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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 08:18
Communist'Art: Tristan Tzara (1893-1963) - le poète dadasophe au service de la Révolution
Breton - Eluard - Tzara - Perret (1932) - Israël Museum

Breton - Eluard - Tzara - Perret (1932) - Israël Museum

Hans ARP, Tristan Tzara, Hans Richter en face de l'Hôtel Elite, Zurich

Hans ARP, Tristan Tzara, Hans Richter en face de l'Hôtel Elite, Zurich

Tristan Tzara - La première aventure céleste de M. Antitpyrine. Avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, Zurich, 28 juillet 1916 (Album de l'exposition Dada du Centre Pompidou, 2005)

Tristan Tzara - La première aventure céleste de M. Antitpyrine. Avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, Zurich, 28 juillet 1916 (Album de l'exposition Dada du Centre Pompidou, 2005)

Tristan Tzara (1893-1963)- le poète dadasophe au service de la Révolution
 
Pour faire un poème dadaïste
Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.
 
***
Aragon à propos de Tristan Tzara, arrivé à Paris le 18 janvier 1920:
"Nous fûmes quelques-uns qui l'attendîmes (...) comme s'il eût été cet adolescent sauvage au temps de la Commune sur la capitale dévastée, et duquel aujourd'hui encore ceux qui le connurent gardent un blême effroi"  (cité par Jean Ristat - Aragon."Commencez par le lire". Découvertes Gallimard, 2011)
 
***
Tzara, 1947:
 
"On sait quelle importance j'ai accordée au surréalisme, qui a fait de la poésie une activité liée aux manifestations de la vie, une manière de vivre. Il a su rendre consciente la transformation de la révolte du poète en un sentiment révolutionnaire. Il a essayé, à la suite de Baudelaire, de Rimbaud, de concilier le rêve et l'action. Mais je dois dire qu'agiter des gris-gris de sorcier, comme les surréalistes le font aujourd'hui, ne me semble pas constituer la méthode la plus efficace pour effectuer ce changement radical de la société actuelle dont ils avaient fait dépendre l'intégration de leurs activités dans le comportement humain. Les mythes ne se créent pas à partir du cabinet de travail, mais dans l'ardeur de l'action et l'exaltation du combat.
 
La poésie est action. Elle ne se laisse pas cadenasser dans des systèmes clos. Si la poésie ne doit pas servir l'homme, si elle ne doit pas l'aider à se libérer des contraintes intérieures, d'ordre moral, et extérieures, d'ordre social, elle n'est plus qu'objet de jouissance, simplement amusement".
 
Conférence de Tristan Tzara à la Sorbonne, 17 avril 1947 - cité par Pierre Seghers, la Résistance et ses poètes

 
 
***
 
Tristan Tzara - pseudonyme de Samuel Rosenstock - est un poète et essayiste d'origine roumaine.
 
Né dans une famille juive relativement modeste, il devient élève d'un lycée français à Bucarest.
 
Il y fonda en 1912 une revue littéraire de tendance symboliste, avec ses amis Ion Vinea et Marcel Janco.
Ses études secondaires achevées, il s’inscrivit à l’Université de Bucarest pour y suivre simultanément des cours de philosophie et de mathématiques.
Mais ses occupations littéraires et artistiques, puis l’entrée en guerre imminente de la Roumanie aux côtés des Alliés incitèrent ses parents à l’envoyer à Zurich, à l’automne de 1915. Censé y poursuivre des études de philosophie.
 
Il ne tarda pas à fonder le Mouvement Dada, au café Terrasse (le 8 février 1916), qui s’annonçait comme une volonté de maintenir un idéal humain en dépit du conflit mondial. Avec ardeur, Tristan Tzara se préoccupa de nouer des contacts entre les artistes de tous les pays belligérants, à qui il proposa d’accueillir leurs tableaux et leurs poèmes dans les expositions et la revue Dada qu’il animait. Au début, Dada se présentait comme le melting-pot de l’expressionnisme germanique, du futurisme italien, du cubisme français, tout en s’intéressant à des formes d’expression négligées jusqu’alors, telles que l’art nègre. Tzara créa Dada, à Zurich en 1916 avec Marcel Janco, Hugo Ball, Emmy Hennings, Richard Huelsenbeck, Otto et Adya von Rees, Sophie Taeuber, Hans Richter et Christian Schad.
 
Au nom du doute universel et de la spontanéité, il proclama la nécessité de tout détruire et balayer, pour reconstruire sur des valeurs fiables, essentiellement humaines, comme la bonté et la joie de vivre.
 
Dada est l'enfant illégitime d'une sale guerre, une protestation contre l'ordre bourgeois et ses normes dans l'art. "Nous étions hors de nous devant les souffrances et l'avilissement de l'humanité", écrivait Marcel Janco, le compatriote roumain de Tzara.
 
Le Manifeste Dada de 1918 écrit par Tristan Tzara marqua une violente rupture avec toutes les tendances modernistes.
 
Dans le Manifeste Dada de 1918, Tzara écrit:
 
"Revenants ivres d'énergie, nous enfonçons le triton dans la chair insoucieuse. Nous sommes ruissellements de malédictions et abondance, tropique de végétations vertigineuses, gomme et pluie est notre sueur; nous saignons et brûlons la soif, notre sang est vigueur (...). Je vous dis: il n'y a pas de commencement et nous ne tremblons pas, nous ne sommes pas sentimentaux. Nous déchirons, vent furieux, le linge des nuages et des prières et préparons le grand spectacle du désastre, l'incendie et la décomposition".
 
Dada est, dit Tristan Tzara en 1923 (interview à Georges Hugnet), "la matérialisation de son dégoût. Avant Dada, tous les écrivains modernes tenaient à une discipline, à une règle, à une unité. Après Dada, l'indifférence active, la spontanéité, la relativité entrèrent dans la vie"...
 
En 1947 encore, dans "Le Surréalisme et l'après-guerre", Tzara, devenu entre temps communiste, dit de Dada qu'il "naquit d'une révolte qui était commune à toutes les adolescences, qui exigeait une adhésion complète de l'individu aux nécessités profondes de la nature, sans égards pour l'histoire, la logique ou la morale ambiance. Honneur, Patrie, Morale, Famille, Art, Religion, Liberté, Fraternité, que sais-je, autant de notions répondant à des nécessités humaines, dont il ne subsistait que de squelettiques conventions, car elles étaient vidées de tout contenu initial".
 
Quand Tzara importe Dada à Paris en 1920, accueilli par le peintre Picabia, puis par le groupe Littérature qui se tient dans son sillage, Dada est devenu déjà un mouvement artistique international, avec des ramifications à Berlin, une proximité là-bas avec le mouvement spartakiste, et d'avant-garde, à la dimension internationale, regroupant des artistes aussi importants que  les peintres et plasticiens Francis Picabia, Marcel Duchamp, Jean Arp, Man Ray, Max Ernst, George Grosz, Rudolf Schlichter, Raoul Hausmann, Sophie Taeuber Arp, et également les poètes Soupault, Aragon, Breton, Eluard, etc.
 
A Paris, Dada produit une sorte "d'ivresse collective", et de poétique du scandale et de la révolte par l'humour, entendant faire table rase des valeurs consacrées, notamment celles des beaux arts et du bon goût.
 
"Nous proclamions notre dégoût, nous faisions de la spontanéité notre règle de vie, nous ne voulions pas qu'il subsistât une distinction entre la vie et la poésie, notre poésie était une manière d'exister", écrit Tzara en 1947 (Le surréalisme et l'après-guerre).
 
Dada se joue des séparations de genre et de registres de goût, traîne l'Art dans la rue, la raison dans le rêve, la folie et le chaos, ramène la société et ses principes désordonnés et absurdes.
 
Tzara est un des poètes les plus importants de ce mouvement qu’il a fondé avec Jean Arp et Hugo Ball, un mouvement d’avant-garde totalement révolutionnaire dans le sens où il cherchait à rompre avec tous les paramètres établis au cours de l’histoire littéraire et artistique. Le dadaïsme était la pierre angulaire de l'apparition plutard de plusieurs mouvements tels que le surréalisme et, dans une certaine mesure, la Pop Art des années 60.
Tzara écrit ses premiers textes de Dada (notamment 'La Première Aventure Céleste de Monsieur Antipyrine' durant la même année). D'autres recueils paraissent plus tard tels que "Vingt-Cinq Poèmes" paru en 1918 et "Sept Manifestes de Dada" en 1924.
 
Tzara participe au développement des méthodes d'écriture automatique, notamment le collage.
 
À Paris, il organise, avec ses camarades de mouvement, des spectacles de rue pleins d’absurde et de fracas pour épater le bourgeois.
 
Dans les années 1929-1935, Tzara rejoint le mouvement surréaliste, dont plusieurs poètes sont très proches du Parti communiste.
 
Son œuvre poétique n’ayant cessé d’aller dans le même sens, c’est tout naturellement que le surréalisme accueillit Tristan Tzara en 1929 et publia des fragments de son épopée lyrique L’Homme approximatif.
 
Jusqu’en 1935, il participa activement à ce qu’il nommait la période idéologique du mouvement. Bien qu’il se défendît du « freudo-marxisme », son Essai sur la situation de la poésie (1931), son recueil Grains et issues (1935) tentèrent, chacun à leur manière, de concilier la psychanalyse et le marxisme dans l’approche des phénomènes poétiques.
 
Parallèlement, il adhéra, dès sa création, à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), émanation du Parti communiste, à laquelle adhérèrent les surréalistes, et à la Maison de la Culture, fondée par Aragon. Un article dans l’Humanité (27 février) atteste de son soutien au début de l’année 1933, année de l’exclusion du PCF d’André Breton, de René Crevel et de Paul Éluard (après une première adhésion en 1927, et une exclusion en 1933, Eluard, qui restera compagnon de route pendant le Front Populaire et pendant la Résistance, écrivant pour les Lettres françaises clandestines, redevient adhérent du PCF en 1944, et ce jusqu'à sa mort en 1952).
 
Tristan Tzara va fortement s’engager aux côtés des républicains espagnols. Dès le début de la guerre d’Espagne, il fut délégué de l’Association pour la défense de la culture auprès des intellectuels espagnols, dont il assura le secrétariat.
 
En 1937, quand il intervient sur Madrid assiégée au Palais de la Mutualité (dans le cadre de la Maison de la culture), l’Humanité (12 janvier) le présente comme un de ses correspondants à Madrid avec Georges Soria.
 
Il y dénonce les franquistes et récuse “les prétendues atrocités des républicains” (L’Humanité, 16 janvier 1937).
 
Son discours au congrès sur “L’individu et la conscience de l’écrivain” affirme alors sa foi en l’homme et sa conscience révolutionnaire. Il fit ensuite partie des organisateurs du second congrès international des écrivains à Valence et Madrid assiégée.
 
Une photographie le montre sur la tribune honorant la mémoire de Garcia Lorca "assassiné par les rebelles” (Ce soir, 20 juillet 1937).
 
Son discours sur « L’Individu et la conscience de l’écrivain » affirmait sa foi en la dignité humaine dans la conscience révolutionnaire. Il publie aussi dans Regards (« Les beautés de l’Espagne ») la même année, un article dénonçant la non intervention des démocraties française et britannique. Et c’est bien sûr dans Ce soir (2 août) qu’il rend ensuite hommage à Gerda Taro.
 
 
En 1939, au moment de l’effondrement de la République, il organise des collectes pour sauver « les intellectuels espagnols » (Ce soir, 13 février).
 
Durant l’Occupation, Tristan Tzara fut contraint de vivre dans la clandestinité à Souillac (Lot), où il fit circuler quelques poèmes, en contrebande.
 
A Toulouse et à Cahors, Tzara publie deux poèmes-tracts en 1944: "Une route seul soleil", "ça va".
 
