Tristan Tzara - La première aventure céleste de M. Antitpyrine. Avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, Zurich, 28 juillet 1916 (Album de l'exposition Dada du Centre Pompidou, 2005)
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Tristan Tzara - La première aventure céleste de M. Antitpyrine. Avec des bois gravés et coloriés par Marcel Janco, Zurich, 28 juillet 1916 (Album de l'exposition Dada du Centre Pompidou, 2005)
Le troisième panel d’experts doit rendre ses conclusions ce 15 février sur les circonstances du décès du poète. Sa famille confirme la présence d’un bacille meurtrier, accréditant la thèse de l’empoisonnement par les sbires de Pinochet.
À propos de son Chant général, Pablo Neruda avait l’habitude de dire qu’il n’y a pas « de matériel antipoétique lorsqu’il s’agit de nos réalités ». « Les faits les plus obscurs de nos peuples doivent être brandis en pleine lumière », ajoutait-il lors de la sortie de ce qui se révéla l’un de ses plus grands gestes lyriques.
Cinquante ans après son décès, la lumière pourrait bientôt surgir de sa dépouille. Celle qui permettrait d’éclairer les circonstances de sa mort, le 23 septembre 1973, douze jours après le coup d’État au Chili contre Salvador Allende. Ce 13 février, la famille du poète a révélé une partie des résultats de l’étude menée par le troisième panel de scientifiques du centre d’ADN ancien de l’université McMaster (Canada) et du département de médecine légale de l’université de Copenhague (Danemark), dont les conclusions devraient être rendues aujourd’hui. Des traces de la bactérie Clostridium botulinum ont été retrouvées dans ses os, favorisant la thèse de l’empoisonnement par les sbires du général Augusto Pinochet. « Il ne fait aucun doute que Neruda a été tué ! » tranche le neveu du prix Nobel, Rodolfo Reves.
Officiellement, le certificat rédigé par la junte mentionne un décès des suites d’un cancer de la prostate. Les experts qui, mis sous pression, ont déjà repoussé plusieurs fois la publication de leur rapport, sont pourtant formels : le bacille en cause, généralement présent dans le sol, n’a pas pénétré le cercueil mais était déjà présent dans le corps du poète avant qu’il ne rende son dernier souffle. « La balle mortelle de Neruda a été retrouvée, celle qu’il avait dans son corps. Qui a tiré ? Cela se saura bientôt », appuie Rodolfo Reves.
Après une longue bataille judiciaire, la dépouille de Pablo Neruda avait été exhumée en 2013. Son chauffeur et garde du corps, Manuel Araya, a toujours eu l’intime conviction de l’assassinat de celui qui fut également diplomate. « Nous, nous craignions pour sa vie car on le savait en danger. L’ambassadeur du Mexique voulait le faire sortir du pays », livrait-il à l’Humanité en 2013.
Dix jours avant son décès, un bateau militaire se poste devant la demeure de Neruda à Isla Negra, avant d’accoster et de demander combien de personnes sont employées par l’écrivain. Il reviendra à plusieurs reprises. « Pablo Neruda était un symbole à abattre. Il fut sénateur, candidat à la présidence, prix Nobel, communiste. Il était connu, reconnu et apprécié du peuple », témoigne Manuel Araya.
Le 22 septembre 1973, le garde du corps se rend avec Matilde, l’épouse de Neruda, dans leur demeure pour rassembler quelques affaires. L’après-midi même, on les informe qu’une injection a été pratiquée à la clinique Santa Maria à Santiago où le poète est hospitalisé. « Lorsque nous revenons à la clinique, Neruda est rouge, il me dit que tout son corps le brûle », confie-t-il. En quittant le centre médical, deux véhicules attendent Manuel Araya, qui échoue au commissariat. La suite des événements ne laisse d’interroger. Sergio Draper, le médecin qui a pratiqué l’injection, assure que Neruda est mort dans ses bras. Une version qu’il dément lors de son témoignage : il explique subitement ne pas avoir été présent à la clinique au moment du décès.
Madeleine Riffaud, poète en Résistance
(Dans "La Résistance et ses poètes", Pierre Seghers. Le recueil de poème de cette femme, partisan et poète, officier FTP à 20 ans, adjointe du colonel Fabien, qui a abattu des chefs miliciens et des officiers allemands, a été arrêtée, torturée, condamnée à mort, échappant par miracle à l'exécution, ont été publiés dans le recueil "Le poing fermé" préfacé par Eluard, puis à nouveau dans un nouveau recueil de poèmes de Madeleine Riffaud en 1973 - Le Cheval Rouge, aux éditeurs français réunis).
Neuf balles
A Jean-Pierre M (16 ans)
Neuf balles dans mon chargeur
Pour venger tous nos frères.
ça fait mal de tuer.
C'est la première fois.
Sept balles dans mon chargeur.
C'était si simple.
L'homme qui tirait l'autre nuit.
C'était moi.
***
Traquenard
Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges
Ils me font marcher entre eux deux
Ce dimanche de plein soleil
Vers la grande prison
A l’entrée des enfers.
A ma gauche est un policier.
A ma droite est un policier.
Dans chaque poche un revolver.
Et devant moi
Et devant moi
Oh ! Les hautes grilles de fer !
Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges
Sitôt les verrous refermés
On entend les nôtres crier.
Et dehors c’est dimanche
Et dehors c’est l’été.
Dans une église, l’orgue chante.
Un pigeon tout blanc dans l’air bleu
En vol, a caressé ma joue.
Et derrière moi
Et devant moi
Oh ! les hautes grilles de fer !
Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges
Si je suis prise, me disai-je
Me restera-t-il seulement
Un coin de ciel tout bleu
A regarder souvent
Un coin de ciel comme une flaque
Au bois, telle la flaque de pluie
Où vont boire les bêtes blessées ?
