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« La souffrance de Gattaz, parlons-en ! », un nouveau tract du PCF pour distribution en direction des entreprises.
Pour Bosch St Thégonnec, la distribution se fera le vendredi 5 décembre (16 h 45).
Nous distribuerons aussi à la Sermetta Morlaix.
- Distribution tracts marché de Morlaix
Cette distribution se fera le samedi 6 Décembre (9 h 30 – 11 h 30) avec un tract à tirer « Non au budget Hollande – Medef ».
Marion Maréchal-Le Pen et Marine Le Pen, le 29 novembre. © ReutersMalgré le blocage de notre accréditation, nous avons pu couvrir le congrès du parti. Récit d'un week-end qui a vu Marine Le Pen, unique candidate, réélue présidente du FN avec 100 % des voix, et le parti renforcer sa dimension de PME familiale, avec notamment l'élection de Marion Maréchal au comité central.
http://www.france-palestine.org/Un-nouveau-jugement-scandaleux-a
Le 24 novembre, la Cour d’appel de Caen a condamné les militants d’Alençon poursuivis pour avoir appelé au boycott citoyen contre un État qui viole de façon permanente et réitérée le droit international et humanitaire.
Nos amis avaient été condamnés en première instance, en septembre 2013, pour « discrimination à raison de l’origine, l’ethnie ou la nationalité - entrave à l’exercice d’une activité économique ».
A l’origine des poursuites, les scandaleuses circulaires Alliot-Marie et Mercier de février 2010 et mai 2012, à ce jour toujours pas abolies, et qui engagent donc désormais, de fait, la responsabilité de l’actuelle Garde des Sceaux.
Nous sommes là devant une insupportable instrumentalisation de la loi pour empêcher la libre expression politique des citoyens. Comme les amis condamnés par la Cour d’appel de Colmar en novembre 2013, nos camarades d’Alençon ont décidé de se pourvoir en cassation. Nous les soutenons pleinement dans cette démarche : nous ne pouvons accepter une lecture biaisée de la loi au bénéfice d’un groupe de pression qui, comme les dirigeants israéliens, se croit tout permis dans la surenchère.
Les officines ultra qui nous attaquent se trompent lourdement si elles croient pouvoir ainsi nous réduire au silence. Tout indique au contraire que les actions BDS à travers le monde ne peuvent que se développer en réponse à la fuite en avant criminelle des dirigeants israéliens. La France est le seul pays de l’UE à criminaliser des actions contre les violations du droit international et des droits de l’homme, mais cela sera sans effet sur le développement de la mobilisation citoyenne.
Le Bureau national de l'AFPS

Projet de loi Macron, le droit du travail taille patron
"Avec nous, les patrons ont la belle vie ... et nous aussi qui leur sommes soumis !"
L'Humanité s'est procuré ce texte qui déréglemente à tout-va. Décryptage
La grenade Macron contre le Code du travail est dégoupillée. Le projet de loi censé « libérer l'activité », selon son intitulé, concocté par le ministre de l’Économie comme pour incarner la dictature des intérêts privés sur les choix sociaux et sociétaux a été transmis lundi au Conseil d'Etat, en vue d'une présentation en Conseil des Ministres à la mi-décembre.
Si la plupart des thèmes et des mesures du projet étaient connus, certains y ont été inclus dans la plus grande opacité. La mouture finale révèle une attaque de grande ampleur contre les droits des salariés – avec l'extension du travail du dimanche et de nuit -, et contre leurs institutions que sont les conseils de prud'hommes, l'inspection et la médecine du travail. Il révèle aussi la brutalité de la méthode du gouvernement qui, pour certains thèmes, passera par ordonnance pour éviter le débat au Parlement.
Décryptage des principaux points du projet.
Vannes ouvertes au travail du dimanche
Si les socialistes avaient dénoncé en 2009, sous Sarkozy, la loi Mallié élargissant les possibilités d'ouverture des commerces le dimanche, leur projet explose les records en matière d'extension du travail dominical, et ouvre la voie au travail 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 à l'américaine, avec la possibilité de faire travailler les salariés jusqu'à minuit sans que cela soit considéré comme du travail de nuit !