ça va
 
trotte trotte petit cheval
la maison s'écroule
les coups de la voix se brisent contre l'enclume
la fumée vous happe
hommes ou vous qui avez cru l'être
pauvres petits morceaux de bois égarés
les mots hachés
enlevez-les tuez-les à même l'arbre
les enfants
eux au moins ont le sang menu
sur les routes des lèvres s'enfuient des regards
qui ne peuvent plus porter les corps dans leur pitié
si mince berceuse qu'à jamais se déchire le lien
mais qu'importe torture
yeux crevés de nacre
mâchoires de serpe
nuit envenimée par des postes
cachettes de braise
tout autour la solitude un seul cristal chacun pour soi
trotte trotte petit cheval
 
la meute sauvage a pénétré dans le sang
il gicle des tempes les silex sous le fer
la mort ne vient pas il faut courir longtemps après elle
un coup de poing le mot dans la gorge fêlée
tempes démentelées
et la tension dans l'ombre des muscles de l'attente
là-bas tout est flamme et ceux qui s'enfuient - des lapins
pauvres flammes hagardes
vont tomber dans la flamme battante
et alors que ne parlez vous roses magnétiques
des vents de la faim et de la soif ces doux jardins de l'homme
     enfantin
d'autrefois d'amour trouble de froid
le mot noyé dans la gorge un râle antique
tout cela là-bas
et le pollen des cendres aux neiges titubantes
trotte trotte petit cheval
 
défaites la lèpre des repas
délivrez les scorpions lunaires
ouvrez les écluses de boue
et les trappes de l'indignité
défoncez les barrages
que le flot de cadavres liquides submerge nos murs
et de toute la puanteur de ce nouvel enfantement
que l'homme se gorge jusqu'aux repaires de sa mémoire d'amour
jusqu'au crachat des visages
écrasez-les tuez-les à même l'arbre
jusqu'aux maudites tendresses des mères ici-bas
et à la confiance végétale des enfants qu'importe
des piques et des cadenas
des mouches vous dis-je des mouches de colle
et des visages d'enfants parmi les chairs
et de bruissantes corolles d'alphabets égrenés
comme un commencement du monde déjà putréfié défiguré
avant d'avoir goûté au cœur fruité du vent
le lait floral des fins envols
une seule larme immobile
trotte trotte petit cheval
 
rien au bout des doutes
rien dans les poches de l'eau
où vas-tu chargé de paysages morts
à ne pas voir ni sentir le temps aux coutures
je ne sais plus sable
trotte trotte petit cheval
 
Tristan Tzara, Souillac, 2 juin 1943
 
Tzara collabora après la Libération aux nombreux journaux issus de la Résistance, en particulier aux Lettres françaises, en sa qualité de membre du Comité national des écrivains, dont il fut l’animateur dans la clandestinité pour la zone sud-ouest, présidant, de 1944 à 1946, le Centre des intellectuels à Toulouse. Il contribua à la constitution du Centre d’études occitanes. Son article « Poésie latente, poésie manifeste » réfuta la notion sartrienne de « littérature engagée » car, pour lui, c’est le poète qui est plongé dans la vie, jusqu’au cou.
 
Simultanément, lors de sa conférence à la Sorbonne « Le surréalisme et l’après-guerre » (17 mars 1947), il reprocha aux surréalistes d’avoir déserté le combat pendant la guerre et de n’avoir été d’aucun recours pour l’individu en cette période (Les Lettres françaises, 28 mars 1947).
 
Tzara règle ainsi définitivement ses comptes avec les surréalistes, et en particulier avec André Breton. Cette soirée, houleuse, s’inscrit dans le contexte de la renaissance des « scandales littéraires » et dans la polémique autour d’’Arthur Koestler, soutenu par Breton dans Le Figaro Littéraire (fin 1946, Koestler a publié son Yogi et le commissaire).
 
Naturalisé français en avril de la même année, Tristan Tzara adhère alors au Parti communiste, dont il avait déjà la confiance depuis longtemps.
 
De grands recueils (La Face intérieure, De Mémoire d’homme) attestent la puissance de son verbe poétique qu’il n’aliéna jamais à une cause particulière.
 
C’est cette fois surtout aux Lettres françaises qu’il va trouver sa place, y donnant régulièrement des articles, et accédant à une véritable reconnaissance littéraire auprès des communistes.
 
Sa poésie y est qualifiée d’une « richesses exceptionnelles » (8 août 1947 pour la publication de Morceaux choisis), et on vante « son extraordinaire faculté de renouvellement » et son « génie verbal » (22 avril 1948). C’est avant tout dans l’hebdomadaire dirigé par Aragon que l’ancien dadaïste justifie son adhésion au PCF, et donc son rejet du surréalisme au profit d’une écriture engagée dans l’action.
 
On le retrouve aussi très présent au sein du Mouvement de la paix au début des années 1950, défendant aux Assises de Paris le poète turc Nazim Hikmet (Lettres françaises, 27 avril 1950). En lien avec le Conseil national des écrivains, il participe également aux « Batailles du livre ». Sans défendre stricto sensu le « réalisme socialiste », il promeut des artistes du Parti comme Picasso (Lettres françaises, 10 août 1950), et vante aussi l’art d’un James Ensor (8 décembre 1950).
 
Après la guerre, il aborda d'autres thèmes et problèmes existentiels plus actuels dans ses nouveaux livres 'Terre sur Terre' en 1946 et De Mémoire et La Face Intérieure en 1953 et 'Parler Seul' en 1655.
 
Tristan Tzara meurt le 24 décembre 1963 à son domicile à Paris et a été enterré au cimetière Montparnasse.
 
Source:
Livret de l'exposition Dada au centre Georges Pompidou
Article du Maitron sur Tristan Tzara - par Henri Béhar
La Résistance et ses poètes, Pierre Seghers
Valère Staraselski - Aragon La liaison délibérée (L'Harmattan)
Jean Ristat - Aragon."Commencez par le lire". Découvertes Gallimard, 2011
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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 06:00
Communist'Art: Nâzim Hikmet (1901-1963)
Nostalgie - Nâzim HIKMET
 
Cela fait cent ans
que je n’ai pas vu ton visage
que je n’ai pas passé mon bras
autour de ta taille
que je ne vois plus mon visage dans tes yeux
cela fait cent ans que je ne pose plus de question
à la lumière de ton esprit
que je n’ai pas touché à la chaleur de ton ventre.
Cela fait cent ans
qu’une femme m’attend
dans une ville.
Nous étions penchés sur la même branche,
sur la même branche
nous en sommes tombés, nous nous sommes quittés
entre nous tout un siècle
dans le temps et dans l’espace.
Cela fait cent ans que dans la pénombre
je cours derrière toi.
Tu es mon ivresse
De toi je n’ai point dessoûlé
Je ne puis dessoûler
Je ne veux point dessoûler
Ma tête lourde
Mes genoux écorchés
Mes vêtements crottés
Je vais vers ta lumière qui brille et qui s’éteint
en titubant, tombant, me relevant
 
Nâzim HIKMET
Nâzim Hikmet (1901, Salonique -1963, Moscou)
 
Poète turc, né à Salonique (aujourd'hui en Grèce), dans une vieille famille de dignitaires ottomans, Nâzim Hikmet a longtemps été exilé à l'étranger pour avoir été militant du Parti communiste de Turquie. Il est l'une des plus importantes figures de la littérature turque du xxe siècle, et l'un des premiers poètes turcs à utiliser des vers libres.
Révolté par l'occupation d'Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l'indépendance et enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il multiplie les allers-retours avec la Russie.
En 1922, il est à Moscou, où il s’inscrit à l’université des Peuples d’Orient pour étudier le marxisme. Il y rencontre les futuristes, se lie d’amitié avec Maïakovski, qui aura une grande influence sur ses poèmes inspirés de l’industrialisation et de la construction du socialisme en URSS, monte la garde devant le catafalque de Lénine. De retour en Turquie, il milite dans les rangs du Parti communiste turc clandestin, séjourne de nouveau à Moscou (1925-1928) et profite d’une amnistie pour rentrer au pays, où il publiera, jusqu’en 1932, cinq recueils de poèmes qui connaîtront un grand succès. Arrêté pour « complot contre l’État », il sera emprisonné à Bursa, d’abord jusqu’en 1935, puis de 1938 à 1950 pour avoir « incité la marine à l’insurrection ». Cette condamnation, prononcée au terme d’un long procès monté de toutes pièces, lui permettra de renouer avec la littérature populaire d’Anatolie au travers des détenus paysans qu’il rencontrera en prison.
En 1950, il entame une grève de la faim soutenue par un comité d’organisation international pour sa libération et, une fois la liberté recouvrée, quitte clandestinement la Turquie, laissant derrière lui son fils nouveau-né et son épouse. Il s’installe à Moscou et écrit des pièces de théâtre ainsi que des poèmes nostalgiques imprégnés de l’angoisse de la mort. Il parcourt le monde, faisant de nombreux séjours dans des villes européennes, asiatiques, africaines mais aussi à La Havane, pour défendre la cause de la paix : « Au cours de ma trente-sixième année, j’ai parcouru en six mois quatre mètres carrés de béton / Dans ma cinquante-neuvième année, j’ai volé de Prague à La Havane en dix-huit heures. » Dans sa soixante et unième année, il meurt d’une crise cardiaque, laissant un poème testament : « Enterrez-moi en Anatolie, dans un cimetière de village / Et si possible, un platane au-dessus de moi suffit. »
Après une longue période d’interdiction, ses livres sont de nouveau publiés en Turquie, mais la démarche qui a été faite par sa famille pour rapatrier sa dépouille n’a toujours pas abouti. Par contre, le gouvernement turc, après l’avoir persécuté tout au long de sa vie, le réhabilita en lui rendant à titre posthume la nationalité dont il avait été déchu en 1950.
Nazim Hikmet fut avant tout un grand novateur de la poésie turque contemporaine. Il s’exprima en vers libre, en faisant table rase des formes fixes traditionnelles. Sous l’influence du futurisme russe et de son avatar, le constructivisme, il chanta la nouvelle société, mais aussi le combat des hommes épris de justice sociale et de liberté. Il évolua plus tard vers une synthèse moderne de la tradition épique en composant "l’Épopée du cheikh Bedreddine" et "Paysages humains". Dans le premier ouvrage, il utilisa à merveille les sonorités de la poésie ottomane pour décrire une révolte paysanne du XVe siècle à caractère religieux et à visée communautaire, prônant l’abolition de la propriété privée et des discriminations religieuses.
 
Je suis communiste - Nâzim Hikmet
 
Je suis communiste.
 
Parce que je ne vois pas une meilleure économie au monde que le communisme.
 
Je suis communiste.
Parce que je souffre de voir les gens souffrir.
 
Je suis communiste.
Parce que je crois en l’utopie d’une société juste.
 
Je suis communiste.
Parce que chacun doit avoir ce dont il a besoin et donner ce qu’il peut.
 
Je suis communiste.
Parce que je pense que le bonheur est la solidarité humaine.
 
Je suis communiste.
Parce que je pense que toutes les personnes ont droit au logement, à la santé, à l’éducation, à l’emploi décent, à la retraite.
 
Je suis communiste.
Parce que je ne crois en aucun Dieu.
 
Je suis communiste.
Parce que personne n’a encore trouvé une meilleure idée.
 
Je suis communiste.
Parce que je crois aux êtres humains.
 
Je suis communiste.
Parce que j’espère qu’un jour toute l’humanité sera communiste.
 
Je suis communiste.
Parce que bon nombre des meilleures personnes dans le monde ont été et sont communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que je déteste l’hypocrisie et que j’aime la vérité.
 
Je suis communiste.
Parce qu’il n’y a pas de distinction entre moi et les autres.
 
Je suis communiste.
Parce que je suis contre le marché libre.
 
Je suis communiste.
Parce que je veux me battre toute ma vie pour le bien de l’humanité.
 
Je suis communiste.
Parce que le peuple uni ne sera jamais vaincu.
 
Je suis communiste.
Parce que vous pouvez faire des erreurs, mais pas au point d’être un capitaliste.
 
Je suis communiste.
Parce que j’aime la vie et je me bats à tes côtés.
 
Je suis communiste.
Parce que très peu de gens sont communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que certains disent être communiste et ne le sont pas.
 
Je suis communiste.
Parce que l’exploitation de l’homme par l’homme existe parce qu’il n’y a pas de communisme.
 
Je suis communiste.
Parce que mon esprit et mon cœur sont communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que je suis important tous les jours.
 
Je suis communiste.
Parce que la coopération entre les peuples est la seule voie vers la paix entre les hommes.
 
Je suis communiste.
Parce que la responsabilité de tant de misère de l’humanité est celle de tous ceux qui ne sont pas communistes.
 
Je suis communiste.
Parce que je ne veux pas le pouvoir personnel, mais le pouvoir du peuple.
 
Je suis communiste.
Parce que personne n’a réussi à me convaincre que ce n’est pas le cas.
 
Nazim Hikmet
 
Source: article de 2013 de Nedim Gursel dans L'Humanité: https://www.humanite.fr/.../nazim-hikmet-je-n-ai-pas-ete...
 
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17 février 2023 5 17 /02 /février /2023 09:58
Chili. Enfin la vérité sur la mort du poète Pablo Neruda ? - L'Humanité, Lina Sankari, 15 février 2023
Chili. Enfin la vérité sur la mort du poète Pablo Neruda ?

Le troisième panel d’experts doit rendre ses conclusions ce 15 février sur les circonstances du décès du poète. Sa famille confirme la présence d’un bacille meurtrier, accréditant la thèse de l’empoisonnement par les sbires de Pinochet.

