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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 08:22

     Statuts de l'association Front de Gauche du Pays de Morlaix

Statuts votés le mercredi 19 décembre 2012.

 

Article 1: Dénomination de l'association

Il est créé entre les adhérents aux présents statuts une association régie par la loi du 1er juillet 1901

et le décret du 16 août et qui a pour titre: « Front de Gauche du pays de Morlaix »

Sa durée est illimitée.

 

Article 2: Les buts.

Elle a pour objet de contribuer à enrichir, à exprimer et développer auprès des citoyens du pays de

Morlaix et des environs la politique et les valeurs du Front de Gauche: ces valeurs ont inspiré le

programme partagé « L'Humain d'abord ».

Elle favorise le rassemblement et l'implication politique de toutes les personnes qui se reconnaissent

et souhaitent agir dans/avec le Front de Gauche.

 

Article 3: Moyens d'action

L'association utilise et développe notamment les moyens d'action suivants:

publications

 

manifestations et rassemblements

 

réunions et rencontres publiques

 

initiatives conjointes avec des élu(e)s, des partis politiques, des organisations syndicales, des

associations, des collectifs de citoyens et citoyennes.

et tout autre moyen approprié.

 

Article 4: Siège

L'adresse du siège, mis à disposition par le PCF, est fixée 2, petite rue de Callac à Morlaix. Il pourra

être transféré par décision de l'Assemblée Générale.

 

Article 5: Les membres

L'adhésion à l'association est volontaire et tous les adhérents, qu'ils soient membres ou non d'une

organisation politique constituante, bénéficient des mêmes droits.

L'adhésion est effective par le paiement d'une cotisation dont le montant est fixé en AG

 

Article 6: Perte de la qualité de membre.

La perte de la qualité de membre est considérée comme effective en cas de non respect des statuts et

en particulier du non paiement de la cotisation.

 

Article 7: Comptabilité

La comptabilité est tenue sous la responsabilité du trésorier selon « le plan comptable des

Associations ».

Les ressources sont:

les cotisations 

 dons et legs

 initiatives diverses  

et tout autre moyen rentrant dans le cadre de la loi.

 

 

Article 8: Organisation interne de l'association

8.1: Toutes les décisions importantes d'orientation et de prise de position sont prises en

assemblées générales réunies autant de fois que de besoin. Les assemblées générales sont

ouvertes aux citoyens qui veulent participer à l'action du Front de Gauche sans pour autant être

adhérents de l'association. Ils peuvent participer aux débats mais n'ont pas le droit de vote le cas

échéant.

8.2 Un bureau ouvert à tous les adhérents volontaires met en oeuvre les décisions de l'assemblée

générale et examine les questions d'urgence.

8.3 La première des assemblées générales de l'année civile élit deux co-présidents et un trésorier

pour l'année.

8.4 Un règlement intérieur précisera les règles de fonctionnement non abordées dans les statuts

de l'association.

 

Article 9: Les réunions et les modalités de vote.

Le fonctionnement de l'association doit privilégier la démocratie directe.

Cela doit se traduire par une recherche permanente du consensus.

En cas d'absence persistante de consensus sur une question jugée majeure et urgente, un vote peut

être organisé. Dans ce cas, le vote se fait avec les adhérents présents selon la règle de la majorité

qualifiée des trois quart (des présents).

 

Article 10: Conseil d'administration.

Il est composé des deux co-présidents, du trésorier et du trésorier-adjoint.

Le bureau est habilité à mandaté l'un des deux co-présidents pour ester en justice.

 

Article 11: Assemblée Générale Extraordinaire.

Si besoin est, pour toute modification des statuts ou sur la demande des 2/3 des adhérents, une

assemblée générale extraordinaire est convoquée par le bureau.

 

Article 12: Dissolution

La dissolution ne peut être prononcée que par une assemblée générale extraordinaire. Cette

assemblée générale extraordinaire doit être convoquée un mois à l'avance au moins sur un ordre du

jour explicite avec un quorum fixé à la moitié des adhérents.

En cas de dissolution prononcée à la majorité des 2/3 des membres présents ou représentés (un seul

mandat autorisé par présent) en assemblée générale extraordinaire, un ou plusieurs liquidateurs sont

nommés par celle-ci. L'actif, s'il a lieu, est dévolu conformément à l'article 9 de la loi du 1er juillet

1901 et au décret du 16 août 1901. La dissolution doit faire l'objet d'une déclaration à la préfecture

ou à la sous-préfecture du siège social.

 

...........................................................................................................................................................................................................................

  

Modalités pour adhérer à l'association Front de Gauche du Pays de Morlaix.

 

Une cotisation « plancher » de 20 euros.

Une cotisation « tarif réduit » de 12 euros pour les gens ayant des difficultés financières.

 

Possibilité de cotiser davantage en suivant un barème indicatif:

• moins de 1500 €: 30 € de cotisation

de 1500 à 1800 €: 40 €

de 1800 à 2100 €: 50 €

de 2100 à 2400€. 60 €

et ainsi de suite, + 10€ par tranche de 300€ net.

 

Les cotisations sont à envoyer par chèque au Front de Gauche Morlaix/ 2, petite rue de Callac/  29600 Morlaix

 

 

front de Gauche Morlaix

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 08:00

 

Compte-rendu de la réunion du Front de Gauche Morlaix

Mercredi 19 décembre 2012

 

31 présents

 

I. Discussion, modification et vote des Statuts du Front de Gauche du Pays de Morlaix. Création de l'association.

 

Le projet de statut initial avait été rédigé le 10 décembre par un groupe de travail constitué de Babeth G, Christian C, Pierre LS, Ismaël D et Alain D, groupe de travail qui a suivi les orientations définies par l'AG Front de Gauche du 12 novembre 2012 et la réunion de bureau Fdg du 28 novembre.

Les articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, ont été approuvés à l'unanimité après avoir été parfois légèrement modifiés pour être précisés par rapport au projet initial.

 

L'article 9 sur « les réunions et modalités de vote » a fait l'objet d'un débat approfondi, déjà amorcé lors de la précédente réunion de bureau du collectif Front de Gauche du 28 novembre.

Nous avons retenu suite à la proposition de Franck S que notre modèle de fonctionnement devait être la démocratie directe plutôt que la démocratie participative, expression plus ambiguë.

Il y a eu consensus entre nous sur l'intérêt de se fixer l'objectif de prendre nos décisions en AG et en bureau par consensus le plus souvent possible. Cela permet de prendre en compte le point de vue de chacun, d'avancer les uns vers les autres, de chercher à se convaincre, à prendre en compte le point de vue des autres, à nous enrichir les uns les autres en nous nourrissant de la réflexion d'autrui, de ne pas créer des logiques d'affrontement entre des « camps », de ne pas créer des « courants » visant à dominer sur les autres.

Patrick LN était partisan de rendre toujours opérant cet idéal régulateur du consensus, en votant le moins souvent possible, et si possible jamais, et en cas de nécessité, en retenant un seuil très haut pour la majorité qualifiée (80 à 90%). Elisabeth G, convaincue par la démonstration de Patrick Le Nan sur l'intérêt de la recherche de consensus pour inaugurer une nouvelle manière de faire de la politique spécifique aux collectifs citoyens du Front de Gauche, a proposé que chaque fois qu'il y aurait un désaccord qu'on ne parviendrait pas à surmonter sur le moment entre nous, on ajourne la prise de décision, jusqu'à ce que l'on puisse trouver un terrain d'entente. Décaler dans le temps la prise de décision permettrait de dépasser la compétition, d'éviter le bras de fer, d'avoir le temps d'échanger et d'aller vers la compréhension de l'autre, d'éviter de se grouper bloc par bloc. Dans la proposition de Babeth, qui n'a pas été inscrite dans les statuts pour se laisser des marges de manoeuvre mais que l'on pourra prendre en compte dans nos règles de fonctionnement, on aurait pu expliciter dans un compte-rendu la logique des positions en contradiction, présentées de manière synthétique ainsi que ce qui les oppose vraiment et ce qu'elle admette en commun, avant de chercher à surmonter ces oppositions et à trouver une solution de compromis les réunions suivantes. Arriver à comprendre ce sur quoi on diverge est un premier pas fait sur la voie du compromis.

Tout le monde a reconnu la valeur des arguments en faveur du consensus et admis que, n'étant pas un parti politique, nous pouvions nous dispenser de nous prononcer sur des questions ne faisant pas accord entre nous (comme le nucléaire) et laisser chacun à ses engagements personnels, associatifs ou partisans, ce qui n'empêche pas de pouvoir en débattre sans chercher forcément à prendre une position collective au terme du débat.

Néanmoins, certains ont fait valoir la nécessité de se prononcer parfois dans l'urgence et le besoin d'empêcher que l'opposition d'une très petite minorité à une proposition approuvée par la grande majorité des membres du Front de Gauche ne paralyse notre activité ou notre capacité à nous positionner publiquement sur des questions importantes, localement notamment. Certains ont fait valoir aussi que la règle du consensus, appliquée de manière stricte, pouvait donnait beaucoup de poids à des minorités de blocage et faire prendre l'ascendant à une minorité refusant l'action voulue par une majorité.

En tout cas, tous ont reconnu qu'il n'y avait pas de règle de vote idéale, parfaitement démocratique et sans inconvénients. Au final, il a été décidé de recourir au vote le moins souvent possible, uniquement quand il est urgent et incontournable de se déterminer malgré une absence de consensus.

 

En cas de vote, 6 personnes ont préféré que ça soit la règle de la majorité absolue simple qui prévale, 23 personnes qu'on retienne la règle de la majorité qualifiée.

3 personnes se sont prononcés alors plutôt pour la majorité des 2/3, 23 personnes pour la majorité des ¾, 1 personne pour un seuil plus élevé encore, 4 personnes se sont abstenues.

 

Il a été précisé qu'en cas de vote à l'assemblée générale, seuls les présents pourraient s'exprimer: on ne donne pas de procuration sauf pour l'assemblée générale extraordinaire (une par personne).

 

II. Élection des deux co-présidents, du trésorier et du trésorier adjoint.

 

Pour déposer les statuts de l'association en préfecture et ouvrir un compte, nous avions besoin de représentants officiels de l'association et d'un trésorier, sachant que le CA n'aura pas d'existence réelle et que les seuls instances de décision sont le bureau ouvert à tous et l'assemblée générale, l'association fonctionnant pour l'essentiel sur le principe de la démocratie directe.

 

Les co-présidents et le trésorier et trésorier adjoint sont élus chaque année.

 

Pour l'année 2012, les co-présidents sont Michèle Abramovicz et Ismaël Dupont, le trésorier est Christian Corre et la trésorière adjointe est Constance Adigard.

