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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 06:36
Retraites des chômeurs : d’une précarité à l’autre
 
Arguant de l’allongement de la durée de vie et de la nécessité de sauver le financement des retraites par répartition, le Premier Ministre a présenté le 27 août un projet de réforme dont le poids reposera une fois de plus sur les salariés et, doublement, sur les chômeurs.  
 
La future réforme prévoit l’allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein : c’est la double peine pour les chômeurs et précaires. Leurs revenus, insuffisants et marqués par la précarité du travail seront encore dégradés à la retraite.
 
 Le nombre de retraités sexagénaires occupant un emploi a doublé depuis 2006. 50% d’entre eux déclarent travailler car leur retraite « ne suffit pas pour vivre.»  Qu’en sera-t-il des chômeurs qui ne cotisent pas leurs trimestres ? Voire, s’ils sont allocataires du RSA, qui les perdent purement et simplement ?
 
Allonger la durée de cotisation, c’est nier que l’espérance de vie en bonne santé se dégrade en France, notamment pour les femmes, les personnes les moins qualifiées et les précaires. Cette tendance n’est pas prête de s’inverser, alors que l’on poussera toujours plus de personnes dans la précarité, et que les plus âgés seront forcés de trouver une activité rémunérée – si activité il y a – pour améliorer le quotidien, et sous réserve d’avoir le droit de cumuler des revenus du travail avec une pension de retraite, ce dont sont exclus aujourd’hui les allocataires de l’ASPA. 
 
Allonger la durée de cotisation, c’est favoriser le chômage des seniors, qui, n’ayant pas cotisé assez, devront survivre grâce aux minima sociaux et aux petits boulots. C’est remplacer le déficit des retraites par le déficit de l’UNEDIC et des caisses de solidarité.
 
Nous dénonçons cette réforme qui créera toujours plus de précarité. Nous exigeons que nos propositions soient prises en compte, seules à même de garantir une retraite décente pour tous :
  • Le retour du calcul des pensions sur les 10 meilleures années et non plus sur les 25 comme actuellement. Ainsi serait mieux pris en compte le caractère discontinu des carrières, ce qui garantirait plus d’égalité des citoyens devant la retraite ;
  • Le financement des retraites assis sur la valeur ajoutée des entreprises mise alors à contribution, et non sur la seule masse salariale;
  • Le prolongement de l'indemnisation des chômeurs âgés de plus de 58 ans jusqu'à l'obtention d'une retraite à taux plein, avec le rétablissement de l’Allocation Equivalent Retraite (AER) et de la Dispense de Recherche d’Emploi (DRE) ;
  • L’augmentation de l’ASPA ;
  • L’individualisation et l’égalité des droits pour tous les retraités.
Nous manifesterons donc le 10 septembre avec tous ceux qui veulent une autre réforme des retraites, qui soit à la hauteur des défis qui se posent à notre société.  
 
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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 16:32

Sondage exclusif CSA pour l’Humanité : 8 Français sur 10 inquiets quant à leur retraite.

 

C’est le nombre de Français qui se disent inquiets pour leur retraite.

Tel est l’enseignement d’un sondage exclusif réalisé par l’institut CSA pour l’Humanité à découvrir dans l'édition du lundi 9 septembre. Si certaines mesures bénéficient du soutien d’une majorité, la réforme gouvernementale est loin de convaincre les esprits, à la veille de la grande mobilisation syndicale.

Une fois de plus, ce sondage montre combien les Français sont sceptiques vis-à-vis de cette réforme, qui sera au cœur de la journée d’action organisée mardi 10 septembre par la CGT, FO, la FSU et Solidaires.

 

D’ailleurs, 42 % des Français expriment leur soutien ou leur sympathie à l’égard de ce mouvement. Un soutien plus élevé à gauche (52 %) et notamment de la part des sympathisants du Front de Gauche (75 %) que parmi ceux de droite (26 %).

 

SONDAGE EXCLUSIF : 61% des Français approuvent la manifestation contre la réforme des retraites

 

Interrogés par OpinionWay dans le cadre du baromètre metronews-Clai-LCI, les Français jugent à 61% que la journée nationale d'action contre la réforme des retraites, à laquelle plusieurs organisations syndicales appellent mardi, est justifiée.

En mettant sur pieds sa réforme des retraites, le gouvernement a soigneusement évité les mesures susceptibles de cristalliser les mécontentements et de déclencher un vaste mouvement social. Mais son texte pourrait bien de ne pas passer comme une lettre à la poste.

Interrogés par OpinionWay sur leur soutien à la mobilisation de mardi, à laquelle appellent plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU, Solidaires) appellent, les Français sont 61% à considérer ce mouvement comme justifié - pour 27% il l'est "tout à fait", pour 34% "plutôt", contre 39% qui jugent le contraire, 25% répondent "plutôt pas", et 14% "pas du tout".

L'épreuve de la rue s'annonce donc tendue pour le projet de loi, qui sera présenté en conseil des ministres le 18 septembre.

"Un risque très clair" "C'est un soutien supérieur à celui que nous enregistrions avant les grandes manifestations contre la réforme Fillon de 2010", souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay.

Pour le politologue, "il y a un risque très clair pour François Hollande de mécontenter fortement sur ce sujet, en particulier sa base électorale qui y est sensible".

 

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 13:21
Impôts : la contre-révolution conservatrice de Moscovici (Mediapart)
05 septembre 2013 | Par Laurent Mauduit - Mediapart.fr

C’est vraiment une politique fiscale injuste que dévoile, jour après jour, le gouvernement socialiste. Tournant le dos à la grande réforme promise pendant la campagne présidentielle pour instiller un peu d’équité dans un système qui, au fil des ans, est devenu gravement inégalitaire et avantage surtout les hauts revenus, les ministres des finances et du budget, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, ont à l’évidence une stratégie cachée. Annonçant au compte-gouttes leurs mesures nouvelles pour 2014, ils préparent, mais sans le dire publiquement, un immense transfert de charges à l’avantage des entreprises, y compris des plus grandes, et au détriment des contribuables, y compris les plus modestes. En somme, en lieu et place de la « révolution fiscale » promise par François Hollande, c’est une contre-réforme qui prend forme. Et qui plus est, dans les pires des conditions, car le gouvernement ne joue pas cartes sur table et n’affiche pas clairement ses intentions. Disons-le brutalement : il y a même une part de duperie dans la façon dont les dernières mesures ont été annoncées.

Revoyons en effet le film fiscal auquel nous avons assisté depuis l’alternance, et celui qui s’est brutalement accéléré depuis le milieu de l’été.

D’abord, il y a eu la phase I, si l’on peut dire : sitôt installés aux commandes, au lendemain de l’élection présidentielle, les socialistes ont immédiatement oublié qu’ils avaient effectivement promis au pays une grande « révolution fiscale », visant à réintroduire de la progressivité dans le système français des prélèvements, système qui est devenu dégressif et qui avantage les plus riches. Cette révolution devait notamment prendre la forme d’une fusion de l’impôt sur le revenu et de la Contribution sociale généralisée (CSG). (Lire : Mais où est donc passée la révolution fiscale ?) Résultat : la grande réforme n’a pas même été évoquée par Jean-Marc Ayrault, en juillet 2012, lors de sa déclaration de politique générale. Et dans la foulée, le gouvernement a décidé, à l’automne 2012, de maintenir en l’état les « niches fiscales » les plus scandaleuses, celles qui profitent aux plus hauts revenus au travers des systèmes de défiscalisation dans les DOM-TOM ou le cinéma. (Lire Le cadeau injustifiable que vont garder les ultra riches.)

