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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 10:17
Maurice et Josette Audin jeunes avant l'assassinat du mathématicien communiste défenseur de l'indépendance algérienne

Maurice et Josette Audin jeunes avant l'assassinat du mathématicien communiste défenseur de l'indépendance algérienne

Josette Audin, le 13 mars 2018. Lahcène ABIB

Josette Audin, le 13 mars 2018. Lahcène ABIB

Josette Audin ou le deuil impossible
MAUD VERGNOL
MARDI, 29 MAI, 2018
L'HUMANITÉ

À 87 ans, la veuve de Maurice Audin se bat encore pour que la vérité soit faite sur l’assassinat de son mari et la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Portrait d’une militante anticolonialiste qui a combattu sans relâche les lâchetés politiques et les mensonges de la grande Muette.

Un portrait ? « Ma vie n’a pas trop d’intérêt vous savez », lâche Josette Audin, qui consent tout de même à l’exercice, « si ça peut être utile ». Dans son appartement de Bagnolet, les mots sont rares. Maurice Audin est partout, éternel jeune homme de 25 ans, immortalisé par des clichés posés sur les étagères du salon. Ses silences, ses soupirs et son regard fixe en disent long du combat de cette femme que l’armée française a arrachée au bonheur, un 11 juin 1957. Mais, derrière ses lunettes, son sourire pudique – lorsqu’elle évoque ses petits-enfants – a gardé la fraîcheur de la jeune femme qu’elle était, qui partageait avec l’amour de sa vie celui des mathématiques, de l’Algérie et de son peuple. Un pays où elle est née et a grandi, dans le quartier de Bab el-Oued.

Militante du Parti communiste algérien (PCA), elle rencontre Maurice Audin en 1952, à la faculté d’Alger. Ils se voient pendant les cours, à la bibliothèque, aux réunions de cellule du PCA. « Ils se sont aussi beaucoup promenés ensemble, et un jour Il a parlé, comme le dit ma mère », raconte sa fille aînée, Michèle Audin (1). Le jeune couple se marie quelques semaines plus tard. « Mais pas à l’église. » Fait rare à l’époque. « Maurice était promis à un avenir brillant, confie Josette Audin. Il avait entrepris sa thèse dans des conditions difficiles, entre notre vie de famille et la guerre. » Depuis l’automne 1955, après l’instauration de l’état d’urgence, le PCA a été dissous. « On était conscient des risques qu’on prenait, explique Josette Audin, mais nous étions révoltés par le colonialisme. On ne supportait pas de voir des gosses algériens cirer les chaussures dans les rues, au lieu d’aller à l’école. Au marché, si le vendeur était arabe, tout le monde le tutoyait. Nous ne l’acceptions pas. »

À l’indépendance, elle fait le choix de devenir fonctionnaire algérienne

Au mois de juin 1957, l’un des plus meurtriers de la bataille d’Alger, le couple héberge des militants clandestins dans son appartement de la rue Flaubert, dans le quartier du Champ-de-Manœuvre. C’est ici que, vers 23 heures, le 11 juin 1957, des parachutistes tambourinent à leur porte, derrière laquelle dorment leurs trois enfants : Michèle, 3 ans, Louis, 18 mois, et Pierre, 1 mois. « Quand est-ce qu’il va revenir ? » demande Josette Audin. « S’il est raisonnable, il sera de retour dans une heure », lui répond un capitaine. « Occupe-toi des enfants », a le temps de lui lancer Maurice Audin. Ce seront les derniers mots qu’elle entendra de son mari. Maurice Audin n’est jamais revenu. Josette n’a jamais cru à la thèse de l’évasion. « Jamais », assure-t-elle. « Il aurait tout fait pour prendre contact avec moi. » Pendant quatre jours, les paras lui interdisent de sortir de son appartement, devenu une véritable souricière, même pour aller au lycée Pasteur, où elle enseigne les mathématiques.

« Mon mari s’appelait Maurice Audin. Pour moi il s’appelle toujours ainsi, au présent, puisqu’il reste entre la vie et la mort qui ne m’a jamais été signifiée », écrivait Josette Audin en 2007 dans un courrier adressé à Nicolas Sarkozy, publié dans nos colonnes, qui restera lettre morte. Inflexible, depuis soixante et un ans, Josette Audin n’a jamais renoncé à sa quête de vérité. « Elle n’a jamais abandonné », explique son plus jeune fils, Pierre, lui aussi mathématicien. Dès le 4 juillet 1957, elle porte plainte contre X pour homicide volontaire. La famille de Maurice Audin est la seule à l’épauler dans ces semaines pénibles, où les soutiens se font rares. Les collègues de la faculté ne se précipitent pas pour l’aider. Quant aux camarades, « c’était trop dangereux pour eux de me contacter ». L’instruction de l’affaire, commencée en juillet 1957 à Alger, est transférée à Rennes en 1960. Deux ans plus tard, un premier non-lieu sera prononcé pour « insuffisance de charges ». Mais Josette Audin ne baisse pas les bras. C’est une battante, une militante. Elle décide de rester vivre en Algérie et, au moment de l’indépendance, elle fait le choix de devenir fonctionnaire algérienne, quitte à perdre beaucoup de salaire. Ce n’est qu’à l’été 1966, après le coup d’État de Boumedienne, qu’elle se résout à partir en France, pour protéger sa famille. « On a annoncé à tout le monde, aux voisins, qu’on allait passer l’été dans le sud de l’Algérie. Ma mère avait tout organisé. On a atterri pour une autre vie à Étampes », raconte Pierre Audin. « Pas de chance, le proviseur du lycée où ma mère enseignait était au FN. Donc on est partis vivre à Argenteuil… » Quelques semaines après son arrivée en France, en décembre 1966, la Cour de cassation déclare l’affaire « éteinte ». Mais les plaies sont toujours ouvertes. « Ma mère n’en parlait jamais. C’était son jardin secret, et on l’a respecté, raconte Pierre Audin. Il y avait son portrait partout, je me doutais que c’était un héros, mais je ne savais pas pourquoi. Un jour, je suis tombé sur un livre dans la bibliothèque, intitulé l’Affaire Audin (2)… »

