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1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 06:50
Avraham B. Yehoshua : « En Israël, l’apartheid est devenu comme un cancer »
Vendredi, 1 Mars, 2019

Né en 1936 à Jérusalem, il est l’un des chefs de file de la littérature israélienne contemporaine. Très engagé en faveur du processus de paix israélo-palestinien, il a participé à l’initiative de Genève. Son dernier roman, le Tunnel (Grasset), aborde par la fiction des questions politiques mais aussi le vieillissement et la maladie.

Le personnage principal du Tunnel est un ingénieur à la retraite qui perd la mémoire, souhaitiez-vous parler du poids écrasant de la mémoire en Israël et des dégâts que cela peut produire ?

Avraham B. Yehoshua Les juifs et les Palestiniens sont écrasés par la tyrannie de la mémoire, qui devient un obstacle qui empêche de voir la réalité. À Gaza, les Palestiniens se jettent contre les barrières et sont tués par les balles de l’armée israélienne. Ils veulent retourner à la maison, celle de leur arrière-arrière-grand-père. Mais où se trouve cette maison ? Pour y revenir, il faut détruire des bâtiments israéliens. Chez les juifs aussi, l’Holocauste est devenu un culte mémoriel qui empêche les gens de voir la réalité et l’avenir. Les juifs qui sont retournés en Cisjordanie en disant qu’il y avait, deux mille ans auparavant, une colline juive, une synagogue, ne voient pas que c’est le passé et qu’aujourd’hui, ils pénètrent dans un village arabe. Tout le mouvement de la colonisation qu’Israël a entreprise à partir de 1967 était basé sur la conception de la mémoire. C’est pourquoi David Ben Gourion, premier ministre d’Israël à deux reprises, est allé dans le désert, là où il n’y a pas de mémoire, en disant : c’est notre place, c’est une terre vide, nous ne nous mêlons à personne. C’était pour lui une manière de dire qu’il ne fallait pas être esclave de la mémoire. Il faut être conscient que la moitié de l’État d’Israël est un désert très peu peuplé avec des choses magnifiques et un potentiel énorme. Mais, au lieu de mettre de l’énergie dans ce désert, on investit énormément d’argent dans les colonies des territoires occupés. Et aujourd’hui, on ne peut plus faire partir les colons installés là-bas. C’est pourquoi nous allons, de fait, vers un État binational.

Vous avez beaucoup évolué sur cette question. Pendant de longues années, comme d’autres personnes de gauche, vous défendiez une solution à deux États. Pourquoi avez-vous changé d’avis ?

Avraham B. Yehoshua C’est une formule vide. Nous avions l’illusion qu’on pouvait couper la terre en deux États et Jérusalem en deux capitales. En 1967, les Palestiniens ont eu seulement 22 % du territoire et nous avons eu 78 %. Mais, dans les 22 %, on a mis des colonies et des villes qu’on ne peut pas retirer. Il y a là-bas 400 000 Israéliens, dont la plupart sont des zélotes, des fanatiques, qui ne partiront pas. On ne peut pas donner aux Palestiniens des petits morceaux épars, ce n’est pas faisable. Nous sommes déjà un peu un État binational, il y a 6 millions et demi de juifs et 2 millions de Palestiniens qui ont la carte d’identité israélienne. L’État binational est devenu la seule possibilité d’abolir l’apartheid, qui est devenu comme un cancer. L’idée qu’il existe deux lois, qu’on n’a pas les mêmes droits, que la justice ne s’applique pas de la même manière selon qu’on est israélien ou palestinien, empoisonne Israël, et pas seulement les territoires.

Dans le roman, le thème de la maladie est justement très important, comme si le corps malade représentait l’État d’Israël…

Avraham B. Yehoshua La maladie est un phénomène qui unit les Palestiniens et les Israéliens. Dans le roman, je montre le côté humaniste, la façon dont ils se rencontrent au sein de l’hôpital : les Israéliens soignent les Palestiniens et vice versa, les chefs de clinique sont juifs, palestiniens, tout est mêlé. La maladie est à la fois une métaphore de notre relation avec les Palestiniens, mais c’est aussi une métaphore de l’espoir, des relations d’intimité qu’on peut réussir à créer.

Votre personnage reprend du service pour aider un jeune collègue à construire une route dans le désert du Néguev. Quand le tracé de la route bute sur une colline, il songe à creuser un tunnel pour ne pas la raser. Que signifie ce tunnel ?

Avraham B. Yehoshua Ce tunnel n’est pas seulement physique, il est aussi métaphorique. C’est un tunnel entre les identités, qui va permettre de passer de l’une à l’autre. Sur cette colline vit une famille palestinienne sans identité. Son histoire commence parce que la femme est malade du cœur. Son mari, instituteur, a vendu un morceau de terre qui ne lui appartenait pas pour payer un traitement très cher. En vendant ce terrain, il s’est attiré les foudres des Palestiniens. Pour se dédouaner, l’officiel qui a imaginé toute cette affaire décide d’installer la famille sur cette colline. Et quand il est question de faire passer une route à cet endroit, il y a deux solutions : soit raser la colline, soit construire un tunnel pour éviter de la détruire et de faire partir la famille.

Cette question de l’identité est très importante dans le roman. L’identité, les particularités ont-elles pris une place démesurée en Israël ?

Avraham B. Yehoshua Cela devient terrible et la solidarité nationale diminue. En Israël, il y a des laïques, des religieux, des religieux nationalistes, des Arabes, des Druzes, des homosexuels, des féministes, la gauche, la droite, des tribus… Et chacun fait de son identité un bastion. Par exemple, je suis membre de la gauche, j’ai toujours voté pour la gauche, mais quand j’ai dit que l’existence de deux États n’était plus possible, on m’a immédiatement accusé de quitter les rangs de la gauche. J’ai répondu que ce n’était pas le cas, mais que nous devions penser des solutions, que nous ne pouvons pas être fermés sur notre identité.

Vous avez protesté contre la loi adoptée par la Knesset le 9 juillet 2018 définissant l’État israélien comme « nation du peuple juif » et déclarant l’hébreu comme la seule langue officielle…

Avraham B. Yehoshua C’est une loi abominable, qui n’était pas nécessaire. Beaucoup de gens étaient contre, des juges, des professeurs de science politique. Cette loi a été faite par la droite pour répondre aux inquiétudes de la gauche et du camp de la paix qui l’accusaient de briser l’identité juive de l’État d’Israël en poursuivant l’entreprise de colonisation. Avec cette loi, la droite dit qu’elle maintiendra les territoires occupés mais que l’identité juive est assurée. Mais cela ne dit rien d’un point de vue pratique. Il y a 4 millions de Palestiniens, l’arabe n’est pas une langue secondaire, elle est parlée. Cela n’a pas de sens de dire que les Palestiniens ne parleront plus l’arabe.

Il y a quelque chose d’assez labyrinthique dans ce livre et une impression de léger décalage avec la réalité, peut-être parce que Louria, votre personnage, perd un peu la tête…

Avraham B. Yehoshua Oui, il y a aussi une dimension de jeu. En hébreu, il existe deux mots pour désigner la démence. L’un désigne le côté obscur, passif, tandis que l’autre désigne des patients qui font des bêtises. Quand on perd la mémoire, il y a aussi une dimension de joie, de mouvement. C’est ce mot que j’ai choisi pour donner à Louria l’apparence non pas d’une personne déprimée mais vivante. Cela lui donne un aspect humoristique, un côté mi-obscur, mi-joyeux, par exemple quand il se fait tatouer le code de sa voiture sur le bras pour ne pas l’oublier. Tout ce mélange produit dans sa tête une sorte de chakchouka, un plat qu’il adore cuisiner justement parce qu’il représente ce qui lui arrive.

