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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 11:22
Le génocide des Arméniens d'Anatolie: l'horreur d'une volonté raciste d'extermination collective sur fond de première guerre mondiale et de nationalisme turc

Les Arméniens ont été l'an passé, pour le centenaire du premier génocide du XXe siècle au centre de beaucoup d'attentions, rachetant peut-être des années d'oubli, de minimisation, de sous-évaluation ou de mauvaise catégorisation du drame subi par le peuple arménien.

Marianne a consacré un Hors-Série de grande qualité sur l'histoire commune des Arméniens et de la France (avril 2015).

Le Monde a réalisé un passionnant dossier le 23 avril 2015, jour anniversaire de la rafle de 250 intellectuels arméniens (ecclésiastiques, avocats, professeurs, journalistes, députés) à Constantinople en 1915, qui est considéré comme la date repère pour le commencement de la mise en œuvre du plan d'extermination des Arméniens par le gouvernement Jeunes-Turcs du « Comité Union et Progrès » dirigé par le triumvirat Talaat Pacha, Enver Pacha, Djemal Pacha.

Car il y a bien eu un plan conçu, pensé par des théoriciens du pan-turquisme (Mehmed Nazim, Baheddine Chakir entre autres), voté même à l'intérieur de la direction restreinte des Jeunes-Turcs en 1915, puis méthodiquement et impitoyablement exécuté, pour vider la Turquie de sa minorité arménienne en l'exterminant.

Les Arméniens n'ont pas été les seules victimes de la politique d'épuration ethnique et de turquification du gouvernement « Union et Progrès » et des Jeunes Turcs.

Les chrétiens assyro-chaldéens descendant des Assyriens, des Babyloniens, des Chaldéens et des Araméens, vivant entre le Tigre et l'Euphrate dans la province de Mossoul et en Anatolie Orientale, ont été également massacrés par les autorités turques entre 1914 et 1918 : on estime le nombre de victimes à 250 000. Pareillement, le gouvernement turc pendant la guerre a organisé la famine du Mont-Liban : « Tant que les Libanais ne se seront pas dévorés les uns les autres, ils pourront encore bénir Dieu » aurait dit à cet occasion Djemal Pacha, le ministre de la guerre, cité dans La Croix du 5 août 2015 (tribune de Nabil Mouannes).

Plus tard, pendant et à l'issue de la guerre menée par Mustafa Kemal contre les Alliés britanniques et français aux visées impérialistes et les Grecs pour restaurer la souveraineté turque sur l'Anatolie après la première guerre mondiale et le démantèlement humiliant de l'Empire Ottoman, ce sont des centaines de milliers de grecs qui seront massacrés ou contraints à l'exil, violences qui culminent avec l'incendie de Smyrne (Izmir) par l'armée kémaliste le 9 septembre 1922.

« A la faveur de l'incendie, des scènes de pillage et de violence atroces ont lieu et l'on compte des milliers de morts et de blessés parmi les Grecs et les Arméniens. Des milliers d'autres, affolés, se sont rués sur les quais pour prendre d'assaut les embarcations de fortune ou pour se jeter à la mer afin de tenter de gagner les navires de guerre anglais et français mouillés dans la rade et dont les officiers assistent, impassibles, à l'agonie de la ville » (Anahide Ter Minassian, 1918-1920 : La République d'Arménie, éditions Complexe, 2006).

Au début du XX ème siècle, les Arméniens représentent sur le territoire de l'actuelle Turquie une population d'environ 2 millions d'habitants, principalement répartie dans trois espaces, le plateau anatolien, non loin des frontières russes et iraniennes, la Cilicie (aussi appelée petite Arménie, dans le sud-est de la Turquie actuelle, au contact de la Syrie, partie prenante également de l'Empire Ottoman) et les grands centres urbains.

Ils ne sont pas une population marchande « immigrée », bien au contraire, et c'est sans doute ce qui gêne les nationalistes turcs. Les premières traces culturelles certaines de la présence des Arméniens en Anatolie remontent vers le VIIIe ou le VIIe siècle avant Jésus-Christ. Au 1er siècle avant Jésus-Christ, Tigrane le Grand fonde un royaume arménien indépendant et unifié recouvrant les territoires actuels de l'Arménie, de la Turquie, de l'Azerbaïdjan, du nord de l'Irak, de la Syrie, s'étendant de la Mer Noire et de la Mer Caspienne à la Mer Méditérranée. Il se trouvera en butte aux volontés expansionnistes de Rome et fera la guerre aux généraux Lucullus (qui ramène à Rome les abricots et les cerises, inconnues en Occident, du Royaume d'Arménie) et Pompée et pour finir, l'Arménie deviendra un protectorat romain relativement autonome servant de zone tampon avec la Perse et les menaçantes tribus Parthes.

