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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 10:04

Ancien chirurgien, Eric Hazan a repris la maison d'édition de son père (Fernand Hazan) et, avec un groupe d'amis, il a fondé sa maison d'édition la Fabrique en 1998, afin de publier des livres d'histoire, de philosophie et de politique, le plus souvent engagés à la gauche de la gauche.

C'est un révolutionnaire de coeur et d'esprit, un érudit et un styliste, passionné de littérature et d'histoire, un passeur formidable.  

Les trois livres que j'ai pu découvrir de lui ces trois dernières années m'ont tous passionné et instruit le plus agréablement possible, ce pourquoi je voudrais les recommander chaudement, même s'ils sont loin d'être ignorés du grand public. 

 

Il y a d'abord LQR La propagande du quotidien, un court essai publié aux éditions Raisons d'agir en 2006 qui décrypte, comme le linguiste juif Victor Kamperer l'avait fait dans la clandestinité avec la langue nazie, les néologismes ou déplacements du sens des mots de l'idéologie néo-libérale et pro-capitaliste ("gouvernance", "réformes", "charges sociales", etc.) qui depuis 20 ans au moins a envahi le champ des médias et des discours publics, euphémisant et voilant la réalité sociale, entretenant une fausse conscience des choses servant le renforcement d'un système basé sur la privatisation du monde, l'accroissement des profits financiers et des inégalités.  

 

cadeau l'invention de ParisDans L'Invention de Paris (Il n'y a pas de pas perdus), publié en 2002, Eric Hazan nous invite à un voyage dans le temps tantôt réjouissant tantôt mélancolique pour comprendre ce que les quartiers de Paris doivent à un long passé de lutte des classes, de révoltes et de révolutions, de sécurisations et de répressions policières et militaires, et pour rendre à la vie des scènes historiques et littéraires fascinantes dont des lieux familiers mais finalement peu connus de Paris ont constitué le décor.

 

On ne pourra plus par exemple se promener dans les environs du Palais-Royal sans laisser son imagination s'enflammer en évoquant les attroupements autour de Camille Desmoulins pendant la révolution, les réunions de royalistes, l'assassinat du conventionnel régicide Le Peletier de Saint-Fargeau, la préparation du 9 Thermidor et la chasse aux républicains ouverte lors de la Terreur Blanche. Mais "l'apogée du Palais-Royal, l'époque qui en fit un mythe sans équivalent dans toute l'Europe moderne, ce furent les vingt ans suivant l'entrée des Alliés dans Paris en 1815. L'arrivée des soldats et des officiers russes, autrichiens, prussiens, anglais, donna une impulsion nouvelle aux deux activités nourricières du lieu, la prostitution et le jeu..." (p.35 Points Seuil). Le Palais Royal attire les hommes de la bourse, les clients des libraires et des éditeurs qui s'installent sous ses arcades. Mais "sous les arcades, on ne lit pas, on joue, au creps, au passe-dix, au trente-et-un, au biribi... L'établissement le plus célèbre est sans conteste le 113: huit salles, six tables de roulette. Blücher, l'un des deux vainqueurs de Waterloo, ne quittait pas le tripot du 113. Il dépensa six millions lorsqu'il quitta Paris. Autour des tripots sont installés des prêteurs sur gages, et le soir les filles se mêlent aux joueurs... On peut aussi boire et manger dans les galeries du Palais-Royal. Le café de Foy est le seul à servir dans un pavillon du jardin. Au premier étage, son club d'échecs, qui a compté Talleyrand et David parmi ses clients, fait concurrence à celui du café de la Régence, où se déroule Le Neveu de Rameau. Le café des Mille Colonnes, dont la patronne est une beauté célèbre, est le préféré de Balzac. Près du passage du Perron, le café de la Rotonde avait été pendant la Révolution le quartier général des brissotins (on ne disait pas "girondins) à l'époque... Le café Lemblin est fréquenté par les nostalgiques de l'empire" (p.38) "La fin de la vogue du Palais Royal eut se dater avec précision: le 31 décembre 1836 à minuit, les jeux de hasard furent interdits à Paris. Dès lors le déclin est rapide. Les dandys, les badauds, les viveurs et les filles émigrèrent à quelques centaines de mètres de là, vers la nouvelle promenade enchantée, vers les Boulevards" (p.40).

 

Tout près du Palais-Royal, dans le quartier du Louvre, siège la Bourse de Brongniart. "Le paradoxe d'un bâtiment aussi grandiose voué une activité aussi méprisable n'aura pas échappé aux contemporains: "je me courrouce toutes les fois que j'entre à la bourse, ce bel édifice de marbre, bâti dans le style grec le plus noble et consacré à cet ignoble trafic des fonds publics... C'est ici, dans cette immense salle, que s'agite l'agiotage avec ses mille figures tristes et ses dissonances criardes, comme le bouillonnement d'une mer d'égoÏsme. Du milieu des flots d'hommes s'élancent des grands banquiers, pareils à des requins, créatures monstrueuses qui s'entre-dévorent" (Henri Heine, 1832)."

 

Des Halles au Marais, de la chaussée d'Autain au faubourg Saint Antoine, Eric Hazan nous invite à une promenade temporelle à multiples détours et digressions appelées par l'appel de l'anecdote en reconstituant de manière très charnelle et sensorielle, grâce notamment aux citations des écrivains et des voyageurs, les différents âges de Paris, tout en y ressituant les grandes heures de la vie intellectuelle et politique de la France.

 

On trouve dans le livres des éclairages fort intéressants sur le Marais aristocratique. Suivant le modèle italien d'urbanisme renaissant, Henri IV et Sully décident de construire la place Royale (des Vosges) et d'aménager ses pourtours pour aérer Paris et accueillir des boutiques d'artisanat de luxe, des manufactures de draps de soie brodés d'or et d'argent. "Sous les arcades s'alignaient des boutiques élégantes, mais on y trouvait aussi- comme plus tard au Palais Royal - des tripots, et les prostitués en avaient fait l'un de leurs lieux favoris. Le centre de la place, inauguré par Louis XIII en 1612, était plat, sablé, dégagé: il servait de terrain aux cavalcades, aux tournois, aux jeux de bagues et aussi parfois aux duels dont certains sont restés célèbres... Avec la place Royale et les alentours, c'est la première fois qu'on aménage à Paris un quartier destiné à ce qui n'est pas encore la flânerie, un "promenoir" offert à une société qui revit après le cauchemar des guerres de Religion... Ce n'est pas encore la tolérance religieuse: en 1614, dans le cahier de la Ville de Paris aux Etats Généraux, le voeu est exprimé que les juifs, les anabaptistes et autres ne professant point la foi catholique ou ne pratiquant pas la religion prétendue réformée, tolérée par les édits, soient punis de mort. Il n'empêche: entre le nouveau quartier et une certaine aristocratie cultivée, une haute bourgeoisie ouverte, un milieu intellectuel et artistique en pleine ébullition, c'est une histoire d'amour qui se joue". On y retrouve le père Mersenne, Désargues et Pascal, Huygens, Gassendi, les savants de l'époque. "Les femmes aussi tiennent salon. Certaines sont les demi-mondaines, comme on dira plus tard: Marion Delorme, qui reçoit Place Royale et Ninon de Lenclos, dont la demeure rue des Tournelles est le rendez-vous des libertins - des libre-penseurs- ce qui ne l'empêche pas d'avoir parmi ses habitués La Rochefoucauld et Madame de Lafayette, Boileau, Mignard et Lulli. La légende veut que Molière y ait lu pour la première fois le Tartuffe devant La Fontaine et Racine...".     

 

Eric Hazan reconstitue les différentes phases du recoupement entre séparations géographiques et clivages sociaux à Paris:

"On a vu l'aristocratie abandonner le Marais à la fin du XVIIe siècle pour les faubourgs Saint-Germain et Saint Honoré. Un siècle plus tard, tous ceux qui en ont les moyens quittent le centre ancien. Ce qui se dessine alors, c'est la ségrégation entre quartiers résidentiels et quartiers populaires, la formation d'un Paris-Ouest pour les riches. Jusque- là, dans les mêmes rues, les nobles hôtels voisinaient avec des bicoques. Les palais royaux eux-mêmes étaient entourées de misérables masures... Paris mélangeait ainsi riches et pauvres par contiguïté, mais aussi par superpsition. Le même corps de bâtiment (on ne dit guère "immeuble" avant le XVIIIe siècle et l'apparition des "immeubles" de rapport") pouvait abriter des boutiques au rez-de-chaussée - le boutiquier habitant l'entresol-, des logements pour l'aristocratie au deuxième niveau, étage noble avant l'invention de l'ascenseur, et pour les ouvriers dans les combles. Cette mixité n'avait pas tout à fait disparu au début des années 1960 où, sur la montagne Sainte Geneviève par exemple, rue Laplace, rue de Lanneau, rue Valette, les logements sous les toits étaient encore occupés par des ouvriers, avec, il est vrai, l'eau sur le palier. Le zonage à l'américaine, par tranches de salaire, ne s'est vraiment installé qu'à l'ère de Gaulle-Malraux-Pompidou en même temps que les quartiers anciens, massivement rénovés, étaient réinvestis par la bourgeoisie" (p.153-154).

 

Après cette évocation réjouie, nourrie par une culture prodigieuse, du déplacement dans le temps des centres de gravité du Paris aristocratique, bourgeois, politique, artistique et intellectuel, cette explication des différentes phases de la structuration urbaine et sociale de la capitale, Eric Hazan, dans une deuxième partie plus politique et tragique de son ouvrage, intitulée le "Paris Rouge" évoque le Paris ouvrier des insurrections et révolutions, le Paris au service de la liberté et de l'égalité qui a écrit l'histoire de France de la Grande Révolution jusqu'en 1968,  et a été si souvent brutalisé par les troupes au service de la réaction et des privilégiés.

 

Ce Paris Rouge, celui des Barricades, du socialisme révolutionnaire et du communisme, c'est celui du Marais populaire des artisans, de Belleville, du Père-Lachaise, de Charonne, de Pelleport, de ces enfants d'immigrés juifs, polonais, ou d'ouvriers français de souche qui s'engagèrent dans le Front Populaire et la Résistance. La partition politique de Paris était très nette pendant la seconde guerre mondiale, rappelle Eric Hazan en citant les souvenirs de l'officier et écrivain allemand Ernst Jünger:

" Ainsi à l'ouest de la ville, des officiers allemands cultivés, francophiles et plutôt antinazis, signaient des ordres conduisant au poteau d'exécution des enfants qui, à l'est, bricolaient des affiches et jetaient des tracts dans les cinémas de Ménilmontant. Les Champs-Elysées sont l'axe majeur du Paris de la Collaboration, et il y a là comme une tradition. Déjà en 1870 Louise Michel notait qu'on y brisa les chaises et les comptoirs des cafés, les seuls de Paris à avoir ouvert aux Prussiens. Déjà, après le Front Populaire, "la foule élégante acclamait Hitler dans les cinémas des Champs-Elysées à vingt francs la place... Le fond de l'ignominie a peut-être été atteint en 1938, sur ces CHamps-Elysées cagoulards où les belles dames acclamaient l'affreux triomphe de Daladier et glapissaient "Les communistes sac au dos, les Juifs à Jérusalem" . Plus tard, "toute l'élite cagoularde du pays, pressée de regagner ses Champs-Elysées et son boulevard Malesherbes, s'extasiait sur la courtoisie des Aryens blonds. Sur ce point il n'y avait qu'un cri d'Auteuil à Monceau:les gentlemen-pendeurs étaient corrects et même un peu hommes du monde à leurs heures" (Vladidimir Jankélévitch, "Dans l'honneur et la dignité", Les temps modernes, juin 1948)...

 

La partition politique de Paris ne date pas d'hier. Vers le 20 mai 1871, juste avant l'entrée des Versaillais, Lissagaray entraîne un ami imaginaire, "un timide de la timide province", dans une promanade à travers la ville. Dans les quartiers populaires, à la Bastille, "joyeuse, animée par la foire au pain d'épicees", au cirque Napoléon (cirque d'hiver), "où cinq mille personnes s'étagent depuis l'arène jusqu'au faîte", la fête révolutionnaire continue, malgré (à cause?) l'imminence de la catastrophe. Les quartiers chics sont silencieux, plongés dans le noir - il est vrai que, par une ironie du sort, ce sont eux qui reçoivent les obus tirés par les Versaillais depuis le mont Valérien et Courbevoie... Les sentiments de leurs habitants sont exprimés sans détours par ceux qui animaient hier encore les salons de l'Empire, aux Tuileries et à Compiègne. Edmond de Goncourt, dans les premiers jours: "Le quai et les deux grandes rues qui mènent à l'Hôtel de Ville sont fermés par des barricades avec des cordons de gardes nationaux en avant. On est pris de dégoût en voyant leurs faces stupides et abjectes, où le triomphe et l'ivresse mettent comme une crapulerie rayonnante". Et plus tard, au moment où Thiers bombarde Paris: "Toujours l'attente de l'assaut, de la délivrance qui ne vient pas. On ne peut se figurer la souffrance qu'on éprouve, au milieu du despotisme sur le pavé de cette racaille déguisée en soldats".

Pour Maxime Du Camp, qui a gagné la croix de la Légion d'honneur pour sa conduite lors de la criminelle "insurrection" de juin 48, la Commune est "un accès d'épilepsie morale; une sanglante bacchanale; une débauche de pétrole et d'eau-de-vie, une inondation de violences, d'ivrognerie qui faisait de la capitale de la France un marais des plus abjects". Pour Théophile Gauthier, "il y a sous toutes les grandes villes des fosses aux lions, des cavernes fermées d'épais barreaux où l'on parque les bêtes fauves, les bêtes puantes, les bêtes vénimeuses, toutes les perversités réfractaires que la civilisation n'a pas pu apprivoiser, ceux qui aiment le sang, ceux que l'incendie amuse comme un feu d'artifice, ceux que le vol délecte, ceux pour qui l'attentat à la pudeur représente l'amour... Un jour, il advient ceci, que le belluaire distrait oublie ses clefs aux portes de la ménagerie, et les animaux féroces se répandent par la ville avec des hurlements sauvages. Des cages s'élancent les hyènes de 93 et les gorilles de la Commune".... Un autre (l'écrivain précieux et symboliste Leconte de Lisle): "Leurs femmes, des mégères sans nom, ont parcouru pendant toute la semaine les rues de Paris, versant du pétrole dans les caves et allumant des incendies de tous les côtés. On les abat à coups de fusils comme des bêtes enragées qu'elles sont...".  (p.303-305).                       

 

Ce racisme social, cette animalisation de l'ennemi de classe, ce ressortissant des classes laborieuses ou classes dangereuses, habitant Belleville, Ménilmontant ou Montmartre, le faubourg du Temple ou Popincourt, qui fait si peur quand il sort de ses quartiers et de la soumission aux routines d'un travail harassant pour réclamer ses droits et ceux de la démocratie sociale, réveillant le spectre du sans-culotte et de la Grande Révolution, accompagne une volonté d'extermination pure et simple.

 

Quand les Versaillais entreront à Paris le 21 mai 1871, ils massacreront pendant la Semaine Sanglante et au-delà, entre 16 000 et 20 000 Communards et Parisiens du peuple. Les "abattoirs" du moment destinées à expurger la société bourgeoise de ses rebus, de ses contempteurs et de ses rebelles, sont le Parc Monceau, les Buttes Chaumont, la Madeleine, le champ de Mars, le Luxembourg, le Mur des Fédérés au Père Lachaise et surtout la Prison de la Roquette (3000 exécutions en 3 jours du 26 au 27 mai) et la caserne Lobeau près du Théâtre du Châtelet (plus de 4000 communards y seront fusillés). Ceux qui échappent au massacre seront conduits à Versailles en longs troupeaux, battus et humiliés tout au long du chemin. Les femmes de la Commune seront visitées dans leurs prisons par de grandes bourgeoises railleuses, revanchardes et méprisantes, qui les considéreront tout juste comme des bêtes fauves. On compte aussi des milliers de déportés embarqués dans des conditions atroces, particulièrement vers la Nouvelle-Calédonie comme Louise Michel.

 

Leurs crimes: leur républicanisme ardent impliquant la démocratie sociale, leur patriotisme internationaliste, le refus de rendre les armes contre les Prussiens, l'affirmation de la liberté communale, de la démocratie directe ou du moins de la pleine souveraineté du peuple, leur désir de séparer l'Eglise et l'Etat, l'affirmation des droits politiques et sociaux des femmes, la promotion de l'école gratuite et de la culture pour tous, du droit au logement et au travail, une règlementation protectrice de la journée de travail, des salaires.   

 

Les pages d'Eric Hazan sur la Commune restituent avec un lyrisme contenu par le caractère sérieux et distancié de l'ouvrage certaines de ses figures héroïques et tragiques comme celle de Delescluze, néo-jacobin déjà insurgé en 48, journaliste après avoir goûté du bagne à Cayenne et de la prison à Belle-Ile, délégué à la Guerre de la Commune qui meurt sur la barricade du Château d'eau.    

 

La barricade et ses "magiques pavés" est emblématique de la révolution, et singulièrement de la Commune, bien qu'elle ait surgie dans la dernière semaine de son existence. E.Hazan en fait une description à la manière de Barthes dans ses Mythologies: " Dès ses débuts, la barricade joue un rôle qui redouble son statut guerrier, celui d'un dispositif scénique. Scène comique, lorsque de part et d'autre les combattants s'apostrophent, s'insultent comme sous les murs de Troie, ou cherchent à convaincre ceux d'en face - de capituler avant d'être massacrés ou, en sens opposé, de rejoindre les rangs de leurs frères. Scène tragique, all'antica, où le héros descend des pavés et marche vers les soldats, dans un ultime effort de persuasion ou simplement pour ne pas subir la défaite, pour en finir avec la vie. C'est ce rôle théâtral de la barricade qui explique sa résurgence au XXe siècle, de Saint-Petersbourg à Barcelone, du Berlin spartakiste à la rue Gay-Lussac, alors même qu'au fil du temps son efficacité militaire tendait symptomatiquement vers zéro" (p.316).