Dans la même logique, le gouvernement a aussi oublié la promesse qu’il avait faite de rétablir l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), dans l’état où il était avant que Nicolas Sarkozy ne le vide comme un gruyère. Car, pour finir, il a été décidé que le seuil de déclenchement de l’ISF resterait fixé à 1,3 million d’euros de patrimoine, contre 800 000 euros auparavant, conformément à la réforme sarkozyste, et que le taux supérieur de 1,8 % ne serait pas rétabli.

Ensuite, il y a eu la phase II : celle non plus de l’oubli des promesses électorales, mais celle des reniements. Cela a pris la forme, à l’hiver 2012-2013, de l’annonce de ce soi-disant choc de compétitivité, au terme duquel il a été décidé que 20 milliards d’euros seront apportés aux entreprises sous la forme d’un crédit d’impôt et que les ménages seraient mis à contribution pour financer le dispositif.

Avec le recul, cette réforme apparaît encore beaucoup plus importante – et plus grave – qu’on a pu, sur le moment, le penser. (Lire Economie : Hollande se renie et copie Sarkozy.) D’abord, à cause des caractéristiques mêmes de la réforme, pour le moins injustes, qui ont été à l’époque dévoilées. On sait en effet, comme Pierre Moscovici l’a encore répété récemment devant les patrons du Medef (lire Ce que révèle le tango d’amour Moscovici-Gattaz), que ces cadeaux fiscaux seront « sans contrepartie ». En clair, les groupes du CAC 40 pourront tout bonnement abonder encore un peu plus les dividendes qu’ils servent à leurs actionnaires. Le même Pierre Moscovici a aussi annoncé la semaine passée – les bras vous en tombent ! – que le cadeau sera offert « sans contrôle fiscal » – avis à ceux qui pourraient être tentés par la triche !

Et, pour financer ce dispositif, le gouvernement a, à l’époque, annoncé qu’il prendrait différentes mesures à la charge des ménages ou des consommateurs, dont une majoration de certains des taux de TVA, à compter du 1er janvier 2014. En clair, les socialistes, qui critiquent de très longue date la TVA au motif qu’il s’agit d’un impôt parmi les plus injustes pesant relativement plus sur les bas revenus que sur les hauts, ont fait l’exact contraire de ce qu’ils avaient promis. Eux qui avaient dénoncé avec virulence – et à juste titre ! – la hausse de la TVA, décidée au début de 2012 par Nicolas Sarkozy, ont choisi finalement de poursuivre le même projet, sous des modalités à peine modifiées.

Mais avec le recul, peut-être n’avait-on pas deviné – le gouvernement n’a certes rien fait pour nous éclairer sur ses véritables projets – que cette première réforme, visant à organiser un gigantesque transfert de charges à l’avantage des entreprises et au détriment des salariés, ne serait qu’une première étape. Et que ce transfert, économiquement contestable et socialement très inégalitaire, allait être amplifié par de nouvelles réformes.

 

Tour de bonneteau au détriment des familles

Car c’est précisément ce qui est en train d’advenir, dans cette phase III que nous sommes en train de vivre : sans le dire vraiment, le gouvernement est en train d’accélérer cette très injuste politique. La contre-réforme conduite par les socialistes, la voilà : dans une logique ultra-libérale, le gouvernement est en train de donner raison au patronat sur la quasi-intégralité de ses demandes et tend à faire peser sur les salariés et les consommateurs l'intégralité des efforts fiscaux. Dans la période récente, aucun gouvernement, même de droite, n'avait conduit une politique à ce point en sens unique.

Examinons en effet les tours de bonneteau de ces derniers jours : on aura tôt fait de discerner que c’est la même politique de transferts de charges qui se poursuit. Quand il a annoncé sa réforme des retraites, à la fin du mois d’août (lire Retraites : vive le capital ! A bas le travail !), Jean-Marc Ayrault s’est, certes, gardé de le dire. Dans l’affichage des mesures, il a même eu un souci apparent d’équilibre puisque au titre des hausses de cotisations retraites annoncées, employeurs et salariés ont été logés à la même enseigne, avec à la clef une progression de 0,3 % de leurs cotisations, soit un effort à terme de 3,2 milliards d’euros pour les uns comme pour les autres.

Mais dans la foulée de l’annonce de ces mesures, on a appris le même jour que, en fait, la hausse des cotisations retraite pour les employeurs, pourrait être compensée partiellement. Au soir de l’annonce de ce plan, on n’avait donc guère qu’une certitude : au moins, les entreprises auraient à leur charge une partie du financement de l’un des volets de la réforme des retraites, celle qui a trait à la pénibilité.

Or, en fait, au fil des jours suivants, on a découvert que le gouvernement s’était bien gardé de révéler le fin mot de l’histoire. D’abord, la promesse a été faite au patronat que même le volet pénibilité de la réforme des retraites ouvrirait droit pour lui à une compensation. C’est l’AFP, le vendredi 30 août, par une dépêche diffusée à 12 h 51, qui l’a suggéré : « Le président du Medef Pierre Gattaz a affirmé vendredi avoir obtenu du gouvernement un "engagement oral" que les coûts découlant de la création d’un compte de pénibilité en 2015 seraient compensés pour les entreprises. "J’ai eu un engagement oral que la pénibilité sera aussi prise en compte dans cette compensation", a déclaré vendredi sur RTL le président de la principale organisation patronale française". »

Mais la veille, jeudi 29 août, lors des universités d’été du Medef, le ministre des finances, Pierre Moscovici, avait lui-même levé un coin du voile sur les vrais projets du gouvernement. Dans son intervention (que l’on peut retrouver ici), il avait en effet annoncé aux patrons que la hausse de leurs cotisations retraite « sera intégralement compensée par une baisse des cotisations famille ». Intégralement ! En clair, la réforme des retraites sera intégralement à la charge des salariés, et pas le moins du monde à la charge des entreprises, ni de leurs actionnaires…

Et qui paiera cette baisse des cotisations famille patronales, si généreusement annoncée par Pierre Moscovici ? Sur le moment, le ministre des finances s’était bien gardé de dévoiler le pot aux roses, même si on pouvait déjà deviner le tour de bonneteau en préparation. Mais maintenant, on sait précisément à quoi s’en tenir : encore et toujours, ce sont les ménages qui vont financer ces cadeaux dispendieux faits aux entreprises, avec pour elles de simples effets d’aubaine en perspective, mais aucun effet prévisible sur l’emploi ou l’investissement.