Les années passent, et chaque nouvelle étape de l’affaire replonge Josette Audin dans ce deuil impossible. Elle ne s’est jamais remariée. Au début des années 2000, alors que les tortionnaires soulagent leur conscience (voir page 6), Josette remonte au front et dépose une nouvelle plainte contre X pour séquestration, qui aboutira encore à un non-lieu. Elle refuse de rencontrer en privé la famille des assassins de son mari : « Si la vérité doit advenir, explique-t-elle, il faut que cela soit devant tout le monde, devant la justice de la République. » L’espoir, la lassitude, la colère… En janvier dernier, à l’Assemblée nationale, à 87 ans, elle est venue redire, avec une incroyable dignité, qu’elle espérait toujours que « la France, pays des droits de l’homme, condamne la torture, ceux qui l’ont utilisée, et ceux qui l’ont autorisée ». Un geste comparable à celui de Jacques Chirac sur la rafle du Vél d’Hiv. « J’attends que la France m’apporte la réponse, je l’attends chaque jour de ma vie. »

(1) Une vie brève, de Michèle Audin. « L’Arbalète », Gallimard. (2) L’Affaire Audin, de Pierre Vidal-Naquet. Les Éditions de Minuit (1958).
 
Chef de la rubrique Politique
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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 13:59
Jean-Paul Sénéchal, un historien analyse ce que fut le Front Populaire dans le Finistère
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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 06:26
La mort d'un géant de la littérature moderne et contemporaine: Philip Roth - interview de Philippe Jaworski par Muriel Steinmetz dans l'Humanité (5 octobre 2017)
La mort d'un géant de la littérature moderne et contemporaine: Philip Roth - interview de Philippe Jaworski par Muriel Steinmetz dans l'Humanité (5 octobre 2017)

Combien d'heures de jubilation passées avec Philip Roth, un écrivain provocateur, bouffon et sérieux à la fois qui éclaire les beautés et médiocrités de l'existence, de l'âme humaine, avec un regard intelligent, ironique et burlesque? 

Une affection particulière pour les romans "Ma vie d'homme" (mon préféré!), "Portnoy et son complexe", "J'ai épousé un communiste", mais aussi les livres politiques "La tache" et "Le complot contre l'Amérique".

Cet écrivain qui a pris à bras le corps le mouvement du monde, très novateur, porteur de modernité littéraire, culturelle et politique,sexuelle, aurait mérité d'obtenir le Prix Nobel de Littérature, comme Joyce Carol Oates, deux écrivains à l'oeuvre énorme, populaires, drôles et profonds, qui sondent les tréfonds de la société et de l'âme humaine. Philip Roth, c'était d'abord l'exaltation de la vie, du plaisir du corps et de l'esprit, de la drôlerie et de la distance ironique contre l'esprit de sérieux: ces gens là, comme Milan Kundera, ne meurent jamais et on continuera à les lire avec passion encore longtemps, même si leurs bouquins sont aussi enracinés dans une époque, avec un discours très fort à tenir dessus.

Le roi est mort, vive le royaume de la littérature!

Ismaël Dupont

Philip Roth est-il un personnage de roman devenu romancier ?
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MURIEL STEINMETZ
JEUDI, 5 OCTOBRE, 2017
L'HUMANITÉ
Philip Roth, âgé aujourd’hui de 84 ans, est reconnu comme l’un des plus grands auteurs de sa génération aux États-Unis. Nancy Crampton/Opale/Leemage
 

Le grand écrivain américain entre dans « la Pléiade ». Philippe Jaworski, préfacier de l’ouvrage, nous donne quelques pistes pour mieux saisir celui pour qui écrire est un acte essentiel dangereux.

«La Pléiade » publie cinq romans et nouvelles (1959-1977) de Philip Roth : Goodbye, Columbus, la Plainte de Portnoy, le Sein, Ma vie d’homme et Professeur de désir (1). Philippe Jaworski a préfacé le volume. Il nous parle de Philip Roth.

Philip Roth n’est-il pas un grand écrivain européen qui vit aux États-Unis ?

PHILIPPE JAWORSKI: Il a presque été mieux accueilli en Europe que dans son propre pays. Sollers et Finkielkraut l’ont commenté. Kundera était de ses amis. La préface a été un exercice redoutable. S’agissant d’un écrivain vivant, on manque de perspective. Il n’est pas difficile de lui trouver sa place dans la littérature américaine des XIXe et XXe siècles, aux côtés de Melville, Twain, Faulkner ou Bellow. Roth se réfère à Kafka, à Tchekhov, mais il faut distinguer le romancier de ses personnages, souvent écrivains, critiques, professeurs de littérature. Devant Kepesh transformé en sein géant dans le Sein, on songe à Gogol (le Nez) et à Kafka (la Métamorphose). Il se rattache à toute une tradition américaine. Il y a chez lui deux grands thèmes. Le premier est le chaos. Le roman américain est une chronique du chaos. Le chaos, c’est l’Ouest, l’océan, la jungle urbaine, l’argent, la duplicité, l’exploitation. Face au chaos, deux choix : l’enfermement ou la fuite. Ses personnages entrent dans ce schéma. Le second thème au cœur de son œuvre, c’est le patrimoine. Comment se débarrasser de l’héritage ? Est-ce possible ? Là, on tombe sur le problème de la condition juive. Ses personnages disent : « Non, ce n’est pas possible, j’étouffe. » Il élargit l’héritage aux normes sociales, au conformisme, à la bien-pensance, au milieu culturel. Par ces deux thèmes, il est très américain. L’originalité est dans la manière dont il s’en empare, sur le mode du tragique bouffon, qu’il découvre avec Portnoy et qui vient sans doute de Shakespeare.