Au début du IVe siècle, l'Arménie est le premier État à se convertir au christianisme, sous l'influence de Pères évangélisateurs syriens, la Géorgie suivra de près.

Les Turcs n'arrivent sur le plateau anatolien qu'après les conquêtes arabes, au XIe siècle. Ils s'emparent de l'est de la Turquie actuelle, et beaucoup d'Arméniens refluent sur les zones sous influence grecque et chrétienne byzantine à l'ouest de la Turquie actuelle, et ne tardent pas à créer un royaume indépendant en Cilicie, sur la chaîne du Taurus, au sud-ouest de la Turquie, qui fera souvent alliance avec les Arabes contre Byzance, mais aussi avec les Croisés contre les Turcs. Ce royaume arménien indépendant de Cilicie est finalement défait au XIVe siècle, et les Arméniens attendront le XXe siècle pour retrouver un espace de « souveraineté nationale » (même si la question ne se posait pas tout à fait en ces termes au moyen-âge), n'ayant plus le pouvoir politique dans les régions où pourtant, ils constituent parfois la majorité de la population.

Au XVIIIe-XIXe, début du XXe siècle, les Arméniens sont aussi très présents à Bakou, à Tiflis (les deux tiers de la population de la capitale de la Géorgie actuelle), dans des villes du sud de la Russie, du littoral de la Mer Noire et de la Mer Caspienne. On en trouve des centaines de milliers en Perse également, avec une grosse concentration sur le territoire de l'Arménie actuelle, au pied du Mont Ararat, dans les contreforts du Caucase.

A la fin du XIXe siècle, entre 1894 et 1909, avant la révolution Jeunes Turcs, le « sultan rouge » Abdülhamid est déjà le principal responsable du massacre d'environ 300 000 Arméniens de l'Empire ottoman. Il s'appuie sur les rivalités entre les chefs kurdes de l'Arménie Occidentale (ou du sud-ouest de la Turquie actuelle) et les Arméniens et agite régulièrement le drapeau du combat contre les « infidèles ». A l'issue de la guerre entre la Russie et l'Empire Ottoman, le Traité de Berlin (1878) exigeaient des réformes de l'Empire Ottoman pour mieux reconnaître et protéger les droits des minorités, et donner aux Arméniens un droit d'autonomie sur des provinces orientales de l'Empire où ils étaient majoritaires. Le sultan et calife Hamid II n'accepte pas cet immixtion des puissances européennes dans les affaires intérieures de l'Empire et les défaites turcs dans les Balkans et le Caucase, sous l'effet de l'affrontement avec la Russie, autre grande puissance régionale, et du réveil des nationalités, crée un afflux de réfugiés turcs qui génère un climat propice à la violence ethnique. Entre 1894 et 1895 ont lieu des massacres systématiques.

Les massacres sont le double produit de la crise de l'empire ottoman, des reculs dans les Balkans et le Caucase qui exacerbe le nationalisme turc et la volonté de turquifier en retour l'Anatolie, et de la volonté de punir l'influence internationale nouvelle acquise par les revendications d'égalité des arméniens, sujets de seconde zone dans l'empire ottoman, et l'émergence du nationalisme révolutionnaire arménien, avec la création du Hentchak en 1887 et du Dachnak en 1890, deux partis de gauche socialiste et nationaliste qui organisent aussi l'auto-défense des arméniens dans la partie orientale de l'empire ottoman où ils sont régulièrement victimes de l'arbitraire des représentants du sultan, ou de violences de chefs tribaux dans les campagnes. « En 1894, éclate parmi les Arméniens de Sassoun une rébellion qui est brutalement réprimée par l'armée, dans un schéma que l'on peut encore dire traditionnel de rébellion/répression.

En 1895-1896, c'est une autre phase, celle des pogroms et des massacres à grande échelle, qui se déclenchent lorsque l'on apprend que le sultan a cédé aux grandes puissances en acceptant leur programme de réformes. La question de la réforme arménienne a été posée dès le congrès de Berlin en 1878. Mais il y a eu un malentendu dramatique autour de ce mot : pour les Européens qui veulent les inspirer, il s'agit de réformes qui doivent améliorer la condition des chrétiens et leur assurer l'égalité avec les musulmans ; pour les Arméniens, c'est la promesse de la sécurité, du progrès et de la liberté ; pour beaucoup de musulmans, instruits par les précédents balkaniques et qui y sont très réticents, les réformes en faveur des chrétiens (et notamment des Arméniens) signifient l'autonomie puis l'indépendance » (entretien avec l'historien turc Taner Akçam, L'Histoire n°408, février 2015).

