Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:48
Robert Laffon, 21,50€, 580 pages, 2017

Robert Laffon, 21,50€, 580 pages, 2017

Roman. Le sommeil de la raison, des monstres et des crimes
ROGER MARTIN
JEUDI, 14 DÉCEMBRE, 2017
L'HUMANITÉ

L'Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe. Il était une fois… l’Occupation. Un inspecteur consciencieux et pervers, des étoiles jaunes, des vengeurs rouges et un ordre définitivement noir.

Nous avions dit ici même tout le bien qu’il fallait penser de l’Affaire Léon Sadorski, un roman noir historique exceptionnel dans lequel, refusant tout effet de suspense gratuit, Slocombe, à travers les yeux et les actes d’un policier arriviste et retors, faisait défiler devant nous les deux premières années de l’Occupation. On y suivait quasiment au jour le jour les faits et gestes d’un policier dont les idées s’accordent parfaitement à l’air du temps et auquel sa conscience ne pose aucun problème.

Une plongée au cœur de la France collaborationniste

Avec l’Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, on plonge davantage encore au cœur de la France collaborationniste, à l’intérieur des Brigades spéciales qui traquent et torturent les résistants, au moment où se prépare la grande rafle du Vél’d’Hiv. On retrouve le chef du Rayon juif de la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux le 8 juin 1942 au moment où obligation est faite aux juifs d’arborer l’étoile jaune. Lorsqu’on le quitte, un mois et demi plus tard, il est dans la foule qui assiste à une parade monstre organisée dans Paris par le commandement militaire allemand. Nous sommes le 29 juillet, Sadorski sourit, se dit qu’il est un homme heureux. Au même instant, un convoi quitte Drancy. À bord du train, 730 hommes et 270 femmes, tous juifs, destination Auschwitz-Birkenau. Entre-temps, Slocombe plonge son personnage au cœur de l’Histoire authentique, loin des fabulations et des approximations, saisissant Sadorski alors qu’il est amené à traquer un groupe de communistes qui liquide collaborateurs et ex-communistes passés avec Doriot du côté des nazis. Pendant 550 pages, d’un commissariat de police à un cinéma, d’une station de métro à une gare de province, à pied, à vélo, en voiture, le lecteur est obligé de cohabiter avec un salaud doublé d’un pervers dont la perpétuelle bonne conscience et la certitude qu’il agit pour le bien du pays donnent la nausée. Mais cette vie commune est d’une richesse exceptionnelle tant Slocombe connaît son sujet. La masse d’informations est époustouflante, la reconstitution de Paris et de la région parisienne laisse interdit, le traitement d’épisodes authentiques de l’histoire de l’Occupation rendu avec une rigueur stupéfiante. Impossible de trouver un détail, une affirmation, un fait qui ne soit confirmé par les archives ou les travaux d’historiens. Mais, en même temps, alors que cette matière historique est la chair du roman, elle ne l’envahit jamais, ne phagocyte pas un récit qui palpite de destinées tragiques, de combats inégaux, de grandeur et de barbarie. Romain Slocombe a prévu trois autres volumes, voire quatre, avant le dénouement de la Libération. Une tâche titanesque, une sorte de Village français littéraire. À en juger par les deux premiers volumes, la fresque, achevée, témoignera avec une rigueur et une force impressionnantes d’une période qui n’en finit pas de passionner.

L'Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe. Robert Laffont, 584 pages, 21,50 euros.

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski et L'affaire Léon Sadorski: deux romans noirs sur la collaboration de la police française extrêmement bien écrits et documentés de Romain Slocombe (Roger Martin, L'Humanité)
Itinéraire d’un salaud ordinaire
ROGER MARTIN
JEUDI, 29 DÉCEMBRE, 2016
L'HUMANITÉ
L’Affaire Léon Sadorski,  de Romain Slocombe. Robert Laffont, 500 pages, 21 euros.

Les séries américaines ont imposé leur tyrannie : tueurs en série géniaux, policiers scientifiques nobélisables, flics de terrain démiurges. La littérature s’est engouffrée dans la brèche dans l’espoir d’adaptations au grand ou au petit écran. Miraculeusement, il est encore des auteurs pour honorer le roman noir, qui est au thriller ce que Spartacus est à Gladiator. Leurs livres refermés, on reste hanté par des récits qui se refusent à n’être que divertissement, palpitant, certes, mais formaté. Romain Slocombe est au nombre de ces irréductibles. L’auteur de Monsieur le Commandant n’écrit pas pour passer le temps. Chez lui, comme chez Daeninckx, Le Corre, Pivion et quelques autres, le sujet est l’essentiel, ce qui ne l’empêche pas de déployer dans son dernier ouvrage un talent de conteur exceptionnel. Une construction solidement charpentée, une science aiguë des ressorts dramatiques, une maîtrise totale des péripéties, s’ajoutant à une capacité rare de faire de ses personnages, victimes ou bourreaux, autre chose que de simples marionnettes, autant d’atouts supplémentaires qui obligent le lecteur à une attention soutenue. L’Affaire Léon Sadorski est en effet un roman noir historique exceptionnel dans lequel, refusant tout effet de suspense gratuit, Slocombe poursuit sa plongée vertigineuse au cœur de l’Occupation, projetant un éclairage cru sur les arcanes de la collaboration et le rôle de la police. L’inspecteur Léon Sadorski ne détonne guère dans ses rangs. Un fonctionnaire consciencieux, méticuleux même, qui fait son travail, avec conscience et même zèle, d’autant plus aisément qu’il est pétainiste et antisémite et que, après tout, il ne fait qu’obéir aux ordres. Contrôler des juifs, puis les arrêter avant de les expédier à Drancy, donner un coup de main aux brigades spéciales pour traquer des communistes, rien que de très légal, après tout. Sans parler de l’orgueil de contribuer au salut de la France et à l’espèce d’ivresse qui s’empare de lui lorsqu’il participe aux séances d’interrogatoire poussé, autrement dit de torture. Sadorski jouit de sa toute-puissance. S’il n’est pas Dieu, c’est tout comme puisqu’il peut décider d’une mort ou d’un salut. Mais le Capitole n’est pas loin de la roche Tarpéienne. Un jour, il est arrêté, emmené contre son gré en Allemagne, persuadé qu’il n’en reviendra pas. La Gestapo a décidé de faire de lui sa pièce maîtresse au sein de la préfecture de police. Entre missions officielles et enquêtes privées, louvoyant sans cesse pour éviter les pièges de ses nouveaux maîtres, ceux des brigades spéciales et des truands nazis de la rue Lauriston, Sadorski s’enfonce irrésistiblement et comme avec délectation dans les horreurs de la collaboration sans problèmes de conscience excessifs… On croyait tout savoir, on découvre à chaque page ! Slocombe s’est appuyé naturellement sur des faits authentiques. Sa documentation, impressionnante, qu’il a pris le temps de digérer, ne phagocyte jamais le récit, mais l’irrigue et donne en permanence au lecteur la certitude d’être dans l’authentique. Un livre fascinant, indispensable !

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 08:30
Michel Kerninon, sur le poète Georges Perros, à l'occasion de la publication d'une somme de l'oeuvre de l'écrivain qui vécut la fin de sa vie à Douarnenez chez Gallimard, en collection quarto
Michel Kerninon, sur Georges Perros

 

Il y aura 40 ans au mois de janvier prochain, le 24, que l'écrivain Georges Perros quittait ce monde. L'essentiel de son oeuvre et des inédits ont été rassemblés et sont présentés par Thierry Gillyboeuf dans un volume de 1600 pages qui vient de paraître dans la collection Quarto de Gallimard.

Il y a 40 ans que l'aura de l'oeuvre de Georges PERROS, que sa mémoire et le souvenir de ceux de plus en plus rares qui l'ont approché dans sa " vie ordinaire ", ne cessent de grandir.
Le Quarto consacré à Georges Perros met en lumière une oeuvre singulière dans la littérature du XXe siècle. Ni Cioran , ni Pessoa, mais des traces glissées, des griffures, dans la marge d'un livre à venir. Dont il ne souhaite d'ailleurs pas qu'il advienne. Des notes ni furtives, ni griffonnées, et d'ailleurs de moins en moins aphoristique avec l'âge. Notes de musique, notes critiques, portraits, papiers collés de carnets ficelés ... Il s'agit d'un journal ouvert à tous les vents. Ceux de l'intelligence, de l'amour, de la mer, papiers fouettés aux tempêtes de Bretagne, comme aux orages des paysages intérieurs. Comme apaisé aux réconforts de la géographie, les pointes, les îles, la baie s'ouvrant en toile de fond sur l'absurdité consubstantielle de l'homme et du monde.
Dans la préface, Thierry Gillyboeuf, avec amitié, sobriété, pertinence écrit que " Lire Perros, c'est à la fois entendre une voix reconnaissable entre toutes et se laisser emporter par une pensée sans cesse en mouvement, qui se rétracte et se déploie comme le ressac."
Cet homme, Georges Poulot, devenu Perros après avoir quitté la Comédie (française) pour le plancher des vaches, près desquelles d'ailleurs, il habitait à son arrivée à Douarnenez, le pays des penn sardins, était l'incarnation du verbe. Sa voix dans les livres comme dans la vie. Et le solitaire très entouré fut privé de parole par la maladie. Elle allait saper une voix si belle après la cinquantaine, puis l'emporter en deux années.
La magie de sa voix est pleinement audible dans ce volume. Proses, journal, quelques correspondances -(sa correspondance immense, étant certainement le deuxième versant de l'oeuvre, mériterait d'être rassemblée)- ou des vers octosyllabes aux enjambements musicalement singuliers et aussi les silences, le silence qui respire comme si Georges était encore près de nous.
Si de tout beau livre, de toute poésie, d'une musique, d'une femme... ne devait subsister que le sillage, comme on le dit d'un voilier, la parabole à ras d'existence est une illustration de la magie de la vie, de toute la vie. Il y a chez Georges Perros un amour infini pour les êtres, une tendresse inconsommable. Elle est d'autant plus envahissante que nous ne sommes pas à la hauteur. " Nous sommes incapables de n'aimer qu'une fois, parce que nous n'aimons jamais. " Il s'agirait donc, seulement, de tenter de trouver les modalités de sa dévotion à la solitude. "Pour ne pas mourir à côté."

 

https://blogs.mediapart.fr/michel-kerninon/blog/101217/georges-perros-1923-1978-pour-ne-pas-mourir-cote

Michel Kerninon, sur le poète Georges Perros, à l'occasion de la publication d'une somme de l'oeuvre de l'écrivain qui vécut la fin de sa vie à Douarnenez chez Gallimard, en collection quarto

Ce volume contient la totalité de l'œuvre de Georges Perros ainsi que de nombreux inédits. Elle est ici établie par ordre chronologique pour Papiers collés, Poèmes bleus, Une vie ordinaire, Papiers collés II, Échancrures, L'Ardoise magique et Papiers collés III, et par ordre d'écriture pour les inédits, les textes non repris en volume ou ceux réunis après sa mort. Attiré par la scène et l'envers du décor, sa première vocation fut le théâtre - une déception. Restent la force des mots, le phrasé. Glissement de l'oral à l'écrit. Sans revenus fixes, il assuma son dénuement volontaire, acharné à noircir ses petits carnets, ses agendas, seulement riche d'une moto. Ses amis, peu nombreux mais présents, le guidèrent. Gérard Philipe le recommande à Jean Vilar. Son métier ? Lecteur pour le T.N .P. Vilar s'est-il amusé autant que nous à lire ses comptes rendus ? Ils tiennent en peu de mots : l'intrigue, la meilleure réplique, son jugement. Pas de bavardage, ni de laconisme, c'est impitoyablement drôle - l'élégance de l'humour assassin. Georges Poulot (1923-1978) devient Georges Perros, l'homme inclassable
de la littérature, le lecteur insatiable, le critique avisé, le touche-à-tout. Sa rencontre avec Jean Grenier amorce un tournant. Il consent à lui montrer quelques textes. Grenier les aime, s'empresse de les donner à lire à Paulhan, la N.R.F. les publie. Le ton est donné, la pensée entière, vive, l'écriture acérée et précise. C'est à son corps défendant qu'il réunit et publie Papiers collés - et les ouvrages suivants -, parce que la vie matérielle, avec toute une famille, l'a rattrapé et qu'il faut vivre. Il place si haut la littérature qu'il se juge toujours indigne d'un tel sacerdoce. Loin de Paris, à l'écart de tout «milieu», à Douarnenez, il officie de notes, de lectures, de poèmes. L'homme parle, malgré lui. Et lorsque le verbe le fuit, il dessine, peint, pour retrouver la seule écriture qui vaille : celle du quotidien, ces instants sans importance, l'anecdotique, où se niche l'essentielle vérité. Comment la poésie peut-elle enchanter notre réalité ? Comment transcender la douleur ? Aimer, se pardonner ? Comment vivre ?
Ce volume contient la totalité de l'œuvre de Georges Perros ainsi que de nombreux inédits.

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 07:04

C’est avec tristesse que les communistes brestois ont appris la disparition de l’écrivain brestois Jean-François Coatmeur. Auteur policier à l’écriture particulièrement riche mais aussi romancier humaniste il était toujours présent lors des grandes fêtes de l’Unité organisées par le Parti Communiste au parc de Penfeld.

Il avait su créer un lien particulièrement fort entre le public populaire de nos fêtes et la culture.

Le PCF salue la mémoire de Jean-François Coatmeur qui a porté bien haut l’image de Brest.

photo Ouest-France

photo Ouest-France

 

Né à Douarnenez (Pouldavid), Jean-François Coatmeur, l’écrivain aux 28 romans policiers, vivait depuis plus de 40 ans à Brest, ville inspiratrice. Où il vient de disparaître à l'âge de 92 ans. Comme Simenon, ce maître du suspense a donné au polar ses lettres de noblesse. Il considérait le genre comme « une tragédie à la sauce du temps ».

« C’est du Coatmeur. » Ses lecteurs, nombreux et fidèles, avaient l’habitude de commenter de cette efficace formule lapidaire chaque nouveau livre du romancier finistérien, qui vient de disparaître à l’âge de 92 ans.