 

III. Débat sur le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes.

 

Yann G a introduit le débat en présentant l'historique du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En 1970, l'intention de créer une grande plate-forme de frêt et d'accueillir le Concorde. En 72, création de la Zone d'Aménagement Différée. Le gel des terres pour empêcher toute forme d'installation et de reprise des fermes par les héritiers. En 1985, on prévoit 5 millions de passagers du transport aérien transitant par Nantes à l'horizon 2010 alors qu'on est aujourd'hui à 3,2 millions de passagers sur l'aéroport de Nantes-Atlantique. Le projet a été réactivé en 2000 sur décision de Lionel Jospin, et on comprend pourquoi: il avait l'oreille plus attentive aux desiderata de messieurs Ayrault et Le Drian voulant laisser leur empreinte sur l'aménagement du territoire du grand Ouest et s'étant entendu pour créer une grande métropole économique connectée Nantes-Rennes. Les arguments en faveur du projet de nouvel aéroport de Notre-Dame des Landes ont évolué dans le temps: attirer des investisseurs, créer de l'activité économique, satisfaire les milieux d'affaires locaux en rendant les communications plus rapides avec le reste de l'Europe. Maintenant que la viabilité économique du site a été clairement mise en cause, on justifie la création de NDDL pour des raisons de sécurité (le survol de l'agglomération nantaise par les avions partant de Nantes Atlantique au sud de Nantes ou y arrivant) et de nuisances sonores, en se basant sur le postulat de l'augmentation indéfinie du trafic de voyageurs, qui rendrait les capacités d'accueil de Nantes-Atlantique insuffisantes à terme. Certains ont même le toupet de justifier le transfert pour des raisons environnementales. Or, on sait que tous les investissements n'ont pas été mis en œuvre pour rénover Nantes-Atlantique, diminuer le bruit et permettre que les avions survolent moins la ville, parce que d'emblée on se situait dans l'optique de la création d'un nouvel aéroport, création coûteuse qu'il fallait justifier. Malgré cela, Nantes-Atlantique est encore utilisé en-deça de ses capacités d'accueil (4 millions de passagers à niveau de confort et de sécurité constants, contre 3,2 millions accueillis chaque année aujourd'hui) et on sait que l'aéroport continuera à fonctionner au moins pour Airbus, ce qui limitera la capacité de l'agglomération nantaise à libérer des terrains pour bâtir de nouveaux logements. Depuis quelques années, on sait que c'est la multinationale Vinci, véritable pieuvre qui rackette déjà les usagers d'autoroute grâce au cadeau fait par l'État sous la droite, qui va hérité du fait d'un généreux partenariat public-privé de la gestion de l'aéroport. Deux des préfets qui ont présidé à la mise en route du projet d'aéroport et à ce partenariat public-privé sont aujourd'hui rétribués par Vinci, comme l'a révélé Médiapart. On est ici en plein conflit d'intérêts.

 

Tous les intervenants qui se sont ensuite exprimé ont fait part de leur souhait que ce projet d'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes soit abandonné par ce qu'il est jugé unanimement dans notre collectif Front de Gauche comme nuisible écologiquement, non prioritaire socialement, dangereux pour l'aménagement du territoire en Bretagne, et trop lié aux lobbies financiers privés.

 

Ismaël D a mis en avant le fait que dans un contexte d'augmentation continue sur le long terme du coût du carburant et surtout d'import très fort du transport aérien sur le réchauffement et le dérèglement climatique, parier sur une augmentation continue du trafic aérien, ce qui est le présupposé des promotteurs du projet NDDL, est une folie. On ne peut pas se dire favorable au développement durable, à la prise en compte sérieuse de la crise écologique, et favoriser un nouvel essor de l'aérien. Il faut au contraire pour faire face aux défi climatique supprimer les compagnies low-costs, taxer davantage le transport aérien, et développer considérablement en contrepartie le ferroviaire pour transporter les voyageurs et les marchandises à bas coût, sans miser simplement sur le TGV mais surtout sur les lignes de proximité et le train et le bus bon marché, vraiment démocratiques. On ne peut pas tout subordonner à la croissance économique, à la prospérité de quelques entreprises. Par ailleurs, il y a une autre dimension inquiétante dans ce projet de Notre-Dame-des-Landes, outre les partenariats publics-privés aventureux pour la collectivité et les deniers publics qui auraient pu être investis pour des projets socialement et écologiquement plus utiles, c'est la volonté de métropolisation, de création d'une grande métropole économique Nantes-Rennes marginalisant l'arrière-pays breton et entraînant à terme la suppression des aéroports de l'ouest breton. Veut-on de cet aménagement du territoire misant tout sur le développement non maîtrisée des grandes agglomérations au nom de la mise en concurrence des territoires dans un contexte d'économie globalisée plutôt que d'organiser l'égalité d'accès des territoires aux services essentiels?

 

Franck S a démontré que le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes était néfaste au regard de plusieurs enjeux: 1. la réduction des gaz à effet de serre pour contrer le dérèglement climatique 2. la nécessité de conserver des zones humides pour la biodiversité et des terres agricoles pour relocaliser l'économie et la production agricole, développer des circuits courts: tous les 7 ans, c'est l'équivalent d'un département français en terres agricoles qui disparaît. La construction de l'aéroport reviendrait à rendre inutilisables 2000 hectares de terres. 3. ce projet n'a pas fait l'objet d'une véritable concertation démocratique à travers une consultation de la population digne de ce nom. Le fait que les responsables politiques qui portent ce projet aient été réélus n'est pas un argument car ils n'ont pas été élus sur ce projet précisément. 4. On donne les clefs du développement, de la gestion des infrastructures à Vinci plutôt que de développer d'authentiques services publics.

 

Christian C a mis en avant l'inutilité de ce projet coûteux car Nantes-Atlantique satisfait déjà les besoins existants dans des conditions tout à fait acceptables et il y a possibilité d'améliorer l'aéroport existant à moindre coût écologique et financier.

 

Alain R a montré que ce projet était typique d'une conception technocratique dépassée de l'aménagement du territoire, avec la croyance à des projets d'infrastructure miracles résolvant tous les problèmes d'aménagement du territoire pour le grand ouest. Les assemblées et les représentants élus ne sont bien souvent que des chambres d'écho de ces projets pharaoniques des aménageurs du territoire. Avec Notre-Dame des Landes, le développement économique s'arrête aux portes de la Bretagne. Que devient l'arrière-cour de la Bretagne? Ce qui est réservé au Morbihan, au Finistère, c'est le développement du tourisme. Le TGV est là pour le faciliter mais quid des gens qui vivent dans le centre et l'ouest de la Bretagne? Le port du Diben est symptomatique aussi d'une vision d'une développement de la Bretagne basée sur une activité à dominante touristique, et on n'envisage pas d'accueillir n'importe quels touristes, mais surtout les plus fortunés au bénéfice desquels se font les investissements publics. Sur ce projet de Notre-Dame des Landes, le déficit démocratique est complet: ces questions ne sont jamais venus à l'ordre du jour pour les régionales.

 

Nicole L a dénoncé une politique globale de déréglementation du transport aérien dont Notre-Dame des Landes et sa cession à Vinci sont les derniers développements. Il y a parallèlement un développement anarchique des compagnies low-costs sous prétexte de gagner en concurrence. Notre-Dame des Landes ne créera pas d'emplois: il y aura juste transfert des emplois. Son utilité, c'est de renforcer Vinci, un monstre qui s'infiltre partout. Il faut voir tout ce qui a déjà été privatisé dans les aéroports parisiens. Il y a là une manne financière que Vinci va pouvoir récupérer. Il y a une seule question que Nicole se pose: est-ce qu'on peut toujours envisager sereinement un abandon de l'aéroport de Notre-Dame des Landes si par contrat l'Etat devrait alors rembourser 11 millions d'euros par an à Vinci jusqu'en 2060?

 

Yann G a fait valoir qu'il y avait toujours un espoir de casser comme frauduleux le contrat signé entre l'Etat, les collectivités et Vinci.

 

Jean-Luc LC a rappelé que Gérard Perron, maire d'Hennebont et conseiller général, candidat du Front de Gauche aux Régionales, avait pris position contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes en disant que d'autres aéroports comme celui de Lorient pourraient très bien se charger du frêt que l'on voulait organiser à partir de NDDL et que c'était un projet nuisible socialement et écologiquement, un nouveau coup dur pour l'agriculture paysanne.

 

Alain D a dit que pour lui, le fond du problème, c'est un problème d'aménagement du territoire. Une volonté de créer des grandes métropoles avec des arrières-pays sans vigueur propre. Un bipole Nantes-Rennes: le tout formant un seul ensemble comme dans les grandes villes américaines. C'est tout l'avenir du territoire qui est en train de se décider. Or, il n'y a jamais eu de débat sur ce choix de politique métropolitaine qui n'est pas assumé lors des élections. Ce projet participe d'un déni de démocratie. Ses dimensions écologiques et agricoles sont aussi à prendre en compte car les effets sont loin d'être positifs. Autre dimension: le coût faramineux de tout cela. Il faut se demander quelles dépenses ne seront pas faites dès lors en faveur de la population. Il est incroyable que des élus fassent le choix d'un partenariat public privé sur 55 ans d'exploitation: la responsabilité de ce blanc seing donné à une multinationale n'incombe pas qu'aux technocrates. A part Brest, tous les autres aéroports seront impactés en Bretagne par la création de NDDL et pas probablement beaucoup seront fermés. Tout l'avenir des ¾ du pays est remis en cause: tout se passera autour de ces grandes métropoles internationales qui pompent toutes les subventions, tous les investissements, une partie de plus en plus grande de la population. La question que nous devons nous poser, c'est quel type de société veut-on mettre en place à travers cela, au-delà de la simple question de l'utilité de ce nouvel aéroport? Dans cette affaire là, trop importante, un passage en force n'est pas acceptable. Il faut peser pour qu'il y ait un vrai débat, que toute la population soit concernée, qu'elle intègre ce débat. Il faut prendre en compte la globalité du problème.

 

Franck S a fait état de l'intérêt qu'il a ressenti à partager l'expérience des collectifs contre l'aéroport et de soutien aux zadistes. S'y retrouvent pleins de gens différents qui inaugurent des formes politiques et de lien social nouvelles, expérimentales, qui gardent ce qui rassemble et non ce qui oppose.

 

Yann G a rappelé que les bénéfices économiques de l'aéroport de Notre-Dame des Landes avaient été remis en cause par un collectif d'experts au service des élus sceptiques sur ce projet. C'est pourquoi aujourd'hui l'argument économique est mis au second plan par rapport aux problèmes de sécurité et de nuisance sonore, certainement surévalués.

 

Nous avons décidé d'apporter concrètement notre appui à ceux qui luttent contre le passage en force du projet par un communiqué dans la presse pour exprimer la position du Front de Gauche Morlaix, par un argumentaire publié sur internet, par une contribution de solidarité aux opposants à Notre-Dame des Landes, par le travail de ceux qui le souhaitent au sein de la coordination morlaisienne contre l'aéroport de Notre-Dame des Landes, par un article dans le premier numéro du journal du Front de Gauche qui devrait paraître à la rentrée.

Alain Rebours, Yann Guéméné et Franck Simonnet se chargent de la préparation de déclaration publique sur Notre-Dame des Landes.

 

 


Prochaine AG du Front de Gauche du pays de Morlaix (ouverte à tous les citoyens qui veulent travailler avec nous) : le mercredi 16 janvier à 18h, 2, Petite Rue de Callac à Morlaix.

 

A l'ordre du jour:

- tour de parole sur la situation politique

- débat sur l'enjeu du logement et des transports dans le cadre des élections municipales et de l'intercommunalité, débat introduit par Hervé P.

- Point sur notre activité (campagne pour la proportionnelle, contre l'austérité).

 

 

front de Gauche Morlaix

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 15:09

 

Tambouille….ou débat politique ?

 

Dans un article paru dans Le Télégramme du 24 décembre, René Perez expliquait que le gouvernement a renoncé à la proportionnelle qui avait été envisagée pour la prochaine élection départementale. La cause est que le F.N. «  était susceptible, avec le système proportionnel, de rafler la présidence de certains conseils généraux ».

 

J’ai adressé sur le site du Télégramme le commentaire suivant :

 

La tambouille au sommet !!!

 

Ainsi, par peur du F.N. , les « grands démocrates » qui nous gouvernent viennent, une fois de plus ,de rejeter la proportionnelle. C’est pourtant le mode de scrutin qui représente le plus fidèlement la population.

 

Ce faisant, ils et elles manipulent l’expression de la volonté du peuple qui seul, d’après la constitution, détient la souveraineté dans notre pays.

 

Leur politique est-elle si mauvaise qu’il faille recourir à cette tambouille pour ne pas risquer de perdre ces lieux de pouvoir où le scrutin majoritaire - et le bipartisme de fait –leur a permis d’accéder ?

 

Le Front National se combat politiquement par les idées et par la mise en œuvre d’une politique qui réponde enfin aux besoins et aux exigences de la population… non par la tambouille électorale.

 

C’est quand le changement ?