L'extension est multiforme. D'une part, les cinq dimanches par an d'ouverture des magasins qui pouvaient être décidés par les maires des communes passent à douze par an, dont cinq seraient accordés de droit aux commerces, sans que l'édile local puisse s'y opposer. D'autre part, le projet va généraliser l'ouverture des centres commerciaux. La loi Mallié avait légalisé la situation des centres qui ouvraient jusqu'alors dans l'illégalité, en créant le concept de « périmètre d'usage de consommation exceptionnel » (Puce), réservé » aux agglomérations de plus d'un million d'habitants. Avec Macron, les Puce sont transformés en « zones commerciales caractérisées par un potentiel commercial », une définition en forme de pléonasme qui signifie que toute zone commerciale, partout en France, pourra obtenir l'autorisation. Autre innovation, en plus des zones touristiques actuelles, le texte crée les fameuses « zones touristiques internationales », qui permettront notamment aux magasins des Champs-Elysées et aux grands magasins comme le Printemps et les Galeries Lafayette à Paris d'ouvrir le dimanche alors que les actions en justice de l'intersyndicale Clic-P les en empêchent aujourd'hui. Ces zones seront déterminés par les ministères du Travail, du Tourisme et du Commerce, une manière d'exclure les municipalités, comme celle de Paris qui a refusé en 2010 ce cadeau aux grands magasins. Anne Hidalgo, maire PS de la capitale, n'a pas manqué de réagir mardi en prévenant qu'elle n'accepterait pas que « les pouvoirs du maire soient captés par Bercy ». C'est dans ces zones touristiques internationales que les enseignes se voient tailler un Code du Travail sur mesure, avec un nouveau concept de « travail de soirée » qui décale à minuit le déclenchement du travail de nuit.
Pour faire passer la pilule, le gouvernement instaure pour ces innovations une garantie de volontariat des salariés et le doublement du salaire pour les heures de travail dominical ou vespéral. Les syndicats insistent sur le leurre du volontariat, du fait des pressions possibles des directions sur les salariés. Et pour les majorations de salaire, le texte offre une issue aux patrons. Les entreprises pourront négocier des accords moins favorables, et ce n'est qu'en l'absence d'accord que le filet de sécurité de la loi s'appliquera, avec la majoration de 100 %. De plus, ce filet ne concernera pas les établissements de moins de vingt salariés. L'éclatement de l'activité des groupes en petits établissements distincts leur permettra d'échapper au surcoût du dimanche. Le Clic-P annonce une nouvelle manifestation le 16 décembre.
Prud'hommes : la justice du travail remise au pas
La spécificité de la justice prud'homale rendue par des juges issus du monde du travail à parité entre employeurs et employés, c'est du passé. Sous prétexte que les délais de jugement dans les conseils de prud'hommes d'Ile de France sont inacceptables, Macron engage une restructuration profonde de l'institution, déjà entamée avec la suppression de l'élection des juges prud'homaux, discutée hier à l'Assemblée Nationale. Il n'est pas question de donner aux tribunaux les moyens nécessaires au bon fonctionnement, mais de les mettre au pas pour qu'ils fassent de l'abattage, au détriment des salariés qui demandent réparation. Dans 92 % des cas, les salariés saisissent les prud'hommes à l'occasion d'un licenciement. Or, dans ce cas, le projet prévoit qu'avec l'accord des deux parties, l'affaire sera renvoyée vers une formation restreinte (deux juges au lien de quatre) qui statuera sous trois mois et allouera au salarié une indemnité forfaitaire en fonction d'un barème lié à son ancienneté dans l'entreprise. « On ne sera plus de vrais juges car le travail d'un juge, c'est de regarder chaque cas et de voir les préjudices, pas d'allouer un montant fixe » s'insurge Jamila Mansour, présidente CGT des prud'hommes de Bobigny...