Entre 1894 et 1896, les massacres d'Arméniens en Turquie font 300 000 victimes.

Sensibilisé à l'histoire de l'Arménie et à son évolution dès janvier 1895, Jaurès se fait l'un des plus fervents défenseurs des Arméniens et contempteur de la politique pro-ottomane de la France, dictée surtout par des intérêts financiers, notamment lors du débat parlementaire de novembre 1896.

En novembre 1896 il interpelle dans La Dépêche, dénonçant la politique d'ignorance du ministère Hanotaux et du tsar au nom de la real politik et des « affaires » des crimes turcs et kurdes contre les arméniens organisés par le Sultan : « Il est d'autant plus urgent que la démocratie française et en particulier le prolétariat socialiste interviennent dans la marche générale des affaires européennes que vraiment les gouvernements d'aujourd'hui ont manqué à tous leurs devoirs et ont attesté l'incapacité foncière de l'Europe actuelle, monarchique, capitaliste et bourgeoise, à accomplir sa fonction. Plus de cent mille créatures humaines ont été depuis deux ans massacrées, violées, torturées, dans un pays auquel l'Europe, par la plus solennelle signature, avait promis, il y a dix-huit ans, protection et sécurité. Et il n'y a pas eu un seul gouvernement qui ait voulu ou qui ait pu tenir cet engagement sacré. L'Angleterre voulait intervenir, mais elle était justement suspecte, par tous ses actes à Chypre et en Egypte, d'une arrière-pensée égoïste et d'une combinaison peu loyale. La Russie, par méfiance de l'Angleterre, a laissé systématiquement macérer dans le sang toute la population arménienne ; elle s'est opposée, par tous les moyens dilatoires, à toutes les mesures qui auraient pu sauver quelques existences humaines... Et pendant que la Russie et l'Angleterre, chacune à leur manière, compromettaient la vie de cent mille Arméniens, pendant que la France de M. Hanotaux ne donnait d'autre consigne à son ambassadeur à Constantinople, M.Cambon, que de suivre aveuglement l'ambassadeur russe M. de Nélidoff, l'Arménie était soumise à un régime d'atrocité auquel on ne sait si les violences asiatiques des Mongols eux-mêmes sont comparables ».

Jaurès écrit manifeste aussi dans La Revue bleue le 4 décembre 1897 l'ambiguïté et la duplicité de la droite sur la question arménienne, partagée entre la compassion pour le martyre de Chrétiens et les préoccupations économiques: « Pour l'Arménie, pendant deux ans, la presse française livrée aux grandes influences ottomanes ou aux porteurs de titres a fait le silence sur les massacres. Il y a eu une heure cependant où la vérité, toute sanglante, a forcé tous les yeux. Et les conservateurs catholiques ont été dans le plus cruel embarras. Comme conservateurs et capitalistes, ils ne pouvaient abandonner les porteurs de titres ottomans et ébranler la réaction européenne alliée au Turc. Comme catholiques, ils ne pouvaient renier les traditions de la France chrétienne. C'est par un savant partage d'attributions qu'ils ont résolu le problème. Les députés de droite ont reçu mandat de voter pour le ministère et pour les Turcs. Les journaux de droite ont reçu mandat de manifester pour les Arméniens. Les coupons étaient sauvés par les députés, l'honneur sauvé par les journalistes. Oui, mais la honte de la politique capitaliste ne passait plus inaperçue : toute la France sait maintenant, et par les journaux conservateurs eux-mêmes, qu'à la force des intérêts capitalistes ont été sacrifiés et l'honneur du pays et les droits de l'humanité ».

En 1903, Jaurès met en garde une nouvelle fois contre la complaisance vis à vis des dérives sanguinaires du régime turc, à l'occasion d'un article sur la Macédoine (La Dépêche, 19.02.1903) : « si l'Europe n'intervient pas à temps, si elle n'oblige pas, par une action commune et vigoureuse le sultan Abdul-Hamid à réaliser sans délai des réformes profondes et à donner aux opprimés quelque sécurité et quelques garanties, les plus redoutables conséquences vont se développer pour l'humanité et pour la paix. Le sultan a pu massacrer impunément tout un peuple, le peuple arménien, l'Europe, paralysée par l'intrigue, immobilisée par la diplomatie russe du prince Lobanof, dont notre ministre Hanotaux était le serviteur humble et odieux, a assisté, sans un geste d'émoi, presque sans une parole de pitié, à une des plus hideuses boucheries qu'ait vues la triste histoire des hommes, à l'égorgement systématique de toute une population sans défense. Et le sultan n'a pas encore rassasié sa vengeance. Il a grisé d'une odeur de sang tous les fanatiques de son empire ; il a éveillé partout l'envie du meurtre... ». Jaurès ne voit qu'un moyen pour empêcher l'insurrection violente des Arméniens, déclenchant un conflit plus généralisé au niveau européen, c'est que l'Europe pèse de tout son poids y compris en menaçant de rétorsions économiques et d'une action militaire, pour que la Turquie respecte les droits des minorités et leur assure une égalité de traitement.