Il invente Nathan Zuckerman, qui lui permet d’explorer jusqu’au vertige les rapports entre la vie personnelle de l’écrivain et la fiction, à un point tel qu’on ne fait plus la différence. Jeu dangereux. Avec le risque que l’homme privé perde toute espèce de réalité. Le seul autre exemple de ce type, c’est Proust. Les dix livres de Nathan Zuckerman disent que la vie d’écrivain est un bonheur absolu et un enfer total.

Qu’en est-il, chez lui, du grand roman américain ?

Philippe Jaworski: Cela fait partie de la mythologie littéraire. Le rêve du roman total qui embrasse le pays tout entier. Newark délimite la carte réelle et imaginaire de Roth, comme le comté de Yoknapatawpha pour Faulkner et le Mississippi pour Twain. En 1973, Roth a écrit le Grand Roman américain, mais il peut être candidat à ce championnat par l’ensemble de ses écrits, à peine secs sur le papier.

Comment est-il perçu aux États-Unis ?

Philippe Jaworski: De manière très ambivalente. Passé l’accueil terrible réservé à Port­noy, il a été en butte aux attaques des tenants du politiquement correct, sous le prétexte qu’il ne peignait pas les minorités et les femmes comme il faudrait. On lui a également reproché d’exploiter sa vie privée de façon trop voyante. En même temps, il a reçu un nombre considérable de distinctions et de prix décernés par ses pairs. C’est une gloire dont l’Amérique ne sait trop quoi faire. Il est admiré. On le lit. On l’étudie. Il attend le Nobel depuis longtemps.

J’insiste sur son génie comique, sa verve narrative, son art de raconter. À son sujet, on évoque volontiers la sexualité, les rapports hommes-femmes, la critique des États-Unis, le sarcasme pamphlétaire à l’égard de Nixon, ses passionnants tableaux de l’Amérique des années 1960, 1970, 1980, 1990, sa représentation du juif. Au cœur de mon analyse, je place la fiction, la littérature. Et le danger que suppose l’exposition de soi quand on devient soi-même personnage de fiction. Dans Opération Shylock (1993), il met en scène un personnage qui se nomme Philip Roth, doté d’un double appelé… Philip Roth !

(1) N° 625 de la collection, 1 280 pages. Prix de lancement jusqu’au 30 mars prochain : 64 euros.
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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 07:49
Morlaix- vers 1912-1914 -  vue sur le Viaduc, la rue d'Aiguillon et la rue Ange de Guernisac depuis la place de Viarmes

Morlaix- vers 1912-1914 -  vue sur le Viaduc, la rue d'Aiguillon et la rue Ange de Guernisac depuis la place de Viarmes

Morlaix- vers 1912-1914 - 
vue sur le Viaduc, la rue d'Aiguillon et la rue Ange de Guernisac depuis la place de Viarmes

Carte postale "correspondance militaire" d'un appelé, Alfred Metton, écrite le 1er septembre 1914 à sa femme.

Le 2 novembre, sans nouvelle d'elle, il écrira à sa Mimi de la caserne de Pontanezen, avec des commentaires amusants de Parisien sur les Bretons: "Il y a là un bataillon du 88 ème, des lourdauds bretons qui vivent dans un décor d'admirable beauté, de nature grandiose, et qui, au lieu d'aller s'asseoir devant cette mer superbe pendant leurs heures de liberté, hurlent dans les cafés, ou regardent passer les trains à la gare. Pendant ce temps, nous autres Parisiens, avides de grand air et de bel espace, nous sommes claquemurés à Pontanezen, où il n'y a rien, mais rien d'intéressant. Décidément, les choses sont mal partagées! ".

Verso de la carte postale de Morlaix 1912 Vue sur le Viaduc depuis la place de Viarmes

Verso de la carte postale de Morlaix 1912 Vue sur le Viaduc depuis la place de Viarmes

Morlaix -Vue générale prise du Créou - carte postale non postée - Neurien Frères, imprimerie Crété - Paris Corbeil,  Vers année 1912 Une précieuse trouvaille acquise dans un vide-grenier en Aveyron!

Morlaix -Vue générale prise du Créou - carte postale non postée - Neurien Frères, imprimerie Crété - Paris Corbeil, Vers année 1912 Une précieuse trouvaille acquise dans un vide-grenier en Aveyron!

L'église Saint-Mélaine au début du XXe siècle sur la place Thiers, aujourd'hui place des Otages (carte postale Gaby)

L'église Saint-Mélaine au début du XXe siècle sur la place Thiers, aujourd'hui place des Otages (carte postale Gaby)

Verso de la carte de l'église Saint-Mélaine à Morlaix: Andrée écrit à sa Maréchal des logis, manifestement passionnée par le patrimoine religieux: "Moche, pas un uniforme; Baisers..."

Verso de la carte de l'église Saint-Mélaine à Morlaix: Andrée écrit à sa Maréchal des logis, manifestement passionnée par le patrimoine religieux: "Moche, pas un uniforme; Baisers..."

carte postale de Carantec envoyée en septembre 1912: l'île Louet et le Château du Taureau à marée basse

carte postale de Carantec envoyée en septembre 1912: l'île Louet et le Château du Taureau à marée basse

carte postale de Carantec envoyée en septembre 1912: la Grève blanche prise de la Chaise du Curé.

carte postale de Carantec envoyée en septembre 1912: la Grève blanche prise de la Chaise du Curé.