L’une des plus grandes joies de Jean-François Coatmeur était, justement, « d’avoir des lecteurs partout, un public à la fois populaire et intellectuel, racontait l’écrivain, qui précisait aussi : Mais c’est Brest qui m’a fait écrivain. Moi qui trouvais la ville sinistre, qui ne pensais qu’à retourner dans le Finistère-Sud, c’est ici que j’ai trouvé mes premiers lecteurs. »

Brest, ville inspiratrice

Prof de lettres classiques muté à Brest, Coatmeur, originaire de Pouldavid (Dournenez) a fini par s’y faire : « Je ne peux pas vivre ailleurs qu’au bord de la mer, confiait-il. Même pendant ma période de détestation de Brest, j’adorais me promener sur le port de commerce, je rêvais devant les noms des bateaux. Ce n’est pas un hasard si mon livre le plus connu est Les Sirènes de minuit. Une ville comme Brest peut offrir d’extraordinaires décors… »

 

La Bretagne reste la toile de fond de ses romans et leurs protagonistes sont confrontés à la loi, à la société et, surtout, à leur conscience : « Je conçois le roman policier comme une tragédie à la sauce du temps. J’invente des drames qui se déroulent dans mon décor quotidien, je démontre que le pire est possible partout, même ici, disait Coatmeur. Mes personnages, souvent issus de milieux modestes, sont aux prises avec des problèmes éternels, des difficultés de couple, des dénis de justice, une recherche laborieuse de la vérité… Universelles, mes histoires pourraient aussi se passer ailleurs. »

Croyant et anti-clérical

Mais c’est à Brest que son imaginaire se met en branle. Son roman Narcose, par exemple, lui fut ainsi inspiré par une belle inconnue à l’air angoissé, entrevue à l’église Saint-Louis : « On peut être à la messe et avoir des pensées profanes, mais c’est arrivé une seule fois ! »racontait Coatmeur lui qui, après ses études secondaires au Petit Séminaire de Pont Croix, avait failli devenir prêtre. Il en était resté croyant, pratiquant et… anticlérical !

Rebelle anti-institutions

« Je suis un rebelle anti-institutions. Je n’aime pas beaucoup les médailles, les militaires, les ecclésiastiques. Je donne des coups de griffe aux bourgeois, à la société de l’argent », expliquait l’écrivain qui s’était, à plusieurs reprises, engagé auprès d’Amnesty International ou contre l’expulsion des sans-papiers : « Je ne vis pas sur une île déserte. Je réagis donc à ce que je crois être de l’injustice. Je remarque, qu’aujourd’hui, les hommes n’aiment pas côtoyer la misère… »

Fausses pistes, manipulations, tous ses romans sont des polars, des romans psychologiques noirs : « J’ai connu l’époque où le roman policier était assimilé au roman de gare, vite lu, vite abandonné dans le train. Dans mes livres, où la police joue un rôle très limité, j’ai voulu démontrer que l’on pouvait écrire des romans à suspense comme de véritables œuvres littéraires. Je les appelle des « romans de mystères ». Un genre littéraire maîtrisé pour « faire passer mes idées, mon regard sur le monde, mes critiques sur ses dérives… »

 

À l’exception de Des croix sur la mer (1 991) inspiré par un événement autobiographique : le 5 août 1944, le jeune Jean-François passa une demi-journée en otage, aligné contre un mur face aux mitraillettes, sous les yeux de sa famille. Cet épisode marqua l’adolescent d’un sceau indélébile.

La raison, peut-être, pour laquelle l’œuvre de Jean-François Coatmeur sera, sans cesse, traversée par une tension née du dérèglement du quotidien…

 

Auteur de 28 romans à suspense souvent adaptés au cinéma

Jean-François Coatmeur est l’auteur de 28 romans à suspense et de nombreuses nouvelles. Douze de ses romans sont publiés chez Denoël. Il publiait désormais chez Albin Michel dans la collection « Spécial suspense ». Grand Prix de la Littérature Policière en 1976 pour Les sirènes de minuit (Denoël, 1976), Prix Mystère de la Critique en 1981 pour La Bavure (Denoël, 1 980) et Prix du suspense 1990 et Grand Prix des écrivains de l’ouest pour La Danse des masques(Albin Michel, 1989).

Son dernier livre, Les noces macabres (Albin Michel, 2016) s’appuie sur une tragédie familiale dans l’atmosphère brestoise chère à l’auteur.

Coatmeur fut également Président du jury du prix du Goéland masqué, salon de littérature policière basé à Penmarc’h, de 2001 à 2014. Il était aussi Chevalier des Arts et des Lettres depuis 2004.

Trois adaptations de La Fiancée

Plusieurs livres de Coatmeur, comme Morte Fontaine et Le squale, ont été adaptés au cinéma et à la télévision. Sa nouvelle La fiancée a fait l’objet de trois adaptations différentes, dont l’une Brestoise, par Olivier Bourbeillon. Le roman La bavure a aussi été adapté, ainsi que Les sirènes de minuit avec Philippe Léotard, tourné à Brest.

La nuit rouge, en revanche, n’est pas sortie en salle car jugée de « qualité insuffisante » par l’auteur et l’éditeur. Sa « plus belle expérience de cinéma » reste Des croix sur la mer » avec Laurent Malet et Isabelle Renauld, film auquel il participa activement.

Frédérique Guiziou, Ouest-France

photo Ouest-France

photo Ouest-France

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 21:02

Article de notre ami Paul Dagorn, professeur d'histoire retraité vivant à Morlaix, sympathisant Front de Gauche, pour la revue syndicale L'émancipation syndicale et pédagogique, octobre 2017 

Quatre Bandes Dessinées, sélectionnées par notre camarade Paul Dagorn éclairent chacune un moment de l'histoire des résistances populaires à Brest, qui vont bien au-delà du cadre régional. 

Roger Faligot

J'ai sympathisé avec lui à l'occasion d'une dédicace. Spécialiste de l'Irlande, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages (dont le premier, La Résistance irlandaisedans la petite collection Maspéro), il s'est plus généralement intéressé aux conflits identitaires dans divers pays et aux efforts faits pour trouver une solution (Les seigneurs de la paix, au Seuil, 2006). Enfin, en 2010, il a publié à La Découverte La rose et l'édelweiss, ces ados qui combattaient contre le nazisme, 1933-1945, une étude qui couvre l'Allemagne et les pays occupés. 

Pour Brest l'insoumise , il a sollicité mon témoignage concernant Fred Ropars, ami de ma famille et membre comme mon père de l'Ecole Émancipée. J'avais évoqué son parcours dans l’Émancipation au moment de son décès. C'est lui qui avait organisé la 2e semaine de l'Ecole Emancipée à Moguériec, petit port de pêche du Léon. Mais pour mon témoignage, cela concernait l'action de Fred dans la Résistance à l'Ecole normale de Quimper. 

Brest l'insoumise à travers quatre BD

J'ai utilisé le titre de R. Faligot pour évoquer quatre moments de la contestation et de la résistance liés à Brest, illustrés par quatre BD: 

- Un homme est mort: le syndicaliste Edouard Mazé lors d'une manifestation en 1950. 

- Nuit noire sur Brest: mobilisation en 1937 contre une tentative des Franquistes de s'emparer d'un sous-marin républicain espagnol.

- La fille au carnet pourpre : parcours d'une jeune lycéenne résistante, Anne Corre, envoyée en déportation et disparue sans lancer de traces lors de l'évacuation d'un camp annexe d'Orianenburg par les nazis lors de l'avance soviéto-américaine. 

- Enfin, publié cette année, Des graines sous la neige, qui retrace la vie de Nathalie Lemel, communarde très liée à Eugène Varlin, et compagne de Louise Michel lors de leur déportation en Nouvelle-Calédonie. 

Un homme est mort - BD de Kris et Etienne Davodeau

Un homme est mort - BD de Kris et Etienne Davodeau

En 1950, "Brest dont il ne reste rien" comme l'a écrit Prévert dans le poème Barbara, connaît une reconstruction difficile après les bombardements. Brest compte plus de 15 000 ouvrier-e-s (un dixième de la population), dont 6 à 7 000 à l'Arsenal, autant dans la construction, le reste essentiellement des dockers. Si les salaires sont corrects pour l'époque car on a besoin d'eux (l'Arsenal construit même des navires marchands), on en exige beaucoup et les deux dernières catégories restent dans la précarité. 

La construction emploie des Maghrébins, mais aussi des ouvriers venus des campagnes léonardes très catholiques que l'évêché incite à adhérer à la CFTC et même à prendre part aux grèves. Avec la scission FO-CGT, celle-ci, courroie de transmission du PCF, voit dans la scission comme une manœuvre des Etats-Unis dans le cadre des débuts de la guerre froide et de la guerre d'Indochine.

Néanmoins, une convergence s'opère même avec des militants de la CNT anarchiste présente à l'Arsenal. La manifestation, suite à l'Appel national du 12 mars 1950, pour la paix en Indochine et contre la misère est interdite par le maire RPF (gaulliste), Alfred Chupin. Cependant deux ou trois centaines d'ouvriers décident de manifester. Ils sont bloqués, mais le lendemain le jeu est calmé par quelques augmentations (dont celle de la future victime Edouard Mazé) malgré un affrontement musclé entre la police et les dockers en position de force, car ils contrôlent l'importation de vin d'Algérie et de charbon. 

Un mois plus tard, la situation reste bloquée et une députée PCF (Marie Lambert) et deux délégués CGT venu-e-s porter plainte, sont arrêté-e-s. Le 16 avril, une manifestation unitaire est prévue. Dans la nuit du 16 au 17, le maire décide l'interdiction, appuyé par le député de droite André Collin, par ailleurs Secrétaire d'Etat à l'Intérieur. Face à une présence policière massive et des heurts violents, la situation s'aggrave et la police reçoit l'ordre de tirer dans la confusion générale, peut-être pour disperser la manifestation. Mais le résultat est là: 24 gendarmes et 9 CRS blessés (un seul devra se rendre à l'hôpital, le long duquel s'est déroulé l'affrontement!), 12 ouvriers hospitalisés et 14 autres blessés légers, mais un homme est mort, Edouard Mazé, qui accompagnait son frère, délégué CGT.

Le traumatisme est grand. Un an plus tard, une manifestation du souvenir a lieu, et en 1951-52, si les grèves et manifestations persistent et même s'intensifient, la police reçoit l'ordre d'éviter les affrontements. 

La BD Un homme est mort, de Kris (scénariste) et Etienne Davodeau, s'articule aussi sur la personnalité de René Vautier, résistant à 15 ans, étudiant à l'IDHEC (Institut des Hautes Etutdes Cinématographiques), qui s'était déjà distingué par son premier film Afrique 1950 , commandé par la Ligue de l'Enseignement, mais que Vautier détourne de son objectif pour en faire un film anti-colinialiste, ce qui le conduit à l'acheminer clandestinement par le Sahara vers la France, où il restera 40 ans sous le boisseau. Natif de Camaret, il profite d'une campagne de pêche pour aller filmer en Irlande des militants de l'IRA, bien qu'il désapprouve leurs actions terroristes.

Rentré à Brest, il se trouve évidemment au cœur des événements. C'est ainsi qu'il filme la manifestation tragique du 17 avril. Après la mort d'Edouard Mazé, il décide de projeter le film dans les quartiers sur un drap à l'arrière d'une camionnette et dans des salles improvisées. Mais il a omis de faire des copies et après 150 projections le film se dégrade et casse. Seuls quelques bouts seront sauvés. En 2006, il s'avère que quelques "rushes" non utilisés par Vautier ont été donnés à un autre cinéaste engagé, Robert Ménégoz, qui les avaient utilisés dans son film Vivent les dockers. Et dans ces quelques images des années 50, le scénariste Kris découvre avec émotion le visage de son grand-père venu apporter avec d'autres camarades une gerbe de fleurs à l'endroit où est tombé Edouard Mazé*.

* A la présentation de la BD, le 14 décembre 2006 à Brest, Etienne Davodeau était absent. Restaient à la tribune Kris, Pierre Cauzien, amputé d'une jambe après sa blessure, et René Vautier, que je connaissais personnellement grâce à France-Algérie. Malheureusement, depuis, Pierre et René sont décédés.  

   

Nuit noire sur Brest - Kris, Bertrand Galic et le dessinateur Damien Cuvillier, sur un événement rapporté par l'historien Patrick Gourlay dans "Nuit franquiste sur Brest' - Futuropolis

Nuit noire sur Brest - Kris, Bertrand Galic et le dessinateur Damien Cuvillier, sur un événement rapporté par l'historien Patrick Gourlay dans "Nuit franquiste sur Brest' - Futuropolis

Nuit noire sur Brest 

Septembre 1937, la guerre d'Espagne s'invite en Bretagne.

En 2016, Kris et son camarade Bertrand Galic s'associent avec le dessinateur Damien Cuvillier pour mettre en images un événement rapporté dans le livre de Patrick Gourlay, historien et enseignant, intitulé Nuit franquiste sur Brest , en remplaçant le mot "franquiste" par "noire', tant il est vrai que l'épisode raconté a tout d'un roman d'espionnage. 

Le 29 août 1937, en pleine guerre civile espagnole, le sous-marin républicain C2 endommagé à Santander par la Légion Condor (de sinistre mémoire à Guernica) décide d'entrer dans le port de Brest pour réparer. Mais le commandant Fernando est plus qu'ambigu. Lors du pronunciamento de Franco, il a été soupçonné de collusion avec le coup d'Etat, avant de retrouver un commandement de manière improbable. D'autre part, la situation des deux Fronts Populaires commence à se dégrader. En Espagne  les Républicains cèdent du terrain, et la volonté hégémonique du PCE a conduit en mai à "une guerre civile dans la guerre civile" à Barcelone entre les communistes d'une part, les anarchistes (CNT-FAI) et le POUM (Parti Ouvrier d'unification marxiste) d'autre part. En France, les Radicaux commencent à envisager de quitter le gouvernement, et les "ligues" d'extrême-droite mènent une action souterraine (PSF de La Rocque, et le PPF de Doriot), sans compter la fameuse cagoule qui compte plusieurs bretons. L'heure n'est plus à soutenir, voire à ménager, les Républicains. 