Inspection et médecine du travail : carte blanche pour réformer
Ce sont les deux surprises du chef, l'inclusion dans le projet Macron d'une carte blanche pour réformer la médecine du travail et l'inspection du travail par voie d'ordonnance, histoire de contourner magistralement les débats au Parlement. Concernant l'inspection du travail, le premier volet de la réforme dite Sapin – la restructuration des services – est passé par décret et en cours d'application... Le texte prévoit ainsi de dépénaliser de la plus en plus les infractions au code du travail, sous la forme de possibilités d'amendes immédiates délivrées par l'inspecteur du travail sans jugement et d'allègement des peines applicables en cas d'entrave au droit du travail. C'est conforme à la promesse de François Hollande de supprimer la peine de prison pour les patrons piétinant les droits des délégués du personnel, des comités d'entreprise, des comités hygiène et sécurité, au motif que cela inquiéterait les investisseurs étrangers. En réalité, les employeurs ne vont jamais en prison et les procès-verbaux d'inspecteurs pour entrave sont souvent classés par la justice. En allégeant encore la peine inscrite par le Code du travail, le gouvernement lance un signal supplémentaire pour que ces droits ne soient pas respectés.
Même opacité pour les médecins du travail qui ont découvert fin octobre qu'ils seront frappés par le « choc de simplification » du gouvernement. Ce dernier compte supprimer la visite médicale périodique des salariés et mettre fin aux avis d'aptitude « avec restrictions » délivrés par les médecins du travail qui obligent les employeurs à aménager les postes de travail. La réforme est finalement venue se nicher dans la loi Macron, mais là encore sans précision puisque c'est par ordonnance qui seront prises ces mesures.
Fanny Doumayrou – l'Humanité du jeudi 20 novembre 2014
Le mal être des adolescents, miroir d'une société en crise : 43 % sont en situation de souffrance psychologique, et ce sont dans les situations les plus précaires que les tensions, les angoisses sont les plus fortes et les conduites addictives les plus fréquentes.
Les enfants de la récession : 2,6 millions d'enfants ont plongé sous le seuil de pauvreté dans les pays les plus riches du monde depuis 2008, ce qui fait 76,5 millions d'enfants. En France, on compte 440 000 enfants pauvres supplémentaires entre 2008 et 2012 (de 15,6 % à 18,6%).
Par ailleurs, près d'un jeune étudiant sur deux est dans le renoncement aux soins.
Est-ce ainsi que nos enfants vivent ?
Alors que notre pays a signé la convention internationale des droits de l'enfant (convention des Nations unies du 20 novembre 1989), il se doit de la respecter et d'assurer la protection de ses enfants.
Les préconisations de l'Unicef sont claires : il faut maintenir de solides filets de sécurité sociale, éliminer la pauvreté, faire du bien-être des enfants une priorité absolue.
La question n'est pas de laisser une dette aux générations futures, mais de leur assurer un avenir digne du 21e siècle. L'heure n'est pas à diminuer les budgets sociaux du pays ni les dotations aux collectivités locales, l'heure est à sortir de l'austérité.
Nous demandons d'urgence, comme d'autres organisations qui agissent contre la pauvreté, la tenue d'une conférence nationale de la protection sociale.
Des mesures d'urgence doivent être prises pour combattre la pauvreté telles que la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, l'ouverture en nombre de logements d'urgence, le blocage des loyers, l'accès aux associations caritatives des stocks de denrées alimentaires de l'Union européenne, le développement de la protection sociale en priorité pour les enfants et les jeunes.

Au fil des mois et des années, les effets de la crise s’aggravent. C’est en tout cas ce que montre le dernier « portrait social » de la France réalisé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Si le tableau général est sombre, particulièrement du côté de l’emploi, l’étude précise que « les personnes les plus touchées par la crise sont généralement celles qui étaient a priori les plus exposées aux difficultés sur le marché du travail ». Ce nouveau rapport permet de comprendre « où nous en sommes après plusieurs années de crise », comme l’explique Fabrice Lenglart, directeur des statistiques démographiques et sociales. Entre 2008 à 2013, une dégradation du marché du travail, une augmentation de la précarité ou encore une stagnation du revenu salarial sont observées. Alors que la France compte 2,8 millions de chômeurs en 2013 au sens du Bureau international du travail, l’Insee révèle que plus de 1,1 million d’entre eux recherchent un emploi depuis plus d’un an. Un chiffre qui est en hausse de 56 % en cinq ans (+ 400 000 chômeurs). La conséquence immédiate est une forte hausse du nombre d’allocataires au revenu de solidarité active – RSA (+ 430 000 entre 2008 et 2012) et ainsi une dégradation de leurs conditions de vie. Cette situation pèse sur les salaires dont la progression est freinée depuis 2007, au point que les inégalités salariales ont cessé de diminuer.