 

Alain David

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:39

 

Cinq raisons d’être contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Par le collectif Front de gauche du Pays de Morlaix

 

1) C’est un projet anti-écologique

 

- Les 2000 hectares nécessaires à la réalisation entraîneront une imperméabilisation des sols, la destruction d'espaces naturels d'une rare qualité (bocages, prairies humides, haies, mares…), la destruction de nombreuses espèces animales…ce qui est contraire aux objectifs de préservation de la ressource en eau et d'arrêt de l'érosion de la biodiversité (repris dans la Stratégie Nationale pour la Biodiversité et le protocole de Nagoya signé par la France).  

- La perte de 2000 hectares, aujourd’hui de terres agricoles, va à l'encontre de la nécessaire relocalisation de l'agriculture dans un objectif de souveraineté alimentaire.

- Il encourage le développement du transport aérien, mode de déplacement polluant et énergivore, en totale contradiction avec les objectifs du protocole de Kyoto, signé par la France. Nous sommes au contraire conscients de la nécessité vitale de faire de la lutte contre le dérèglement climatique une priorité, à l'encontre de laquelle va le pari d'une augmentation continue du transport aérien.

 

2) C’est un projet dont l'intérêt économique est douteux 

 

-Le coût du projet est élevé, même quand on ne prend pas en compte tous les investissements connexes pour les amènagements périphériques (ligne TGV, routes...) qui le font monter à plus d'un milliard d'euros, financés autant par l’État que par les collectivités locales, au déficit d’autres priorités (le fret ferroviaire, le transport en commun de proximité et bon marché, le logement, la santé, le social).

- Il n’y aura pas de création d’emplois, si ce n’est des transferts d’emploi, en entraînant la fermeture d’autres aéroports de l’Ouest de la France. Et cela favorise la déréglementation des services aériens.

- Selon plusieurs études, ce projet serait déficitaire à terme, entraînant un financement public sur le long terme.

- Le contrat donné à Vinci pour la construction est encore une fois à l’avantage des profits privés, qui plus est d'une multinationale des plus néfastes pour la société, et n'est pas sans poser de problèmes de conflits d'intérêt.

 

3) Il est faux de dire que ce projet s'impose démocratiquement et qu'il a été approuvé par la population.

 

-La présentation du projet aux élus a été tendancieuse et la mise en place de ce projet n'a donné lieu à aucune consultation véritable de la population avec des débats publics dignes de ce nom.

- Les victoires électorales des élus qui soutenaient ce projet ne sont pas un argument suffisant pour dire qu'il est voulu par les citoyens car ceux-ci ne se sont pas exprimés sur cette question précisément.

- L’implantation de cet aéroport implique un aménagement du territoire qui va au-delà de la Loire-Atlantique et ces populations n'ont jamais été véritablement informées ou consultées alors que les élus engagent les finances publiques.

- L'opposition ce projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes se généralise dans le pays et à cet égard la violence verbale et physique exercée contre les opposants à l'aéroport pour les expulser de la zone afin que Vinci puisse commencer très vite à la bétonner et à créer une situation de non retour est fort peu démocratique et trahit la précarité de la position du gouvernement, qui sent que ce projet est très contesté.

 

4) C’est un projet qui implique un développement territorial non maîtrisé.

 

-Il entraine un étalement urbain inévitable, étendant l’agglomération nantaise vers le Nord, supprimant encore d’autres terres agricoles et milieux naturels.  

- On risque de voir apparaître un grand pôle urbain allant de Rennes à Nantes, métropole régionale, sans autre projet de développement régional.

- Les moyens régionaux sont tournés vers ce projet : financements, lignes de train, autres aéroports régionaux, liaisons tram-train, créations routières, etc. Et cela à défaut d’un développement harmonieux de l’ensemble du territoire breton.

 

5) Parce que nous avons une autre conception des services publics.

 

-Parce que des alternatives n’ont pas été étudiées et existent pourtant.

- Parce que notre pays a besoin de maitriser publiquement ses transports dans le cadre d'une planification écologique.

- Parce que l’aménagement d’un territoire doit se faire dans la durée au profit d’un développement durable de l’ensemble des territoires.

 

front de Gauche Morlaix

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:27

 

Communiqué du Front de Gauche du Pays de Morlaix: non à l'aéroport de Notre-Dame des Landes.

 

L’assemblée générale du collectif du Front de gauche du pays de Morlaix s’est prononcé contre le projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Ce projet d’aéroport nous paraît inutile car l'aéroport de Nantes-Atlantique n'est pas exploité au maximum de ses capacités. Ce projet ne respecte pas l’idée d’un développement durable et respectueux de la nature. Ce projet est disproportionné et entraînera un développement du transport aérien polluant et énergivore. Quant à son économie, elle semble incertaine à la vue de l’ensemble des études effectuées. Un coût pour le moins non maîtrisé, voire non calculé réellement. Si nous prenons l’ensemble des investissements nécessaires, il apparaît que ce projet sera déficitaire à terme, entraînant un financement public sur le long terme. Et cela, alors que des pistes alternatives ne sont pas étudiées. Ce projet représente le pire de l’aménagement du territoire : concluant, à la faveur de probables conflits d'intérêt, un partenariat public-privé très avantageux pour une multinationale grossissant à la faveur de la dérèglementation néo-libérale des transports, il est centré sur la création d’un vaste ensemble urbain allant de Rennes à Nantes, laissant les autres territoires du grand Ouest en panne de développement. Nous ne pouvons que condamner ce projet qui impacte gravement, et sur la durée, les finances publiques et le développement de notre région. Nous n’avons pas la même conception de ce que pourrait être un service public des transports.

front de Gauche Morlaix

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 08:46

Depuis 6 mois, les grands axes de la politique du gouvernement ne répondent pas aux attentes et au besoin de changement des Français. Adoption du traité budgétaire européen, cadeau de 20 milliards aux grands patrons, augmentation de la TVA, propositions sur la flexibilité... le gouvernement reproduit les recettes libérales qui conduisent d'autres pays européens dans le mur. Ces politiques échouent partout en Europe, elles échoueront de la même manière en France.

 

Pour sortir de la crise, il faut combattre les logiques financières et s’opposer aux politiques d’austérité qui en découlent. Le Front de gauche s'engage dans une campagne de plusieurs mois pour lutter contre tout esprit de résignation et démontrer qu'une alternative à gauche est possible. Cette campagne s'adresse à toutes celles et tous ceux qui ont voté pour un changement politique et plus largement à l'écrasante majorité du peuple qui souffre de la crise. Elle doit permettre que leur voix s’exprime avec force face à l’arrogance du MEDEF. Au cours de cette campagne, lors de meetings, d'initiatives publiques diverses, à travers des matériels édités en grand nombre, le Front de Gauche mettra en débat des propositions pour démontrer que ce n'est pas le coût du travail qui est en cause mais celui du capital, que de l'argent, il y en a, pour remettre en cause les privilèges, pour des politiques qui servent l'Humain d'abord. Toutes choses qu'un gouvernement de gauche digne de ce nom devrait mettre en application pour rompre avec les logiques libérales et productivistes.

 

Le premier acte de cette campagne se déroulera le 23 janvier à Metz, à deux pas de Florange, lieu symbole où le gouvernement français a abandonné les salarié-e-s et sa sidérurgie dans les griffes de Mittal. Tous les principaux dirigeants des composantes du Front de gauche seront réunis au cours d’un meeting au Palais des Congrès de Metz. Elles et ils y accueilleront notamment une délégation de salarié-e-s du site sidérurgique.

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 08:31

Extrait du billet du Blog de Jean-Luc Mélenchon, Politique à Gauche, daté du 22 décembre 2012: 

 

Bandeau Melenchon-158c7 

 

Ce mardi 18 décembre, François Hollande a dîné avec 71 grands patrons membres de l'Association française des entreprises privées. L'AFEP regroupe les très grandes entreprises et le CAC 40. C'est la première fois qu'un président de la République participe à un dîner organisé par cette association. Comme en août, c'était la première fois qu'un premier ministre, en l'occurrence Jean-Marc Ayrault, assistait à l'université d'été du MEDEF. A ce stade, la répétition fait sens. Ce repas c’est un signal. C'est une signature. L’examen critique des dossiers qui comptent dans la vie des salariés le confirme.

 

Qu’il s’agisse du SMIC, des retraites ou de la précarité, dans les trois cas la partie s’engage au plus mal pour les salariés avec un gouvernement qui n’est jamais leur allié. Quand les chèques de 20 milliards d'euros au titre de la "compétitivité" arriveront dans les mains des patrons, les salariés eux seront en train de se battre le dos au mur pour protéger ce qu’il leur reste de leurs acquis.

Deux centimes ! C'est la hausse du SMIC horaire net au premier janvier prochain. Le SMIC va augmenter de 0,3 %. Cela signifie 3 centimes de plus par heure pour un SMIC brut. Sur un mois, pour un temps complet, cela procure royalement 4,55 euros de mieux sur le salaire brut. Ramené au salaire net, la hausse est encore plus blessante : 2 centimes par heure travaillée. Soit à peine plus de 3 euros par mois pour les smicards qui bénéficient d'un emploi de 35 heures par semaine ! Cette misère chichement distribuée suffit pourtant au ministre de la gauche « qui agit, pas la gauche tonitruante d’Amérique du sud », l’indépassable Michel Sapin, pour se donner des airs de bienfaiteur. Pourtant cette hausse ne doit rien au gouvernement Ayrault. Elle est automatique. Elle est la conséquence mécanique du mode de calcul actuel du SMIC. Ce mode de calcul prend en compte l'inflation et la hausse moyenne du salaire horaire ouvrier de base. La mini-hausse de 0,3% du SMIC est le résultat mécanique de ce calcul qui s’imposerait à n’importe quel gouvernement. Un gouvernement de gauche en principe va bien au-delà.

Pas le gouvernement de Jean Marc Ayrault. Lui, a refusé de donner un "coup de pouce" au SMIC comme Nicolas Sarkozy le refusait déjà. Ayrault a pourtant le pouvoir de décider d'augmenter le SMIC comme il veut, unilatéralement et par un simple décret. Si c'est un choix politique de l'augmenter, c'est donc aussi un choix politique de ne pas l'augmenter. Ce refus d'un coup de pouce c'est la suite logique du ralliement de François Hollande au discours patronal sur le soi-disant "coût du travail" qui serait responsable de la perte de "compétitivité" de la production en France.

Le MEDEF reçoit cinq sur cinq ce genre de message. Pense–t-il qu’il s’agit de peur, de faiblesse ou de complicité de ce gouvernement ? Peu importe. Il veut pousser son avantage. Laurence Parisot veut profiter de la bienveillance du gouvernement à son égard. Elle ouvre une nouvelle ligne de front. Dimanche 16 décembre, elle est ainsi revenue à la charge contre le droit à la retraite. Pour elle, l'injuste contre-réforme Fillon de 2010 ne va pas assez loin. Sur BFMTV, elle a notamment demandé un nouveau report de l'âge légal de départ à la retraite : « Nous disions déjà en 2010 qu'il faudrait au moins 63 ans, et je le redis aujourd'hui. Il faudra à nouveau repousser l'âge légal de départ à la retraite, allonger la durée de cotisations ».

Le gouvernement rejettera-t-il clairement cette hypothèse ? Le pire est à craindre ! Le programme de François Hollande était bien flou sur ce point. François Hollande ne s'est jamais prononcé pour rétablir le droit à la retraite à 60 ans pour tous, alors même que c’était le cœur de l’action de masse contre la réforme des retraites.

Son projet présidentiel avait trouvé une astuce d’emballage : présenter le maintien du départ a soixante ans pour les carrières longues comme un rétablissement du droit à la retraite à soixante ans. La bienveillante cécité des médias permit à la duperie de fonctionner. En criant à la ruine de l’économie, la droite crédibilisa l’apparence de gauche du programme Hollande sur ce point. Pourtant les lecteurs attentifs comme nous avaient bien montré que pour le reste des salariés Hollande prévoyait seulement le grand défaussage habituel : « Une négociation globale avec les partenaires sociaux afin de définir, dans un cadre financier durablement équilibré, l’âge légal de départ à la retraite, la prise en compte de la pénibilité, le montant des pensions et l’évolution des recettes indispensables à la pérennité de notre système de retraite solidaire ». Cette négociation doit commencer en mars prochain. Les salariés y seront abandonnés au rapport de force avec le patronat qui n’a aucune raison de ne pas compter sur la compréhension du gouvernement. La preuve.