A Brest, le commandant Ferrando prend contact avec le Consul d'Espagne, Pierre Mocaër, connu pour ses idées conservatrices. En Espagne, un militaire expérimenté, Troncoso, gardien de la frontière basque, met en place un commando franco-espagnol pour s'emparer du sous-marin, commando qui s'installe clandestinement à Brest. 

Mais les militants brestois veillent au grain. Alors que les communistes s'organisent pour surveiller le sous-marin, du côté anarchiste, autour de l'emblématique René Lochu (hôte temporaire de Makhno et futur ami de Léo Ferré), des militants asturiens ont été hébergés à la Maison du Peuple. D'autre part, un récent service secret anarchiste, le SIC, a réussi à infiltrer les franquistes, sous le code X-10. 

De leur côté, les franquistes prennent discrètement contact avec Ferrando, et ils fréquentent un cabaret du centre-ville, l"'Ermitage", où ils font connaissance avec une jolie danseuse italo-espagnole, Mingua, qui devient une sorte de Mata-Hari. Troncoso la charge de corrompre des marins du C2 en échange de la liberté et de deux millions de pesetas. Mingua et Troncoso persuadent Ferrando d'agir dans le camp franquiste. 

L'abordage du sous-marin, organisé le 18 septembre par les comploteurs, est déjoué par un matelot, Augusto Diego. Alerté par des militants communistes et anarchistes, il n'a pas suivi ses camarades, entraînés par Ferrando dans le carré des officiers pour les isoler. Augusto Diego, repéré pour avoir fait tomber un objet, tue l'un des assaillants, ce qui incite les autres à s'enfuir. Ils sont arrêtés près de Bordeaux dans une Chrysler noire que le service secret de la CNT avait déjà repérée. Il s'agit entre autre de Ferrando, d'officiers d'un autre sous-marin, le C4, et d'un complice français, Robert Chaix, qui avait organisé le commando sur Brest. 

Les tribulations du C2 ne sont pas terminées. Remorqué vers St Nazaire, il passe sous le contrôle d'un envoyé de l'ambassade d'Espagne à Paris, Pedro Prado, proche des communistes. Celui-ci manoeuvre pour faire venir un officier de la flotte soviétique, Nicolaï Pavlovitch, qui prend en fait le commandement. Repéré, le C2 prend alors ce qui aurait dû être sa destination finale, Carthagène.

A suivre, les destins de deux femmes courageuses et déterminées. L'un, bref, celui de la résistante Anne Corre, portée disparue en déportation à l'âge de vingt ans, l'autre très long, celui de la communarde Nathalie Lemel, morte en 1921 à 94 ans.  

La fille au carnet pourpre - Roger Faligot, Alain Robet

La fille au carnet pourpre - Roger Faligot, Alain Robet

Anne Corre, la fille au carnet pourpre

Roger Faligot habite la presqu'île de Daoulas, qui sépare les embouchures des deux cours d'eau donnant sur la rade de Brest, l'Aulne et l'Elorn (comme le Bec d'Ambès séparant la Garonne et la Dordogne avant que leurs eaux forment la Gironde). En 1999, il a connaissance du cas d'Anne Corre, une jeune lycéenne résistante disparue en déportation en mai 1945 (à l'extrême fin de la guerre). 

Au moment même où le dernier convoi l'amenait vers l'Allemagne, des bruits couraient sur sa liaison avec un jeune officier allemand. C'est ce qui a conduit Roger Faligot à mener une recherche sur son parcours, recherche qui a abouti dix ans plus tard à en faire une des héroïnes de La rose et l'edelweiss. Histoire enrichie en 2016 par une BD, en collaboration avec le dessinateur Alain Robet: La fille au carnet pourpre , un mystérieux carnet sur lequel nous reviendrons. 

Anne Corre est née en 1925. Son père tenait un garage Citroën à Daoulas (ville qui ferme la presqu'île de Plougastel, côté Brest), sa mère était directrice de l'école publique.

Très jeune, Anne manifeste un caractère enjoué et indépendant qui l'amène à animer des bandes de filles et de garçons. A ses quinze ans, les débuts de l'occupation provoquent chez elle une volonté de faire quelque chose. Dès l'été, elle aide deux soldats français qui fuient l'armée allemande par crainte d'être traités comme des prisonniers. 

Puis, les lycées de Brest étant fermés pour cause de bombardements, ses parents l'envoient au lycée Victor Duruy à Paris pour rejoindre sa cousine Mado. Bientôt, elle est choquée par l'arrestation de ses profs de philo et latin-grec, toutes deux juives. Elle intègre alors, sans trop mesurer le symbole, le groupe de résistance de Geneviève de Gaulle. Ses parents, inquiets, la font revenir dans le Finistère, au lycée de Morlaix, en octobre 1942.

Le 23 juin 43, une petite fille qu'elle promène échappe à sa garde près du dernier étage du viaduc, au moment où la RAF bombarde la dernière arche. La petite fille est tuée, ainsi que neuf enfants d'une école voisine.

L'année suivante, elle est au lycée de filles de Quimper. Elle a dix-huit ans passés, mais depuis longtemps son esprit d'indépendance et son refus des convenances sociales lui donnent beaucoup de charme, ce qui séduit les garçons, comme l'attestent de nombreux témoignages (c'est peut-être pour cela qu'elle a dû quitter le lycée de Morlaix). 

A Quimper, un groupe de jeunes résistant-e-s, le groupe de Paul Collette, a été décimé. Mais un autre groupe, le groupe Marceau, s'attaque aux symboles de la collaboration (René Vautier, alors âgé de 15 ans, également membre de ce groupe, trouvait Anne trop vieille pour lui!). Anne, qui a déjà approché la résistance à Paris, et même avant à Brest (participation à la commémoration interdite du 11 novembre 1940), intègre le réseau. Le groupe attaque la permanence de la LVF (Légion des Volontaires Français) et fait sauter les locaux du PPF (Parti Populaire Français). Le 11 novembre 43, il manque de peu un attentat contre le responsable du STO. Un autre groupe de résistance, dont fait partie un voisin d'Anne à Daoulas, Jean Kernéis, qui avait prévu de détruire le fichier du STO, voit de ce fait son action retardée. Mais il réussit peu après ( 60 000 fiches détruites). 

De son côté, le réseau Marceau se constitue en maquis à la lisière de Quimper, dans un secteur très boisé et peu accessible, la vallée du Stangala. Anne est toujours à Quimper. C'est à cette période qu'on lui prête une aventure avec un lieutenant allemand (sans doute anti-nazi), qui lui aurait permis de séduire un membre breton de la Gestapo, Bernard Massotte, "spécialiste" de la torture.  Quoiqu'il en soit, celui-ci est abattu par Alain Conan, membre du réseau, le 25 avril 44 à 6h du matin, après une nuit passée avec Anne. Une de ses amies du lycée et du réseau, Yvette Menez, croise Anne peu après. Anne lui dit: "je suis perdue, j'ai fait tuer Massotte, il a passé la nuit avec moi".    

Elle lui confie un carnet pourpre (probablement son journal) en lui faisant jurer de ne pas le lire (carnet malheureusement disparu dans une caisse de livres vendus à un bouquiniste). Les polices allemande et vichyste, qui la soupçonnent, enquêtent pour savoir si on l'a vue avec Massotte dans des lieux publics (cafés, restaurants). 

Anne, avec sa copine Jacqueline, rejoint alors le maquis pendant une dizaine de jours, avant de rejoindre Brest en passant par Douarnenez. Malgré les risques, elles sont partantes pour une nouvelle mission. Anne, la jeune fille brune, s'est déguisée et teinte en rousse, et elle se croit non reconnaissable. Mais elle se trompe. Reconnues et dénoncées, les deux jeunes filles sont arrêtées le 24 mai, ce qu'annoncent avec jubilation morbide des SS aux parents d'Anne, dont la mère imagine qu'elle a été entraînée par sa camarade.

Après avoir été incarcérée à Quimper, Anne se retrouve en prison à Rennes et pendant toute cette période elle peut communiquer avec sa famille, qu'elle tente de rassurer. Elle se lie d'amitié avec Simone Jézéquel, dont le parcours ressemble au sien: Simone a été arrêtée à la suite de l'imprudence et de la naïveté de jeunes lycéens de Saint-Brieuc. Le 2 août, un bombardement atteint le mur d'enceinte de la prison et occasionne une tentative d'évasion. Les Allemands décident alors leur transfert vers l'Est. Aucune opération de la Résistance pour les libérer en sabotant la voie n'est envisagée, malgré l'appel d'un cheminot de Nantes. Cependant, certains parviennent à s'enfuir à la faveur d'un ralentissement, et à la gare de triage de Saint-Pierre-les-Corps (près de Tours), 168 prisonniers parviennent à s'échapper, dont Jacqueline. 

Ce n'est pas le cas pour Anne, qui a juste le temps de lui souhaiter "bonne chance" . Le train est parvenu à Belfort, les prisonnier-e-s sont dirigé-e-s vers le camp-usine de Genshagen, où Anne travaille. Avec Lucette et Lucienne, deux détenues avec lesquelles elle a sympathisé, elle parvient à fabriquer pour le 11 novembre des "fleurs de liberté" tricolores à l'aide de fils de fer. 

Mais au printemps 45, devant l'avancée des troupes soviétiques et américaines, les Allemands décident d'évacuer le camp. C'est le début d'une "marche de la mort" au cours de laquelle on perd la trace d'Anne. Certains documents la mentionnent mourante au Revier (infirmerie du camp). Mais Lucette, rescapée, pense l'avoir vue parmi des femmes libérées le 3 mai dans la petite bourgade de Parchim, à la jonction soviéto-anglaise.

Un mois plus tard, sa mère reçoit une lettre d'une amie indiquant qu'une radio l'avait mentionnée dans une liste de rapatriées à Bruxelles. Rien ne suivra. Et comme le dit Roger Faligot: "le mystère de la disparition d'Anne reste entier, mais pas celui de sa participation intrépide à la Résistance, dès les premières heures de l'occupation, à l'âge de 15 ans".            

 

Fonds ANACR (Association Nationale des Amis des Combattants de la Résistance) Anne Corre: la jeune résistante Anne Corre,morte en camp de concentration(Oranienburg) à 20 ans,en 1945 ,ayant grandi entre Daoulas et Plougastel

Fonds ANACR (Association Nationale des Amis des Combattants de la Résistance) Anne Corre: la jeune résistante Anne Corre,morte en camp de concentration(Oranienburg) à 20 ans,en 1945 ,ayant grandi entre Daoulas et Plougastel

Des graines sous la neige: Nathalie Lemel, communarde et visionnaire, Locus Solus -  par le scénariste Robert Michon (également cinéaste) et Laetitia Rouxel (dessinatrice)  

Des graines sous la neige: Nathalie Lemel, communarde et visionnaire, Locus Solus - par le scénariste Robert Michon (également cinéaste) et Laetitia Rouxel (dessinatrice)  

Des graines sous la neige: Nathalie Lemel, communarde et visionnaire

La Commune a produit des personnalités remarquables mais certaines sont restées longtemps méconnues. C'est le cas de la brestoise Nathalie Lemel, dont une biographie par Eugène Kerbaul avait cependant été publiée aux éditions Le temps des Cerises (2003, 3 édition 2014).

Récemment, un couple breton, le scénariste Robert Michon (également cinéaste) et sa compagne Laetitia Rouxel (dessinatrice) a choisi de transcrire cette vie intense sous la forme d'une BD. Claudine Rey, journaliste et présidente d'honneur des Amies et Amis de la Commune, a présenté l'ouvrage sous le titre Un visage sort de l'ombre

Une vie bien remplie et longue (1826-1921). Un décès symbole, le 8 mai, quelques jours seulement avant le 50e anniversaire de la Commune. Sept ans plus tôt, Armand Guerra, un réalisateur libertaire du cinéma naissant, l'avait sollicitée pour le tournage d'un film titré tout simplement La Commune , ce qu'elle n'avait accepté qu'avec réticence. Dans un album aux couleurs sombres, Laëtitia Rouxel a inclu des planches en noir et blanc (avec quelques taches rouges) illustrant ces entretiens sur les différentes de sa vie. 

Nathalie Lemel est née Duval. Son père, Alain, ouvrier tanneur, semble avoir ensuite abandonné ce métier pour aider sa femme, Catherine qui tenait un modeste débit de boissons. Cependant, ils ont une certaine aisance, puisqu'Alain Duval est électeur censitaire. Ils font même des sacrifices pour doter leur fille d'une bonne instruction, chose rare à l'époque. Le débit de boissons est un lieu de passage très fréquenté, notamment par les ouvriers de l'arsenal. 

Nathalie, dont la curiosité est éveillée par l'école et la lecture, s'intéresse aux discussions politiques et aux mouvements sociaux. En 1847, elle se marie avec Adolphe Le Mel (plus tard on écrira Lemel) et en 1849 le couple s'installe à Quimper pour tenir un atelier de reliure et une librairie. 

La situation en France se modifie avec la révolution de 1848, puis le coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte et l'établissement du Second Empire.  Le couple Lemel, qui a déjà trois enfants, quitte Quimper en 1861 pour s'installer à Paris. Tandis que son mari s'adapte mal, Nathalie reprend comme ouvrière son métier de relieuse, une corporation très revendicative. En 1864, à l'occasion d'une grève, Nathalie rencontre Eugène Varlin et est élue au comité de grève. 

En 1865, l'AIT (l'Internationale) installe son siège parisien. En 1866, Varlin, au premier congrès de l'Internationale à Genève, propose "l'amélioration des conditions de travail des femmes en opposition à la notion de femme au foyer et un enseignement obligatoire, pris en charge par la société, pour tous les enfants". Ce qui le rapproche encore de Nathalie, d'autant plus que son mari lui reproche son engagement politique et social et sombre dans l'alcoolisme. 

A la fin de l'année sont créées une "caisse fédérative de prévoyance" et une société civile d'alimentation "La Ménagère". 