 

Erigée pendant les guerres de religion et la Fronde, la barricade reparaît au XIXe siècle rue Saint Denis pour combattre la restauration monarchique ultra-réactionnaire de Charles X. "Au cours du demi-siècle qui s'écoule entre les barricades nocturnes et anonymes de novembre 1927 et les soixante-dix journées solaires de la Commune la liste des manifestations, émeutes, coups de main, soulèvements, insurrections de Paris est si longue qu'aucune capitale ne peut en revendiquer de semblable. Leur géographie, leur répartition entre les quartiers parisiens, est un reflet de la révolution industrielle, de la relation nouvelle entre patrons et ouvriers, de la migration centrifuge de la population laborieuse et dangereuse, de l'évolution des grands travaux, de l'"embellissement stratégique" de la ville. Ce sont les mêmes noms de rues et de quartiers qui reviennent sans cesse tout au long du siècle, mais on voit néanmoins le centre de gravité de Paris rouge se déplacer lentement vers le nord et l'est, avec des cassures et des accélérations qui impriment sur le plan de la ville la marque d'une vieille notion aujourd'hui bien mal vue, la lutte des classes" (p.319).

 

En 1832, juste après une épidémie de choléra dévastatrice pour le Paris populaire, les barricades républicaines s'élèvent à la mort du général Lamarque, celles que l'aède Hugo chantera dans les Misérables une fois accompli son tournant républicain et populaire, après la répression de féroce de juin 1848, qu'il contribuera à diriger. Elles sont tenues par des étudiants et des jeunes bourgeois idéalistes et par des ouvriers. Au pont d'Austerlitz, un nouveau drapeau fait son apparition, un étendard rouge bordé de noir sur lequel était écrit en caractères noirs, "La liberté ou la mort". L'insurrection touche les rues Saint Martin et Saint Denis, le quartier du Marais, le quartier de l'horloge auprès du cloître Saint Merri, c'est à dire que le Paris populaire est encore le Paris médiéval.

 

En février 1848, une nouvelle insurrection du peuple de Paris, stimulée par une campagne de banquets républicains, a raison de la monarchie affairiste de Louis-Philippe. Le 22 juin 1848, après la tentative de reprise en main de la République par la bourgeoisie libérale et la fermeture des ateliers nationaux, l'insurrection du prolétariat se lève dans le Paris ouvrier du faubourg du Temple et du faubourg Saint Antoine. La moitié de Paris appartient aux ouvriers socialistes réclamant le droit au Travail et le droit du Travail dans la matinée du 23 juin 1848. Le général Cavaignac, instrument d'un parti de l'ordre de l'Assemblée et des élites mêlant, face à des révolutionnaires résolus comme Blanqui, des personnalités d'horizons aussi divers que Tocqueville, Victor Hugo, Lamartine, Louis Blanc, Arago, Quinet, va engager alors un grand massacre du peuple de Paris.

 

""Plutôt une fin effroyable qu'un effroi sans fin! ", tel est le cri que lance le bourgeois, "dans un accès de fureur, à sa République parlementaire" (Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852). Pendant les cinq semaines qui s'écoulent entre la journée du 15 mai (intimidation de l'Assemblée par des manifestants des clubs de républicains radicaux, proches de Blanqui, Barbès, Raspail- réclamant la défense de la liberté en Pologne et une République plus égalitaire) et l'insurrection de Juin, la bourgeoisie se prépare à la fin effroyable. Contre Paris Rouge, c'est l'union sacrée: orléanistes, légitimistes, républicains de toutes tendances y compris la quasi-totalité des socialistes n'ont qu'une idée: il faut en finir. Très rares sont les voix discordantes comme celle de Pierre Leroux à l'Assemblée le 10 juin: "Vous n'avez pas d'autre solution que la violence, la menace, le sang, la vieille, fausse, absurde économie politique. Il y a des solutions nouvelles, le socialisme les apporte, permettez au socialisme de faire vivre l'humanité!"  Daniel Stern note que "rien ne devait paraître plus singulier à une assemblée qui commençait à trouver qu'elle était un peu trop en république, que de s'entendre dire qu'elle n'y était pas assez" (p.352). Daniel Stern, pseudonyme d'auteur d'une femme, la comtesse d'Agout, a écrit l'Histoire de la Révolution de 1848.  

 

Du 23 au 26 juin, la garde nationale ne fait pas de quartiers, tuant sans dictinction femmes, adolescents sur les barricades, ne faisant pas de prisonniers. Tous les insurgés doivent être fusillés. Ménard témoigne: "La plupart des ouvriers pris à la barricade des Noyers et aux autres barricades de la rue Saint Jacques, furent conduits au poste de la rue des Mathurins, hôtel de Cluny, et fusillés... Lorsque la proclamation (de Cavaignac, promettant la vie sauve aux insurgés faisant soumission) fut connue des ouvriers, un grand nombre d'entre eux se rendirent prisonniers. alors, lus uns furent fusillés sur place, les autres conduits à l'hôtel de Ville et sur quelques autres points qui servaient spécialement d'abattoirs. Sur le pont d'Arcole, les prisonniers tombaient sous les feux croisés des gardes mobiles placés sur les deux quais. Sur le pont Louis-Philippe, plus de quarante furent jetés à l'eau. On en amenait d'autres sur le quai de l'hôtel de Ville, on les précipitait dans l'eau, où les balles les atteignaient. Le plus souvent, ils tombaient sur la berge, et d'autres mobiles les achevaient à coups de fusil". 

 

Eric Hazan révèle que plus de 10 ans après, Les Fleurs du Mal de Baudelaire rappeleront ce massacre du prolétariat révolutionnaire parisien par la bourgeoisie "aussi explicitemment que le permet la censure. Dans Le Cygne, l'évocation finale de la place du Carroussel se clôt sur une pensée: "Aux captifs, aux vaincus!... à bien d'autres encor!" et les derniers vers de La Cloche fêlée...: "Moi mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis/ Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, / Il arrive souvent que sa voix affaiblie/ Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie/ Au bord d'un lac de sang, dans un grand tas de morts/ Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts".

 

Après les tueries sur le vif "commence la grande traque, perquisitions, fouilles, dénonciations, arrestations". Les prisonniers ratissés sont enfermés dans les forts, dans les casernes, au Luxembourg, véritable quartier général des tueries, dans les sous-sols de l'Hôtel de Ville et des Tuileries, où on les laisse mourir de faim. S'ils font du fruit, s'ils réclament, on tire dans le tas à travers les barreaux".

 

A en croire l'historien George Duveau (1848), "sur les barricades ne périrent semble t-il que 400 ou 500 insurgés; mais plus de 3000 furent massacrés après le combat par les soldats de la Garde Mobile et de l'armée régulière. 11600 personnes furent arrêtées". Certaines furent condamnées à mort, d'autres condamnés aux travaux forcés et déportés, en Algérie notamment.

 

Pour Marx qui imagine le point de vue plus ou moins assumé des républicains progressistes bourgeois, "La Révolution de Juin est une révolution haïssable, la révolution répugnante, parce que la chose a pris la place de la phrase, parce que la République a mis à nu la tête du monstre en abattant la couronne qui le dissimulait... Malheur à juin! "

C'est avec stupéfaction que la bourgeoisie a vu surgir de nulle part ces brutes menaçantes, ces nouveaux barbares, ces bêtes féroces, ces êtres envers lesquels Balzac, Lamartine, Musset, Tocqueville, Mérimée, Dumas, Berlioz, Delacroix expriment leur dégoût et leur terreur.... L'insurgé de Juin, qu'il soit nouveau prolétaire industriel, maçon sans travail, artisan déraciné, c'est l'Homo sacer d'Agamben, celui qu'on a le droit de tuer sans qu'il n'y ait ni crime ni sacrifice. Pour le fusiller, pour le déporter, inutile de mettre en scène l'acte judiciaire, où alors c'est par pure dérision... Les héros de juin sont des anonymes, des cordonniers, des mécaniciens, des obscurs, des sans-part. On voit bien la raison du refoulement, de l'occultation du momument noir des journées de juin: c'est qu'elles constituent la vraie, la profonde fracture dans l'histoire du XIXe siècle en France, qu'elles brouillent le consensus républicain en faisant éclater de façon brève mais fulgurante l'ordre de la distribution des corps en communauté, cet ordre que Rancière appelle la police" (L'invention de Paris, p.381-383).      

 

L'invention de Paris, comme son nom l'indique, historicise et "conflictualise" l'identité de la capitale, la rédécouvre et la restaure par conséquent dans sa dimension politique et sociale, et non pas seulement touristique et patrimoniale. La dernière phrase du livre montre qu'il s'agit de toute autre chose pour l'auteur que de construire un beau mausolée à l'histoire révolutionnaire de Paris: 

 

"Ceux qui pensent qu'à Paris la partie est finie, ceux qui affirment n'avoir jamais vu d'explosion dans un musée, ceux qui chaque jour travaillent à ravaler la façade de la vieille caserne républicaine devraient réfléchir aux variations de cette grandeur qui n'a cessé, au fil des siècles, de surprendre tous leurs prédécesseurs: la force de rupture de Paris".  

 

Eric Hazan a également publié cette année une synthèse remarquablement bien écrite, très vivante et intéressante sur la Révolution Française, Une histoire de la Révolution française publiée aux éditions La Fabrique (22 euros).

 

 

cadeau une histoire de la RFLecteur des contemporains Mercier ou Arthur Young, de Michelet, Quinet, Jaurès, Soboul, Mathiez,  Furet, Jean-Clément Martin, de bien d'autres historiens de la révolution, ainsi bien sûr que des discours des constituants et conventionnels, Eric Hazan nous fait bénéficier de sa très grande culture historique pour nous restituer dans un récit chronologique ponctué par des "excursus" où il se positionne par rapport à des polémiques historiographiques, la logique des évènements, les enjeux, les partis et les grandes figures de cette période. Grâce à un souffle épique et à une "interprétation progressiste" des évènements révolutionnaires, le but est de contribuer à reconstituer (à l'usage des jeunes générations particulièrement) une conscience historique pouvant servir de facteur de mobilisation et de point de référence à un engagement politique présent au service des idéaux de la révolution. Eric Hazan le dit sans ambage dans son avant-propos: "bien que j'ai porté toute l'attention possible à l'exactitude de ce qu'on appelle les faits, je ne prétends pas que ce livre soit objectif. J'espère au contraire qu'il fera souffler un peu d'enthousiasme révolutionnaire sur notre époque où la tendance est plutôt au relativisme et à la dérision. Malheur, disait Saint-Just, malheur à ceux qui vivent dans un temps où l'on persuade par la finesse de l'esprit". Il souligne encore la charge toujours aussi subversive de la révolution française et la visée pratique du récit révolutionnaire de la Révolution dans les dernières phrases de l'épilogue:

"Les héritiers des thermidoriens qui nous gouvernent et nous enseignent sans discontinuer depuis lors s'efforcent de travestir cette histoire. Contre eux, gardons vivante la mémoire, gardons l'inspiration de ce moment où l'on put entendre que les malheureux sont les puissances de la terre, que l'essence de la république ou de la démocratie est l'égalité et que le but de la société est le bonheur commun."   

 

D'emblée, Eric Hazan affirme la nouveauté absolue de la Révolution Française, qui contrairement à ce que peuvent en dire Tocqueville ou François Furet, ne prolonge pas dans une simple continuité exagérante une modernisation et transformation sociale en cours à la fin de l'Ancien Régime, sous l'influence d'un Etat centralisateur et niveleur. Dans le chapitre 1, il dresse un portrait social instructif de la France pré-révolutionnaire: un Tiers Etat constitué de 28 millions de personnes, dont 23 millions de ruraux, paysans pour la plupart. Des paysans qui ont été appauvris par le mouvement d'appropriation bourgeoise de la Terre et les conséquences de la pensée physiocratique. Une capitale de 600 à 700000 habitants où la finance tient le haut du pavé avec l'aristocratie.  

 

Tout en réhabilitant la révolution populaire, et les démocrates avancés comme Robespierre, Marat, les Enragés, les sans-culottes, contre l'historiographie révisionniste et bien-pensante assimilant révolution et totalitarisme et qui dans le sillage de Furet, valorise la révolution libérale de 1789 contre celle, jugée essentiellement terroriste et extrémiste, de 1793, Eric Hazan prend des distances avec la relativisation marxienne des acquis et de la signification de la revolution.

La Déclaration des droits de 1789 avait bien une portée universelle, programmatique et révolutionnaire et n'était pas qu'un manifeste individualiste bourgeois.

La Révolution Française n'était pas d'abord et avant tout une révolution bourgeoise. D'abord parce que la bourgeoisie n'existait pas plus que le prolétariat en tant que classe unifiée consciente d'elle-même. Ensuite parce que c'est le "peuple" patriote et républicain, la petite-bourgeoisie, les paysans, les artisans et petits commerçants qui ont "poussé" bien souvent les limites d'une révolution que les parlementaires, les juristes et les milieux d'affaires auraient voulu maintenir dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle et parlementaire défendant l'ordre social et le droit absolu de la propriété et de la libre-entreprise.

 

C'est la pression du peuple qui a très souvent contraint les assemblées parlementaires à l'audace révolutionnaire. Devant la crise de subsistance et les menées contre-révolutionnaires des officiers de l'armée, ce sont les femmes de Paris et les ouvriers qui le 5 octobre 1789 se rendent en cortège à Versailles pour y réclamer du pain et la punition des officiers contre-révolutionnaires qui ont foulé la cocarde tricolore lors d'un banquet offert par le roi, obligeant l'Assemblée et le roi à quitter Versailles pour s'installer à Paris.

 

Le propos de Eric Hazan est particulièrement éclairant quand il s'agit de décrire le fonctionnement des lieux et agents d'influence, des clubs et des sociétés de sans-culottes de la révolution. La Révolution Française invente la société politique et la culture de l'esprit public, la démocratie radicale avec la foi dans la toute-puissance du sujet civique et du volontarisme politique, le refus des traditions et déterminismes historiques et sociaux, l'intervention populaire permanente et le contrôle des élus, le droit de critique constante des représentants.   

 

Cette démocratie radicale avait ses pointes avancées, décrites par E.Hazan de la p.86 à 90:

 

Le club des Jacobins: "quand la Constituante s'était installé à Paris, le Club Breton, pointe de l'aile marchante à Versailles, l'avait suivie. "Il fallait un local à la portée des séances du corps constituant, qui venait d'être établi au manège des Tuileries; on alla trouver le prieur des Jacobins de la rue Saint-Honoré, disposé à prêter la salle de la bibliothèque du convent..." (Dubois-Crancé). Le Club Breton devint alors la Société des Amis de la Constitution. Le nom de Jacobins leur fut donné par dérision... Le droit d'admission était assez élevé (12 livres) et la cotisation annuelle s'élevait à 24 livres. L'article premier du règlement rédigé par Barnave précisait l'objet de la Société, qui se réunissait tous les jours à six heures sauf quand l'Assemblée tenait séance du soir: "1. discuter d'avance des questions qui doivent être décidées dans l'Assemblée Nationale; 2. travailler à l'établissement et l'affermissement de la Constitution; 3. correspondre avec les autres sociétés du même genre qui pourront se former dans le royaume". Rapidement, le club s'élargit au-delà des seuls députés: il suffisait d'être présenté par cinq inscrits, et dès la fin de 1790, on comptait plus d'un millier de membres. Dans l'ensemble, cette cooptation recrutait plutôt des personnes aisées et instruites. C'est à partir d'octobre 1791 que le club- épuré, de sa partie modérée (Barnave et les feuillants) ouvrira ses portes au public, et dès lors les séances aux Jacobins marqueront le rythme de la vie révolutionnaire parisienne... La société et ses filiales fonctionnaient comme un instrument de diffusion des idées révolutionnaires dans le pays. Rien n'est plus absurde que la notion de "jacobinisme" comme dictature parisienne autoritaire et tatillone: c'est une construction héritée de Thermidor (l'assassinat de Robespierre), durable comme la haine de la Révolution".       

 

Les Cordeliers:  le club apparut en juin 1790 sous le nom de Société des amis des droits de l'homme et du citoyen... Son but, plus modeste et plus pratique que celui des Jacobins, était de "dénoncer au tribunal de l'opinion publique les abus des différents pouvoirs et toute espèce d'atteinte au droit de l'homme". Protecteur des opprimés, redresseurs des

abus de pouvoir, les Cordeliers avaient comme emblème "l'oeil de la surveillance", grand ouvert sur les défaillances des élus. "Ils provoquent des dénonciations, ils entreprennent des enquêtes, ils visitent dans les prisons les patriotes opprimés, ils leur donnent des défenseurs, ils saisissent l'opinion par des placards. Bref, ils sont un groupe d'action et de combat" (Mathiez). La cotisation était minime (une livre quatre sols) et le club admettait des membres de toutes conditions, y compris des citoyens passifs. Les femmes pouvaient assister aux séances et prendre part aux discussions. Parmi ses membres on trouvait des avocats comme Danton et Camille Desmoulins, des journalistes comme Fréron, Robert ou cHaumette, des imprimeurs comme momoro et Brune, mais aussi beaucoup de commerçants, petits et gros- le boucher Legendre, le brasseur Santerre, le limonadier Berger... La grande force des Cordeliers était leur lien avec les Sociétés fraternelles, clubs de quartier qui se multiplièrent à Paris à partir de l'hiver 1790".

 

" En même temps qu'à cette floraison on assiste à l'extraordinaire développement d'une presse "démocratique" (c'est le mot de l'époque). Il n'existait évidemment rien de comparable à nos kiosques à journaux: les feuilles étaient diffusées par abonnement -dont le prix était assez elevé - mais aussi criées dans les rues et placardées sur les murs, malgré les interdictions répétées de la Commune. On faisait des lectures publiques, on les consultait dans les cafés: unique moyen d'information, la presse tenait un rôle qu'on a peine à imaginer aujourd'hui. Les journaux modérés (au sens actuel; à l'époque, les modérés étaient des contre-révolutionnaires) étaient si nombreux que l'on ne saurait tous les nommer...

La presse la plus engagée du côté de la Révolution est dominée par trois figures illustres, trois fondateurs, directeurs et uniques rédacteurs de leur journal: Camille Desmoulins, Marat et Hébert, qui entretenaient d'ailleurs entre eux des relations détestables.

Les Révolutions de France et de Brabant, lancées par Camille Desmoulins en novembre 1789, sont lues dans tout le pays malgré un rythme de parution un peu irrégulier.... Dans une lettre à son père, Desmoulins parle de 3000 abonnés... Chaque numéro comporte trois parties: la France, le Brabant et "autres pays arborant la cocarde" et des Variétés (chroniques de livres, de théâtre...). Le journal attaque violemment la monarchie et se déclare très tôt républicain. C'est Camille Desmoulins qui portera à la municipalité de Paris la pétition des Cordeliers demandant la déchéance du roi après Varennes. Le 8-e et dernier numéro paraîtra en juillet 1791 au moment du massacre du Champ-de-Mars quand la répression obligera Camille à se cacher.