Mercredi 15 février 2023, L'Humanité
 

À propos de son Chant général, Pablo Neruda avait l’habitude de dire qu’il n’y a pas « de matériel antipoétique lorsqu’il s’agit de nos réalités ». « Les faits les plus obscurs de nos peuples doivent être brandis en pleine lumière », ajoutait-il lors de la sortie de ce qui se révéla l’un de ses plus grands gestes lyriques.

Cinquante ans après son décès, la lumière pourrait bientôt surgir de sa dépouille. Celle qui permettrait d’éclairer les circonstances de sa mort, le 23 septembre 1973, douze jours après le coup d’État au Chili contre Salvador Allende. Ce 13 février, la famille du poète a révélé une partie des résultats de l’étude menée par le troisième panel de scientifiques du centre d’ADN ancien de l’université McMaster (Canada) et du département de médecine légale de l’université de Copenhague (Danemark), dont les conclusions devraient être rendues aujourd’hui. Des traces de la bactérie Clostridium botulinum ont été retrouvées dans ses os, favorisant la thèse de l’empoisonnement par les sbires du général Augusto Pinochet. « Il ne fait aucun doute que Neruda a été tué ! » tranche le neveu du prix Nobel, Rodolfo Reves.

Un bateau militaire devant la demeure de Neruda

Officiellement, le certificat rédigé par la junte mentionne un décès des suites d’un cancer de la prostate. Les experts qui, mis sous pression, ont déjà repoussé plusieurs fois la publication de leur rapport, sont pourtant formels : le bacille en cause, généralement présent dans le sol, n’a pas pénétré le cercueil mais était déjà présent dans le corps du poète avant qu’il ne rende son dernier souffle. « La balle mortelle de Neruda a été retrouvée, celle qu’il avait dans son corps. Qui a tiré ? Cela se saura bientôt », appuie Rodolfo Reves.

Après une longue bataille judiciaire, la dépouille de Pablo Neruda avait été exhumée en 2013. Son chauffeur et garde du corps, Manuel Araya, a toujours eu l’intime conviction de l’assassinat de celui qui fut également diplomate. « Nous, nous craignions pour sa vie car on le savait en danger. L’ambassadeur du Mexique voulait le faire sortir du pays », livrait-il à l’Humanité en 2013.

Dix jours avant son décès, un bateau militaire se poste devant la demeure de Neruda à Isla Negra, avant d’accoster et de demander combien de personnes sont employées par l’écrivain. Il reviendra à plusieurs reprises. « Pablo Neruda était un symbole à abattre. Il fut sénateur, candidat à la présidence, prix Nobel, communiste. Il était connu, reconnu et apprécié du peuple », témoigne Manuel Araya.

Des bactéries utilisées par le biochimiste de la police secrète de Pinochet

Le 22 septembre 1973, le garde du corps se rend avec Matilde, l’épouse de Neruda, dans leur demeure pour rassembler quelques affaires. L’après-midi même, on les informe qu’une injection a été pratiquée à la clinique Santa Maria à Santiago où le poète est hospitalisé. « Lorsque nous revenons à la clinique, Neruda est rouge, il me dit que tout son corps le brûle », confie-t-il. En quittant le centre médical, deux véhicules attendent Manuel Araya, qui échoue au commissariat. La suite des événements ne laisse d’interroger. Sergio Draper, le médecin qui a pratiqué l’injection, assure que Neruda est mort dans ses bras. Une version qu’il dément lors de son témoignage : il explique subitement ne pas avoir été présent à la clinique au moment du décès.

 
Lire aussi dans Le Chiffon Rouge:

Pablo Neruda - La Chanson désespérée ou la romance de Santiago du Chili (1924)

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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 10:04
Communist'Art: Madeleine Riffaud, poète en Résistance

Madeleine Riffaud, poète en Résistance

(Dans "La Résistance et ses poètes", Pierre Seghers. Le recueil de poème de cette femme, partisan et poète, officier FTP à 20 ans, adjointe du colonel Fabien, qui a abattu des chefs miliciens et des officiers allemands, a été arrêtée, torturée, condamnée à mort, échappant par miracle à l'exécution, ont été publiés dans le recueil "Le poing fermé" préfacé par Eluard, puis à nouveau dans un nouveau recueil de poèmes de Madeleine Riffaud en 1973 - Le Cheval Rouge, aux éditeurs français réunis).

Neuf balles

A Jean-Pierre M (16 ans)

Neuf balles dans mon chargeur
Pour venger tous nos frères.

ça fait mal de tuer.
C'est la première fois.

Sept balles dans mon chargeur.
C'était si simple.

L'homme qui tirait l'autre nuit.
C'était moi.

***
Traquenard

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Ils me font marcher entre eux deux

Ce dimanche de plein soleil

Vers la grande prison

A l’entrée des enfers.

A ma gauche est un policier.

A ma droite est un policier.

Dans chaque poche un revolver.

Et devant moi

Et devant moi

Oh ! Les hautes grilles de fer !

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Sitôt les verrous refermés

On entend les nôtres crier.

Et dehors c’est dimanche

Et dehors c’est l’été.

Dans une église, l’orgue chante.

Un pigeon tout blanc dans l’air bleu

En vol, a caressé ma joue.

Et derrière moi

Et devant moi

Oh ! les hautes grilles de fer !

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Si je suis prise, me disai-je

Me restera-t-il seulement

Un coin de ciel tout bleu

A regarder souvent

Un coin de ciel comme une flaque

Au bois, telle la flaque de pluie

Où vont boire les bêtes blessées ?

- Mais la fenêtre ils l’ont murée,

La fenêtre aux barreaux de fer.

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

BS 2, 23 juiller 1944*

 

* BS 2 : Brigade spéciale n°2. Il s’agit d’une section de la Gestapo française, siégeant alors en face de la cathédrale Notre-Dame de Paris

 

***

 

Mitard

 

1

 

Un Allemand, poison et fer

Écrase des souris à grands coups de talon.

Le sol de la cellule est sanglant

De leurs petits corps mutilés.

Une patte levée, dans la chair et le sang.

Un petit cri aigu à transpercer la tête.

Un Allemand s’amuse à tuer des souris.

Et la pluie nous rend fous.

 

2

 

Ils m’ont jeté un chapelet

Dans le noir glacé du cachot

- Chaîne de fer et croix de bois -

Le chapelet des fusillés.

Il sent l’église au mois de mai

Fête-Dieu, cierges et encens,

Réticule de mère-grand.

Entre mes mains chaîne légère

Auprès des menottes coupantes.

Ils m’ont jeté un chapelet

Comme au chien un os à ronger.

 

3

 

Les grosses clefs dans les serrures

Même la nuit tournent encore

Et les éclats de leurs voix dures

Me font sursauter si je dors.

 

Bottes ferrées dans les couloirs.

Porte entrouverte et refermée :

Un camarade est emmené.

 

Sur les murs, il y a des cris

Des mots gravés avec un clou.

Oh désespoir, ou espoir fou

De ceux qui sont morts avant moi…

 

Je sens bien qu’ils sont encore là

Autour de moi, et me regardent.

Leurs yeux s’allument quelquefois

Dans le noir comme dans les étoiles.

 

Et ma tête s’appuie

A leurs épaules d’ombre.

 

***

 

CHANSON

 

Ils me band’ront les yeux

Avec un mouchoir bleu

Ils me feront mourir

Sans me faire souffrir

 

Ils m’avaient tué un camarade,

Je leur ai tué un camarade.

Ils m’ont battue et enfermée

Ont mis des fers à mes poignets

 

- Sept pas de long

A ma cellule

Et en largeur

Quatre petits-

 

Elle est murée – plus de lumière-

La fenêtre de mon cachot.

Et, la porte, elle est verrouillée.

J’ai les menottes dans le dos.

 

- Tu te souviens ?

Soirs sur la Seine…

Et les reflets…

Le ciel et l’eau...

 

Ils sont dehors, mes frères de guerre

Dans le soleil et dans le vent

Et si je pleure – je pleure souvent -

C’est qu’ici je ne puis rien faire

 

- Sept pas de long

Et puis un mur,

Si durs, les murs

Et la serrure.

 

Ils ont bien pu tordre mes mains

Je n’ai jamais livré vos noms.

On doit me fusiller. Demain.

As-tu très peur, dis ? Oui ou non ?

 

Le temps a pris

Le mors aux dents

Courez, courez

Après le temps !

 

Ceux-là, demain, qui me tueront,

Ne les tuez pas à leur tour.

Ce soir, mon cœur n’est plus qu’amour.

Ce sera comme la chanson :

 

Les yeux bandés

Le mouchoir bleu

Le poing levé

Le grand adieu.

 

Poèmes écrits pour la plupart à la prison de Fresnes, repris dans Le Poing fermé (1945) et dans Cheval Rouge, éditeurs français réunis

 

***

 

 

Née en 1924, Madeleine Riffaud grandit avec un père instituteur dans un village de la Somme marqué par la première guerre mondiale, jouant surtout avec les garçons dont elle aime partager les aventures.

Sous le Front Populaire, elle découvre les joies des vacances dans le futur village martyr d'Oradour-sur-Glane. Pendant l'exode, son grand-père adoré la recueille, elle est envoyée chez une amie pacifiste de ses parents, trop complaisante avec les Allemands, à Amiens. A la mort de son grand-père, Madeleine contracte la tuberculose, et c'est dans son sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet non loin de Chalon-sur-Saône, qu'elle découvre la proximité de la mort et de la souffrance, l'amour, et qu'elle rencontre des résistants. Elle s'éprend d'un ami de ses parents, d'origine normande, résistant, et gagne Paris avec lui où elle passe son examen de sage-femme pour se donner une couverture et ne va pas tarder elle-même, à l'automne 42, à rentrer dans un réseau de résistance, sous le nom d'homme de Rainer, référence au poète allemand Rainer Maria Rilke, décédé d'une leucémie après s'être piqué avec une épine de rose, la fleur préférée de Madeleine.

Début 1944, elle entre en même temps au Parti communiste et dans la lutte armée. Elle apprend le massacre d’Oradour-sur-Glane, village de sa jeunesse. « Je pensais à cela quand je pédalais dans Paris, aux brûlés vifs que je connaissais. Éluard parlait des “armes de la douleur”. C’était exactement cela.

Madeleine Riffaud sera responsable des étudiants résistants FTP du quartier latin en 1944.

Le 23 juillet 1944, elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solferino. Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles, puis envoyée au siège de la Gestapo rue des Saussaies où elle est torturée par des allemands et des français collaborateurs, puis condamnée à mort.

Elle saute du train qui l'envoie en déportation à partir de la prison de Fresnes et reprend le combat dans la compagnie Saint-Just, attaquant notamment un train rempli de troupes allemandes arrivant aux Buttes Chaumont (gare Ménilmontant).

Madeleine a 20 ans lors de la Libération de Paris et reçoit le brevet de lieutenant FFI le 23 août 1944.

A la Libération, elle devient l'amie d'Eluard et de Picasso, qui fait un portrait d'elle pour illustrer son premier recueil de poésie. Elle devient grand reporter à L'Humanité et amie avec le révolutionnaire communiste vietnamien Ho Chi Minh.

Un article de l'Humanité en 2012, "Madeleine Riffaud, des toits de Paris aux rizières du Vietnam", raconte magnifiquement la suite des aventures de Madeleine:

"Car, à partir de 1964, Madeleine Riffaud devient Chi Tam, la 8e sœur. Elle est l’une des rares occidentales à être acceptée dans les maquis viêt-cong, et devient une combattante à part entière de la résistance vietnamienne. « Ce que j’ai vu au Sud-Vietnam » affiche la une de l’Humanité en novembre 1970, dont le reportage révèle au monde l’horreur de la répression. « Con Son, Tan Hiep, Thu Duc, Chi Hoa… Il nous faut retenir ces noms car, jadis, pour les résistants victimes des nazis, l’enfer a duré cinq ans. Or au Sud-Vietnam, le même enfer dure depuis quinze ans », écrit-elle en 1972, au cœur d’un papier qui dénonce les atrocités commises par l’administration américaine. « Voilà la démocratie de Nixon, conclut-elle. Voilà la paix que les vaincus, en s’en allant, voudraient accorder à des hommes, des femmes estropiés à vie par les tortures sans fin… » Et elle sait de quoi elle parle : « Le drame est d’être passée de la Résistance aux guerres coloniales. J’ai été correspondante de guerre pour dire mon horreur des conflits. » « On disait des Viêt-cong : ce sont des hommes sans visage. » Ces combattants de l’ombre retrouvent le sourire devant l’objectif de Madeleine Riffaud, qui s’attache à leur redonner une identité. Dans ces déluges de violences qu’elle décrit, la poésie n’est jamais loin, derrière une description des rizières vietnamiennes ou des images de typhons, autant de métaphores de la mort, omniprésente. La couverture de la guerre d’Algérie la ramène rue des Saussaies, où la police française torture les militants du FLN, là même où elle a connu l’enfer. Le 7 mars 1961, l’Humanité sort avec une page blanche, marquée en son centre de ce seul mot : « Censuré ». À l’origine de la saisie, un article de Madeleine Riffaud sur les tortures pratiquées à Paris, qui déclenche la fureur du préfet de police, Maurice Papon, qui porte plainte en diffamation et demande des dommages et intérêts. Elle réchappe de peu à un attentat de l’OAS et passe plusieurs mois à l’hôpital.