- Mais la fenêtre ils l’ont murée,
La fenêtre aux barreaux de fer.
Peur des bottes
Peur des clefs
Peur des portes
Peur des pièges
BS 2, 23 juiller 1944*
* BS 2 : Brigade spéciale n°2. Il s’agit d’une section de la Gestapo française, siégeant alors en face de la cathédrale Notre-Dame de Paris
***
Mitard
1
Un Allemand, poison et fer
Écrase des souris à grands coups de talon.
Le sol de la cellule est sanglant
De leurs petits corps mutilés.
Une patte levée, dans la chair et le sang.
Un petit cri aigu à transpercer la tête.
Un Allemand s’amuse à tuer des souris.
Et la pluie nous rend fous.
2
Ils m’ont jeté un chapelet
Dans le noir glacé du cachot
- Chaîne de fer et croix de bois -
Le chapelet des fusillés.
Il sent l’église au mois de mai
Fête-Dieu, cierges et encens,
Réticule de mère-grand.
Entre mes mains chaîne légère
Auprès des menottes coupantes.
Ils m’ont jeté un chapelet
Comme au chien un os à ronger.
3
Les grosses clefs dans les serrures
Même la nuit tournent encore
Et les éclats de leurs voix dures
Me font sursauter si je dors.
Bottes ferrées dans les couloirs.
Porte entrouverte et refermée :
Un camarade est emmené.
Sur les murs, il y a des cris
Des mots gravés avec un clou.
Oh désespoir, ou espoir fou
De ceux qui sont morts avant moi…
Je sens bien qu’ils sont encore là
Autour de moi, et me regardent.
Leurs yeux s’allument quelquefois
Dans le noir comme dans les étoiles.
Et ma tête s’appuie
A leurs épaules d’ombre.
***
CHANSON
Ils me band’ront les yeux
Avec un mouchoir bleu
Ils me feront mourir
Sans me faire souffrir
Ils m’avaient tué un camarade,
Je leur ai tué un camarade.
Ils m’ont battue et enfermée
Ont mis des fers à mes poignets
- Sept pas de long
A ma cellule
Et en largeur
Quatre petits-
Elle est murée – plus de lumière-
La fenêtre de mon cachot.
Et, la porte, elle est verrouillée.
J’ai les menottes dans le dos.
- Tu te souviens ?
Soirs sur la Seine…
Et les reflets…
Le ciel et l’eau...
Ils sont dehors, mes frères de guerre
Dans le soleil et dans le vent
Et si je pleure – je pleure souvent -
C’est qu’ici je ne puis rien faire
- Sept pas de long
Et puis un mur,
Si durs, les murs
Et la serrure.
Ils ont bien pu tordre mes mains
Je n’ai jamais livré vos noms.
On doit me fusiller. Demain.
As-tu très peur, dis ? Oui ou non ?
Le temps a pris
Le mors aux dents
Courez, courez
Après le temps !
Ceux-là, demain, qui me tueront,
Ne les tuez pas à leur tour.
Ce soir, mon cœur n’est plus qu’amour.
Ce sera comme la chanson :
Les yeux bandés
Le mouchoir bleu
Le poing levé
Le grand adieu.
Poèmes écrits pour la plupart à la prison de Fresnes, repris dans Le Poing fermé (1945) et dans Cheval Rouge, éditeurs français réunis
***
Née en 1924, Madeleine Riffaud grandit avec un père instituteur dans un village de la Somme marqué par la première guerre mondiale, jouant surtout avec les garçons dont elle aime partager les aventures.
Sous le Front Populaire, elle découvre les joies des vacances dans le futur village martyr d'Oradour-sur-Glane. Pendant l'exode, son grand-père adoré la recueille, elle est envoyée chez une amie pacifiste de ses parents, trop complaisante avec les Allemands, à Amiens. A la mort de son grand-père, Madeleine contracte la tuberculose, et c'est dans son sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet non loin de Chalon-sur-Saône, qu'elle découvre la proximité de la mort et de la souffrance, l'amour, et qu'elle rencontre des résistants. Elle s'éprend d'un ami de ses parents, d'origine normande, résistant, et gagne Paris avec lui où elle passe son examen de sage-femme pour se donner une couverture et ne va pas tarder elle-même, à l'automne 42, à rentrer dans un réseau de résistance, sous le nom d'homme de Rainer, référence au poète allemand Rainer Maria Rilke, décédé d'une leucémie après s'être piqué avec une épine de rose, la fleur préférée de Madeleine.
Début 1944, elle entre en même temps au Parti communiste et dans la lutte armée. Elle apprend le massacre d’Oradour-sur-Glane, village de sa jeunesse. « Je pensais à cela quand je pédalais dans Paris, aux brûlés vifs que je connaissais. Éluard parlait des “armes de la douleur”. C’était exactement cela.
Madeleine Riffaud sera responsable des étudiants résistants FTP du quartier latin en 1944.
Le 23 juillet 1944, elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solferino. Prenant la fuite à vélo, elle est rattrapée et renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles, puis envoyée au siège de la Gestapo rue des Saussaies où elle est torturée par des allemands et des français collaborateurs, puis condamnée à mort.
Elle saute du train qui l'envoie en déportation à partir de la prison de Fresnes et reprend le combat dans la compagnie Saint-Just, attaquant notamment un train rempli de troupes allemandes arrivant aux Buttes Chaumont (gare Ménilmontant).
Madeleine a 20 ans lors de la Libération de Paris et reçoit le brevet de lieutenant FFI le 23 août 1944.
A la Libération, elle devient l'amie d'Eluard et de Picasso, qui fait un portrait d'elle pour illustrer son premier recueil de poésie. Elle devient grand reporter à L'Humanité et amie avec le révolutionnaire communiste vietnamien Ho Chi Minh.