C’est le journal Les Échos de ce jeudi qui donne la clef du mystère. Il révèle en effet que près de 500 millions d'euros devraient être économisés sur les niches fiscales pour frais de scolarité dans le cadre du projet de loi de finances pour 2014. L’exécutif compte également supprimer la niche bénéficiant aux familles ayant des enfants scolarisés dans le supérieur. Explication du quotidien : « Dans le cadre de la réforme des prestations familiales, le gouvernement avait annoncé début juin son intention de supprimer la niche concernant les élèves scolarisés dans le secondaire. Montant affiché alors de l’économie : 235 millions d’euros (…)  Selon les documents budgétaires, la niche bénéficiant aux enfants scolarisés au collège et au lycée concerne 2,2 millions de ménages. Pour ceux-là, l’impôt sur le revenu devrait augmenter en moyenne de 12 euros par mois. »

Mais le journal poursuit en expliquant que le gouvernement a finalement décidé d’amplifier la mesure : « À la recherche d’argent, l’exécutif a toutefois décidé au cours de l’été d’élargir le champ de la mesure. La réduction d’impôt concernant les enfants scolarisés dans l’enseignement supérieur, dont bénéficient 1,15 million de ménages, devrait du coup être elle aussi supprimée. Avec, à la clef, 210 millions d’euros de recettes supplémentaires, portant le total de la somme à 445 millions d’euros, pour la suppression de ces deux avantages fiscaux. » Conclusion des Échos : « Pour les familles concernées, la suppression de ces deux niches se traduira bien par une hausse de l’impôt sur le revenu. Qui s’ajoutera au milliard d’euros de recettes supplémentaires attendues de l’abaissement de 2 000 à 1 500 euros du plafond de l’avantage lié au quotient familial. »

Et où ira cette somme qui sera prélevée dans la poche des familles qui ont à financer les études de leurs enfants, lycéens ou étudiants ? Nous y voilà ! Le journal donne le fin mot de l’histoire : « Le rendement de la suppression des deux niches sera affecté au financement de la branche famille. »

Et tout ce projet est à l’évidence très avancé puisque le ministre délégué au budget, Bernard Cazeneuve, n’a pas souhaité démentir les informations du quotidien. En creux, il les a même validées, puisque, interrogé sur la possible suppression de ces deux avantages fiscaux consentis aux familles, il s’est juste borné à annoncer des mesures d’accompagnement : « Le gouvernement mobilisera les moyens pour accompagner de façon significative les étudiants et notamment les plus défavorisés », a-t-il juste relevé. A la chaîne Public Sénat, le président de l'Unef, Emmanuel Zemmour d'ailleurs indiqué ce jeudi que le syndicat étudiant avait obtenu la « confirmation officielle » de la remise en cause de cet avantage fiscal dans le cadre du budget 2014.

CQFD ! C’est donc bel et bien un gigantesque transfert de charge au détriment des ménages que le gouvernement veut poursuivre, mais sans l’afficher ouvertement. Un transfert de charges en catimini dont on devine par avance les immenses dangers : il risque de gonfler les profits des grandes entreprises, mais ni l’emploi ni l’investissement ; et dans le même temps, il risque de pousser encore à la baisse un pouvoir d’achat des salariés qui enregistre actuellement une baisse historique depuis 1984.

Voilà ce qu’incarne aujourd’hui Pierre Moscovici, le ministre du Medef : une politique fiscale authentiquement conservatrice.

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 12:00

Des communistes mobilisés face à l'urgence sociale.  

  

Les adhérents du PCF Morlaix étaient réunis ce vendredi 5 septembre pour leur Assemblée Générale de rentrée. Daniel Ravasio, le secrétaire de section, a ouvert la réunion en rappelant que l'augmentation du patrimoine des cent premières fortunes en 2012 correspondait au déficit des retraites prévu pour 2020. Il a regretté que « la nouvelle frontière » dessinée par François Hollande, auquel serait censé devoir se rallier le peuple de gauche, soit la baisse du coût du travail pour satisfaire le Medef, le grand marché transatlantique et une politique va t-en guerre. Les militants ont constaté que chez les citoyens, c'était la déception, la colère, le rejet de la politique en général et pas seulement du pouvoir qui progressaient de manière très inquiétante.

Cela s'explique bien sûr par la trahison des promesses, par l'érosion du pouvoir d'achat des couches moyennes et populaires, leur sentiment de déclassification.

Plus que jamais, les communistes sont conscients de leurs responsabilités : être sur le terrain, au contact des gens, pour montrer qu'il y a de l'argent pour le développement humain, la satisfaction des besoins sociaux, et que seule la rupture avec les politiques inégalitaires et anti-démocratiques portées au niveau de l'Union Européenne et l'affrontement vis à vis du monde de la finance peuvent conduire à reprendre le chemin du progrès social après des décennies de renforcement de l'exploitation capitaliste.

La bataille contre une réforme des retraites injuste, qui aggrave les réformes Fillon de 2003 et 2010, sera décisive pour transformer le désarroi et la colère en moteur de transformation sociale. Avec le Front de Gauche, les communistes seront mobilisés pour faire échec à cette réforme qui ruine des années de luttes sociales du mouvement ouvrier et contredit les fondamentaux de la gauche.

Prenant acte de la politique très droitière du président Hollande et du gouvernement PS, politique que nous voulons changer et pas simplement infléchir ou modifier, les communistes du Pays de Morlaix ont décidé de construire des listes autonomes du Front de Gauche au premier tour des municipales partout où cela serait possible, et en particulier à Morlaix, tout en gardant l'objectif de battre la droite pour mettre en oeuvre des politiques de progrès utiles aux citoyens.

Nos candidats et nos élus porteront des ambitions démocratiques, sociales et écologiques fortes pour développer la gratuité, l'accès de tous aux biens essentiels, à la culture et aux loisirs, les services publics, le transport en commun, la participation citoyenne à la vie communale et intercommunale. Ils chercheront à incarner un contre-pouvoir à l'austérité, qui se traduit par l'asphyxie financière des collectivités locales, qui voient leurs dotations d'État réduites de manière drastique alors que les besoins de la population augmentent avec la crise.

Le renforcement de la souveraineté populaire, avant et après les élections, sera notre boussole.  

Le débat en AG a aussi porté sur l'éco-taxe, inspirée par des considérations écologiques légitimes mais qui n'a pas été préparée par un développement signatificatif des capacités de frêt ferroviaire pour offrir une alternative aux entreprises, ainsi que sur la situation de l'agro-alimentaire (GAD, DOUX, Tilly, Marine Harvest), la dégradation des conditions de travail et d'accueil dans les hôpitaux, les maisons de retraite, l'urgence d'un plan d'envergure nationale pour garantir le droit à l'autonomie des personnes âgées et faire face aux besoins énormes de personnels, de formations de structures adaptées.    

 

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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 15:57
 Report de la suppression de la trésorerie de Plouigneau: la mobilisation paie!
  
" Nous avons appris que la suppression des trésoreries de Plouigneau et de St Thégonnec, et peut-être même celle prévue à Plouescat, d'abord programmée pour janvier 2014, allait au minimum être reportée d'un an.
C'est un premier résultat encourageant de la lutte de la population, des élus locaux, des syndicats et du Front de Gauche, qui avait mobilisé pour la manifestation devant la perception de Plouigneau le 26 juin et réuni plusieurs centaines de signatures sur sa pétition citoyenne à Plouigneau début juillet.
Nous ne baissons pas la garde et ne tombons pas dans l'angélisme. Il est probable que les postes qui ne sont pas rendus ici le seront ailleurs, comme dans un jeu de vase communiquant auquel nous ont habitué les plans de réorganisation du service public conduits par des gouvernements socialistes ou de droite – de la LOLF à la MAP, en passant par la RGPP.
Ce sont ces logiques libérales et purement comptables qui fragilisent le service public qu'il faut remettre en cause globalement, afin de faire passer les besoins sociaux avant le dogme du moins d'État.
Néanmoins, ce recul de l'administration fiscale montre que le refus de se résigner paie quand l'essentiel est en jeu: la décentralisation, l'aménagement du territoire, le service public de proximité " .
 
front de Gauche Morlaix
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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 12:03
43 ans de cotisation, des pensions réduites, un boulevard pour les retraites par capitalisation : non merci!  
 