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13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 19:10
Jean-Claude Caro, 1er mai 2018 place Allende à Morlaix: présentation de l'excellent livre auquel il a collaboré "Citroën par ceux qui l'ont fait: un siècle de travail et de luttes" (édition de l'atelier, Alain Malherbe, Roger Gauvrit, Jean-Yves Masson, avec le concours d'Alexandre Courban, docteur en histoire, 28€, 2013)

Jean-Claude Caro, 1er mai 2018 place Allende à Morlaix: présentation de l'excellent livre auquel il a collaboré "Citroën par ceux qui l'ont fait: un siècle de travail et de luttes" (édition de l'atelier, Alain Malherbe, Roger Gauvrit, Jean-Yves Masson, avec le concours d'Alexandre Courban, docteur en histoire, 28€, 2013)

Témoignage de  Jean-Claude CARO : MAI-JUIN 1968 CITROEN PARIS 15e

Embauché à 17 ans en septembre 1966 à BALARD comme  ajusteur à l'outillage carrosserie 550. 

Je me syndique à la CGT en MARS 1967 et adhère au PCF en MAI 1968 où je deviens membre du bureau de la cellule de l'atelier du 550.

Le vendredi 17 MAI 1968, la CGT et la CFDT  distribuent des tracts pour appeler à la grève le lundi 20 MAI, devant les usines CITROEN PARIS 15e et PARIS 13e (Ex PANHARD), NANTERRE – LEVALLOIS – ASNIERES – GENNEVILLERS -SAINT-OUEN - SAINT-DENIS pour notamment :  

-L'augmentation des salaires de 10% avec un  seuil  minimum pour tous de 1000 francs par mois,

- Réduction du temps de travail sans perte de salaire.

- Le respect des libertés syndicales et individuelles.                                         

-La reconnaissance de la section syndicale d'atelier et de bureau.

A RENNES une tentative d'occupation échoue. La direction ferme l'usine de la JANAIS, à la  BARRE-THOMAS : des ouvriers et militants bloquent l'entrée de l'usine mais sont délogés par des commandos CFT venus de la JANAIS.

A PARIS,  c'est au 82 rue BALARD,  la plus grande entreprise du groupe où siège la direction quai André CITROEN  que s'est joué de 5h du matin à 9h, le devenir de l'occupation de l'usine principale (20 000 salariés dans le 15e ) où étaient assemblés la DS et le véhicule utilitaire H .                                                                                         

À la porte d'entrée de l'usine ouverte, la direction avec la CFT, appellent les salariés à entrer pour se rendre à leurs postes de travail. Devant les hésitations des ouvriers à l'extérieur et pour débloquer  ce face à face, grévistes-direction, les dirigeants de la CGT décident d'organiser une manifestation du quai ANDRE CITROEN  pour rejoindre la rue BALARD avec comme mots d'ordre « Nos 100 000 francs ! La retraite à 60 ans ! »  

Nous sommes entrés en force, en tête Henri DERRIEN, secrétaire de la section PCF de CITROEN 15e, Lionel PLANCHON animateur culture du Comité d’Entreprise et  moi-même repoussant les gardiens surpris. Nous nous trouvèrent face à 2 à 300 cadres, chefs d’équipes, et quelques salariés non-grévistes. Après un moment d'hésitation, ils se replièrent vers leur bureau : ce fut un moment déterminant de l'occupation de l'usine-mère composé à 60% d'immigrés où l'on parlait 25 langues, notamment Espagnol, Portugais, Grec,  période où sévissaient les dictatures avec le général FRANCO en Espagne, SALAZAR au Portugal et «les colonels» en Grèce.

La conscience de classe  Français-Immigrés a  permis 5 semaines durant, de mener dans l'unité  un combat de haut niveau, de former sur le tas des milliers de militants notamment de jeunes. Ce fut des jours heureux où les travailleurs Français Immigrés retrouvèrent leur dignité, relevèrent la tête pour ne plus subir le mépris, le flicage, méthode de management de CITROEN.                                                                                                                                                                            5 Semaines durant où chaque matin, réunis en assemblée, les grévistes votent la poursuite de la grève et manifestent dans les rues  du 15e arrondissement de PARIS. L'après-midi, la culture rentrait dans l’usine avec Théâtre, concerts  avec un groupe de musiciens du conservatoire de PARIS jouant BACH, MOZART… devant les ouvriers dans leur usine. C’est ainsi que notamment Ivry GITLIZ violoniste, Catherine SAUVAGE, Georges MOUSTAKI et de nombreux artistes eux aussi apportent leur solidarité en donnant des concerts gratuitement.                                                                                  ,  

Le 27 MAI syndicats, Patronat, Gouvernement signent le constat de GRENELLE qui reconnait l'essentiel de la plate-forme revendicative des salarié-es, notamment le SMIC qui augmente de 35%.

           Le 1er JUIN, RENAULT, PEUGEOT, BERLIET concluent eux aussi des accords satisfaisant la plus grande partie des revendications  des grévistes.

Le 3 JUIN, de retour du  week-end de Pentecôte, la direction organise une opération  pour reprendre  l'usine occupée. Devant l'organisation et la détermination des grévistes. Cette tentative échoua malgré l' appel aux forces de l'ordre basées à 2km, à l'héliport de la porte  de Versailles. Après  les morts à RENAULT-FLINS  et à PEUGEOT SOCHAUX suite à l'intervention de la police, le gouvernement prend la mesure de l'enjeu qu'une telle opération menée à PARIS produirait.