Marat lance le premier numéro de L'Ami du peuple en septembre 1789 et jusqu'à sa mort, sous des titres divers, il en publiera plus de 1000, malgré les interruptions liées aux poursuites lancées contre lui- en octobre 1789, en janvier 1790 où il doit se refugier en Angleterre pendant trois mois, en juillet 1791 après le Champ-de-Mars. Marat doit régulièrement changer de local, même s'il travaille le plus souvent dans le district des Cordeliers. Il change aussi maintes fois d'imprimeur et va jusqu'à devenir imprimeur lui-même quand il le faut. Le tirage, estimé à plus de 2000 exemplaires, n'est pas des plus élevés, mais son influence est grande: l'Ami du peuple est lu en commun par les sans-culottes, dont beaucoup sont illétrés. C'est un fascicule de 8 ou 12 pages, de petit format, composé autour d'un long article - on dirait aujourd'hui d'un éditorial- qui se prolonge parfois d'un numéro à l'autre. Le journal publie aussi des lettres qui engagent le dialogue entre Marat et ses lecteurs...

Le titre du Père Duchesne renvoie à un personnage né dans les foires, une sorte de guignol qui symbolise l'homme du peuple. Plusieurs pièces de théâtre, livres et pamphlets prennent ce nom, et Hébert aura beaucoup de contrefacteurs. Le journal, dont le numéro 1 est daté de janvier 1791, paraît à raison de 4 numéros par décade. Le numéro, qui vaut deux sous, a huit pages, avec un sommaire destiné à être crié dans la rue. Le style est fort débraillé - ce qui n'est jamais le cas chez Marat- mais avec de la verve, de la drôlerie, de la vivacité. Politiquement, le Père Duchesne attaque aussi bien l'abbé Maury que Lafayette, Mirabeau que Bailly, et réclamera la République après Varennes. "Fait singulier, le Père Duchesne obtenait du succès aussi bien dans les bas-fonds de la société que dans les classes les plus élevées (...). On l'achetait ostensiblement, on le lisait avec une joie dissimulée pour se donner un brevet de civisme, pour se faire "sans-culottiser", comme disait Hébert" (Mitton).   

 

En dehors de ces titres de presse de la démocratie radicale et des clubs politiques les plus prestigieux, parmi les acteurs majeurs de la Révolution et son coeur battant sont le sans-culotte et la citoyenne de Paris, qu'Eric Hazan nous présente à merveille.

 

Les sans-culottes: "De nos jours, derrière le mot, il y a une image: un homme portant une veste courte à boutons de métal (la carmagnole), un pantalon de toile au lieu de la culotte et des bas de soie aristocratiques. Sur sa tête, un bonnet de laine rouge, coiffure des esclaves affranchis à Rome. Il est muni de l'arme populaire par excellence, la pique. Mais, au-delà de l'iconographie, qu'est-ce qu'un sans-culotte? "Un sans-culotte, Messieurs les Coquins? c'est un être qui va toujours à pied, qui n'a point de millions, point de château, point de valets pour le servir, et qui loge simplement avec sa femme et ses enfants, s'il en a, au quatrième ou au cinquième étage. (...). Le soir, il se présente à sa section, non pas poudré, musqué, botté dans l'espoir d'être remarqué de toutes les citoyennes des tribunes, mais bien pour appuyer de toute sa force les bonnes motions et pulvériser celles qui viennent de la faction abominable des hommes d'Etat" (Vingternier, avril 1793). Les sans-culottes travaillent pour vivre, et plus précisément de leurs mains. Ce sont eux, écrit Hébert dans Le Père Duchesne en septembre 1793, "qui font les étoffes dont nous sommes revêtus, qui travaillent les métaux et fabriquent les armes qui servent à la défense de la Rébpublique"... Les sans-culottes détestent évidemment les aristocrates, mais sous ce terment ils englobent non seulement les ci-devant mais aussi les couches supérieures de l'ancien tiers état. "Le 21 mai 1793, un orateur populaire de la section du Mail déclare que "les aristocrates, ce sont tous les riches, tous les gros marchands, tous les accapareurs, les saute-ruisseaux, les banquiers, les cours-tôt de boutique, tous les gens de la chicane et qui ont quelque chose"".

Les revendications des sans-culottes portent sur trois terrains différents: la taxation des subsistances, l'égalité des jouissances et la démocratie sectionnaire... Les mouvements populaires pour l'augmentation des salaires sont beaucoup plus rares que ceux qui poussent à établir, au besoin par la force, un prix maximum des denrées. Cette exigence se double d'une soif d'égalité dans tous les domaines de la vie: le riche ne doit pas vivre mieux que le pauvre, il faut lui ôter son superflu, l'obliger à partager. L'argent ne doit pas permettre de mieux manger.... Dans leurs sections, les sans-culottes appliquent le fonctionnement démocratique radical". (p.165-166).

 

Les sans-culottes femmes, le club des citoyennes républicaines révolutionnaires:   "Parmi les femmes dont il est question dans le cours de la Révolution, les deux personnages qui ont inspiré le plus de livres, de pièces de théâtre et de films sont Marie-Antoinette et Charlotte Corday. Viennent ensuite, mais loin derrière, certaines femmes remarquables par leur beauté ou leur originalité: Manon Roland, Olympe de Gouges ou Théroigne de Méricourt, l'amazone de Liège. Les autres, les femmes du peuple, les anonymes sont souvent représentées sous le terme de tricoteuses, à peu près aussi stigmatisant que pétroleuses pour le peuple des femmes pendant la Commune de 1871. Certes, on n'oublie pas que ce furent les femmes de Paris qui allèrent chercher "le roi, la reine et le petit mitron" à Versailles en octobre 1789. Mais pour le reste, le rôle des femmes dans la Révolution demeure flou, souvent traité en quelques lignes par les meilleurs historiens.

Elles sont pourtant présentes, souvent au premier rang, dans les grandes journées révolutionnaires. Quand Lafayette et Bailly font tirer sur le peuple paisiblement rassemblé au Champ-de-Mars le 17 juillet 1791, elles sont nombreuses parmi les victimes... L'agitation menée par les sans-culottes femmes est un élément essentiel du mouvement populaire qui aboutit à l'insurrection des 31 mai et 2 juin 1793 (mise à bas de la Gironde ayant instauré une dictature parlementaire conservatrice - ou modérée, visant à achever la révolution-  et anti-sans-culottes par Paris).

Dès 1791, les femmes étaient admises à la Société fraternelle des deux sexes, qui tenait séance au couvent des Jacobins, dans une salle située sous celle de l'illustre club... Elles peuvent avoir leur carte d'adhérentes, délibérer et voter... C'est là que beaucoup de meneuses firent leurs premières armes - parmi elles Pauline Léon et Claire Lacombe qui animeront bientôt le club des Citoyennes Républicaines révolutionnaires", créé le 10 mai 1793. "Les adhérentes du club - entre 150 et 200 selon les moments - sont de milieux divers: les dirigeantes ont un bon niveau d'instruction, mais on compte aussi parmi les membres des marchandes des rues, des salariés pauvres, vraies femmes sans-culottes souvent illetrées. Le club n'est pas non plus homogène politiquement, même s'il est unanime à soutenir l'action qui finira par éliminer la Gironde. L'opposition est vive entre celles qui soutiennent les positions montagnardes et d'autres proches des Enragés" comme Pauline Léon, qui devient la femme de Jacques Roux. "Mais à la suite d'affaires confuses où les républicaines révolutionnaires sont accusées - non sans raison - de vouloir imposer le port de la cocarde tricolore et du bonnet rouge à toutes les femmes, les hommes qui dirigent le mouvement révolutionnaire finissent par trouver que le club en fait trop". Ce club est dissout par Amar au nom du Comité de Süreté Générale le 30 octobre 1793. Dans son rapport, il affirme que "les femmes sont peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses (...) Elles sont disposées, par leur organisation (biologique), à une exaltation qui serait funeste aux affaires publiques, et les intérêts de l'Etat seraient bientôt sacrifiés à tout ce que la vivacité des passions peut produire d'égarement et de désordre". 

En cassant le mouvement populaire des femmes, la Montagne a perdu un appui qui lui aurait peut-être permis d'éviter la destitution de Robespierre et la réaction thermidorienne.       

 

En historicisant la trame évenementielle de la Révolution, Eric Hazan lutte contre le lieu commun répandu par l'historiographie contre-révolutionnaire et plus récemment par Hannah Arendt, François Furet, Claude Lefort d'une Révolution habitée d'emblée par une folie de renouveau radical, paranoïaque, sectaire, totalitaire, liberticide, qui serait appelée à dévorer ses propres enfants.

 

C'est que les révolutionnaires avancés avaient un programme républicain, démocratique, laïc, et même social, à achever, et que la Révolution, dans son existence même et son devenir potentiel, fut sans cesse menacée de mort par les forces conservatrices, royalistes, des privilégiés. La Révolution est bien une lutte à mort pour l'avènement d'une société démocratique et plus égalitaire et cela doit être rappelé si on veut comprendre sa violence et ses excès, bien souvent terrifiants il est vrai, et Eric Hazan ne les occulte pas. Où trouver une explication de la violence révolutionnaire sinon dans le contexte de crise des subsistances et de quasi famine pour le peuple, la crise économique, la guerre européenne et civile, les craintes touchant les complots contre-révolutionnaires, les trahisons, la corruption des hommes publics et des officiers par le parti royaliste, sont permanentes mais elle se revèlent bien souvent fondées, comme le rappelle Eric Hazan: que l'on pense aux accusations de trahison de la part de Mirabeau, Lafayette, du général Dumouriez...?  

 

Un exemple parmi d'autres, le massacre du Champ-de-Mars. Après la fuite à Varennes, en juillet 1791, les Cordeliers pétitionnent pour destituer la monarchie, faisant pression sur les Jacobins et l'Assemblée, prenant l'initiative d'un rassemblement républicain désarmé sur le Champ-de-Mars. Les gardes nationaux tirent sur la foule, faisant une cinquantaine de morts. La municipalité "modérée" de Paris conduite par Bailly essaye ensuite de faire arrêter les révolutionnaires avancés qui "excitent le peuple": Santerre, Robert, Momoro, Danton, Desmoulins, Fabre d'Eglantine. "Les morts du Champ-de-Mars (17 juillet 1791) ne furent pas les seules victimes de la journée: on peut dire qu'est mort aussi ce jour-là ce qui restait d'entente entre les possédants et les pauvres, entre ceux qui étaient parvenus au pouvoir sur les épaules du peuple et ceux qu'ils n'avaient pas hésité à faire mitrailler. Dans les mois et les années suivantes, le souvenir des "morts de juillet" ne cessera de hanter ceux qui s'appeleront bientôt les sans-culottes. Une autre conséquence directe de la journée fut de consacrer la scission du club des Jacobins. Tous les députés membres du club ont décidé, on l'a vu, de le quitter pour toujours- tous sauf quatre: Robespierre, Pétion, Anthoine et Coroller. De leur côté, Duport, Barnave et Alexandre Lameth, accentuant leur virage vers le côté droit, fondent avec leurs partisans le club des Feuillants qui siège dans un couvent séaffecté tout proche. L'opposition sera violente entre les deux clubs, en particulier en province où les Jacobins gardent l'essentiel des sociétés locales ... Dans ses derniers mois, la Constituante vote une série de lois qui ont en commun de limiter étroitement les droits du peuple à s'assembler et à s'exprimer: la loi sur le droit de pétition et d'affiche, la loi sur les sociétés populaires. Toutes droit sont dues au même rapporteur, Le Chapelier, qui a fait du chemin vers le côté droit depuis le temps où il était l'un des piliers du Club Breton. Cet ensemble constitue de fait un complément de la loi martiale".

 

Les hommes de progrès et de résolution de la Révolution sont réhabilités par Eric Hazan, notamment Marat et Robespierre. Arrêtons-nous sur ce dernier, si emblématique du procès en sorcellerie fait à la révolution chaude et radicale de 1793.  

 

Robespierre, l'incorruptible d'Arras, timide, austère, orgueilleux et ombrageux, froid calculateur dénué d'empathie, autiste livresque vivant dans ses chimères romaines, un dictateur mégalomane, paranoïaque et sanguinaire qui envoie à l'échafaud ses anciens amis Danton et Desmoulins? Il fut un peu de tout cela sans doute, du fait de son caractère, de sa solitude progressivement de plus en plus affirmée, de la pression des circonstances et de la lutte sans merci pour garder l'inspiration et l'existence de la révolution, mais néanmoins...  

Il est parmi les seuls à lutter à la Constituante pour le suffrage universel, contre l'instauration d'un parlementarisme oligarchique à travers un suffrage censitaire à deux degrés. Il plaide pour que l'égalité de droits civiques accordée aux comédiens et aux juifs, pour le droit de pétition, la liberté de la presse.  

Il dénonce l'esclavage et les lobbies coloniaux de Saint Domingue. Il fait voter l'abolition de la peine de mort.

Il fait voter une loi proscrivant la rééelection des députés de la Constituante: "Au début de la Constituante, on se moquait de sa voix grêle et de sa timidité, mais à la fin sa stature était telle qu'il sut convaincre l'Assemblée de faire un sacrifice unique dans l'Histoire, en décidant que ses membres ne seraient pas éligibles à la prochaine législature" (p.357).   

Il est un des premiers à se prononcer pour la destitution de la monarchie et l'instauration de la République.

Il dénonce la guerre impérialiste justifiée bien légèrement au nom de l'expansion de l'idée démocratique par les "brissotins" va t-en guerre de la Convention, les futurs girondins, car il sait que la cour va tirer profit d'une guerre qui va coaliser les puissances européennes contre la Révolution. Aux Jacobins, il cherche à décourager les vélléités belliqueuses de la majorité au nom de la croisade de la liberté: "A qui confierez-vous la conduite de cette guerre? Aux agents du pouvoir exécutif. Vous abandonnez la sûreté de l'empire à ceux qui veulent vous perdre. De la guerre résulte ce que nous avons le plus à craindre, c'est la guerre". "L'honneur du nom français, dites-vous, juste ciel! (...) L'honneur que vous voulez ressusciter est l'ami, le soutien du despotisme; c'est l'honneur des héros de l'aristocratie, de tous les tyrans, c'est l'honneur du crime". "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n'aime les missionaires armés, et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis".

C'est encore lui qui milite contre la suppression définitive des droits féodaux et des impôts iniques dans les campagnes, pour le contrôle des prix des produits de première nécessité, la réquisition des farines.

Il milite alors contre le libéralisme dogmatique de la bourgeoisie révolutionnaire au pouvoir, plaide pour que le devoir de la société d'assurer la subsistance aux citoyens passe au-dessus des principes essentiels que sont le propriété et la liberté: "Quelles bornes les vampires impitoyables qui spéculeraient sur la misère publique mettraient-ils à leurs attentats, si, à toute espèce de réclamation, on opposait sans cesse des baïonnettes et l'ordre absolu de croire à la bienfaisance et à la pureté des accapareurs? La liberté indéfinie n'est autre chose que l'excuse, la sauvegarde et la cause de ces abus. Comment pourrait-elle en être le remède? ... Quel remède nous propose-t-on? Le système actuel. Je vous dénonce les assassins du peuple et vous répondez "laisser faire". Dans ce système tout est contre la société, tout est en faveur des marchands de grains (...). Je me contenterai de demander la priorité pour les projets de décrets qui proposent des précautions contre les monopoles". A l'adresse des propriétaires, il poursuit, dans ce discours à la convention: "Je ne leur ôte aucun profit honnête, aucune propriété légitime; je ne leur ôte que le droit d'attenter à celle d'autrui; je ne détruis point le commerce mais le brigandage du monopole; je ne les condamne qu'à la peine de laisser vivre leurs semblables".    

Inspirateur de la constitution de 1793 qui cherche à aller au-delà de l'individualisme bourgeois, de la reconnaissance du droit absolu et naturel de propriété privée et de la seule égalité devant la loi, il place la fraternité et le droit de subsistance (c'est à dire quasiment les droits créance) au fondement de la communauté nationale: "Le droit de propriété est borné, comme tous les autres par l'obligation de respecter les droits d'autrui. Tout trafic qui viole ce principe est illicite et immoral. La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique et mettre l'instruction à portée de tous les citoyens... Les hommes de tous pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir, comme les citoyens du même Etat...".

Robespierre n'a pas toujours été aussi critique vis à vis du libéralisme et de la sacralisation de la propriété privée mais il n'a jamais non plus partager les principes libéraux de ceux qui voulaient une révolution bourgeoise installant une oligarchie constitutionnelle à l'américaine. Dans la circonstance, au printemps 1793, dans un contexte de lutte de position avec la Gironde et de pression des clubs parisiens, il prend le parti du peuple des campagnes, de plus en plus mécontent, et des sans-culottes, contre les riches attachés à la conservation de leurs privilèges. Il s'allie momentanément avec la mouvance des "Enragés", partisans d'une démocratie radicale, celle des plus revendicatifs dans le domaine social et économique, réclamant une première forme de redistribution des richesses (par la repression

de l'accaparement et de l'agiotage, la fixation du maximum pour tous les produits de première nécessité) , composée notamment de Varlet, Jacques Roux et Hébert.  En juin 1793, pourtant, Robespierre et les montagnards vont éliminer les Enragés pour briser un mouvement populaire de plus en plus incontrôlé et radical et restaurer un ordre social sous direction parlementaire. Jacques Roux, l'ancien vicaire de Saint Nicolas des Champs, membre du club des Cordeliers, partisan de la démocratie directe et ennemi du despotisme parlementaire, auteur de la belle Adresse à la convention commençant ainsi "La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain fantôme quand le riche par le monopole exerce le droit de vie et de mort sur son semblable"  est alors diffamé sans scrupule, accusé comme tant d'autres d'être un agent stipendié de Pitt, et envoyé au tribunal révolutionnaire. "Convaincu d'être condamné, il se poignarde et meurt de ses blessures le 10 février 1794". (p.262).     