Le roman parle aussi de cette très belle relation entre Louria et sa femme, renforcée par la maladie et le vieillissement au sein du couple…

Avraham B. Yehoshua J’ai projeté des choses de ma vie personnelle. Dans plusieurs de mes livres, les mariages sont des amitiés, j’ai vécu avec ma femme pendant cinquante-six ans, nous étions vraiment des amis, nous étions toujours ensemble, sans s’écraser l’un l’autre. Elle a eu sa clinique, elle a développé sa carrière, et moi aussi. Nos deux vies professionnelles ont pu coexister sans nuire à l’égalité entre nous. L’égalité est la clef d’un bon mariage.

Vos ancêtres sont originaires de Salonique. Comment votre famille est-elle arrivée en Palestine ?

Avraham B. Yehoshua Ils sont arrivés dans la deuxième moitié du XIXe siècle, pour des raisons surtout religieuses. Ils se sont ensuite installés à Jérusalem. Ils ont quitté une très grande communauté à Salonique, une ville dont la majorité des habitants étaient juifs, Ashkénazes ou Séfarades. Après l’Holocauste, cette communauté a été brutalement détruite. Ces juifs qui étaient venus de tous les coins prenaient au sérieux la fameuse phrase : « L’année prochaine, à Jérusalem. » Ils l’ont fait. S’il y avait eu 500 000 personnes, le destin du peuple juif aurait été différent. Nous aurions pu avoir un État avant la Shoah. Et toute l’histoire juive en aurait été différente.

Votre père était professeur d’arabe…

Avraham B. Yehoshua Il était orientaliste, professeur d’arabe, mais il était employé du gouvernement comme interprète et il était responsable au ministère de la Religion des affaires des musulmans et des Druzes. Il a fait sa thèse sur la presse palestinienne au début du XXe siècle. Dans les vingt dernières années de sa vie, il a surtout écrit sur la communauté séfarade, sur les relations entre Séfarades et Ashkénazes, sur les relations avec la communauté arabe. Il a évoqué magnifiquement le folklore et la vie de la communauté séfarade à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Tout ce matériau m’a aidé pour l’écriture de Monsieur Mani, que je considère comme mon livre le plus important.

Vous avez commencé par écrire des nouvelles avant de passer au roman, à l’âge de 40 ans. Pourquoi avoir attendu ?

Avraham B. Yehoshua J’en suis assez fier. Je crois qu’un des problèmes de la littérature aujourd’hui est qu’on écrit trop vite des romans. Il faut d’abord travailler sur la prose, la langue de la nouvelle. Elle est plus incisive, suggestive, intense, que celle du roman, qui est plus fonctionnelle à cause de l’intrigue. Un écrivain qui veut bien se préparer au roman doit le faire en écrivant des nouvelles. C’est le conseil que je donne aux jeunes écrivains, même s’ils font ce qu’ils veulent !

La voix des intellectuels et des écrivains est-elle encore entendue en Israël ?

Avraham B. Yehoshua Non, c’est fini. Le sionisme a été créé par des écrivains, comme Hertzl. Cette tradition a été très importante. Il faut aussi parler du renouvellement de la langue, à l’origine du sionisme. La génération de la guerre d’indépendance a beaucoup parlé, mais après la guerre des Six-Jours, pas mal d’écrivains ont pris position et ont été très écoutés. Amos Oz a été le premier à le faire, d’une façon très courageuse. Je suis alors venu de Paris, où j’ai été pendant quatre ans secrétaire général de l’Union mondiale des étudiants juifs, et j’ai commencé à prendre part à la discussion. Mais, aujourd’hui, peu d’écrivains parlent, ils sont fatigués. Sur les réseaux sociaux, les gens peuvent dire des choses abominables, les attaques sont sauvages. Les artistes ont peur, ils s’autocensurent. La haine et le racisme contre les Arabes n’ont jamais été aussi forts.

Avraham B. Yehoshua

Entretien réalisé par Sophie Joubert
Avraham B. Yehoshua, romancier israélien : en Israël, l'apartheid est devenu comme un cancer (L'Humanité, 1er mars 2019)
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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 06:48
A lire - Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, Darina Al-Joundi, Mohamed Kacimi: une histoire de fureur de vivre et de cendre dans le Liban en guerre

Une histoire crue d'une beauté folle et cruelle dans  la tragédie de la guerre civile libanaise.

Darina al-Joundi raconte son enfance et sa jeunesse dans le Liban en guerre avant l'exil en France avec son père communiste, ex-étudiant en philosophie, athée, libre penseur et bon vivant qui fume cinq paquets de gitane par jour et tient réception toute la journée, un amoureux du golfe du Morbihan, originaire du nord de la Syrie, avocat de Carlos, opposant au régime des Al-Assad, et sa mère journaliste radio issue d'une grande famille sunnite libanaise:

" Mon père, loin de me faire la leçon, jubilait de mes bêtises. Il avait une passion barbare pour tous mes écarts. Dès notre haute enfance, je crois qu'il avait refusé son rôle de père, pour être le complice de nos fautes, de nos errements et de notre réussite. Pour nous apprendre l'arabe, il nous chantait des chansons de Salamiyeh à 6 heures du matin, il adorait qu'on se réveille tôt. Même dans les chiottes, il nous donnait la réplique en poésie. Il avait écrit un seul recueil de poésie, durant son séjour en prison en Syrie, sur des paquets de cigarettes. Il en récitait des vers, quand il ne mettait pas à fond la Callas avant de se plonger à voix haute dans des poésies bachiques arabes. Il adulait Mahmoud Darwich et exécrait Adonis qui n'a jamais condamné la dictature du régime alaouite de Damas. Il passait des soirées à évoquer la gloire des Omeyades ou des Abbassides avant de se lancer parfois dans un discours sur le matérialisme dialectique.  Il nous assurait que Marx était né à Salamiyeh".

" Quel est le prix de la liberté ? Liberté sexuelle, amoureuse, politique, sociale ou religieuse… Darina al-Joundi raconte, sous la plume de Mohamed Kacimi, une histoire stupéfiante, une histoire faite de vérité et de folie, de violence et de tendresse. Toute l’histoire du Liban contemporain concentrée en l’histoire d’une personne, fidèle au rêve persistant d’un père journaliste et écrivain pour qui la liberté n’est pas négociable. Ce rêve va pourtant se fracasser sur la violence et la haine de la guerre civile, là où tout devient possible, le sexe défie la peur, la drogue défie la vie, le refus de toutes les règles sociales et des convenances religieuses défie une société qui va se venger durement contre la jeune insoumise… Ce livre est bien plus qu’une confession, c’est l’histoire d’une rédemption, des retrouvailles avec la vie d’une jeune fille qui devient femme au voisinage de la folie et de la mort. Il touche au cœur, au plus profond des entrailles, là où l’émotion se libère par un tremblement, dit toute la vérité d’un être dans son immense fragilité et son irréductible force. Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter commence le jour de la mort du père, dans un lieu appelé autrefois château de Beaufort… Un texte qui reprend et prolonge le spectacle-événement du Festival d’Avignon. Née en 1968 à Beyrouth (Liban), Darina al-Joundi est comédienne depuis l’âge de huit ans. Parallèlement, elle écrit et réalise des courts métrages. Mohamed Kacimi, né en 1955 à El-Hamel (Algérie), vit à Paris. Il a publié des romans, des essais et des pièces de théâtre, dont 1962 chez Actes Sud-Papiers en 1988, La Confession d’Abraham chez Gallimard en 2001 et Terre sainte, à L’Avant-Scène en 2007" (Commentaire des éditions Actes Sud)

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14 février 2019 4 14 /02 /février /2019 10:32
A lire - Dans la tête de Bachar al-Assad, de Subhi Hadidi, Ziad Majed, Farouk Mardam-Bey

Je recommande cet essai de trois intellectuels d'origine syrienne (Subhi Hadidi et Farouk Mardam Bey) et libanaise (pour Ziad Majed) vivant en France sur le fonctionnement du pouvoir syrien, depuis l'installation de la dictature de Hafez al-Assad jusqu'à celle de Bachar al-Assad. Le mode de fonctionnement de ce régime mafieux et terroriste, ses leviers pour conserver le pouvoir, ses contradictions et rivalités du pouvoir, sa clientèle et ses otages, sa psychologie, ses modes de justification et de légitimation idéologiques, les rivalités du clan au pouvoir, y sont décrits avec une précision chirurgicale, sans pathos, et avec une grande connaissance de la complexité de la société syrienne et du jeu des puissances vis-à-vis du pouvoir syrien, ses mystifications idéologiques. 