Le lecteur attentif aura remarqué que pour François Hollande, la durée de cotisation ne fait pas partie des éléments de la négociation. C'est cohérent avec la position du PS. Cette position était développée par Marisol Tourraine dans Le Monde du 19 mai 2010. Depuis, elle est devenu ministre des affaires sociales, donc des retraites. Voila ce qu'elle déclarait : « Le PS a tranché. Nous acceptons la poursuite de l'allongement de la durée de cotisation jusqu'en 2020. Aujourd'hui, il faut 40,5 annuités pour partir à taux plein ; en 2020, ce sera 41,5 ». Le PS a déjà cédé au MEDEF sur ce point. C'est pour cela que Laurence Parisot revient à l'offensive sur l'âge légal. Elle veut gagner sur les deux tableaux.

Comme par hasard, le lendemain de l'offensive du MEDEF, la machine médiatique s'est remise en marche autour d'un rapport du « Conseil d'orientation des retraites ». C'est la même mécanique qu'avant la contre-réforme Sarkozy de 2010. La même méthode de communication qu'avant les annonces de Jean-Marc Ayrault sur la compétitivité. D’abord le MEDEF avance ses pions. Puis un rapport d'un organisme soi-disant indépendant valide la démarche. Il vient fournir les éléments de langage de la propagande qui sera ensuite répétée sur toutes les antennes. « Le Monde » donne un cachet de référence officiel et indépendant à cette propagande. S’installe alors de grotesques campagnes d'affolement et de conditionnement idéologique. « Libération », le quotidien du social-libéralisme, fournit les tireurs dans le dos à gauche. Le tout est répété en boucle sur toutes les chaînes de radio et de télé. Et bien sûr dans ces inénarrables « débats » entre politologues, journalistes entrelardés d’UMP et de PS, tous d’accord sur le fond mais disputant la forme ou le rythme. La même machine médiatique à bourrer le crâne est en place dans le débat sur le contrat de travail. A l'heure actuelle, aucun accord n'est signé. Mais tous les grands médias officiels vantent déjà, par anticipation, un éventuel « compromis historique » entre patronat et syndicat. Par contre, aucun ne parle du contenu de la négociation.  Et pour cause, puisque c'est le MEDEF qui part grand gagnant du consensus médiatique.

Que veut le patronat ? Atomiser et individualiser toutes les relations sociales dans l’entreprise. Au cas précis du moment, il s’agit de pouvoir licencier plus facilement. Comme d’habitude un plan général se déploie par des offensives sur des mesures ponctuelles précises, présentées séparément les unes des autres. Il exige une réduction des possibilités de recours et une diminution des indemnités en cas de licenciement abusif. En cas de licenciement, il veut aussi pouvoir invoquer devant le juge des motifs différents de ceux qui ont été reprochés au salarié au moment du licenciement. Incroyable ! Il serait alors impossible pour le salarié de préparer sa défense et de faire valoir ses droits correctement. Tout cela c’est l’environnement de la mesure centrale attendue : la fin du CDI.

Encouragé par la tendresse gouvernementale, le MEDEF reprend sa guerre pluri-décennale contre le Contrat à durée indéterminée. Ce fameux CDI est vital pour les salariés. Non seulement pour leurs droits sociaux les plus divers et les plus essentiels. Mais aussi dans la vie quotidienne de la cité. Là, le CDI est le sésame qui ouvre la porte des crédits du logement et ainsi de suite ! Le fond de l’affaire pour lui est de se débarrasser des clauses individuelles du contrat de travail. Voyons ce que cela signifie. Supposons qu’un nouvel accord collectif soit signé dans une entreprise et qu’il change certains points substantiels du contrat de travail comme la modulation du temps de travail, le niveau de salaire ou un changement de lieu de travail. Cet accord ne s’appliquera pas pour autant à tout le monde. En effet il y a une barrière très précieuse. Car on devine le genre d’accord qui se signe par les temps qui courent, le pistolet sur la tempe, très défavorable aux salariés! Aujourd’hui pour que ce genre d’accord s’applique à tous, il faut que chaque salarié donne personnellement et explicitement son agrément ! Le MEDEF veut en finir avec cette protection. Il veut que l'accord collectif s'impose d'office aux salariés même s'il leur est défavorable. Pire : le patronat exige de pouvoir licencier sans indemnités les salariés qui refuseraient de voir modifier leur contrat de travail. Et il aimerait aussi priver ces salariés du droit de contester leur licenciement devant un juge.

Enfin, le MEDEF veut également frapper les chômeurs. Aujourd'hui, plus d'un chômeur sur deux n'est pas indemnisé par l'assurance-chômage. A titre d'exemple, pour 2013, l'UNEDIC prévoit 127 000 chômeurs de plus mais à peine 7 000 chômeurs indemnisés de plus. Soit une différence de 120 000 personnes qui sortiront de l'indemnisation ! C'est déjà insupportable. Mais le MEDEF refuse de cotiser davantage alors que le chômage augmente. Pour lui, une éventuelle réforme de l'indemnisation du chômage doit se faire « à coûts constants ». C'est-à-dire qu'il faudra raboter les droits des chômeurs actuellement indemnisés pour pouvoir indemniser ceux qui aujourd'hui survivent avec le RSA. Déshabiller Pierre pour habiller Paul. On connaît. C'est inadmissible.

Depuis des années, le MEDEF radote ces vieilles lubies. Les gouvernements de droite et des ministres comme Xavier Bertrand étaient de fervents relais de ce genre de réclamations. Le CDI serait trop rigide, licencier serait trop difficile, il n'y aurait pas assez de flexibilité, etc. Des dizaines de nouvelles dispositions dans le code du travail ont été introduite pour répondre à ce genre de demandes. Pourtant depuis des années, la précarité se développe et le chômage augmente quand même. Et ce phénomène est européen. Alors que la récession est plus forte en Grèce qu'en Espagne, la hausse du chômage est aussi dramatique en Espagne qu'en Grèce ! Pourquoi ? Parce que l'Espagne a un marché du travail plus "flexible", c'est-à-dire plus précaire, que la Grèce. Un signe de plus que la précarité ne protège pas du chômage, elle l'accroît ! La Banque centrale de l'Etat de New York a dû le reconnaître dans une étude comparative entre les deux pays. Voilà bien une autre façon pour moi de répéter que c'est le progrès social qui est la condition du progrès économique et non l'inverse.

La question du contrat de travail et de la précarité est absolument centrale dans la période. Tous les plans d'austérité européens comprennent des mesures de précarisation des salariés. La négociation en cours aura les conséquences immenses dans la vie de tous les salariés et chômeurs du pays. La précarité frappe déjà durement. 75% des embauches se font en contrats précaires. La fin de contrats précaires représentent plus du tiers des motifs d'entrées à Pôle emploi. Et il faut y ajouter un million de "ruptures conventionnelles" de contrats de travail depuis la création de ce mécanisme en 2008 ! La "flexibilité" est déjà extrêmement répandue, même beaucoup trop. Ce qu'il faut, c'est éradiquer la précarité. Le contraire de la pente prise depuis plusieurs décennies.

Le gouvernement est au pied du mur. Aidera-t-il les salariés ou les patrons dans ce bras de fer ? Il doit, bien sûr, clairement s'opposer à toute décision qui augmenterait la précarité des salariés. Mais le fera-t-il ? Il ne peut pas se défausser sur un éventuel accord signé par quelques syndicats avec le patronat. Si un accord est signé, les parlementaires ont le droit, et le devoir, de l'examiner au regard de l'intérêt général. Et s'ils jugent que l'accord est contraire à l'intérêt général, ils ne doivent pas le transcrire dans la loi. Cette logique, c'est la méthode républicaine du progrès social. Vous savez que je l'ai longuement expliqué pendant la campagne présidentielle, notamment dans mon discours de Villeurbanne. A l’époque où les médias fabriquaient l’affaire de la viande hallal et de la viande kasher pour aider madame Le Pen à exister et pousser vers elle les milieux populaires, nous appelions à comprendre les enjeux sociaux du moment !

Je ne suis pas le seul à défendre ce point de vue. Cette question n'est pas une querelle entre responsables politiques et responsables syndicaux pour savoir qui décide. Plusieurs syndicats défendent la supériorité de la loi sur le contrat. Et ils reconnaissent donc le droit pour le Parlement d'amender ou de rejeter un accord collectif, même national et interprofessionnel. Parmi ceux-ci, le premier syndicat de France, la CGT. Son secrétaire général Bernard Thibault l'a dit très clairement à la presse jeudi 13 décembre : « Le nombre de signataires potentiels ne suffit pas à rendre l'accord légitime pour autant et à condamner le législateur à le transposer à l'aveugle. Le dernier mot doit appartenir au législateur ». Voilà comment un syndicaliste prend en charge la démocratie républicaine au moment où les sociaux-libéraux et la droite l’abandonnent.

 

Jean-Luc Mélenchon.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 17:47

 

 

cadeau La France RougeCe beau livre-objet de Bruno Fuligni mis en page par Jerôme Pecnard est une sélection commentée de documents historiques (photographies, lettres, affiches, tracts, manuscrits, journaux, documents de police et de parti...) réunis dans les Archives du PCF, ouvertes depuis 1993 et classées par l'Etat en 2003 dans les Archives Départementales de Seine Saint Denis. 

En même temps qu'il donne toute sa place au visuel et aux fac-similés détachables pour les fétichistes et les militants, ce livre raconte, souvent avec une bienveillance et une admiration non dissimulées, une histoire de l'engagement communiste à travers des éclairages sur plusieurs personnalités et destinées marquantes.

Par exemple, le communard déporté en Nouvelle-Calédonie Alexis Trinquet, l'institutrice égérie de la Commune Louise Michel, le député ouvrier Zéphirin Camélinat, Jaurès, les poilus rebelles de 1917, le mutin de la Mer Noire André Marty, les fonctionnaires des PTT anti-colonialistes François Vittori et Edouard Planque organisant des grèves à Madagascar en1930, le volontaire des brigades internationales victime des fascistes, Gaston Roger,  Marcel Cachin, le rédacteur en chef breton de l'Humanité, Guy Môquet et son père, Prosper, le cheminot syndicaliste élu député du XVIIe arrondissement, le journaliste et intellectuel antifasciste Gabriel Péri, fusillé comme otage au Mont Valérien le 15 décembre 1941, Missak Manoukian du réseau MOI, Pierre Georges, dit le "colonel Fabien", héros de la guerre d'Espagne et de la Résistance.

A partir de l'après-guerre et de la guerre froide, le propos est davantage centré sur la direction et l'évolution politique du PCF. Evocation du culte de la personnalité avec les mille cadeaux envoyés de toute la France à Maurice Thorez pour son 50 ème anniversaire. Allusion à l'engouement des intellectuels et des artistes et écrivains pour le communisme, force de renouveau et de rupture avec les conventions et hiérarchies bourgeoises sentant le formol et la collaboration, et aux désillusions ou frustrations générées chez eux par le stalinisme et les prescriptions politiques en matière d'art , à travers l'épisode du départ contraint de Marguerite Duras en 1950, militante communiste très engagée depuis 1944, ou encore le scandale du dessin irrévérencieux de Picasso à la mort de Staline, paru dans les "Lettres Françaises" d'Aragon. Attitude incrédule et fâchée de la direction communiste devant le coup de tonnerre et de massue de l'annonce du rapport Khrouchtchev en 1956, le rapport à l'internationale communiste et aux régimes autoritaires communistes d'Europe de l'Est ou d'Asie, le PCF et mai 68, Marchais et Krazucki...