Une partie des historiens de gauche pardonne difficilement à Robespierre d'avoir voulu avec les montagnards du Comité de Salut Public qui l'entouraient se débarasser des éléments les plus avancés de la Révolution populaire comme les Enragés ou les Cordeliers. Tout cela pour restaurer la centralité du pouvoir, affirmer la dictature du Salut Public décidé à pouvoir achever la révolution. Eric Hazan n'a pas la même sévérité, citant d'ailleurs Babeuf dans Le Tribun du Peuple: "Il ne m'appartient pas d'avoir l'orgueil de disputer à Robespierre l'initiative, dans la Révolution, du plan d'Egalité réelle, vers laquelle il prouve, en cent endroits que tendaient ses voeux uniques. Telle est la justice que j'ai cru devoir rendre à ce tyran dont l'Etat vient de faire vendre les dépouilles et les effets qui se sont montés au prix de 300 livres".

 

Robespierre est même pour Eric Hazan improprement qualifié de dictateur ou de tyran: "Robespierre n'a jamais été un dictateur. Toutes les grandes décisions du Comité de salut public ont été prises collectivement. Même celles où son rôle personnel est le plus clair portent les signatures des membres du Comité qui s'y trouvaient présents. Quand Robespierre était mis en minorité au Comité, son projet était retiré... La preuve que Robespierre n'était pas un dictateur, c'est sa fin. Isolé, accablé de tous côtés, il s'est laissé abattre - on pourrait même dire qu'il est allé à l'abattoir. Un dictateur, un Bonaparte, s'y serait pris autrement".

On n'est pas obligé de partager cette mansuétude. Le moins que l'on puisse dire est que Robespierre subordonnait les sentiments moraux ou humanitaires de sympathie humaine aux intérêts politiques, lesquels ne sont pas forcément indexés seulement à ses seuls intérêts de pouvoir, mais à une conception froide suivant lequel le bien public justifie des moyens redoutables et terribles.

Quand le 2 septembre 1792,  des Parisiens armés exécutent 1500 captifs dans les prisons (les Carmes, la Salpêtrière, Bicêtre) de Paris et 350 prêtres réfractaires de l'abbaye de Saint Germain des Prés transformée en prison), Robespierre ne fait rien pour empêcher ou condamner le massacre, et l'approuve même publiquement, préférant accompagner le mouvement de fureur populaire plutôt que de s'y opposer. Il est vrai que les contempteurs des assassins du 2 septembre réclamaient alors la loi martiale pour les fauteurs de trouble.         

Robespierre et sa garde rapprochée de montagnards sont de mon point de vue objectivement responsables de la loi des suspects qui prévoient leur arrestation immédiate et leur jugement expéditif avec à la clef acquittement ou condamnation à mort, et comptables aussi , parce qu'ils pouvaient pas ne pas en être informés, de la volonté d'extermination des révoltés de Lyon, après la prise de la ville, bientôt rebaptisée "Ville-Affranchie", le 12 octobre 1793, par les pro-consuls sans scrupules Collot d'Herbois et Fouché (les fusillades ne s'arrêtèrent qu'en février 1794), du massacre des révoltés de Marseille (devenue "Ville Sans-nom") et Toulon par Barras et Fréron, des Girondins de Bordeaux par Tallien, de la violence inouïe exercée contre les civils vendéens et des abominables noyades de masse du sinistre Carrier à Nantes.               

Tel n'est pas le point de vue d'Eric Hazan qui dénonce comme idéologique l'usage qui est fait du concept de Terreur: "La notion de Terreur avec un T majuscule amène à mettre dans le même sac l'action répressive du tribunal révolutionnaire parisien et les massacres dans les départements. Si la première est bien due à l'initiative du gouvernement révolutionnaire, les seconds sont des épisodes de la guerre civile avec des morts des deux côtés. Et les chiffres sont sans commune mesure: la guerre de Vendée, les insurrections du Midi et leur répression ont fait des dizaine de milliers de morts. Le tribunal révolutionnaire de Paris, sur 4021 jugements rendus entre le 6 avril 1793 et le 9 thermidor an II, a prononcé 2585 condamnations à mort et 1306 acquittements. La notion de Terreur apparaît donc comme un assemblage artificiel d'évènements très différents".

 

Il faut lire aussi les passages savoureux sur l'épisode de la déchristianisation radicale de 1794 et les efforts de Robespierre pour s'y opposer, car il pensait que cette radicalisation ne pourrait que retourner le peuple contre la Révolution et menacer ses acquis, et substituer à la religion chrétienne le culte déiste de l'Etre suprême.

 

Bref, tous les récits des révolutions de Paris d'Eric Hazan sont à lire et savourer sans modération.   

 

 Ismaël Dupont.            

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 09:52
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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 08:22

     Statuts de l'association Front de Gauche du Pays de Morlaix

Statuts votés le mercredi 19 décembre 2012.

 

Article 1: Dénomination de l'association

Il est créé entre les adhérents aux présents statuts une association régie par la loi du 1er juillet 1901

et le décret du 16 août et qui a pour titre: « Front de Gauche du pays de Morlaix »

Sa durée est illimitée.

 

Article 2: Les buts.

Elle a pour objet de contribuer à enrichir, à exprimer et développer auprès des citoyens du pays de

Morlaix et des environs la politique et les valeurs du Front de Gauche: ces valeurs ont inspiré le

programme partagé « L'Humain d'abord ».

Elle favorise le rassemblement et l'implication politique de toutes les personnes qui se reconnaissent

et souhaitent agir dans/avec le Front de Gauche.

 

Article 3: Moyens d'action

L'association utilise et développe notamment les moyens d'action suivants:

– publications

 

– manifestations et rassemblements

 

– réunions et rencontres publiques

 

– initiatives conjointes avec des élu(e)s, des partis politiques, des organisations syndicales, des

associations, des collectifs de citoyens et citoyennes.

– et tout autre moyen approprié.

 

Article 4: Siège

L'adresse du siège, mis à disposition par le PCF, est fixée 2, petite rue de Callac à Morlaix. Il pourra

être transféré par décision de l'Assemblée Générale.

 

Article 5: Les membres

L'adhésion à l'association est volontaire et tous les adhérents, qu'ils soient membres ou non d'une

organisation politique constituante, bénéficient des mêmes droits.

L'adhésion est effective par le paiement d'une cotisation dont le montant est fixé en AG

 

Article 6: Perte de la qualité de membre.

La perte de la qualité de membre est considérée comme effective en cas de non respect des statuts et

en particulier du non paiement de la cotisation.

 

Article 7: Comptabilité

La comptabilité est tenue sous la responsabilité du trésorier selon « le plan comptable des

Associations ».

Les ressources sont:

– les cotisations 

 – dons et legs

 – initiatives diverses  

– et tout autre moyen rentrant dans le cadre de la loi.

 

 

Article 8: Organisation interne de l'association

– 8.1: Toutes les décisions importantes d'orientation et de prise de position sont prises en

assemblées générales réunies autant de fois que de besoin. Les assemblées générales sont

ouvertes aux citoyens qui veulent participer à l'action du Front de Gauche sans pour autant être

adhérents de l'association. Ils peuvent participer aux débats mais n'ont pas le droit de vote le cas

échéant.

– 8.2 Un bureau ouvert à tous les adhérents volontaires met en oeuvre les décisions de l'assemblée

générale et examine les questions d'urgence.

– 8.3 La première des assemblées générales de l'année civile élit deux co-présidents et un trésorier

pour l'année.

– 8.4 Un règlement intérieur précisera les règles de fonctionnement non abordées dans les statuts

de l'association.

 

Article 9: Les réunions et les modalités de vote.

Le fonctionnement de l'association doit privilégier la démocratie directe.

Cela doit se traduire par une recherche permanente du consensus.

En cas d'absence persistante de consensus sur une question jugée majeure et urgente, un vote peut

être organisé. Dans ce cas, le vote se fait avec les adhérents présents selon la règle de la majorité

qualifiée des trois quart (des présents).

 

Article 10: Conseil d'administration.

Il est composé des deux co-présidents, du trésorier et du trésorier-adjoint.

Le bureau est habilité à mandaté l'un des deux co-présidents pour ester en justice.

 

Article 11: Assemblée Générale Extraordinaire.

Si besoin est, pour toute modification des statuts ou sur la demande des 2/3 des adhérents, une

assemblée générale extraordinaire est convoquée par le bureau.

 

Article 12: Dissolution

La dissolution ne peut être prononcée que par une assemblée générale extraordinaire. Cette

assemblée générale extraordinaire doit être convoquée un mois à l'avance au moins sur un ordre du

jour explicite avec un quorum fixé à la moitié des adhérents.

En cas de dissolution prononcée à la majorité des 2/3 des membres présents ou représentés (un seul

mandat autorisé par présent) en assemblée générale extraordinaire, un ou plusieurs liquidateurs sont

nommés par celle-ci. L'actif, s'il a lieu, est dévolu conformément à l'article 9 de la loi du 1er juillet

1901 et au décret du 16 août 1901. La dissolution doit faire l'objet d'une déclaration à la préfecture

ou à la sous-préfecture du siège social.

 

...........................................................................................................................................................................................................................

  

Modalités pour adhérer à l'association Front de Gauche du Pays de Morlaix.

 

Une cotisation « plancher » de 20 euros.

Une cotisation « tarif réduit » de 12 euros pour les gens ayant des difficultés financières.

 

Possibilité de cotiser davantage en suivant un barème indicatif:

• moins de 1500 €: 30 € de cotisation

• de 1500 à 1800 €: 40 €

• de 1800 à 2100 €: 50 €

• de 2100 à 2400€. 60 €

• et ainsi de suite, + 10€ par tranche de 300€ net.

 

Les cotisations sont à envoyer par chèque au Front de Gauche Morlaix/ 2, petite rue de Callac/  29600 Morlaix

 

 

front de Gauche Morlaix

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 08:00

 

Compte-rendu de la réunion du Front de Gauche Morlaix

Mercredi 19 décembre 2012

 

31 présents

 

I. Discussion, modification et vote des Statuts du Front de Gauche du Pays de Morlaix. Création de l'association.

 

Le projet de statut initial avait été rédigé le 10 décembre par un groupe de travail constitué de Babeth G, Christian C, Pierre LS, Ismaël D et Alain D, groupe de travail qui a suivi les orientations définies par l'AG Front de Gauche du 12 novembre 2012 et la réunion de bureau Fdg du 28 novembre.

Les articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, ont été approuvés à l'unanimité après avoir été parfois légèrement modifiés pour être précisés par rapport au projet initial.

 

L'article 9 sur « les réunions et modalités de vote » a fait l'objet d'un débat approfondi, déjà amorcé lors de la précédente réunion de bureau du collectif Front de Gauche du 28 novembre.

Nous avons retenu suite à la proposition de Franck S que notre modèle de fonctionnement devait être la démocratie directe plutôt que la démocratie participative, expression plus ambiguë.

Il y a eu consensus entre nous sur l'intérêt de se fixer l'objectif de prendre nos décisions en AG et en bureau par consensus le plus souvent possible. Cela permet de prendre en compte le point de vue de chacun, d'avancer les uns vers les autres, de chercher à se convaincre, à prendre en compte le point de vue des autres, à nous enrichir les uns les autres en nous nourrissant de la réflexion d'autrui, de ne pas créer des logiques d'affrontement entre des « camps », de ne pas créer des « courants » visant à dominer sur les autres.

Patrick LN était partisan de rendre toujours opérant cet idéal régulateur du consensus, en votant le moins souvent possible, et si possible jamais, et en cas de nécessité, en retenant un seuil très haut pour la majorité qualifiée (80 à 90%). Elisabeth G, convaincue par la démonstration de Patrick Le Nan sur l'intérêt de la recherche de consensus pour inaugurer une nouvelle manière de faire de la politique spécifique aux collectifs citoyens du Front de Gauche, a proposé que chaque fois qu'il y aurait un désaccord qu'on ne parviendrait pas à surmonter sur le moment entre nous, on ajourne la prise de décision, jusqu'à ce que l'on puisse trouver un terrain d'entente. Décaler dans le temps la prise de décision permettrait de dépasser la compétition, d'éviter le bras de fer, d'avoir le temps d'échanger et d'aller vers la compréhension de l'autre, d'éviter de se grouper bloc par bloc. Dans la proposition de Babeth, qui n'a pas été inscrite dans les statuts pour se laisser des marges de manoeuvre mais que l'on pourra prendre en compte dans nos règles de fonctionnement, on aurait pu expliciter dans un compte-rendu la logique des positions en contradiction, présentées de manière synthétique ainsi que ce qui les oppose vraiment et ce qu'elle admette en commun, avant de chercher à surmonter ces oppositions et à trouver une solution de compromis les réunions suivantes. Arriver à comprendre ce sur quoi on diverge est un premier pas fait sur la voie du compromis.

Tout le monde a reconnu la valeur des arguments en faveur du consensus et admis que, n'étant pas un parti politique, nous pouvions nous dispenser de nous prononcer sur des questions ne faisant pas accord entre nous (comme le nucléaire) et laisser chacun à ses engagements personnels, associatifs ou partisans, ce qui n'empêche pas de pouvoir en débattre sans chercher forcément à prendre une position collective au terme du débat.

Néanmoins, certains ont fait valoir la nécessité de se prononcer parfois dans l'urgence et le besoin d'empêcher que l'opposition d'une très petite minorité à une proposition approuvée par la grande majorité des membres du Front de Gauche ne paralyse notre activité ou notre capacité à nous positionner publiquement sur des questions importantes, localement notamment. Certains ont fait valoir aussi que la règle du consensus, appliquée de manière stricte, pouvait donnait beaucoup de poids à des minorités de blocage et faire prendre l'ascendant à une minorité refusant l'action voulue par une majorité.

En tout cas, tous ont reconnu qu'il n'y avait pas de règle de vote idéale, parfaitement démocratique et sans inconvénients. Au final, il a été décidé de recourir au vote le moins souvent possible, uniquement quand il est urgent et incontournable de se déterminer malgré une absence de consensus.

 

En cas de vote, 6 personnes ont préféré que ça soit la règle de la majorité absolue simple qui prévale, 23 personnes qu'on retienne la règle de la majorité qualifiée.

3 personnes se sont prononcés alors plutôt pour la majorité des 2/3, 23 personnes pour la majorité des ¾, 1 personne pour un seuil plus élevé encore, 4 personnes se sont abstenues.

 

Il a été précisé qu'en cas de vote à l'assemblée générale, seuls les présents pourraient s'exprimer: on ne donne pas de procuration sauf pour l'assemblée générale extraordinaire (une par personne).

 

II. Élection des deux co-présidents, du trésorier et du trésorier adjoint.

 

Pour déposer les statuts de l'association en préfecture et ouvrir un compte, nous avions besoin de représentants officiels de l'association et d'un trésorier, sachant que le CA n'aura pas d'existence réelle et que les seuls instances de décision sont le bureau ouvert à tous et l'assemblée générale, l'association fonctionnant pour l'essentiel sur le principe de la démocratie directe.

 

Les co-présidents et le trésorier et trésorier adjoint sont élus chaque année.

 

Pour l'année 2012, les co-présidents sont Michèle Abramovicz et Ismaël Dupont, le trésorier est Christian Corre et la trésorière adjointe est Constance Adigard.

 

III. Débat sur le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes.

 

Yann G a introduit le débat en présentant l'historique du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En 1970, l'intention de créer une grande plate-forme de frêt et d'accueillir le Concorde. En 72, création de la Zone d'Aménagement Différée. Le gel des terres pour empêcher toute forme d'installation et de reprise des fermes par les héritiers. En 1985, on prévoit 5 millions de passagers du transport aérien transitant par Nantes à l'horizon 2010 alors qu'on est aujourd'hui à 3,2 millions de passagers sur l'aéroport de Nantes-Atlantique. Le projet a été réactivé en 2000 sur décision de Lionel Jospin, et on comprend pourquoi: il avait l'oreille plus attentive aux desiderata de messieurs Ayrault et Le Drian voulant laisser leur empreinte sur l'aménagement du territoire du grand Ouest et s'étant entendu pour créer une grande métropole économique connectée Nantes-Rennes. Les arguments en faveur du projet de nouvel aéroport de Notre-Dame des Landes ont évolué dans le temps: attirer des investisseurs, créer de l'activité économique, satisfaire les milieux d'affaires locaux en rendant les communications plus rapides avec le reste de l'Europe. Maintenant que la viabilité économique du site a été clairement mise en cause, on justifie la création de NDDL pour des raisons de sécurité (le survol de l'agglomération nantaise par les avions partant de Nantes Atlantique au sud de Nantes ou y arrivant) et de nuisances sonores, en se basant sur le postulat de l'augmentation indéfinie du trafic de voyageurs, qui rendrait les capacités d'accueil de Nantes-Atlantique insuffisantes à terme. Certains ont même le toupet de justifier le transfert pour des raisons environnementales. Or, on sait que tous les investissements n'ont pas été mis en œuvre pour rénover Nantes-Atlantique, diminuer le bruit et permettre que les avions survolent moins la ville, parce que d'emblée on se situait dans l'optique de la création d'un nouvel aéroport, création coûteuse qu'il fallait justifier. Malgré cela, Nantes-Atlantique est encore utilisé en-deça de ses capacités d'accueil (4 millions de passagers à niveau de confort et de sécurité constants, contre 3,2 millions accueillis chaque année aujourd'hui) et on sait que l'aéroport continuera à fonctionner au moins pour Airbus, ce qui limitera la capacité de l'agglomération nantaise à libérer des terrains pour bâtir de nouveaux logements. Depuis quelques années, on sait que c'est la multinationale Vinci, véritable pieuvre qui rackette déjà les usagers d'autoroute grâce au cadeau fait par l'État sous la droite, qui va hérité du fait d'un généreux partenariat public-privé de la gestion de l'aéroport. Deux des préfets qui ont présidé à la mise en route du projet d'aéroport et à ce partenariat public-privé sont aujourd'hui rétribués par Vinci, comme l'a révélé Médiapart. On est ici en plein conflit d'intérêts.

 

Tous les intervenants qui se sont ensuite exprimé ont fait part de leur souhait que ce projet d'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes soit abandonné par ce qu'il est jugé unanimement dans notre collectif Front de Gauche comme nuisible écologiquement, non prioritaire socialement, dangereux pour l'aménagement du territoire en Bretagne, et trop lié aux lobbies financiers privés.

