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Ziad Medoukh, universitaire et poète gazaoui, nous a fait parvenir ce texte douloureux où il dénonce la situation des Palestiniens sous les bombes israéliennes depuis dix mois et l’impuissance de la communauté internationale à faire cesser le massacre. Il évoque les jeunes de Gaza, leurs questions sans réponse sur une vie qui se déroule à l’ombre de la mort imminente.
À Gaza : deux choix uniquement, mourir ou subir.
Pourquoi tout cela ?
Quand cette agression horrible prendra fin ?
Est-ce que le reste du monde entend nos cris de souffrance ?
Et mon avenir comme jeune étudiante ?
Est-ce que nous pourrons de nouveau reconstruire notre maison détruite ?
Quand pourrai-je reprendre les cours ?
Est-ce que j’ai le droit à une vie normale ?
Jusqu’à quand on va se déplacer d’un quartier à un autre ?
Pourquoi il n’y a rien sur les marchés ?
Est-ce que je peux consulter mon médecin et mon dentiste ?
Quand vais-je prendre ma douche tous les jours et pas seulement une fois par semaine ?
Pourquoi ne reste-t-il aucun hôpital à Gaza ?
Quand va-t-on manger à notre faim ?
Pourquoi rien ne bouge et rien ne change pour nous ?
Quand va-t-on prendre trois repas par jour et pas seulement un modeste repas ?
16 000 enfants palestiniens assassinés en dix mois ce n’est pas un crime ?
Comment les nombreux déplacés vivent-ils dans les tentes et les centres d’accueil dans cette chaleur épouvantable sans ventilateurs et sans électricité ?
Jusqu’à quand notre souffrance sous les bombes ?
Cent trente mille victimes palestiniennes, mortes et blessés, ne suffisent pas pour cette occupation aveugle ?
Ce sont des questions posées par les enfants et les jeunes à leurs parents. Je les entends souvent lors de mon séjour provisoire chez mes proches et cousins dans les maisons qui m’accueillent après la destruction de ma maison début décembre 2023.
Ces questions ont été de nouveau posées en ce début juillet 2024 alors que je me trouve à l’ouest de la ville de Gaza après l’évacuation forcée de la population quand les chars de l’armée d’occupation ont encerclé les quartiers est, centre et sud de la ville de Gaza en ordonnant aux habitants de se rendre au centre de la bande de Gaza. Mais les 400 000 restants se sont dirigés vers l’ouest de la ville même si dans toute la bande de Gaza aucun lieu n’est sécurisé.
« Notre malheur dépasse l’imaginable. »
Le problème est que les parents ne trouvent jamais des réponses à ces questions légitimes, des parents qui sont débordés et épuisés par l’horreur de cette agression horrible et qui essaient d’écarter toute demande de leurs enfants même très simple car après dix mois de cette offensive militaire terrible avec un bilan très lourd et qui ne cesse de s’alourdir jour après jour, la situation est de pire en pire pour tous les habitants.
Des parents qui n’ont plus d’argent ni revenus pour acheter quelques denrées alimentaires ou des vêtements étant donné le chômage, la destruction de toutes les infrastructures civiles et le manque de tout. Les Palestiniens de la bande de Gaza continuent de souffrir, de subir et de supporter l’insupportable dans une région détruite et occupée totalement. Ici, tout le monde est très triste, ni sourire ni rire, seulement du chagrin et de la douleur. Notre malheur dépasse l’imaginable.
Il est difficile pour moi citoyen palestinien de Gaza de décrire en deux ou trois pages cette situation catastrophique à tous les niveaux avec une crise sanitaire et humanitaire sans précédent qui persiste, car je n’ai pas le moral pour continuer à écrire et à raconter l’horreur absolue vécue par toute une population civile bouleversée et traumatisée. Je passe mon temps à trouver un refuge quand les chars et les blindés arrivent dans le quartier où j’habitais provisoirement.
« À chaque lever du jour, on s’interroge : est-ce qu’on va rester en vie jusqu’au soir vu l’ampleur de ce carnage terrible ? »
Même si témoigner de notre désastre me soulage un peu dans ce contexte particulier. Mais je vais essayer le plus succinctement possible de narrer une partie de mon vécu pendant des mois qui se répètent sans aucun changement.
D’abord, accepter cette situation injuste et s’adapter avec ce contexte tragique est un véritable acte de résistance de la part de la population civile. À Gaza, nous avons le choix uniquement entre mourir sous les bombes de l’occupation ou subir et souffrir dans des conditions inacceptables et inimaginables. Je ne vous cache pas que je me demande toujours, ainsi que tous les Palestiniens de Gaza, quel peuple nous sommes pour supporter cette situation inadmissible et cette souffrance qui dure et qui dure, et je me pose souvent les mêmes questions innocentes entendues par tous les habitants horrifiés.
Nous vivons des journées terribles sous les bombes sans eau, sans nourriture, sans médicaments et sans sécurité. Et à chaque lever du jour, on s’interroge : est-ce qu’on va rester en vie jusqu’au soir vu l’ampleur de ce carnage terrible ? Notre quotidien est très difficile, marqué par la souffrance, l’inquiétude, la peur et l’attente. On ne vit pas une vie normale, on survit dans des conditions inhumaines.