A travers ces prises de position, horrifiées et lucides sur les menaces à venir pesant sur les Arméniens et d'autres minorités de l'Empire Ottoman, on retrouve bien la visée internationaliste et humaniste de Jaurès, qui croit à l'obligation de la France de défendre les droits humains, les valeurs démocratiques, au-delà de ses frontières, sans considérer de manière prioritaire les intérêts commerciaux ou le principe de souveraineté des États et non ingérence. Il est illusoire de croire défendre les intérêts de la Paix on laissant des minorités se faire massacrer dans leurs propres pays par un État souverain mais tyrannique.

En 1908, le Comité « Union et progrès » des Jeunes Turcs prend le pouvoir en Turquie et manifeste une volonté de modernisation du Pays sur des bases nationalistes mais séculières. Les arméniens au départ soutiennent le nouveau régime, en particulier le parti dachnak qui a contracté une alliance avec les Jeunes Turcs.

Dès mars-avril 1909 néanmoins, ne nouveau pogromes anti-arméniens ont lieu à Adana en Cilicie, dans le sud de la Turquie, en répression de manifestations arméniennes. 30 000 Arméniens sont tués, et 20 000 autres dans les districts environnants. Le gouvernement des Jeunes Turcs a manifesté ainsi qu'il comptait bien reprendre à son compte la sinistre tradition sanguinaire et raciste du sultan rouge.

L'idéologie nationaliste étroite Jeune Turque se radicalise encore vers 1912. L'entrée en guerre de la Turquie en novembre 1914 aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie partage les Arméniens entre les camps antagonistes. La création d'un corps de quelques milliers de volontaires arméniens combattant au côté des Russes au Caucase fournit un prétexte aux autorités turques pour « régler » définitivement la question arménienne : accusés d'être une cinquième colonne, les Arméniens de Turquie sont impitoyablement pourchassés, après l'écrasement des armées turques à Sarikamish en janvier-février 1915 face aux troupes russes, et à partir d'avril 1915, et déportés vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie. De 1915 à 1918, 40 à 50 % (soit un million et demi) des Arméniens de l'empire ottoman vont périr au cours de ces déportations, décimés par les massacres, la faim, les épidémies.

Les premiers à être massacrés sont les 120 000 soldats arméniens des troupes turques, une fois désarmés puis envoyées à accomplir des corvées et des travaux de forçats avant d'être exécutés.

Puis un plan secret est mis en place par le gouvernement de Talaat Pacha, avec notamment l'emploi de prisonniers de droit commun délivrés pour massacrer les arméniens, l' « organisation spéciale ».

A partir du 24 avril 1915 les déportations commencent de manière systématique. Une bureaucratie très complexe se met en place. Les notables, prêtres, sont arrêtés, liquidés. Dans les villages retirés, on massacre la population sur place. Dans les villes importantes où les Arméniens étaient majoritaires, on organise des convois. On fait marcher les civils sans eau et sans nourriture en direction du Sud, de la Syrie.

Au total, compte tenu des réfugiés de Russie, on peut estimer à 600 000 le nombre de survivants de l'Arménie occidentale à la fin de 1916, sur une population estimée selon les statistiques à entre 1 800 000 et 2 millions d'habitants en Anatolie. Le Génocide a donc fait entre 1,2 et 1,5 millions de morts, auxquels on peut ajouter les 300 000 tués de 1894-1896.

150 000 Arméniens de Turquie ont pu se réfugier sur le territoire de l'Arménie actuelle à l'automne 1917, quand éclate la Révolution d'octobre et que les trois Républiques du Caucase, Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan, déclarent leur indépendance.

A l'hiver 1918, Enver Pacha reprend les hostilités sur le front de l'Arménie actuelle face aux arméniens et aux russes, et mars 1918, lors de la paix de Brest-Litovsk, la Russie retrocède à l'Empire Ottoman les districts de Kars (Arménie historique), Ardahan, Batoumi (sud de la Géorgie).