Ismaël Dupont

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 10:25
A lire - J'ai couru vers le Nil - de Alaa El Aswany: le roman des illusions perdues de la révolution egyptienne

Avis aux amateurs de récit engagé et néanmoins romanesque, en prise avec la brutalité du réel et du monde contemporain, le Chiffon Rouge vous conseille vivement le dernier roman d'Alaa El Aswany, interdit en Égypte, sur la révolution égyptienne de 2011, les faux semblants du traditionalisme islamique, et la férocité du régime des généraux. Un livre très dur, mais beau et émouvant qui rappelle par son ambition et sa réussite à décrire la réalité contemporaine égyptienne L'Immeuble Yacoubian, déjà un grand coup de cœur! Mais ce livre est encore plus sombre, à l'image de la cruauté de l'effondrement des rêves du peuple égyptien en lutte contre Moubarak et le droit à la dignité pendant la révolution.

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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 13:05
Prisonnière à Téhéran, le premier livre de Marina Nemat, 2007 publié chez Pocket

Prisonnière à Téhéran, le premier livre de Marina Nemat, 2007 publié chez Pocket

A lire absolument, ce très beau récit autobiographique de Marina Nemat, jeune opposante de la gauche révolutionnaire au début de la dictature islamiste, qui a connu les geôles du régime.

À 16 ans, l'âge de l'insouciance, des découvertes et des premiers émois, Marina est arrêtée, torturée et condamnée à mort pour trahison politique. Emprisonnée dans la tristement célèbre prison d'Evin, en Iran, elle croit son destin scellé, mais, quelques minutes avant sa mise à mort, elle est sauvée par l'un de ses gardiens. Celui-ci a réussi à commuer sa peine en prison à vie. Son prix ? L'épouser et renoncer au catholicisme pour se convertir à la religion musulmane. Prise au piège, Marina n'a d'autre choix que d'accepter, renonçant ainsi à ses valeurs, à sa famille et à sa foi...
Près de vingt ans plus tard, à présent installée au Canada, Marina se souvient. De tout. Une exceptionnelle histoire de vie.

Lire Lolita en Téhéran, Azar Nafisi, 2003, 10/18

Lire Lolita en Téhéran, Azar Nafisi, 2003, 10/18

Ce roman d'Azar Nafisi a fait le tour du monde, une réflexion sur la liberté et le pouvoir émancipateur de la littérature sous un des régimes les plus obscurantistes.  Un livre captivant, une vraie leçon de vie.

Après avoir démissionné de l'Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni pendant deux ans, dans l'intimité de son salon, sept étudiantes pour y lire Nabokov, Fitzgerald, Austen... Ce livre magnifique est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran. La démonstration magistrale que l'imagination bâtit la liberté.

Marx et la Poupée, le premier roman de Maryam Madjidi, 2017, prix Goncourt du Premier Roman, Prix Etonnants Voyageurs Ouest-France, prix de l'écrivain francophone 2018, Editions Le Nouvel Attila

Marx et la Poupée, le premier roman de Maryam Madjidi, 2017, prix Goncourt du Premier Roman, Prix Etonnants Voyageurs Ouest-France, prix de l'écrivain francophone 2018, Editions Le Nouvel Attila

Myriam Madjidi a vécu l'engagement communiste de ses parents dans un parti d'opposition en résistance et persécuté dans les premières années de la dictature islamiste, des tracts qu'on faisait circuler dans ses couches, un père et une mère aux cœurs blessés par la défaite politique, la peur et l'amertume de voir les camarades tomber, des oncles en prison. Dans une écriture d'une grande beauté, très poétique, elle raconte son exil à Paris à partir de 5 ans, la douleur de perdre sa langue et son pays, le déracinement pendant l'enfance, la difficile appropriation de la langue et de la culture française, la double identité, le retour en Iran. 

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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 16:45
Manifestation le 5 juillet 1961 à Gennevilliers pour la paix en Algérie. Mémoire d’Humanité/AD de la Seine-Saint-Denis

Manifestation le 5 juillet 1961 à Gennevilliers pour la paix en Algérie. Mémoire d’Humanité/AD de la Seine-Saint-Denis

Essai. Une histoire algérienne
Jeudi, 7 Février, 2019

Les Communistes et l’Algérie Alain Ruscio La Découverte, 663 pages, 28 euros
Alain Ruscio aborde avec passion le fil de cette relation très forte et compliquée entre les communistes, leurs organisations et l’Algérie.

Voici un grand livre dont personne ne pourra mésestimer l’importance. L’analyse profonde des relations singulières, extrêmement compliquées, entre le communisme contemporain et l’histoire de l’Algérie supposait audace, subtilité et probité : l’auteur n’a manqué ni de l’une, ni des autres. Interroger des mémoires multiples, souvent contraires, consulter des travaux innombrables, travailler dans les « sources » à la recherche de données nouvelles (archives publiques et privées, procès-verbaux d’organismes politiques comme l’Internationale communiste, le PCF, le PCA, etc.), s’informer dans les journaux, relire les débats parlementaires, consulter les enquêtes, officielles ou non… Alain Ruscio n’avance rien dans son livre qui ne soit référencé. Son ouvrage sera une pièce maîtresse dans le vaste forum livresque consacré à l’histoire de la révolution algérienne.

Il aborde d’abord la précocité et la force de la pénétration du « communisme » en Algérie, dès les années 1920, à la suite de la création du PCF et jusqu’à la fondation du Parti communiste d’Algérie en 1936. Jamais l’historien ne perd de vue le poids déterminant du statut colonial et spécifique de l’Algérie, en sorte qu’on saisit à quel point toutes les tentatives de prétendues réformes, qui ont toutes avorté, n’ont fait que nourrir l’aspiration grandissante des masses autochtones arabo-musulmanes, soumises à la règle de l’indigénat, à l’indépendance de l’Algérie. C’est dans ce cadre qu’Alain Ruscio évalue l’importance relative des mouvements que les protagonistes de la domination coloniale appellent les « séparatistes ». C’est aussi à cette aune qu’il faut apprécier le caractère utopique, illusoire voire fantomatique, de la thèse émise par Maurice Thorez en 1939 de « la nation algérienne en formation » qui devint la référence constante des communistes de France jusqu’à 1954-1956.

l’évolution du PCF et celle spécifique du PCA

Si la revendication de l’indépendance de l’Algérie est devenue dès avant 1940 le fondement du rassemblement politique du peuple algérien, le recours à l’insurrection armée de novembre 1954 doit beaucoup à la violence ahurissante, déshonorante, du colonialisme français en Algérie, surtout après les massacres de mai-juin 1945. À cette barbarie insupportable, contre laquelle en France même, hors les communistes et quelques grands esprits clamant dans le désert, l’opinion publique, gangrenée par la réalité même du colonialisme porteur de racisme, fut pour le moins indifférente. Le programme du Conseil national de la Résistance, si avancé, fut, par exemple, de grande indigence s’agissant des colonies, en particulier sur l’Algérie.