En 1973, Madeleine Riffaud emprunte une nouvelle identité et repousse toujours plus loin les limites de l’investigation. Elle devient Marthe, se fait embaucher dans un hôpital parisien comme aide-soignante. Elle récure les sols, prodigue les soins aux patients, veille la nuit des mourants anonymes. De cette expérience, elle en tire un récit lucide et tendre sur l’univers hospitalier, les Linges de la nuit, sur ce qui se joue sous les draps blancs, quand l’imminence de la mort rebat les cartes des rapports humains. Car comme le disait d’elle Jean Marcenac, « Madeleine Riffaud est un poète qui a pris résolument le parti de s’exprimer par le journal… Elle a toute seule créé ce qu’il faut bien nommer un genre et, finalement, elle a parfaitement réussi».

Madeleine est toujours vivante, lucide, militante, à 98 ans. Une magnifique BD « Madeleine, Résistante » (Bertail- Riffaud/ Morvan, Aire Libre 1. La Rose dégoupillée) retrace sa vie. Tout récemment elle a été abandonnée sur un brancard sans manger pendant 24 heures, aux Hôpitaux de Paris. Dans une tribune à l’intention de Nicolas Revel, Directeur de l’APHP, elle dénonce l’état révoltant de l’hôpital public.


 

Il y a deux semaines, j’ai dû me rendre aux urgences pour un examen important dû à un covid long, variant omicron.

Le SAMU m’a emmenée à l’hôpital Lariboisière, à midi et demi, le dimanche 4 septembre pour examens. Je me suis retrouvée couchée au milieu de malades qui hurlaient de douleur, de rage, d’abandon, que sais-je. Et les infirmières couraient là-dedans, débordées… Elles distribuaient des « J’arrive ! » et des « ça marche ! » « J’arrive, j’arrive ! ». Mais personne n’arrivait. Jamais.

Moi-même, j’ai mis douze heures pour obtenir la moitié d’un verre d’une eau douteuse. Tiède. Je suis restée 24 heures sur le même brancard, sans rien manger, dans un no man’s land. C’était Kafka.

Rendez-vous compte : je suis aveugle. Je sentais parfois qu’on emportait mon brancard, que je traversais une cour, peut-être ? Il faisait plus froid, c’est tout ce que je peux dire. Et puis on m’a laissée là, sans aucune affaire, sans moyen de communication avec mes proches (qu’on ne prévenait d’ailleurs pas de l’évolution de la situation, seul le docteur Christophe Prudhomme a pu avoir quelques nouvelles, je le remercie ici).

Étais-je dans un couloir ? Dans une salle commune ? Au bout d’un moment, j’ai vraiment cru que je devenais folle. Ah, si j’avais eu un appareil photo comme quand j’étais reporter de guerre… Si j’avais pu voir ce que j’entendais… Dès l’arrivée à l’hôpital, mon ambulance est passée devant des gens d’une absolue pauvreté, qui se plaignaient à grands cris d’avoir été refoulés.

Drogue ? Misère sociale ? 

Ceux-là n’ont même pas été admis dans « le service-porte », la foire aux malades, l’antichambre de l’hôpital par où l’on accède aux urgences. Les infirmières, qui n’ont déjà pas assez de temps à consacrer aux malades admis entre les murs, les voient forcément quand elles vont prendre leur service.

Nul doute que leur vocation est réduite en charpie depuis longtemps. D’où les « Ça marche », les « J’arrive. » J’ai entendu ça toute la nuit.

Les infirmières et aides-soignants, je les connais bien, j’ai vécu parmi eux, je sais qu’elles auraient éperdument voulu arriver à s’occuper de chacun… Et surtout que l’hôpital marche.

Le lendemain après-midi, l’hôpital n’ayant pas de lit disponible pour moi, on m’a transférée dans une clinique privée, sans jamais avoir prévenu mes proches. J’étais la troisième âme errante que cette clinique réceptionnait ce jour-là.

J’avais déjà fait une enquête de l’intérieur en 1974, en m’engageant incognito comme aide-soignante dans un service de chirurgie cardio-vasculaire d’un hôpital parisien. J’avais aussi travaillé au SAMU dans le service du professeur Huguenard à l’hôpital Mondor. De cette immersion, j’ai publié le livre “Les linges de la nuit” qui s’est vendu à près d’un million d’exemplaires en 1974 (réédité chez Michel Laffont en 2021).

Hôpital d’il y a cinquante ans ou hôpital ultramoderne, les problèmes sont toujours les mêmes : manque de personnel qualifié, manque de crédit, l’écart se creuse entre la technique de la médecine de pointe et les moyens mis à sa disposition.

Après la sortie du livre, j’avais rencontré le directeur de l’Assistance Publique dans un face à face télévisé. Nous étions tombés d’accord sur tous les points ! Tout le monde est d’accord, sauf les gouvernements qui se suivent et qui, au mieux, ne bougent pas.

Nous avions été nombreux, au cours des années, à témoigner sur l’état lamentable de la santé. Durant tout ce temps, aucun dirigeant n’a voulu entendre. Si la pandémie de 2020 a changé quelque chose, c’est en mal : le personnel est épuisé. L’état les a tous abandonnés, soignants comme malades.

Ma mésaventure, c’est une histoire quotidienne dans l’hôpital en France.

Mon sort est celui de millions de Parisiens et de Français.

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais demandé de passe-droit de toute ma vie. Mon âge n’y change rien. Mais j’ai remarqué qu’il était presque une circonstance aggravante, et ce pour deux raisons :

1/ On pensait que j’étais trop vieille pour que ça vaille la peine de me soigner (réflexe pris lors de l’épidémie de covid ?).

2/ Dès que je parlais, on se disait que j’étais gâteuse et on pensait d’emblée que je racontais n’importe quoi… alors pas la peine de m’écouter.

Pourtant, j’ai une voix. Une voix qui ne s’en est jamais prise au personnel. Ça ne changera pas.

Évidemment, j’ai mal, mais je vais continuer à me bagarrer, comme d’habitude.

Moi, j’ai de la chance, j’ai des amis, et des confrères journalistes. Mais tous ces pauvres gens qui n’ont personne, que peuvent-ils faire ? Quand on entre dans le circuit infernal, quand on est aspirés dans le néant des urgences, on ne peut pas en sortir indemne. Parfois même, on n’en sort pas vivant… L’infirmier libéral qui vient à mon domicile m’a dit que c’était arrivé à un de ses patients, il y a trois semaines.

Si je peux être leur voix – comme Aubrac m’avait demandé d’être l’une de celle de la Résistance – alors je le serai.

J’ai encore un peu de force, c’est pour la donner !

Madeleine Riffaud

Paris, le 19 septembre 2022

Communist'Art: Madeleine Riffaud, poète en Résistance
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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 06:00
Communist'Art: Eugène Guillevic (1907-1997)
Garçon (Terraqué, 1942) - Eugène Guillevic (1907-1997)
 
C'était en un temps
Où le journal était un carré blanc
Tenu par la mère au-dessus du seuil
jouait l'enfant.
Et dehors il y avait
Tous les nids et tous les champs,
Tous les chemins creux au-dessous du vent
Avec leurs trous pour les serpents.
Il y avait les ronces des champs.
Et en soi une force
Plus forte que le vent,
Pour plus tard et pour maintenant,
Contre tout ce qu'il faudrait,
Certainement.
C'était bien pour sa rançon
Qu'il lui rapportait le pain.
Et pour éteindre son oeil
Qu'il n'abusait pas du lait.
- Il y avait des épaves de pain
Qu'il n'arrivait pas à manger - tellement
Il leur contait de choses.
On fait semblant d'être à la table
Et d'écouter.
Mais on a glissé
Parmi les feuilles mortes,
Et l'on couve la terre.
On peut se sourire
Et y colérer.
On caresse les feuilles
Et on les déchire.
A la voix qui gronde
On en sort mouillé,
Pour obéir.
Mieux valait faire la petite guerre dans les champs
Que s'angoisser au soleil couchant,
A cause de son sourire peut-être, à elle,
Ou à cause de tout.
Mieux valait se faire des bâtons avec le houx
Pour la gueule des chiens,
Mieux valait se battre dans les genêts,
Rendre coup pour coup et deux coups pour un -
Que venir encore aux étranges flaques d'eau,
Pleines de reptiles, de vase, de racines,
Attendre d'y voir le soleil couchant
Verser comme du sang.
Plus pour chercher la carrière des fées,
La dormeuse dans le bois aux merles d'or
La caresse peureuse de la bête caline
Qui sort vers la nuit de la terre des champs,
Les loups de l'hiver pour leur faire tout dire
Des graines de vipère, du palais des guêpes.
S'il est question de loups, ce n'est que pour se battre,
Pour enfoncer le poing bien profond dans leur gueule
Et voir virer leurs yeux - car c'est bon d'être fort.
Quand la guerre est au loin sur les chantiers de l'est,
Les garçons du bourg
S'acharnent aux champs.
Avant que les touche la rosée du soir,
Force est de venir patauger dans l'eau
Près des haies feuillues.
Et toujours ils savent
Y tailler un arc.
Mais ils ne savent pas
S'arracher cette rage.
 
***
 
Fonctionnaire de 35 ans, Guillevic publie son premier recueil de poèmes en 1942 - Terraqué. Certains de ses poèmes ont été écrits une dizaine d'années plus tôt. Le livre, à rebours des influences surréalistes dominantes, est aussitôt remarqué.
Né d'un père gendarme après avoir été marin et d'une mère couturière dont il ne se rappelle que les sévérités, Guillevic ouvre les yeux sur la terre bretonne de Carnac, dans une famille catholique pratiquante, avant d'être balloté au rythme des garnisons de son père (Jeumont dans le Nord, Saint-Jean Brevelay, dans le Morbihan, Ferrette dans le Haut-Rhin, où son père devient chef de brigade). Ses moments de joie, Guillevic les trouve en vacances à Carnac: voilà qui donne au poème "Garçon" son originalité violente, son âpreté, qui tranchent avec nombre d'évocations habituelles de l'enfance: "S'il est question de loups, ce n'est que pour se battre".
La famille, de tradition catholique, vécut en caserne, subissant la stricte discipline de l’institution militaire.
De ses 12 ans à ses 18 ans, Guillevic est en Alsace et y prépare son bachot, se levant tous les jours à 4 heures du matin pour aller au lycée d'Altkirch, à pied jusqu'à la gare, puis par le train, et revenant chez lui à 21h.
À Ferrette le jeune Guillevic apprit l’allemand et se prit de passion pour les poètes Gœthe et Heine. Son intérêt se porta aussi sur la littérature alémanique. Il fréquenta Nathan Katz dont un autre poète, Jean-Paul de Dadelsen, fut aussi l’ami, et le peintre Arthur Schachenmann (1893-1978) qui fit son portrait.
En 1924, il passa la première partie du baccalauréat et s’enthousiasma pour l’œuvre de Baudelaire et de Rimbaud. Cette même année mourut Marie Clotilde, son premier amour d’adolescent. L’année suivante il obtint la deuxième partie du baccalauréat dans la série mathématiques. Son professeur de philosophie lui fit connaître la poésie moderne, Valéry, et surtout les premiers textes surréalistes.
En 1926, reçu au concours de l’Enregistrement, il devint surnuméraire dans le Haut-Rhin à Huningue avant d’être nommé en 1935 rédacteur principal à la Direction générale du ministère des Finances.
Pendant la guerre d'Espagne et le Front Populaire, Guillevic est un compagnon de route du Parti communiste, parti auquel il adhère pendant la guerre, en 1943, participant à des publications de la presse clandestine de la résistance, le Parti communiste français auquel il se dévouera pendant près de 40 ans jusqu'à sa démission en 1980 précédée par une longue période de doute politique.
La préparation de la publication de "Terraqué" mit en relation Eugène Guillevic avec Jean Paulhan puis avec Pierre Drieu La Rochelle, écrivain collaborateur et fasciste, ancien ami d'Aragon, qui avait pris la direction de La Nouvelle Revue française soutenu par Abetz, l’ambassadeur du Reich. Ce fut par un camarade de régiment que Guillevic eut ses premiers contacts avec la Résistance. Il les exposa en ces termes : « J’avais adopté le marxisme et la politique du Parti […] Il y avait eu un moment difficile : le pacte germano-soviétique, mais j’en avais compris le sens quand j’ai été mobilisé grâce à des discussions avec un camarade de régiment, André Adler, qui devait diriger L’Université libre après la mort de Jacques Decour. [… ] Bientôt après on me demandait de participer à la Résistance, d’abord de donner de l’argent pour faire des tracts, puis de participer à l’Honneur des poètes. Comme j’avais publié des poèmes dans la NRF de Drieu tout le monde ne me voyait pas nécessairement d’un bon œil. Moi je considérais ces poèmes comme des poèmes de contrebande. […] J’ai adhéré quand mon ami Adler m’a demandé s’il pouvait me considérer comme un camarade du Parti. » [Choses parlées, entretiens avec Raymond Jean, page 107, 1982.] Terraqué parut en 1942 et Drieu La Rochelle consacra à son auteur un article dans la NRF.
À la Libération il entra au Comité National des Écrivains et fréquenta Éluard, Aragon, Elsa Triolet, Fernand Léger et Pablo Picasso qu’il avait connu dès 1942. De 1945 à 1947 il travailla dans les cabinets de deux ministres communistes, François Billoux à l’Économie nationale et Charles Tillon à la Reconstruction. Après leur éviction du gouvernement en 1947, il réintégra l’Inspection Générale de l’Économie nationale où il resta jusqu’à sa retraite, en 1967. Il publia Fractures et Exécutoire. Précise, concise, parfois rugueuse, toujours généreuse, sa poésie refuse la métaphysique, Guillevic préférant de beaucoup la réalité du corps, de la nature, des lieux qu’il affectionne, des détails de la vie, toutes réalités qu’il se plaît à faire vivre intensément, au gré d’une exploration qui va au plus profond avec une grande économie de mots.