En 1868, alors que le régime s'assouplit (autorisation des réunions publiques) une assemblée générale crée des restaurants coopératifs "La marmite", et c'est Nathalie qui ouvre le premier rue Mazarine. 

En 1870-1871, la guerre désastreuse contre la Prusse et le soulèvement de la Commune modifient complètement les choses. Tout en s'occupant de "la Marmite", en essayant de gérer au mieux la pénurie alimentaire qui s'installe, Nathalie prend la tête de l'Union des Femmes et rencontre Elisabeth Dimitrieff, représentante de l'Internationale. 

La fin de la Commune approche. Le 23 mai, Nathalie tient une barricade Place Blanche avec des femmes. Le 28, alors que la dernière barricade tombe à Belleville, Varlin est sommairement exécuté. 

 

      

Eugène Varlin (1839-1871)

Eugène Varlin (1839-1871)

Nathalie Lemel

Nathalie Lemel

Le 21 juin, Nathalie est arrêtée. Le 10 septembre 1872, elle est condamnée à la déportation à perpétuité. 

En 1873, après la démission de Thiers, son successeur Mac Mahon décide la déportation en Nouvelle Calédonie. Le 9 août, Nathalie retrouve Louise Michel à La Rochelle où elles sont embarquées sur "La Virginie" qui arrive à Nouméa en septembre, après un voyage pénible. Tandis que Louise et Nathalie organisent du mieux possible la vie sur l'île (en obtenant notamment le droit de subir le même sort que les hommes), à Paris se créent deux comités pour l'amnistie, l'un mené par Victor Hugo et Louis Blanc, l'autre plus à gauche intitulé "Initiative pour l'amnistie". En 1879, une amnistie partielle est accordée, Nathalie rentre à Paris.  En 1879, une amnistie partielle est accordée, Nathalie rentre à Paris. En 1880, elle trouve un emploi de plieuse au journal de Henri Rochefort, L'Intransigeant , puis elle sombre dans la misère. En 1888, son mari, qu'elle ne voit plus guère, meurt. En 1889, c'est son fils Charles. En 1905, c'est Louise Michel. En 1915, seule et dans une grande misère, elle entre à l'Hospice des Incurables d'Ivry, où elle décède le 8 mai 1921, quelques jours avant le 50ème anniversaire de la Commune. Le 11 mai, seules trois personnes assisteront à son inhumation dans la fosse commune du cimetière d'Ivry. 

Dans la postface de la BD, sous le titre "Nathalie la discrète" , l'actrice Nathalie Boutefeu, qui joue le rôle de Nathalie Lemel dans le téléfilm de Solveig Anspach, Louise Michel, la rebelle (2008), écrit: 

" Aujourd'hui, Roland Michon et Laëtitia Rouxel se penchent sur la mémoire de Nathalie Lemel, et utilisent pour cela un outil proche du cinéma: la bande dessinée. Cadrage, mouvement, dialogues, couleurs et lumières sont ici au service d'une biographie fidèle. Un travail à la fois riche sur le fond et sur la forme, mais par la magie de l'image accessible au plus grand nombre. Leur documentation est telle qu'à cette lecture, j'ai eu le bonheur de largement compléter ma connaissance du personnage. La Communarde un peu oubliée par l'Histoire est revenue par ce livre peupler mes souvenirs de tournage calédoniens. Et confirme l'admiration que je porte à son combat".   

(...)

Partager cet article
Repost0
1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 14:30
photo de Maha Hassan - Ismaël Dupont - 29 novembre 2017

photo de Maha Hassan - Ismaël Dupont - 29 novembre 2017

Maha Hassan : Shéhérazade à Morlaix

Saviez-vous qu'à Morlaix vivait une grande conteuse et romancière de langue arabe, Maha Hassan ?

Maha Hassan est née à la littérature porteuse des histoires de sa grand-mère paternelle analphabète.

Halima, sa grand-mère spirituelle, une kurde syrienne, originaire d'un village du nord de la Syrie mais vivant à Alep pendant la jeunesse de Maha.

Son père, ouvrier d'une fabrique de tissus à Alep, était lui aussi analphabète.

Il n'y avait pas un livre dans la maison de Maha pendant sa jeunesse.

C'est pourtant grâce aux engagements de son père et à ses camarades du Parti Communiste que la jeune Maha va acquérir très jeune le goût des lectures complexes en commençant à tenter de comprendre les brochures communistes clandestines que font circuler les amis de son père.

« Mon père ne nous a pas éduqués dans le nationalisme. Il ne voulait pas que l'on se reconnaisse d'abord comme kurdes. Nous étions tous syriens, avec une société à construire ensemble, la culture ou religion d'origine était secondaire. La question kurde n'était pas sa priorité ».

Les lectures de Maha vont renforcer ses convictions universalistes.

Maha a un tel appétit d'apprendre qu'à partir de 15-16 ans, après les traductions arabes de Tchékov et Pouchkine, elle découvre Hegel, Marx et Nietzsche.

« Je pleurais quand je n'arrivais pas à comprendre des passages de la dialectique de Hegel ».

Ainsi parlait Zarathoustra était, dit-elle, un livre qui parlait aux lettrés kurdes du fait de la valorisation d'une origine culturelle indo-européenne de l'espace persique auxquels ils pensaient se rattacher.

Mais le grand initiateur est surtout Sartre, pour qui elle éprouve un amour immodéré, jusqu'à lire L'être et le néant à dix-huit ans dans une traduction arabe.

Quand elle arrive à Paris en 2004, Maha ne pense qu'à Sartre, lui parle intérieurement en se promenant dans ses endroits préférés : « J'attendais qu'il me réponde par les rêves, comme mes personnages de roman qui se découvrent pendant la nuit, mais il n'en a rien été ».

Plus tard, elle sera déçue d'apprendre certains aspects du grand ego qu'avait Sartre et le dénouement de sa relation d'amitié avec Camus, un autre des familiers de la jeune Maha Hassan, dont elle lut avec passion une grande partie de l’œuvre dans sa jeunesse.

Mais c'est sans doute l'auteur de La plaisanterie , Milan Kundera qui eut le plus d'influence sur elle et la naissance de sa vocation d'écrivain, par sa prodigieuse liberté, sa faculté à prendre de la hauteur face à la peur et aux mesquineries produites par une dictature policière pour affirmer les droits de l'individu vivant et de l'esprit.

Comme un de ses personnages de roman, Maha Hassan eut l'impression de « respirer Kundera » en circulant dans le quartier de Montparnasse.

Le responsable de l'Institut du Monde Arabe ne crut pas sans doute lui faire un tel plaisir quand il lui dit qu'elle écrivait comme l'écrivain tchèque. C'était faux, sans doute. C'était pour l'encourager.

Pendant des mois, néanmoins, Maha s'exerça pour s'amuser à écrire un chapitre selon ses façons spontanées, un chapitre narré comme un pastiche de Kundera.

Le premier écrit publié de Maha Hassan (elle a dix-neuf ans) est une nouvelle à dimension érotique à peine voilée, « Le marié du doigt », traitant entre autre de manière déguisée de la masturbation des femmes, nouvelle qui paraît dans une grande revue intellectuelle de Beyrouth, Al Naqid, « Le Critique » où son nom apparaît au côté de celui de Samih Alqasim, un grand écrivain. le magazine publie aussi Mahmoud Darwich. Maha ouvre de grands yeux et n'en revient toujours pas ! Jusque dans son exil morlaisien, elle garde cette revue qui la fait rentrer en deux temps trois mouvements dans la cour des grands.

Pour elle qui avait confié à dix-neuf ans le manuscrit à un ami se déplaçant au Liban, c'est complètement inespéré. Évidemment, la nouvelle est interdite de publication par le régime syrien, ainsi que les autres du recueil.

Sans doute en raison de la folle audace d'une écriture qui explore les tabous de la sexualité et de la condition féminine. Pour d'autres raisons aussi, peut-être.

Pour justifier l'interdiction des Chants du néant (2009, qui paraîtront finalement au Liban), un roman qui pose pour la première fois la question existentielle propre aux kurdes, ce qu'a relevé la censure du régime des al-Assad, c'est le caractère subversif d'une note faisant référence à la tradition de la kabbale qualifiée de « soufisme » des Juifs.

Dans la Syrie des Al-Assad, le Juif est l'ennemi par excellence et tabou, le régime appuyant une partie de son entreprise de légitimation sur son statut de résistant à l’État d'Israël.

Autant dire que Maha Hassan sera relativement déboussolée au départ d'être invitée pour plusieurs mois à une résidence d'écrivaine dans l'immeuble d'Anne Frank à Amsterdam après qu'Human Rights Watch lui ait décerné le prix Hellman-Hammett en 2005 réservée aux écrivains persécutés, un prix attribué après les excès du maccartysme aux Etats-Unis.

Un immeuble plein de fantômes, d'éclats de rire et de frissons de peur, pour travailler, dans un voisinage invitant à se questionner plus que tout autre sur la question de l'identité et du piège nationaliste et xénophobe des identités exclusives, identifiées à des appartenances collectives héritées et enfermantes. Maha Hassan réfléchit d'ailleurs aujourd'hui à un livre qui aurait pour titre «le péché d'identité ».

Maha Hassan et Ismaël Dupont après l'entretien - 29 novembre 2017, place Allende - Morlaix

Maha Hassan et Ismaël Dupont après l'entretien - 29 novembre 2017, place Allende - Morlaix

Maha Hassan qualifie elle-même son écriture de « littérature bâtarde ». Ce n'est pas de la littérature kurde, parce qu'elle écrit en arabe. Ce n'est pas de la littérature arabe « pure » parce qu'elle porte une mémoire collective kurde avant même d'avoir appris à parler. Ce n'est pas de la littérature arabe non plus parce qu'elle a découvert la littérature et la philosophie européennes avant Naguib Mahfouz ou d'autres grands écrivains arabes, parce que ses références intellectuelles sont autant occidentales qu'orientales.

La jeune fille issue d'un quartier et d'une famille populaires d'Alep où l'on ne connaissait pas les livres s'est ouverte au monde libérateur de la littérature grâce à la générosité d'un libraire qui lui prêtait des livres traduits qu'elle n'avait pas les moyens de payer.

Après la parution de sa nouvelle dans une grande revue libanaise, elle écrit un livre moins scandaleux pour les autorités syriennes, mais qu'elle aime beaucoup aussi, L'infini, qui paraît en 1995 chez un éditeur de Lattaquié.

C'est pour ses derniers livres, publiés en arabe au Liban, chez les éditions El-Rayyes, dirigé par le responsable du magazine qui l'avait fait connaître à 19 ans, en 1993, pour sa nouvelle détonante, et qui attendait d'elle une confirmation de son talent, que Maha Hassan commence à être reconnue dans le petit monde littéraire des pays arabes.

Elle fait des salons en Tunisie, en Palestine, en Egypte, aux Emirats. Ceux qui paient ne sont pas toujours les pays où l'on trouve le plus de lecteurs, mais les rois du pétrole ou autres princes en quête de reconnaissance internationale.

Deux de ses romans ont été sélectionnés dans la liste finale du prix Booker Arabe.

Maha Hassan a néanmoins le sentiment que le fait d'être kurde rend pour elle la reconnaissance littéraire moins aisée dans le monde arabe.

Ses premiers livres sont considérés comme féministes, parlant de condition féminine, de sexualité, de conservatisme religieux, de politique. En 2000, ses livres sont interdits de parution en Syrie.

Dans les romans, écrits depuis son exil français et publiés au Liban reviennent le sujet des crimes d'honneur contre les femmes (« Les filles des prairies », Banât al-barârî – 2011).

Dans Cordon Ombilical (2010), on a le portrait de deux femmes partagés entre Orient et Occident, interrogeant les notions d'identité kurde, d'appartenance, de relation à l'autre.

Dans les Tambours de l'amour (2012), son avant-dernier roman publié, Maha Hassan construit le premier récit romanesque de la révolution syrienne prenant en comptant l'an un de la révolte démocratique du peuple syrien contre Bachar-al-Assad et son régime d'oppression, révolution qui comme plus tard la guerre syrienne malgré toute sa barbarie, va révéler à eux-mêmes et à la liberté des jeunes femmes et jeunes hommes qui vont se défaire de leurs peurs et des corsets sociaux pour affirmer leur désir d'engagement, de dignité, de vie.

Ce roman est sur le point d'être publié en Italie où il bénéficie déjà d'une très bonne critique.

Maha Hassan m'a dévoilé hier la trame narrative de son dernier roman, le premier qui sera écrit en français, grâce au concours de Anne Cousin et de l'association Tro-coat, qui a fait la rencontre de Maha et lui a proposé cette collaboration pour écrire en français à la suite d'un travail en atelier d'écriture et de leur présentation première lors d'un débat avec l'écrivain yéménite ami de Maha Ali Al Muqri à la librairie « A pleine voix » à Morlaix, tenue par Laurent Baudry.

C'est une fresque historique très ambitieuse et palpitante, avec des situations romanesques fascinantes, où une moderne Shéhérazade et sa fille traversent quarante ans d'histoire de la Syrie. Une première partie met en scène deux femmes en quête de bonheur et d'émancipation d'un quartier traditionaliste d'Alep que la loi des hommes domine, deux femmes qui vivent avec leur mari commun derrière le QG des moukhâbarât, les forces de sécurité du régime, cruelles et despotiques, qui y torturent à tour de bras. La deuxième partie nous plongera dans l'actualité de la guerre en Syrie, où vont s'affronter des jeunes qui se connaissaient dans le camp djihadiste et dans le camp des peshmergas, ce qui donne à Maha Hassan l'occasion d'explorer ce qu'il y a de nouveau dans la condition féminine kurde dans le fait de combattre, et de combattre les partisans d'une forme religieuse dévoyée, portant la haine des femmes, obscurantiste, totalitaire, ultra-violente.

Entendre et imaginer le déploiement de ce roman à travers quelques indications de cette magnifique et profonde conteuse qu'est Maha Hassan ne donne qu'une envie : que ses précédents romans soient vite publiés en français.