lire la suite : http://www.humanite.fr/une-france-etranglee-par-les-inegalites-558096
Nouvel épisode de la série "On leur fait un dessin" : le décryptage de
la réforme des collectivités en 5 minutes chrono.
http://www.dailymotion.com/video/x2a077c_ep-25-le-hold-up-democratique_news
Voici des accès gratuits pour des articles de "présentation" de Soral l'idéologue de la nouvelle extrême droite :
- l'article principal (premier des deux volets, le second sera publié d'ici :http://www.mediapart.fr/article/offert/89c9d221b76f64b1806f9b89880a8092
- un portrait rapide : http://www.mediapart.fr/article/offert/fc5838f38fad7a912d2d16dd094778ee
- une sélection de citations par thèmes : http://www.mediapart.fr/article/offert/2d6195e90590feede4a29af1d60e64aa
Nous sommes désormais au cœur d’une triple crise : des représentations politiques (essoufflement des idéologies), de la politique instituée (obsolescence des formes de l’action politique), du champ politique lui-même (l’économique a pris le pas sur le politique). C’est leur convergence qui donne à la crise politique toute son acuité et sa durabilité. Dans cette crise globale, une crise particulière a un rôle structurant : celle qui accompagne l’incertitude du clivage droite-gauche. Pour des millions d’individus, ce clivage a perdu de son sens perçu.
Pour ce qui est de la gauche, comment s’en étonner ? Historiquement, surtout au XXe siècle, la gauche s’est identifiée au couple de l’égalité et de la redistribution. Or les dernières décennies ont vu se polariser à nouveau les avoirs, les savoirs et les pouvoirs et se creuser les inégalités qui en résultent ; quant à la redistribution, elle a été balayée par le retrait de l’État. Que la droite ou la gauche soient au pouvoir, la tendance a été la même.
Dès lors, la tentation existe de considérer que la référence à la gauche est désormais sans objet, à la limite qu’elle est un handicap, dès l’instant où, dans les représentations courantes, la gauche est associée au parti qui la domine depuis plus de trente ans. Le XXe siècle s’est achevé sur la double implosion de la voie sociale-démocrate et de la voie communiste bolchevisée. Le recentrage du socialisme européen a porté peu à peu le socialisme vers un démocratisme à l’américaine. Devant cette situation, une formule a les faveurs d’une part non négligeable de la gauche de gauche. Elle est empruntée à l’expérience espagnole de Podemos : l’objectif ne serait plus de rassembler la gauche, mais de rassembler ou de fédérer le peuple.
À vrai dire, ce n’est pas la première fois que cette tentation s’exprime dans la tradition du mouvement ouvrier. Périodiquement resurgit l’idée que temps est enfin venu de se débarrasser de tout ce qui détourne peu ou prou du combat central. La gauche, la République, la démocratie représentative bourgeoise…
Autant de termes qui brouilleraient et affaibliraient le clivage jugé le plus fondamental : capital et travail, bourgeoisie et prolétariat, capitalisme et communisme. Jules Guesde et le syndicalisme révolutionnaire à la fin du XIXe siècle ; la stratégie « classe contre classe » entre 1927 et 1934 ; le conflit Est-Ouest entre 1947 et 1953 (« Il n’y a plus : droite et gauche », écrit le communiste Marcel Cachin dans ses Carnets, le 2 novembre 1947)… À chaque fois, une part du mouvement ouvrier suggère qu’il faut se débarrasser d’un concept – la gauche – qui met inévitablement les prolétaires en position subalterne. Mais, chaque fois, la critique de la critique s’est imposée : Jean Jaurès répond à Jules Guesde, la stratégie de Front populaire corrige le sectarisme de classe contre classe, l’union de la gauche suit l’isolement des années 1950.