La partie la plus éclairante du livre nous replace en plein dans la « guerre d’Algérie », comme on dit désormais officiellement après avoir condamné si longtemps ceux qui la dénonçaient en réclamant la paix ! Le récit montre l’évolution du PCF et celle, spécifique, du PCA, face à une insurrection nationale qui s’impose dans les faits, dès 1955, comme la seule voie d’accès à l’indépendance. Le PCA s’y ralliera sans réserve et ses militants, certains d’origine européenne, seront intégrés dans l’Armée de libération nationale. Retenons ici, au milieu d’un récit haletant, les pages consacrées à Maillot, Iveton, Alleg, Audin, les Guerroudj, Inal. L’évolution du discours du PCF se lit en deux phases : la première de 1954 à 1957, à la suite de l’échec de la mobilisation du 17 octobre, le fait passer de la réclamation de la paix par la reconnaissance du droit à l’indépendance (au « divorce » !), à la réclamation d’une négociation impliquant l’indépendance, intégrant la fin des illusions relatives à une prétendue « union française ». Le moment terrible du vote des pouvoirs spéciaux, en mars 1956, cette fatale « erreur » (Roland Leroy, 2001), a facilité le ralliement de la social-démocratie française à la stratégie colonialiste et à la relance de la visée impérialiste. Qui oserait encore réhabiliter les Mollet, Lejeune et Lacoste, adeptes enfiévrés du fusil d’assaut et du sac au dos ? Il est vrai qu’à l’époque, la SFIO, antécédent du PS d’hier, était, non à « gauche » mais à l’« Ouest », et à ce titre accueillait le tout-venant de la droite atlantiste et du centre, comme le Mitterrand de ce temps-là, garde des Sceaux et patron de la guillotine, qui osa déclarer : « La négociation, c’est la guerre ! »

L’auteur ne sous-estime jamais les difficultés du combat de soutien en France à la cause de l’Algérie, ni les effets de l’évolution interne du FLN, ni les possibles alternatives internes qui ont pu se manifester. Il montre combien les tensions internes au nationalisme algérien ont conduit les insurgés FLN à éliminer les fidèles du MNA de Messali ; il note combien les positions aventuristes de quelques-uns dans la fédération de France ont pu rendre difficiles, en France même, les mobilisations de l’opinion alors que la répression, les saisies de la presse communiste et les intimidations systématiques en rendaient l’exercice périlleux… Ce qui ne fait que renforcer la grande portée de l’engagement des avocats communistes, celui d’Aragon et des Lettres françaises, le courage de grands universitaires communistes comme Jean Dresch, dont l’enseignement est aussi inoubliable que l’engagement.

Rien donc ne manque dans l’essai d’Alain Ruscio, ni l’élan du savoir, ni la précision des faits analysés. Sa démonstration se montre fidèle à ce qu’énonçait son introduction et que livre sa conclusion : il y a eu « une résistance communiste » à la guerre d’Algérie. Et celle-ci a porté la marque et montré les limites de ce qu’on savait alors de la nécessité historique des mouvements de libération anticolonialiste, qui relevaient encore pour une part de l’impensé. Ici se mesurent à la fois la grandeur et les limites de la bataille communiste.

Claude Mazauric Historien
Les communistes et l'Algérie - Alain Ruscio, La Découverte, 663 pages, 28 euros

Les communistes et l'Algérie - Alain Ruscio, La Découverte, 663 pages, 28 euros

Les communistes et l'Algérie - Alain Ruscio, La Découverte, 663 pages, 28 euros

Dans cette somme exceptionnelle, Alain Ruscio propose une lecture érudite et accessible des actions et positions du communisme face à la question coloniale en Algérie. S'appuyant sur une quantité remarquable de documents, il nous permet d'appréhender cette question méconnue de manière dépassionnée, tout en restituant les faits selon leur chronologie propre.
C'est un paradoxe : l'histoire du communisme reste aujourd'hui encore, alors que ce mouvement n'a plus dans la vie politique ni le poids ni la force d'attraction d'antan, un objet de controverses à nul autre pareil, en " pour " et en " contre ". Cet état d'esprit atteint un paroxysme lorsqu'il s'agit d'évoquer les actions et analyses du communisme – français et algérien – face à la question coloniale en Algérie, des origines dans les années 1920 à la guerre d'indépendance (1954-1962). Et s'il était temps, écrit Alain Ruscio, de sortir des invectives ?

Les communistes et l'Algérie - par Alain Ruscio - Une histoire algérienne, Claude Mazoric

Mercredi 13 février à 19 h/ ALGÉRIE :à l’occasion de la parution du livre Les Communistes et l’Algérie de l’historien Alain Ruscio, débat avec Sadek Hadjerès, secrétaire du Parti communiste algérien pendant la guerre d’indépendance, Éloïse Dreure, historienne, doctorante à l’université de Bourgogne-Franche-Comté d’histoire, et Alain Ruscio, historien.
Le débat est organisé au siège national du PCF, 2 place du Colonel-Fabien, Paris 19e.

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 06:29
Actes Sud, 2019, 8€50 1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu’elle méritait d’être vécue ; elle mérite donc d’être racontée.

Actes Sud, 2019, 8€50 1524, les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer. Sa vie terrible est romanesque. Cela veut dire qu’elle méritait d’être vécue ; elle mérite donc d’être racontée.

Éric Vuillard « L’écriture n’affranchit pas de la loi du monde »
Jeudi, 10 Janvier, 2019

Dans son dernier livre, Éric Vuillard raconte l’histoire inachevée d’une guerre civile dans l’Allemagne du XVIe siècle, entre les tenants de l’ordre social établi et ce qu’on appelle la plèbe. Entretien.

Il y a trois ans, dans 14 Juillet, vous vous attachiez à donner corps à ceux qui prirent la Bastille. Il s’agissait d’éclairer en profondeur ce moment clé de notre histoire. Aujourd’hui, avec la Guerre des pauvres, vous abordez un chapitre, moins connu en France, de la lutte des classes en Allemagne au XVIe siècle. Pourquoi ce choix ?

ÉRIC VUILLARD La Guerre des pauvres raconte un soulèvement en 1525, pendant la ­Réforme, qui a eu quelques conséquences. Mais le livre ne s’en tient pas à un seul événement. Il s’agit avant tout de suivre un mouvement, de raconter l’histoire inachevée de la guerre civile entre les tenants de l’ordre social et ceux qu’on appelle la plèbe.

L’événement de 1525 est une insurrection de paysans, de petits commerçants, d’artisans pauvres, de vagabonds. Cet aspect composite nous fait signe. On y assiste à un mouvement désorganisé, livré aux ­hésitations. La révolte s’achève sur une féroce répression, tout autre chose que le 14 juillet. L’ampleur des violences est une mesure, et le fait que la Réforme s’y fracture est un avertissement. En matière d’égalité, on n’ira pas plus loin que lire la Bible en langue vulgaire et démocratiser les fonctions sacerdotales.

La figure de Thomas Müntzer est fascinante, en ce qu’il prend radicalement la tête du parti des humiliés et des offensés au nom de Dieu, c’est-à-dire avec les moyens du bord idéologiques de son temps. En quoi vous paraît-elle exemplaire ?

