et des utopies concrètes, expérimentant à petite ou grande échelle de nouveaux modes de vie en commun », et de préciser : « L’insurrection est le terme clé dont tout dépend. S’il n’y a pas d’insurrection contre l’ordre existant, rien ne peut évoluer, sinon vers le pire. »

Selon Bernard Vasseur, le communisme, « ce n’est pas d’abord un résultat (une société), c’est l’ensemble des combats qui peuvent y mener ». Une définition comme un écho à la phrase de Marx, qui y voit « le mouvement réel qui abolit l’état de choses existant ».

Pour Étienne Balibar « les déterminations qu’il (Marx – NDLR) a ajoutées ensuite, qu’il s’agisse de substituer le commun à la propriété privée, d’étendre la démocratie au-delà des formes bourgeoises de la délégation de pouvoir, de surmonter la division du travail manuel et intellectuel, enfin et surtout de promouvoir l’internationalisme (donc l’antimilitarisme et l’antiracisme), ont à la fois pour effet de traduire l’idée du communisme en objectifs politiques et de lui conférer une signification anthropologique ».

L’ensemble de ces combats articule changement de mode de production et luttes émancipatrices contre le racisme ou le patriarcat. Ne pas omettre ces dernières, comme ça a pu être le cas par le passé, mais sans exonérer le système d’exploitation comme le font certaines critiques du libéralisme. « On le sait de source sûre, établir une redistribution étatique des richesses sans toucher à leur mode de production, c’est laisser en place ceux qui vont annuler vos efforts et revenir au pouvoir peu après » ! rappelle Bernard Vasseur.

des désirs populaires

Le siècle passé a déjà apporté des embryons de communisme « déjà là » : la Sécurité sociale, les formes de propriété alternatives (Scop…) ou encore des pratiques politiques locales comme la gestion publique de l’eau ou le développement des services publics. D’autres idées communistes émergent pour se débarrasser des affres du capitalisme : sécurité d’emploi et de formation pour en finir avec le chômage et la précarité, salaire à vie contre la marchandisation du travail ou encore sécurité sociale de l’alimentation.

Des réalisations possibles dans une République refondée : « Aujourd’hui encore, le principe d’égalité et le droit au bonheur concentrent une telle charge révolutionnaire qu’ils exaltent l’aspiration à l’universelle émancipation de toute l’humanité », rappelle l’historien Jean-Paul Scot. C’est naturellement que Fabien Roussel veut faire prospérer ce lien entre République et communisme. « Le peuple doit disposer de nouvelles institutions, d’une nouvelle République afin de prendre véritablement la main », propose l’actuel secrétaire national du PCF. Un parti qui, pour ses 100 ans, cherche le meilleur moyen d’incarner l’espoir révolutionnaire aux yeux du plus grand nombre. « Si le communisme a un avenir en tant que mouvement politique, c’est en s’inscrivant dans les espaces de vie, de travail des classes populaires et en s’opposant à la diversité des dominations », pense pour sa part le sociologue Julian Mischi. Le champ intellectuel et politique reste vaste pour faire avancer le mouvement communiste. « Quelles sont les conditions contemporaines de la lutte des classes ? Comment fédérer les forces sociales, porteuses de projets émancipateurs qui ne sont pas spontanément les mêmes ? Comment affronter la question de l’État sans être piégé par l’électoralisme à courte vue ? Comment réorganiser le travail et repenser une planification démocratique ? » s’interroge la philosophe Isabelle Garo. Pour Bernard Vasseur, « cela commence par s’employer à faire naître des désirs populaires d’émancipation, de maîtrise dans son travail, de liberté dans sa vie afin qu’il n’y ait plus à la “gagner” mais à la vivre pleinement ». Un début de réponse au « besoin de communisme ». Le regretté philosophe Lucien Sève, dont « l’Humanité » publie un texte inédit, parlait même d’« urgence de communisme ».