Le 21 JUIN, CITROEN après 35 jours de grève, signe  un accord pour :

  • L'augmentation des salaires  de 13% pour les OS à 10% pour les mensuels
  • Le temps de travail réduit sans perte de salaires,
  • Le paiement des jours de grève.
  • La reconnaissance de la section syndicale au sein de l'entreprise, 
  • Un constat de fin d'occupation, La reprise normale de la production dont l'entretien des machines avaient été assuré par les grévistes                             
  •  de  mémoire   50 ans après les grèves de 1936, jamais un tel succès n'avait été obtenu :
  • 1936 : 25/% de grévistes de la population active
  • 1968 : 59% de grévistes de la population active soit 10 millions de grévistes 

Le 23 JUIN, avant le vote de la reprise, Henri KRASUKI conclut dans son intervention :

"Vous avez su rester unis tout au long sans faiblir durant cinq semaines dans cette usine ou l'on parle          25 langues  ou la direction a toujours cherché à dresser les travailleurs les uns contre les autres selon          leurs nationalité, vous avez montré ce qu'est la solidarité internationale des travailleurs, nous saluons les travailleurs immigrés qui ont tenu comme un seul homme : c'était plus dur pour eux, ils l'ont fait ! Vous pouvez être fiers de cette fraternité entre ouvriers Français et Immigrés qui a été sans doute votre plus grande force...!  Salut, la victoire des ouvriers de chez CITROEN !                          vive l'unité de la classe ouvrière!"

 Le 23 JUIN, malgré l'appel de la CFDT à poursuivre le mouvement, la reprise est votée par 75% des grévistes.

LA CGT enregistre 4000 adhésions, la section syndicale d'atelier est reconnue il n' y a plus qu'à mettre en pratique  les nouveaux droits !

Nous sommes rentrés unis, en défilant dans l'usine avant de reprendre le travail et remettre au chef d'atelier de l'outillage-carrosserie, le cahier de revendications discuté par les syndiqués et qui élisent leur bureau. Je deviens à 19 ans, membre du bureau et secrétaire-adjoint de la section d’atelier. (L’âge pour élire un délégué étant 21 ans.)

1968 a permis à des milliers de salariés, notamment de jeunes, de s'engager syndicalement et    politiquement.50 ans après, tirons l'expérience du passé en poursuivant le combat engagé pour un monde de justice, de liberté et de paix.

 SAINT-BRIEUC,  le 20 Avril 2018

Jean-Claude CARO                                          

Jean-Claude Caro témoigne La Vie Ouvrière, mai 1969

Jean-Claude Caro témoigne La Vie Ouvrière, mai 1969

Mai 1968 à Citröen, la Vie Ouvrière

Mai 1968 à Citröen, la Vie Ouvrière

Mai 1968 à Citröen, la Vie Ouvrière

Mai 1968 à Citröen, la Vie Ouvrière

Mai-Juin 1968 à Citroën, Paris 15e: témoignage d'un acteur du mouvement, Jean-Claude Caro, militant communiste et cégétiste
La Vie Ouvrière - le conflit social chez Citröen en mai-juin 1968

La Vie Ouvrière - le conflit social chez Citröen en mai-juin 1968

La vie Ouvrière - la caisse de solidarité avec les grévistes de Citroën

La vie Ouvrière - la caisse de solidarité avec les grévistes de Citroën

Mai-Juin 1968 à Citroën, Paris 15e: témoignage d'un acteur du mouvement, Jean-Claude Caro, militant communiste et cégétiste
Mai-Juin 1968 à Citroën, Paris 15e: témoignage d'un acteur du mouvement, Jean-Claude Caro, militant communiste et cégétiste
Conflit social à Citroën - mai-juin 1968: Henri Krasucki et la direction de la CGT au côté des grévistes (La Vie Ouvrière)

Conflit social à Citroën - mai-juin 1968: Henri Krasucki et la direction de la CGT au côté des grévistes (La Vie Ouvrière)

25 juin 1968. Reprise du travail à Citröen. Après 35 jours de grève, les travailleurs, fiers de leur lutte, font le tour des ateliers avant de rejoindre leur poste. Désormais, le syndicat a droit de cité dans l'entreprise. Jean-Claude Caro, futur dirigeant du PCF des Côtes d'Armor, nouveau militant du PCF, se tient au milieu, avec derrière lui Maurice Nevet, ainsi que Roger Fromage, secrétaire du CE (Citröen par ceux qui l'ont fait. Un siècle de travail et de luttes. Les éditions de l'atelier, 2013)

25 juin 1968. Reprise du travail à Citröen. Après 35 jours de grève, les travailleurs, fiers de leur lutte, font le tour des ateliers avant de rejoindre leur poste. Désormais, le syndicat a droit de cité dans l'entreprise. Jean-Claude Caro, futur dirigeant du PCF des Côtes d'Armor, nouveau militant du PCF, se tient au milieu, avec derrière lui Maurice Nevet, ainsi que Roger Fromage, secrétaire du CE (Citröen par ceux qui l'ont fait. Un siècle de travail et de luttes. Les éditions de l'atelier, 2013)

Archives Jean-Claude Caro

Archives Jean-Claude Caro

Archives Jean-Claude Caro - le stand des salariés de Citröen à la fête de l'Huma 1968

Archives Jean-Claude Caro - le stand des salariés de Citröen à la fête de l'Huma 1968

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 06:08

Une table ronde avec Pierre Laurent (PCF), Maryse Dumas (CGT), Charles Fiterman (ancien ministre communiste) et Alain Krivine (NPA).

A retrouver dans MAI 68, UN RÊVE QUI COURT, un hors série de l'Humanité, chez votre marchand de journaux ou sur notre boutique en ligne.