Il ne suffit certes pas qu’un mécanisme ait fonctionné par le passé pour qu’il le fasse de toute éternité. Mais la résistance de la notion de gauche dit quelque chose de profond, sur la structuration du champ politique, que nul ne peut oublier aujourd’hui encore. Même si les conditions ne sont plus les mêmes, même si la social-démocratie a quitté son horizon historique, même si la crise est désormais systémique.
En fait, pour qu’un combat particulier ne soit pas celui d’un seul groupe, social, corporatif, doctrinal, religieux ou autre, il faut qu’il puisse se raccorder à un courant beaucoup plus vaste, auquel il ne se réduit pas, mais sans lequel il est voué à l’isolement, voire au « solo funèbre », selon l’expression de Marx en 1852.
Or il se trouve que, dans les sociétés polarisées par la marchandise et par le capital, deux grandes conceptions de la société distribuent depuis longtemps les représentations, les pratiques et les comportements collectifs. La première consiste à dire que l’inégalité est un fait de nature ou de divinité et qu’elle est au demeurant un bienfait, car le désir de surpasser les autres (socle de la compétition et de la concurrence) est le moteur de la créativité. Mais l’homme étant par nature mauvais (l’homme est un loup pour l’homme, une créature déchue par Dieu à cause de son orgueil), pour que la société ne soit pas une jungle, l’inégalité doit être encadrée par l’autorité, immanente ou transcendante, surnaturelle ou humaine.
La seconde conception postule que la nature (ou Dieu) a fait les hommes égaux (« Quand Adam bêchait et qu’Ève filait, qui était alors un gentilhomme »), naturellement bons et perfectibles. Complétée par la liberté et la solidarité (liberté, égalité, fraternité), l’égalité est le socle du vivre et de l’agir en commun ; elle est donc la base de la créativité, individuelle et collective. D’un côté, l’égalité, l’horizontalité et la liberté (« l’égaliberté », dit justement Étienne Balibar) ; de l’autre, l’inégalité, la verticalité hiérarchique et l’autorité. Dans l’espace politique, en France, depuis 1789, ce face-à-face prend, de façon massive, la forme de l’opposition entre la droite et la gauche. Se dire de gauche, c’est d’une façon ou d’une autre affirmer que la société devrait majoritairement se fonder sur les valeurs de l’égaliberté.
Évidemment, une fois admis ce principe (qui oppose droite et gauche de façon globale), s’engage un autre débat. Comment parvenir à l’égaliberté ? Peut-on le faire à l’intérieur du système existant ou faut-il l’abolir en le dépassant ? Faut-il opposer l’État et le marché ? Faut-il du collectivisme ou pas ? De la « dictature » ou pas ? Bref, à l’intérieur du pôle constitué par la gauche, s’affirment d’autres polarités, au demeurant évolutives, dont la plus importante est celle qui distingue la tentation de l’adaptation (ou accommodement) au système et la volonté de rompre avec lui.
La polarité de la gauche et de la droite et la polarité à l’intérieur de la gauche sont tout aussi structurantes l’une que l’autre. On peut toujours rêver du moment où toute la gauche s’unit, miraculeusement, dans un même désir de rupture. On peut au contraire vouloir à tout prix établir la barrière étanche qui sépare la « vraie » gauche de la « fausse ». La réalité finit toujours par revenir au grand jour : il existe une gauche, et elle est polarisée. Pour que la droite soit politiquement battue, il faut bien que la gauche se rassemble ; mais si la gauche est dominée par l’esprit d’accommodement et non par l’esprit de rupture, elle perd son dynamisme, s’enlise et laisse la main à une droite de plus en plus dure.
De cette analyse ne découle aucune conséquence simple : tout dépend du moment.