« Nous n’avons aucune garantie de trouver ce qui est nécessaire à notre survie. »
Toute la journée est consacrée à chercher de l’eau, puis de la nourriture si on trouve de quoi manger, après du bois pour cuisiner, et finalement trouver un endroit qui possède des panneaux solaires pour recharger nos portables et lampes, et quelques fois si on tombe malade aller aux quelques cliniques et centres médicaux – tous les hôpitaux de Gaza sont maintenant hors-service, ils sont détruits totalement ou partiellement – ils ne possèdent rien, ni laboratoires ni matériel médical, seulement des médicaments périmés. Et souvent on passe notre temps à chercher un endroit sécurisé quand notre quartier est encerclé.
Le soir, on est obligé de rentrer avant 19 heures pour rester en famille suivre via les chaînes de radio du téléphone portable les dernières nouvelles de cette agression et des négociations de cessez-le-feu, même si tout le monde est fatigué et dégoûté car rien n’avance. Oui, nous n’avons aucune garantie de trouver ce qui est nécessaire à notre survie, car il n’y a rien et les aides humanitaires internationales n’entrent pas dans la ville de Gaza et dans le nord en particulier.
Et si on a la chance de trouver quelques denrées alimentaires, leur prix est multiplié par dix, quinze ou vingt, imaginez-vous, un kilo de sucre vaut 30 euros, et un kilo de riz coûte 25 euros, ce n’est jamais arrivé à Gaza ! Une vraie famine sévit dans le nord qui a fait jusqu’à présent 65 victimes, des enfants et des personnes âgées. Sans oublier les maladies infectieuses à cause de l’eau contaminée.
Un communiqué de l’Organisation Mondiale de la Santé – OMS – publié le vendredi 28 juin 2024, montre que les services sanitaires ont détecté plus d’un million de cas de maladies infectieuses dans la bande de Gaza, en particulier les hépatites, et ils craignent la propagation du choléra en raison de l’eau contaminée. J’ai de la peine pour les enfants et les jeunes, les pauvres n’ont rien actuellement ni écoles, ni universités, ni stades, ni lieux de loisirs, ni cafés, ni restaurants. Ils n’ont ni avenir et ni perspectives. Ils ne vivent pas leur enfance et leur jeunesse, ils passent leur temps à aider les parents et les proches dans des tâches quotidiennes très dures.
« La mort peut frapper toute personne à n’importe quel moment et dans n’importe quel endroit. »
Ces enfants et ces jeunes malheureux ont perdu leur année scolaire et universitaire et ils ne savent pas quand ils vont reprendre leurs cours, surtout que l’occupation a détruit totalement 227 écoles et 13 universités dans la bande de Gaza. Ces enfants ne peuvent pas jouer devant leurs immeubles détruits et les jeunes ne peuvent pas rester ensemble discuter devant leurs bâtiments dévastés à cause des déchets et des poubelles dans les rues que les services municipaux ne peuvent pas ramasser par manque de moyens.
Plusieurs sentiments habitent les habitants ici : la colère, la peur, l’inquiétude, l’angoisse, mais les quatre sentiments qui dominent sont :
L’impuissance, personne ne pourra empêcher le nombre considérable de nos morts et blessés ni la destruction massive partout dans les quartiers de Gaza, tout le monde est impuissant.
L’insécurité, la mort peut frapper toute personne à n’importe quel moment et dans n’importe quel endroit, avec les bombardements des avions militaires et des chars qui sont arrivés dans toutes les villes de la bande de Gaza, oui personne n’est à l’abri, tu peux être tué ou blessé par ces bombardements intensifs jour et nuit soit chez toi soit dans les rues ou sur les marchés, même dans les hôpitaux et les cimetières.
L’indifférence, malheureusement, la mort est devenue une banalité pour les habitants ici, ça dure depuis dix mois avec le nombre considérable de morts et de blessés, quand l’armée de l’occupation assassine des centaines de civils par jour et commet des massacres comme le massacre de Rafah fin mai dernier quand elle a attaqué les tentes des déplacés et a assassiné 70 personnes ou quand elle a commis un massacre dans le camp de Nussirat début juin pour libérer quatre otages et a assassiné 275 Palestiniens, ou encore quand l’est de la ville de Gaza a été la cible des incursions militaires debout juillet 2024 qui ont fait 120 morts ; les gens ici ont accepté cette réalité sans trop agir car ils voient et entendent parler tous les jours de dizaines de crimes autour d’eux.
La nostalgie, les citoyens font toujours une comparaison entre la vie à Gaza avant le 7 octobre 2023, et la vie à Gaza actuellement et ils regrettent le temps d’avant l’agression. Oui, Gaza était une ville vivante, c’est vrai il y avait le blocus et beaucoup de produits et du matériel manquaient, mais, au moins, il y avait une vie, des écoles, des universités, des marchés, des restaurants et une population dynamique pleine d’énergie et d’espérance.