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 10:01
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
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Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix
Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix

Journée de la déportation ce dimanche 29 avril à Morlaix. Elle a commencé par un hommage très émouvant à nos compatriotes juifs persécutés à Morlaix, et aux deux qui sont morts en déportation (Esther Levy, arrêtée à son domicile rue Gambetta, en octobre 1943, déportée en janvier 1944) et David Sellinger, un autre juif morlaisien envoyé aux camps de la mort, dont l'histoire a été relatée dans deux livres passionnants (Sur les traces d'une famille juive morlaisienne, Les juifs du Finistère sous l'occupation) par la sociologue et historienne Marie-Noëlle Postic, que le PCF Morlaix invitera prochainement avec Lucienne Nayet à faire une conférence-débat dans le cadre des Mardi de l'éducation populaire sur l'histoire des juifs et de l'antisémitisme en France. Les trois personnes qui ont prononcé des discours à l'occasion de l'inauguration de la plaque mémorielle d'hommage à Esther Levy et David Sellinger, le responsable du consistoire de Brest, un rabbin, Sarah Levy, petite-fille d'un survivant de l'holocauste, qui fut aussi le frère d'Esther Levy, et Agnès Le Brun, maire de Morlaix, ont rendu hommage au travail remarquable de Marie-Noëlle Postic, et ont su trouvé des mots très forts pour restituer le sens de cet hommage dans le contexte troublé d'aujourd'hui, où racisme et antisémitisme trouvent encore à s'exprimer malheureusement, où les leçons de l'histoire n'ont pas été retenus par tous. La famille Le Quéré, des protestants de Tremel, juifs parmi les Nations, qui ont protégé la famille Levy, n'ont pas été oubliés dans cet hommage. Agnès Le Brun a aussi apporté avec émotion son soutien à notre amie et camarade Lucienne Nayet, présidente du réseau des musées de la résistance nationale, ancienne enfant cachée, fille de déportée, victime d'une campagne de dégradation antisémite sur internet sur un site neo-nazi toujours ouvert et accessible. Puis nous avons rendu hommage à tous les morts de la seconde guerre mondiale à Morlaix et plus précisément l'ensemble des déportés, résistants ou otages, au square de la résistance, et à Ploujean, sur la stèle des otages morlaisiens, dont plus de la moitié ne sont pas revenus. Nous n'oublierons jamais. Nous ne laisserons jamais la haine raciste et l'extrême-droite reprendre le dessus dans notre pays.

La commune de Plounéour-Menez, dont le maire, Jean-Michel Parcheminal, était présent, avait ouvert la voie à la reconnaissance des persécutions contre les familles d'origine juive bretonnes pendant l'occupation avec une plaque pour la famille du docteur Perper, médecin à Brasparts, puis à Plounéour-Menez, arrêté avec sa femme et ses enfants, et tous tués à Solibor, un camp de concentration de l'occupant allemand et nazi en Pologne.    

Ismaël Dupont

 

A lire ou relire:

Persécutions et déportations des juifs du Finistère:"Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne" par Marie-Noëlle Postic Coop Breizh, 2007)

Les déportés morlaisiens dans les camps nazis pendant la seconde guerre mondiale

La résistance FTP à Morlaix: le témoignage d'Eugène Le Luc recueilli par le Télégramme et Jeannine Guichoux (mémoire universitaire)

Charlotte Delbo, rescapée des camps de la mort, immense écrivain, militante communiste anti-colonialiste : l'écriture comme ultime moyen de résistance (L'Humanité, Violaine Gelly - décembre 2013)

Hommage à Danièle Casanova par Robert Clément

Hommage à Jorge Semprun, disparu le 7 juin 2011

Morlaix - 29 avril 2018, journée du souvenir et d'hommage aux déportés, et présentation de la plaque en hommage à Esther Levy et David Sellinger, sur la mairie de Morlaix

Le Télégramme Morlaix, 28 avril: 

 

Elle s’appelle Esther Lévy. Il se nomme David Selinger. Elle avait 32 ans et lui 49 ans lorsque, en pleine Seconde Guerre mondiale, ils furent arrêtés à un an d’intervalle à leur domicile morlaisien et conduits par les Allemands en direction des camps de de la mort. À la retraite à Plounéour-Ménez, Marie-Noëlle Postic a exhumé l’histoire de ces deux Juifs raflés et déportés vers Auschwitz. Récit.

Morlaix, octobre 1943. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage depuis maintenant quatre ans, l’automne balaye Morlaix. Neuf mois plus tôt, le viaduc n’a pas résisté à l’aviation britannique. En larguant 43 bombes sur la ville, la Royal air force anglaise a, certes, détruit le rail et une voie stratégique empruntée par les convois allemands. Mais elle a aussi fait plus de 80 morts, dont 39 écoliers. Et provoqué pas mal de dégâts dans le voisinage.

C’est ainsi que les Lévy, juifs d’origine turque, se voient contraints de quitter leur appartement du 7, Grande venelle, situé au pied du viaduc, qu’ils occupent depuis leur arrivée à Morlaix en 1936. Pour emménager à quelques centaines de mètres de là, au 95, rue Gambetta, entre le centre-ville et la gare.

 

Jacques joue au ping-pong et Mazalto s’enfuit par la fenêtre

 

Nous sommes en octobre 1943, donc. Le 11, très exactement. « Ce matin-là, la sûreté allemande de Brest se présente au domicile de la famille Lévy où vivent Jacob et sa femme Mazalto, leur fille Esther, leur fils Bohor et sa femme Prossiadi, ainsi que leurs enfants, prénommés Jacques et Mazalto comme sa grand-mère », raconte Marie-Noëlle Postic, 72 ans. Ingénieure en sociologie au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), la septuagénaire aux origines morlaisiennes s’est installée à Plounéour-Ménez une fois à la retraite au milieu des années 2000. Et elle s’est passionnée pour l’histoire des Juifs dans le Finistère.