ÉRIC VUILLARD En effet, passer par le christianisme, c’est faire avec les moyens du bord, et Müntzer y recourt ardemment. Mais, après tout, on peut penser que les Évangiles sont un prétexte, une issue. Il faut échapper à une hiérarchie séculaire, rompre avec ses discours. Le christianisme, qui se manifeste alors comme un verrou de l’ordre social, en est un. Celui de l’homme ordinaire, qui va bien au-delà de la Réforme luthérienne, est une véritable révolution sociale.

Cette révolte, qui s’inscrit dans un vaste mouvement commencé en Angleterre deux cents ans plus tôt, a cela de singulier qu’elle est l’une des premières à s’appuyer sur un corps de doctrine, un christianisme pris au sérieux dans toutes ses conséquences. Auparavant, les jacqueries n’ont pas laissé de témoignage marquant de leurs principes, et les révoltes serviles ne semblaient qu’une façon de reprendre sa liberté. Müntzer réclame autre chose. Il exige le renversement de l’ordre social. Pour la première fois, une masse d’hommes en colère ne se contentent pas de brûler des châteaux. Ils font des projets.

La rivalité avec Luther n’est-elle pas capitale dans son cas ? Ne s’agit-il pas alors de deux visions de la Réforme ?

ÉRIC VUILLARD Luther se réclame lui aussi de l’égalité, mais il a besoin d’appuis pour stabiliser la Réforme. Et puis, sa révolte est plus subjective, morale, religieuse. Au départ, il est seul, c’est avant tout un conflit intime, il prie, il digère mal, sa conscience le tourmente. Sa révolte spirituelle ouvrira la danse. Müntzer, lui, est emporté par un mouvement ; il prend la tête d’une révolte qui commence par un refus de corvée. La dimension religieuse sert de catalyseur, c’est une langue alors disponible, on puise dans la Bible des mots auxquels la colère redonne sens.

Dans les deux cas, il y a les mots. Luther et Müntzer sont de prodigieux écrivains. Les 95 thèses sont un brûlot d’une vigueur étourdissante. C’est à la fois rationnel, emporté, net, mordant. Et ce petit bout de papier fait basculer l’histoire du monde. La prose de Müntzer est plus galvanique encore. Il y a en elle une ardeur insolite, une vraie force poétique. Ce sont des mots qui ont changé les choses, et on peut sentir presque physiquement leur puissance d’action. En cela, les écrits de Müntzer appartiennent à la littérature : ils sont une parole vive.

Il y a eu, en 1850, la parution de la Guerre des paysans en Allemagne, de Friedrich Engels, un classique du marxisme et, plus près de nous, cette pièce de théâtre de l’Allemand Dieter Forte, Martin Luther et Thomas Müntzer, ou les débuts de la comptabilité. Ces ouvrages vous ont-ils été utiles ? Si oui, en quel sens ?

ÉRIC VUILLARD L’ouvrage d’Engels est une ancienne lecture, une étude importante et pionnière. Mais c’est avant tout la prose de Müntzer qui m’a marqué. Il n’existe pas de pensée sans style, sans rythme. La langue de Müntzer est en surchauffe, elle ne relâche jamais son rapport à la vérité. C’est cela qui m’a le plus troublé, le plus exposé. Au fond, pour prendre un exemple célèbre, ce qui est fascinant dans le Rouge et le Noir, c’est combien l’écriture de Stendhal épouse la trajectoire de ­Julien Sorel. Le style heurté, haletant du roman, le piqué de sa prose sont homogènes aux hésitations constantes de Julien, à sa situation ­fragile, précaire : faut-il prendre la main de madame de Rênal ? Non, ce n’est pas possible, mais si, il va le faire, il le doit, il le fait… Ces réticences, ces décisions prises dans le feu de l’action sont le tremblement réel du livre. Tout y est passager, flux de conscience, chaque minuscule contradiction reflète sa vie entière. À chaque instant, Julien Sorel doit trancher contre le fils de scieur de bois qu’il est, pour son cœur qui proclame qu’il ne l’est pas, qu’il peut tout exiger, tout avoir. Et le staccato de la narration, l’écriture rapide, suffocante, nous embarque dans le cours alerte de sa brève et tragique existence. À mon tour, je voulais accompagner Thomas Müntzer, être avec lui jusqu’à l’échafaud, sentir le sang battre à mes tempes.

Votre écriture a quelque chose d’un lyrisme électrique constant dans l’évocation de temps révolus, aussi bien dans Congo que dans l’Ordre du jour, entre autres. Vous êtes-vous donné pour mission de reprendre, un par un, les chapitres de l’histoire de l’humanité dans le sens d’un dévoilement sans peur de l’injustice et de la domination ?

ÉRIC VUILLARD Je tâtonne, chaque livre vient au gré de mes lectures. Soudain, je tire un fil ; je le tire en écrivant, c’est en écrivant que les choses s’avivent. Mais une direction se dessine en effet. Si on considère que l’histoire n’est pas terminée, on la raconte autrement. On ne peut plus être extérieur à elle, on est dans le courant, embarqué. L’histoire de la domination est un conflit, et ce conflit est en cours. On ne peut donc pas se tenir en marge, comme si l’écriture était une activité autarcique, inoffensive. Le fait d’écrire n’affranchit pas de la loi du monde.

Que vous inspire l’actuel mouvement de protestation des gilets jaunes ? N’est-ce pas, toutes proportions gardées, un nouvel épisode, sous d’autres formes, certes, de ce à quoi vous vous efforcez de donner visage ?

ÉRIC VUILLARD On s’imagine volontiers que le passé éclaire le présent, cela rassure, mais c’est l’inverse qui se produit, le présent ranime le passé, sans cesse, c’est lui qui le fait revivre. Ce sont les gilets jaunes qui réveillent l’homme ordinaire du XVIe siècle, et qui nous enseignent le pas qui lui a manqué.

Entretien réalisé par Muriel Steinmetz
« Ce n’est pas Dieu qui se soulève »
Jeudi, 10 Janvier, 2019

La Guerre des pauvres Éric Vuillard Actes Sud, 80 pages, 8,50 euros
Comment Thomas Müntzer, « homme à la foi amère », en citant les Évangiles, a pu prendre la tête d’une révolte paysanne au cœur de la Réforme.

Avec 14 Juillet (Actes Sud, 2016), Éric Vuillard rendait la prise de la Bastille à ses artisans essentiels. Dans la Guerre des pauvres, mince volume annoncé tardivement, discrètement sorti ces jours-ci, il revient sur la révolte religieuse et sociale galvanisée par le théologien Thomas Müntzer (1489-1525). Le romancier opère d’entrée de jeu un retour en arrière en quelques pages concises sur des figures phares du passé, entre autres celle de l’Anglais John Wyclif (1330-1384) qui, deux siècles plus tôt, « ouvre ce qui allait devenir la Réforme ». En 1525, Thomas Müntzer, « l’homme à la foi amère », mènera, en pleine Réforme protestante, le soulèvement de l’« homme ordinaire » (paysans et pauvres des villes, hommes et femmes du peuple, héros anonymes). Ce soulèvement devient à son contact « social, enragé ». Ces « exaspérés jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs ». Ce peuple n’est pas muet, il « pue, il grogne, mais il pense aussi ». On suit au plus près Müntzer, orphelin précoce d’un père tué « sur les ordres du comte de Stolberg, certains disent pendu, d’autres brûlé ». La prose de Vuillard est saturée par la présence de Müntzer, la cadence de son verbe tiré des Évangiles.