Les années qui suivirent la Libération furent riches en militantisme comme en création poétique. Guillevic présenta ainsi cette période : « Je les apprécie [les communistes] sur le plan humain, sur le plan politique, dans les relations avec les sinistrés. J’ai beaucoup travaillé, beaucoup appris. Cela coïncidait avec un certain remords que j’avais de n’avoir pas assez " résisté " et surtout de n’avoir pas consacré davantage ma poésie à la lutte. » [Ibid, page 108.] Les actions militantes auxquelles il participa avec conviction avaient comme arrière-fond la guerre d’Indochine (1946-1954), les émeutes de Berlin (1953) et de Hongrie (1956), la guerre d’Algérie (1954-1962), la construction du mur de Berlin (1961), la deuxième guerre du Vietnam jusqu’en 1975. Elles furent aussi marquées en 1952 par la mort d’Éluard dont il était proche, par l’exécution des Rosenberg (1953), par la mort de Staline et le processus de déstalinisation qui aboutit au rapport de Khrouchtchev en 1956. En 1949, il fut mis à l’écart parmi les cadres de son ministère sur décision d’Antoine Pinay pour ses activités syndicales et pour avoir soutenu une grève de mineurs. En 1952 Jacqueline Woh devint sa compagne. En 1954 il publia 31 sonnets préfacés par Aragon au moment où celui-ci en faisait l’éloge comme genre littéraire enraciné dans la tradition française. On voulut voir bien à tort dans ces 31 sonnets une attitude de suivisme politico-littéraire. En fait c’est par goût d’une forme courte qui comporte la faculté de dire beaucoup que Guillevic s’adonna à ce genre et il persista à écrire des sonnets jusqu’en 1967, beaucoup d’entre eux n’étant publiés qu’après sa mort. En 1960, il fut l’objet d’une manœuvre de son administration qui lui proposa de quitter le Parti communiste contre une promotion au rang d’Inspecteur Général de l’Économie nationale qui lui avait été refusée jusque-là. À ce marché il répondit malicieusement : « Vous m’obligez donc à rester dans ce foutu parti ! » [Vivre en poésie, p. 140.]. Cette année-là moururent deux poètes qui comptaient pour lui : Reverdy, qu’il connaissait depuis 1944, et Supervielle, depuis les années d’avant-guerre. 1962 lui apporta la consécration d’un Guillevic de son ami Jean Tortel dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » qui remplaçait l’ancienne étude de Pierre Daix parue en 1954. En 1963 il est mis en congé spécial ce qui lui permit de lire davantage, Proust en particulier pour lequel il éprouvait un penchant très fort et qu’il emmenait volontiers dans ses voyages, notamment à l’étranger. Il rencontra Marianne Auricoste qui devint sa compagne en 1965. En 1967, année de sa prise de retraite, mourut sa fille Irène. L’année suivante, nouvelle consécration : les deux recueils Terraqué et Exécutoire parurent dans la collection Poésie-poche chez Gallimard.

Les événements de 1968 entraînèrent une remise en question des institutions littéraires et Guillevic participa activement à la fondation de l’Union des Écrivains. Il rencontra Lucie Albertini en 1969 qui devint sa femme en 1981. Il publia Encoches aux Éditeurs français réunis, maison d’édition dirigée par Aragon. Ce recueil fit ensuite l’objet d’une édition bilingue français/breton en 1975. En 1970 disparut Elsa Triolet dont il était proche. Il avait écrit en 1949 à partir de son roman L’inspecteur des ruines les Chansons d’Antonin Blond. Ces chansons qui donnent la parole au personnage principal du roman ne sont pas des chansons au sens habituel du terme, mais des poèmes à chanter, qui en quelques mots incarnent et développent la personnalité d’Antonin Blond. Il avait réitéré cette greffe poétique à la suite de la publication des Manigances d’Elsa Triolet en 1962 avec les Chansons de Clarisse qui seront chantées par Jeanne Moreau. L’année suivante, en 1971, mourut un autre ami, Jean Follain.

En 1972, il effectua un voyage en URSS qui le laissa plein d’amertume. Ce voyage confirma pour lui ce qu’il pressentait quand il écrivait : « Devant certaines études soviétiques par exemple je suis accablé. Marx en aurait une attaque d’apoplexie. » [Choses parlées, p. 110] Il mena ensuite en 1978 un long périple en Extrême-Orient qui lui révéla des civilisations aux antipodes de celles de la vieille Europe à laquelle il restait attaché par son histoire, par sa nature. Il devint Président de l’Académie Mallarmé en 1975 et le resta jusqu’en 1993. Il quitta le Parti communiste en 1980 à la suite de désaccords persistants sans renier le corps d’idées pour lesquelles il avait milité pendant presque quarante ans.

Source: François Eychart, article du Maitron sur Guillevic: https://maitron.fr/spip.php?article88874

 
***
"Le français était pour moi déjà une langue hiératique, réservée aux fonctionnaires, aux notables et à l'instruction - chose à mes yeux sacrée. Les paysans ne parlaient pas français. A l'école publique, il était interdit de parler breton (et de cracher par terre). Voilà que ces récitations me révélaient une langue encore différente: le hiératique dans le hiératique. (...) Au-delà du français, il y avait encore une autre langue, celle du poème. J'ai eu alors le sentiment - j'ai souvent employé l'expression mais mon impression date de cette époque - qu'avec de la ficelle, on faisait du fil de fer".
Guillevic avait un rapport charnel, passionné et presque mystique à la Bretagne, un amour pour sa terre natale du Morbihan et de Carnac:
"Mer au bord du néant
Qui se mêle au néant
Pour mieux savoir le ciel
Les plages, les rochers,
Pour mieux les recevoir.
Ils ne sont pas tous dans la mer
Au bord de la mer
Les rochers
Mais ceux qui sont au loin
Égarés dans les terres
Ont un ennui plus bas,
Presque au bord de l'aveu.
Église de Carnac
Qui est comme un rocher
Que l'on aurait creusé
Et meublé de façon
A n'y plus avoir peur.
Nulle part comme à Carnac
Le ciel n'est à la terre,
Ne fait monde avec elle
Pour former comme un lieu
Plutôt lointain que tout
Qui s'avance au-dessous du temps.
(...)
Je te baptise
Du goût de la pierre de Carnac
Du goût de la bruyère et de la coquille d'escargot,
Du goût de l'humus un peu mouillé.
Je te baptise
Du goût de la bougie qui brûle
Du goût du lait cru,
Du goût différent de plusieurs jeunes filles,
Du goût de la pomme verte et de la pomme très mûre.
Je te baptise
Du goût du fer qui commence à rouiller,
Du goût d'une bouche et d'une langue avides,
Du goût de la peau que tu n'as pas salée,
Du goût des bourgeons, des jeunes girolles"
Carnac - Eugène Guillevic - 1956
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12 février 2023 7 12 /02 /février /2023 08:46
Carlos Saura est décédé cette semaine. L'actualité politique d'un pays au bord de l'implosion a invisibilisé la disparition de ce grand cinéaste, rebelle contre la dictature franquiste.
Il aura marqué plusieurs générations de cinéphiles et de militants.
Carlos Saura, mort d’un maître du cinéma espagnol.
 
Disparition de Carlos Saura
Il devait recevoir, samedi, un Goya d’honneur, l’équivalent de nos César, pour l’ensemble de son œuvre. Il est mort vendredi 10 février. Il venait d’avoir 91 ans.
 
Vendredi 10 Février 2023
Marie-José Sirach - L'Humanité
Évoquer la disparition de Carlos Saura, c’est rembobiner le fil de l’histoire de l’Espagne de la deuxième moitié du vingtième siècle. Saura a filmé sous la dictature franquiste, rusant, déjouant les ciseaux de la censure franquiste. Ces films ont révélé au monde entier, par des figures allégoriques, la brutalité du système franquiste. Si parfois on y trouve l’influence du néo-réalisme italien, son cinéma était singulier, identifiable par sa liberté et ses audaces. A la mort de Franco, son cinéma emprunte d’autres chemins. Épris de musique et de danse, d’arts plastiques - il était un grand photographe - il réalisera plusieurs films sur le flamenco, le tango, le fado, sur des peintres aussi.
Carlos Saura est né le 4 janvier 1932 dans une famille bourgeoise, libérale et catholique. Il suit des études de cinéma et obtient, en 1957, son diplôme de réalisateur. Dès lors, il ne va jamais cesser de tourner, une cinquantaine de films au total depuis son premier long-métrage “los Golfos” ( “les Voyous”, 1960) jusqu’à son dernier, sorti en salle en Espagne cette semaine, “las Paredes hablan” ( “les Murs parlent”) sur l’histoire de l’art.
Carlos Saura va filmer les bas-fonds madrilènes, suivre l’itinéraire d’enfants pas gâtés, des petites frappes qui traînent leur âme en peine dans un Madrid en constante mutation. Dans “los Golfos” (1960), et “Stress es tres”(1968) jusqu’à “Deprisa deprisa” ( “Vivre vite”, 1981), il brosse le portrait d’une jeunesse désoeuvrée, sans espoir, qui étouffe dans une société régit par l’ordre et l’Eglise. Jamais à court d’inspiration, Saura s’essaie aussi au drame psychologique et met à nu, derrière la façade d’une vie bien rangée, une bourgeoisie décadente ( “la Madriguera”,1969; “la Cousine Angélique”, 1973). Sa trilogie - “Ana et les loups” (1972), “Cria Cuervos” (1976) (1) et “Maman a 100 ans” (1979), auquel il conviendrait d’ajouter “la Chasse” (1966), et il serait plus juste de parler amors de quatuor, provoque une onde de choc tant ces films révèlent la cruauté du fascisme à l’oeuvre jusque dans l’intimité familiale et dans le monde de l’enfance.
En mission politique contre Franco
Avec sa trilogie consacrée au flamenco, “Noces de sang” (1981), “Carmen” (1983) et “l’Amour sorcier” (1986), son cinéma prend un autre chemin. Interrogé dans nos colonnes lors de la sortie de “Fado” (2009), à la question: “Vous avez été le cinéaste de l’anti franquisme mais pas du post-franquisme. êtes-vous d’accord avec cette idée?”, il m’avait répondu: “Tout à fait. Ma “mission politique s’est achevée à la mort de Franco”.
Carlos Saura a filmé la terre d’Espagne avec passion, des paysages arides parsemés de chênes lièges faméliques, des routes poussiéreuses désertes mais aussi des hommes et des femmes au visage brûlé par le soleil, d’autres aux allures militaires, le corps raide, le regard vide qui vont et viennent prisonniers dans leurs appartements cossus qui sentent la cire et l’encaustique. Il a été de cette génération d’artistes qui, à l’instar de Luis Berlanga, de Juan Antonio Bardem ou de Martin Patino, avait fait le choix de rester dans leur pays, malgré la censure, malgré les interdits, les obligeant à dénicher des trésors d’imagination pour la contourner ou lui faire un pied de nez. Carlos Saura est mort. Le cinéma perd un maître. Carlos, ¿por qué te vas?
(1) Cria Cuervos, nouvelle sortie en salle le 15 mars 2023.
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3 février 2023 5 03 /02 /février /2023 06:29
Gerda et une syndicaliste: 1er mai 1937 à Paris. Photo Robert Capa

Gerda et une syndicaliste: 1er mai 1937 à Paris. Photo Robert Capa

La Une de ce Soir sur la mort de Gerda Taro, photo-reporter du journal communiste.