Les militants du Front de Gauche seront sur le marché de Morlaix de 9h à 12h le samedi 7 septembre pour échanger avec les habitants sur la réforme des retraites.
La  réforme du gouvernement s'inscrit dans le cadre des politiques de régression sociale imposées au niveau européen pour satisfaire les exigences des financiers.
Au nom de la baisse du "coût du travail", le patronat verra sa contribution au financement de la protection sociale réduite de manière importante.
Nous rejetons un nouvel allongement de la durée de cotisation.
Seuls le retour à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous, le financement des retraites par une politique de l'emploi tournant le dos à la rigueur et faisant du partage du travail une priorité, une contribution du capital et le relèvement des cotisations patronales, seraient des mesures de gauche, "justes et équilibrées". 
Ensemble, le mardi 10 septembre, nous devons être très nombreux à faire grève à l'appel des syndicats et à manifester à 11h sur la place de la mairie à Morlaix, afin de placer les députés de la majorité face à leurs responsabilités et de faire reculer le gouvernement.  
Une autre politique économique est possible, à condition de ne pas se résigner.
 
Communiqué du FRONT DE GAUCHE du PAYS DE MORLAIX envoyé à la presse le Mercredi 4 septembre 2013.
 
front de Gauche Morlaix
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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 08:58

 

RETRAITE A 60 ANS A TAUX PLEIN : UN CHOIX DE SOCIETE

 

En apparence, les propositions du Gouvernement peuvent sembler sans douleur et de peu d'importance. En réalité, elles restent dans la même logique que toutes les réformes depuis vingt ans : reculer l'âge de départ, augmenter le nombre de trimestres donnant droit à une retraite complète, réduire les pensions, et faire des cadeaux aux entreprises, surtout aux plus grandes.

 

Quelques mensonges, diffusés à longueur de temps dans la plupart des journaux, des radios, et à la télé, visent à faire croire qu'on ne peut pas faire autrement :

 

"On vit plus vieux, alors il faut bien travailler plus longtemps…". Non ! C'est le contraire ! C'est parce que les retraites existent, que la durée du travail diminue, et que la Sécurité Sociale existe, que l'on vit plus longtemps. Si l'on repousse à 68 ans l'age donnant droit à une retraite complète pour les jeunes générations d'aujourd'hui, une chose est sûre : il vont beaucoup souffrir au travail, et vivront moins longtemps que leurs parents.

 

"Il y a de moins en moins de cotisants actifs pour un retraité…". C'est exact, mais c'est le cas depuis le début des systèmes de retraite ! Et ça a été possible parce que l'efficacité du travail, les richesses produites et les salaires ont considérablement augmenté depuis 1945. Il a donc été possible d'augmenter les cotisations sans faire perdre du pouvoir d'achat aux actifs. Cela est toujours possible demain…à condition d'avoir une politique économique qui aboutisse à une croissance intelligente et au plein emploi.

 

"Il n'y a plus d'argent, les retraites coûtent trop cher…". Si, il y a de l'argent, les bénéfices des très grandes entreprises, en France et ailleurs, n'arrêtent pas d'augmenter depuis trente ans, et les dividendes versés à leurs actionnaires explosent. Pourquoi la fiscalité n'en prélève-t-elle qu'une partie de plus en plus faible, ce qui est la source principale de tous nos déficits, au lieu de s'en servir pour favoriser des activités nouvelles, construire des logements et réorienter vers le marché intérieur des secteurs en difficulté comme l'agro-alimentaire ?

Il y a plus de trois millions de chômeurs qui ne demandent qu'à cotiser !

 

Tuer la répartition au profit de la capitalisation: à la suite de toutes les réformes précédentes, celle du gouvernement Ayrault vise à saboter petit à petit notre système public de retraites par répartition, système de solidarité collective, géré par la Sécurité Sociale, pour permettre aux assurances et banques privées de mettre en place des "fonds de pension" qui vendront des contrats de retraites individuelles par capitalisation, en se metttant dans la poche des profits garantis à long terme, déguisés en "frais de gestion".C'est ce que voulait déjà faire Strauss-Kahn, quand il participait au gouvernement Jospin : il avait baptisé ça "fonds de pension à la française"…Les dirigeants du PS changent, mais leur objectif reste peu différent de celui de l'UMP .

 

Pourtant, il faut savoir que partout où ces "fonds de pension" existent (Japon, USA, Royaume-Uni en premier lieu), ils sont en difficulté, même ceux gérés par des multinationales, n'arrivent plus toujours à boucler leurs fins de mois, et ne garantissent plus aucun montant de retraite. Leur logique, c'est : donnez-nous votre épargne pendant quarante ans, et vous verrez bien ce que vous aurez à la sortie… Après cela, on nous présente comme des explois enviables ces salariés anglais, américains ou japonais qui travaillent encore à 80 ans pour compléter leur retraite de misère ! De qui se moque-t-on ?

 

Alors, nous disons : non ! Pas un € de moins pour les retraités, pas un trimestre de plus pour les actifs, et retour progressif au droit de partir en retraite à soixante ans pour tous !

 

Pourquoi ?

Parce que c'est possible, en renonçant à l'austérité que la Commission Européenne et la plupart des gouvernements européens nous présentent comme la seule politique possible, au nom de la compétitivité des entreprises et de la soi-disant nécessité de baisser le coût du travail.

S'il faut, partout en Europe, baisser le coût du travail au niveau des salaires de l'agro-alimentaire en Allemagne ou en Pologne, où allons-nous ? Les salariés de GAD, de TILLY et de MARINE-HARVEST ont déjà compris la stupidité d'un tel choix : des salaires divisés par deux ou par trois, ou le chômage !

Mais Hollande, Ayrault et la plupart de ses ministres ne l'ont pas encore compris, eux qui promettaient de s'opposer au "monde de la finance" et de réorienter l'Europe. Ou alors, ils mentaient, et savaient déjà qu'ils signeraient dès septembre 2012 le Traité Merkel-Sarkozy instaurant l'austérité budgétaire partout, qu'ils attaqueraient le Code du Travail dès janvier 2013 sous les applaudissements du MEDEF, et qu'ils trahiraient leurs promesses sur les retraites de l'automne 2010, quand ils manifestaient avec nous contre la réforme Sarkozy.

 

La France peut casser la dérive libérale de l'Europe.

Qu'ils ne disent pas : La France ne peut rien faire seule, nos "partenaires européens" ne nous suivraient pas, nous devons conserver la confiance des "marchés financiers"pour financer notre dette…

Si, nous pouvons faire quelque chose. Ce sont les autres qui ne peuvent rien faire sans nous ! La France n'est pas un petit pays en Europe. Regardez la carte : nous sommes au milieu des activités les plus importantes, les échanges de marchandises se font en passant par chez nous, les autres viennent en vacances chez nous ou en passant par chez nous…Nous avons donc des moyens de négociation, nous pouvons remettre les pendules à l'heure en Europe, exiger une Europe où les règles sociales (salaire minimum, retraite, assurance maladie…) convergent vers le haut, pas vers le bas, exiger une Europe qui ne soit pas une passoire pour tous les produits venant de pays où aucune règle sociale n'existe.

 

En clair : le but de la vie en société, ce n'est pas d'un côté la hausse des profits pour une petite minorité, et de l'autre l'austérité à vie, la précarité ou le chômage pour le peuple, comme on le constate depuis maintenant une trentaine d'années.

Ce n'est pas ça, la République !

La République, c'est le devoir de travailler, mais aussi le droit à un emploi, la solidarité, la Sécurité Sociale, dont fait partie notre système de retraite par répartition.

 

Alors, manifestons aujourd'hui notre opposition au projet de réforme Ayrault, exprimons-nous pour une Europe sociale, au mois de mai prochain, lors des élections européenne, et regroupons-nous dès maintenant pour préparer le combat contre l'Europe des capitalistes.