Pour y lire ses histoires d'amour, de libération féminine, de relation à la tradition, aux identités, à la tyrannie du régime syrien. Pour y découvrir ses personnages riches et attachants.

Quand elle était étudiante, Maha a fait le tour des partis révolutionnaires et contestataires, kurdes ou communistes.

Son père avait très peur qu'elle s'engage trop en politique même s'il ne s'est pas opposé à ce qu'elle fasse des études, comme pour sa sœur cadette, étudiante en droit elle-aussi, car les moukhâbarât n'hésitaient pas à violer et violenter les filles rebelles ou soupçonnées de l'être. Malgré la défense de son père, Maha était une fille têtue et a mené ses expériences en femme libre et courageuse, affrontant la pression du groupe et des hommes, malgré la peur, omniprésente dans le régime d'oppression de la Syrie d'Hafez-al-Assad puis de Bachar-al-Assad.

Son premier rendez-vous contraint avec les services de sécurité date de ses dix-huit ans, quand, pour financer ses études, elle s'apprête à postuler pour un poste d'institutrice remplaçante et que les renseignements font chantage sur elle dans un bureau de l'éducation nationale et lui demandent de donner des informations sur les amis de son père (les communistes sont pourchassés, emprisonnés, torturés par Hafez-al-Assad). Elle refuse et son certificat de nomination est déchirée sous ses yeux.

C'est à la suite d'un énième entretien forcé avec les moukhâbarât au moment de la révolte kurde au début des années 2000 et de sa répression par le régime qu'elle décide de quitter la Syrie, puis de gagner la France où elle obtient l'asile politique en 2004, d'abord logée pendant quelques mois à la maison des journalistes, avant de rencontrer Philippe, son amoureux breton, et d'arriver à Morlaix avec lui il y a deux ans.

Depuis son père et sa mère sont décédés en Syrie, sa mère des suites du bombardement de sa maison par la rébellion islamique à Alep. Ils ont été enterrés à la va-vite dans un jardin public, dans le quartier de Khaledia. La maison familiale n'existe plus.

Maha a demandé en vain un visa humanitaire pour sa mère et sa sœur au plus fort de la guerre. Beaucoup de ses voisins, de ses amis, sont morts aussi, la plupart victimes des assassinats et tortures du régime. Un de ses voisins a été torturé à mort parce que son frère s'était engagé dans l'armée rebelle.

Ses frères et sœurs sont en Suède, en Finlande, au Pays-Bas, en Allemagne dans un camp pour réfugiés, en Turquie.

Sa mère a été interrogée par les services de sécurité du régime après le départ de Maha : elle leur a dit, pour protéger tout le monde, car sa fille était morte.

Morte à une partie d'elle-même peut-être, mais si vivante dans son désir d'être heureuse, de créer, de construire une littérature d'émancipation éclairant le monde pour le transformer.

Maha connaît la douleur d'avoir été contrainte de quitter son monde, son pays et de le voir disparaître dans la plus fratricide et barbare des guerres. Néanmoins, elle n'en condamne pas pour autant une révolte démocratique qui, au départ, voulait seulement dénoncer la barbarie de la police de Bachar-al-Assad qui avait torturé affreusement des adolescents, exiger plus de justice, de démocratie, de liberté d'expression, moins de corruption et de clientélisme, plus d'égalité. Une révolte laïque où l'on trouvait des jeunes et moins jeunes de toutes les origines culturelles de la Syrie. Pour elle, la guerre a aussi réveillé les Syriens, la révolution a libéré beaucoup de femmes, allant jusqu'à parler de « baiser de la guerre ».

Elle a espéré, espéré, les six années précédentes, que le régime criminel allait enfin tomber, qu'il allait cesser d'assassiner le peuple syrien en toute impunité. En vain, aujourd'hui, elle constate que la guerre est un affrontement d'intérêts internationaux, que Daesh est devenu l'ennemi premier, que Bachar, le boucher de Damas, est revenu au centre du jeu, même pour les Américains et les Français.

Quant aux Kurdes, ils ont agi de manière pragmatique en cherchant à faire progresser leur volonté d'indépendance ou d'autonomie en se protégeant des agressions du régime comme des islamistes djihadistes. Néanmoins, dans sa famille, son frère, kurde, lui aussi, combattait la répression du régime avec ses amis arabes.

Aujourd'hui, Maha vit en exil d'elle-même, ni là-bas, ni tout à fait ici, malgré le plaisir qu'elle a à sentir la sollicitude, la franchise et la vie sereine des Bretons et à vivre à Morlaix avec son ami.

Chaque nuit, chaque sieste ou presque la ramène par ses rêves en Syrie.

Dans la journée, elle a des moments d'absence, où elle retrouve Alep et ses amis et parents.

La littérature est un des moyens qui lui reste pour éprouver son existence.

Littérature de l'exil, littérature de l'affirmation vitale et des naissances à soi, à l'amour et à l'autre, par-delà la tradition patriarcale, le despotisme, la guerre.

Péché d'identité... Tout dernièrement, Maha a découvert que sa grand-mère maternelle était arménienne, qu'elle avait été adoptée à cinq ans par sa famille kurde alors que ses parents allaient à l'abattoir ou avaient déjà été massacrés par les génocidaires turcs et leurs alliés.

Cette grand-mère d'origine chrétienne arménienne avait donné à son premier fils le nom de Mohamed, vivant toute sa vie dans la dissimulation et la culpabilité par rapport à ses origines.

Cette vie tragique est un roman dont le continent reste à explorer... Comme la littérature de Maha Hassan pour le lecteur français.

Entretien avec Ismaël Dupont - 29 novembre 2017

Maha Hassan parlera de son parcours et de la tragédie syrienne samedi 2 décembre à 18h à la MJC avec Anne Cousin et un membre d'Amnesty International.

Romans publiés :
Titres traduits de l'arabe:

- Bonjour la guerre

- Les Tambours de l’Amour, éditions El-Rayyes, Beyrouth, Liban, 2012.
- Les filles de prairies (roman), éditions El- Rayyes, Beyrouth, Liban, 2011.
- Cordon ombilical, éditions El- Rayyes, Beyrouth, Liban, 2010. (sélectionné sur la liste du prix du roman arabe «Booker»).
- Chants du néant, éditions El- Rayyes, Beyrouth, Liban, 2009.
- Le tableau de la couverture. Les murs de déception sont plus hauts, éditions Nashiron, Syrie, 2002.
- L’infini- récit de l’autre, éditions Al-Hiwar, Syrie, 1995.

Maha Hassan, citoyenne morlaisienne, se bat pour la liberté de pensée, de s’exprimer. Lors de cette rencontre, elle parlera de l’écriture retrouvée en France. Maha défend le droit des exilés, victimes des guerres. Primée par Human Right Watch, elle est attentive à la condition des femmes et se questionne sur le départ des jeunes vers la Syrie alors qu’ils vivent librement ici en France.

Maha Hassan, citoyenne morlaisienne, se bat pour la liberté de pensée, de s’exprimer. Lors de cette rencontre, elle parlera de l’écriture retrouvée en France. Maha défend le droit des exilés, victimes des guerres. Primée par Human Right Watch, elle est attentive à la condition des femmes et se questionne sur le départ des jeunes vers la Syrie alors qu’ils vivent librement ici en France.

Maha Hassan parlera de son parcours et de la tragédie syrienne samedi 2 décembre à 18h à la MJC avec Anne Cousin et un membre d'Amnesty International.
Rencontre avec Maha Hassan, écrivaine kurde d’Alep

S’EXILER POUR VIVRE, LE DESTIN D’UNE FEMME D’ALEP À MORLAIX

Le samedi 02 décembre 2017

18h

À 18h à la MJC de Morlaix – suivi d’un moment convivial autour d’un verre

Organisée par Amnesty International et Anne Cousin

Dans le cadre du Festival des Solidarités

MJC de Morlaix
7 place du Dossen

Morlaix 29600

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 06:55
Article du Tregor du jeudi 9 novembre 2017

Article du Tregor du jeudi 9 novembre 2017

Article de Loïc Beauverger dans le Ouest-France du 11 novembre 2017 (pages Lannion avec aussi un court article en page Bretagne)

Dans son livre, « La fin du chemin, 1920-2000, des indépendantistes en Bretagne », Maryse Le Roux rapporte ses entretiens, menés il y a une vingtaine d’années, avec une dizaine d’indépendantistes.

Maryse Le Roux donne la parole aux émigrés de la Libération

Dans son livre, « La fin du chemin, 1920-2000, des indépendantistes en Bretagne », Maryse Le Roux rapporte ses entretiens, menés il y a une vingtaine d’années, avec une dizaine d’indépendantistes bretons revenus au pays après l’avoir fui en 1944 pour ne pas avoir à répondre des accusations de collaboration avec l’occupant allemand pendant la Seconde guerre mondiale.

Maryse Le Roux, ancienne professeure de lettres au lycée Le Dantec de Lannion, aujourd’hui à la retraite à Trébeurden, a écrit ce livre « non pas pour les réhabiliter, mais pour comprendre qui étaient ces gens, recueillir leurs témoignages sur cette période sans porter de jugement pour raconter ensuite des destins, des vies à dimension romanesque ».

Et elle s’est rendue compte qu’ils étaient « différents les uns des autres, il y avait une unité de façade dans le mouvement, certains, par exemple, étaient sincèrement anti-nazis, d’autres non. Certains étaient guidés par un idéal, d’autres par une idéologie extrêmement contestable. Mais, ce qui les rassemblait, c’était une sorte de mystique irlandaise. L’Irlande était pour eux l’exemple à suivre, c’était le pays qui avait réussi à se libérer du joug anglais, qui défendait une langue et une culture qui lui étaient propre. Ils envisageaient leur combat contre la France de la même manière ».. En les écoutant, « je m’étonnais d’être passionnée par des gens dont je n’aimais pas les idées ».
Dans la seconde partie de l’ouvrage, Ismaël Dupont dresse une chronologie de l’histoire du Mouvement breton de 1900 à 1946 et des biographies des principaux personnages.Aux éditions Skol Vreizh (200 pages, 18 €).

 

photo Gilles Troel (Le Télégramme)

photo Gilles Troel (Le Télégramme)

Dans Le Télégramme, page Régionales, le lundi 20 novembre 2017 (Gilles Troel)

Les éditions morlaisiennes Skol Vreizh viennent de publier un étonnant livre de Maryse Le Roux intitulé « La fin du chemin », et sous-titré « 1920-2000, des indépendantistes en Bretagne ». Paolig Combot, président de Skol Vreizh, qualifie le sujet de sensible, puisqu'il traite d'une période au cours de laquelle les acteurs d'un militantisme breton ont, pour certains, collaboré avec l'occupant allemand. Maryse Le Roux a rencontré des anciens du mouvement breton, de Yann Fouéré à Meavenn en passant par Yann Bouëssel du Bourg et Herri Caouissin. Elle livre ici le compte rendu des rencontres fortes, surprenantes de ces militants au parcours improbable. Elle écrit : « En les écoutant, je m'étonnais d'être passionnée par des gens dont je n'aimais pas les idées ». Enrichi par les repères chronologiques et les portraits réalisés par l'historien Ismaël Dupont, ce livre lève un voile sur une époque confuse, passionnelle et passionnée mais souvent mal racontée. « La fin du chemin », par Maryse Le Roux et Ismaël Dupont, éditions Skol Vreizh.
 

Festival du livre en Bretagne de Carhaix sur le stand de Skol Vreizh: Ismaël Dupont, Jean-René Le Quéau (directeur des éditions Skol Vreizh) et Maryse Le Roux  

Festival du livre en Bretagne de Carhaix sur le stand de Skol Vreizh: Ismaël Dupont, Jean-René Le Quéau (directeur des éditions Skol Vreizh) et Maryse Le Roux  

Salon du Livre de Plestin les Grèves sur le stand de Skol Vreizh le 12 novembre: Ismaël Dupont, Maryse Le Roux, Francis Favereau (photo Pierre-Yvon Boisnard)

Salon du Livre de Plestin les Grèves sur le stand de Skol Vreizh le 12 novembre: Ismaël Dupont, Maryse Le Roux, Francis Favereau (photo Pierre-Yvon Boisnard)

Salon du Livre de Plestin les Grèves sur le stand de Skol Vreizh le 12 novembre (photo I Dupont)

Salon du Livre de Plestin les Grèves sur le stand de Skol Vreizh le 12 novembre (photo I Dupont)

Conférence de presse de présentation de "La fin du chemin" à Morlaix, dans les locaux de Skol Vreizh le 15 novembre (photo Skol Vreizh)

Conférence de presse de présentation de "La fin du chemin" à Morlaix, dans les locaux de Skol Vreizh le 15 novembre (photo Skol Vreizh)

Causerie sur l'itinéraire des nationalistes bretons de Breiz Atao et la "Fin du chemin" au bar des deux rivières avec Maryse Le Roux, Ismaël Dupont, et le responsable des éditions Skol Vreizh Jean-René Le Quéau. Ce fut un moment d'échanges très riche. La photo a été prise par notre ami Jean-Luc Le Calvez. Merci aux participants de cette rencontre littéraire et historique et à l'association des amis des Deux Rivières et Claude Bonnard, le propriétaire du bar, pour l'invitation!

Causerie sur l'itinéraire des nationalistes bretons de Breiz Atao et la "Fin du chemin" au bar des deux rivières avec Maryse Le Roux, Ismaël Dupont, et le responsable des éditions Skol Vreizh Jean-René Le Quéau. Ce fut un moment d'échanges très riche. La photo a été prise par notre ami Jean-Luc Le Calvez. Merci aux participants de cette rencontre littéraire et historique et à l'association des amis des Deux Rivières et Claude Bonnard, le propriétaire du bar, pour l'invitation!

photo de Maryse le Roux par Jean-Luc Le Calvez

photo de Maryse le Roux par Jean-Luc Le Calvez


"La fin du chemin" est disponible dans beaucoup de librairies bretonnes depuis le 10 novembre 2017 et sur commande à Skol Vreizh (voir site internet).  