« Les Lévy étaient des vendeurs de tissus ambulants », explique celle qui a passé des heures aux archives départementales à retracer leur parcours. La suite, c’est elle qui la raconte. « Lorsque les Allemands frappent à la porte, Bohor et sa femme sont en ville. Leur fils, Jacques (15 ans), joue au ping-pong dans un patronage voisin. Le grand-père est alité. Et la jeune Mazalto (18 ans) parvient à fuir par une fenêtre. Elle se précipite à la gare et prend un train pour Paris où elle rejoint sa tante Léa ».

 

 

« Je ne voulais pas fuir comme une voleuse »

 

« En dépit de ses difficultés à marcher, une vieille dame, Melle Cueff, locataire de l’immeuble, va avertir Jacques de la descente de police et l’enjoindre à prévenir ses parents. Par l’intermédiaire du docteur Quiniou, le couple et son fils seront conduits par un boulanger de Plourin-lès-Morlaix, François Le Lay, dans une maison protestante de Trémel (22) où ils resteront cachés par le pasteur Guillaume Le Quéré jusqu’à la libération », poursuit Marie-Noëlle Postic.

Esther Lévy, âgée de 32 ans, aura moins de chance. Arrêtée, elle est conduite au commissariat. Où Joseph Le Lourec, secrétaire de police et longtemps voisin de la famille, va chercher à l’aider. « Il avait laissé une porte ouverte le soir pour qu’elle puisse s’enfuir. Mais le lendemain matin, elle était toujours là. Elle dira au policier qu’elle n’avait pas voulu fuir comme une voleuse ».

Internée à Rennes durant un mois et demi, Esther Lévy arrivera à Drancy le 25 novembre. « Comme sa fiche le prouve, elle a déposé 3 462 francs (environ 700 €) au bureau des fouilles, détaille la chercheuse. Dans un premier temps, elle fut considérée non déportable car d’origine turque, nationalité alliée de l’Allemagne nazie. Mais sa protection lui fut déniée quelques semaines plus tard et, le 20 janvier 1944, elle fut déportée à Auschwitz par le convoi 66 ». Elle n’en est jamais revenue.

 

Déporté par le convoi 40

 

C’est dans ce même camp de concentration allemand que David Selinger a péri, lui aussi. Ce juif polonais vivait également à Morlaix, où il avait ouvert un magasin-atelier de fourrure, « L’Ours blanc », en 1926. Trois mois après la rafle du vél’d’hiv (le vélodrome d’hiver à Paris) qui a emporté plus de 13 000 juifs vers les camps de la mort en juillet 1942, l’occupant allemand donna l’ordre de procéder à des arrestations complémentaires », indique Marie-Noëlle Postic.

Le commerçant morlaisien fait partie des malheureux. Interpellé par la police française le 9 octobre 1942 à son domicile, il est conduit à Drancy. Et le 4 novembre, il est déporté par le convoi 40 dans lequel sont entassés un millier de juifs. Sans billet retour. Il avait 49 ans.

 

Une plaque dévoilée ce dimanche matin

Afin de saluer la mémoire d’Esther Lévy et de David Selinger, une plaque commémorative sera dévoilée ce dimanche 29 avril, à 10 h, derrière la mairie de la Cité du viaduc, place Émile-Souvestre, à l’occasion de la Journée nationale du souvenir de la Déportation. « C’est une manière de leur rendre hommage. Ce travail de mémoire est très important », souligne le maire de la ville, Agnès Le Brun, en relevant que l’histoire de ces Juifs morlaisiens est peu connue.

La promesse à Jacques Lévy


« Si je ne l’avais pas déterrée, elle serait encore aux oubliettes. J’ai reconstitué le puzzle », confie Marie-Noëlle Postic, qui a écrit deux livres sur le sujet. Le premier, en 2007, raconte l’histoire de la famille Perper, dont le père était médecin. Installée à Brasparts, elle déménagea à Plounéour-Ménez en 1942. Avant que les parents et leurs trois enfants ne soient déportés au camp de concentration polonais de Solibor, où ils sont morts. Sorti en 2013, le deuxième raconte la vie des Juifs dans le Finistère durant l’Occupation. « En 1940, ils étaient 139 à être recensés dans le département. 46 ont été arrêtés et conduits dans les camps. Lors de mes recherches, je me suis liée d’amitié avec Jacques Lévy, que j’ai rencontré quelques fois chez sa nièce à Henvic », raconte l’Énéourienne, en évoquant le neveu de la malheureuse Esther, qui est décédé en octobre dernier. « Je lui avais dit que je ferais en sorte qu’une plaque soit posée à la mémoire de sa tante et de David Selinger, les deux seuls Juifs domiciliés à Morlaix à avoir été déportés ».

« Une grande importance pédagogique »

 

La septuagénaire a envoyé un premier courrier à la mairie en septembre 2016. Sans réponse. Jusqu’à la cérémonie du 2 juillet dernier à Trémel, où les époux Le Quéré, qui ont caché la famille Lévy durant la Seconde Guerre mondiale, ont été reconnus Justes parmi les Nations. « Ce jour-là, après avoir échangé avec Marie-Noëlle Postic, je me suis engagée à ce qu’une plaque soit inaugurée », indique Agnès Le Brun, en saluant « le travail exemplaire » effectué par la retraitée de Plounéour-Ménez.

Sous l’occupation, Marie et Guillaume furent leur bonne étoile « Cette plaque est d’une très grande importance pédagogique. Elles sont rares dans le Finistère. À ma connaissance, il y en a une Douarnenez, une à Brest et une autre à Plounéour-Ménez. Elle rappelle que ces gens-là ont existé et que la France a été capable de participer à de tels actes. Et c’est un moyen de ne pas oublier que, ces dernières semaines encore, il y a eu en France de violents actes antisémites », termine la chercheuse, en précisant qu’elle n’a pas d’origines juives.
 