1. En gros, le clivage de la droite et de la gauche fonctionne, mais plus ou moins nettement, plus ou moins globalement. Il est des moments où il tend à s’affaiblir, soit par le jeu des circonstances (dans la Résistance, il prend une forme moins exclusive), soit par celui des stratégies (les effets du conflit Est-Ouest après 1947). Toutefois, même dans ces cas extrêmes, le clivage continue d’exister, au profit de la gauche (entre 1940 et 1945) ou au profit de la droite (années cinquante). Et dans la persistance de ce clivage, la question de l’égalité-liberté reste l’axe structurant. Elle devient même une question de plus en plus concrète. Plus s’approfondit, avec la mondialisation du capital, la tendance à concentrer les avoirs, les savoirs et les pouvoirs entre les mains d’un petit nombre, plus la question du partage et de la mise en commun devient une clé pour les dynamiques à venir des sociétés. Polarisation ou partage, solidarité ou compétition : le dilemme est au cœur des débats réels, à toutes les échelles de territoire sans exception.
2. Le clivage se reproduit, mais jamais dans les mêmes termes. Et, à chaque fois, la question n’est pas de savoir qui est de gauche et qui ne l’est pas ; il est plutôt de savoir qui, de l’accommodement ou de la rupture, donne le ton à gauche. Il est à noter que les moments de plus grande avancée globale, dans l’histoire française (1793, 1848, début du XXe siècle, 1936-1946), ont lieu quand la dynamique sociale (rurale urbaine sous la Révolution, ouvrière aux XIXe et XXe siècles) et la dynamique à gauche se conjuguent. Et force est aussi de constater que ces moments n’ont pas été – c’est le moins qu’on puisse dire – défavorables à la composante la plus à gauche, la plus attachée à la rupture.
Ce n’est pas au temps de classe contre classe que le PCF enregistre sa plus forte poussée. Quand il s’en est dégagé, au contraire, il est devenu le premier parti à gauche et toute la gauche en a été profondément marquée. Et s’il a décliné, à partir de la fin des années 1970, ce n’est pas à cause de l’union de la gauche, mais parce que, faute de renouvellement profond, il s’est fragilisé face au PS mitterrandien.
3. Pour parvenir à l’égaliberté, il existe des pensées, des méthodes, des pratiques différentes. Du côté de l’esprit de rupture, on se dira communiste, écologiste, socialiste, républicain, écosocialiste, autogestionnaire, libertaire, etc. Aucun de ces segments, pris séparément, ne peut espérer stimuler le mouvement des « dominés ». Mais même ensemble ils ne parviendront pas à leur objectif, s’ils ne raccordent pas leurs méthodes à la grande trace historique de l’égaliberté et donc à la vaste tradition de la gauche politique. Ils n’y parviendront pas si, d’une façon ou d’une autre, ils ne font pas la démonstration que leur façon de faire est la plus efficace pour tirer la société en avant, pour rendre possible le développement maximal des capacités humaines, pour faire reculer le champ de toutes les aliénations. Et dans cette démonstration, ils seront d’autant plus performants qu’ils n’excluront pas, inexorablement et à tout jamais, ceux qui se trouvent à l’autre pôle de la gauche. Ils seront d’autant plus audibles, qu’ils suggéreront que le mieux, pour la gauche dans son ensemble, est que la logique de rupture l’emporte sur celle de l’adaptation. Ce n’est pas en définissant des critères excluant qu’une gauche bien à gauche se grandit, mais en montrant que l’esprit de rupture est le pivot du rassemblement le plus large. Pour changer le désordre des sociétés, la gauche doit parvenir à la majorité politique ; mais pour réussir durablement, elle ne doit jamais perdre le cap de la rupture vers l’égal accès aux richesses matérielles et immatérielles.
4. Pas de changement de société sans mouvement majoritaire pour l’imaginer, le formuler et le conduire… Mais la majorité ne résulte pas d’un mouvement lent et continu d’accumulation des forces sociales. En fait, qu’elle soit lente ou plus rapide, la conquête d’une majorité suppose qu’existent les médiations politiques qui la rendent possible. Or il n’existe pas de médiateur politique plus large, et donc potentiellement majoritaire, que le raccord à une gauche dont on sait qu’elle toujours à la fois réelle et sans cesse à redéfinir. Que l’alliance politique réelle de toute la gauche ne soit pas toujours possible (il est des moments, comme aujourd’hui, où il faut convenir qu’elle est irréalisable globalement) n’empêche pas que l’horizon nécessaire soit du côté de son rassemblement.