Le retour dans la Turquie orientale des Arméniens de l'Empire Ottoman survivants est désormais impossible.

Décrétée en mai 1918, l'indépendance de l'Arménie, sur un réduit montagneux de 10000 km2, ne dure pas longtemps puisque l'Armée Rouge envahit l'Arménie et l'intègre à l'Union des républiques communistes en juillet 1920.

Face aux succès de Mustafa Kemal, la France, pourtant victorieuse et puissance occupante, ne réagit pas après la guerre 1914-1918 pour protéger les communautés arméniennes du sud-ouest de la Turquie, laisse massacrer 6000 Arméniens à Edesse (Ourfa). La France se retire de Cilicie et les Arméniens survivants sont pour beaucoup amenés à émigrer en même temps que 1, 2 millions de Grecs quittent la Turquie en 1923 après la défaite de la résistance grecque face à Mustafa Kemal.

En 1927, on ne démombre plus en Turquie que 77 433 Arméniens dont 120 vivent à Adana, la principale ville de Cilicie et la majorité à Istambul. La retrocession en 1939 du sandjak d'Alexandrette (Hatay) à la Turquie par la France sera l'occasion d'un dernier exode collectif : 15000 Arméniens abandonnent leurs terres et leurs villages pour partir en Syrie.

Ismaël Dupont

Carte du Proche-Orient à la Veille de la Première Guerre Mondiale et du génocide des Arméniens

Carte du Proche-Orient à la Veille de la Première Guerre Mondiale et du génocide des Arméniens

Un commentaire intéressant de Michel Rami sur le Facebook de Histoire populaire (Pascal Bavencove) qui a relayé cet article sur sa page passionnante consacrée à l'histoire du mouvement ouvrier, anti-colonialiste, communiste:

Les Arméniens descendent d'un peuple sémitique qui vit sur ce territoire depuis environ 3000 ans et dans l'antiquité a cohabité avec les Hittites. le royaume d'Arménie fut le 1er à adopter le christianisme au 3ème siècle après JC. L'empire romain d'orient a occupé les territoires en question (capitale Constantinople) jusqu'en 1453. L'invasion Turque s'est faite en 2 vagues, la 1ère par les Seldjoukides qui fut éphémère, la 2ème ,définitive, par les tribus Ottomanes qui ont conquis Constantinople, grace à leurs énormes canons. ils ont amené l'Islam, mais les Arméniens, obéissant à une religion du "livre" ont été tolérés. Je passe sur l'expansion immense de l'empire Ottoman. Au début du 20ème siècle, la Turquie est en pleine décadence, et perd l'un après l'autre tous les territoires de son empire. C'est un gouvernement ultra nationaliste qui prend le pouvoir en 1910 (les Jeunes-Turcs), avec l'idéologie de réunir tous les Turcs d'Asie centrale. Cela s'appelait le Pantouranisme ou panturquisme. Les Arméniens,chrétiens et d'une autre origine étaient depuis toujours chez eux en Anatolie, et le projet de les éliminer a été lentement élaboré, car ils étaient sur le "chemin". Le projet englobait l'Azerbaïdjan, le Turkmenistan et l'Uzbekistan actuels. Le négationnisme turc repose sur une imposture militaire. Pendant la 1ère guerre mondiale, l'empire ottoman a perdu ses dernières colonies, soit tout le moyen orient arabe. Comme la Russie était du côté des alliés, le prétexte officiel fut la "trahison"totalement fictive, des Arméniens qui auraient fait le jeu des Russes (même religion) et dont la "déportation" fut décidée. D'où le"dommage collatéral" de votre jeune historienne nourrie de propagande. puisque c'était la guerre.....Le plus étonnant, c'est qu'après la guerre, les Jeunes-Turcs ont été chassés du pouvoir par Mustapha Kemal, ont dû s'exiler, et ont été ensuite exécutés par un commando de vengeurs Arméniens. Pourquoi Atatürk ne les a pas désavoués? En fait, c'est parce que s'il l'avait fait, il aurait dû entériner le 1er traité de Versailles qui prévoyait de restituer une partie de l'Anatolie aux Arméniens. Mais,ce sont les Russes qui ont sauvé ce qui restait de l'Arménie et ont sécurisé la frontière actuelle. (et ils y sont toujours d'ailleurs) Or c'est à ce moment que la Russie a fait sa révolution, et que la Turquie est devenue incontournable à cause de sa frontière avec l'Union Soviétique. Du coup, les occidentaux ont fermé les yeux sur ce crime monstrueux...Realpolitik.....et début de la guerre froide.

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