 

Ismaël D a mis en avant le fait que dans un contexte d'augmentation continue sur le long terme du coût du carburant et surtout d'import très fort du transport aérien sur le réchauffement et le dérèglement climatique, parier sur une augmentation continue du trafic aérien, ce qui est le présupposé des promotteurs du projet NDDL, est une folie. On ne peut pas se dire favorable au développement durable, à la prise en compte sérieuse de la crise écologique, et favoriser un nouvel essor de l'aérien. Il faut au contraire pour faire face aux défi climatique supprimer les compagnies low-costs, taxer davantage le transport aérien, et développer considérablement en contrepartie le ferroviaire pour transporter les voyageurs et les marchandises à bas coût, sans miser simplement sur le TGV mais surtout sur les lignes de proximité et le train et le bus bon marché, vraiment démocratiques. On ne peut pas tout subordonner à la croissance économique, à la prospérité de quelques entreprises. Par ailleurs, il y a une autre dimension inquiétante dans ce projet de Notre-Dame-des-Landes, outre les partenariats publics-privés aventureux pour la collectivité et les deniers publics qui auraient pu être investis pour des projets socialement et écologiquement plus utiles, c'est la volonté de métropolisation, de création d'une grande métropole économique Nantes-Rennes marginalisant l'arrière-pays breton et entraînant à terme la suppression des aéroports de l'ouest breton. Veut-on de cet aménagement du territoire misant tout sur le développement non maîtrisée des grandes agglomérations au nom de la mise en concurrence des territoires dans un contexte d'économie globalisée plutôt que d'organiser l'égalité d'accès des territoires aux services essentiels?

 

Franck S a démontré que le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes était néfaste au regard de plusieurs enjeux: 1. la réduction des gaz à effet de serre pour contrer le dérèglement climatique 2. la nécessité de conserver des zones humides pour la biodiversité et des terres agricoles pour relocaliser l'économie et la production agricole, développer des circuits courts: tous les 7 ans, c'est l'équivalent d'un département français en terres agricoles qui disparaît. La construction de l'aéroport reviendrait à rendre inutilisables 2000 hectares de terres. 3. ce projet n'a pas fait l'objet d'une véritable concertation démocratique à travers une consultation de la population digne de ce nom. Le fait que les responsables politiques qui portent ce projet aient été réélus n'est pas un argument car ils n'ont pas été élus sur ce projet précisément. 4. On donne les clefs du développement, de la gestion des infrastructures à Vinci plutôt que de développer d'authentiques services publics.

 

Christian C a mis en avant l'inutilité de ce projet coûteux car Nantes-Atlantique satisfait déjà les besoins existants dans des conditions tout à fait acceptables et il y a possibilité d'améliorer l'aéroport existant à moindre coût écologique et financier.

 

Alain R a montré que ce projet était typique d'une conception technocratique dépassée de l'aménagement du territoire, avec la croyance à des projets d'infrastructure miracles résolvant tous les problèmes d'aménagement du territoire pour le grand ouest. Les assemblées et les représentants élus ne sont bien souvent que des chambres d'écho de ces projets pharaoniques des aménageurs du territoire. Avec Notre-Dame des Landes, le développement économique s'arrête aux portes de la Bretagne. Que devient l'arrière-cour de la Bretagne? Ce qui est réservé au Morbihan, au Finistère, c'est le développement du tourisme. Le TGV est là pour le faciliter mais quid des gens qui vivent dans le centre et l'ouest de la Bretagne? Le port du Diben est symptomatique aussi d'une vision d'une développement de la Bretagne basée sur une activité à dominante touristique, et on n'envisage pas d'accueillir n'importe quels touristes, mais surtout les plus fortunés au bénéfice desquels se font les investissements publics. Sur ce projet de Notre-Dame des Landes, le déficit démocratique est complet: ces questions ne sont jamais venus à l'ordre du jour pour les régionales.

 

Nicole L a dénoncé une politique globale de déréglementation du transport aérien dont Notre-Dame des Landes et sa cession à Vinci sont les derniers développements. Il y a parallèlement un développement anarchique des compagnies low-costs sous prétexte de gagner en concurrence. Notre-Dame des Landes ne créera pas d'emplois: il y aura juste transfert des emplois. Son utilité, c'est de renforcer Vinci, un monstre qui s'infiltre partout. Il faut voir tout ce qui a déjà été privatisé dans les aéroports parisiens. Il y a là une manne financière que Vinci va pouvoir récupérer. Il y a une seule question que Nicole se pose: est-ce qu'on peut toujours envisager sereinement un abandon de l'aéroport de Notre-Dame des Landes si par contrat l'Etat devrait alors rembourser 11 millions d'euros par an à Vinci jusqu'en 2060?

 

Yann G a fait valoir qu'il y avait toujours un espoir de casser comme frauduleux le contrat signé entre l'Etat, les collectivités et Vinci.

 

Jean-Luc LC a rappelé que Gérard Perron, maire d'Hennebont et conseiller général, candidat du Front de Gauche aux Régionales, avait pris position contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes en disant que d'autres aéroports comme celui de Lorient pourraient très bien se charger du frêt que l'on voulait organiser à partir de NDDL et que c'était un projet nuisible socialement et écologiquement, un nouveau coup dur pour l'agriculture paysanne.

 

Alain D a dit que pour lui, le fond du problème, c'est un problème d'aménagement du territoire. Une volonté de créer des grandes métropoles avec des arrières-pays sans vigueur propre. Un bipole Nantes-Rennes: le tout formant un seul ensemble comme dans les grandes villes américaines. C'est tout l'avenir du territoire qui est en train de se décider. Or, il n'y a jamais eu de débat sur ce choix de politique métropolitaine qui n'est pas assumé lors des élections. Ce projet participe d'un déni de démocratie. Ses dimensions écologiques et agricoles sont aussi à prendre en compte car les effets sont loin d'être positifs. Autre dimension: le coût faramineux de tout cela. Il faut se demander quelles dépenses ne seront pas faites dès lors en faveur de la population. Il est incroyable que des élus fassent le choix d'un partenariat public privé sur 55 ans d'exploitation: la responsabilité de ce blanc seing donné à une multinationale n'incombe pas qu'aux technocrates. A part Brest, tous les autres aéroports seront impactés en Bretagne par la création de NDDL et pas probablement beaucoup seront fermés. Tout l'avenir des ¾ du pays est remis en cause: tout se passera autour de ces grandes métropoles internationales qui pompent toutes les subventions, tous les investissements, une partie de plus en plus grande de la population. La question que nous devons nous poser, c'est quel type de société veut-on mettre en place à travers cela, au-delà de la simple question de l'utilité de ce nouvel aéroport? Dans cette affaire là, trop importante, un passage en force n'est pas acceptable. Il faut peser pour qu'il y ait un vrai débat, que toute la population soit concernée, qu'elle intègre ce débat. Il faut prendre en compte la globalité du problème.

 

Franck S a fait état de l'intérêt qu'il a ressenti à partager l'expérience des collectifs contre l'aéroport et de soutien aux zadistes. S'y retrouvent pleins de gens différents qui inaugurent des formes politiques et de lien social nouvelles, expérimentales, qui gardent ce qui rassemble et non ce qui oppose.

 

Yann G a rappelé que les bénéfices économiques de l'aéroport de Notre-Dame des Landes avaient été remis en cause par un collectif d'experts au service des élus sceptiques sur ce projet. C'est pourquoi aujourd'hui l'argument économique est mis au second plan par rapport aux problèmes de sécurité et de nuisance sonore, certainement surévalués.

 

Nous avons décidé d'apporter concrètement notre appui à ceux qui luttent contre le passage en force du projet par un communiqué dans la presse pour exprimer la position du Front de Gauche Morlaix, par un argumentaire publié sur internet, par une contribution de solidarité aux opposants à Notre-Dame des Landes, par le travail de ceux qui le souhaitent au sein de la coordination morlaisienne contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes, par un article dans le premier numéro du journal du Front de Gauche qui devrait paraître à la rentrée.

Alain Rebours, Yann Guéméné et Franck Simonnet se chargent de la préparation de déclaration publique sur Notre-Dame des Landes.

 

 


Prochaine AG du Front de Gauche du pays de Morlaix (ouverte à tous les citoyens qui veulent travailler avec nous) : le mercredi 16 janvier à 18h, 2, Petite Rue de Callac à Morlaix.

 

A l'ordre du jour:

- tour de parole sur la situation politique

- débat sur l'enjeu du logement et des transports dans le cadre des élections municipales et de l'intercommunalité, débat introduit par Hervé P.

- Point sur notre activité (campagne pour la proportionnelle, contre l'austérité).

 

 

front de Gauche Morlaix

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:09

 

Tambouille….ou débat politique ?

 

Dans un article paru dans Le Télégramme du 24 décembre, René Perez expliquait que le gouvernement a renoncé à la proportionnelle qui avait été envisagée pour la prochaine élection départementale. La cause est que le F.N. «  était susceptible, avec le système proportionnel, de rafler la présidence de certains conseils généraux ».

 

J’ai adressé sur le site du Télégramme le commentaire suivant :

 

La tambouille au sommet !!!

 

Ainsi, par peur du F.N. , les « grands démocrates » qui nous gouvernent viennent, une fois de plus ,de rejeter la proportionnelle. C’est pourtant le mode de scrutin qui représente le plus fidèlement la population.

 

Ce faisant, ils et elles manipulent l’expression de la volonté du peuple qui seul, d’après la constitution, détient la souveraineté dans notre pays.

 

Leur politique est-elle si mauvaise qu’il faille recourir à cette tambouille pour ne pas risquer de perdre ces lieux de pouvoir où le scrutin majoritaire - et le bipartisme de fait –leur a permis d’accéder ?

 

Le Front National se combat politiquement par les idées et par la mise en œuvre d’une politique qui réponde enfin aux besoins et aux exigences de la population… non par la tambouille électorale.

 

C’est quand le changement ?

 

Alain David

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:39

 

Cinq raisons d’être contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Par le collectif Front de gauche du Pays de Morlaix

 

1) C’est un projet anti-écologique

 

- Les 2000 hectares nécessaires à la réalisation entraîneront une imperméabilisation des sols, la destruction d'espaces naturels d'une rare qualité (bocages, prairies humides, haies, mares…), la destruction de nombreuses espèces animales…ce qui est contraire aux objectifs de préservation de la ressource en eau et d'arrêt de l'érosion de la biodiversité (repris dans la Stratégie Nationale pour la Biodiversité et le protocole de Nagoya signé par la France).  

- La perte de 2000 hectares, aujourd’hui de terres agricoles, va à l'encontre de la nécessaire relocalisation de l'agriculture dans un objectif de souveraineté alimentaire.

- Il encourage le développement du transport aérien, mode de déplacement polluant et énergivore, en totale contradiction avec les objectifs du protocole de Kyoto, signé par la France. Nous sommes au contraire conscients de la nécessité vitale de faire de la lutte contre le dérèglement climatique une priorité, à l'encontre de laquelle va le pari d'une augmentation continue du transport aérien.

 

2) C’est un projet dont l'intérêt économique est douteux 

 

-Le coût du projet est élevé, même quand on ne prend pas en compte tous les investissements connexes pour les amènagements périphériques (ligne TGV, routes...) qui le font monter à plus d'un milliard d'euros, financés autant par l’État que par les collectivités locales, au déficit d’autres priorités (le fret ferroviaire, le transport en commun de proximité et bon marché, le logement, la santé, le social).

- Il n’y aura pas de création d’emplois, si ce n’est des transferts d’emploi, en entraînant la fermeture d’autres aéroports de l’Ouest de la France. Et cela favorise la déréglementation des services aériens.

- Selon plusieurs études, ce projet serait déficitaire à terme, entraînant un financement public sur le long terme.

- Le contrat donné à Vinci pour la construction est encore une fois à l’avantage des profits privés, qui plus est d'une multinationale des plus néfastes pour la société, et n'est pas sans poser de problèmes de conflits d'intérêt.

 

3) Il est faux de dire que ce projet s'impose démocratiquement et qu'il a été approuvé par la population.

 

-La présentation du projet aux élus a été tendancieuse et la mise en place de ce projet n'a donné lieu à aucune consultation véritable de la population avec des débats publics dignes de ce nom.

- Les victoires électorales des élus qui soutenaient ce projet ne sont pas un argument suffisant pour dire qu'il est voulu par les citoyens car ceux-ci ne se sont pas exprimés sur cette question précisément.

- L’implantation de cet aéroport implique un aménagement du territoire qui va au-delà de la Loire-Atlantique et ces populations n'ont jamais été véritablement informées ou consultées alors que les élus engagent les finances publiques.

- L'opposition ce projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes se généralise dans le pays et à cet égard la violence verbale et physique exercée contre les opposants à l'aéroport pour les expulser de la zone afin que Vinci puisse commencer très vite à la bétonner et à créer une situation de non retour est fort peu démocratique et trahit la précarité de la position du gouvernement, qui sent que ce projet est très contesté.

 

4) C’est un projet qui implique un développement territorial non maîtrisé.

 

-Il entraine un étalement urbain inévitable, étendant l’agglomération nantaise vers le Nord, supprimant encore d’autres terres agricoles et milieux naturels.  

- On risque de voir apparaître un grand pôle urbain allant de Rennes à Nantes, métropole régionale, sans autre projet de développement régional.

- Les moyens régionaux sont tournés vers ce projet : financements, lignes de train, autres aéroports régionaux, liaisons tram-train, créations routières, etc. Et cela à défaut d’un développement harmonieux de l’ensemble du territoire breton.

 

5) Parce que nous avons une autre conception des services publics.

 

-Parce que des alternatives n’ont pas été étudiées et existent pourtant.

- Parce que notre pays a besoin de maitriser publiquement ses transports dans le cadre d'une planification écologique.

- Parce que l’aménagement d’un territoire doit se faire dans la durée au profit d’un développement durable de l’ensemble des territoires.

 

front de Gauche Morlaix

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:27

 

Communiqué du Front de Gauche du Pays de Morlaix: non à l'aéroport de Notre-Dame des Landes.

 

L’assemblée générale du collectif du Front de gauche du pays de Morlaix s’est prononcé contre le projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce projet d’aéroport nous paraît inutile car l'aéroport de Nantes-Atlantique n'est pas exploité au maximum de ses capacités. Ce projet ne respecte pas l’idée d’un développement durable et respectueux de la nature. Ce projet est disproportionné et entraînera un développement du transport aérien polluant et énergivore. Quant à son économie, elle semble incertaine à la vue de l’ensemble des études effectuées. Un coût pour le moins non maîtrisé, voire non calculé réellement. Si nous prenons l’ensemble des investissements nécessaires, il apparaît que ce projet sera déficitaire à terme, entraînant un financement public sur le long terme. Et cela, alors que des pistes alternatives ne sont pas étudiées. Ce projet représente le pire de l’aménagement du territoire : concluant, à la faveur de probables conflits d'intérêt, un partenariat public-privé très avantageux pour une multinationale grossissant à la faveur de la dérèglementation néo-libérale des transports, il est centré sur la création d’un vaste ensemble urbain allant de Rennes à Nantes, laissant les autres territoires du grand Ouest en panne de développement. Nous ne pouvons que condamner ce projet qui impacte gravement, et sur la durée, les finances publiques et le développement de notre région. Nous n’avons pas la même conception de ce que pourrait être un service public des transports.

front de Gauche Morlaix

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 08:46

Depuis 6 mois, les grands axes de la politique du gouvernement ne répondent pas aux attentes et au besoin de changement des Français. Adoption du traité budgétaire européen, cadeau de 20 milliards aux grands patrons, augmentation de la TVA, propositions sur la flexibilité... le gouvernement reproduit les recettes libérales qui conduisent d'autres pays européens dans le mur. Ces politiques échouent partout en Europe, elles échoueront de la même manière en France.

 

Pour sortir de la crise, il faut combattre les logiques financières et s’opposer aux politiques d’austérité qui en découlent. Le Front de gauche s'engage dans une campagne de plusieurs mois pour lutter contre tout esprit de résignation et démontrer qu'une alternative à gauche est possible. Cette campagne s'adresse à toutes celles et tous ceux qui ont voté pour un changement politique et plus largement à l'écrasante majorité du peuple qui souffre de la crise. Elle doit permettre que leur voix s’exprime avec force face à l’arrogance du MEDEF. Au cours de cette campagne, lors de meetings, d'initiatives publiques diverses, à travers des matériels édités en grand nombre, le Front de Gauche mettra en débat des propositions pour démontrer que ce n'est pas le coût du travail qui est en cause mais celui du capital, que de l'argent, il y en a, pour remettre en cause les privilèges, pour des politiques qui servent l'Humain d'abord. Toutes choses qu'un gouvernement de gauche digne de ce nom devrait mettre en application pour rompre avec les logiques libérales et productivistes.

 

Le premier acte de cette campagne se déroulera le 23 janvier à Metz, à deux pas de Florange, lieu symbole où le gouvernement français a abandonné les salarié-e-s et sa sidérurgie dans les griffes de Mittal. Tous les principaux dirigeants des composantes du Front de gauche seront réunis au cours d’un meeting au Palais des Congrès de Metz. Elles et ils y accueilleront notamment une délégation de salarié-e-s du site sidérurgique.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 08:31

Extrait du billet du Blog de Jean-Luc Mélenchon, Politique à Gauche, daté du 22 décembre 2012: 

 

Bandeau Melenchon-158c7 

 

Ce mardi 18 décembre, François Hollande a dîné avec 71 grands patrons membres de l'Association française des entreprises privées. L'AFEP regroupe les très grandes entreprises et le CAC 40. C'est la première fois qu'un président de la République participe à un dîner organisé par cette association. Comme en août, c'était la première fois qu'un premier ministre, en l'occurrence Jean-Marc Ayrault, assistait à l'université d'été du MEDEF. A ce stade, la répétition fait sens. Ce repas c’est un signal. C'est une signature. L’examen critique des dossiers qui comptent dans la vie des salariés le confirme.

 

Qu’il s’agisse du SMIC, des retraites ou de la précarité, dans les trois cas la partie s’engage au plus mal pour les salariés avec un gouvernement qui n’est jamais leur allié. Quand les chèques de 20 milliards d'euros au titre de la "compétitivité" arriveront dans les mains des patrons, les salariés eux seront en train de se battre le dos au mur pour protéger ce qu’il leur reste de leurs acquis.

Deux centimes ! C'est la hausse du SMIC horaire net au premier janvier prochain. Le SMIC va augmenter de 0,3 %. Cela signifie 3 centimes de plus par heure pour un SMIC brut. Sur un mois, pour un temps complet, cela procure royalement 4,55 euros de mieux sur le salaire brut. Ramené au salaire net, la hausse est encore plus blessante : 2 centimes par heure travaillée. Soit à peine plus de 3 euros par mois pour les smicards qui bénéficient d'un emploi de 35 heures par semaine ! Cette misère chichement distribuée suffit pourtant au ministre de la gauche « qui agit, pas la gauche tonitruante d’Amérique du sud », l’indépassable Michel Sapin, pour se donner des airs de bienfaiteur. Pourtant cette hausse ne doit rien au gouvernement Ayrault. Elle est automatique. Elle est la conséquence mécanique du mode de calcul actuel du SMIC. Ce mode de calcul prend en compte l'inflation et la hausse moyenne du salaire horaire ouvrier de base. La mini-hausse de 0,3% du SMIC est le résultat mécanique de ce calcul qui s’imposerait à n’importe quel gouvernement. Un gouvernement de gauche en principe va bien au-delà.