Les instantanés du soulèvement

Cet homme vif et sombre rêve d’un monde sans privilèges, sans propriété, sans État. Éric Vuillard passe au crible les instantanés du soulèvement, même si Müntzer le juge prématuré. Il lui fait dire : « Soulevez les villages et les villes, et surtout les compagnons mineurs et autres braves garçons, qui seront bien utiles. » On découvre les châteaux dévastés et la négociation comme technique de combat. « Ce ne sont pas les paysans qui se soulèvent, c’est Dieu ! » aurait dit Luther, et Vuillard d’écrire : « C’étaient bien les paysans qui se soulevaient. À moins d’appeler Dieu la faim, la maladie, l’humiliation, la guenille. » Il ajoute : « Ce n’est pas Dieu qui se soulève, c’est la corvée, les censives, les dîmes, la mainmorte, le loyer, la taille, le viatique, la récolte de paille, le droit de première nuit, les nez coupés, les yeux crevés, les corps brûlés, roués, tenaillés. » M. S.

La guerre des pauvres: Eric Vuillard écrit sur la révolte protestante égalitariste de Thomas Müntzer : L'écriture n'affranchit pas de la loi du monde (L'Humanité, 10.10.2019)
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24 décembre 2018 1 24 /12 /décembre /2018 06:52
Le 24 décembre 1982, Aragon disparaissait - L'Hommage du Comité Central du PCF et de L'Humanité le lendemain,  25 décembre

Louis Aragon meurt le 24 décembre 1982, dans la nuit du jeudi au vendredi, à 0h05, dans son domicile parisien du 56, rue de Varenne.

Le lendemain, samedi 25 décembre, L'Humanité lui dédie huit pages d'hommages et d'articles sur sa vie et son œuvre, souvent très denses. Et six pages encore le lundi 27 décembre 1982 pour ses obsèques prévues le lendemain.

Il y a d'abord l'hommage adopté par le Comité Central du PCF, magnifique, qui mérite d'être cité intégralement.

Il est sous un encadré avec une photo d'Aragon prise en 1982 avec son chapeau, et la formule de La Diane française "Mon parti m'a rendu mes yeux et ma mémoire"

C'est notre honneur

"Aragon n'est plus.

Pour ses camarades communistes dont il était la fierté, pour tous ceux en qui a retenti sa parole aux plus forts moments de notre vie nationale, pour les femmes et les hommes innombrables que le rayonnement de son art a atteints jusqu'au bout du monde, la perte est immense?

Présent à tous les rendez-vous de notre peuple et de sa culture avec l'histoire, Aragon a marqué son siècle.

Il l'a marqué par son œuvre, infiniment diverse et profondément une: œuvre poétique chantant sur tous les tons, à travers toutes les formes, l'amour et la colère, la douleur et l'espoir: œuvre romanesque à la taille du monde réel et de l'histoire, indissolublement croisée avec celle d'Elsa Triolet; œuvre critique attentive à tous les chemins nouveaux de la création, sans cesse attachée à mettre l'héritage au présent. Riche de cette assimilation exceptionnellement inventive de la culture française et mondiale, retrouvant et continuant notre grande tradition humaniste à travers les ruptures les plus révolutionnaires, élaborée jusqu'au plus extrême raffinement et capable d'entrer dans la sensibilité populaire jusqu'à devenir chanson, l’œuvre d'Aragon est un sommet de l'art contemporain.    

Il a marqué en même temps son siècle par cette manière de vivre jusqu'au bout l'engagement du créateur dans les combats pour changer le monde. Bien des écrivains ont joué un rôle civique dans notre histoire. Mais rares sont ceux qui ont poussé si loin la liaison délibérée de l'écriture et de l'acte politique. Ce fil perpétuel qui noue dans son œuvre vie intime et vie publique, ce croisement sans cesse renouvelé de la création littéraire avec la prise de position du journaliste et l'intervention du militant font d'Aragon une des personnalités les plus fortes de la France contemporaine.

Ce prodigieux inventeur de formes a été une haute voix de notre temps. 

Au sortir de la Première Guerre, en rupture radicale avec une esthétique et une morale qui s'étaient faites complices de la tuerie impérialiste où l'on avait jeté ses vingt ans, Aragon est l'un des fondateurs, une des figures décisives du mouvement surréaliste, cette insurrection de l'esprit dont jamais il ne reniera les choix fondamentaux. 

C'est à partir d'eux que, poussant jusqu'au bout sa remise en question de l'inacceptable ordre établi, Aragon adhère dès 1927 au jeune Parti communiste. De cette rencontre capitale avec la classe ouvrière révolutionnaire, de sa découverte concrète de l'Union soviétique naît une dimension nouvelle de son engagement politique comme de son art. A la pointe de l'action antifasciste et pour la paix, au cœur du Front populaire, il est de ceux qui ont le plus ardemment contribué à unir en une même démarche combat de classe et combat national, grandeur française et solidarité internationale.

Dans les années de douleur et de courage où la France trahie est occupée par les nazis, Aragon est au premier rang pour organiser la résistance chez les intellectuels, animer le Front national, fonder Les lettres françaises et le Comité national des écrivains. En des termes inoubliables, il est une voix sans pareille de la France debout dans la lutte contre l'envahisseur. 

Lorsque, après la grande espérance de la Libération, vient l'époque de la guerre froide et des guerres coloniales, de l'inféodation atlantique, puis du long règne de la droite, Aragon le poète, le romancier, l'essayiste, le directeur de Ce Soir et des Lettres Françaises met sans compter son prestige et son génie dans la balance de toutes les causes où se joue le bonheur des hommes, du mouvement mondial pour la paix et de la solidarité avec les pays socialistes au combat national pour l'indépendance et la démocratie. Il se voue avec Elsa à la défense et illustration de notre culture à sa rencontre avec toutes les autres. Bouleversé par ce qui vient ternir l'image du socialisme, il milite pour son visage humain. Soucieux de rassembler, il a été inlassablement de la longue bataille pour la victoire de la gauche. 

Peu de vies ont à ce point fait honneur aux couleurs de la France.

Et c'est notre honneur que pendant plus d'un demi-siècle, liant au chemin de tous sa démarche singulière, Aragon ait été sans jamais faire défaut un communiste.

Ce qu'il a apporté à notre Parti est inestimable. Il a pris dans les années 30 sa part des efforts pour en surmonter les maladies infantiles. Il n'a cessé de rendre puissamment sensibles, par-delà les cris et chuchotements de la calomnie, l'inspiration démocratique et nationale de notre politique, le souffle libérateur du marxisme, la stature de l'homme communiste. Toujours il a voulu servir, comme il aimait à le dire, et parfois jusqu'à la déchirure, ce parti qu'il avait fait sien une fois pour toutes il y a cinquante-cinq ans à partir de raisons plus profondes que toutes les failles de l'histoire. 

Devant ce qui n'y fut pas toujours selon son cœur, devant l'amertume des erreurs un temps partagées, jamais il n'a songé à rebrousser chemin, mais à agir pour avancer. Membre du Comité central depuis 1950, il a été au sens le plus vrai du mot un homme politique.

Artisan passionné d'une conception démocratique et nationale de la culture, partisan convaincu de l'alliance capitale de la classe ouvrière et des intellectuels, explorateur hardi de l'ouverture et de l'union, il a joué un grand rôle à sa mesure dans ces grands pas en avant de notre Parti qui s'appellent Argenteuil et Champigny, dans cet acte décisif qu'a été notre 22e congrès. La marque d'Aragon se lit à livre ouvert dans notre conception et notre pratique de l'avancée démocratique vers un socialisme à la française.

Lors de son 80e anniversaire, il exprimait sa joie devant ce que son Parti était devenu. Sa disparition nous fait redire avec solennité combien nous mesurons la part qu'il y a prise.

Au moment où Aragon nous quitte, où son œuvre achevée appareille vers les plus lointains lendemains, nous, ses camarades des nuits noires et des jours lumineux, nous saluons en lui, du fond de notre douleur et avec une ineffable gratitude, l'une des plus hautes images de l'homme d'aujourd'hui".