Ce livre illustré de photographies peu connues donne toujours la première place au document d'archive par rapport au commentaire, celui-ci permettant juste de comprendre celui-là, mais la sélection des documents dit beaucoup de la grandeur des combats communistes, du caractère frondeur et de l'esprit libre des militants, de leur générosité et de leur courage, de leur sens du sacrifice et de leur esprit de suite, de leur résolution implacable mais aussi, et cela va ensemble souvent, de leur aveuglement à demi choisi ou de leur silence volontaire face aux dérives du stalinisme, du socialisme réel et de l'autoritarisme dans le Parti.

Des vies dédiées à une cause, c'est un poncif de la dire mais c'est tellement vrai, des vies nourries et exaltées par cette cause, bouffées et parfois saccagées par elle également.

Et au milieu de tout, la fraternité, l'orgueil d'appartenir, non pas tant à une contre-société combative, mais à la société pleinement humaine, moderne et rationnelle qui se lève et promet à l'humanité une aube nouvelle.

Rebelles au conformisme bourgeois ou petit-bourgeois, adversaires de l'ordre social au service des dominations, les militants communistes ont souvent été à la pointe des combats les plus nobles du XXème siècle même si les appareils ont pu parfois se conduire de manière plus équivoque ou cynique, soumis aux diktats de Moscou: laïcité, pacifisme et antimilitarisme, anti-colonialisme, anti-fascisme, modernité artistique, invention de la culture et du loisir pour tous, affirmation de l'égalité et de la majorité politique des femmes, lutte contre le racisme vis à vis des immigrés, résistance au nazisme, développement du droit social et des conquêtes salariales pour améliorer la vie du plus grand nombre, combat contre l'arme nucléaire, contestation de l'impérialisme américain et de la Vème République, lutte contre le renforcement de l'Europe libérale au service du capital.

Sans occulter les épisodes peu glorieux de l'histoire communiste française, ce livre est une forme de réhabilitation d'un engagement pour la justice et la fraternité qui, depuis les années 1980, est trop souvent identifié au totalitarisme, à la terreur, à une utopie sanglante, à la bureaucratie, au pouvoir d'hommes gris, ternes et vieillissants dépassés par leur époque et se raccrochant à une vieille science dépassée, à des souvenirs et à des chimères. Le fait que l'on puisse écrire un livre d'histoire empathique et nostalgique sur le communisme français ne veut pas dire qu'il est mort, mais donne des arguments pour prolonger l'oeuvre de ces glorieux anciens dans un monde qui a changé mais où les vieux problèmes de l'exploitation de l'homme (et de sa bêtise) par l'homme et de la nocivité du capitalisme rapace demeurent.  

 

cadeau un siècle d'affiches communistes         Ce livre présentant les affiches de propagande et de combat d'idées du PCF entre le congrès de Tours et 2011, documents parfois magnifiques contextualisés par le jeune historien, spécialiste du communisme français, Romain Ducoulombier, est moins bienveillant mais tout aussi instructif et plaisant à parcourir que le précédent.

L'introduction de l'auteur situe assez bien l'intérêt historique et esthétique de réunir et de commenter un siècle d'affiches du PCF: 'le Parti communiste en France est né d'une catastrophe et d'un espoir. Sorti des entrailles de la Grande Guerre, il est veillé dans ses premiers moments par la révolution d'Octobre. Lorsqu'il se constitue, en décembre 1920, le nouveau parti n'a, pour se construire, qu'un matériau idéologique épars qu'il doit rassembler. Il possède pour lui l'élan de la jeunesse et le fanatisme des nouveaux convertis, qui jettent alors les fondements de la tradition graphique la plus prolifique de l'histoire contemporaine de notre pays. C'est à son histoire que ce livre est consacré... Le Parti communiste a disposé, depuis ses origines, du dévouement assez désintéressé, il faut bien le dire, d'une panoplie d'artistes et de graphistes particulièrement talentueux. Le lecteur en retrouvera certains et en découvrira d'autres. C'est leur oeuvre qu'on va suivre, dans sa succession historique qui en dit long sur les changements et les organisations d'une organisation réputée monolithique. Entre Fougeron et Picasso, Grandjouan, Quarez ou le groupe Grapus, on pourra avoir ses préférences, mais ils ont, chacun à leur manière, modelé la face visible du parti. Ephémère, l'affiche est toujours référentielle: elle nous parle de quelque chose qui lui est extérieur et qui ne vise pas le beau de l'oeuvre d'art... Voilà ce qu'est l'affiche: un média politique de masse. Elle est née au début du XXe siècle, dans le milieu de la presse satiriste illustrée. La presse à grand tirage et le suffrage universel sont les deux conditions nécessaires à son existence, mais il est remarquable qu'elle soit apparue dans les marges du mouvement ouvrier. Cela s'explique: elle devait servir d'instrument d'éducation, d'élévation de la "conscience de classe" au degré suffisant de révolte. Mais elle doit aussi combattre, dénoncer ou mobiliser ponctuellement. Dès 1919, la droite l'a compris: pour les élections législatives, elle représente le bolchevik russe en "homme le couteau entre les dents", avec un  succès immense qui résonne sur tout le siècle. Les communistes, avec la colombe de Picasso, auront leur coup de génie. L'affiche est une arme de guerre psychologique dans un pays où la politique n'est jamais tendre. Ce n'est donc pas un hasard si elle atteint son apogée avec la guerre froide. L'image mobile et sonore de la télévision ne l'a pas encore supplantée".

Ce livre est surtout intéressant parce ce qu'il montre de l'évolution des combats et de la stratégie politique du PCF:

- A partir de 1923, le jeune parti des têtes brûlées pacifistes et idéalistes refusant l'opportunisme politicien des partisans socialistes de l'Union Sacrée, de plus en plus réformistes, mène des campagnes internationalistes et anti-impérialistes pour la libération des mutins de la Mer Noire (ayant refusé de combattre les révolutionnaires bolcheviks), la libération des prisonniers politiques incarcérés par les "russes blancs", contre le Traité de Versailles, l'esprit revanchard et l'occupation militaire de la Ruhr, contre les assassins coloniaux français du Maroc (guerre du Riff) et de la Syrie, pour la libération de Sacco et Vanzetti (1927). Le PCF assume une stratégie "classe contre classe", n'hésite pas à valoriser la dictature du prolétariat et sa lutte de libération armée. Il met les socialistes, il est vrai farouchement anti-communistes, dans le camp des serviteurs de la bourgeoisie à combattre. Grandjouan est le dessinateur le plus utilisé par le parti à ce moment là.

- Vers 1934, avec la stratégie du Front Populaire, il y a une nette inflexion. Le PCF cherche à réutiliser dans ses affiches des symboles nationaux oecuméniques (le drapeau tricolore, le bonnet phrygien des sans-culottes, Mirabeau). Il met au premier plan le combat pour la paix et contre le fascisme et le nazisme. Il met l'accent sur les revendications immédiates pour améliorer le sort des vieux, des ouvriers et des paysans, plutôt que sur les objectifs révolutionnaires.

- A la Libération, très logiquement, le PCF célèbre les héros et martyrs de la résistance (Rol-Tanguy et le Colonel Fabien entre autre), histoire de souligner la part prise par les communistes dans la libération nationale. Il souligne dans ses affiches les grandes conquêtes sociales de l'après-guerre (sécurité sociale, conventions collectives, congés payés, semaine de 40h), dix ans après celles du Front Populaire. Il encourage à participer à la bataille de la production et à l'effort de reconstruction du pays. A cette date, le PCF s'affirme publiquement comme un parti national, patriote, la pointe avancée et le coeur battant de la démocratie française.

- Avec le début de la Guerre Froide, dans les années 50, le PCF utilise sans nuances, en rappelant le souvenir des camps, du SS, et d'Oradour, quite à nourrir la germanophobie contre laquelle il luttait après la première guerre mondiale, les peurs compréhensibles liées à un réarmement allemand pour dénoncer le projet d'union militaire européenne sous le patronage des Etats-Unis. Il lutte farouchement au nom de la paix, mais déjà aussi dans une logique de guerre froide, pour dénoncer les crimes de guerre de l'impérialisme américain en Corée. Les Etats-Unis sont aussi accusés de vouloir coloniser la France et l'Europe avec la création de l'OTAN et leurs bases de lancement d'armes nucléaires.  Le PCF célèbre les anniversaires de Staline, de la mort de Lénine, de la révolution socialiste d'octobre. Il sait utiliser des mots d'ordre très rassembleurs, pour la Paix et la baisse des dépenses d'armement, pour l'école laïque, la retraite digne et décente des vieux, contre la vie chère, la corruption. Il adapte sa communication en fonction des publics ciblés: femmes actives, mères de famille, petits paysans.  

- Dans les années 60, le PCF plaide avec des photos et des dessins-chocs pour la paix en Algérie, contre l'OAS, contre l'installation de la Ve République et du pouvoir personnel du général de Gaulle, contre la guerre du Vietnam.  

- A partir des années 70 et 80, l'affiche du PCF intègre de plus en plus la photo, fait davantage appel à l'émotion et est d'une construction plus élaborée et toujours aussi inventive.

 

cadeau journal intime etienne Manach        

Les éditions Skol Vreizh de Morlaix ont déniché il y a quatre ans une pépite inconnue et inépuisable, le « Journal intime » d'Etienne Manach, récupéré dans des circonstances rocambolesques par la fille de l'ambassadeur de France en Chine de 1969 à 1975, Bérénice Manach.

Depuis quelques mois, je confesse que ces écrits d'une grande force littéraire d'un fort caractère épris d'amour, de beauté et d'action politique rendent beaucoup de mes soirées passionnantes et me rapprochent des passions complexes d'une époque tourmentée et grosse d'une nouvelle nuée d'orage, pour paraphraser Jaurès, celle qui va du milieu des années 20 à l'avant-guerre. Comme le premier tome du Journal Intime d'Etienne Manac'h, peu remarqué par les journalistes de la presse nationale malgré son intérêt historique extraordinaire et ses qualités littéraires peu communes, ne s'est vendu qu'à un peu plus de sept cent exemplaires, et que le second tome, parcourant les années de guerre jusqu'en 1951, a connu une moins bonne fortune éditoriale encore, je me permets de vanter avec chaleur ces ouvrages magnifiquement mis en page à l'attention des lecteurs intéressés par l'histoire du XXème siècle, les milieux intellectuels parisiens de l'entre-deux guerres, les ressorts intimes de l'engagement communiste, et l'écriture de soi.

Un journal intime, c'est un moyen de saisir les espoirs, les conflits et l'état d'esprit d'une époque sur un mode subjectif. En l'occurence, il s'agit d'une époque héroïque,  partagée entre un optimisme historique  porté par les succès des mobilisations sociales et l'histoire en marche à l'est, inquiétude vis à vis de la montée du fascisme et du national-socialisme, un grand dégoût  vis à vis de la société bourgeoise et de ses valeurs conventionnelles discréditées par la grande guerre, une époque qui allait basculer dans la tragédie.

Ce journal intime, c'est aussi le moyen d'appréhender la construction d'une personnalité qui fait le clair en elle, n'est pas dupe de ses mensonges, de ses cruautés, de ses passions, de saisir ses évolutions et ses constantes au contact des évènements intimes et historiques. Ces derniers sont toujours à l'arrière-plan: c'est la passion amoureuse, la description du quotidien, des personnes et des lieux, particulièrement en voyage, et la discussion avec soi qui occupe le devant de la scène.

Ce Journal Intime ne s'apparente ni à des Confessions, écrites pour se justifier, ni à des Mémoires, écrites pour glorifier son rôle historique ou analyser une suite d'évènements et une époque d'un point de vue particulier, dans une volonté de témoignage. Etienne Manach n'écrit pas sur lui, me semble t-il, pour se faire connaître, se mettre en scène, s'exhiber, se pourfendre ou se réhabiliter  devant des lecteurs. L'écriture est tantôt "un exutoire authentique à ses émotions les plus intimes" (introduction de Bérénice Manac'h), une catharsis qui lui permet de se soulager à déchargeant ses inquiétudes, ses souffrances, sa nostalgie, tantôt un moyen de s'élever lui-même en prenant conscience de ce qu'il est et de ce qu'il pourrait et devrait être, tantôt un moyen de vivre deux fois et de manière peut-être plus approfondie encore dans les mots que dans la vie le plaisir de désirer et d'aimer, tantôt un moyen de faire le clair en lui-même, un point d'épape sur ses sentiments et sa vie.