Au salon de Plestin-les-Grèves, Gouel an dans Treger, le dimanche 12 novembre (10h-18h,  Salle An Dour Meur Kerilly), beaucoup de livres ont été vendus et des contacts riches ont eu lieu.  Maryse Le Roux a dédicacé "La fin du chemin" à la librairie Gwalarn de Lannion le vendredi 17 novembre à 16h (23 livres vendus) et au salon du livre de Guérande, en Loire-Atlantique, les samedi 18 et dimanche 19 novembre. 

Maryse Le Roux et Ismaël Dupont seront aussi à la fête de l'Huma Bretagne de Lanester avec "La Fin d'un chemin" les 25 et 26 novembre. 

Avec une rencontre autour du livre qui aura lieu normalement sur le stand de la fédération du PCF du Finistère à 1530 le samedi 25 sur cette fête de l'Huma de Lanester. 


Une rencontre des auteurs de l'année de Skol Vreizh est prévue aussi dans les locaux de Skol Vreizh à la Manufacture de Tabac le 2 décembre. 

Une présentation du livre est prévue avec Maryse Le Roux et Ismaël Dupont à Dialogues Morlaix à 18h le vendredi 1er décembre (avec dédicace à partir de 17h) 

Une rencontre de présentation de "La fin du chemin" et de dédicace est également prévue à la librairie "L'ivresse des mots" de Lampaul-Guimiliau le vendredi 8 décembre à 18h. 

La fin du chemin.

 

Dans « Voyage avec Charley », Steinbeck raconte son parcours avec son chien à travers les Etats-Unis, en 1962.

Et pour expliquer son état d'esprit, il évoque le mot espagnol : vacilando.

«  L'espagnol possède un mot dont je ne trouve pas l’équivalent en anglais. C’est le verbe VACILAR, participe présent VACILANDO. Cela ne signifie nullement vaciller, hésiter. Si quelqu’un est vacilando, c’est qu’il va quelque part sans se soucier d’y arriver ou non, bien qu’il se soit fixé un but . »

Ce passage m'avait frappée à sa lecture et j'ai souvent depuis voyagé dans cet esprit.

Maintenant que je dois présenter « La fin du chemin », je me rends compte que c'est aussi comme ça que je l'ai écrit.

Je suis tombée par hasard sur le milieu des anciens indépendantistes bretons, en cherchant des réponses sur un autre sujet. J'ai écouté, j'ai cherché plus, j'ai tiré un fil qui m'a emmenée dans une maison, puis dans une autre. J'étais curieuse de tout, comme à l'étranger. Je ne savais pas exactement ce que je cherchais. Si. Je cherchais à comprendre. J'entendais un discours que je n'avais jamais entendu, sous-tendu par des idées que je ne partageais pas. Et même, pas du tout.

Qui composait ce milieu indépendantiste avant la guerre ? Qu'avait-il fait pendant la guerre ? Que sont devenus ces gens après la guerre ? Qu'est-ce qui fait qu'on est prêt à risquer sa vie pour un pays, pour une idée ?

J'ai découvert qu'il n'y avait pas de réponse monolithique. Que même dans un contexte radical se développent des nuances, des histoires. Cette période violente a créé des destins étonnants et romanesques : prises de risques, faux-papiers, exils, condamnations à mort, évasions.

C'est une recherche et une écriture qui se sont faites en Bretagne, à propos de la Bretagne. Mais bizarrement, la Bretagne physique, la Bretagne bleue de Xavier Grall, la Bretagne des grèves, des genêts, de l'odeur d'iode, des maisons de granite, de l'odeur des crêpes, cette Bretagne-là n'apparaît pas dans les paroles des militants. Ils ne m'ont jamais parlé des talus que j'aime tant. Ils ont parlé de leur combat. Ils ont parlé d'engagement.

Pour faire naître les évocations que j'attendais, il a fallu que je parle à des artistes : Per-Jakez Helias, Yvon Le Men, Gilles Servat, Michel Le Bris.

Et ces mondes ne se rencontrent pas.

Entre les deux, j'ai été éclaboussée de récits et d'images et j'ai tenté de retranscrire une petite mesure de la complexité des situations et des humanités qui leur faisaient face.

 

Maryse Le Roux, dimanche 22 octobre 2017

Pour ma part, mon texte de 70 pages est le premier aboutissement, sous forme abrégée, d'un travail passionnant de recherche, de lecture et d'écriture de 2 ans et demi.

J'ai écrit une chronologie marquant de manière synthétique la diversité, les contradictions et les évolutions du mouvement nationaliste et régionaliste breton entre le XIXe siècle et 1946, ainsi que les notices biographiques des nationalistes parfois gravement compromis pendant la seconde guerre mondiale que Maryse Le Roux a rencontrés dans les années 1990, avant d'en tirer un magnifique essai littéraire plaçant l'histoire et la politique à hauteur d'hommes et de femmes, qui cherche à comprendre plutôt qu'à juger et qui contient aussi une très belle galerie de portraits.

Ce livre est publié chez Skol Vreizh et à vendre 18€.

Ismaël Dupont 

 

Présentation de "La Fin d'un chemin" à la fête de l'Huma Bretagne à Lanester à 15h30 le samedi 25 novembre et à Dialogues Morlaix le vendredi 1er décembre à 18h, et la librairie l'Ivresse des Mots de Lampaul-Guimiliau le vendredi 8 décembre à 18h
Présentation de "La Fin d'un chemin" à la fête de l'Huma Bretagne à Lanester à 15h30 le samedi 25 novembre et à Dialogues Morlaix le vendredi 1er décembre à 18h, et la librairie l'Ivresse des Mots de Lampaul-Guimiliau le vendredi 8 décembre à 18h
Partager cet article
Repost0
11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 07:07
Valère Staraselki, spécialiste d'Aragon, présent à Dialogues Morlaix le samedi 11 novembre à 10h30 pour une Rencontre et la présentation de son beau livre sur la Fête de l'Humanité et son histoire
La Fête de l'Humanité
Beaux livres
Offres
Valère Staraselski

Valère Staraselski

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 06:07
Goncourt: le rennais Eric Vuillard lauréat (Le Télégramme, 7 novembre 2017) ... pour un livre qui rappelle comment les capitalistes allemands ont porté l'ascension au pouvoir de Hitler

14 juillet, d'Eric Vuillard: ou comment naissent les révolutions...

Le Chiffon Rouge consacrait il y a un an un article au précédent livre d'Eric Vuillard sur la prise de la Bastille et le peuple dans la Révolution française. Nous ne pouvons que féliciter l'académie Goncourt pour son choix.  Eric Vuillard, philosophe de formation, est un excellent auteur qui fait entrer le peuple et la littérature dans l'histoire et documente ses livres par des recherches poussées très loin. Cette fois-ci, comme pour Pierre Lemaître d'"En revoir là haut", l'académie Goncourt a touché très juste!

 

Article du Télégramme, en dernière page ce 7 novembre: 

 

Ce lundi, le prix Goncourt, la plus prestigieuse récompense littéraire du monde francophone, a été attribué à Éric Vuillard. L'auteur, qui vit à Rennes, a été distingué pour «L'ordre du jour», un récit saisissant sur l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

« On est toujours surpris, fatalement. Ça me fait extrêmement plaisir », a réagi Éric Vuillard, hier, au milieu du brouhaha du restaurant Drouant, non loin de l'Opéra de Paris, où est proclamé le Goncourt. « L'ordre du jour » s'est imposé au troisième tour de scrutin, par six voix contre quatre à « Bakhita » (Albin Michel) de Véronique Olmi. Les deux autres auteurs en lice étaient Alice Zeniter, Costarmoricaine d'adoption, pour « L'art de perdre » (Flammarion) et Yannick Haenel, Rennais lui aussi, pour « Tiens ferme ta couronne » (Gallimard). Des quatre finalistes, Éric Vuillard était le seul auteur dont le livre n'est pas sorti lors de la rentrée d'automne mais au printemps. Il était donc loin d'être favori.

 

Dans les coulisses de l'Histoire

 

« L'ordre du jour » est un récit saisissant sur l'arrivée au pouvoir d'Hitler, l'Anschluss et le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie. L'écrivain se glisse ainsi dans les coulisses de l'Histoire pour donner à ses lecteurs une autre grille de lecture d'événements a priori archiconnus. « Pour comprendre certaines choses, nous avons besoin du récit », explique Éric Vuillard.

 

L'écrivain, né à Lyon, n'en est pas à son coup d'essai. Avant « L'ordre du jour », il a publié « 14 juillet » (Actes Sud) où il décortiquait cette journée particulière de la Révolution française en donnant la voix aux sans-voix mais aussi « Conquistadors » (Léo Scheer) sur la chute de l'empire Inca, « Congo » (Actes Sud) sur la conquête coloniale ou encore « Tristesse de la terre » (Actes Sud), récit déchirant sur l'agonie des Indiens d'Amérique du nord. À chaque fois, Vuillard se saisit d'un événement connu et le dissèque en insistant sur des détails atroces ou grotesques mais significatifs.

La fin du récit sonne comme une mise en garde pour le temps présent. « On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d'effroi ».

Le président de l'académie Goncourt, Bernard Pivot, a reconnu avoir été impressionné par ce texte d'une écriture à la fois simple et sidérante. « Le livre est une leçon de littérature par son écriture et une leçon de morale politique », a-t-il reconnu. « "L'ordre du jour" montre qu'un groupe d'hommes, pas très nombreux, peut arriver, par l'intimidation, en comptant sur la veulerie des autres, le bluff et la brutalité, à circonvenir un pays et à déclencher plus tard une catastrophe mondiale », a résumé Bernard Pivot.

Vannetais avant d'être Rennais

 

Hier, en Bretagne, l'annonce du Goncourt a ravi nombre de ses lecteurs. « C'est mon chouchou », exulte Joss Edgard-Rosa, de la librairie L'Archipel des mots, à Vannes où Éric Vuillard vient dédicacer chacun de ses livres. Avant de s'installer à Rennes, l'écrivain, âgé de 49 ans, a, en effet, longtemps habité au centre-ville de la cité des Vénètes. La libraire décrit un homme « agréable et pas du tout grande gueule ». Patrick Mahé, président du salon du livre de Vannes - auquel Éric Vuillard avait participé en juin dernier -, lui reconnaît de grandes qualités littéraires : « Dans "L'ordre du jour", il démonte une mécanique sur l'arrivée au pouvoir d'Hitler. Il y a eu énormément de livres sur le sujet, mais c'est la première fois que l'on voit quelque chose comme ça. À la manière d'un orfèvre, il décortique un système ».

Après la reconnaissance des lecteurs, voici donc la celle de la profession avec le prestigieux Goncourt. Un joli coup de pouce à l'écrivain car même si le prix n'est doté que d'un chèque de 10 €, l'enjeu est autrement plus important. Un roman primé s'écoule, selon les cas, de 200.000 à 500.000 exemplaires.

 

Interview d'Eric Vuillard dans l'Humanité: "Ce qu'on appelle fiction participe à la structure de notre savoir"

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MURIEL STEINMETZ
VENDREDI, 5 MAI, 2017
L'HUMANITÉ
 

Son dernier livre traite d’un épisode de l’installation des nazis au pouvoir et de l’Anschluss qui s’ensuivit. Il tient que toute narration est un montage et, à partir d’exemples illustres, il analyse sous tous les angles la différence entre la description du monde et la pensée de l’auteur.

À l’occasion de la publication de l’Ordre du jour, le romancier nous parle ici, au fil d’une passionnante conversation d’atelier, de sa conception de la littérature et des rapports qu’elle entretient avec l’histoire.

Ce dernier roman, l’Ordre du jour, comme 14 Juillet, qui traitait en détail de figures du peuple en ce jour entre tous fondateur, et comme Congo, dont le sujet était la conférence de Berlin en 1885 où fut décidé le découpage de l’Afrique au profit des puissances coloniales, s’attache à suivre pas à pas quelques-unes des journées capitales allant du 20 février 1933, quand les capitaines d’industrie allemands passèrent à la caisse en faveur des nazis, à mars 1938. Pourquoi avoir privilégié ces dates ?

Éric Vuillard Dès que l’on raconte un épisode de l’histoire, le temps n’est plus une unité de mesure et toute narration est un montage. Il n’y a pas de récit linéaire. L’Ordre du jour raconte un épisode de l’installation des nazis au pouvoir, puis l’Anschluss, un de leurs premiers succès. ­Domine une impression pénible de petites combines et de mauvais coups. Cela permet de défaire le mythe : non seulement les événements ne sont pas inexorables, mais les plus grands crimes peuvent résulter des manœuvres les plus grossières. Ainsi, le livre parle de la guerre, mais sans la raconter. Il s’appuie sur ce que le lecteur sait pour chercher autre chose. Si l’on raconte l’avant-guerre, puis que l’on s’engouffre dans un récit détaillé du conflit et de ses horreurs, une fois parvenu à la fin, on a perdu de vue les manœuvres de couloir. En revanche, lorsqu’on passe des minables combines qui émaillèrent l’établissement des nazis au pouvoir, aux juifs qui après guerre demandèrent réparation, cela met côte à côte les causes et le résultat, ce qui n’est pas indifférent.

L’ensemble de vos livres témoignent d’une étourdissante connaissance historique. Comment peut s’insinuer, dans ce considérable corpus de documents dûment digérés, la part qui revient à la fiction proprement dite ?

Éric Vuillard Dans mes livres, je n’invente rien, je m’en tiens aux faits. Bien sûr, j’incarne les protagonistes, je leur prête des pensées, parfois des sentiments. Mais rien qui mène au-delà des faits. C’est là ma part de fiction, au sens restreint du terme. Je sais que Ribbentrop était intarissable durant son déjeuner d’adieu à Downing Street, afin de prolonger le repas et de retarder le moment où Chamberlain réagirait à l’invasion de l’Autriche. J’imagine alors une conversation mondaine et je le fais parler longuement de Bill Tilden, un célèbre joueur de tennis. En revanche, lorsque je rapporte que Ribbentrop était le locataire de Chamberlain, c’est un fait, et qui donne à réfléchir. Mais, en un sens plus vif, ce qu’on appelle fiction participe à la structure même de notre savoir. La connaissance n’est pas le traitement de données brutes et la fiction s’insinue déjà dans la lecture elle-même. En lisant, mon esprit est sans cesse aimanté par tel ou tel détail, un mot, une phrase, une description, une idée. Cette mosaïque est le fond réel de notre pensée. Dès le départ, dès que l’on trie les documents, comme l’écrivait Döblin : « Les grandes manœuvres commencent. » C’est que la connaissance ne consiste pas à déchiffrer des données, mais à produire un discours. L’un des versants de cette opération est le montage. On ordonne des événements, on établit des correspondances entre les faits, et tout cela compose une intrigue. C’est là, je crois, que la fiction s’enracine.