Pas le gouvernement de Jean Marc Ayrault. Lui, a refusé de donner un "coup de pouce" au SMIC comme Nicolas Sarkozy le refusait déjà. Ayrault a pourtant le pouvoir de décider d'augmenter le SMIC comme il veut, unilatéralement et par un simple décret. Si c'est un choix politique de l'augmenter, c'est donc aussi un choix politique de ne pas l'augmenter. Ce refus d'un coup de pouce c'est la suite logique du ralliement de François Hollande au discours patronal sur le soi-disant "coût du travail" qui serait responsable de la perte de "compétitivité" de la production en France.

Le MEDEF reçoit cinq sur cinq ce genre de message. Pense–t-il qu’il s’agit de peur, de faiblesse ou de complicité de ce gouvernement ? Peu importe. Il veut pousser son avantage. Laurence Parisot veut profiter de la bienveillance du gouvernement à son égard. Elle ouvre une nouvelle ligne de front. Dimanche 16 décembre, elle est ainsi revenue à la charge contre le droit à la retraite. Pour elle, l'injuste contre-réforme Fillon de 2010 ne va pas assez loin. Sur BFMTV, elle a notamment demandé un nouveau report de l'âge légal de départ à la retraite : « Nous disions déjà en 2010 qu'il faudrait au moins 63 ans, et je le redis aujourd'hui. Il faudra à nouveau repousser l'âge légal de départ à la retraite, allonger la durée de cotisations ».

Le gouvernement rejettera-t-il clairement cette hypothèse ? Le pire est à craindre ! Le programme de François Hollande était bien flou sur ce point. François Hollande ne s'est jamais prononcé pour rétablir le droit à la retraite à 60 ans pour tous, alors même que c’était le cœur de l’action de masse contre la réforme des retraites.

Son projet présidentiel avait trouvé une astuce d’emballage : présenter le maintien du départ a soixante ans pour les carrières longues comme un rétablissement du droit à la retraite à soixante ans. La bienveillante cécité des médias permit à la duperie de fonctionner. En criant à la ruine de l’économie, la droite crédibilisa l’apparence de gauche du programme Hollande sur ce point. Pourtant les lecteurs attentifs comme nous avaient bien montré que pour le reste des salariés Hollande prévoyait seulement le grand défaussage habituel : « Une négociation globale avec les partenaires sociaux afin de définir, dans un cadre financier durablement équilibré, l’âge légal de départ à la retraite, la prise en compte de la pénibilité, le montant des pensions et l’évolution des recettes indispensables à la pérennité de notre système de retraite solidaire ». Cette négociation doit commencer en mars prochain. Les salariés y seront abandonnés au rapport de force avec le patronat qui n’a aucune raison de ne pas compter sur la compréhension du gouvernement. La preuve.

Le lecteur attentif aura remarqué que pour François Hollande, la durée de cotisation ne fait pas partie des éléments de la négociation. C'est cohérent avec la position du PS. Cette position était développée par Marisol Tourraine dans Le Monde du 19 mai 2010. Depuis, elle est devenu ministre des affaires sociales, donc des retraites. Voila ce qu'elle déclarait : « Le PS a tranché. Nous acceptons la poursuite de l'allongement de la durée de cotisation jusqu'en 2020. Aujourd'hui, il faut 40,5 annuités pour partir à taux plein ; en 2020, ce sera 41,5 ». Le PS a déjà cédé au MEDEF sur ce point. C'est pour cela que Laurence Parisot revient à l'offensive sur l'âge légal. Elle veut gagner sur les deux tableaux.

Comme par hasard, le lendemain de l'offensive du MEDEF, la machine médiatique s'est remise en marche autour d'un rapport du « Conseil d'orientation des retraites ». C'est la même mécanique qu'avant la contre-réforme Sarkozy de 2010. La même méthode de communication qu'avant les annonces de Jean-Marc Ayrault sur la compétitivité. D’abord le MEDEF avance ses pions. Puis un rapport d'un organisme soi-disant indépendant valide la démarche. Il vient fournir les éléments de langage de la propagande qui sera ensuite répétée sur toutes les antennes. « Le Monde » donne un cachet de référence officiel et indépendant à cette propagande. S’installe alors de grotesques campagnes d'affolement et de conditionnement idéologique. « Libération », le quotidien du social-libéralisme, fournit les tireurs dans le dos à gauche. Le tout est répété en boucle sur toutes les chaînes de radio et de télé. Et bien sûr dans ces inénarrables « débats » entre politologues, journalistes entrelardés d’UMP et de PS, tous d’accord sur le fond mais disputant la forme ou le rythme. La même machine médiatique à bourrer le crâne est en place dans le débat sur le contrat de travail. A l'heure actuelle, aucun accord n'est signé. Mais tous les grands médias officiels vantent déjà, par anticipation, un éventuel « compromis historique » entre patronat et syndicat. Par contre, aucun ne parle du contenu de la négociation.  Et pour cause, puisque c'est le MEDEF qui part grand gagnant du consensus médiatique.

Que veut le patronat ? Atomiser et individualiser toutes les relations sociales dans l’entreprise. Au cas précis du moment, il s’agit de pouvoir licencier plus facilement. Comme d’habitude un plan général se déploie par des offensives sur des mesures ponctuelles précises, présentées séparément les unes des autres. Il exige une réduction des possibilités de recours et une diminution des indemnités en cas de licenciement abusif. En cas de licenciement, il veut aussi pouvoir invoquer devant le juge des motifs différents de ceux qui ont été reprochés au salarié au moment du licenciement. Incroyable ! Il serait alors impossible pour le salarié de préparer sa défense et de faire valoir ses droits correctement. Tout cela c’est l’environnement de la mesure centrale attendue : la fin du CDI.

Encouragé par la tendresse gouvernementale, le MEDEF reprend sa guerre pluri-décennale contre le Contrat à durée indéterminée. Ce fameux CDI est vital pour les salariés. Non seulement pour leurs droits sociaux les plus divers et les plus essentiels. Mais aussi dans la vie quotidienne de la cité. Là, le CDI est le sésame qui ouvre la porte des crédits du logement et ainsi de suite ! Le fond de l’affaire pour lui est de se débarrasser des clauses individuelles du contrat de travail. Voyons ce que cela signifie. Supposons qu’un nouvel accord collectif soit signé dans une entreprise et qu’il change certains points substantiels du contrat de travail comme la modulation du temps de travail, le niveau de salaire ou un changement de lieu de travail. Cet accord ne s’appliquera pas pour autant à tout le monde. En effet il y a une barrière très précieuse. Car on devine le genre d’accord qui se signe par les temps qui courent, le pistolet sur la tempe, très défavorable aux salariés! Aujourd’hui pour que ce genre d’accord s’applique à tous, il faut que chaque salarié donne personnellement et explicitement son agrément ! Le MEDEF veut en finir avec cette protection. Il veut que l'accord collectif s'impose d'office aux salariés même s'il leur est défavorable. Pire : le patronat exige de pouvoir licencier sans indemnités les salariés qui refuseraient de voir modifier leur contrat de travail. Et il aimerait aussi priver ces salariés du droit de contester leur licenciement devant un juge.

Enfin, le MEDEF veut également frapper les chômeurs. Aujourd'hui, plus d'un chômeur sur deux n'est pas indemnisé par l'assurance-chômage. A titre d'exemple, pour 2013, l'UNEDIC prévoit 127 000 chômeurs de plus mais à peine 7 000 chômeurs indemnisés de plus. Soit une différence de 120 000 personnes qui sortiront de l'indemnisation ! C'est déjà insupportable. Mais le MEDEF refuse de cotiser davantage alors que le chômage augmente. Pour lui, une éventuelle réforme de l'indemnisation du chômage doit se faire « à coûts constants ». C'est-à-dire qu'il faudra raboter les droits des chômeurs actuellement indemnisés pour pouvoir indemniser ceux qui aujourd'hui survivent avec le RSA. Déshabiller Pierre pour habiller Paul. On connaît. C'est inadmissible.

Depuis des années, le MEDEF radote ces vieilles lubies. Les gouvernements de droite et des ministres comme Xavier Bertrand étaient de fervents relais de ce genre de réclamations. Le CDI serait trop rigide, licencier serait trop difficile, il n'y aurait pas assez de flexibilité, etc. Des dizaines de nouvelles dispositions dans le code du travail ont été introduite pour répondre à ce genre de demandes. Pourtant depuis des années, la précarité se développe et le chômage augmente quand même. Et ce phénomène est européen. Alors que la récession est plus forte en Grèce qu'en Espagne, la hausse du chômage est aussi dramatique en Espagne qu'en Grèce ! Pourquoi ? Parce que l'Espagne a un marché du travail plus "flexible", c'est-à-dire plus précaire, que la Grèce. Un signe de plus que la précarité ne protège pas du chômage, elle l'accroît ! La Banque centrale de l'Etat de New York a dû le reconnaître dans une étude comparative entre les deux pays. Voilà bien une autre façon pour moi de répéter que c'est le progrès social qui est la condition du progrès économique et non l'inverse.

La question du contrat de travail et de la précarité est absolument centrale dans la période. Tous les plans d'austérité européens comprennent des mesures de précarisation des salariés. La négociation en cours aura les conséquences immenses dans la vie de tous les salariés et chômeurs du pays. La précarité frappe déjà durement. 75% des embauches se font en contrats précaires. La fin de contrats précaires représentent plus du tiers des motifs d'entrées à Pôle emploi. Et il faut y ajouter un million de "ruptures conventionnelles" de contrats de travail depuis la création de ce mécanisme en 2008 ! La "flexibilité" est déjà extrêmement répandue, même beaucoup trop. Ce qu'il faut, c'est éradiquer la précarité. Le contraire de la pente prise depuis plusieurs décennies.

Le gouvernement est au pied du mur. Aidera-t-il les salariés ou les patrons dans ce bras de fer ? Il doit, bien sûr, clairement s'opposer à toute décision qui augmenterait la précarité des salariés. Mais le fera-t-il ? Il ne peut pas se défausser sur un éventuel accord signé par quelques syndicats avec le patronat. Si un accord est signé, les parlementaires ont le droit, et le devoir, de l'examiner au regard de l'intérêt général. Et s'ils jugent que l'accord est contraire à l'intérêt général, ils ne doivent pas le transcrire dans la loi. Cette logique, c'est la méthode républicaine du progrès social. Vous savez que je l'ai longuement expliqué pendant la campagne présidentielle, notamment dans mon discours de Villeurbanne. A l’époque où les médias fabriquaient l’affaire de la viande hallal et de la viande kasher pour aider madame Le Pen à exister et pousser vers elle les milieux populaires, nous appelions à comprendre les enjeux sociaux du moment !

Je ne suis pas le seul à défendre ce point de vue. Cette question n'est pas une querelle entre responsables politiques et responsables syndicaux pour savoir qui décide. Plusieurs syndicats défendent la supériorité de la loi sur le contrat. Et ils reconnaissent donc le droit pour le Parlement d'amender ou de rejeter un accord collectif, même national et interprofessionnel. Parmi ceux-ci, le premier syndicat de France, la CGT. Son secrétaire général Bernard Thibault l'a dit très clairement à la presse jeudi 13 décembre : « Le nombre de signataires potentiels ne suffit pas à rendre l'accord légitime pour autant et à condamner le législateur à le transposer à l'aveugle. Le dernier mot doit appartenir au législateur ». Voilà comment un syndicaliste prend en charge la démocratie républicaine au moment où les sociaux-libéraux et la droite l’abandonnent.

 

Jean-Luc Mélenchon.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 17:47

 

 

cadeau La France RougeCe beau livre-objet de Bruno Fuligni mis en page par Jerôme Pecnard est une sélection commentée de documents historiques (photographies, lettres, affiches, tracts, manuscrits, journaux, documents de police et de parti...) réunis dans les Archives du PCF, ouvertes depuis 1993 et classées par l'Etat en 2003 dans les Archives Départementales de Seine Saint Denis. 

En même temps qu'il donne toute sa place au visuel et aux fac-similés détachables pour les fétichistes et les militants, ce livre raconte, souvent avec une bienveillance et une admiration non dissimulées, une histoire de l'engagement communiste à travers des éclairages sur plusieurs personnalités et destinées marquantes.

Par exemple, le communard déporté en Nouvelle-Calédonie Alexis Trinquet, l'institutrice égérie de la Commune Louise Michel, le député ouvrier Zéphirin Camélinat, Jaurès, les poilus rebelles de 1917, le mutin de la Mer Noire André Marty, les fonctionnaires des PTT anti-colonialistes François Vittori et Edouard Planque organisant des grèves à Madagascar en1930, le volontaire des brigades internationales victime des fascistes, Gaston Roger,  Marcel Cachin, le rédacteur en chef breton de l'Humanité, Guy Môquet et son père, Prosper, le cheminot syndicaliste élu député du XVIIe arrondissement, le journaliste et intellectuel antifasciste Gabriel Péri, fusillé comme otage au Mont Valérien le 15 décembre 1941, Missak Manoukian du réseau MOI, Pierre Georges, dit le "colonel Fabien", héros de la guerre d'Espagne et de la Résistance.

A partir de l'après-guerre et de la guerre froide, le propos est davantage centré sur la direction et l'évolution politique du PCF. Evocation du culte de la personnalité avec les mille cadeaux envoyés de toute la France à Maurice Thorez pour son 50 ème anniversaire. Allusion à l'engouement des intellectuels et des artistes et écrivains pour le communisme, force de renouveau et de rupture avec les conventions et hiérarchies bourgeoises sentant le formol et la collaboration, et aux désillusions ou frustrations générées chez eux par le stalinisme et les prescriptions politiques en matière d'art , à travers l'épisode du départ contraint de Marguerite Duras en 1950, militante communiste très engagée depuis 1944, ou encore le scandale du dessin irrévérencieux de Picasso à la mort de Staline, paru dans les "Lettres Françaises" d'Aragon. Attitude incrédule et fâchée de la direction communiste devant le coup de tonnerre et de massue de l'annonce du rapport Khrouchtchev en 1956, le rapport à l'internationale communiste et aux régimes autoritaires communistes d'Europe de l'Est ou d'Asie, le PCF et mai 68, Marchais et Krazucki...

Ce livre illustré de photographies peu connues donne toujours la première place au document d'archive par rapport au commentaire, celui-ci permettant juste de comprendre celui-là, mais la sélection des documents dit beaucoup de la grandeur des combats communistes, du caractère frondeur et de l'esprit libre des militants, de leur générosité et de leur courage, de leur sens du sacrifice et de leur esprit de suite, de leur résolution implacable mais aussi, et cela va ensemble souvent, de leur aveuglement à demi choisi ou de leur silence volontaire face aux dérives du stalinisme, du socialisme réel et de l'autoritarisme dans le Parti.

Des vies dédiées à une cause, c'est un poncif de la dire mais c'est tellement vrai, des vies nourries et exaltées par cette cause, bouffées et parfois saccagées par elle également.

Et au milieu de tout, la fraternité, l'orgueil d'appartenir, non pas tant à une contre-société combative, mais à la société pleinement humaine, moderne et rationnelle qui se lève et promet à l'humanité une aube nouvelle.

Rebelles au conformisme bourgeois ou petit-bourgeois, adversaires de l'ordre social au service des dominations, les militants communistes ont souvent été à la pointe des combats les plus nobles du XXème siècle même si les appareils ont pu parfois se conduire de manière plus équivoque ou cynique, soumis aux diktats de Moscou: laïcité, pacifisme et antimilitarisme, anti-colonialisme, anti-fascisme, modernité artistique, invention de la culture et du loisir pour tous, affirmation de l'égalité et de la majorité politique des femmes, lutte contre le racisme vis à vis des immigrés, résistance au nazisme, développement du droit social et des conquêtes salariales pour améliorer la vie du plus grand nombre, combat contre l'arme nucléaire, contestation de l'impérialisme américain et de la Vème République, lutte contre le renforcement de l'Europe libérale au service du capital.

Sans occulter les épisodes peu glorieux de l'histoire communiste française, ce livre est une forme de réhabilitation d'un engagement pour la justice et la fraternité qui, depuis les années 1980, est trop souvent identifié au totalitarisme, à la terreur, à une utopie sanglante, à la bureaucratie, au pouvoir d'hommes gris, ternes et vieillissants dépassés par leur époque et se raccrochant à une vieille science dépassée, à des souvenirs et à des chimères. Le fait que l'on puisse écrire un livre d'histoire empathique et nostalgique sur le communisme français ne veut pas dire qu'il est mort, mais donne des arguments pour prolonger l'oeuvre de ces glorieux anciens dans un monde qui a changé mais où les vieux problèmes de l'exploitation de l'homme (et de sa bêtise) par l'homme et de la nocivité du capitalisme rapace demeurent.  

 

cadeau un siècle d'affiches communistes         Ce livre présentant les affiches de propagande et de combat d'idées du PCF entre le congrès de Tours et 2011, documents parfois magnifiques contextualisés par le jeune historien, spécialiste du communisme français, Romain Ducoulombier, est moins bienveillant mais tout aussi instructif et plaisant à parcourir que le précédent.