Le Comité Central du Parti Communiste Français

 

 

 

 

 

 

Aragon et Marchais

Aragon et Marchais

Georges Marchais est cité page 3: 

"Je suis bouleversé"

Aussitôt connue la mort d'Aragon, Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, a déclaré:

"Aragon n'est plus. Les mots me manquent pour dire la peine immense qui m'étreint. Je perds un ami très proche, notre Parti un des meilleurs des siens, la France son plus grand poète du siècle. Je suis bouleversé".

Plus tard, après avoir salué la dépouille mortelle d'Aragon, Georges Marchais, interrogé par les journalistes, a déclaré:

"J'ai beaucoup de peine, car je perds un ami. Pour beaucoup de gens, cela peut apparaître comme une attitude prétentieuse de ma part. Ce n'est pourtant pas le cas.

"Aragon a parlé avec moi pour la première fois en 1956, lorsque j'ai été élu au Comité central. Depuis, il a toujours joué un grand rôle auprès de moi. Par exemple, en 1968, quand avec Waldeck Rochet, nous avons travaillé au Manifeste de Champigny, les conseils d'Aragon ont été précieux". 

Puis il a poursuivi: "Par la suite, quand Waldeck Rochet est tombé malade et que j'ai été investi des responsabilités qui sont les miennes aujourd'hui, j'ai souvent rencontré Aragon et il m'a beaucoup aidé. 

"A la veille du XXIIe Congrès, qui a été un tournant pour le Parti, Aragon est venu me voir dans mon bureau. Il m'a apporté un témoignage qui avait une grande signification: "La Joconde", par Marcel Duchamp.

" Aragon avait une dimension nationale et internationale, une dimension qui n'a rien à voir avec la mienne. Mais c'était un ami. C'était un des meilleurs des nôtres, dans sa fidélité constante au Parti communiste, à ce Parti dont il disait "Je démissionne chaque soir, je réadhère chaque matin"

"C'est le plus grand poète de ce siècle. Pour nous, et pas seulement pour nous.

"Aragon, c'est la fidélité à son engagement, comme écrivain surréaliste, et à son engagement comme membre de son Parti. C'est un exemple de fidélité, au sens le plus fort de ce terme. Une fidélité qui n'a jamais été aveugle. C'était Aragon avec tout ce qu'il était". 

 

 

Le 24 décembre 1982, Aragon disparaissait - L'Hommage du Comité Central du PCF et de L'Humanité le lendemain,  25 décembre
Trois mots à la une : Aragon est mort
Lundi, 24 Décembre, 2012

C’est ainsi que l’Humanité annonçait sa disparition, le 25 décembre 1982, avec une photo de ses dernières années. Une foule grave avait assisté trois jours plus tard à l’hommage qui lui fut rendu, place du Colonel-Fabien, à Paris.

Le 25 décembre 1982. Sans doute est-ce alerté la veille par la radio ou la télé que l’on était allé acheter l’Huma ce matin de Noël. Un titre, un seul titre à la une, d’une clarté tranchante : « Aragon est mort ». Ces trois mots et une photo. Il n’avait sans doute pas été facile de la choisir. Quel était l’Aragon des lecteurs de l’Huma, et, bien au-delà, de tous ses lecteurs ? Le jeune homme si élégant des années surréalistes, aux mille cravates, mais qui avait déjà sur le front de la guerre, puis à l’hôpital du Val-de-Grâce où il avait rencontré André Breton, connu la souffrance, la mort et la folie ? Le poète de la Résistance ? L’auteur d’Aurélien ou celui de la Semaine sainte, celui de la Défense de l’infini en 1927 ou de ces pages hallucinées des Communistes, où il décrit comme le Triomphe de la mort, de Bruegel, le désastre de Dunkerque ? Le membre du Comité central du PCF, ancien directeur du quotidien Ce soir, directeur des Lettres françaises qui avait offert à Georges Marchais l’une des trois Joconde à moustache de Marcel Duchamp, portant ces mots en forme de provocation : « LHOOQ » ? « Autant il y a d’artistes véritables, écrivait Marcel Proust, autant il y a de mondes différents. » Aragon fut un inventeur de mondes. L’une des logiques sans doute de cet enfant sans nom, qui ne connaissait pas son père, un enfant de l’amour, comme on disait à la fin du XIXe siècle. Un enfant qui crut longtemps que sa mère était sa sœur et pour qui écrire était un « mentir-vrai ». Inventeur de mondes, se récriera-t-on peut-être, et le monde réel, alors, qu’il avait donné comme titre à son cycle romanesque des années trente ? Bien sûr… mais jamais il ne le confondit avec un plat réalisme, fût-il baptisé socialiste.

«Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots »

Le journal avait choisi une photo des dernières années. Ces années où souvent il s’exprimait avec un de ces masques blancs des mimes, comme si dans cette traversée du siècle il s’était senti devenir une ombre. « Siècle martyr, siècle blessé, c’est de sang que sa bouche est peinte. »

Ses obsèques avaient eu lieu trois jours après. Le président de la République, François Mitterrand alors, le gouvernement n’avaient pas cru bon d’organiser des obsèques nationales. Ce fut au PCF qu’il échut de lui rendre hommage. Non qu’il lui appartînt, mais aussi parce que, peu à peu, comme le dira alors Georges Marchais, le PCF s’était reconnu en lui. Ce jour-là, place du Colonel-Fabien, devant la façade de verre de Niemeyer, il y avait une grande foule grave, avec partout les couleurs des drapeaux et des roses rouges. Pierre Mauroy, premier ministre, était venu. « Il nous restera de lui le pouvoir infini des mots et cela qui lui faisait toujours discerner la lueur d’une aube. » Le cercueil après la cérémonie publique avait été emporté à Saint-Arnoult-en-Yvelines pour être inhumé sous la grande dalle de pierre où reposait déjà Elsa avec ces mots gravés : « Quand côte à côte nous serons enfin gisants »… 25 décembre 1982. Dans un autre journal, le Figaro, Jean d’Ormesson saluait « le plus grand poète français. Un romancier de génie ».

L’actualité d’Aragon
Pour commémorer le trentième anniversaire de la mort d’Aragon, l’Équipe de recherche interdisciplinaire sur Elsa Triolet et Aragon (Erita), met en ligne un dossier, l’Actualité d’Aragon, prélude à un numéro spécial de sa revue Recherches croisées. Ce dossier comporte un bilan de la recherche aragonienne, des textes d’Aragon, des contributions de chercheurs, écrivains, artistes ainsi qu’un hommage à Michel Apel-Muller, l’un des fondateurs de l’Erita, qui vient de disparaître.

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 06:39
Valère Staraselski: conférence-débat sur Aragon à Morlaix le mardi 13 novembre et sur l'antisémitisme et le Parlement des Cigognes à Brest le mercredi 14 novembre
Valère Staraselski: conférence-débat sur Aragon à Morlaix le mardi 13 novembre et sur l'antisémitisme et le Parlement des Cigognes à Brest le mercredi 14 novembre

"Aragon, la littérature à l'épreuve de l'engagement"

Le mardi 13 novembre à 18h, la section PCF du Pays de Morlaix vous invite à participer à un Mardi de l'éducation populaire avec: 

L'écrivain et journaliste Valère Staraselski

Auteur de plusieurs romans (dont le dernier en date "Le Parlement des cigognes"), essais. 

Et d'un livre précieux et passionnant sur le rapport entre littérature, engagement et communisme chez Aragon. 

Conférence d'une heure à 18h suivi d'un débat avec l'assistance

Réunion publique ouverte à toute personne intéressée, au 2, petite rue de Callac à Morlaix, derrière le Corto Maltese.    