Esther Levy (1911-1944), morlaisienne d'origine juive déportée, photo d'archive publiée dans le Télégramme

Esther Levy (1911-1944), morlaisienne d'origine juive déportée, photo d'archive publiée dans le Télégramme

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 07:31
Dimanche 29 avril, journée nationale du souvenir de la déportation.
Dimanche 29 avril, journée nationale du souvenir de la déportation.
Dimanche 29 avril, journée nationale du souvenir de la déportation.

Dimanche 29 avril, journée nationale du souvenir de la déportation.

 Juifs français et étrangers, résistants communistes, gaullistes, socialistes, athées, juifs ou chrétiens, tsiganes, homosexuels, furent victimes de la barbarie nazie. L'occasion de rendre hommage aux victimes de la barbarie nazie et de ses complices mais aussi à tous ceux qui ont eu le courage de les combattre et d'avoir des gestes de solidarité contre l'inacceptable. 
Ne les oublions jamais et luttons sans relâche contre l'antisémitisme, le racisme et le négationnisme.

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 05:49
25 avril 1974, Révolution des Oeillets au Portugal: j'y étais - Par Michel Tudo Deler (section PCF de Lanmeur)
photo Michel Tudo

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photo Michel Tudo

photo Michel Tudo

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25 avril 1974, Révolution des Oeillets au Portugal: j'y étais - Par Michel Tudo Deler (section PCF de Lanmeur)

25 AVRIL 1974 : j'y étais.
J'ai retrouvé quelques photos et fresques dessinées sur les mur.

- Michel Tudo

Il y a 40 ans, "la révolution des Oeillets"

"Le 25 avril 1974 est une date qui a marqué de manière indélébile ma vie et celle de la grande majorité des Portugais. Ce fut une révolution pacifique, au succès incontestable, qui eut une immense répercussion en Europe et dans le monde. La "révolution des œillets" a mis fin à une dictature fascisante de quarante-huit longues et cruelles années qui s'était maintenue grâce à la censure et à une police politique et qui a bloqué notre pays durant près de cinq décennies sur le plan politique, culturel, économique et social." Mário Soarès, ancien président portugais, figure historique de la lutte contre la dictature.
Le 25 avril 1974, les Portugais tournaient la page de 48 ans d’une dictature dirigée par Antonio Oliveira Salazar jusqu’en 1968, puis par Marcelo Caetano jusqu’à la chute du régime.
Trois jours après la révolution des oeillets à Lisbonne, les deux principaux partis de gauche, le Parti Communiste Portugais et le parti Socialiste sont sortis de la clandestinité, pour rendre hommage aux forces armées. Plusieurs syndicats demandent la reconnaissance du droit de grève et l'amnistie générale."

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 19:02

Avril 1915 – avril 2018 : n’oublions pas le génocide arménien

Le samedi 24 avril 1915, à Constantinople, capitale de l'empire ottoman, 2345 Arméniens appartenant à l'élite intellectuelle sont arrêtés et exécutés sur ordre du gouvernement. Le ministre de l'intérieur Talaat Pacha envoie un télégramme à la direction du parti des Jeunes Turcs à Alep : «  Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici » .

C'est le début d'un génocide, le premier du XXe siècle. Il va faire entre 1,2 et 1,5 millions de victimes - massacres, déportations, famines - soit les 2/3 de la population arménienne de l'empire turc. Il va aussi conduire les survivants sur le chemin de l'exil. En même temps que les Arméniens, ce sont toutes les autres communautés chrétiennes qui ont été également exterminées dans la région frontalière qui se trouve aujourd'hui à cheval sur la Turquie et l' Iran : 500.000 à 750.000  Assyriens - soit 70  % de la population de l'époque - environ 350  000 Grecs pontiques .

Comme le feront les nazis, le gouvernement ottoman s'emploie systématiquement à éliminer toute preuve du génocide : les photographies des convois de déportés sont interdites; les missionnaires sont empêchés d'apporter nourriture, eau, vêtements aux rescapés; la censure officielle interdit aux médias de faire mention des massacres.

Ce génocide avait eu des précédents: entre 1894 et 1896, comme les Arméniens réclament des réformes et une modernisation des institutions, le sultan en fait massacrer 200.000 à 250.000. Un million d'Arméniens sont dépouillés de leurs biens et quelques milliers convertis de force. Des centaines d'églises sont incendiées ou transformées en mosquées... L'espace d'un seul mois - juin 1896 - dans la région de Van, au cœur de l'Arménie historique, pas moins de 350 villages sont rayés de la carte.

Après le crime, vient le temps de sa négation : la République turque refuse de reconnaître l'existence du génocide arménien et qualifie les événements de 1915-1916 de « Sözde Ermeni Soykırımı » (« prétendu génocide arménien »). Parler du génocide est passible de peines de prison.

Aujourd'hui, le génocide arménien n'est reconnu que par 21 pays,  dont la France depuis 2012.

Pour le MRAP, l’apologie ou la négation du crime est intolérable en ce qu’elle prolonge et perpétue le crime lui-même. Il est nécessaire de mettre fin au négationnisme, quel qu’il soit, car il laisse ouvert le champ à d’autres crimes contre l’Humanité. Il est d’autant plus nécessaire de rappeler ce crime qu’aujourd’hui, Erdogan menace le Rojava (Kurdistan de Syrie) de purification ethnique et se rend coupable de crimes de guerre, voir de crimes contre l’humanité à l’encontre la population kurde de Turquie.

Paris, le 25 avril 2018

-- 
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 Boulevard Magenta - 75010 Paris
01.53.38.99.82
 
Lire aussi: 
Avril 2015 - Avril 2018: n'oublions pas le génocide arménien (MRAP, 25 avril 2018)
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