 

C'est ce que vous propose de Front de Gauche du Pays de Morlaix.

 

Hervé Penven, Front de Gauche Morlaix.

30 août 2013 

 

front de Gauche Morlaix

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 07:03

Selon Washington, toutes les options sont sur la table concernant la Syrie. Cependant, plus les heures passent, plus c'est l'option d'une intervention militaire de quelques puissances, dont la France, qui se précise.

L'escalade de la confrontation militaire provoquée par le régime syrien suscite de très graves inquiétudes.
Les bombardements à l'arme chimique, dont la responsabilité est attribuée au régime de Bachar Al Assad, ont fait franchir un pas spécifique et particulièrement criminel dans l'horreur. Il faut encore que toute la lumière soit faite sur ces bombardements… Mais les États-Unis, qui auraient déjà formé près de trois cents combattants de commandos pour l'ASL (armée syrienne libre) au cours de ces dernières semaines, ont maintenant renforcé leur flotte de guerre armée de missiles de croisière en Méditerranée.

La crise syrienne est devenue dans les faits une crise géo-politique internationale. Le bilan de cette confrontation est effroyable : environ 100 000 morts, plusieurs millions de réfugiés dont un million d'enfants, un pays dévasté, des villes en cours de destruction, une société pulvérisée par une violence et des affrontements internes directement soutenus par des États et différents acteurs politiques de la région. Il faut arrêter ça ! Les affrontements avaient déjà franchi le seuil de l'inhumanité avec des exactions d'une sauvagerie rarement égalée, comme ces civils égorgés vivants par des groupes salafistes se situant dans l'opposition.

Aujourd'hui, une intervention militaire de Washington et de ses alliés constituerait un degré supplémentaire dans l'inacceptable, dans cette escalade sans issue. Bombarder la Syrie serait ajouter la guerre à la guerre. Avec les risques rarement égalés d'un embrasement au Moyen-Orient, notamment d'une explosion du Liban où les attentats, les représailles et les vengeances se succèdent.

Laurent Fabius, qui prétend faire de la France "une puissance repère", appelle hier à une réaction de force. Il dit aujourd'hui que la solution "reste politique"... La France doit maintenant parler clair et prendre une forte initiative.

Le Parti communiste français appelle les autorités françaises à prendre l'initiative d'une réunion au sommet des belligérants et des principales puissances impliquées, les États-Unis et la Russie bien sûr, mais aussi la Turquie et l'Iran, afin de définir les conditions d'un arrêt de l'escalade dans la confrontation militaire, et d'une transition démocratique en Syrie. Il faut reprendre l'esprit et l'ambition de la deuxième conférence de Genève qui aurait dû tracer la voie d'une telle solution il y a déjà des mois. Il faut aussi obtenir l'engagement du Secrétaire général de l'ONU pour que l'exigence d'une solution politique l'emporte contre les menaces qui pèsent sur la sécurité internationale.

Chacun doit maintenant mesurer sérieusement la responsabilité qu'il doit prendre. Il y a urgence

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 07:02

Le Comité du Pays de Morlaix du Mouvement de la Paix a  décidé d'appeler les citoyens (nes)  les organisations   démocratiques  à un rassemblement lundi 2 Septembre devant la mairie de Morlaix à 18h30

 

Le rejet de l'intervention par le parlement Anglais montre  la voie à suivre, à nous de peser suffisamment fort.

Non à l'intervention armée en Syrie, non à la participation de la France Solidarité avec les forces de paix, de justice et de démocratie en Syrie

L’escalade proposée par le Président Hollande n’est pas la bonne issue.

Le Mouvement de la Paix condamne fermement l’utilisation d’armes chimiques. Par leurs luttes, les peuples ont gagné la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, signée le 13 janvier 1993, qui interdit la mise au point, la fabrication, le stockage et l'usage des armes chimiques.

Avant même les conclusions de la mission de l’ONU, seule habilitée à mener une telle enquête sur l’utilisation des armes chimiques, la France, les USA et leurs alliés membres de l’OTAN, déclarent avoir des certitudes. Si preuves il y a, ils ont la responsabilité de les transmettre à l’ONU. Envisager une intervention militaire en dehors des Nations Unies, malgré le risque conséquent d’un embrasement de toute la région, consiste à se poser en « juges et gendarmes du monde », à alimenter le cercle infernal des logiques de guerre et de violence en négligeant l’intérêt des peuples.

Il y a deux ans, un soulèvement citoyen pacifiste exigeait plus de démocratie et de progrès social en Syrie. Le régime syrien de Bachar El Assad a répondu par une répression féroce refusant toute possibilité de dialogue et provoquant l’escalade d’une guerre civile dans laquelle se sont engouffrées des puissances et des forces politiques régionales (Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, Hezbollah…) et permettant aux militants les plus radicaux rescapés des interventions militaires en Irak, Afghanistan, Libye, Mali de se mettre au service des uns ou des autres.

Le bilan est effroyable pour le peuple syrien : plus de 100 000 morts, 4 millions de déplacés qui ont tout perdu, 1 500 000 exilés, et un pays dévasté. Aujourd’hui cette crise syrienne est devenue une crise géopolitique où chacun défend ses intérêts dans la région.

Prétextant un blocage au Conseil de sécurité de l’ONU de la part de la Chine et de la Russie, les puissances occidentales membres de l’OTAN n’ont pris aucune initiative pour résoudre politiquement ce conflit. Ainsi le plan incarné par Kofi Annan en a fait les frais.

La structuration de la société syrienne rendait nécessaire un processus long de concertations, rendu possible par la présence d’observateurs en nombre, permettant d’assurer une évolution vers plus de démocratie. Dans ce contexte, l’utilisation de forces de paix non violentes sous l’égide de l’ONU, aurait pu le permettre. Au lieu de cela, les antagonismes ont été entretenus, voire même alimentés, et les horreurs de la guerre civile ont affaibli les possibles recours. C’est ainsi que la perspective odieuse d’une intervention armée, en contradiction totale avec l’intérêt des peuples, peut aujourd’hui nous être présentée comme indispensable.

L’indispensable pour la population est de vivre en sécurité, de se nourrir, de s’instruire, d’être soigné dans de bonnes conditions et de pouvoir s’exprimer en toute liberté. Or tout cela, la guerre l’interdit. Loin d’être la solution, elle ne bénéficierait qu’aux marchands d’armes.

Le Mouvement de la Paix dénonce catégoriquement l’argument, relayé à l’unisson par les médias, d’une guerre indispensable. En Syrie comme ailleurs, ce qui est nécessaire c’est la Paix comme socle d’une société humaine se conformant aux engagements pris en 1998 par la communauté internationale dans le cadre de l’adoption de la culture de paix et de la non-violence.

Le Mouvement de la Paix demande au gouvernement français de renoncer à l’emploi des forces armées, de faire respecter le droit international et de prendre toutes les initiatives politiques possibles pour obtenir un cessez-le-feu. Le Mouvement de la Paix demande la reprise du plan de Kofi Annan avec des moyens humains renforcés pour parvenir à une transition démocratique en Syrie et permettre une stabilisation de la région.

 

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 12:10

Mar Moussa.

 

Mar-Moussa.jpg

 

Un vieux monastère fortifié sur le flanc d'une montagne rocheuse en bordure de désert.

On quitte la Syrie irriguée, utile et habitée: au loin à l'est, c'est Palmyre, la brillante ville antique qui accueille sous l'ère el-Assad une infernale prison de haute sécurité dont on ne revenait que rarement, puis la frontière irakienne.