Notre rapport à la vérité se fonde sur un matériau hétérogène, notre pensée s’appuie pas à pas sur une phrase qui nous a marqués, une image, la conclusion d’un livre… C’est le lien entre tout ça qui est l’élément dynamique de la connaissance, et on l’apparente à la fiction. Pour le dire autrement, davantage que le fait d’incarner un épisode de l’histoire, c’est surtout la structure de mes livres qui relève de la fiction : lorsque je place côte à côte les suicides survenus à Vienne juste avant l’Anschluss et la conférence de Munich, je livre à la fois des faits et un discours. La fiction est ce qui fait tenir les deux ensemble.

Est-ce que Michelet, par exemple, peut être un modèle dont vous vous réclamez, dans la mesure où chez lui le style, joint à un parti pris historique fort, en a fait, pour ainsi dire, un grand écrivain d’histoire.

Éric Vuillard Même si l’heure des grandes synthèses est morte, j’ai beaucoup de plaisir à lire Michelet. Son écriture est puissante, une conception le guide, il l’affirme avec force ; et puis il y a son côté délirant, le Michelet de Barthes. Celui qui avait des migraines historiques !

Plus largement, peut-on vous demander quelques noms d’écrivains qui vous paraissent avoir déjà illustré le type de littérature qui est le vôtre ? Le Tolstoï de Guerre et Paix, pourquoi pas, quant à la méthode historique…

Éric Vuillard Lorsque, à propos de la réalisation du Dictateur, Chaplin déclare : « L’histoire est plus grande que le petit vagabond », il nous signale un point critique pour toute création. Avec la montée du fascisme, le personnage de Charlot ne suffisait plus. Il ne permettait pas de mettre en scène une réponse aux horreurs que le fascisme annonçait. Pour les mêmes raisons, j’aime la Vie de Galilée, de Brecht. La pièce a été écrite au gré des circonstances. Brecht y travailla longtemps, la reprit, à mesure que la science moderne le mit au défi de penser autrement. Les bombes atomiques américaines tombées sur le Japon furent à l’origine d’un changement de point de vue. Son œuvre est prise dans une conjoncture ; sa pensée est inscrite dans le temps. Cette attitude de Brecht me touche. C’est aussi ce qu’a fait Tolstoï avec Guerre et Paix. Dans sa première version, les dialogues des aristocrates sont souvent en français, et les descriptions sont ponctuées de longues digressions métaphysiques. Dans une version plus tardive, Tolstoï traduit les dialogues en russe et sabre la métaphysique. Cela tient à son évolution politique. Le livre doit pouvoir être lu par le grand nombre, il ne saurait être le privilège de quelques-uns. Sans quoi les conditions de lecture du livre reproduiraient les conditions sociales qu’il dénonce. Mais il y a parfois mieux que la tradition romanesque. L’Établi, de Robert Linhart, est un récit de première grandeur. Il y raconte son séjour en usine. Sa description du travail arrache au lecteur les dernières illusions qu’il avait sur le salariat. Et puis il y a deux tendances inverses. D’un côté, il y a le naturalisme, le réalisme, l’enquête préludant à l’écriture. De l’autre, il y a James Agee, la prose toute saturée de sa présence. Il faudrait parvenir à ne jamais évacuer le sujet, à ne jamais faire croire au lecteur qu’il est seul, que l’auteur n’est pas là. Mais il faudrait aussi retrouver le monde par l’autre bout, par la réalité extérieure, en investiguant. Car ce qui nous entoure ne peut être seulement imaginé, et nous ne pouvons jamais être soustraits du monde.

De fait, dans l’Ordre du jour, vous dressez le constat argumenté de la prise de pouvoir effective du nazisme grâce à l’accord bienveillant du grand capital allemand… N’est-ce pas là une interprétation marxiste ?

Éric Vuillard Mes livres expriment une défiance marquée à l’égard de ce qu’on appelait jadis le capital. Il existe une permanence du monde des affaires, une stabilité de ses intérêts. Certaines personnes morales sont désormais plus anciennes que des États, et parfois plus puissantes. Que les grands industriels allemands aient participé à l’installation des nazis au pouvoir me semble relever des faits. Ce sont les eaux glacées du calcul égoïste dont parle Marx.

Est-ce qu’au fond de votre projet ne se trouve pas un désir d’éduquer par le roman, en une période où ce genre, dûment affadi dans les petites aventures de chacun, évite volontiers d’agiter ce qu’on nommait jadis les grands problèmes ?

Éric Vuillard Il existe une tension interne, coextensive à l’histoire du roman, entre une description fidèle du monde et la pensée de l’auteur. D’une certaine manière, avec Madame Bovary, Flaubert a cru résoudre le problème : il se tient au plus près de quelques existences, au cœur d’un monde social finement décrit ; la cruauté incorporée à sa description faisant office de thèse sur la valeur de l’humanité, elle se donne pour un effet de réel, une libre conclusion du lecteur sur le monde. Le point de vue de l’auteur étant informulé, il se confond avec l’atmosphère du roman, il ne fait plus qu’un avec le style. Ainsi, la distance de Flaubert est la dimension essentielle de son message. Dans la vie de tous les jours, l’idéologie fonctionne exactement de la même manière. Elle est partout, et on ne la voit jamais.

Il existe une autre conception, une façon de ne pas dissoudre le problème, de ne pas l’effacer. Zola est en réalité plus féroce que Flaubert, c’est même ce qui agace. Avec Nana, par exemple, il souhaite raconter l’histoire de « toute une société se ruant sur le cul » ; l’affrontement est direct et il n’épargne pas les responsables, à travers le vieux Muffat de Beuville. La fille de Gervaise élève seule son fils Louis, né d’un père inconnu. Elle fait des passes pour arrondir ses fins de mois, puis devient cocotte, et confie son fils en garde. Quelques centaines de pages plus tard, elle meurt à vingt et un ans de la petite vérole. Je crois qu’en un temps où les chances de vivre comme on le souhaite sont très inégalement distribuées, il est important de trouver dans l’écriture de quoi traiter ce que vous nommez justement « les grands problèmes ». Pour la question de l’éducation, j’hésite. En tout cas, je ne m’insurge pas à l’idée d’une littérature didactique. Un trait assez symptomatique de notre temps est que l’art y répugnerait unanimement, cela doit retenir notre attention et nous rendre méfiant. On réclame des écrivains qu’ils se produisent, qu’ils participent à des ateliers, à des rencontres. En revanche, leurs textes ne devraient surtout pas être didactiques. La contradiction est curieuse et mérite d’être relevée. Et puis en dernière instance, c’est moi que j’éduque.

Combien de temps dans votre vie peuvent prendre l’élaboration puis la composition de vos romans ?

Éric Vuillard Le plus important est l’élaboration au long cours ; comme tout le monde, je lis des livres sur les sujets que je veux mieux comprendre. Ce n’est pas de la documentation, seulement de la lecture. Une fois que le désir d’écrire est là, il faut effectuer des recherches plus précises. Je les mène souvent de front avec l’écriture, pour ne pas perdre mon élan. Parfois, cela peut interrompre le travail ; il me faut aller en bibliothèque, aux ­archives… Cela peut prendre des ­semaines. Il arrive aussi que je cale, que le livre m’échappe. Il n’y a pas de règle, certains livres viennent très vite, j’ai écrit Congo en quelques jours. Mais d’autres fois je m’ensable, et je reprends le texte plus tard, quand les choses se dénouent. C’est d’ailleurs ce que l’écriture a de plus étonnant, les livres se répondent. On perd le fil, on oublie ses brouillons, le temps passe, et voici qu’un autre texte apporte la solution du premier.

Pour parler d’aujourd’hui, quelle journée vous semble-t-elle décisive dans les moments politiques que nous traversons et qui ne sont pas encore visiblement de l’ordre historique mais du quotidien angoissant ?

Éric Vuillard Il me semble que ce n’est pas tant une journée qu’un ensemble de dispositions contradictoires. D’un côté, les ralliements autour de l’un des candidats, censé être sorti de nulle part, sont tellement unanimes que cela a quelque chose de troublant. De l’autre, l’extrême droite incarnant la protection des salariés, il y a de quoi être étonné. Nous devons faire face à deux fables.

Le jour où le Capital a casqué

Ce livre, dans une forme originale qui n’exclut ni l’esprit didactique, ni l’incursion d’un « je » perplexe, s’ouvre donc sur la réunion secrète au Reichstag, le 20 février 1933 – en présence d’Hitler et de Goering –, quand 24 grands noms de l’industrie allemande (Bayer, Agfa, Krupp, IG Farben, Opel, Siemens, Allianz, Telefunken, etc.) passent à la caisse pour aider le parti nazi à faire campagne. « Ils sont, dit l’auteur, nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radios-réveils, l’assurance de notre monde. » C’est ensuite une foule de péripéties sur l’invasion de l’Autriche. Il est aussi question du procès de Nuremberg. Le tout fourmille de faits vrais, d’anecdotes parlantes, de portraits à l’eau-forte. Éric Vuillard explore sans peur ce que la grande histoire cache sous le tapis, avec une verve féroce, en rappelant que « les plus grandes catastrophes s’avancent souvent à petits pas ». M. S.

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 10:42
Utopies réelles - Erik Olin Wright, éditions La Découverte, 2017 - 18€ - Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. À partir d’un regard rigoureux et acéré, appelé à fonder un nouveau programme de recherche sur les expérimentations postcapitalistes contemporaines, se détachent une conception neuve du progrès et de ses instruments potentiels ainsi qu’une vision scientifique des modalités de dépassement du capitalisme. Les utopies réelles ne sont ni pour les idéalistes ni pour les réalistes. Ce sont les expériences vécues, les projections audacieuses qui créent dès maintenant les conditions comme les formes d’un avenir meilleur, d’un autre futur possible. Traité savant, arme au service d’un renouveau nécessaire de l’imagination politique, Utopies réelles figure déjà parmi les classiques de la pensée sociale du XXIe siècle.

Utopies réelles - Erik Olin Wright, éditions La Découverte, 2017 - 18€ - Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. À partir d’un regard rigoureux et acéré, appelé à fonder un nouveau programme de recherche sur les expérimentations postcapitalistes contemporaines, se détachent une conception neuve du progrès et de ses instruments potentiels ainsi qu’une vision scientifique des modalités de dépassement du capitalisme. Les utopies réelles ne sont ni pour les idéalistes ni pour les réalistes. Ce sont les expériences vécues, les projections audacieuses qui créent dès maintenant les conditions comme les formes d’un avenir meilleur, d’un autre futur possible. Traité savant, arme au service d’un renouveau nécessaire de l’imagination politique, Utopies réelles figure déjà parmi les classiques de la pensée sociale du XXIe siècle.

Erik Olin Wright : « Les rapports de classe se sont historiquement complexifiés »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PIERRE CHAILLAN TRADUCTION VINCENT FARNEA
VENDREDI, 20 OCTOBRE, 2017
L'HUMANITÉ

Après avoir longtemps travaillé sur une redéfinition des classes sociales à partir des transformations contemporaines et des apports sociologiques à Marx, le professeur de sociologie à l’université du Wisconsin (États-Unis) cherche, dans son ouvrage Utopies réelles(1), une voie scientifique pour des alternatives afin d’« éroder le capitalisme ».

Avec votre livre Utopies réelles, vous cherchez à penser un monde nouveau. Pourquoi utilisez-vous cette expression ?

Erik Olin Wright Le terme d’« utopies réelles » est un oxymore. Il s’agit surtout d’une forme de provocation délibérée qui nous oblige à réfléchir sur les deux composantes de cet oxymore. Pris séparément, le terme d’utopie signifie que nous devrions nous consacrer à nos aspirations émancipatrices les plus élevées et ne pas nous limiter seulement à nos aspirations concrètes. Le terme « réel » vient plutôt nous rappeler que nous devons rester lucides et nous intéresser à la question pratique de la transformation, et plus particulièrement aux conséquences non intentionnelles de nos actions. Lorsqu’il s’agit de penser des alternatives concrètes au capitalisme, il est en effet souhaitable de saisir la nature et le devenir des obstacles qui interfèrent sur nos stratégies de transformation.

Vous en faites la démonstration dans cet ouvrage : en quoi le capitalisme est-il nuisible ?

Erik Olin Wright Pour produire une critique profonde du capitalisme, il faut commencer par clarifier les valeurs qui nous permettent d’évaluer les différents systèmes. La démarche qui consiste à porter un jugement normatif sur le système capitaliste est un problème difficile en soi car nous avons besoin de cibler clairement ce qui le caractérise. Certains problèmes sociaux relèvent spécifiquement de la domination capitaliste, d’autres non. Dans le livre, je me suis concentré sur deux dimensions bien distinctes qui n’épuisent en rien la question de l’oppression et de la domination sociale. Il y a d’autres formes de domination qui ne relèvent pas intrinsèquement de la domination capitaliste de classe. De la même manière, la question de l’émancipation est multidimensionnelle. Il ne s’agit pas seulement de limiter cette question aux seuls rapports de classe mais de l’ouvrir, notamment, aux rapports de genre et de race. Toutes ces questions sont interconnectées. Et on ne peut plus dire aujourd’hui que l’émancipation de classe constitue la condition suffisante et nécessaire de l’émancipation humaine.

Quelles sont ces deux dimensions ?