L'introduction de l'auteur situe assez bien l'intérêt historique et esthétique de réunir et de commenter un siècle d'affiches du PCF: 'le Parti communiste en France est né d'une catastrophe et d'un espoir. Sorti des entrailles de la Grande Guerre, il est veillé dans ses premiers moments par la révolution d'Octobre. Lorsqu'il se constitue, en décembre 1920, le nouveau parti n'a, pour se construire, qu'un matériau idéologique épars qu'il doit rassembler. Il possède pour lui l'élan de la jeunesse et le fanatisme des nouveaux convertis, qui jettent alors les fondements de la tradition graphique la plus prolifique de l'histoire contemporaine de notre pays. C'est à son histoire que ce livre est consacré... Le Parti communiste a disposé, depuis ses origines, du dévouement assez désintéressé, il faut bien le dire, d'une panoplie d'artistes et de graphistes particulièrement talentueux. Le lecteur en retrouvera certains et en découvrira d'autres. C'est leur oeuvre qu'on va suivre, dans sa succession historique qui en dit long sur les changements et les organisations d'une organisation réputée monolithique. Entre Fougeron et Picasso, Grandjouan, Quarez ou le groupe Grapus, on pourra avoir ses préférences, mais ils ont, chacun à leur manière, modelé la face visible du parti. Ephémère, l'affiche est toujours référentielle: elle nous parle de quelque chose qui lui est extérieur et qui ne vise pas le beau de l'oeuvre d'art... Voilà ce qu'est l'affiche: un média politique de masse. Elle est née au début du XXe siècle, dans le milieu de la presse satiriste illustrée. La presse à grand tirage et le suffrage universel sont les deux conditions nécessaires à son existence, mais il est remarquable qu'elle soit apparue dans les marges du mouvement ouvrier. Cela s'explique: elle devait servir d'instrument d'éducation, d'élévation de la "conscience de classe" au degré suffisant de révolte. Mais elle doit aussi combattre, dénoncer ou mobiliser ponctuellement. Dès 1919, la droite l'a compris: pour les élections législatives, elle représente le bolchevik russe en "homme le couteau entre les dents", avec un  succès immense qui résonne sur tout le siècle. Les communistes, avec la colombe de Picasso, auront leur coup de génie. L'affiche est une arme de guerre psychologique dans un pays où la politique n'est jamais tendre. Ce n'est donc pas un hasard si elle atteint son apogée avec la guerre froide. L'image mobile et sonore de la télévision ne l'a pas encore supplantée".

Ce livre est surtout intéressant parce ce qu'il montre de l'évolution des combats et de la stratégie politique du PCF:

- A partir de 1923, le jeune parti des têtes brûlées pacifistes et idéalistes refusant l'opportunisme politicien des partisans socialistes de l'Union Sacrée, de plus en plus réformistes, mène des campagnes internationalistes et anti-impérialistes pour la libération des mutins de la Mer Noire (ayant refusé de combattre les révolutionnaires bolcheviks), la libération des prisonniers politiques incarcérés par les "russes blancs", contre le Traité de Versailles, l'esprit revanchard et l'occupation militaire de la Ruhr, contre les assassins coloniaux français du Maroc (guerre du Riff) et de la Syrie, pour la libération de Sacco et Vanzetti (1927). Le PCF assume une stratégie "classe contre classe", n'hésite pas à valoriser la dictature du prolétariat et sa lutte de libération armée. Il met les socialistes, il est vrai farouchement anti-communistes, dans le camp des serviteurs de la bourgeoisie à combattre. Grandjouan est le dessinateur le plus utilisé par le parti à ce moment là.

- Vers 1934, avec la stratégie du Front Populaire, il y a une nette inflexion. Le PCF cherche à réutiliser dans ses affiches des symboles nationaux oecuméniques (le drapeau tricolore, le bonnet phrygien des sans-culottes, Mirabeau). Il met au premier plan le combat pour la paix et contre le fascisme et le nazisme. Il met l'accent sur les revendications immédiates pour améliorer le sort des vieux, des ouvriers et des paysans, plutôt que sur les objectifs révolutionnaires.

- A la Libération, très logiquement, le PCF célèbre les héros et martyrs de la résistance (Rol-Tanguy et le Colonel Fabien entre autre), histoire de souligner la part prise par les communistes dans la libération nationale. Il souligne dans ses affiches les grandes conquêtes sociales de l'après-guerre (sécurité sociale, conventions collectives, congés payés, semaine de 40h), dix ans après celles du Front Populaire. Il encourage à participer à la bataille de la production et à l'effort de reconstruction du pays. A cette date, le PCF s'affirme publiquement comme un parti national, patriote, la pointe avancée et le coeur battant de la démocratie française.

- Avec le début de la Guerre Froide, dans les années 50, le PCF utilise sans nuances, en rappelant le souvenir des camps, du SS, et d'Oradour, quite à nourrir la germanophobie contre laquelle il luttait après la première guerre mondiale, les peurs compréhensibles liées à un réarmement allemand pour dénoncer le projet d'union militaire européenne sous le patronage des Etats-Unis. Il lutte farouchement au nom de la paix, mais déjà aussi dans une logique de guerre froide, pour dénoncer les crimes de guerre de l'impérialisme américain en Corée. Les Etats-Unis sont aussi accusés de vouloir coloniser la France et l'Europe avec la création de l'OTAN et leurs bases de lancement d'armes nucléaires.  Le PCF célèbre les anniversaires de Staline, de la mort de Lénine, de la révolution socialiste d'octobre. Il sait utiliser des mots d'ordre très rassembleurs, pour la Paix et la baisse des dépenses d'armement, pour l'école laïque, la retraite digne et décente des vieux, contre la vie chère, la corruption. Il adapte sa communication en fonction des publics ciblés: femmes actives, mères de famille, petits paysans.  

- Dans les années 60, le PCF plaide avec des photos et des dessins-chocs pour la paix en Algérie, contre l'OAS, contre l'installation de la Ve République et du pouvoir personnel du général de Gaulle, contre la guerre du Vietnam.  

- A partir des années 70 et 80, l'affiche du PCF intègre de plus en plus la photo, fait davantage appel à l'émotion et est d'une construction plus élaborée et toujours aussi inventive.

 

cadeau journal intime etienne Manach        

Les éditions Skol Vreizh de Morlaix ont déniché il y a quatre ans une pépite inconnue et inépuisable, le « Journal intime » d'Etienne Manach, récupéré dans des circonstances rocambolesques par la fille de l'ambassadeur de France en Chine de 1969 à 1975, Bérénice Manach.

Depuis quelques mois, je confesse que ces écrits d'une grande force littéraire d'un fort caractère épris d'amour, de beauté et d'action politique rendent beaucoup de mes soirées passionnantes et me rapprochent des passions complexes d'une époque tourmentée et grosse d'une nouvelle nuée d'orage, pour paraphraser Jaurès, celle qui va du milieu des années 20 à l'avant-guerre. Comme le premier tome du Journal Intime d'Etienne Manac'h, peu remarqué par les journalistes de la presse nationale malgré son intérêt historique extraordinaire et ses qualités littéraires peu communes, ne s'est vendu qu'à un peu plus de sept cent exemplaires, et que le second tome, parcourant les années de guerre jusqu'en 1951, a connu une moins bonne fortune éditoriale encore, je me permets de vanter avec chaleur ces ouvrages magnifiquement mis en page à l'attention des lecteurs intéressés par l'histoire du XXème siècle, les milieux intellectuels parisiens de l'entre-deux guerres, les ressorts intimes de l'engagement communiste, et l'écriture de soi.

Un journal intime, c'est un moyen de saisir les espoirs, les conflits et l'état d'esprit d'une époque sur un mode subjectif. En l'occurence, il s'agit d'une époque héroïque,  partagée entre un optimisme historique  porté par les succès des mobilisations sociales et l'histoire en marche à l'est, inquiétude vis à vis de la montée du fascisme et du national-socialisme, un grand dégoût  vis à vis de la société bourgeoise et de ses valeurs conventionnelles discréditées par la grande guerre, une époque qui allait basculer dans la tragédie.

Ce journal intime, c'est aussi le moyen d'appréhender la construction d'une personnalité qui fait le clair en elle, n'est pas dupe de ses mensonges, de ses cruautés, de ses passions, de saisir ses évolutions et ses constantes au contact des évènements intimes et historiques. Ces derniers sont toujours à l'arrière-plan: c'est la passion amoureuse, la description du quotidien, des personnes et des lieux, particulièrement en voyage, et la discussion avec soi qui occupe le devant de la scène.

Ce Journal Intime ne s'apparente ni à des Confessions, écrites pour se justifier, ni à des Mémoires, écrites pour glorifier son rôle historique ou analyser une suite d'évènements et une époque d'un point de vue particulier, dans une volonté de témoignage. Etienne Manach n'écrit pas sur lui, me semble t-il, pour se faire connaître, se mettre en scène, s'exhiber, se pourfendre ou se réhabiliter  devant des lecteurs. L'écriture est tantôt "un exutoire authentique à ses émotions les plus intimes" (introduction de Bérénice Manac'h), une catharsis qui lui permet de se soulager à déchargeant ses inquiétudes, ses souffrances, sa nostalgie, tantôt un moyen de s'élever lui-même en prenant conscience de ce qu'il est et de ce qu'il pourrait et devrait être, tantôt un moyen de vivre deux fois et de manière peut-être plus approfondie encore dans les mots que dans la vie le plaisir de désirer et d'aimer, tantôt un moyen de faire le clair en lui-même, un point d'épape sur ses sentiments et sa vie.

C'est toujours l'individualité singulière qui est mise en avant, sans orgueil excessif (Etienne ne prétend pas à l'unicité comme Jean-Jacques Rousseau), et non l'expérience de soi et le développement de ses pensées personnelles au travers d'un dialogue solitaire comme moyen d'approcher une sagesse et une connaissance de soi valable pour tous les hommes, comme dans les Essais de Montaigne.  

Ce Journal Intime répond aussi à une vocation littéraire ressentie dès l'adolescence par ce fou de lecture, à un besoin de s'exprimer, et de le faire avec un souci du style et de la beauté de la langue qui ne trouve pas forcément à se traduire dans l'écriture d'oeuvres romanesques tant la vie d'Etienne Manach fut, par volonté ou contrainte des circonstances, dédiée à l'action et à l'amour.     

Bérénice Manac'h a accompli un travail de fourmi pour trouver des photos correspondant aux relations et aux évènements décrits par son père et pour documenter les notices biographiques de tous les connaissances auxquelles il fait référence au jour le jour dans son journal intime. On découvre au travers de ces notes, d 'abord les personnalités obscures mais rayonnantes qui ont accompagné ses premières années à Plouigneau, puis les intellectuels (Barbuse, Merleau-Ponty, Vernant, Maitron) et militants politiques anti-fascistes, communistes français, espagnols, italiens, russes qui ont été les camarades de combat d'Etienne Manac'h pendant une dizaine d'années avant qu'il ne quitte le Parti Communiste suite au pacte germano-soviétique.

A l'entame du premier tome publié de ce journal intime, un gros volume de plus de six cent pages qui se lit comme un roman même si la réalité, passée au filtre d'une sensibilité extrêmement riche et d'un talent de conteur et de portraitiste, y est souvent plus surprenante et fascinante que dans bien des fictions historiques, Bérénice Manac'h présente sans complaisance excessive son père dans une très belle introduction dont je voudrais citer quelques passages tant ces lignes éclairent sur le sujet du livre tout en laissant entier le mystère de la personnalité de ce grand écrivain romantique méconnu, qui ne cesse lui-même de chercher à s'élucider à mesure qu'il s'étonne de ce qu'il est, doué pour la joie folle, l'action enthousiaste et le plaisir, mais rattrapé sans cesse aussi par la mélancolie, le sentiment de l'échec, de l'inachevé, de l'insincérité.

 

« Ce livre, écrit Bérénice Manac'h, reproduit les premiers cahiers du journal d'un jeune Breton à travers l'époque de l'entre-deux guerres. Arraché à sa Bretagne natale en pleine adolescence, épris de littérature et rêvant lui-même d'être écrivain, passionné et révolté par les remous politiques de son temps, aimant éperdument les femmes, il décrit sa vie intérieure, ses émotions, ses désespoirs. De ses nombreux voyages à travers l'Europe, il ne rapporte pas une analyse politique, mais un portrait vivant: il n'est pas le chroniqueur de son époque et le lecteur sera déçu s'il cherche une relation précise des évènements de ce temps. Il s'agit véritablement d'un journal intime, où l'auteur se livre à l'analyse de ses sentiments. Orgueilleux mais sensible, souvent de mauvaise foi, parfois cruel sans comprendre lui-même les forces qui le poussent, il cherche à se justifier à ses propres yeux lorsqu'il se trouve odieux. Solitaire, il n'a que les pages de son journal pour épancher son désarroi et sa douleur, avouer ses faiblesses. Le souvenir de sa chère Bretagne vient souvent le consoler lorsqu'il ne sait plus vers quoi tourner son cœur trop plein.

Etienne Manac'h, mon père, est né le 3 février 1910 dans un foyer très modeste du Trégor finistérien, dans le bourg de Plouigneau. Il était le second enfant d'une famille qui en comptera cinq. Sa mère, Françoise Colleter, était « tricoteuse ». Née en 1884, elle ne savait pas écrire, contrairement à ses frères et sœurs plus jeunes. Le père, Jean François Marie Manac'h, comme le grand-père paternel, tous deux maçons, écrivaient assez bien le français. Mais la langue parlée en famille était naturellement le breton et c'est seulement à l'école que le petit Etienne apprendra le français. En 1916, Jean François Marie Manac'h meurt en Champagne, quatre mois avant que son jeune frère ne soit tué à son tour à Verdun ».

 

Cette mort absurde et cruelle du père tué loin de chez lui, alors que Etienne avait tout juste six ans, a été déterminante dans la révolte du jeune homme face à la société bourgeoise, au militarisme, qui le conduira à adhérer au mouvement communiste après en avoir été longtemps un compagnon de route alors qu'il était étudiant. Âgé de 16 ans, alors qu'il écrit les premières pages de son journal intime lors de vacances en forme de pèlerinage nostalgique et douloureux à Plouigneau, Etienne évoque ainsi de manière poignante en imaginant ses pensées à l'aune de connaissances acquises par la suite les derniers moments qu'il a passés avec son père et que l'oubli ne lui a pas ravis:

« Le dernier souvenir que j'aie, concernant mon père, se place en pleine Grande Guerre, au début de 1916, alors qu'il était en permission de vingt jours au village. Ce fut sa dernière permission... Je vois papa, lisant, auprès de la fenêtre, les nouvelles du front, avec de légers hochements de tête. Dehors, c'est le soleil pâle d'une froide journée de janvier, une journée rude, sèche et comme sonore dans sa calme lucidité.

Papa lit...Il est en costume demi-militaire, une veste de soldat, un pantalon de civil, un képi à la visière presque cassée, de pacifiques pantoufles, un menton noir de barbe. Papa lit... Il fait bon dans la salle; la cheminée flamboie; là-bas, au front, on se bat. Il doit faire mauvais, en ce moment, à la Haute-Chevauchée là-bas, en Argonne! Terrible tout de même: deux ans de mitraille, de boue, de tranchées, de bombe, de morts, et pas encore fini! Du moins, s'il n'y avait pas d' »embusqués »! Pourquoi reste t-il chez lui, aussi, ce notaire? Quelle ironie! Est-ce pour régler le testament de ceux qui tombent, là-bas, au froid, parmi les croix de bois? Terrible tout de même! Ce qu'il doit faire noir, sous les nuages de l'Argonne! … Tiens! Voilà la cloche du village qui sonne! C'est sans doute un baptême... Ah! les pauvres copains, ce qu'ils doivent mourir à cette heure! Ont-ils changé de tranchées? Oh! Ces embusqués...! Tout de même, ce qu'il fait bon ici parmi la tendresse des enfants et du village... Voilà la soupe qui chante dans la marmite! Comme ça sent bon!... Qu'est-ce qu'ils doivent manger, à c'te heure, là-bas, en Argonne, les pauvres copains! C'est terrible tout de même!

Soudain entrent dans la maison deux graves personnages, vêtus de noir. Le maire, le secrétaire de mairie! Pendant que mon père parlemente avec eux, j'opère une prudente retraite vers ma maire: c'est peut-être pour nous arrêter qu'on vient! Mais non! Papa vient vers nous en souriant, donne quelques graves explications à maman, auxquelles je ne comprends rien; puis il court dans la pièce contiguë, en revient cinq minutes après avec son resplendissant uniforme bleu horizon et sort enfin, encadré des deux mêmes personnages graves et noirs.

Pour moi, je m'empresse aussitôt de réclamer à maman des explications. « Ton père, me dit maman en m'embrassant, ton père va tenir le drapeau, pendant que l'on va décorer de la Légion d'honneur un soldat mutilé en face de la mairie ». Je bondis. « Viens donc, criai-je à mon frère Edouard, viens donc! Viens vite voir papa, le drapeau et la légion d'honneur! » Quelle joie! Nous partîmes tous deux en chantant, dans la rue du bourg, bras dessus, bras dessous .(…)

Une semaine plus tard, papa s'en alla de nouveau en Champagne. Nous allâmes tous le conduire jusqu'à mi-chemin de la gare, à travers le bois dans les feuilles jaunies, écrasées par terre en humus, exhalaient encore les senteurs fades et mouillées de l'automne dernier. Papa nous quitte en nous embrassant avec une insouciance affectée, mais, au fond du cœur, avec une angoisse mortelle. Nous montâmes sur un talus de coudriers assez proche de la voie ferrée et lorsque le train passa nous fîmes nos derniers adieux. « Je reviendrai bientôt! » nous cria-t-il.

...Il ne revint que trois ans plus tard, lorsque les trains remportèrent du Nord les convois de cercueils. Je vis quelques os, parmi lesquels trois tibias, et un peu de poussière puante. C'était tout ce qui restait de toute une vie, de tout un cœur vibrant d'amour et de courage et de toute une âme saintement passionnée de l'honneur ».

 

Ces « restes » du père, c'est la mère d'Etienne elle-même, son frère et ses enfants qui sont allés les chercher en Champagne à l'automne 1920, en passant par Paris, sa future résidence qu'Etienne découvrit ainsi en de sinistres circonstances. Etienne raconte à seize ans en une page de désolation hallucinée ce cheminement vers le lieu symbolisant toutes les douleurs de sa jeune vie:

« Nous prîmes le train à la gare de l'Est et nous arrivâmes à Châlons-sur-Marne à deux heures du matin où nous attendîmes quatre ou cinq heures un train de correspondance, dans une salle d'attente encombrée de soldats ivres. Puis nous continuâmes notre route et je me penchai à la portière, au vent froid du matin d'automne. Je revois encore en idée le paysage en ruines, morne, les murs à demi-écroulés, des maisons percées de trous, et, par endroits, dans la plaine désolée, de grands troupeaux de moutons. Ça et là, de petits cimetières blancs, avec des drapeaux tricolores et allemands, et des milliers de petites croix de bois.