Le 25 décembre 1920, quand les délégués.du 18e congrès de la SFIO (parti socialiste) pénètrent dans la salle du Manège, à Tours, ils ont conscience que la décision de l’adhésion à l’Internationale communiste est jouée. Les fédérations départementales se sont prononcées massivement pour cette IIIe Internationale. Pourtant, l’intensité du moment se lit sur les rares photographies dont nous disposons encore (1). La séparation ne sera pas joyeuse, il est toujours difficile de rompre politiquement avec l’ami, le camarade avec lequel on a milité pendant des années. La fin de l’unité des socialistes, qui fut difficilement acquise en 1905, ne se fait pas sans conscience de la gravité du moment.

des voix contre la guerre

La décision majoritaire de Tours n’est pas un accident mais un événement, et, comme tout événement, ses causes sont à chercher dans le temps long de l’histoire du mouvement ouvrier français, du socialisme international et dans cette sorte d’accélération de l’histoire que furent la Première Guerre mondiale et les conséquences des révolutions russes de 1917. Comme tout événement, le congrès de Tours est inscrit dans une conjoncture, celle de l’après-guerre, de la vague révolutionnaire, de l’agitation sociale en Europe et de la recomposition des impérialismes. Comme tout événement, la décision de Tours n’avait rien d’inéluctable, il y avait d’autres possibles, ou n’aurait pu être comme dans d’autres pays que le fait d’une minorité. Mais là encore, comme pour tout événement, le rôle de femmes et d’hommes fut essentiel.

Après l’assassinat de Jean Jaurès, quand la guerre est déclenchée, l’écrasante majorité du socialisme et du syndicalisme rejoint l’union nationale. Il en va pareillement dans pratiquement tous les autres pays belligérants. Comme si, au-delà des proclamations françaises sur la légitimité de cette guerre du droit contre l’Empire autoritaire allemand, la logique nationaliste s’imposait partout. La durée des combats, le déferlement de haine contre l’ennemi, l’exacerbation des sentiments nationalistes pouvaient emporter l’idée socialiste de fraternité par-delà les frontières. Mais quelques voix s’élevèrent pour critiquer les buts de guerre impérialistes, puis la guerre elle-même. Au niveau international, des rencontres entre militants socialistes, syndicalistes, libertaires reprirent, comme lors des conférences de Zimmerwald et de Kiental. Un comité pour la reprise des relations internationales, qui deviendra par la suite comité pour la IIIe Internationale, s’organise. Mais c’est aussi du cœur du parti socialiste, et notamment autour de Jean Longuet, qu’émergea la critique. Cette minorité de guerre gagna en influence au sein du parti socialiste, jusqu’à en prendre la direction dans le courant de l’année 1918.

La fin de la guerre, le retour des combattants, le deuil interdirent au sein du parti socialiste l’oubli des quatre années terribles. Il y eut même l’espoir d’une revanche politique immédiate. Le parti socialiste uni autour du programme rédigé par Léon Blum crut en une victoire retentissante aux élections législatives de novembre 1919. Mais, malgré un progrès en voix, il perdit plusieurs dizaines de députés par rapport à 1914. Les partisans à la CGT d’une radicalisation gagnaient aussi en influence. Ils misaient sur les grèves, qui avaient repris depuis 1917, voire sur la grève générale comme moyen de reprendre en main leur destin. Si les grèves furent massives et conduisirent le gouvernement à concéder la journée de huit heures, elles échouèrent à aller au-delà et se terminèrent dans une répression généralisée et coordonnée de l’État et du patronat.

Face à ces échecs, il apparut à l’ancienne minorité de guerre devenue majorité que la révolution d’Octobre 1917, qui avait su en finir avec la guerre, qui avait semble-t-il donné le pouvoir aux travailleurs dans les soviets, devenait une perspective concrète. Du côté du Parti communiste russe, on pensait alors que la révolution n’avait d’avenir que si elle devenait véritablement mondiale et que pour cela il fallait un outil en rupture avec l’ancienne Internationale socialiste, qui avait trahi. L’Internationale communiste fut ainsi créée à l’été 1919. La direction de la SFIO, qui souhaitait la reconstruction d’une véritable Internationale, décida d’envoyer Cachin et Frossard en Russie lors de son second congrès. Les deux représentants annoncèrent alors leur adhésion personnelle à celle-ci et proposèrent que la SFIO y adhère. Frossard et Cachin symbolisaient le retournement qui s’était opéré au cœur du parti socialiste et en cela représentaient une pièce maîtresse des bolcheviks, qui ne voulaient pas s’appuyer, au moins dans un premier temps, seulement sur la gauche la plus radicale du parti, conduite par Loriot et Souvarine. L’enjeu était justement d’emmener une majorité à l’Internationale communiste.