Un endroit sublime, évoquant probablement, du moins dans mon imaginaire, l'atmosphère mystique du Sinaï. Je le vois dire la messe devant une poignée de personnes assises par terre sur des tapis et recueillies. La messe est faite dans le style dépouillé et austère du rite grec byzantin de l'église catholique syriaque, avec la voix caverneuse et forte du prêtre jésuite italien, dégageant une autorité et un charisme certains, dans la petite chapelle aux murs recouverts de fresques eschatologiques du XIII e siècle représentant le partage des élus et des damnés au jour du jugement dernier. 

Le père Paolo dirigeait ce monastère du bout du monde et au plus près d'un dénuement rapprochant du sacré, dédié à la prière, à la médidation, à la fraternisation, à l'hospitalité et à la compréhension réciproque entre le christianisme et l'Islam. 

Ce monastère abandonné, il l'avait rénové et revitalisé 30 ans avant, un monastère mixte avec des hommes et des femmes, ouvert aux musulmans et aux athées, aux gens proches du régime comme à leurs opposants et à leurs victimes.

J''ai eu la chance d'y passer  avec ma famille trois jours en 2010, huit mois avant le début de l'insurrection civique syrienne, et moi qui ne suis pas croyant, tout en étant très intéressé par la religion et l'histoire biblique, j'y ai vécu des moments d'émotion, de recueillement et de transport très forts. 

Nous avons pu y discuter avec des moines européens et syriens, un Allemand qui faisait le voyage à pied de Munich à Jerusalem, des Américaines engagées dans la défense des droits des Palestiniens, des Français faisant leurs études de sciences-politiques au Liban, une religieuse et des chrétiennes libanaises, un syrien musulman qui venait de sortir d'années d'emprisonnement après avoir été accusé à tort d'espionnage au profit d'Israël. L'accueil dans le monastère pour les hôtes de passage, touristes, syriens ou habitants du Proche-Orient, était offert généreusement. On dormait dans de petites chambres troglodytiques collectives, à l'extérieur du bâtiment central du monastère. Chacun pouvait donner une petite participation financière à sa convenance et suivant ses moyens, et tous participaient à la cuisine et au ménage.

La lumière et le silence, en ce lieu de retraite et d'ouverture à l'autre, à l'aube et au coucher de soleil, avaient quelque chose de surnaturel, ou nous ramenaient simplement au plus nu et au plus beau de la vie.

Je remercie infiniment le père Paolo et ses compagnons de la communauté monastique, à ce qu'il m'a semblé tous de fortes têtes dotés d'une riche personnalité et d'une vraie expérience des hommes et de la vie, de m'avoir permis de vivre ces moments de grâce uniques.

Le père Paolo, lui-même, était tout sauf l'image éthérée et féminine du "saint doux comme un agneau": sa manière de s'exprimer était virile, son rapport aux autres exigeant, je l'ai vu pousser une belle colère pour des raisons tout à fait prosaïques. En bref, il m'est apparu un homme tout à fait pratique, perfectionniste, extrêmement courageux, sans concession, doté très certainement d'une intelligence vive, d'un orgueil développé et d'une ouverture d'esprit hors du commun.

Quand je pense à la Syrie, à l'idéal de diversité culturelle et de préservation d'un héritage humain multi-seculaire qu'elle représentait pour moi, je revois Mar Moussa et les rencontres que nous y avons faites.

 

Evidemment, je suis profondément ébranlé quand j'y pense par ce que nous savons des souffrances inouïes vécues par les Syriens, vis à vis desquelles nous nous sentions investis d'une sorte de dette d'amitié et de joie.

Souvent cette pensée est tellement inacceptable - tout comme l'incertitude sur ce que sont devenus les gens que l'on a connu et apprécié - que, très lâchement, on évite  de la reveiller, de regarder les images des atrocités ou d'enquêter au jour le jour sur ce qui se passe.

C'est donc avec une grande curiosité que je me suis procuré le livre du père Paolo Dall'Oglio, le supérieur de Mar Moussa, qui raconte dans cet essai paru cette année aux très bonnes éditions de l'Atelier - "La rage et la lumière. Un prêtre dans la révolution syrienne" - les racines de son engagement religieux au service du dialogue inter-culturel et inter-religieux avec l'Islam, son expérience de la Syrie baasiste, les raisons de son implication et de ses prises de position aux côtés des révolutionnaires syriens et des populations musulmanes martyrisées par le régime de Bachar-el-Assad, ainsi que le quotidien des Syriens, engagés ou non dans un camp, dans la guerre civile et l'hyper-repression du régime.   

 

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Au moment où se prépare une intervention contestée et aux buts peu définies de l'Amérique et de la France, soutenue par la Ligue Arabe et la Turquie, pour frapper des bases du régime et de l'armée - intervention qui est rejetée par certains au nom de la prudence, de l'anti-impérialisme et du droit à l'auto-détermination des peuples, voire de la lutte contre l'Islam politique et le djihadisme, pour une société arabe séculière, mais que le père Paolo appelle de ces voeux depuis plus d'un an, tout en étant loin de souscrire à la rhétorique de l'"Occident" ou des démocraties civilisatrices et de la guerre humanitaire - je voudrais partager avec les lecteurs du "Chiffon Rouge" des extraits de ce livre trans-genre vibrant d'humanité, d'intelligence et d'émotion, entre manifeste engagé, témoignage de guerre, autobiographie, livre de méditation morale, philosophique et théologique.

 

Le père Paolo raconte d'abord dans ce livre, alors qu'il est réfugié dans le monastère d'une ville kurde d'Irak, l'itinéraire peu commun qui l'a conduit à faire revivre un monastère byzantin abandonné en Syrie dont les fondations dataient du VIe siècle et la structure actuelle de l'époque des Croisades. Fils de catholiques démocrates-chrétiens, il s'est engagé jeune dans le socialisme:

"J'ai pris très tôt un pli gauchiste, en réaction à mon père, démocrate-chrétien. C'était ma manière de m'émanciper face à cette figure paternelle imposante. Très jeune, je militais dans le mouvement des communautés de bases des "chrétiens pour le socialisme". Lors dune manifestation de rue contre l'impérialisme américain et contre la présence au Vietnam, je fus emmené au poste de police où j'ai passé la nuit. Une autre fois, j'ai connu la garde à vue après une altercation violente près du lycée avec des militants d'extrême-droite. En 1973, j'ai été arrêté devant l'ambassade américaine où nous avions organisé un sit-in contre le putsch de pinochet au Chili aidé par les Etats-Unis. Le juge m'acquita par la suite alors que j'étais déjà novice chez les jésuites à qui j'avais sincèrement oublié de parler de cette histoire"  (p 29).

"J'aurais pu appartenir aux Brigades Rouges à dix-sept ans, dans les années de plomb de l'histoire italienne. Mais le groupe dans lequel je militais s'est scindé, une partie s'est rangée du côté de la lutte armée au nom du communisme, l'autre de la démocratie pour réaliser le socialisme. J'ai opté pour ce dernier" (p17).    