Un article de l'Humanité en 2012, "Madeleine Riffaud, des toits de Paris aux rizières du Vietnam", raconte magnifiquement la suite des aventures de Madeleine:
"Car, à partir de 1964, Madeleine Riffaud devient Chi Tam, la 8e sœur. Elle est l’une des rares occidentales à être acceptée dans les maquis viêt-cong, et devient une combattante à part entière de la résistance vietnamienne. « Ce que j’ai vu au Sud-Vietnam » affiche la une de l’Humanité en novembre 1970, dont le reportage révèle au monde l’horreur de la répression. « Con Son, Tan Hiep, Thu Duc, Chi Hoa… Il nous faut retenir ces noms car, jadis, pour les résistants victimes des nazis, l’enfer a duré cinq ans. Or au Sud-Vietnam, le même enfer dure depuis quinze ans », écrit-elle en 1972, au cœur d’un papier qui dénonce les atrocités commises par l’administration américaine. « Voilà la démocratie de Nixon, conclut-elle. Voilà la paix que les vaincus, en s’en allant, voudraient accorder à des hommes, des femmes estropiés à vie par les tortures sans fin… » Et elle sait de quoi elle parle : « Le drame est d’être passée de la Résistance aux guerres coloniales. J’ai été correspondante de guerre pour dire mon horreur des conflits. » « On disait des Viêt-cong : ce sont des hommes sans visage. » Ces combattants de l’ombre retrouvent le sourire devant l’objectif de Madeleine Riffaud, qui s’attache à leur redonner une identité. Dans ces déluges de violences qu’elle décrit, la poésie n’est jamais loin, derrière une description des rizières vietnamiennes ou des images de typhons, autant de métaphores de la mort, omniprésente. La couverture de la guerre d’Algérie la ramène rue des Saussaies, où la police française torture les militants du FLN, là même où elle a connu l’enfer. Le 7 mars 1961, l’Humanité sort avec une page blanche, marquée en son centre de ce seul mot : « Censuré ». À l’origine de la saisie, un article de Madeleine Riffaud sur les tortures pratiquées à Paris, qui déclenche la fureur du préfet de police, Maurice Papon, qui porte plainte en diffamation et demande des dommages et intérêts. Elle réchappe de peu à un attentat de l’OAS et passe plusieurs mois à l’hôpital.
En 1973, Madeleine Riffaud emprunte une nouvelle identité et repousse toujours plus loin les limites de l’investigation. Elle devient Marthe, se fait embaucher dans un hôpital parisien comme aide-soignante. Elle récure les sols, prodigue les soins aux patients, veille la nuit des mourants anonymes. De cette expérience, elle en tire un récit lucide et tendre sur l’univers hospitalier, les Linges de la nuit, sur ce qui se joue sous les draps blancs, quand l’imminence de la mort rebat les cartes des rapports humains. Car comme le disait d’elle Jean Marcenac, « Madeleine Riffaud est un poète qui a pris résolument le parti de s’exprimer par le journal… Elle a toute seule créé ce qu’il faut bien nommer un genre et, finalement, elle a parfaitement réussi».
Madeleine est toujours vivante, lucide, militante, à 98 ans. Une magnifique BD « Madeleine, Résistante » (Bertail- Riffaud/ Morvan, Aire Libre 1. La Rose dégoupillée) retrace sa vie. Tout récemment elle a été abandonnée sur un brancard sans manger pendant 24 heures, aux Hôpitaux de Paris. Dans une tribune à l’intention de Nicolas Revel, Directeur de l’APHP, elle dénonce l’état révoltant de l’hôpital public.
Il y a deux semaines, j’ai dû me rendre aux urgences pour un examen important dû à un covid long, variant omicron.
Le SAMU m’a emmenée à l’hôpital Lariboisière, à midi et demi, le dimanche 4 septembre pour examens. Je me suis retrouvée couchée au milieu de malades qui hurlaient de douleur, de rage, d’abandon, que sais-je. Et les infirmières couraient là-dedans, débordées… Elles distribuaient des « J’arrive ! » et des « ça marche ! » « J’arrive, j’arrive ! ». Mais personne n’arrivait. Jamais.
Moi-même, j’ai mis douze heures pour obtenir la moitié d’un verre d’une eau douteuse. Tiède. Je suis restée 24 heures sur le même brancard, sans rien manger, dans un no man’s land. C’était Kafka.
Rendez-vous compte : je suis aveugle. Je sentais parfois qu’on emportait mon brancard, que je traversais une cour, peut-être ? Il faisait plus froid, c’est tout ce que je peux dire. Et puis on m’a laissée là, sans aucune affaire, sans moyen de communication avec mes proches (qu’on ne prévenait d’ailleurs pas de l’évolution de la situation, seul le docteur Christophe Prudhomme a pu avoir quelques nouvelles, je le remercie ici).
Étais-je dans un couloir ? Dans une salle commune ? Au bout d’un moment, j’ai vraiment cru que je devenais folle. Ah, si j’avais eu un appareil photo comme quand j’étais reporter de guerre… Si j’avais pu voir ce que j’entendais… Dès l’arrivée à l’hôpital, mon ambulance est passée devant des gens d’une absolue pauvreté, qui se plaignaient à grands cris d’avoir été refoulés.
Drogue ? Misère sociale ?
Ceux-là n’ont même pas été admis dans « le service-porte », la foire aux malades, l’antichambre de l’hôpital par où l’on accède aux urgences. Les infirmières, qui n’ont déjà pas assez de temps à consacrer aux malades admis entre les murs, les voient forcément quand elles vont prendre leur service.
Nul doute que leur vocation est réduite en charpie depuis longtemps. D’où les « Ça marche », les « J’arrive. » J’ai entendu ça toute la nuit.