Erik Olin Wright La première dimension se centre sur la question des inégalités, c’est-à-dire la question classique de l’exploitation capitaliste. Le capitalisme génère des formes spécifiques et intrinsèques d’inégalités qui entravent l’épanouissement humain. La seconde dimension se concentre davantage sur la question de la démocratie. Le capitalisme bloque intrinsèquement la démocratisation de la démocratie. Ce système pose une limitation au mode de vie démocratique. À partir de ces deux dimensions centrales, la thèse fondamentale du livre consiste à dire qu’il est possible de réaliser les valeurs d’égalité et de démocratie, si nous sommes capables de transformer durablement la structure de base des relations de classe capitalistes en nous appuyant sur une critique scientifique de cette structure de base. Ma démarche intellectuelle est donc motivée par un idéal scientifique : sortir du capitalisme suppose de construire scientifiquement cette voie de sortie.

La « science sociale émancipatrice » que vous définissez rompt-elle avec le marxisme ? Ou est-ce une manière de revigorer la tradition marxiste qui se réclame du « socialisme scientifique » ?

Erik Olin Wright Je suis ravi que vous utilisiez l’expression « tradition marxiste » plutôt que le terme plus doctrinaire de « marxisme ». Je pense que c’est la bonne manière de nommer les choses lorsque nous souhaitons élaborer et enrichir cet espace intellectuel et théorique. Bien que mes travaux de recherche s’inscrivent encore dans le cadre de cet espace intellectuel, je ne conçois plus le marxisme comme une théorie englobante, par essence incompatible avec d’autres approches sociologiques. Certes, la tradition marxiste partage un certain nombre de problèmes et de concepts, mais elle a produit des types différents de théorisations. Une science sociale émancipatrice cherche selon moi aujourd’hui à produire une connaissance scientifique des différentes formes d’oppression que subissent les individus. La dimension « émancipatrice » contient donc incontestablement une dimension morale.

Vous parlez d’« éroder le capitalisme » ?

Erik Olin Wright La question est en effet de savoir comment envisager une transformation post-capitaliste d’un système économique et social dominé par des rapports de classe capitalistes. La théorie de la transformation que je propose est un début de réponse. Tout d’abord, il faut distinguer trois formes de transformations sociales complémentaires : les transformations par la rupture, les transformations interstitielles et les transformations symbiotiques. Chacune d’entre elles se réclame d’une tradition politique, mobilise des acteurs collectifs différents et développe une stratégie particulière par rapport à l’État et à la classe capitaliste. La première, associée au socialisme révolutionnaire, mobilise des classes sociales organisées en partis politiques et vise à renverser l’État en affrontant violemment la bourgeoisie. La deuxième, assez proche des stratégies anarchistes, construit des alternatives émancipatrices dans les niches et les marges de la société capitaliste en dehors de l’État et ignore les classes dirigeantes. Et la troisième, plus proche de la social-démocratie, favorise la création de coalitions de forces sociales issues du monde du travail afin de lutter à l’intérieur des institutions en faisant alliance avec les classes dirigeantes. Les utopies réelles s’élaborent principalement à travers le jeu entre les stratégies interstitielles et symbiotiques, même s’il existe des circonstances au cours desquelles des stratégies de rupture peuvent aussi intervenir. Le but, pour moi, n’est pas de stabiliser ou de domestiquer le capitalisme, mais de destituer à long terme les rapports de domination capitaliste au sein de l’économie.

Pourriez-vous donner des exemples plus précis de ces « utopies réelles » ?

Erik Olin Wright Je mentionnerai trois exemples d’utopie réelle : Wikipédia, les coopératives de travailleurs autogérées et le revenu universel de base. L’exemple que j’aime donner à mes étudiants est celui de Wikipédia. Wikipédia est un moyen anticapitaliste et collaboratif de produire et de diffuser du savoir à l’échelle mondiale. C’est une entreprise intellectuelle hors normes, qui réunit plus de 700 000 personnes collaborant gratuitement selon le principe marxien « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » pour produire la meilleure encyclopédie mondiale possible. Wikipédia a anéanti la concurrence. Plus personne n’oserait se lancer ou acheter une encyclopédie commerciale. L’accès est libre pour tout le monde, même dans les pays les plus pauvres. Il suffit d’avoir Internet dans un lieu public. Wikipédia est une combinaison intéressante de transformations interstitielles et de stratégies volontaristes. Les coopératives de travailleurs autogérées – je signale le conglomérat de coopératives Mondragon qui se situe au Pays basque espagnol – constituent également une manière alternative d’organiser la production.

Pour définir ce que vous nommez le socialisme, vous dites qu’il faut renforcer le « pouvoir d’agir social ». De quoi s’agit-il ?

Erik Olin Wright Le socialisme, que je distingue du capitalisme et de l’étatisme, est une structure économique dans laquelle les moyens de production appartiennent collectivement à la société, c’est-à-dire le pouvoir social. Ce pouvoir social est enraciné dans la capacité de mobiliser des individus dans des actions collectives et de coopération volontaire au sein de la société civile. Le pouvoir social est ici à distinguer du pouvoir économique, fondé sur la propriété et le contrôle des ressources économiques, et du pouvoir étatique, fondé sur le contrôle de la production de règles collectives. Ainsi, l’idée d’un socialisme enraciné dans le pouvoir social diffère des définitions déjà admises dans la mesure où il ne se limite pas seulement à organiser politiquement la classe ouvrière, mais vise également à renforcer ce que j’appelle le pouvoir d’agir social, c’est-à-dire la capacité collective des individus à s’auto-organiser démocratiquement et à contrôler efficacement la production et la distribution des biens et des services.

L’affrontement de classe demeure une clé essentielle dans ce processus de renforcement du pouvoir d’agir social. Selon vous, est-ce toujours le moteur de l’histoire ?

Erik Olin Wright L’affrontement de classe demeure une structure fondamentale pour penser les possibilités d’un changement social émancipateur. Néanmoins, cet affrontement polarisé s’est densifié. Il existe, pour reprendre votre terme, plusieurs moteurs contradictoires du changement historique. Le marxisme traditionnel a tenté de fusionner deux problèmes bien distincts, mais il faut selon moi les séparer analytiquement. C’est premièrement l’analyse des structures de pouvoir dans une société donnée et la manière dont ces structures bloquent ou favorisent des formes de changement social. Les rapports de classe se sont historiquement complexifiés. En particulier, les positions de classe contradictoires des cadres et des managers contiennent des propriétés relationnelles qui relèvent à la fois de la classe capitaliste et des travailleurs. Et deuxièmement, c’est la question d’une théorie de la trajectoire historique. Marx avait élaboré une solution brillante en proposant une théorie de l’impossibilité du capitalisme à long terme. Mais la vision marxienne de la trajectoire historique du capitalisme était trop déterministe. Je pense qu’il faut l’abandonner au profit d’une théorie plus modeste que j’appelle « théorie de la possibilité structurelle ». Cette théorie non prédictive revient à construire une feuille de route qui nous indiquerait les destinations possibles. Une cartographie du champ des possibles qui tiendrait compte des conditions sociales favorisant le développement historique d’alternatives durables au capitalisme.

Dans vos précédents travaux non traduits en France (Class Counts, Reconstructing Marxism) , vous cherchez à redéfinir les classes sociales à l’aune des transformations du capitalisme. Pourriez-vous résumer vos analyses sociologiques ?

Erik Olin Wright Dans l’histoire des sciences sociales, il existe plusieurs manières de parler des classes sociales. En France, les travaux de Pierre Bourdieu ont largement contribué à enrichir cette question. Certaines théories sociales utilisent le même concept de « classe » pour décrire des phénomènes sociaux différents. Il est donc important de distinguer quatre sous-problèmes : la question de la structure de classe, celle de la sociogenèse, celle de l’affrontement abordée précédemment et celle de la conscience de classe. Au sens sociologique, parler de classe sociale, c’est parler d’antagonismes et de conflits ; c’est distinguer vos amis, vos ennemis et vos potentiels alliés. Mais, si on veut comprendre la pertinence actuelle d’une approche sociologique en termes de classe, il ne faut pas hésiter à recourir à une métaphore sportive. Si nous raisonnons en ces termes, nous avons trois possibilités : nous pouvons décider quel jeu jouer entre nous, nous pouvons décider de discuter les règles du jeu et nous pouvons développer des stratégies à l’intérieur même de ces règles fixées par le jeu. Pour faire simple, l’analyse marxiste de classe s’est intéressée à la nature même du jeu. L’analyse wébérienne de classe s’est davantage intéressée aux règles du jeu capitalistes. Et l’approche néo-durkheimienne s’est penchée sur les stratégies des acteurs. La connexion entre l’analyse de classe et les utopies réelles est donc facile à voir : le but consiste à créer des stratégies pour produire de nouvelles règles du jeu et déstabiliser les participants en proposant un jeu alternatif où tout le monde est gagnant, contrairement à la métaphore sportive.

(1) Utopies réelles, La Découverte, 613 pages, 28 euros.
De l’étude des classes sociales aux utopies réelles

Jeune étudiant, en France en 1967, Erik Olin Wright assiste aux débats qui secouent les intellectuels marxistes français. Cette expérience fera de lui un sociologue marxiste des plus actifs aux États-Unis. Il est président de l’American Sociological Association en 2012. Ses travaux traitent de l’étude des classes sociales. Dans Class Counts : Comparative Studies in Class Analysis

(Cambridge, 1997), il utilise les données collectées dans plusieurs pays industrialisés. Il dirige un projet de recherche collectif international sur les utopies réelles.

Partager cet article
Repost0
27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 07:34

La fin du chemin.

 

Dans « Voyage avec Charley », Steinbeck raconte son parcours avec son chien à travers les Etats-Unis, en 1962.

Et pour expliquer son état d'esprit, il évoque le mot espagnol : vacilando.

«  L'espagnol possède un mot dont je ne trouve pas l’équivalent en anglais. C’est le verbe VACILAR, participe présent VACILANDO. Cela ne signifie nullement vaciller, hésiter. Si quelqu’un est vacilando, c’est qu’il va quelque part sans se soucier d’y arriver ou non, bien qu’il se soit fixé un but . »

Ce passage m'avait frappée à sa lecture et j'ai souvent depuis voyagé dans cet esprit.

Maintenant que je dois présenter « La fin du chemin », je me rends compte que c'est aussi comme ça que je l'ai écrit.

Je suis tombée par hasard sur le milieu des anciens indépendantistes bretons, en cherchant des réponses sur un autre sujet. J'ai écouté, j'ai cherché plus, j'ai tiré un fil qui m'a emmenée dans une maison, puis dans une autre. J'étais curieuse de tout, comme à l'étranger. Je ne savais pas exactement ce que je cherchais. Si. Je cherchais à comprendre. J'entendais un discours que je n'avais jamais entendu, sous-tendu par des idées que je ne partageais pas. Et même, pas du tout.

Qui composait ce milieu indépendantiste avant la guerre ? Qu'avait-il fait pendant la guerre ? Que sont devenus ces gens après la guerre ? Qu'est-ce qui fait qu'on est prêt à risquer sa vie pour un pays, pour une idée ?

J'ai découvert qu'il n'y avait pas de réponse monolithique. Que même dans un contexte radical se développent des nuances, des histoires. Cette période violente a créé des destins étonnants et romanesques : prises de risques, faux-papiers, exils, condamnations à mort, évasions.

C'est une recherche et une écriture qui se sont faites en Bretagne, à propos de la Bretagne. Mais bizarrement, la Bretagne physique, la Bretagne bleue de Xavier Grall, la Bretagne des grèves, des genêts, de l'odeur d'iode, des maisons de granite, de l'odeur des crêpes, cette Bretagne-là n'apparaît pas dans les paroles des militants. Ils ne m'ont jamais parlé des talus que j'aime tant. Ils ont parlé de leur combat. Ils ont parlé d'engagement.

Pour faire naître les évocations que j'attendais, il a fallu que je parle à des artistes : Per-Jakez Helias, Yvon Le Men, Gilles Servat, Michel Le Bris.

Et ces mondes ne se rencontrent pas.

Entre les deux, j'ai été éclaboussée de récits et d'images et j'ai tenté de retranscrire une petite mesure de la complexité des situations et des humanités qui leur faisaient face.

 

Maryse Le Roux, dimanche 22 octobre 2017

 

"La fin du chemin" de Maryse Le Roux - un très bel essai sur le mouvement indépendantiste breton à paraître cette semaine, accompagné d'une présentation historique d'Ismaël Dupont sur le mouvement nationaliste breton jusqu'à 1945 (Skol Vreizh, 18€)
"La fin du chemin" de Maryse Le Roux - un très bel essai sur le mouvement indépendantiste breton à paraître cette semaine, accompagné d'une présentation historique d'Ismaël Dupont sur le mouvement nationaliste breton jusqu'à 1945 (Skol Vreizh, 18€)

Disponible aujourd'hui, et dans quelques jours, dans toutes les bonnes librairies bretonnes. 

"La fin du chemin" est un essai sur l'engagement et le nationalisme breton avant, pendant, et après la seconde guerre mondiale. 

Je serai avec Maryse Le Roux au Salon du livre de Carhaix pour présenter et vendre le livre les samedi 28 et dimanche 29 octobre, au salon du livre de Plestin les Grèves le 12 novembre, à la fête de l'Humanité Bretagne des 25 et 26 novembre.

Pour ma part, mon texte de 70 pages est le premier aboutissement, sous forme abrégée, d'un travail passionnant de recherche, de lecture et d'écriture de 2 ans et demi.

J'ai écrit une chronologie marquant de manière synthétique la diversité, les contradictions et les évolutions du mouvement nationaliste et régionaliste breton entre le XIXe siècle et 1946, ainsi que les notices biographiques des nationalistes parfois gravement compromis pendant la seconde guerre mondiale que Maryse Le Roux a rencontrés dans les années 1990, avant d'en tirer un magnifique essai littéraire plaçant l'histoire et la politique à hauteur d'hommes et de femmes, qui cherche à comprendre plutôt qu'à juger et qui contient aussi une très belle galerie de portraits.

Ce livre est publié chez Skol Vreizh et à vendre 18€.

Ismaël Dupont 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011