5. Toute pratique, même critique et combative (comme elle doit l’être aujourd’hui face au socialisme de gouvernement), ne vaut que si elle se mène au nom d’un corps de valeurs, de traditions de lutte, de systèmes symboliques rattachés historiquement à la gauche, dans toute sa complexité. Non pas la « vraie » gauche, la « seule » gauche, mais « la » gauche. De la gauche, toutefois, dont il faut bien constater qu’elle n’est jamais si dynamique que lorsqu’elle est fidèle en pratique à la volonté farouche de faire progresser concrètement l’égaliberté. Et qu’elle n’est jamais si pataude et si fragile, que quand ses mots et ses pratiques la tirent du côté adverse, du côté d’une droite politique et sociale dont elle surestime la force et sous-estime la nocivité.
6. Faut-il ne plus vouloir rassembler la gauche et se fixer désormais l’objectif de rassembler le peuple ? Ce serait une pure abstraction. Le « peuple », à vrai dire, n’existe pas mais se construit. Il existe des catégories populaires, que rassemble leur situation commune de couches « dominées ». Mais les éléments du peuple sociologique ne font peuple politique, capable d’agir à l’échelle de la société tout entière, que si se construit le mouvement qui les agrège. Or ce mouvement est global : il faut de la pratique commune, de quotidienneté et de lutte ; il faut du projet, celui d’une société où les dominés ne sont plus en position subalterne ; il faut la perspective majoritaire d’un rassemblement politique, à l’échelle de la société, en faveur de l’égaliberté. Hors de cette globalité, qui inclut le référent proprement politique, la conscience du clivage séparant le « eux » et le « nous » ne suffit pas à faire de la « plèbe » un acteur historique central. Les catégories populaires meurtries peuvent conjoncturellement ne pas se reconnaître dans la gauche. Mais si elles renoncent à porter le projet d’une gauche réconciliée avec ses valeurs fondamentales, elles ne glisseront pas vers la radicalité transformatrice, mais vers la radicalité du ressentiment. Elles se déplaceront en dehors de la gauche, sans aucun doute ; en fait, le plus vraisemblable est qu’elles iront vers la droite extrême…
7. Rassembler la gauche c’est, sur le terrain politique, l’expression la plus large du désir de rassembler le peuple. Contourner la gauche n’est donc pas un raccourci ; ce risque même d’être une impasse. Mais assumer le parti pris de la gauche, c’est assumer en même temps ce qui le rend possible : la rupture franche avec le social-libéralisme, l’articulation nouvelle du social et du politique, le rafraîchissement des mots, des pratiques et des formes d’organisation. Rien ne sert donc de dissimuler que la pérennité de la gauche est inséparable de sa reconstruction. En n’oubliant jamais que ce besoin de renouvellement ne concerne pas seulement l’aile la moins à gauche de la gauche… La « radicalité », ou « l’alternative » ou la « révolution » ne se déclineront pas non plus au travers des symphonies du passé.
Si la révolution, toujours nécessaire, n’est plus la révolution d’hier, la pensée politique de la rupture doit se mettre à jour, pour prendre la mesure des enseignements du passé, pour prendre la mesure des attentes d’aujourd’hui. Réarticuler le social et le politique, redéfinir la dynamique d’un public non étatique, dégager le développement économie des capacités humaines des simplismes de la croissance, repenser ensemble l’individu et le collectif, rompre avec les logiques étatistes et hiérarchiques de l’activité politique, envisager une ère nouvelle de la démocratie et de ses formes républicaines : tous ces chantiers restent à parcourir, quand bien même du chemin a été déjà parcouru. L’enjeu est immense : se dégager de l’oscillation meurtrière de l’immobilisme et du renoncement. Refonder plutôt qu’abandonner ou bien figer…
En bref et pour conclure : ne boudons pas la notion de gauche, qui n’est pas un boulet mais une chance ; mais utilisons-la pour conforter l’idée que sa renaissance passe plus que jamais par sa redéfinition ; plus encore par sa subversion.
Roger Martelli