Les infirmières et aides-soignants, je les connais bien, j’ai vécu parmi eux, je sais qu’elles auraient éperdument voulu arriver à s’occuper de chacun… Et surtout que l’hôpital marche.
Le lendemain après-midi, l’hôpital n’ayant pas de lit disponible pour moi, on m’a transférée dans une clinique privée, sans jamais avoir prévenu mes proches. J’étais la troisième âme errante que cette clinique réceptionnait ce jour-là.
J’avais déjà fait une enquête de l’intérieur en 1974, en m’engageant incognito comme aide-soignante dans un service de chirurgie cardio-vasculaire d’un hôpital parisien. J’avais aussi travaillé au SAMU dans le service du professeur Huguenard à l’hôpital Mondor. De cette immersion, j’ai publié le livre “Les linges de la nuit” qui s’est vendu à près d’un million d’exemplaires en 1974 (réédité chez Michel Laffont en 2021).
Hôpital d’il y a cinquante ans ou hôpital ultramoderne, les problèmes sont toujours les mêmes : manque de personnel qualifié, manque de crédit, l’écart se creuse entre la technique de la médecine de pointe et les moyens mis à sa disposition.
Après la sortie du livre, j’avais rencontré le directeur de l’Assistance Publique dans un face à face télévisé. Nous étions tombés d’accord sur tous les points ! Tout le monde est d’accord, sauf les gouvernements qui se suivent et qui, au mieux, ne bougent pas.
Nous avions été nombreux, au cours des années, à témoigner sur l’état lamentable de la santé. Durant tout ce temps, aucun dirigeant n’a voulu entendre. Si la pandémie de 2020 a changé quelque chose, c’est en mal : le personnel est épuisé. L’état les a tous abandonnés, soignants comme malades.
Ma mésaventure, c’est une histoire quotidienne dans l’hôpital en France.
Mon sort est celui de millions de Parisiens et de Français.
Ceux qui me connaissent savent que je n’ai jamais demandé de passe-droit de toute ma vie. Mon âge n’y change rien. Mais j’ai remarqué qu’il était presque une circonstance aggravante, et ce pour deux raisons :
1/ On pensait que j’étais trop vieille pour que ça vaille la peine de me soigner (réflexe pris lors de l’épidémie de covid ?).
2/ Dès que je parlais, on se disait que j’étais gâteuse et on pensait d’emblée que je racontais n’importe quoi… alors pas la peine de m’écouter.
Pourtant, j’ai une voix. Une voix qui ne s’en est jamais prise au personnel. Ça ne changera pas.
Évidemment, j’ai mal, mais je vais continuer à me bagarrer, comme d’habitude.
Moi, j’ai de la chance, j’ai des amis, et des confrères journalistes. Mais tous ces pauvres gens qui n’ont personne, que peuvent-ils faire ? Quand on entre dans le circuit infernal, quand on est aspirés dans le néant des urgences, on ne peut pas en sortir indemne. Parfois même, on n’en sort pas vivant… L’infirmier libéral qui vient à mon domicile m’a dit que c’était arrivé à un de ses patients, il y a trois semaines.
Si je peux être leur voix – comme Aubrac m’avait demandé d’être l’une de celle de la Résistance – alors je le serai.
J’ai encore un peu de force, c’est pour la donner !
Madeleine Riffaud
Paris, le 19 septembre 2022
Les années qui suivirent la Libération furent riches en militantisme comme en création poétique. Guillevic présenta ainsi cette période : « Je les apprécie [les communistes] sur le plan humain, sur le plan politique, dans les relations avec les sinistrés. J’ai beaucoup travaillé, beaucoup appris. Cela coïncidait avec un certain remords que j’avais de n’avoir pas assez " résisté " et surtout de n’avoir pas consacré davantage ma poésie à la lutte. » [Ibid, page 108.] Les actions militantes auxquelles il participa avec conviction avaient comme arrière-fond la guerre d’Indochine (1946-1954), les émeutes de Berlin (1953) et de Hongrie (1956), la guerre d’Algérie (1954-1962), la construction du mur de Berlin (1961), la deuxième guerre du Vietnam jusqu’en 1975. Elles furent aussi marquées en 1952 par la mort d’Éluard dont il était proche, par l’exécution des Rosenberg (1953), par la mort de Staline et le processus de déstalinisation qui aboutit au rapport de Khrouchtchev en 1956. En 1949, il fut mis à l’écart parmi les cadres de son ministère sur décision d’Antoine Pinay pour ses activités syndicales et pour avoir soutenu une grève de mineurs. En 1952 Jacqueline Woh devint sa compagne. En 1954 il publia 31 sonnets préfacés par Aragon au moment où celui-ci en faisait l’éloge comme genre littéraire enraciné dans la tradition française. On voulut voir bien à tort dans ces 31 sonnets une attitude de suivisme politico-littéraire. En fait c’est par goût d’une forme courte qui comporte la faculté de dire beaucoup que Guillevic s’adonna à ce genre et il persista à écrire des sonnets jusqu’en 1967, beaucoup d’entre eux n’étant publiés qu’après sa mort. En 1960, il fut l’objet d’une manœuvre de son administration qui lui proposa de quitter le Parti communiste contre une promotion au rang d’Inspecteur Général de l’Économie nationale qui lui avait été refusée jusque-là. À ce marché il répondit malicieusement : « Vous m’obligez donc à rester dans ce foutu parti ! » [Vivre en poésie, p. 140.]. Cette année-là moururent deux poètes qui comptaient pour lui : Reverdy, qu’il connaissait depuis 1944, et Supervielle, depuis les années d’avant-guerre. 1962 lui apporta la consécration d’un Guillevic de son ami Jean Tortel dans la collection « Poètes d’aujourd’hui » qui remplaçait l’ancienne étude de Pierre Daix parue en 1954. En 1963 il est mis en congé spécial ce qui lui permit de lire davantage, Proust en particulier pour lequel il éprouvait un penchant très fort et qu’il emmenait volontiers dans ses voyages, notamment à l’étranger. Il rencontra Marianne Auricoste qui devint sa compagne en 1965. En 1967, année de sa prise de retraite, mourut sa fille Irène. L’année suivante, nouvelle consécration : les deux recueils Terraqué et Exécutoire parurent dans la collection Poésie-poche chez Gallimard.