La Une de ce Soir sur la mort de Gerda Taro, photo-reporter du journal communiste.

1937. Sur une borne PC (jeu de mot Parti communiste/ Limites communales, "partido comunal" en espagnol), Gerda Taro photographiée par Robert Capa

1937. Sur une borne PC (jeu de mot Parti communiste/ Limites communales, "partido comunal" en espagnol), Gerda Taro photographiée par Robert Capa

Paris, 1935, Gerta Pohorrylle (future Gerda Taro) et André Friedmann (futur Robert Capa). Photo Fred Stein

Paris, 1935, Gerta Pohorrylle (future Gerda Taro) et André Friedmann (futur Robert Capa). Photo Fred Stein

En cheminant avec Gerda Taro, la "pequeña rubia" (la petite blonde) de François Maspero (L'ombre d'une photographe, Gerda Taro - Seuil, 2006), photo reporter de guerre avec son amant et "copain" Robert Capa, travaillant pour les journaux communistes "Ce Soir" et "Regards", et l'agence Alliance, dirigée par Maria Eisner, qui alimentait, financée sans doute par le Komintern, de nombreux journaux communistes de part le monde. Une femme libre, généreuse, créative, émancipée, engagée auprès des communistes dans l'anti-fascisme et la défense de l'Espagne Républicaine, et auprès du Front Populaire également. Gerda Taro, écrasée par un char républicain ayant échappé au contrôle de son conducteur sur la route de Brunete à Madrid le 25 juillet 1937, morte dans une infirmerie de fortune, à demi éventrée, en demandant courageusement une dernière cigarette tout en s'inquiétant de ses appareils photos. Gerda, de son vrai nom Gerta Pohorylle (son pseudonyme n'est pas sans rappeler l'aura de Greta Garbo, star hollywoodienne) née à Stuttgart en 1911, venait de la bonne bourgeoisie juive de Galicie (aujourd'hui en Pologne). Elle grandit à Leipzig, est envoyée à 16 ans à Genève, à la pension Florissant, pour être éloignée d'un amour trop précoce. En 1933, quand Hitler accède démocratiquement au pouvoir, elle accompagne ses deux frères qui militent dans des organisations anti-fascistes liées au parti communiste allemand. Elle est arrêtée par les SA, interrogée par la Gestapo dans une prison à Leipzig. On trouve chez elle un bulletin d'adhésion signé au RGO, une organisation communiste. Elle réussit à sortir de prison grâce à des appuis familiaux et tandis que son frère et son père vont rejoindre Belgrade et la Yougoslavie, elle arrive à Paris à l'été 1933. Pendant des mois, elle vit d'expédients, de petits boulots, tire le diable par la queue, sert de modèle, tout en fréquentant le milieu bohème des Allemands exilés, avec de nombreux artistes et intellectuels de gauche réfugiés, dont de nombreux communistes. En septembre 1934, elle rencontre le futur Robert Capa, André Friedmann, plus jeune qu'elle, juif hongrois exilé, flambeur, ambitieux, photographe de génie, tombeur de femmes. Les deux amoureux sont libres et enchaînent les liaisons tout en se retrouvant toujours. Capa travaille pour "Vogel" à "Vu", le journal de Lucien Vogel, le père de Marie-Claude Vaillant Couturier, mais aussi à "Ce soir" dirigé par Aragon et Jean-Richard Bloch, et à Regards. Lui et Gerda Taro s'unissent professionnellement comme dans la vie et deviennent des photo-reporters précurseurs! A l'été 1936 ils sont à Barcelone dans le chaudron de la République catalane. En Espagne Républicaine en lutte, pendant la guerre, ils fréquentent Alberti, Dos Passos, Hemingway, comme des centaines de soldats et miliciennes moins connus, des soldats des Brigades internationales, dont un canadien communiste qui fut l'amant de Gerda, et des agents du Komintern. En 36-37, Gerda alterne des reportages dans la France rouge du Front Populaire et auprès des combattants de l'Espagne républicaine, témoignant d'un courage remarquable et armée elle-même sur les zones de combat.
En juillet 1937, Gerda assiste au Congrès de l'association internationale des écrivains (contre le fascisme) au côté notamment de Malraux, Anna Seghers, Alexis Tolstoï, Tristan Tzara. Après sa mort en pleine offensive franquiste sur Madrid, Gerda a son corps qui est rapatrié en France, à Toulouse, puis à Paris, puis le journal communiste "Ce soir" charge Albert Giacometti de concevoir sa tombe au père Lachaise, avec ces mots gravés:
 
GERDA TARO
1911-1937
Journaliste reporter
de CE SOIR
TUÉE EN JUILLET 1937
sur le Front de Brunete Espagne
dans l'exercice de sa profession
 
Sur ce socle sont posés une coupe et une petite statue représentant Horus, le dieu oiseau, symbole de la vie et de la résurrection dans l’Égypte ancienne.
En 1942, en plein délire de persécution antisémite et anti-communiste, la préfecture de Paris fit enlever la stèle.
Photographie de Gerda Taro. A Bord du navire de guerre républicain espagnol Jaime Ier.

Photographie de Gerda Taro. A Bord du navire de guerre républicain espagnol Jaime Ier.

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31 janvier 2023 2 31 /01 /janvier /2023 05:41

Cette exposition a été présentée pour le grand rassemblement pour la relance de la ligne Morlaix-Roscoff le samedi 21 janvier à la salle Mathurin Méheut de Roscoff, face à la gare.

Elle a été préparée par la CGT Cheminots, et notamment Loïc Le Gall qui a une très grande collection de documents sur l'histoire de la ligne Morlaix-Roscoff.

Merci à la CGT Cheminots et à Loïc d'avoir mis son exposition à la disposition des lecteurs du Chiffon Rouge et du Collectif pour la ligne Morlaix-Roscoff engagé dans le beau combat social, écologique, et de défense du territoire et de ses intérêts pour la réouverture de la ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff.

L'exposition sera présentée à la fête du Viaduc, fête de la section du Parti communiste du pays de Morlaix et de l'association Les Amis du Viaduc, le 1er mai 2023 à Morlaix.

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

Roscoff, début XXe- Cette photo de la gare est prise du logement de fonction du chef de gare.

C’est le début du vingtième siècle: deux trains manœuvrent en gare, des wagons stationnent près de  la halle à marchandises, la maison de garde du passage à niveau N° 25 est toute neuve.

Le grand bâtiment sur la droite c’est le dépôt des locomotives. Le château a-t-il été construit plus tard ou est -il caché par la fumée de la locomotive ? 

Sur les hauteurs que des champs.

L’arrivée du chemin de fer au centre de Roscoff va accélérer le développement de la petite station balnéaire.

 

Devant la Gare de Saint-Pol-de-Léon, vers 1900

Devant la Gare de Saint-Pol-de-Léon, vers 1900

Arrivée d'un train venant de Roscoff en gare de Saint-Pol-de-Léon, carte postale ancienne

Arrivée d'un train venant de Roscoff en gare de Saint-Pol-de-Léon, carte postale ancienne

Façade de la Gare de Roscoff - Carte postale ancienne (collection Loïc Le Gall)

Façade de la Gare de Roscoff - Carte postale ancienne (collection Loïc Le Gall)

Roscoff - La Gare et les voies - Collection Loïc Le Gall

Roscoff - La Gare et les voies - Collection Loïc Le Gall

Arbre de Noël chez les Cheminots de Saint-Pol-de-Léon - 1949

Arbre de Noël chez les Cheminots de Saint-Pol-de-Léon - 1949

Gare de Saint-Pol-de-Léon dans les années 1950 - Photo La Vie du Rail

Gare de Saint-Pol-de-Léon dans les années 1950 - Photo La Vie du Rail

1946 141 C- dépôt de Morlaix. Départ en retraite de Pierre Beaumanoir, chauffeur, François Paugam, M. Marie, chef dépôt, Callac, chef de train

1946 141 C- dépôt de Morlaix. Départ en retraite de Pierre Beaumanoir, chauffeur, François Paugam, M. Marie, chef dépôt, Callac, chef de train

Départ en retraite d'un roulant voie 8 en gare de Morlaix, à gauche "M. et Mme François Paugam" (François Paugam leader de la CGT et du Parti communiste à Morlaix dans les années de Libération et 50-60), Fr Limpaler, P. Petibon, L. Spagnol, L. Beaumanoir, Lampiste Gueheneux, chauffeur

Départ en retraite d'un roulant voie 8 en gare de Morlaix, à gauche "M. et Mme François Paugam" (François Paugam leader de la CGT et du Parti communiste à Morlaix dans les années de Libération et 50-60), Fr Limpaler, P. Petibon, L. Spagnol, L. Beaumanoir, Lampiste Gueheneux, chauffeur

Le train omnibus Roscoff-Morlaix rentre de Saint-Pol-de-Léon remorqué

Le train omnibus Roscoff-Morlaix rentre de Saint-Pol-de-Léon remorqué

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

Profil de la ligne Morlaix Roscoff.

Départ de Morlaix KM 00

A droite : les voies de garage (en général marchandises) et l’embranchement pour descendre au port de Morlaix avec trois files de rails, les trains à écartement normal (1,435) et les trains du réseau Breton (écartement de 1m).

Ils desservent la gare de Morlaix bassins (aujourd’hui place Edmond Puyo). Le dernier train qui a desservi le port de Morlaix a circulé en 1970, mais pendant encore quelques années la SNCF livrait des citernes de gaz à GDF et des matériaux de construction chez SLM.

Sur la gauche : le dépôt de la gare de Morlaix avec sa remise à machines, ses voies et  la plaque tournante pour les machines à vapeur.

La gare de Morlaix emploie à cette époque plus de 300 personnes.

La bifurcation sur Roscoff se situe sur la commune de St Martin des Champs à 2,5 km de Morlaix.

Après un parcours accidenté nous arrivons en gare de Taulé – Henvic, puis c’est la petite halte de Carantec -Henvic avant de descendre vers le pont de la Penzé, après c’est la montée vers la gare de Plouénan Kerlaudy, puis c’est la descente vers la gare de St Pol de Léon ( première gare d’expéditions de légumes en France) et gare origine du train départemental qui allait sur Brest en passant par la côte. 

Avant d’arriver à Roscoff - superbe vue sur l’île Callot, la baie de Morlaix , le jardin exotique.

C’est l’arrivée en gare de Roscoff . Ravissante petite gare terminus avec sa Marquise aujourd’hui classée. Cette gare dispose de voies de chargement  et d’un petit dépôt pour locomotives , un château d’eau pour alimenter les machines à vapeur et une grande fosse de visite pour les machines. Il y a même un corps de garde pour les agents qui dorment sur place et qui assurent le premier train du matin.

Vue aérienne de la gare de Saint-Pol-de-Léon

Vue aérienne de la gare de Saint-Pol-de-Léon

Vue aérienne de la Gare de Roscoff ( l'express de Paris est en ligne)

Vue aérienne de la Gare de Roscoff ( l'express de Paris est en ligne)

Vue aérienne de la Gare de Roscoff

Vue aérienne de la Gare de Roscoff

Le train à Roscoff en 2016 (Photo Loïc Le Gall)

Le train à Roscoff en 2016 (Photo Loïc Le Gall)

Le train à Roscoff en 2016 (Photo Loïc Le Gall)

Le train à Roscoff en 2016 (Photo Loïc Le Gall)

Le train à Roscoff en 2016 (Photo Loïc Le Gall)

Le train à Roscoff en 2016 (Photo Loïc Le Gall)

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

Gare de Roscoff, Photo prise au début des années 1970. C’est le dépôt de la gare, sur la gauche, un petit corps de garde pour les agents qui passent la nuit à Roscoff , afin d'assurer les trains du matin.

Derrière, un château d’eau pour alimenter les machines à vapeur.

Dans le fond du dépôt, un butoir.

Près de la voie au butoir une manche à eau pour remplir les soutes  des machines à vapeur.

