L'éditorial de Stéphane Sahuc
Publié le 28 octobre 2026
Deux voix. C’est à cette marge minime qu’a tenu la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises. Mardi 27 au soir, l’Assemblée nationale a refusé de la reconduire. Cinq milliards d’euros de recettes disparaissent ainsi du budget.
Ce vote dessine une majorité que ses membres se gardent bien de revendiquer mais Ô combien révélatrice : les macronistes, la droite et le Rassemblement national. Sur les plateaux télé, ils s’opposent. Lorsqu’il s’agit de préserver les intérêts des puissants, ils savent se retrouver.
Marine Le Pen et Jordan Bardella peuvent bien faire leur numéro de défenseurs des catégories populaires et d’opposants au macronisme : les votes de leurs députés racontent une autre histoire. Ceux qui refusent l’augmentation du SMIC et l’indexation des salaires sur les prix viennent désormais au secours fiscal des géants du CAC 40. La fidélité aux intérêts patronaux reste l’ADN de l’extrême droite.
Ce vote intervient au moment où TotalEnergies s’apprête à annoncer 8,9 milliards de dollars de bénéfice net pour le troisième trimestre, soit deux fois plus qu’un an auparavant. Les tensions provoquées par la guerre en Ukraine et par le chaos au Moyen-Orient renchérissent l’énergie et fragilisent les approvisionnements. Elles pèsent sur les ménages, mais font prospérer les actionnaires. En trois mois, les marges de raffinage du groupe ont progressé de 146 %.
Patrick Pouyanné tente de faire passer la pilule en mettant en avant le plafonnement des prix à la pompe : 1,99 euro le litre pour l’essence et 2,25 euros pour le gazole. L’opération coûterait 500 millions d’euros à TotalEnergies. Une somme qui paraît considérable jusqu’à ce qu’on la rapporte aux milliards de bénéfices du groupe. Elle n’est d’ailleurs pas sans contrepartie commerciale : ses parts de marché dans la distribution sont passées de 23 % à plus de 30 %.
Le PDG de TotalEnergies ne s’en tient pas à la communication. Il prévient que, si l’État décidait de surtaxer les bénéfices du groupe, « le plafond va s’arrêter ». Une entreprise privée fait savoir au gouvernement qu’une mesure destinée à contenir le prix des carburants dépendra de la fiscalité qu’on lui appliquera. Ce n’est plus une discussion c’est un chantage, et Patrick Pouyanné ne doute manifestement pas de son avantage.
Il faut dire que l’exécutif lui a donné quelques raisons de se montrer sûr de lui. Le gouvernement envisageait déjà de réduire les taux de la surtaxe afin, que selon la formule consacrée, de ne pas « inquiéter les investisseurs ». À Bercy, les arguments du Medef ont depuis longtemps leurs entrées.
À tel point qu’à propos de l’une des rares avancées obtenues mardi soir par les communistes : la taxation des bénéfices mondiaux des multinationales en fonction de leur activité réalisée en France Roland Lescure, le ministre de l’économie, a aussitôt déclaré la mesure impossible, au motif qu’elle contreviendrait aux conventions fiscales bilatérales. Le droit international invoqué non pour empêcher les multinationales de déplacer leurs bénéfices, mais pour expliquer qu’il serait impossible de les imposer là où elles exercent réellement leur activité. Le droit protège l’évasion. Le RN protège l’extorsion… Patrons dormez tranquilles.
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