Les événements de 1968 entraînèrent une remise en question des institutions littéraires et Guillevic participa activement à la fondation de l’Union des Écrivains. Il rencontra Lucie Albertini en 1969 qui devint sa femme en 1981. Il publia Encoches aux Éditeurs français réunis, maison d’édition dirigée par Aragon. Ce recueil fit ensuite l’objet d’une édition bilingue français/breton en 1975. En 1970 disparut Elsa Triolet dont il était proche. Il avait écrit en 1949 à partir de son roman L’inspecteur des ruines les Chansons d’Antonin Blond. Ces chansons qui donnent la parole au personnage principal du roman ne sont pas des chansons au sens habituel du terme, mais des poèmes à chanter, qui en quelques mots incarnent et développent la personnalité d’Antonin Blond. Il avait réitéré cette greffe poétique à la suite de la publication des Manigances d’Elsa Triolet en 1962 avec les Chansons de Clarisse qui seront chantées par Jeanne Moreau. L’année suivante, en 1971, mourut un autre ami, Jean Follain.
En 1972, il effectua un voyage en URSS qui le laissa plein d’amertume. Ce voyage confirma pour lui ce qu’il pressentait quand il écrivait : « Devant certaines études soviétiques par exemple je suis accablé. Marx en aurait une attaque d’apoplexie. » [Choses parlées, p. 110] Il mena ensuite en 1978 un long périple en Extrême-Orient qui lui révéla des civilisations aux antipodes de celles de la vieille Europe à laquelle il restait attaché par son histoire, par sa nature. Il devint Président de l’Académie Mallarmé en 1975 et le resta jusqu’en 1993. Il quitta le Parti communiste en 1980 à la suite de désaccords persistants sans renier le corps d’idées pour lesquelles il avait milité pendant presque quarante ans.
Source: François Eychart, article du Maitron sur Guillevic: https://maitron.fr/spip.php?article88874
1937. Sur une borne PC (jeu de mot Parti communiste/ Limites communales, "partido comunal" en espagnol), Gerda Taro photographiée par Robert Capa
Paris, 1935, Gerta Pohorrylle (future Gerda Taro) et André Friedmann (futur Robert Capa). Photo Fred Stein
Cette exposition a été présentée pour le grand rassemblement pour la relance de la ligne Morlaix-Roscoff le samedi 21 janvier à la salle Mathurin Méheut de Roscoff, face à la gare.
Elle a été préparée par la CGT Cheminots, et notamment Loïc Le Gall qui a une très grande collection de documents sur l'histoire de la ligne Morlaix-Roscoff.
Merci à la CGT Cheminots et à Loïc d'avoir mis son exposition à la disposition des lecteurs du Chiffon Rouge et du Collectif pour la ligne Morlaix-Roscoff engagé dans le beau combat social, écologique, et de défense du territoire et de ses intérêts pour la réouverture de la ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff.
L'exposition sera présentée à la fête du Viaduc, fête de la section du Parti communiste du pays de Morlaix et de l'association Les Amis du Viaduc, le 1er mai 2023 à Morlaix.
Roscoff, début XXe- Cette photo de la gare est prise du logement de fonction du chef de gare.
C’est le début du vingtième siècle: deux trains manœuvrent en gare, des wagons stationnent près de la halle à marchandises, la maison de garde du passage à niveau N° 25 est toute neuve.
Le grand bâtiment sur la droite c’est le dépôt des locomotives. Le château a-t-il été construit plus tard ou est -il caché par la fumée de la locomotive ?
Sur les hauteurs que des champs.
L’arrivée du chemin de fer au centre de Roscoff va accélérer le développement de la petite station balnéaire.
1946 141 C- dépôt de Morlaix. Départ en retraite de Pierre Beaumanoir, chauffeur, François Paugam, M. Marie, chef dépôt, Callac, chef de train
Départ en retraite d'un roulant voie 8 en gare de Morlaix, à gauche "M. et Mme François Paugam" (François Paugam leader de la CGT et du Parti communiste à Morlaix dans les années de Libération et 50-60), Fr Limpaler, P. Petibon, L. Spagnol, L. Beaumanoir, Lampiste Gueheneux, chauffeur
Profil de la ligne Morlaix Roscoff.
Départ de Morlaix KM 00
A droite : les voies de garage (en général marchandises) et l’embranchement pour descendre au port de Morlaix avec trois files de rails, les trains à écartement normal (1,435) et les trains du réseau Breton (écartement de 1m).
Ils desservent la gare de Morlaix bassins (aujourd’hui place Edmond Puyo). Le dernier train qui a desservi le port de Morlaix a circulé en 1970, mais pendant encore quelques années la SNCF livrait des citernes de gaz à GDF et des matériaux de construction chez SLM.
Sur la gauche : le dépôt de la gare de Morlaix avec sa remise à machines, ses voies et la plaque tournante pour les machines à vapeur.
La gare de Morlaix emploie à cette époque plus de 300 personnes.
La bifurcation sur Roscoff se situe sur la commune de St Martin des Champs à 2,5 km de Morlaix.