divisé en trois motions

Les militants socialistes durent donc choisir entre trois motions. La motion de Frossard, Cachin, Loriot et Souvarine, qui proposait un ralliement à l’Internationale tout en évitant un vote formel sur les 21 conditions. La motion portée par Longuet, qui souhaitait une adhésion avec conditions et qui ne renonçait pas en même temps à la reconstruction d’une Internationale unitaire des partis socialiste et communiste, ce dont ne voulaient absolument pas les bolcheviks. La motion de Léon Blum, qui combattait toute adhésion au nom de la tradition socialiste et de la conception démocratique du parti. La force de la première motion, qui allait être majoritaire, était de s’ancrer dans la réalité vécue des militants en commençant par la référence aux quatre années de massacre mondial. Les deux autres, et notamment celle de Blum, très générales et abstraites, et à certains égards prémonitoires, étaient sans prise sur la réalité concrète d’une France et d’un mouvement ouvrier bouleversés par la guerre. Le congrès accentua l’opposition des protagonistes, car l’Internationale, par la voix de Clara Zetkin et le télégramme de Zinoviev, répétera son veto au maintien de Longuet dans le nouveau parti. Les délégués, dans leur immense majorité, suivirent l’injonction et confirmèrent le vote des fédérations ; toutes les tentatives de compromis furent balayées.

La division de la gauche partisane était réalisée et allait structurer dorénavant le paysage politique français. Le nouveau parti, qui s’appelait au sortir du congrès parti socialiste-Section française de l’Internationale communiste, allait devoir encore se transformer, lever certaines ambiguïtés autour de l’interprétation et de l’application des conditions, dont son rapport au syndicalisme. Il allait devoir revoir son mode de fonctionnement, s’engager dans de nouvelles pratiques politiques anti-impérialistes, antimilitaristes, féministes, transformer la composition de son encadrement pour devenir un véritable parti ouvrier. Mais devaient peser sur ces évolutions le poids de son rapport à l’URSS et la stalinisation que nombre de ses fondateurs refuseront. Le parti socialiste maintenu allait devoir penser l’articulation entre ses proclamations révolutionnaires, sa pratique réformiste, voire de collaboration de classe.

(1) Sondage Ifop pour«  l’Humanité », décembre 2020. (1) « Aux alentours du congrès de Tours », de V. Fau-Vincenti, F. Genevée, É. Lafon, musée de l’Histoire vivante, 2020
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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:48
Ce que la France doit au Parti communiste - par Patrick Le Hyaric, 24 décembre 2020
Ce que la France doit au Parti communiste
Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité
 

Cent ans déjà, 100 ans à peine. Nous fêtons cette semaine la fondation du Parti communiste français. Né de l’horreur de la Première Guerre mondiale, du refus de la collaboration qu’une partie du courant socialiste scella avec l’Union sacrée, ce parti, qui sut concilier le drapeau tricolore et le drapeau rouge, a toujours été un élément moteur de l’union populaire et des forces prônant la transformation sociale, comme le fer de lance des combats internationalistes pour l’émancipation humaine.

Malgré les obstacles, les persécutions dont ses militants ont souvent été l’objet, les erreurs et retards dont il a su faire la critique, on ne peut enlever aux générations de militants leur dévouement sans faille à la défense des intérêts populaires, la fidélité à ceux de leur pays et à la solidarité internationaliste, les combats pour la paix, le désarmement et l’antiracisme. C’est par la voix de ces militants que les noms de Sacco et Vanzetti, Julius et Ethel Rosenberg, Angela Davis, Nelson Mandela, comme ceux de Marwan Barghouti et de Mumia Abu Jamal ont pu s’inscrire dans les rues et résonner sur les places publiques.

Deux des combats portés par les communistes trouvent aujourd’hui une singulière résonance. Tout d’abord, l’appel que le Parti a lancé avec ses parlementaires pour s’opposer à la Constitution gaullienne de 1958, dont le présidentialisme exacerbé continue d’être un verrou institutionnel bloquant toute perspective de changement. De même, ses propositions pour refuser « l’Europe du capital », dès la fin des années 1950, comme l’incomparable force d’entraînement qu’il a constituée pour que les Français refusent le projet de Constitution européenne, après avoir été le seul parti à refuser l’Acte unique, puis le traité de Maastricht, tout en travaillant à une union des peuples souverains fondée sur des projets communs, démontrent sa capacité d’anticipation.