C'est toujours l'individualité singulière qui est mise en avant, sans orgueil excessif (Etienne ne prétend pas à l'unicité comme Jean-Jacques Rousseau), et non l'expérience de soi et le développement de ses pensées personnelles au travers d'un dialogue solitaire comme moyen d'approcher une sagesse et une connaissance de soi valable pour tous les hommes, comme dans les Essais de Montaigne.  

Ce Journal Intime répond aussi à une vocation littéraire ressentie dès l'adolescence par ce fou de lecture, à un besoin de s'exprimer, et de le faire avec un souci du style et de la beauté de la langue qui ne trouve pas forcément à se traduire dans l'écriture d'oeuvres romanesques tant la vie d'Etienne Manach fut, par volonté ou contrainte des circonstances, dédiée à l'action et à l'amour.     

Bérénice Manac'h a accompli un travail de fourmi pour trouver des photos correspondant aux relations et aux évènements décrits par son père et pour documenter les notices biographiques de tous les connaissances auxquelles il fait référence au jour le jour dans son journal intime. On découvre au travers de ces notes, d 'abord les personnalités obscures mais rayonnantes qui ont accompagné ses premières années à Plouigneau, puis les intellectuels (Barbuse, Merleau-Ponty, Vernant, Maitron) et militants politiques anti-fascistes, communistes français, espagnols, italiens, russes qui ont été les camarades de combat d'Etienne Manac'h pendant une dizaine d'années avant qu'il ne quitte le Parti Communiste suite au pacte germano-soviétique.

A l'entame du premier tome publié de ce journal intime, un gros volume de plus de six cent pages qui se lit comme un roman même si la réalité, passée au filtre d'une sensibilité extrêmement riche et d'un talent de conteur et de portraitiste, y est souvent plus surprenante et fascinante que dans bien des fictions historiques, Bérénice Manac'h présente sans complaisance excessive son père dans une très belle introduction dont je voudrais citer quelques passages tant ces lignes éclairent sur le sujet du livre tout en laissant entier le mystère de la personnalité de ce grand écrivain romantique méconnu, qui ne cesse lui-même de chercher à s'élucider à mesure qu'il s'étonne de ce qu'il est, doué pour la joie folle, l'action enthousiaste et le plaisir, mais rattrapé sans cesse aussi par la mélancolie, le sentiment de l'échec, de l'inachevé, de l'insincérité.

 

« Ce livre, écrit Bérénice Manac'h, reproduit les premiers cahiers du journal d'un jeune Breton à travers l'époque de l'entre-deux guerres. Arraché à sa Bretagne natale en pleine adolescence, épris de littérature et rêvant lui-même d'être écrivain, passionné et révolté par les remous politiques de son temps, aimant éperdument les femmes, il décrit sa vie intérieure, ses émotions, ses désespoirs. De ses nombreux voyages à travers l'Europe, il ne rapporte pas une analyse politique, mais un portrait vivant: il n'est pas le chroniqueur de son époque et le lecteur sera déçu s'il cherche une relation précise des évènements de ce temps. Il s'agit véritablement d'un journal intime, où l'auteur se livre à l'analyse de ses sentiments. Orgueilleux mais sensible, souvent de mauvaise foi, parfois cruel sans comprendre lui-même les forces qui le poussent, il cherche à se justifier à ses propres yeux lorsqu'il se trouve odieux. Solitaire, il n'a que les pages de son journal pour épancher son désarroi et sa douleur, avouer ses faiblesses. Le souvenir de sa chère Bretagne vient souvent le consoler lorsqu'il ne sait plus vers quoi tourner son cœur trop plein.

Etienne Manac'h, mon père, est né le 3 février 1910 dans un foyer très modeste du Trégor finistérien, dans le bourg de Plouigneau. Il était le second enfant d'une famille qui en comptera cinq. Sa mère, Françoise Colleter, était « tricoteuse ». Née en 1884, elle ne savait pas écrire, contrairement à ses frères et sœurs plus jeunes. Le père, Jean François Marie Manac'h, comme le grand-père paternel, tous deux maçons, écrivaient assez bien le français. Mais la langue parlée en famille était naturellement le breton et c'est seulement à l'école que le petit Etienne apprendra le français. En 1916, Jean François Marie Manac'h meurt en Champagne, quatre mois avant que son jeune frère ne soit tué à son tour à Verdun ».

 

Cette mort absurde et cruelle du père tué loin de chez lui, alors que Etienne avait tout juste six ans, a été déterminante dans la révolte du jeune homme face à la société bourgeoise, au militarisme, qui le conduira à adhérer au mouvement communiste après en avoir été longtemps un compagnon de route alors qu'il était étudiant. Âgé de 16 ans, alors qu'il écrit les premières pages de son journal intime lors de vacances en forme de pèlerinage nostalgique et douloureux à Plouigneau, Etienne évoque ainsi de manière poignante en imaginant ses pensées à l'aune de connaissances acquises par la suite les derniers moments qu'il a passés avec son père et que l'oubli ne lui a pas ravis:

« Le dernier souvenir que j'aie, concernant mon père, se place en pleine Grande Guerre, au début de 1916, alors qu'il était en permission de vingt jours au village. Ce fut sa dernière permission... Je vois papa, lisant, auprès de la fenêtre, les nouvelles du front, avec de légers hochements de tête. Dehors, c'est le soleil pâle d'une froide journée de janvier, une journée rude, sèche et comme sonore dans sa calme lucidité.

Papa lit...Il est en costume demi-militaire, une veste de soldat, un pantalon de civil, un képi à la visière presque cassée, de pacifiques pantoufles, un menton noir de barbe. Papa lit... Il fait bon dans la salle; la cheminée flamboie; là-bas, au front, on se bat. Il doit faire mauvais, en ce moment, à la Haute-Chevauchée là-bas, en Argonne! Terrible tout de même: deux ans de mitraille, de boue, de tranchées, de bombe, de morts, et pas encore fini! Du moins, s'il n'y avait pas d' »embusqués »! Pourquoi reste t-il chez lui, aussi, ce notaire? Quelle ironie! Est-ce pour régler le testament de ceux qui tombent, là-bas, au froid, parmi les croix de bois? Terrible tout de même! Ce qu'il doit faire noir, sous les nuages de l'Argonne! … Tiens! Voilà la cloche du village qui sonne! C'est sans doute un baptême... Ah! les pauvres copains, ce qu'ils doivent mourir à cette heure! Ont-ils changé de tranchées? Oh! Ces embusqués...! Tout de même, ce qu'il fait bon ici parmi la tendresse des enfants et du village... Voilà la soupe qui chante dans la marmite! Comme ça sent bon!... Qu'est-ce qu'ils doivent manger, à c'te heure, là-bas, en Argonne, les pauvres copains! C'est terrible tout de même!

Soudain entrent dans la maison deux graves personnages, vêtus de noir. Le maire, le secrétaire de mairie! Pendant que mon père parlemente avec eux, j'opère une prudente retraite vers ma maire: c'est peut-être pour nous arrêter qu'on vient! Mais non! Papa vient vers nous en souriant, donne quelques graves explications à maman, auxquelles je ne comprends rien; puis il court dans la pièce contiguë, en revient cinq minutes après avec son resplendissant uniforme bleu horizon et sort enfin, encadré des deux mêmes personnages graves et noirs.

Pour moi, je m'empresse aussitôt de réclamer à maman des explications. « Ton père, me dit maman en m'embrassant, ton père va tenir le drapeau, pendant que l'on va décorer de la Légion d'honneur un soldat mutilé en face de la mairie ». Je bondis. « Viens donc, criai-je à mon frère Edouard, viens donc! Viens vite voir papa, le drapeau et la légion d'honneur! » Quelle joie! Nous partîmes tous deux en chantant, dans la rue du bourg, bras dessus, bras dessous .(…)

Une semaine plus tard, papa s'en alla de nouveau en Champagne. Nous allâmes tous le conduire jusqu'à mi-chemin de la gare, à travers le bois dans les feuilles jaunies, écrasées par terre en humus, exhalaient encore les senteurs fades et mouillées de l'automne dernier. Papa nous quitte en nous embrassant avec une insouciance affectée, mais, au fond du cœur, avec une angoisse mortelle. Nous montâmes sur un talus de coudriers assez proche de la voie ferrée et lorsque le train passa nous fîmes nos derniers adieux. « Je reviendrai bientôt! » nous cria-t-il.

...Il ne revint que trois ans plus tard, lorsque les trains remportèrent du Nord les convois de cercueils. Je vis quelques os, parmi lesquels trois tibias, et un peu de poussière puante. C'était tout ce qui restait de toute une vie, de tout un cœur vibrant d'amour et de courage et de toute une âme saintement passionnée de l'honneur ».

 

Ces « restes » du père, c'est la mère d'Etienne elle-même, son frère et ses enfants qui sont allés les chercher en Champagne à l'automne 1920, en passant par Paris, sa future résidence qu'Etienne découvrit ainsi en de sinistres circonstances. Etienne raconte à seize ans en une page de désolation hallucinée ce cheminement vers le lieu symbolisant toutes les douleurs de sa jeune vie:

« Nous prîmes le train à la gare de l'Est et nous arrivâmes à Châlons-sur-Marne à deux heures du matin où nous attendîmes quatre ou cinq heures un train de correspondance, dans une salle d'attente encombrée de soldats ivres. Puis nous continuâmes notre route et je me penchai à la portière, au vent froid du matin d'automne. Je revois encore en idée le paysage en ruines, morne, les murs à demi-écroulés, des maisons percées de trous, et, par endroits, dans la plaine désolée, de grands troupeaux de moutons. Ça et là, de petits cimetières blancs, avec des drapeaux tricolores et allemands, et des milliers de petites croix de bois.

A Somme-Suippe, nous descendîmes. Une seule maison restait encore debout, à proximité de la gare: c'était un restaurant, où nous entrâmes tout glacés, pour boire une tasse de café et demander le chemin de Croix. Plus d'une heure à pied par une large route à peu près déserte, défoncée, aux talus encombrés de fils et de poteaux de télégraphe. Par malheur, une averse nous surprit en chemin, une lourde pluie d'automne qui eut tôt fait de détremper le sol... Nous nous réfugiâmes, à la suite de mon oncle, dans une sape profonde qui menaçait ruine, et nous attendîmes là la fin de l'ondée, grelottants de froid... Nous attendîmes une demi-heure, une heure, puis, comme la pluie persistait à tomber, nous résolûmes d'avancer coûte que coûte: le ciel était sombre, orageux. La terre, argileuse, collait à nos pieds et rendait la marche extrêmement pénible. Autour de nous, de tous côtés, la plaine était inculte, sans arbres, sans buissons, creusée par endroits seulement par les obus; ça et là des vestiges de camps: des tranchées, des sapes, d'immenses réservoirs d'eau, cylindriques, un inextricable fouillis de fils de fers barbelés... C'était cela la guerre!

A Croix, ruisselants de pluie, nous trouvâmes, dès l'entrée du bourg, un refuge dans l'église, dont la toiture en partie effondrée laissait voir un coin de ciel noir. Une statue de la Vierge, décapitée, gisait dans une encoignure et cette retraite était toute pleine d'un silence froid et apaisant.