 

Défenseur de la cause palestinienne tout en reconnaissant la centralité de la tragédie de la Shoah dans l'histoire moderne, le droit d'Israël à l'existence et des juifs à une terre, fasciné par la Terre sainte, Paolo Dall'Oglio entreprend son premier voyage en Orient en 1973, en passant par l'Europe de l'est, la Turquie, la Syrie, la Jordanie, pour arriver jusqu'en Palestine, où il découvre l'arrogance des soldats de Tsahal vis à vis des arabes palestiniens. En 1975, il retourne en Palestine. Au début de la guerre du Liban, il dénonce le fascisme raciste des milices chrétiennes et soutient devant ses pairs jésuites la gauche libanaise, proche du projet révolutionnaire et des palestiniens, qui compte aussi quelques chrétiens. En 1976, à Rome, il se découvre la vocation de servir la rencontre islamo-chrétienne, qu'il pressent comme le prochain enjeu majeur après le communisme et il vit à Beyrouth entre 1977 et 1978, apprend l'hébreu en Israël en 1980 et s'installe en Syrie sitôt après, pays qu'il ne quittera plus guère jusqu'à son départ forcé en 2012. A l'été 1982, quelques mois après les massacres de l'armée d'Hafez el-Assad contre les islamistes à Hama (15000 à 20 000 morts suite aux ratissages et au pilonnage des quartiers rebelles), il découvre le monastère de Mar Moussa en ruine et décide d'y fonder une communauté consacrée au dialogue islamo-chrétien. Dès le départ, le père Paolo a conscience d'être instrumentalisé par le régime, comme les chrétiens de Syrie en général, mais les buts supérieurs qu'il poursuit lui permettent de s'en accommoder:  

 

" à quel titre et pour quelle mission avais-je demandé un permis de résidence en Syrie à ce même régime qui exerçait sur son propre peuple une dictature féroce? Et pourquoi  avait-il accepté ma demande, à moi, missionnaire d'un pays occidental, cet autre honni? Les non-dits ne manquaient pas dans cette affaire. Du côté de la Syrie, la manoeuvre était évidente: tenter de capter une certaine approbation de l'Occident, par l'amitié avec les chrétiens au moment même où le rôle syrien au Liban était équivoque. Le régime syrien ne voulait pas non plus rester complètement soumis à la logique soviétique. Accorder un permis de résidence à des missionnaires est, du point de vue de la propagande, la meilleure façon de diffuser le message d'une Syrie plurielle, respectueuse de la liberté de religion et séculière."    

 

Cette expérience du désir de pureté, de radicalité, née d'un dégoût ressenti vis à vis de l'immoralité du monde et de son injustice, lui donne des outils intellectuels pour essayer de comprendre la psychologie de l'islamisme radical et la force de dialoguer avec lui, par delà les préjugés. Ce qu'il dit sur les raisons de la croissance de l'islamisme armé ou militant et l'attitude que les occidentaux doivent avoir vis à vis des musulmans est très intéressant:

 

"Le phénomène de l'islamisme radical facilement appelé terrorisme, comme Al-Qaïda, est à mon sens, l'expression d'un désarroi profond. Il naît d'un sentiment de persécution, de refus, à la fois interne au monde musulman mais aussi dans la relation entre le monde musulman et le pouvoir occidental. Ce dernier est considéré par les islamistes comme supérieur techniquement, économiquement, et voulant monopoliser le pouvoir dans une sorte de complicité judéo-chrétienne. Ainsi, l'Etat d'Israël autant que les musulmans soumis à ce système occidental seront tous deux considérés comme des ennemis principaux. Mais en choisissant de s'organiser dans la clandestinité, et pris d'une fièvre idéologique extrémiste où ils pensent détenir le monopole de la vérité, ils s'enfoncent dans un système criminiel proprement mafieux.

Pour répondre à ce défi, le monde occidental devrait tenter de devenir meilleur, moins corrompu, plus désireux de prendre en compte la communauté musulmane dans son pluralisme. Un monde, plus inclusif et plus évolutif, qui n'imposerait pas aux musulmans de changer, mais leur proposerait par les échanges, les débats qui instaureraient une relation véritable et un vivre-ensemble. Il ne faut pas demander l'acculturation par la dépossession de leurs valeurs mais par l'harmonisation des évolutions plurielles. Souhaiter un islam compatible avec la société occidentale demande à cette société d'être plus accueillante et plus souple. Les musulmans voudraient nous dire, comme je l'entends souvent: "vous faîtes de la tolérance une grande vertu, alors tolérez-nous! Peut-être que notre propre intolérance et certaines de nos valeurs qui apparaissent contraires à votre modernité pourraient, par le biais du dialogue, offrir quelque chose de positif à la société. Notre fidélité à notre religion n'empêche pas l'évolution, au contraire elle nous y engage. 

A toi jeune européen je voudrais dire que la peur des autres les façonne sur nos peurs, nous allons créer et rencontrer ce que nous craignons".

 

Le père Paolo se sent maintenant pleinement syrien, proche-oriental, en phase avec une société qui a connu pendant des siècles le bon voisinage entre communautés différentes (chrétienne et musulmane chïite et sunnite, kurde et alaouite, arménienne, juive, druze...)  avant que le colonialisme et plus encore le nationalisme autoritaire du Baas, ne crée et n'exploite des divisions tout en affirmant protéger les minorités de la majorité sunnite.

 

Lors de son installation en Syrie, Paolo s'accommode en quelque sorte de la dictature, en se disant que la région n'est pas encore prête pour la démocratie, pour des raisons à la fois culturelles et historiques, conjoncturelles:

 

"Je pensais à l'époque dans un contexte de guerre froide, que la situation internationale ne permettait aucun changement immédiat. Que ce soit en Egypte ou en Libye, le mouvement arabe postcolonial s'était comme exténué dans la création d'une série de dictatures républicaines ou monarchiques. De façon paradoxale, c'était seulement à l'intérieur du Mouvement de libération de la Palestine et dans le Liban divisé que le mot démocratie avait encore une signification. Lorsque je pense à ces années-là, j'ai envie de dire que d'une part, je croyais à certaines valeurs du projet socialiste représenté par ce monde insoumis aux Etats-Unis et à leur projet d'universalisation du modèle capitaliste. Et d'autre part, j'avais foi en une évolution qui garantisse les droits de l'Homme dans ce monde musulman auquel je me vouais" . Cela impliquait nécessairement de son point de vue que le pouvoir cesse de réprimer les organisations musulmanes et qu'elle accepte qu'elles influencent davantage la vie civile, dans la mesure où elles représentaient de vrais courants d'opinion, issus des profondeurs de la société.

 

Quand commence le grand moment de résistance et de rebellion pacifique civile en mars 2011, dans la foulée des révolutions civiles tunisiennes et égyptiennes, le père Paolo, contrairement à une majorité de Chrétiens fidèle à Bachar-el-Assad, choisit le camp de la démocratie, de l'auto-détermination du peuple, et de la dignité, sachant que le régime de Bachar-el-Assad, terroriste par nature, laisse libre cours à sa violence cynique contre le peuple, manipulant des islamistes pour discréditer le mouvement en le disant infiltré par des djihadistes, utilisant les soldats chïïtes du Hezbollah ou des miliciens iraniens pour terroriser les manifestants.