A Somme-Suippe, nous descendîmes. Une seule maison restait encore debout, à proximité de la gare: c'était un restaurant, où nous entrâmes tout glacés, pour boire une tasse de café et demander le chemin de Croix. Plus d'une heure à pied par une large route à peu près déserte, défoncée, aux talus encombrés de fils et de poteaux de télégraphe. Par malheur, une averse nous surprit en chemin, une lourde pluie d'automne qui eut tôt fait de détremper le sol... Nous nous réfugiâmes, à la suite de mon oncle, dans une sape profonde qui menaçait ruine, et nous attendîmes là la fin de l'ondée, grelottants de froid... Nous attendîmes une demi-heure, une heure, puis, comme la pluie persistait à tomber, nous résolûmes d'avancer coûte que coûte: le ciel était sombre, orageux. La terre, argileuse, collait à nos pieds et rendait la marche extrêmement pénible. Autour de nous, de tous côtés, la plaine était inculte, sans arbres, sans buissons, creusée par endroits seulement par les obus; ça et là des vestiges de camps: des tranchées, des sapes, d'immenses réservoirs d'eau, cylindriques, un inextricable fouillis de fils de fers barbelés... C'était cela la guerre!

A Croix, ruisselants de pluie, nous trouvâmes, dès l'entrée du bourg, un refuge dans l'église, dont la toiture en partie effondrée laissait voir un coin de ciel noir. Une statue de la Vierge, décapitée, gisait dans une encoignure et cette retraite était toute pleine d'un silence froid et apaisant.

Le cimetière, où le maire du village nous conduisit aussitôt pendant une éclaircie, était un vaste fouillis de tombes, une forêt de grossières croix blanches. Rien n'est funèbre comme ce petit cimetière de campagne sous le vent claquant de l'automne: un sol boueux, blanchâtre, la sale craie de Champagne, molle et glissante; des ruisselets d'eau courant de toutes parts; pas le moindre gazon. Rien que quelques centaines de tertres où gisent dans la boue les os épars de quelques inconnus, avec une étiquette, une plaque de zinc avec un nom écrit en pointillé, patiemment autrefois, avec une pointe; au-dessus de ce champ lugubre, au sommet d'une perche, un vaste drapeau pendant, et les croix, dans le brouillard qui s'étend peu à peu laissant tomber des gouttes d'eau, comme des larmes... Et nous avons cherché la tombe, prenant chacun une file, nous penchant, pour lire sur chaque croix, le nom du soldat enseveli. Et nous l'avons trouvée enfin, dans un coin, cette tombe que nous étions venus chercher de si loin, un tertre de sable lavé, à demi-dispersé dans la pluie; un vieux bouquet de fleurs artificielles et fanées, mis dans une boîte près de la croix, et c'est tout. Mais qui donc a mis ce bouquet? Quel ami inconnu?

Et nous sommes tombés à genoux dans la boue, d'un seul mouvement, pour prier Dieu et pleurer... ».

 

De Dieu, il n'en sera bientôt plus question pour Etienne. Un vicaire de Plouigneau, M. Pape, avait pris Etienne en affection, lui qui lui paraissait déjà intelligent à huit ans et sensible aux livres comme aux choses spirituelles. Etienne dut à des causes triviales et à l'obstination de son instituteur laïque qui avait su, lui aussi, reconnaître les promesses de ce jeune esprit de n'avoir pas eu à quitter l'école publique de Plouigneau pour se former en tant que futur prêtre, carrière ouverte à bien des enfants pauvres forts en thème, au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon. « Après deux ans de... vaines contemplations, écrit-il jeune adulte au scepticisme et l'athéisme déjà bien enracinés, après deux ans de vie irréelle et intérieure, après avoir promené longtemps sous la nef et près de l'autel mon innocence d'enfant de chœur, marchant dans l'ombre du prêtre, vêtu de ma soutane bleue et de mon surplis blanc aux larges manches, après tout cela, je me sentis vaincu, lié, plongé pour jamais dans la molle apathie de l'adoration perpétuelle; j'étais mûr pour l'oubli du monde et du réel, et pour la poursuite toujours inassouvie de l'intangible au-delà. Le vicaire avait su réduire mon cœur malléable par le charme, la magique incantation du rêve, de la poésie, de la nature. Pourquoi ne suis-je pas aujourd'hui prêtre? M. Pape voulut me mener aux collèges des jésuites de Saint-Pol-de-Léon. L'instituteur s'y opposa et me fit passer l'examen des bourses pour le collège municipal de Morlaix. Ma mère mettait en tous mes protecteurs une confiance aveugle et tacite. Pour moi, j'étais trop jeune, trop insouciant, et j'avais coutume de me laisser mener. J'eusse certainement préféré faire mes études à Saint-Pol-de-Léon, mais, à cause des soucis matériels, le laïc l'emporta sur l'ecclésiastique ».

 

Grâce à la confirmation de ses dons scolaires, Etienne est repéré par son directeur d'école de Plouigneau M. Le Fur et commence l'Ecole primaire supérieure de Kernégues à Morlaix (le futur lycée Tristan Corbière) pour préparer l'Ecole Normale de Quimper. Il passe trois années d'internat au collège de Morlaix.

A l'été 1925, sa mère quitte définitivement Plouigneau pour rejoindre son fils aîné, le frère d'Etienne, déjà installé à Paris. La famille comme beaucoup de Bretons s'installe dans le quartier de la gare Montparnasse et Etienne sera scolarisé parmi les bourgeois dans l'établissement d'élite du lycée Buffon. C'est là qu'il fait sa première éducation politique, en méditant sur sa différence d'enfant du peuple au milieu des héritiers. Tenant son journal quasiment au jour le jour, il écrit à 18 ans: " Au lycée, je ne suis guère dans mon "milieu". Je suis seul, cuirassé dans une solitude amère, contre la raillerie, les cris, la continuelle expansion fétide des vices, le bourdonnement confus des craintes, des désirs et des passions morbides. Seul, à quoi bon lutter? Je sens la raison gronder impérieusement en moi, mais, par malheur, mes poings n'ont pas le droit d'obéir à ma raison. A quoi bon chercher à me venger? La vengeance me paraît lâche et m'est odieuse... Le mépris froid est plus beau." 

 Une semaine plus tard, ce sentiment d'humiliation se décline politiquement sous la forme d'une aspiration plus nette à l'égalité: "J'ai lu La Bruyère, voluptueusement allongé sur des coussins, plongé dans une douceur délicieuse à la lecture des fines remarques du moraliste. J'ai évoqué, à grands traits, la figure froide et sereine du penseur, qui a su glaner ses pensées au crépuscule d'un siècle merveilleux, qui a pénétré habilement les dessous de la société, qui a démasqué les financiers, "âmes pétries de boue et d'ordures", les "grands", insolents et vains, et qui a vu avec effroi, par-dessus les murs de paris, "répandus par la campagne, certains animaux farouches, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible" et "qui sont des hommes". Depuis ce temps, la grande roue de l'égalité a continué à rouler, lentement, inexorablement; elle a roulé sur des gens, des choses, des traditions, des cultes, des superstitions; et, calme, la formidable meule avance toujours, incoercible, férocement muette, sans entendre les cris de désespoir ou de rage, écrasant toujours sur son passage les rêves, les vaines fictions, la fausseté et le mal, l'hydre hurlante aux cent bras". 

 

Orgueilleux de caractère, rêveur, mélancolique, tourmenté, secret, mystérieux et impérieux,  Etienne lit beaucoup, avec passion, découvre la musique avec les débuts de la TSF, s'initie au combat ouvrier communiste avec les pièces de théâtre militante d'Upton Sinclair. Son modèle en révolte contre l'iniquité, les faux-semblants et en intégrité morale est Rousseau, qu'il ne supporte pas de voir raillé par des professeurs persifleurs faisant de l'esprit à bon compte: "Aujourd'hui, M.Rolland m'a mis dans l'indignation. Il faisait le cours sur Rousseau et il n'a cessé de raillé Jean-Jacques d'un bout à l'autre: mes camarades ont naturellement ri avec une certaine suffisance et un mépris hantain du pauvre fils d'horloger. Moi, j'ai mis ma tête dans mes mains et, à la barbe de M. Rolland, j'ai lu "La Nouvelle Héloïse" pour ne pas l'écouter. Pour finir, il s'est demandé si Rousseau est le futur, s'il est l'homme de demain. Et pourquoi pas? Les élections législatives, qui font tant de bruit ces jours-ci, ont donné plus d'un million de voix aux communistes. Le géant marche" . (27 avril 1928).

Les sympathies communistes de Etienne sont nourries, en dehors de l'expérience intime et douloureuse du clivage de classes, par le souvenir de la boucherie de 14-18, de la mort absurde de son père, qui font de lui un anti-militariste convaincu: " Pour moi, je ne demande qu'à ne pas être soldat. L'uniforme me déplaît car il "faut" le porter, car il faut obéir, car il faut accomplir un geste qui vient d'un autre, un geste machinal, odieux. Oh! le beau mépris que je me promets d'avoir pour toutes ces entités belliqueuses, restes d'une "Iliade" en décomposition, monde pourri vivant sur un monde suant, sanglant de pauvres! Je porterai mon fusil sur l'épaule, intact à jamais de poudre malgré les ordres, vinssent-ils même d'un général! Moi tuer, dont le père a été tué! Ironie! Moi avoir de la haine pour ceux qui ont tué mon père! Non! C'est un combat! Pour avoir la paix, il faut que l'un cesse d'abord et je me sens assez plein d'humanité pôur être celui-là! " (1er mai 1928). 

 

A l'été 1928, comme chaque année pendant les grandes vacances, Etienne retrouve la Bretagne, son paradis perdu de Plouigneau où il aide au battage, dont il décrit magnifiquement les journées et retrouvailles familiales, et découvre l'amour charnel.

En 1929, il rentre en classe préparatoire à Louis-le-Grand, se fait arrêté pour la première fois pour participation à une manifestation internationaliste et pacifiste organisée par le Parti Communiste. Il professe l'anticolonialisme à ses camarades, se laisse éblouir par le poète martiniquais René Maran, précurseur de la négritude et de l'anticolonialisme: "Que tout se rebelle! Que l'Inde saute! Que l'Indochine se secoue! ... Les Algériens doivent être des citoyens français"? (21 décembre 1929).

Il voue un amour inquiet, douloureux et inquisiteur à une jeune parisienne d'origine bretonne, Jeanne, avec laquelle il lui est très difficile d'aller plus loin que les déclarations platoniques. "J'ai le coeur en sang, écrit-il le 30 novembre 1929. J'ai maintenant une haine atroce pour moi-même, si faible. Mes vingt ans morbides, rongés de fièvres et de veilles. Je voudrais aller, venir, m'anéantir dans d'immenses espaces, laisser vivre mes sens, et laisser s'apaiser le feu de ma cervelle. La vie de la ville me sera funeste. Je suis rompu. Car j'ai la solitude qui m'est fatale. Nous traduisons Sénèque: la solitude es mauvaise. Libidinem irritat. (...)". (30 novembre 1929). "Fou, triple fou que je suis! Cruel et malhonnête, maladif, le coeur plein d'amour et ne montrant que la méchanceté pour ceux que j'aime! Je m'étonne aujourd'hui de mes vices. D'ailleurs, c'est toujours mon corps qui me conduit, mon pauvre corps torturé, fatigué, plein de désirs qu'il se refuse à assouvir, impatient. Jeanne répondra t-elle?" (fin décembre 1929).   

En 1930, Etienne connaît enfin la joie dans la vie en s'eprenant d'une jolie communiste tchèque aux cheveux courts, indépendante et nullement farouche, Véra Prokopova, à qui il fait découvrir Paris. Pendant un peu moins de deux ans, il va vivre une passion tumultueuse et un peu dyssimétrique avec cette danseuse sensible qui est plus âgée que lui et a connu déjà plusieurs aventures. Elle finira par le quitter pour un amant tchèque alors qu'il est retenu par l'enseignement de la philosophie à Beauvais (avec pour collègue Merleau-Ponty).  Etienne se remettra très difficilement de son abandon par Véra, avec qui il continuera longtemps à entretenir une correspondance pleine de reproches et d'amour contrarié, et il se conduira avec ses différentes futures compagnes avec une cruauté semblable à celle qu'il a lui-même ressenti avec la "trahison" de Véra.

En 1933, Etienne visite pour la première fois l'URSS avec Jean Maitron et raconte par le menu son voyage. Il n'est pas très critique sur ce pays neuf qu'il aime immédiatement pour lui-même et ses habitants et où il voit le monde égalitaire et rationnel de demain en voie de construction mais sa curiosité et sa sociabilité lui font discutter avec les gens et, de fait, il est forcé de remarquer que l'opulence est loin de régner, et que la misère et la famine guettent l'Ukraine en particulier. La peur de la police politique domine aussi, Etienne ne peut qu'y prêter attention.

"Une jeune femme conduit ses deux enfants à l'église. Elle parle français. M. et moi sommes restés un peu à l'écart avec elle et nous avons parlé. Elle était plus heureuse avant la révolution, dit-elle. Elle est dactylographe et gagne 140 R. Son mari est ingénieur à 350 R. Et elle prétend vivre pauvrement. Quelle vie menait-elle donc avant la révolution? Sans doute, d'ancienne famille bourgeoise. Qu'elle sache le français est déjà un signe. En Ukraine, les choses vont mal: beaucoup de morts de misère l'an dernier. Il n'y a pas assez de pain pour les coopératives. Mais, nous dit-elle, cette année la récolte sera bonne et le pain sera à 45 Kc. Pendant que nous parlons, une amie qui l'accompagne s'impatiente, la tire par le bras. Visiblement, elle a peur de nous et fait des efforts pour entraîner son amie. Nous lui avons donné rendez-vous pour ce soir à 16h, rue (...). Elle n'est pas venue. Elle a eu peur du Parti et du GPU. C'est elle aussi qui nous a dit que la famille de la servante est en partie morte, de famine et de misère".  (Kiev en Ukraine, 24 août 1933). Le constat de la misère et de la répression n'ébranle pourtant pas la confiance de Etienne dans le bien-fondé des mesures d'embrigadement et de rééducation idéologique de la population: "Notes: 80000 enfants organisés dans les pionniers. Effort pour embrigader les petits mendiants, les loqueteux, les petits enfants nu-pieds qui vendent des cigarettes. Leur donner la joie, l'amour de l'organisation collective. Ici encore, parmi les enfants de la fête, beaucoup marchaient nu-pieds, mais la majorité est déjà entraînée dans une vie nouvelle qui leur permettra de se donner à leur mesure, de se développer progressivement selon leurs aptitudes".

On ne fait pas de révolution, de société nouvelle, avec des bons sentiments et des scrupules philanthropiques, mais avec des mesures énergiques...

 

Au retour de l'URSS, Etienne Manac'h s'arrête à Berlin en 1933 où il va retrouver Eva, une guide communiste allemande, avec qui il a mission d'envoyer des messages aux communistes disséminés dans la clandestinité pour transmettre des informations ( en particulier sur leurs camarades en camp de concentration) et des directives.    

 

Puis, au mois de septembre, avec Lucienne, sa nouvelle amante parisienne, toujours missionné probablement par l'Internationale, il gagne Barcelone en pleine ébullition politique, en proie à l'agitation anarchiste qui fait anticiper une révolution prochaine: la CNT exerce alors son influence sur un million de membres. Le couple sympathise très vite avec José Balaguer, un cadre, cultivé et bon vivant, du Parti Communiste de Maurin. Les pages sur le mois passé à Barcelone sont passionnantes historiquement - comme celles sur la découverte de l'Allemagne nazie- et magnifiques d'un point de vue littéraire. Aux vacances de Noël 1933-1934, Etienne Manac'h retourne en Allemagne nazie. Pour quoi faire? :

"1°) Faire parvenir à Berlin, aux membres d'une cellule du PC, des documents, huit rouleaux de photo-films; quelques centaines de petites pellicules, filmant des colonnes de journaux communistes allemands de l'immigration (Rundschau, etc.)

2°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que la militante communiste Marie Zielke, parente du député au Riechstag, Koenen, sorte de la prison hitlérienne et, pour cela, voir de nombreuses personnes influentes.

3°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener de Berlin à Paris le fils de "Ulrich", secrétaire pour l'Europe centrale du Comité mondial contre le fascisme.

4°) Rapporter de l'argent pour Frieda Bohm et un artiste de cinéma, M. Otten, ami et collaborateur de Pabst...".  

 

Etienne passe le nouvel an à Berlin en compagnie d'une connaissance française et de son amie allemande, qu'il décrit admirablement avec un sens de la formule laconique et un cynisme certain, non dénué de misogynie: "C'est un pauvre amour. Peut-être aussi la rudesse de Jean, sa franchise un peu grosse lui déplaisent. Elle est fort surveillée par ses parents, une tante en particulier qui lit toutes ses lettres. Aucun abandon ne serait excusé de sa part si ce n'était celui qui accompagne le mariage. Le père, sorte d'ouvrier des postes, est hitlérien; Théa sympathise fort. Hitler est bon; il a donné du travail aux ouvriers, et il ne veut nullement la guerre; il a relevé l'Allemagne. Théa est maigrement payée: 50 M par mois, et Elli à peine 80. Voilà du bon gibier pour l'hitlérisme. Ces jeunes filles aiment la parade, le café chic, où l'on peut un jour, par chance, trouver un mari nanti d'une profession potable, les promenades en automobile, etc. Ces pauvres petites ouvrières ne sont faites, psychologiquement, que d'une tendance désespérée vers la bourgeoisie. Besoin de parvenir. Et comment? Par l'homme. Leur deuxième trait psychologique, c'est celui du crochet lancé au premier coeur bénévole. Tout le charme puéril de la blonde Théa en est obscurci". 

 

En août 1934, Etienne retourne à Berlin, à nouveau missionné, puis gagne l'URSS pour son second voyage à l'occasion duquel il tombe amoureux d'une guide touristique de Leningrad, Alissa, et fréquente un couple de communistes italiens exilés, Nella et Emilio. Nella deviendra quelques années après sa femme à Istambul (il se marie avec elle en 1943) : c'est la mère de Bérénice Manac'h. Etienne rompt avec le Parti Communiste quelques années plus tard, au moment du Pacte Germano-Soviétique et de l'invasion de la Pologne, mais, toujours engagé et anti-fasciste convaincu, il travaille pendant la guerre au côté de la France Libre et du général de Gaulle dont il devient le délégué auprès de la Turquie et des pays balkaniques.

 

Je rendrai compte du deuxième tome de son Journal Intime, journal des années de guerre et de diplomatie, dans un article postérieur et j'espère que ce compte-rendu déjà trop long et pourtant incomplet donnera envie de découvrir cette personnalité et cet écrit d'une valeur exceptionnelle.                    

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