Le cimetière, où le maire du village nous conduisit aussitôt pendant une éclaircie, était un vaste fouillis de tombes, une forêt de grossières croix blanches. Rien n'est funèbre comme ce petit cimetière de campagne sous le vent claquant de l'automne: un sol boueux, blanchâtre, la sale craie de Champagne, molle et glissante; des ruisselets d'eau courant de toutes parts; pas le moindre gazon. Rien que quelques centaines de tertres où gisent dans la boue les os épars de quelques inconnus, avec une étiquette, une plaque de zinc avec un nom écrit en pointillé, patiemment autrefois, avec une pointe; au-dessus de ce champ lugubre, au sommet d'une perche, un vaste drapeau pendant, et les croix, dans le brouillard qui s'étend peu à peu laissant tomber des gouttes d'eau, comme des larmes... Et nous avons cherché la tombe, prenant chacun une file, nous penchant, pour lire sur chaque croix, le nom du soldat enseveli. Et nous l'avons trouvée enfin, dans un coin, cette tombe que nous étions venus chercher de si loin, un tertre de sable lavé, à demi-dispersé dans la pluie; un vieux bouquet de fleurs artificielles et fanées, mis dans une boîte près de la croix, et c'est tout. Mais qui donc a mis ce bouquet? Quel ami inconnu?

Et nous sommes tombés à genoux dans la boue, d'un seul mouvement, pour prier Dieu et pleurer... ».

 

De Dieu, il n'en sera bientôt plus question pour Etienne. Un vicaire de Plouigneau, M. Pape, avait pris Etienne en affection, lui qui lui paraissait déjà intelligent à huit ans et sensible aux livres comme aux choses spirituelles. Etienne dut à des causes triviales et à l'obstination de son instituteur laïque qui avait su, lui aussi, reconnaître les promesses de ce jeune esprit de n'avoir pas eu à quitter l'école publique de Plouigneau pour se former en tant que futur prêtre, carrière ouverte à bien des enfants pauvres forts en thème, au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon. « Après deux ans de... vaines contemplations, écrit-il jeune adulte au scepticisme et l'athéisme déjà bien enracinés, après deux ans de vie irréelle et intérieure, après avoir promené longtemps sous la nef et près de l'autel mon innocence d'enfant de chœur, marchant dans l'ombre du prêtre, vêtu de ma soutane bleue et de mon surplis blanc aux larges manches, après tout cela, je me sentis vaincu, lié, plongé pour jamais dans la molle apathie de l'adoration perpétuelle; j'étais mûr pour l'oubli du monde et du réel, et pour la poursuite toujours inassouvie de l'intangible au-delà. Le vicaire avait su réduire mon cœur malléable par le charme, la magique incantation du rêve, de la poésie, de la nature. Pourquoi ne suis-je pas aujourd'hui prêtre? M. Pape voulut me mener aux collèges des jésuites de Saint-Pol-de-Léon. L'instituteur s'y opposa et me fit passer l'examen des bourses pour le collège municipal de Morlaix. Ma mère mettait en tous mes protecteurs une confiance aveugle et tacite. Pour moi, j'étais trop jeune, trop insouciant, et j'avais coutume de me laisser mener. J'eusse certainement préféré faire mes études à Saint-Pol-de-Léon, mais, à cause des soucis matériels, le laïc l'emporta sur l'ecclésiastique ».

 

Grâce à la confirmation de ses dons scolaires, Etienne est repéré par son directeur d'école de Plouigneau M. Le Fur et commence l'Ecole primaire supérieure de Kernégues à Morlaix (le futur lycée Tristan Corbière) pour préparer l'Ecole Normale de Quimper. Il passe trois années d'internat au collège de Morlaix.

A l'été 1925, sa mère quitte définitivement Plouigneau pour rejoindre son fils aîné, le frère d'Etienne, déjà installé à Paris. La famille comme beaucoup de Bretons s'installe dans le quartier de la gare Montparnasse et Etienne sera scolarisé parmi les bourgeois dans l'établissement d'élite du lycée Buffon. C'est là qu'il fait sa première éducation politique, en méditant sur sa différence d'enfant du peuple au milieu des héritiers. Tenant son journal quasiment au jour le jour, il écrit à 18 ans: " Au lycée, je ne suis guère dans mon "milieu". Je suis seul, cuirassé dans une solitude amère, contre la raillerie, les cris, la continuelle expansion fétide des vices, le bourdonnement confus des craintes, des désirs et des passions morbides. Seul, à quoi bon lutter? Je sens la raison gronder impérieusement en moi, mais, par malheur, mes poings n'ont pas le droit d'obéir à ma raison. A quoi bon chercher à me venger? La vengeance me paraît lâche et m'est odieuse... Le mépris froid est plus beau." 

 Une semaine plus tard, ce sentiment d'humiliation se décline politiquement sous la forme d'une aspiration plus nette à l'égalité: "J'ai lu La Bruyère, voluptueusement allongé sur des coussins, plongé dans une douceur délicieuse à la lecture des fines remarques du moraliste. J'ai évoqué, à grands traits, la figure froide et sereine du penseur, qui a su glaner ses pensées au crépuscule d'un siècle merveilleux, qui a pénétré habilement les dessous de la société, qui a démasqué les financiers, "âmes pétries de boue et d'ordures", les "grands", insolents et vains, et qui a vu avec effroi, par-dessus les murs de paris, "répandus par la campagne, certains animaux farouches, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible" et "qui sont des hommes". Depuis ce temps, la grande roue de l'égalité a continué à rouler, lentement, inexorablement; elle a roulé sur des gens, des choses, des traditions, des cultes, des superstitions; et, calme, la formidable meule avance toujours, incoercible, férocement muette, sans entendre les cris de désespoir ou de rage, écrasant toujours sur son passage les rêves, les vaines fictions, la fausseté et le mal, l'hydre hurlante aux cent bras". 

 

Orgueilleux de caractère, rêveur, mélancolique, tourmenté, secret, mystérieux et impérieux,  Etienne lit beaucoup, avec passion, découvre la musique avec les débuts de la TSF, s'initie au combat ouvrier communiste avec les pièces de théâtre militante d'Upton Sinclair. Son modèle en révolte contre l'iniquité, les faux-semblants et en intégrité morale est Rousseau, qu'il ne supporte pas de voir raillé par des professeurs persifleurs faisant de l'esprit à bon compte: "Aujourd'hui, M.Rolland m'a mis dans l'indignation. Il faisait le cours sur Rousseau et il n'a cessé de raillé Jean-Jacques d'un bout à l'autre: mes camarades ont naturellement ri avec une certaine suffisance et un mépris hantain du pauvre fils d'horloger. Moi, j'ai mis ma tête dans mes mains et, à la barbe de M. Rolland, j'ai lu "La Nouvelle Héloïse" pour ne pas l'écouter. Pour finir, il s'est demandé si Rousseau est le futur, s'il est l'homme de demain. Et pourquoi pas? Les élections législatives, qui font tant de bruit ces jours-ci, ont donné plus d'un million de voix aux communistes. Le géant marche" . (27 avril 1928).

Les sympathies communistes de Etienne sont nourries, en dehors de l'expérience intime et douloureuse du clivage de classes, par le souvenir de la boucherie de 14-18, de la mort absurde de son père, qui font de lui un anti-militariste convaincu: " Pour moi, je ne demande qu'à ne pas être soldat. L'uniforme me déplaît car il "faut" le porter, car il faut obéir, car il faut accomplir un geste qui vient d'un autre, un geste machinal, odieux. Oh! le beau mépris que je me promets d'avoir pour toutes ces entités belliqueuses, restes d'une "Iliade" en décomposition, monde pourri vivant sur un monde suant, sanglant de pauvres! Je porterai mon fusil sur l'épaule, intact à jamais de poudre malgré les ordres, vinssent-ils même d'un général! Moi tuer, dont le père a été tué! Ironie! Moi avoir de la haine pour ceux qui ont tué mon père! Non! C'est un combat! Pour avoir la paix, il faut que l'un cesse d'abord et je me sens assez plein d'humanité pôur être celui-là! " (1er mai 1928). 

 

A l'été 1928, comme chaque année pendant les grandes vacances, Etienne retrouve la Bretagne, son paradis perdu de Plouigneau où il aide au battage, dont il décrit magnifiquement les journées et retrouvailles familiales, et découvre l'amour charnel.

En 1929, il rentre en classe préparatoire à Louis-le-Grand, se fait arrêté pour la première fois pour participation à une manifestation internationaliste et pacifiste organisée par le Parti Communiste. Il professe l'anticolonialisme à ses camarades, se laisse éblouir par le poète martiniquais René Maran, précurseur de la négritude et de l'anticolonialisme: "Que tout se rebelle! Que l'Inde saute! Que l'Indochine se secoue! ... Les Algériens doivent être des citoyens français"? (21 décembre 1929).

Il voue un amour inquiet, douloureux et inquisiteur à une jeune parisienne d'origine bretonne, Jeanne, avec laquelle il lui est très difficile d'aller plus loin que les déclarations platoniques. "J'ai le coeur en sang, écrit-il le 30 novembre 1929. J'ai maintenant une haine atroce pour moi-même, si faible. Mes vingt ans morbides, rongés de fièvres et de veilles. Je voudrais aller, venir, m'anéantir dans d'immenses espaces, laisser vivre mes sens, et laisser s'apaiser le feu de ma cervelle. La vie de la ville me sera funeste. Je suis rompu. Car j'ai la solitude qui m'est fatale. Nous traduisons Sénèque: la solitude es mauvaise. Libidinem irritat. (...)". (30 novembre 1929). "Fou, triple fou que je suis! Cruel et malhonnête, maladif, le coeur plein d'amour et ne montrant que la méchanceté pour ceux que j'aime! Je m'étonne aujourd'hui de mes vices. D'ailleurs, c'est toujours mon corps qui me conduit, mon pauvre corps torturé, fatigué, plein de désirs qu'il se refuse à assouvir, impatient. Jeanne répondra t-elle?" (fin décembre 1929).   

En 1930, Etienne connaît enfin la joie dans la vie en s'eprenant d'une jolie communiste tchèque aux cheveux courts, indépendante et nullement farouche, Véra Prokopova, à qui il fait découvrir Paris. Pendant un peu moins de deux ans, il va vivre une passion tumultueuse et un peu dyssimétrique avec cette danseuse sensible qui est plus âgée que lui et a connu déjà plusieurs aventures. Elle finira par le quitter pour un amant tchèque alors qu'il est retenu par l'enseignement de la philosophie à Beauvais (avec pour collègue Merleau-Ponty).  Etienne se remettra très difficilement de son abandon par Véra, avec qui il continuera longtemps à entretenir une correspondance pleine de reproches et d'amour contrarié, et il se conduira avec ses différentes futures compagnes avec une cruauté semblable à celle qu'il a lui-même ressenti avec la "trahison" de Véra.

En 1933, Etienne visite pour la première fois l'URSS avec Jean Maitron et raconte par le menu son voyage. Il n'est pas très critique sur ce pays neuf qu'il aime immédiatement pour lui-même et ses habitants et où il voit le monde égalitaire et rationnel de demain en voie de construction mais sa curiosité et sa sociabilité lui font discutter avec les gens et, de fait, il est forcé de remarquer que l'opulence est loin de régner, et que la misère et la famine guettent l'Ukraine en particulier. La peur de la police politique domine aussi, Etienne ne peut qu'y prêter attention.

"Une jeune femme conduit ses deux enfants à l'église. Elle parle français. M. et moi sommes restés un peu à l'écart avec elle et nous avons parlé. Elle était plus heureuse avant la révolution, dit-elle. Elle est dactylographe et gagne 140 R. Son mari est ingénieur à 350 R. Et elle prétend vivre pauvrement. Quelle vie menait-elle donc avant la révolution? Sans doute, d'ancienne famille bourgeoise. Qu'elle sache le français est déjà un signe. En Ukraine, les choses vont mal: beaucoup de morts de misère l'an dernier. Il n'y a pas assez de pain pour les coopératives. Mais, nous dit-elle, cette année la récolte sera bonne et le pain sera à 45 Kc. Pendant que nous parlons, une amie qui l'accompagne s'impatiente, la tire par le bras. Visiblement, elle a peur de nous et fait des efforts pour entraîner son amie. Nous lui avons donné rendez-vous pour ce soir à 16h, rue (...). Elle n'est pas venue. Elle a eu peur du Parti et du GPU. C'est elle aussi qui nous a dit que la famille de la servante est en partie morte, de famine et de misère".  (Kiev en Ukraine, 24 août 1933). Le constat de la misère et de la répression n'ébranle pourtant pas la confiance de Etienne dans le bien-fondé des mesures d'embrigadement et de rééducation idéologique de la population: "Notes: 80000 enfants organisés dans les pionniers. Effort pour embrigader les petits mendiants, les loqueteux, les petits enfants nu-pieds qui vendent des cigarettes. Leur donner la joie, l'amour de l'organisation collective. Ici encore, parmi les enfants de la fête, beaucoup marchaient nu-pieds, mais la majorité est déjà entraînée dans une vie nouvelle qui leur permettra de se donner à leur mesure, de se développer progressivement selon leurs aptitudes".