Au fond de la gare stationne un autorail Renault également appelé « Picasso » par les cheminots . Un seul poste de conduite pour cet autorail, il est situé au dessus de la soute à bagages. A l’avant de ce Picasso le voyageur bénéficie d’une vue imprenable sur la voie et le paysage.

A droite, une potence, une roue et un contre-poids, c’est une aide pour la transmission mécanique des signaux d’entrée et de  sortie de la gare. Il y avait un signal situé au niveau du jardin exotique. 

Sur la droite stationne le train direct Roscoff Paris composé de quatre voitures  dont deux voitures couchettes.

Derrière la rame pour Paris, c’est la halle marchandise encore debout aujourd’hui.

 

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

St Pol de Léon,

Un wagon frigorifique STEF est garé en attente de chargement.

Il existe trois grands propriétaires de wagons frigos (STEF, Interfrigo et Millet)

Pendant la forte période d’expéditions de choux- fleurs, on reçoit un train complet de wagons frigorifiques.

Ils sont en général regroupés et glacés à St Brieuc où ils sont dotés de gros pains de glace d’environ 1m de long sur 40cm d’épaisseur.

Souvent, un wagon frigorifique est garé sur une voie, il est rempli de ces blocs de glace qui servent de réserve.

Les compartiments où sont stockés les pains de glaces sont situés à chaque extrémité du Wagon.

C’est en quelque sorte l’ancêtre du froid humide.

 

Equipe de manoeuvres sur la ligne Morlaix-Roscoff en 1971

Equipe de manoeuvres sur la ligne Morlaix-Roscoff en 1971

St Pol de Léon, début des années 70 -Une équipe de cheminots fait la pose pour la photo souvenir. On distingue le clocher du Kreisker dans le fond.

Une locomotive puissante de type 63 000 spécialement dédiée à la manœuvre des wagons et une équipe de tractionnaires sont détachés du dépôt traction de Rennes pendant la forte période d’expédition des wagons de légumes.

Certains jours, plus de 300 wagons sont expédiés de la gare léonarde, certains trains complets sont directs vers l’Allemagne. Les départ sont en soirée et l’arrivée le lendemain matin à la frontière Allemande ils sont prioritaires sur les trains de voyageurs et roulent toute la nuit avec changement d’équipes de conduite et de machines en cours de route. Ce sont les TEEM (trans europ express marchandises)

Les écritures pour la douane sont placées en tête du premier wagon de la rame dans une boite métallique spécialement dédiée à cet effet.

 

Vue aérienne de la gare de Saint-Pol-de-Léon (1972)

Vue aérienne de la gare de Saint-Pol-de-Léon (1972)

Vue aérienne de la gare de St Pol de Léon en 1972.

De gauche à droite : les établissements Sévère expéditeurs.

La voie qui longe les entrepôts  est un embranchement qui leur appartient. La voie d’en face sert également de voie de chargement lors des périodes de fortes expéditions.

Le bâtiment voyageurs (en langage cheminot le BV) principalement dédié aux voyageurs.

Au rez de chaussée, la salle des pas perdus ainsi qu’un guichet pour la vente des billets, l’expédition des bagages accompagnés et des colis express (fleurs de Kerisnel, colis de marée etc..)

Près des guichets il y a un petit central téléphonique.

Il y a également le bureau du chef de gare ainsi que le bureau de son adjoint,  ces deux bureaux s’ouvrent sur le quai afin d’être en contact avec la vie de la gare.

A l’étage du bâtiment, c’est le logement de fonction du chef de gare.

A côté du BV,  le corps de garde où dorment les mécaniciens, les chauffeurs et les agents des trains qui ont travaillé de nuit. Ce corps de garde dispose aussi d’une salle à manger ainsi qu’une petite cuisine.

Puis les deux voies : la voie principale et la voie déviée, toutes les deux disposent d’un quai voyageurs.

Viennent ensuite les voies de garage des wagons et les voies de chargement.

On arrive à la grande Halle : elle dispose d’un quai haut qui permet de charger les wagons au même niveau.

Sous la halle, plusieurs métiers :

une réception pour la clientèle marchandises, un centre de taxation wagons, une équipe chargée de confectionner les étiquettes d’expédition des wagons (France et Europe). Cette équipe est également chargée d’aller apposer les étiquettes sur les wagons et de vérifier si les  manettes de freinage sont bien disposées et  vérifier que le train est près pour le départ.

La caisse principale de la gare se situe sous la halle ainsi que la comptabilité.

Suivent toutes les voies de chargement.

En bas de la photo, la maison de garde du passage à niveau aux barrières manuelles, à côté de la maison de garde, une petite guérite pour les agents qui remplacent le ou la titulaire.

On distingue également un château d’eau, vestige de la traction à vapeur. A-t il servi pour le petit train qui partait de St Pol pour rejoindre Brest en passant par la côte ? Il a certainement servi pour les dernière machines à vapeur qui ont circulé sur le pays de Morlaix en 1970.

On distincte également des petites maisons occupées par des expéditeurs, les contrôleurs des douanes (pour les expéditions à l’étranger)

Loïc Le Gall

Publicité parue dans l'Ouest-Eclair en 1938. La SNCF et le Réseau breton se concertent pour vendre des billets à prix réduit pour aller à la mer.

Publicité parue dans l'Ouest-Eclair en 1938. La SNCF et le Réseau breton se concertent pour vendre des billets à prix réduit pour aller à la mer.

Origine et bifurcation de la ligne Morlaix Roscoff

Origine et bifurcation de la ligne Morlaix Roscoff

Gare de Henvic-Carantec au passage

Gare de Henvic-Carantec au passage

X 2100 - En gare de Henvic-Carantec

X 2100 - En gare de Henvic-Carantec

Passage à niveau n°4 sur la ligne Morlaix Roscoff

Passage à niveau n°4 sur la ligne Morlaix Roscoff

Passage à niveau de la gare de Plouénan Kerlaudy

Passage à niveau de la gare de Plouénan Kerlaudy

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

1972 vue aérienne de la gare de Roscoff

Un autorail Renault Picasso est garé sur la voie du milieu en gare. Le dépôt est toujours là avec son château d’eau et son dortoir. (Corps de garde)

Le jardin du chef de gare est taillé au cordeau ;

C’est l’été, la rame du Roscoff Paris est garée sur la voie de gauche, toujours quatre voitures. Les agents de la gare sont chargés, à l’arrivée du train du matin de récupérer les draps housse, les couvertures et les oreillers, faire la visite complète du train afin de vérifier si des voyageurs distraits n’ont pas oublié ou égaré des affaires personnelles.

Dès le début de l’après midi, c’est le mouvement inverse, on regarnit les couchettes (draps, couvertures,oreillers). On regarde s’il faut rajouter de l’eau pour les WC ou les lavabos et on garnit les toilettes de papier et serviettes.

La rame pour la capitale est entièrement lavée intérieurement et extérieurement. A Guingamp, on se raccordera sur la rame venant de Lannion et à Rennes sur celle de St Malo pour une arrivée à Paris Montparnasse vers 7 Heures.

Le trafic marchandise est encore florissant au regard des wagons stationnés.

On remarque (difficilement) une petite grue à côté de la halle.

La maison de garde du passage à niveau N° 25 est toujours debout.

Chargement des wagons à l'époque de l'Amoco Cadiz à la gare de Roscoff

Chargement des wagons à l'époque de l'Amoco Cadiz à la gare de Roscoff

Chargement des wagons à l'époque de l'Amoco Cadiz à la gare de Roscoff

Chargement des wagons à l'époque de l'Amoco Cadiz à la gare de Roscoff

Mars 1978

C’est la catastrophe de l’AMOCO-CADIZ.

Le pétrole se répand sur la côte Nord-Bretagne.

Roscoff  et les environs ne sont pas épargnés. Partout dans le Léon, la population est à pied d’œuvre, il faut effacer au plus vite cette tragédie. Alors, ben, le pétrole, on le ramasse comme on peut. Les pelles, les seaux, les poubelles, les tonnes à lisier, les camions citernes sont au travail.

Mais que faire de ce pétrole ? Il faut le dégager au plus vite.

La gare de Roscoff est idéalement placée en bord de mer. Elle va réceptionner des wagons citernes qui seront stationnés sur la voie de débord. Ils seront remplis au fur et à mesure de l’arrivée des camions et le pétrole récupéré sera acheminé vers les raffineries du Grand Ouest

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

Années 1980

Chargement de choux-fleur en gare de St Pol de Léon.

Nouvelle méthode avec une passerelle.

Derrière un chargement à l’ancienne ( le camion collé au wagon). Ce wagon qui n’est pas frigorifique, dispose  d’un toit blanc, cela permet de gagner quelques degrés.

En bas à gauche, sur le wagon le porte-étiquettes pour apposer les écritures d’expédition ainsi que son numéro

Chargement des choux fleurs en gare de Roscoff - Archives Guyader

Chargement des choux fleurs en gare de Roscoff - Archives Guyader

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

1995 - Une équipe du service d’entretien de la voie basée à Morlaix s’affaire au ripage de la voie principale.

Après plusieurs passages de trains, toute la structure peut se déplacer.

C’est le cas ici.

Il faut donc remettre la voie sur son emplacement initial.

Le travail s’effectue à l’aide d’une lourde barre d’acier appelée « pince à riper ».

Les agents glissent la barre sous le rail et, sur ordre (à la voix ou au sifflet), ils déplacent l’ensemble de la voie ferrée.

Pour que le travail soit bien fait, l’action doit être menée en parfaite synchronisation.

Dans les années 1960, il existait deux brigades sur la ligne Morlaix-Roscoff. Une à Taulé avec un canton allant de la bifur de Roscoff au pont sur la Penzé et une autre  à St Pol de Léon avec un canton allant du pont de la Penzé à Roscoff.

Ils y avait également 25 P.N. gardés manuellement.

Poste d'aiguillage de la gare de Saint-Pol-de-Léon - Manoeuvre des aiguilles

Poste d'aiguillage de la gare de Saint-Pol-de-Léon - Manoeuvre des aiguilles

Poste d'aiguillage de la gare de Saint-Pol-de-Léon

Poste d'aiguillage de la gare de Saint-Pol-de-Léon

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

22 mai 1993

L’autorail touristique fait un arrêt en gare de St Pol de Léon. Les passagers se précipitent à l’extérieur pour découvrir la gare, faire quelques photos en espérant trouver des vestiges de la plus grande gare d’expéditions de légumes de France. Il faut faire vite, l’arrêt n’est que de cinq minutes.

La marquise est toujours debout, elle est en acier et les piliers sont en fonte.

Tout comme à Roscoff ses piliers sont creux, ils servent de gouttières .

Il y a encore un agent en gare. Il assure la circulation des trains et la vente des billets.

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

22 mai 1993

Photo insolite en gare de Roscoff, les trois voies sont occupées : Un autorail touristique Renault Picasso affrétée par une association du centre de la France découvre la Bretagne en autorail.

Sur la voie du milieu l’x 2100 qui assure le train régulier Roscoff Morlaix est garée  en attente du départ vers Morlaix de l’autorail touristique.

Sur la voie de droite un wagon de marchandise aujourd’hui détruit .

Un wagon à marchandise à deux essieux finit sa carrière en gare de Roscoff. Ce wagon  était remisé en gare et servait pour entreposer divers matériel.

Après la guerre pour la reconstruction du pays, il manque plus de 200 000 wagons au réseau national . Dans cadre du plan Marschal les États Unis  fournissent au pays des wagons de marchandises de ce type , le pays ruiné n’ayant pas assez d’usines en état de marche pour en fabriquer.

Août 1997

Août 1997

Août 1997

 

Cet autorail de type X4500 est un autorail bi-caisses, également appellé « caravelle ». Ils ont circulé de 1963 à 2010, c’est un automoteur qui circule au diésel.

Constructeur : ANF (ateliers du Nord de la France)

Puissance : environ 450 chevaux

poids : 57 tonnes

Places : de 133 à 141 places

vitesse : 120 km/h

Une cabine de conduite à chaque extrémité

2 types de moteurs : Poyaud construit à Surgères en Charente Maritime ou Saurer construit au Creusot en saône et Loire

La prestation touristique « A fer et à flots » qui a duré 20 ans, a commencé en 1999 avec ce type d’autorail.

Les baies vitrées étaient très grandes, on s’approchait d’un autorail touristique.

Plus tard, l’arrivée des X73500 correspondait parfaitement aux besoins des touristes grâce a leurs grandes ouvertures.

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots
La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

Mai 1999

Roger Denis, chef de gare de Roscoff  pendant 26 ans prend sa retraite. Originaire de Plouégat-Moysan, il démarre sa carrière en 1959 en gare de Plouigneau.

De 1962 à 1973, il est nommé à Lannion avant de prendre son poste à Roscoff.