 

Nous vous présentons le programme des initiatives d'éducation populaire du PCF Pays de Morlaix dans les mois à venir. 
Après
en janvier 2018, le philosophe Jean-Michel Galano sur la philosophie de Karl Marx  
en mars 2018, Greg Oxley sur la Révolution Française
en avril 2018, l'écrivaine Maha Hassan sur la littérature, la révolution et la guerre en Syrie
en mai 2018, le journaliste Gérard Le Puill sur l'agriculture et le réchauffement climatique
en mai 2018 encore, l'ingénieur Yann Le Pollotec sur la révolution numérique
en juillet 2018, Marie-Noëlle Postic et Lucienne Nayet sur l'antisémitisme et son histoire
 
Conférences-débats des Mardis de l'éducation populaire qui ont été suivies par plusieurs centaines de personnes, dont une bonne partie de non adhérents, nous aurons le plaisir d'inviter: 
 
le mardi 13 novembre, à 18h, l'écrivain et journaliste Valère Staraselki pour nous parler d'Aragon et du rapport entre littérature et politique dans sa vie et son œuvre
 
le mardi 4 décembre, à 18h, l'écrivaine Anne Guillou, pour une conférence sur "la guerre d'Algérie, blessures intimes", à travers le travail de mémoire qu'elle a réalisé pour écrire son récit "Une embuscade dans les Aurès"
 
le mardi 15 janvier, à 18h, Dominique Noguères, avocate et vice-présidente de la Ligue des Droits de l'Homme: une vie de combat pour la justice, les réformes judiciaires et l'évolution du système judiciaire en France  
 
le mardi 5 février, à 18h, l'historien Pierre Outteryck sur la figure de Martha Desrumaux, militante du Front Populaire, ouvrière, féministe, résistante, déportée  
 
le mardi 15 mai, à 18h, l'historien Jean-Paul Sénéchal: le Finistère du Front Populaire
 
Toutes ces conférences-débats de 2h auront lieu au local du PCF, 2 petite rue de Callac. 
 
Par ailleurs, à l'occasion des 100 de l'armistice du 11 novembre 1918, le PCF Pays de Morlaix organise pour tout public une représentation de "Bonsoir m'amour", le spectacle chanté et musical du Théâtre de la Corniche sur la guerre 14-18 vue de Morlaix. 
 
Ce sera le dimanche 11 novembre à 16h, à la salle Gallouedec (entrée libre, participation au chapeau) 
Valère Staraselski: conférence-débat sur Aragon à Morlaix le mardi 13 novembre et sur l'antisémitisme et le Parlement des Cigognes à Brest le mercredi 14 novembre
Valère Staraselki
sera
le 14 novembre à 19 h à la Petite Librairie 4 bis rue
Danton à Brest quartier ST Martin
à l'invitation du PCF et de l’Association des
amis du journal l’Humanité pour évoquer
la question de l'antisémitisme

à partir des recherches accomplies pour l'écriture de son dernier livre: "Le
Parlement des cigognes" (2017) sur la Shoah et la complicité de polonais
dans l'extermination des juifs (prix Licra), C'est aussi l'auteur de
plusieurs autres romans "Sur les toits d'Innsbruck", "Une histoire
française" (sur la France pré-révolutionnaire, en janvier 1789), "L'Adieu
aux rois" (un roman qui se passe pendant la Révolution Française, en
1794), "Le Maître du Jardin. Dans les pas de La Fontaine", "Nuit
d'hiver", "Un homme inutile", etc. Mais aussi d'un très beau texte sur la
Fête de l'Humanité, Comme un Air de liberté (2005), de 1909-
2009: « Un siècle de Vie Ouvrière » avec Denis Cohen (Cherche-Midi),
de Voyage à Assise.

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 05:32
Mort de Pablo Neruda, le 23 septembre 1973

Mort de Pablo Neruda, le 23 septembre 1973, il y a 45 ans
Pablo Neruda est de ces poètes qui ont vécu pleinement dans leur siècle. Il est un des rares poètes qui aient réussi à incarner la poésie aux yeux de tout un peuple et même d'un continent. Si nous devions avoir une seule image de Neruda, ce serait celle d'un poète explorateur de la matière et de l'amour. Son enfance passée dans un milieu modeste et ouvrier le marquera à tout jamais et lui fera prendre conscience de l'inégalité profonde qui règne entre les hommes. « L'homme doit se faire entendre et c'est au poète de transmettre sa voix, de devenir son cri », écrira-t-il.
Pablo Neruda a été un homme enraciné dans son siècle au point que peu de temps après le coup d'État militaire du 11 septembre 1973 contre l'Unité populaire et la mort de son compagnon Salvador Allende qu'il avait activement soutenu pendant sa campagne, il meurt, le 23 septembre, à Santiago du Chili, envahi de tristesse.

Pablo Neruda en 1951

Pablo Neruda en 1951

" J'accuse" par Pablo Neruda. 

Alors qu’il siégeait au sénat chilien sous les couleurs du parti communiste depuis 1945, le poète et prix Nobel de littérature Pablo Neruda, fut banni par le régime de Gonzalez Videla en 1947 pour avoir commis un brûlot contre l'oligarchie qui gouvernait le Chili d’alors.

Dans ‘’J’accuse’’, un poème dont le titre s’inspire du fameux ‘’J’accuse’’ de Zola, le poète qui écrivait souvent à l’encre verte (couleur de l'’espérance) a gravé dans nos consciences engourdies des mots aux couleurs de sang.
 

“ Ils se sont promus patriotes.
Ils se sont décorés dans les clubs.
Ils ont aussi écrit l’histoire.
Les parlements se sont remplis de faste 
Après quoi ils se sont partagés la terre,
La loi, les plus jolies rues,
L’air ambiant, l’université, les souliers.

Leur prodigieuse initiative
C’est l’Etat ainsi érigé,
La mystification rigide.
Comme toujours, 
On a traité l’affaire avec solennité
Et à grand renfort de banquets
D’abord dans les cercles ruraux,
Avec des avocats, des militaires.
Puis on a soumis au Congrès
La Loi suprême, 
La célèbre Loi de l’Entonnoir
Aussitôt votée.

Pour le riche, la bonne table,
Le tas d’ordure pour les pauvres.
La prospérité pour les riches
Et pour les pauvres le turbin.
Pour les riches la résidence.
Le bidonville pour les pauvres.
L’immunité pour le truand,
La prison pour qui vole un pain.
Paris pour les fils à papa,
Le pauvre, à la mine, au désert !
L’excellent Rodriguez de la Crota
A parlé au Sénat
D’une voix mélliflue et élégante.
’Cette loi, établit la hiérarchie obligatoire
Et surtout les principes de la chrétienté.
C’est aussi indispensable que la pluie.
Seuls les communistes, 
Venus de l’enfer comme chacun sait,
Peuvent critiquer notre charte de l’Entonnoir,
Savante et stricte.
Cette opposition asiatique,
Née chez le sous homme, 
Il est simple de l’enrayer :
Tous en prison, tous en camp de concentration,
Et ainsi nous resterons seuls,
Nous les messieurs très distingués
Avec nos aimables larbins
Indiens du parti radical’.

Les applaudissements fusèrent
Des bancs de l’aristocratie :
Quelle éloquence, quel esprit,
Quelle philosophie, quel flambeau !
Après cela chacun courut
A son négoce emplir ses poches,
L’un en accaparant le lait,
L’autre escroquant sur les clôtures
Un autre volant sur le sucre
Et tous s’appelant à grands cris Patriotes !
Ce monopole du patriotisme,
aussi consulté dans cette Loi de l’Entonnoir.”

Pablo Neruda

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