Après un parcours accidenté nous arrivons en gare de Taulé – Henvic, puis c’est la petite halte de Carantec -Henvic avant de descendre vers le pont de la Penzé, après c’est la montée vers la gare de Plouénan Kerlaudy, puis c’est la descente vers la gare de St Pol de Léon ( première gare d’expéditions de légumes en France) et gare origine du train départemental qui allait sur Brest en passant par la côte.
Avant d’arriver à Roscoff - superbe vue sur l’île Callot, la baie de Morlaix , le jardin exotique.
C’est l’arrivée en gare de Roscoff . Ravissante petite gare terminus avec sa Marquise aujourd’hui classée. Cette gare dispose de voies de chargement et d’un petit dépôt pour locomotives , un château d’eau pour alimenter les machines à vapeur et une grande fosse de visite pour les machines. Il y a même un corps de garde pour les agents qui dorment sur place et qui assurent le premier train du matin.
Gare de Roscoff, Photo prise au début des années 1970. C’est le dépôt de la gare, sur la gauche, un petit corps de garde pour les agents qui passent la nuit à Roscoff , afin d'assurer les trains du matin.
Derrière, un château d’eau pour alimenter les machines à vapeur.
Dans le fond du dépôt, un butoir.
Près de la voie au butoir une manche à eau pour remplir les soutes des machines à vapeur.
Au fond de la gare stationne un autorail Renault également appelé « Picasso » par les cheminots . Un seul poste de conduite pour cet autorail, il est situé au dessus de la soute à bagages. A l’avant de ce Picasso le voyageur bénéficie d’une vue imprenable sur la voie et le paysage.
A droite, une potence, une roue et un contre-poids, c’est une aide pour la transmission mécanique des signaux d’entrée et de sortie de la gare. Il y avait un signal situé au niveau du jardin exotique.
Sur la droite stationne le train direct Roscoff Paris composé de quatre voitures dont deux voitures couchettes.
Derrière la rame pour Paris, c’est la halle marchandise encore debout aujourd’hui.
St Pol de Léon,
Un wagon frigorifique STEF est garé en attente de chargement.
Il existe trois grands propriétaires de wagons frigos (STEF, Interfrigo et Millet)
Pendant la forte période d’expéditions de choux- fleurs, on reçoit un train complet de wagons frigorifiques.
Ils sont en général regroupés et glacés à St Brieuc où ils sont dotés de gros pains de glace d’environ 1m de long sur 40cm d’épaisseur.
Souvent, un wagon frigorifique est garé sur une voie, il est rempli de ces blocs de glace qui servent de réserve.
Les compartiments où sont stockés les pains de glaces sont situés à chaque extrémité du Wagon.
C’est en quelque sorte l’ancêtre du froid humide.
St Pol de Léon, début des années 70 -Une équipe de cheminots fait la pose pour la photo souvenir. On distingue le clocher du Kreisker dans le fond.
Une locomotive puissante de type 63 000 spécialement dédiée à la manœuvre des wagons et une équipe de tractionnaires sont détachés du dépôt traction de Rennes pendant la forte période d’expédition des wagons de légumes.
Certains jours, plus de 300 wagons sont expédiés de la gare léonarde, certains trains complets sont directs vers l’Allemagne. Les départ sont en soirée et l’arrivée le lendemain matin à la frontière Allemande ils sont prioritaires sur les trains de voyageurs et roulent toute la nuit avec changement d’équipes de conduite et de machines en cours de route. Ce sont les TEEM (trans europ express marchandises)
Les écritures pour la douane sont placées en tête du premier wagon de la rame dans une boite métallique spécialement dédiée à cet effet.
Vue aérienne de la gare de St Pol de Léon en 1972.
De gauche à droite : les établissements Sévère expéditeurs.
La voie qui longe les entrepôts est un embranchement qui leur appartient. La voie d’en face sert également de voie de chargement lors des périodes de fortes expéditions.
Le bâtiment voyageurs (en langage cheminot le BV) principalement dédié aux voyageurs.
Au rez de chaussée, la salle des pas perdus ainsi qu’un guichet pour la vente des billets, l’expédition des bagages accompagnés et des colis express (fleurs de Kerisnel, colis de marée etc..)
Près des guichets il y a un petit central téléphonique.
Il y a également le bureau du chef de gare ainsi que le bureau de son adjoint, ces deux bureaux s’ouvrent sur le quai afin d’être en contact avec la vie de la gare.
A l’étage du bâtiment, c’est le logement de fonction du chef de gare.
A côté du BV, le corps de garde où dorment les mécaniciens, les chauffeurs et les agents des trains qui ont travaillé de nuit. Ce corps de garde dispose aussi d’une salle à manger ainsi qu’une petite cuisine.
Puis les deux voies : la voie principale et la voie déviée, toutes les deux disposent d’un quai voyageurs.
Viennent ensuite les voies de garage des wagons et les voies de chargement.
On arrive à la grande Halle : elle dispose d’un quai haut qui permet de charger les wagons au même niveau.
Sous la halle, plusieurs métiers :
une réception pour la clientèle marchandises, un centre de taxation wagons, une équipe chargée de confectionner les étiquettes d’expédition des wagons (France et Europe). Cette équipe est également chargée d’aller apposer les étiquettes sur les wagons et de vérifier si les manettes de freinage sont bien disposées et vérifier que le train est près pour le départ.
La caisse principale de la gare se situe sous la halle ainsi que la comptabilité.
Suivent toutes les voies de chargement.
En bas de la photo, la maison de garde du passage à niveau aux barrières manuelles, à côté de la maison de garde, une petite guérite pour les agents qui remplacent le ou la titulaire.
On distingue également un château d’eau, vestige de la traction à vapeur. A-t il servi pour le petit train qui partait de St Pol pour rejoindre Brest en passant par la côte ? Il a certainement servi pour les dernière machines à vapeur qui ont circulé sur le pays de Morlaix en 1970.