Il y a 6 mois, le Père Paolo D'all Oglio faisait un premier bilan d'étape de la tragédie syrienne:

 

"En 2013, après 24 mois de révolution en Syrie, nous sommes à un point de stagnation politique et morale qu'il était difficile de concevoir. Les forces démocratiques syriennes ont été exténuées par une répression sans répit, systématique, inhumaine. Ces exactions doivent absolument faire l'objet d'une enquête de la Cour pénale internationale car il s'agit bien de crimes contre l'humanité. La révolution a dû s'armer. Les jeunes du pays ont été obligés de déserter l'armée pour ne pas avoir à tirer sur leurs concitoyens qui demandaient la liberté. Ils se sont alors armés, comme ils disaient, pour défendre leurs manifestations pacifiques. Des zones où le gouvernement n'était plus totalement maître se sont progressivement créées, mais ne constituaient pas encore une "Syrie libérée". La répression a eu toute possibilité de se déployer. S'il n'y avait pas eu l'appui turc d'un côté, la perméabilité libanaise de l'autre (la révolution à Homs avait un couloir ouvert sur le Liban, les gens ont pu fuir, les armes venir et les blessés être mis en sécurité), la crise syrienne aurait été résolue avec cinq cent mille morts, deux millions d'expatriés et le maintien du régime. La volonté du gouvernement était sans faille, rigoureuse et extrême, appuyée par des forces géostratégiques majeures comme l'Iran, le Hezbollah, l'Irak chïïte et la Russie. Le pouvoir de Bachar al-Assad est en train de réaliser sa promesse: "Ya l'Assad, Ya nuhriq el-balad" (ou Assad, ou nous réduirons en cendre le pays). Ma conscience chrétienne est clairement partagée.

D'un côté, il y a un désir radical d'aller jusqu'à la fin de la révolution contre le régime. Mais de l'autre, pour peu ou beaucoup, cela provoquerait, semble t-il, une islamisation radicale de la Syrie et créérait les conditions d'une marginalisation définitive de la communauté chrétienne".  

 

La Syrie comptait 10% de chrétiens avant la guerre: beaucoup sont déjà partis en exil. Une majorité craint les conséquences d'une victoire de la révolution dans la mesure où militairement, ce sont surtout les islamistes sunnites qui s'opposent à l'armée de Bachar. Quelques-uns, une minorité, se sont engagés très tôt au côté de la révolution civile pacifique, au nom de la démocratie et du droit à la dignité du peuple, mais ne se sont pas forcément investis dans la lutte armée. Pour Paolo, en raison de leurs craintes, mais aussi du fait que certains d'entre eux sont très compromis avec l'"Etat fasciste", une grande partie des Chrétiens syriens devrait opter pour l'exil à l'issue de la guerre en cas de victoire de la révolution, et ceci même si une partie des responsables de l'opposition entend conserver une entité syrienne ouverte et pluraliste.

 

Face à l'horreur de ce régime, le père Paolo, tout en étant fasciné par l'efficacité et la portée morale de la non-violence prouvée par des combats tels que celui de Gandhi, Aug San Suu Kyi, assume complètement la légitimité des armes.

 

"Nous avons, disait-il il y a quelques mois, été abandonnés par les Américains. L'Union européenne a, quant à elle, décidé de se réfugier derrière les vétos russes et chinois répétés pour en faire le moins possible. Le reste du monde a d'autres problèmes et se cache derrière le concept, si cher aux Russes, d'autodétermination des peuples, même par la force des armes d'une dictature et de la répression. Nous sommes en train de dépasser les 80 000 morts, près de cinq millions de personnes sont des réfugiés et des déplacés internes, l'infrastructure économique est détruite, des centaines de milliers de personnes sont emprisonnées et torturées. Bombardés depuis le ciel par des missiles et à l'artillerie lourde, nous sommes un peuple qui a tout perdu... Si je crois à l'action non violente, à son efficacité et à sa valeur morale, je ne crois pas au droit de juger l'option d'autodéfense armée des victimes d'un régime "tortureur" et liberticide comme celui-ci, dans une totale indifférence mondiale. Ceux qui, à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie, prennent des initiatives non violentes offrent à notre combat un horizon de redemption finale face à la dérive de la violence qui se dirige, elle, vers un cycle maudit. Mais si l'action non violente ou, plus exactement, l'inaction, veut justifier l'absence de soutien international aux démocrates syriens arguant de leur prétendue violence, alors, je ne vois rien d'autre, dans ces beaux sentiments, qu'un élitisme moral qui, par manichéisme, laisse le monde au pouvoir des malfrats."

 

L'insurrection non-violente des syriens a été systématiquement et atrocement réprimée par les chabihas (les voyous utilisés par le régime) et l'armée, les services spéciaux. Les manifestants blessés étaient ignoblement torturés à l'hôpital et tués. Les prisons regorgeaient des suppliciés, dont on relâchait certains pour qu'ils aillent témoigner de ce que le goût de la liberté leur avait coûter, et à ceux que le régime avait achevé, aux autres. Forcément, il n'y avait pas d'autre recours que la soumission dans l'humiliation ou le combat armé contre le régime, en sollicitant toute aide extérieure possible (celle de l'opposition en exil, ou d'Etats hostiles au régime).

"On accuse la révolution d'être guidée de l'étranger, mais depuis, où pourrait-elle l'être? Depuis la Lune? Alors que depuis plus de quarante ans, nous avons des centaines de milliers d'expatriés victimes de la dictature. L'opposition syrienne est plurielle et divisée. L'idéal pour une démocratie pluraliste! Exclure les islamistes du jeu démocratique car ils seraient incompatibles avec la démocratie relève du paternalisme et du préjugé idéologique. Ne pas avoir laissé les masses musulmanes s'exprimer dans l'autodétermination civile, a constitué le facteur déterminant de la naissance, de la montée et de la diffusion du djihadisme radical armé...

Enoncer le principe, apparemment universel et moral, qu'il ne faut pas donner des armes aux parties impliquées dans le conflit civil, revient à théoriser et à dire tout haut: "On souhaite que la révolution démocratique soit écrasée, car on ne veut pas qu'elle puisse se défendre devant des forces armées sans scrupule et sans contrôle". 

 

En juin 2012, le père Paolo a vécu dans des zones contrôlées par la rebellion à Qusair, servant de médiateur entre des chefs rebelles islamistes et des familles de chrétiens kidnappés, ainsi que de témoin privilégié pour les observateurs de l'ONU travaillant pour Kofi Annam. Il raconte dans ce livre comment il a pu dialoguer avec ces chefs "terroristes" décrits comme fanatiques, et qui ne l'étaient pas toujours, comment il a partagé avec intensité la célébration des martyrs avec des familles sunnites, ayant alors le sentiment de devenir pleinement musulman en glorifiant le sacrifice qui triomphe de toute injustice et formant même le voeu, s'il était tué, d'être inhumé avec les martyrs de Qusair.

 

Le témoignage qu'il délivre sur l'état d'esprit des rebelles, et particulièrement de ceux qui se battent au nom de l'Islam est animé de grandes qualités de compréhension et d'ouverture à l'autre et débouche sur un constat plutôt optimiste: à savoir qu'il y aurait de la place pour une évolution démocratique et une tolérance vis à vis de la diversité dans une Syrie dominée plutôt par l'Islam politique, sachant que la tradition musulmane syrienne, mais cela peut changer avec le poids des Frères musulmans et du salafisme dans la rebellion, est plutôt souple et non sectaire. Plus la guerre civile s'éternise toutefois, moins les chances de reconstruire une Syrie plurielle tolérante persistent.

 

Cet essai est surtout précieux par les dizaines d'histoires individuelles que Paolo nous relate, celles des visiteurs du monastère, de ses amis de tout milieu et de confessions et idées politiques différentes, qui rendent bien compte de la complexité des points de vue, des prises de position, dans la Syrie de la guerre civile, et racontent aussi la cruauté tristement humaine de ce régime qui doit tomber pour rendre possible une réconcilation dans la justice.                    

   

I.D

 

Entretien avec le père Paolo sur France 24:

 

http://www.france24.com/fr/20130502-lentretien-pere-paolo-dall-oglio-auteur-la-rage-et-la-lumiere-syrie-monastere-mar-moussa

 

 

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