Sur la photo, il donne son dernier départ de train, mais c’est aussi un départ pour une nouvelle vie.

Il restera quelques années encore dans le logement de fonction avant d’aller habiter Brest.

Comme de coutume, les copains cheminots s’étaient déplacés pour son dernier jour de travail.

Au départ du dernier train, des pétards posés sur le rail explosent faisant beaucoup de bruit (cela fait partie des  traditions cheminotes)

Explosion de pétards pour le dernier jour de travail de Roger Denis (Photo Loïc Le Gall)

Explosion de pétards pour le dernier jour de travail de Roger Denis (Photo Loïc Le Gall)

Véhicule d'auscultation près des voies au départ

Véhicule d'auscultation près des voies au départ

Véhicule d'auscultation des voies - 2002

Véhicule d'auscultation des voies - 2002

17 juin 2004

Dernier départ de train donné à Roscoff par le dernier chef de gare en poste (Pascal Le Dluz)

On raye définitivement le rôle du chef de gare qui officiait depuis le 10 juin 1883, soit 121 années presque jour pour jour.

Désormais, l’agent de la gare n’assure plus aucune fonction de sécurité. L’autorisation de départ est donnée par le poste d’aiguillage de Morlaix. II n’y a plus aucun signal ni aucune installation de sécurité en gare de Roscoff.

Ce jour- là, plusieurs copains cheminots sont venus symboliquement assister au dernier départ donné par le chef de gare.

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots
Sur le pont ferroviaire de la Penzé ( Reportage Loïc Le Gall - 2004)

Sur le pont ferroviaire de la Penzé ( Reportage Loïc Le Gall - 2004)

Sur le pont ferroviaire de la Penzé ( Reportage Loïc Le Gall - 2004)

Sur le pont ferroviaire de la Penzé ( Reportage Loïc Le Gall - 2004)

Plan de consolidation du Viaduc de la Penzé (1928)

Plan de consolidation du Viaduc de la Penzé (1928)

Sous le tablier du Pont de la Penzé (photo Loïc Le Gall)

Sous le tablier du Pont de la Penzé (photo Loïc Le Gall)

Sur le pont ferroviaire de la Penzé ( Reportage Loïc Le Gall - 2004)

Sur le pont ferroviaire de la Penzé ( Reportage Loïc Le Gall - 2004)

Pont de la Penzé  km 15 de la ligne Morlaix-Roscoff

Novembre 2004, une équipe venue de Caen, spécialisée dans l’entretien et la réfection des ponts métalliques  change les rivets à l’ancienne méthode.

Les rivets sont chauffés à blanc dans une petite forge fonctionnant au gaz puis ils sont sertis à chaud .

L’ouvrier est sous le tablier du pont et bloque le rivet pendant que son collègue du dessus va sertir le rivet au moyen d’un marteau pneumatique.

A Caen ce service n’existe plus aujourd’hui.

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

En 2004

Le service d’entretien du pont de la Penzé, détecte un nombre important de pièces métalliques défectueuses.

Le nombre de pièces à changer est suffisant pour déplacer une équipe spécialisée dans la réfection des ponts métalliques.

Cette équipe est basée à Caen, elle remplace toutes les pièces dans les règles de l’art (à l’ancienne).

Tous les rivets fatigués sont remplacés.

Les rivets neufs sont passés à la forge, chauffés à blanc et rivetés.

(Ce service n’existe plus aujourd’hui.)

Sur la photo, le cheminot est sous le tablier du pont, le rivet incandécent est mis en place par cet agent, il bloque le rivet à l’aide d’une barre métallique et son collègue resté sur le tablier mate le rivet à l’aide d’un marteau pneumatique.

L’agent qui est sous le tablier, travaille dans un espace confiné. Il est équipé d’un casque de protection pour les yeux et la respiration.

La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots
La ligne Morlaix-Roscoff à travers l'histoire - Exposition photos et commentaire Loïc Le Gall - CGT Cheminots

29 novembre 2004

L’autorail X73597 qui assure le trajet Morlaix Roscoff traverse  le pont de la Penzé , elle se dirige vers Roscoff.

Le pont est en travaux, il faut changer des pièces métalliques datant de l’origine du pont, elle sont bien rouillées, on les remplace par des pièces identiques mais galvanisées, elles sont serties à l’ancienne (avec des rivets posés à chaud)

Des bouteilles de gaz alimentant la forge sont disposées sur le tablier.

Les deux feux rouges indiquent aux agents des gares que c’est le dernier véhicule du train.

On imagine le travail effectué pour poser tous les rivets du pont ( la soudure n’existait pas à l’époque).

Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff (Photo Loïc Le Gall)

Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff (Photo Loïc Le Gall)

Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff (Photo Loïc Le Gall)

Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff (Photo Loïc Le Gall)

Autorail touristique Renault sur la ligne Morlaix Roscoff (Photo Loïc Le Gall)

Autorail touristique Renault sur la ligne Morlaix Roscoff (Photo Loïc Le Gall)

En Gare de Roscoff

En Gare de Roscoff

En gare de Roscoff

En gare de Roscoff

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 20:23
Quelques documents témoignages du terrible bombardement du 29 janvier 1943 (+ 80 victimes) transmis par Loïc Le Gall, avec les dégâts sur le Viaduc

Quelques documents témoignages du terrible bombardement du 29 janvier 1943 (+ 80 victimes) transmis par Loïc Le Gall, avec les dégâts sur le Viaduc

29 janvier 2023 - Il y a 80 ans le bombardement du Viaduc de Morlaix faisait 80 victimes dans notre ville
29 janvier 2023 - Il y a 80 ans le bombardement du Viaduc de Morlaix faisait 80 victimes dans notre ville

Il y a 80 ans, jour pour jour, le 29 janvier 1943, un bombardement anglais allié mal dirigé et peu économe en vies humaines visant le Viaduc avec 43 bombes larguées à haute altitude faisait près de 80 morts à Morlaix, sur la place des Otages, de la quartier de la Madeleine et des Venelles autour du Carmel, dont, sur la colline d'en-face, les 39 enfants de l'école Notre-Dame-des-Anges en contrebas de la gare de Morlaix.

Entendre le nom et l'âge de toutes ces victimes est une expérience très bouleversante.

Aujourd'hui, dans les différentes séquences d'une très émouvante demi-journée de souvenir, devant l'école, le Kiosque, et en mairie, nous avons rendu hommage, avec la mairie de Morlaix et celle Saint-Martin-des-Champs, les parlementaires, les parents des victimes et des survivants, les associations consacrées à la mémoire de cet évènement particulièrement tragique et traumatisant de la guerre pour notre ville, aux victimes de ces bombardements intensifs, avec une pensée émue pour ceux qui les subissent aujourd'hui en Ukraine, au Yemen ou ailleurs.

La guerre est une horreur et une matrice de monstruosités, à toute époque et partout dans le monde.

Un merci chaleureux à Jean-François Bodilis, fils d'une survivante de l'école Notre-Dame-des-Anges, et élu à Landerneau pour ses photos!

Ce jour sinistre du 29 janvier 1943 ouvrait une année terrible pour la ville de Morlaix, qui s'est terminée par la déportation des 60 otages arrêtés le 26 décembre 1943 à la suite d'un attentat de la résistance contre le foyer du soldat allemand, dont seule la moitié reviendront des camps de concentration nazis.

Ismaël Dupont

29 janvier 2023 - Il y a 80 ans le bombardement du Viaduc de Morlaix faisait 80 victimes dans notre ville
29 janvier 2023 - Il y a 80 ans le bombardement du Viaduc de Morlaix faisait 80 victimes dans notre ville
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29 janvier 2023 - Il y a 80 ans le bombardement du Viaduc de Morlaix faisait 80 victimes dans notre ville
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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 20:19
Photo collection de Loïc Le Gall

Photo collection de Loïc Le Gall

Photo collection de Loïc Le Gall

Photo collection de Loïc Le Gall

Photos des cheminots roulants de Morlaix dans l'immédiate après-guerre (deuxième photo) et les années 50 ou 60, avec a chaque fois la présence de François Paugam, leader de la CGT et du parti communiste. Collection Loïc Le Gall.
 
Rappelons le très bel article de notre camarade et ami regretté Alain David sur François Paugam il y a trois ans pour le centenaire du Parti communiste français.
 
François Paugam (1910-2009)
FRANCOIS PAUGAM : L'HUMAIN AU COEUR
par Alain DAVID
 
100 ans d'engagements communistes en Finistère
J'ai rencontré François lors de mon adhésion au Parti Communiste lors du grand mouvement de mai-juin 1968. La Maison du Peuple , dont il était un pilier, était alors une véritable ruche bruissant au gré des nombreuses réunions et assemblées générales qui s'y tenaient. Son autorité, sa présence y était remarquables.
Cheminot, conducteur de locomotives, François avait pu, encore jeune, prendre sa retraite bénéficiant d'un statut que la droite y compris dans de variante macroniste n'a eu de cesse de remettre en cause. Il aurait pu, à partir de ce moment, couler des jours tranquilles. C'était mal connaître l'homme. Il déroula au contraire une carrière militante de plusieurs décennies au Parti Communiste, à la CGT et au Secours Populaire.
A l'U.L.-CGT de Morlaix, pendant plus de 25 ans, il fut quasiment permanent accueillant les salariés, les syndicalistes, se rendant dans les entreprises chaque fois que s'y déroulait un conflit ou que s'y perpétrait une injustice. Faisant respecter le droit du travail sans jamais manifester aucune crainte alors que les échanges étaient parfois houleux. S'y ajoutait en plus tout le temps consacré à l'entretien des nombreux locaux de cette immense Maison du Peuple. Je le vois encore, à 80 ans passés, gravir une échelle pour décrocher sur la façade une enseigne de la CGT que le vent avait malmenée.
Il fut aussi un militant actif du Secours Populaire qu'il a présidé pendant des années. Là aussi il ne comptait ni son temps ni son énergie pour apporter son soutien à ceux que la vie avait malmenés. Pour cet engagement il a reçu la Légion d'Honneur des mains de Julien Lauprêtre lors d'une cérémonie émouvante où se sont retrouvés nombreux, beaucoup de celles et ceux avec qui il avait milité.
J'ai beaucoup vu François au Parti Communiste Français après 1971.
Déjà secrétaire de section ,j'avais quitté Saint-Martin pour descendre à Morlaix et adhérer à la cellule Thorez dite "du Pouliet" dont François était l'un des animateurs. Je me souviens de tout ce que François apportait à ses débats et à son activité, comme à la section dont il était membre du comité.
En ces temps-là ça discutait ferme au Parti... ferme et parfois longtemps. François apportait dans ces débats la richesse de sa longue expérience. Veillant toujours à ce que les discussions ne s'éloignent pas de la réalité du terrain et du vécu de la population. Veillant aussi, car nous n'étions pas toujours exempts de la tentation de jargonner, à ce que dans notre expression nous soyons toujours compréhensibles par toute la population.
Ses multiples activités militantes donnaient à François une large , riche et fine connaissance de la réalité de la vie du pays de Morlaix. Elle nourrissait les nombreux articles qu'il donnait à chaque parution du journal "Le Viaduc". Les actions syndicales, les brimades et injustices dans les entreprises, trouvaient ainsi un écho public qu'elles n'avaient pas souvent dans la presse.
Comme à la CGT, François prenait en charge les locaux du parti. Le 5 rue Haute d'abord puis le 2 Petite rue de Callac. L'entretien courant bien sûr, mais aussi des tâches de plus grande envergure que son indéniable, compétence lui permettait de mener à bien. C'est ainsi qu'il réalisa le monumental escalier de la Maison du Parti. On se souvient aussi de l'exploit qu'il a mené avec son ami; Louis Olivier, quand ils se sont mis en tête de décrépir toute la façade du bâtiment et d'en rejointoyer toutes les pierres.
Plus tard, l'état de santé de son épouse rendant difficile son maintien à domicile, François décida de l'accompagner au Foyer Logement de la Boissière à Morlaix. Il y agit immédiatement pour la prise en compte des avis des résidents. François continuait à participer à nos réunions de cellule. D'y participer pleinement. Je l'ai vu souvent pester lorsque l'horaire des repas du soir au foyer l'obligeait à écourter sa présence.
François Paugam était représentatif de cette génération de militants qui, dans tous les domaines, ont voulu bâtir ces "jours heureux" du Conseil National de la Résistance. Tous les acquis qu'ils ont contribué à conquérir ont façonné la réalité française qui est aujourd'hui si gravement menacée par le pouvoir. La reconnaissance que nous leur devons nous engage à continuer leur combat.C'est le sens de " L'HUMAIN D'ABORD " pour lequel nous nous battons .
Alain DAVID - le 30.01.2020
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