On distincte également des petites maisons occupées par des expéditeurs, les contrôleurs des douanes (pour les expéditions à l’étranger)
Loïc Le Gall
Publicité parue dans l'Ouest-Eclair en 1938. La SNCF et le Réseau breton se concertent pour vendre des billets à prix réduit pour aller à la mer.
1972 vue aérienne de la gare de Roscoff
Un autorail Renault Picasso est garé sur la voie du milieu en gare. Le dépôt est toujours là avec son château d’eau et son dortoir. (Corps de garde)
Le jardin du chef de gare est taillé au cordeau ;
C’est l’été, la rame du Roscoff Paris est garée sur la voie de gauche, toujours quatre voitures. Les agents de la gare sont chargés, à l’arrivée du train du matin de récupérer les draps housse, les couvertures et les oreillers, faire la visite complète du train afin de vérifier si des voyageurs distraits n’ont pas oublié ou égaré des affaires personnelles.
Dès le début de l’après midi, c’est le mouvement inverse, on regarnit les couchettes (draps, couvertures,oreillers). On regarde s’il faut rajouter de l’eau pour les WC ou les lavabos et on garnit les toilettes de papier et serviettes.
La rame pour la capitale est entièrement lavée intérieurement et extérieurement. A Guingamp, on se raccordera sur la rame venant de Lannion et à Rennes sur celle de St Malo pour une arrivée à Paris Montparnasse vers 7 Heures.
Le trafic marchandise est encore florissant au regard des wagons stationnés.
On remarque (difficilement) une petite grue à côté de la halle.
La maison de garde du passage à niveau N° 25 est toujours debout.
Mars 1978
C’est la catastrophe de l’AMOCO-CADIZ.
Le pétrole se répand sur la côte Nord-Bretagne.
Roscoff et les environs ne sont pas épargnés. Partout dans le Léon, la population est à pied d’œuvre, il faut effacer au plus vite cette tragédie. Alors, ben, le pétrole, on le ramasse comme on peut. Les pelles, les seaux, les poubelles, les tonnes à lisier, les camions citernes sont au travail.
Mais que faire de ce pétrole ? Il faut le dégager au plus vite.
La gare de Roscoff est idéalement placée en bord de mer. Elle va réceptionner des wagons citernes qui seront stationnés sur la voie de débord. Ils seront remplis au fur et à mesure de l’arrivée des camions et le pétrole récupéré sera acheminé vers les raffineries du Grand Ouest
Années 1980
Chargement de choux-fleur en gare de St Pol de Léon.
Nouvelle méthode avec une passerelle.
Derrière un chargement à l’ancienne ( le camion collé au wagon). Ce wagon qui n’est pas frigorifique, dispose d’un toit blanc, cela permet de gagner quelques degrés.
En bas à gauche, sur le wagon le porte-étiquettes pour apposer les écritures d’expédition ainsi que son numéro
1995 - Une équipe du service d’entretien de la voie basée à Morlaix s’affaire au ripage de la voie principale.
Après plusieurs passages de trains, toute la structure peut se déplacer.
C’est le cas ici.
Il faut donc remettre la voie sur son emplacement initial.
Le travail s’effectue à l’aide d’une lourde barre d’acier appelée « pince à riper ».
Les agents glissent la barre sous le rail et, sur ordre (à la voix ou au sifflet), ils déplacent l’ensemble de la voie ferrée.
Pour que le travail soit bien fait, l’action doit être menée en parfaite synchronisation.
Dans les années 1960, il existait deux brigades sur la ligne Morlaix-Roscoff. Une à Taulé avec un canton allant de la bifur de Roscoff au pont sur la Penzé et une autre à St Pol de Léon avec un canton allant du pont de la Penzé à Roscoff.
Ils y avait également 25 P.N. gardés manuellement.
22 mai 1993
L’autorail touristique fait un arrêt en gare de St Pol de Léon. Les passagers se précipitent à l’extérieur pour découvrir la gare, faire quelques photos en espérant trouver des vestiges de la plus grande gare d’expéditions de légumes de France. Il faut faire vite, l’arrêt n’est que de cinq minutes.
La marquise est toujours debout, elle est en acier et les piliers sont en fonte.
Tout comme à Roscoff ses piliers sont creux, ils servent de gouttières .
Il y a encore un agent en gare. Il assure la circulation des trains et la vente des billets.
22 mai 1993
Photo insolite en gare de Roscoff, les trois voies sont occupées : Un autorail touristique Renault Picasso affrétée par une association du centre de la France découvre la Bretagne en autorail.
Sur la voie du milieu l’x 2100 qui assure le train régulier Roscoff Morlaix est garée en attente du départ vers Morlaix de l’autorail touristique.
Sur la voie de droite un wagon de marchandise aujourd’hui détruit .
Un wagon à marchandise à deux essieux finit sa carrière en gare de Roscoff. Ce wagon était remisé en gare et servait pour entreposer divers matériel.
Après la guerre pour la reconstruction du pays, il manque plus de 200 000 wagons au réseau national . Dans cadre du plan Marschal les États Unis fournissent au pays des wagons de marchandises de ce type , le pays ruiné n’ayant pas assez d’usines en état de marche pour en fabriquer.
Août 1997
Cet autorail de type X4500 est un autorail bi-caisses, également appellé « caravelle ». Ils ont circulé de 1963 à 2010, c’est un automoteur qui circule au diésel.
Constructeur : ANF (ateliers du Nord de la France)
Puissance : environ 450 chevaux
poids : 57 tonnes
Places : de 133 à 141 places
vitesse : 120 km/h
Une cabine de conduite à chaque extrémité
2 types de moteurs : Poyaud construit à Surgères en Charente Maritime ou Saurer construit au Creusot en saône et Loire
La prestation touristique « A fer et à flots » qui a duré 20 ans, a commencé en 1999 avec ce type d’autorail.