Les tentatives répétées d’effacer son apport à l’histoire de France, par la guerre idéologique comme par l’empilement des contre-réformes vouées à l’anéantissement d’un siècle de conquêtes sociales, témoignent de l’intangible détermination des capitalistes et de leurs serviteurs à plonger dans l’oubli politique les classes populaires et leurs aspirations à vivre mieux, libres et respectées. C’est ainsi que le champ politique tend aujourd’hui à se résumer à un panel de nuances, parfois fortes, voire inconciliables, mais dont les classes populaires sont absentes, reléguées ou renvoyées dans la foule des abstentionnistes anonymes.

Prolongement de l’histoire révolutionnaire du pays, le communisme en fut tout autant la « rupture » en proposant pour la première fois au large peuple du travail un cadre d’organisation inédit, performant et fraternel, que chacune et chacun investissait en le transformant, rendant vivante la maxime de la Ire Internationale selon laquelle « la libération des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Ce faisant, le Parti communiste permit à des millions d’entre eux d’acquérir des compétences rivalisant avec celles de la bourgeoisie, d’accéder à des formations de très haut niveau politiques, culturelles, scientifiques, donnant ainsi honneur et dignité à celles et ceux qui n’étaient jusqu’ici jugés dignes ni de l’un, ni de l’autre.

Des générations d’élus gagnant des responsabilités jusqu’aux ministères, de responsables syndicaux ou associatifs devinrent ainsi des « cadres » de grande qualité, restés proches du peuple dont ils et elles étaient issus. Cela au bénéfice de l’ensemble de la nation, qui s’est redéfinie à l’aune des conquêtes sociales arrachées par les travailleurs organisés.

Ses ennemis d’aujourd’hui comme d’hier refusent d’accepter que l’essor de la démocratie en France soit étroitement lié à celui du phénomène communiste. Sans l’apport communiste, la République n’aurait pu être qualifiée de démocratique, de sociale ou de laïque que par abus de langage. Plus que cela, par son activité intense, ses victoires politiques, son ancrage, il a retissé le lien avec les avancées décisives, philosophiques et politiques, de la Grande Révolution ou de la Commune. Et quand la nation sombrait sous la collaboration, il en fut l’honneur. C’est à lui que l’on doit ces fragments de communisme que sont la Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, la création d’EDF, les congés payés, les services publics, la retraite solidaire par répartition, les réductions du temps de travail, plusieurs nationalisations, les maisons de la Culture comme les centres de santé dans les municipalités, la solidarité concrète avec les travailleurs immigrés.

Les classes possédantes ont ainsi été contraintes de céder du terrain, non pas tant par la radicalité des discours et des postures que par l’organisation politique massive de celles et ceux qui ont un intérêt objectif à changer le monde : l’immense peuple des travailleurs, dont les plus exploités d’entre eux, les créateurs. Cette irruption des classes populaires, conscientes de leur poids, de leur rôle historiques, de leurs responsabilités à l’égard du peuple français comme des peuples du monde en a fait pâlir plus d’un. Et le poids que le Parti communiste, certes réduit, continue d’exercer par l’activité parlementaire, par l’engagement de ses milliers d’élus et de ses réseaux militants, qui en ce moment même organisent la solidarité avec les plus démunis dans les quartiers, animent des combats pour la garantie de l’emploi dans des entreprises et se placent aux côtés des créateurs, n’a pas fini d’exaspérer les tenants de l’ordre injuste qui ne rêvent que de conjurer définitivement le spectre d’un changement révolutionnaire, au moment où le mode de développement capitaliste est entré en procès permanent.

Comme ont su le faire les anciennes générations de militants et de dirigeants, l’heure est à l’invention pour une puissante ambition transformatrice, rassembleuse et innovante. Avec, au cœur de tout, la démocratie jusqu’au bout, la démocratie pour de vrai. Voilà ce à quoi se refusent les capitalistes. Voilà ce qui continue d’inspirer les communistes.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 14:07

 

Les visio conférences du centenaire du PCF Le PCF et la culture : une histoire passionnelle Avec Michel Duffour, Yolande Rasle, Julie Brochen, Alain Hayot et pierre dharréville.

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 14:04

 

Jacques Dimet, Francis Wurtz, Jean Radvanyi, Serge Wolikow et Sandrine Kott

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