On ne fait pas de révolution, de société nouvelle, avec des bons sentiments et des scrupules philanthropiques, mais avec des mesures énergiques...

 

Au retour de l'URSS, Etienne Manac'h s'arrête à Berlin en 1933 où il va retrouver Eva, une guide communiste allemande, avec qui il a mission d'envoyer des messages aux communistes disséminés dans la clandestinité pour transmettre des informations ( en particulier sur leurs camarades en camp de concentration) et des directives.    

 

Puis, au mois de septembre, avec Lucienne, sa nouvelle amante parisienne, toujours missionné probablement par l'Internationale, il gagne Barcelone en pleine ébullition politique, en proie à l'agitation anarchiste qui fait anticiper une révolution prochaine: la CNT exerce alors son influence sur un million de membres. Le couple sympathise très vite avec José Balaguer, un cadre, cultivé et bon vivant, du Parti Communiste de Maurin. Les pages sur le mois passé à Barcelone sont passionnantes historiquement - comme celles sur la découverte de l'Allemagne nazie- et magnifiques d'un point de vue littéraire. Aux vacances de Noël 1933-1934, Etienne Manac'h retourne en Allemagne nazie. Pour quoi faire? :

"1°) Faire parvenir à Berlin, aux membres d'une cellule du PC, des documents, huit rouleaux de photo-films; quelques centaines de petites pellicules, filmant des colonnes de journaux communistes allemands de l'immigration (Rundschau, etc.)

2°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que la militante communiste Marie Zielke, parente du député au Riechstag, Koenen, sorte de la prison hitlérienne et, pour cela, voir de nombreuses personnes influentes.

3°) Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour ramener de Berlin à Paris le fils de "Ulrich", secrétaire pour l'Europe centrale du Comité mondial contre le fascisme.

4°) Rapporter de l'argent pour Frieda Bohm et un artiste de cinéma, M. Otten, ami et collaborateur de Pabst...".  

 

Etienne passe le nouvel an à Berlin en compagnie d'une connaissance française et de son amie allemande, qu'il décrit admirablement avec un sens de la formule laconique et un cynisme certain, non dénué de misogynie: "C'est un pauvre amour. Peut-être aussi la rudesse de Jean, sa franchise un peu grosse lui déplaisent. Elle est fort surveillée par ses parents, une tante en particulier qui lit toutes ses lettres. Aucun abandon ne serait excusé de sa part si ce n'était celui qui accompagne le mariage. Le père, sorte d'ouvrier des postes, est hitlérien; Théa sympathise fort. Hitler est bon; il a donné du travail aux ouvriers, et il ne veut nullement la guerre; il a relevé l'Allemagne. Théa est maigrement payée: 50 M par mois, et Elli à peine 80. Voilà du bon gibier pour l'hitlérisme. Ces jeunes filles aiment la parade, le café chic, où l'on peut un jour, par chance, trouver un mari nanti d'une profession potable, les promenades en automobile, etc. Ces pauvres petites ouvrières ne sont faites, psychologiquement, que d'une tendance désespérée vers la bourgeoisie. Besoin de parvenir. Et comment? Par l'homme. Leur deuxième trait psychologique, c'est celui du crochet lancé au premier coeur bénévole. Tout le charme puéril de la blonde Théa en est obscurci". 

 

En août 1934, Etienne retourne à Berlin, à nouveau missionné, puis gagne l'URSS pour son second voyage à l'occasion duquel il tombe amoureux d'une guide touristique de Leningrad, Alissa, et fréquente un couple de communistes italiens exilés, Nella et Emilio. Nella deviendra quelques années après sa femme à Istambul (il se marie avec elle en 1943) : c'est la mère de Bérénice Manac'h. Etienne rompt avec le Parti Communiste quelques années plus tard, au moment du Pacte Germano-Soviétique et de l'invasion de la Pologne, mais, toujours engagé et anti-fasciste convaincu, il travaille pendant la guerre au côté de la France Libre et du général de Gaulle dont il devient le délégué auprès de la Turquie et des pays balkaniques.

 

Je rendrai compte du deuxième tome de son Journal Intime, journal des années de guerre et de diplomatie, dans un article postérieur et j'espère que ce compte-rendu déjà trop long et pourtant incomplet donnera envie de découvrir cette personnalité et cet écrit d'une valeur exceptionnelle.                    

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 17:38
Lettre de Philippe à Gérard
Tu ne veux plus être français…? Tu quittes le navire France en pleine tempête ? Tu vends tes biens et tu pars avec ton magot dans un pays voisin aux cieux plus cléments pour les riches comme toi ? Evidemment, on cogne sur toi plus aisément que sur Bernard Arnault ou les héritiers Peugeot… C’est normal, tu es un comédien, et un comédien même riche comme toi pèse moins lourd ! Avec toi, on peut rattraper le silence gêné dont on a fait preuve pour les autres… C’est la nature de cette gauche un peu emmerdée d’être de gauche.
 
Mais Gérard, tu pensais qu’on allait approuver ? Tu t’attendais à quoi ? Une médaille ? Un césar d’honneur remis par Bercy ? Tu pensais que des pétitions de soutien de Français au RSA allaient fleurir un peu partout sur la Toile ? Que des associations caritatives allaient décrocher leur abbé Pierre, leur Coluche encadrés pour mettre ta tronche sous le plexi ? Le Premier ministre juge ton comportement minable, mais toi, tu le juges comment ? Héroïque ? Civique ? Citoyen ? Altruiste ? Dis-nous, on aimerait savoir…
Le Gérard «national», le rebelle de Châteauroux, le celui qui, s’il n’avait pas rencontré le cinéma, serait en taule à l’heure qu’il est comme tu le disais, le poète de l’écran la rose à la main quand ça devait faire bien d’en avoir une, qui nous sort un «c’est celui qui le dit qui y est»… Tu prends la mouche pour un petit mot et tu en appelles au respect, comme le fayot dans la cour de récré… Tu en appelles à tes gentils potes de droite pour que le grand méchant de gauche arrête de t’embêter… Tu voudrais avoir l’exil fiscal peinard, qu’on te laisse avoir le beurre et l’argent du beurre et le cul de la crémière qui tient le cinéma français… Tu voudrais qu’on te laisse t’empiffrer tranquille avec ton pinard, tes poulets, tes conserves, tes cars-loges, tes cantines, tes restos, tes bars, etc.
 
Et nous faire croire en tournant avec Delépine qu’un cœur social vibre encore derrière les excès et les turpitudes de l’homme… Nous faire avaler à coups de «han» de porteur d’eau que tu sèmes dans tes répliques trop longues, que l’homme poète, l’homme blessé, l’artiste est encore là en dépit des apparences… Le problème, Gérard, c’est que tes sorties de route vont toujours dans le même fossé : celui du «je pense qu’à ma gueule», celui du fric, des copains dictateurs, du pet foireux et de la miction aérienne, celui des saillies ultralibérales…
Tout le monde ne peut pas avoir l’auréole d’un Rimbaud qui, malgré ses trafics d’armes, fut et restera un poète… à jamais. Toi, tu resteras comme un type qui a fait une belle opération financière sur le cinéma français, un coup de Bourse, une OPA… Tu as transformé tes interprétations les plus réussies en stratégie de défiscalisation. Il doit y en avoir un florilège de répliques que tu as jouées et qui résonnent bizarrement maintenant !
Des répliques de poète, d’homme au grand cœur, d’yeux grands ouverts sur la misère du monde, orphelines de pensée et violées par leur interprète, parce que l’homme a les rognons couverts, mais l’acteur a fait faillite… L’homme est devenu riche mais sa fortune lui a pété à la gueule. Tu sais, ces gros pets foireux dont tu te vantes et que tu lâches sur les tournages en répondant à tes 12 téléphones au lieu de bosser ?
Tu votes pour qui tu veux, et tu fais ce que tu veux d’ailleurs, mais ferme-la, prends ton oseille et tire-toi, ne demande pas le respect, pas toi ! Sors de scène, Montfleury, «ce silène si ventru que son doigt n’atteint pas son nombril !» Et puisqu’on est dans Cyrano, te rappelles-tu de cette réplique, mon collègue, qu’il adressait à De Guiche sauvant sa peau au combat en s’étant débarrassé de son écharpe blanche ? Il demande à Cyrano ce qu’il pense de sa ruse et ce dernier lui répond… «On n’abdique pas l’honneur d’être une cible.» Tu t’en souviens ? Tu devrais… En ce temps-là, tu apprenais ton texte…
On va se démerder sans toi pour faire de ce pays un territoire où l’on peut encore, malgré la crise, se soigner correctement, où l’on peut accéder à la culture quelle que soit sa fortune, où l’on peut faire des films et monter des spectacles grâce à des subventions obtenues en prélevant l’impôt… Un pays que tu quittes au moment où l’on a besoin de toutes les forces, en plein siège d’Arras, sous les yeux des cadets médusés… Adieu.
Philippe Torreton - COMEDIEN "

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 13:49

En lien avec ce sujet brûlant, cette déclaration de l'association ATTAC, que je trouve intéressante:

 

Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ?
Le départ en exil fiscal d’Obélix-Gérard Depardieu suscite une légitime levée de boucliers. Mais la polémique entretenue par les déclarations du Premier ministre et du ministre du Travail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclaircissements attendus concernant l’affaire du compte suisse du ministre du budget, Jérôme Cahuzac, révélée par Médiapart ? En tout cas la polémique ne saurait dédouaner les autorités françaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fiscale. Attac propose cinq mesures clés qui permettraient à la France de rétablir sa crédibilité dans ce domaine.
 
Après l’affaire Woerth-Bettencourt, les soupçons qui pèsent sur le ministre du Budget Jérôme Cahuzac concernant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nouveau la crédibilité de l’administration fiscale à son plus haut niveau. Pour montrer sa réelle détermination dans ce domaine la France doit sans délai  :
- établir une liste crédible des paradis fiscaux, en lien avec les associations spécialisées
-  exiger la communication de l'identité de tous les ressortissants français détenteurs de comptes dans les paradis fiscaux, à commencer par la Suisse : l'administration des États-Unis l'a imposé à UBS en 2010, démontrant qu'il suffit d'une volonté politique. 
- donner 12 mois aux banques opérant en France pour fermer leurs filiales dans ces territoires, sous menace de retrait de la licence bancaire. Selon l'étude de référence du CCFD-Terre Solidaire, les banques françaises ont 527 filiales dans les paradis fiscaux dont 360 pour la seule BNP Paribas !
embaucher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fiscal pour renforcer les 5000 vérificateurs actuellement en poste: chacun d'entre eux rapporte 2,3 millions d'euros par an à l'Etat grâce aux redressements fiscaux opérés, soit 40 fois le montant de son traitement !
- s'engager fortement auprès des organisations internationales (OCDE, G20...) en faveur du "reporting par pays"[1] pour les multinationales, seul outil efficace pour lutter contre l'évasion fiscale qui permet à Total ou Google de ne payer quasiment aucun impôt sur les bénéfices.

[1] Le reporting par pays oblige les multinationales à rendre transparents le volume d’activité économique réelle, les profits et les impôts qu’elles payent dans chacun des pays où elles sont implantées. Il limite fortement les possibilités d’évasion fiscale.
Attac France, Paris, le 17 décembre 2012



 

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