Les baies vitrées étaient très grandes, on s’approchait d’un autorail touristique.
Plus tard, l’arrivée des X73500 correspondait parfaitement aux besoins des touristes grâce a leurs grandes ouvertures.
Mai 1999
Roger Denis, chef de gare de Roscoff pendant 26 ans prend sa retraite. Originaire de Plouégat-Moysan, il démarre sa carrière en 1959 en gare de Plouigneau.
De 1962 à 1973, il est nommé à Lannion avant de prendre son poste à Roscoff.
Sur la photo, il donne son dernier départ de train, mais c’est aussi un départ pour une nouvelle vie.
Il restera quelques années encore dans le logement de fonction avant d’aller habiter Brest.
Comme de coutume, les copains cheminots s’étaient déplacés pour son dernier jour de travail.
Au départ du dernier train, des pétards posés sur le rail explosent faisant beaucoup de bruit (cela fait partie des traditions cheminotes)
17 juin 2004
Dernier départ de train donné à Roscoff par le dernier chef de gare en poste (Pascal Le Dluz)
On raye définitivement le rôle du chef de gare qui officiait depuis le 10 juin 1883, soit 121 années presque jour pour jour.
Désormais, l’agent de la gare n’assure plus aucune fonction de sécurité. L’autorisation de départ est donnée par le poste d’aiguillage de Morlaix. II n’y a plus aucun signal ni aucune installation de sécurité en gare de Roscoff.
Ce jour- là, plusieurs copains cheminots sont venus symboliquement assister au dernier départ donné par le chef de gare.
Pont de la Penzé km 15 de la ligne Morlaix-Roscoff
Novembre 2004, une équipe venue de Caen, spécialisée dans l’entretien et la réfection des ponts métalliques change les rivets à l’ancienne méthode.
Les rivets sont chauffés à blanc dans une petite forge fonctionnant au gaz puis ils sont sertis à chaud .
L’ouvrier est sous le tablier du pont et bloque le rivet pendant que son collègue du dessus va sertir le rivet au moyen d’un marteau pneumatique.
A Caen ce service n’existe plus aujourd’hui.
En 2004
Le service d’entretien du pont de la Penzé, détecte un nombre important de pièces métalliques défectueuses.
Le nombre de pièces à changer est suffisant pour déplacer une équipe spécialisée dans la réfection des ponts métalliques.
Cette équipe est basée à Caen, elle remplace toutes les pièces dans les règles de l’art (à l’ancienne).
Tous les rivets fatigués sont remplacés.
Les rivets neufs sont passés à la forge, chauffés à blanc et rivetés.
(Ce service n’existe plus aujourd’hui.)
Sur la photo, le cheminot est sous le tablier du pont, le rivet incandécent est mis en place par cet agent, il bloque le rivet à l’aide d’une barre métallique et son collègue resté sur le tablier mate le rivet à l’aide d’un marteau pneumatique.
L’agent qui est sous le tablier, travaille dans un espace confiné. Il est équipé d’un casque de protection pour les yeux et la respiration.
29 novembre 2004
L’autorail X73597 qui assure le trajet Morlaix Roscoff traverse le pont de la Penzé , elle se dirige vers Roscoff.
Le pont est en travaux, il faut changer des pièces métalliques datant de l’origine du pont, elle sont bien rouillées, on les remplace par des pièces identiques mais galvanisées, elles sont serties à l’ancienne (avec des rivets posés à chaud)
Des bouteilles de gaz alimentant la forge sont disposées sur le tablier.
Les deux feux rouges indiquent aux agents des gares que c’est le dernier véhicule du train.
On imagine le travail effectué pour poser tous les rivets du pont ( la soudure n’existait pas à l’époque).
Quelques documents témoignages du terrible bombardement du 29 janvier 1943 (+ 80 victimes) transmis par Loïc Le Gall, avec les dégâts sur le Viaduc
Il y a 80 ans, jour pour jour, le 29 janvier 1943, un bombardement anglais allié mal dirigé et peu économe en vies humaines visant le Viaduc avec 43 bombes larguées à haute altitude faisait près de 80 morts à Morlaix, sur la place des Otages, de la quartier de la Madeleine et des Venelles autour du Carmel, dont, sur la colline d'en-face, les 39 enfants de l'école Notre-Dame-des-Anges en contrebas de la gare de Morlaix.
Entendre le nom et l'âge de toutes ces victimes est une expérience très bouleversante.
Aujourd'hui, dans les différentes séquences d'une très émouvante demi-journée de souvenir, devant l'école, le Kiosque, et en mairie, nous avons rendu hommage, avec la mairie de Morlaix et celle Saint-Martin-des-Champs, les parlementaires, les parents des victimes et des survivants, les associations consacrées à la mémoire de cet évènement particulièrement tragique et traumatisant de la guerre pour notre ville, aux victimes de ces bombardements intensifs, avec une pensée émue pour ceux qui les subissent aujourd'hui en Ukraine, au Yemen ou ailleurs.
La guerre est une horreur et une matrice de monstruosités, à toute époque et partout dans le monde.
Un merci chaleureux à Jean-François Bodilis, fils d'une survivante de l'école Notre-Dame-des-Anges, et élu à Landerneau pour ses photos!
Ce jour sinistre du 29 janvier 1943 ouvrait une année terrible pour la ville de Morlaix, qui s'est terminée par la déportation des 60 otages arrêtés le 26 décembre 1943 à la suite d'un attentat de la résistance contre le foyer du soldat allemand, dont seule la moitié reviendront des camps de concentration nazis.
Ismaël Dupont