« Le seul élément qui nous réchauffe nos cœurs brisés est le soutien indéfectible de ces solidaires de bonne volonté partout dans le monde. »
Ce qui aggrave notre souffrance c’est ce silence complice du monde officiel, la chape de silence que les médias entretiennent, et l’indifférence totale des organisations des droits de l’homme qui n’arrivent pas à condamner cette ignominie. Oui, il y a eu ces derniers mois des décisions courageuses de quelques instances internationales pour réclamer justice et arrêt des massacres, mais le plus important pour nous c’est le concret et l’application sur le terrain de ces décisions par un gouvernement d’extrême droite qui se comporte comme un État hors la loi.
C’est vrai, notre volonté remarquable et notre patience extraordinaire, mais surtout notre adaptation avec ce contexte très difficile est un aspect très positif qui nous aide à supporter cette souffrance. Mais notre situation est de plus en plus délicate dans une région occultée et laissée à son sort par une communauté internationale officielle sourde à nos souffrances !
Le seul élément qui nous réchauffe nos cœurs brisés est le soutien indéfectible de ces solidaires de bonne volonté partout dans le monde notamment le soulèvement des jeunes étudiants dans les universités américaines et européennes qui réclament un cessez-le-feu immédiat et une application du droit international. Cette mobilisation citoyenne internationale calme notre colère immense.
Tout est paralysé à Gaza, tout est détruit. Le problème dans ce contexte : vous ne pouvez rien faire devant cette injustice, nous n’avons pas d’autre choix que de supporter et de résister en attendant un changement. Le sentiment de l’enfermement et de l’isolement est un sentiment terrible ! Et les Palestiniens de Gaza sont les mieux placés pour le ressentir, eux les enfermaient dans leur prison à ciel ouvert depuis plusieurs années. Les Palestiniens de Gaza sont privés de liberté sauf de leur liberté de penser. Leur seul droit est de respirer l’air souvent pollué par l’odeur des bombes.
Gaza continue de subir
Les Palestiniens de Gaza continuent de souffrir
Ils attendent toujours
Ils attendent une solution
Ils attendent sans fin
Ils attendent l’inconnu
Ils attendent leur sort
Mais ils n’ont pas d’autre choix que d’attendre et d’attendre encore !
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Appel à soutien : un million d'oliviers pour la palestine
Financement participatif organisé par Association France Palestine France Solidarité (AFPS) - Pour aider les agriculteurs palestiniens à garder leur terre, acheter des plans d'oliviers qui seron...
Un million d’oliviers pour la Palestine est un projet de solidarité et de développement en partenariat avec Arab Agronomist Association qui s'inscrit dans le cadre de la campagne de soutien à la résistance populaire palestinienne de l'AFPS "Garder la terre".
L’olivier est un symbole de la paix servant au développement économique du peuple Palestinien. Ce projet concerne la plantation d'oliviers dans les terres impactées par la construction du mur d’annexion et des colonies en Palestine.
Pourquoi planter des oliviers ?
On estime que, depuis Septembre 2000, plus de 1 000 000 d’oliviers ont été déracinés ou détruits en Palestine par l’État israélien ou les colons dans les zones de construction du mur d'annexion et 500 000 autres arbres partout en Palestine.
Ce nombre ne cesse d’augmenter puisque les vergers autour des colonies et sur les terres confisquées pour la construction des routes réservées aux colons sont systématiquement rasés ou rendus inexploitables, les uns après les autres. Les agriculteurs sont tout simplement dépossédés et chassés de leurs terres.
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De nombreux agriculteurs se sont retrouvés sans ressources après la perte de leur seule source de revenus et cela a eu un effet dévastateur sur les travailleurs palestiniens et toute l’économie qui en découle. Les oliviers, symbole du patrimoine palestinien, et leur récolte, sont vitaux pour l’économie.
Les terres non cultivées sont systématiquement confisquées par l’État israélien. Leur culture est donc aussi un moyen de protéger et de garder la terre.
Objectifs principaux du projet de plantation des oliviers dans les terres touchées et détruites par la construction du mur d’apartheid et les colonies :
1. aider les producteurs agricoles dans les villages et les communes à continuer leurs activités et résister pacifiquement à l’occupation israélienne en restant sur leur terre.
2. augmenter la productivité des exploitations agricoles dans les zones impactées par le mur d'annexion grâce à la plantation de nouveaux oliviers.
3. mobiliser les bénéficiaires de ce projet de résistance populaire non violente pour arrêter la construction du mur.
Les réalisations concrètes de ce projet
- Planter environ 50 000 oliviers dans les zones touchées par la construction du mur d'annexion entre 2020 et 2025.
- Aider au moins 500 a 1000 familles ayant perdu leurs arbres et devenues des paysans sans terres à re-pratiquer leur métiers d’origine.
- Mobiliser les agriculteurs bénéficiaires du projet autour de l’importance de la résistance populaire non violente.
- Améliorer le niveau de vie de la population paysanne en Palestine.
- Créer des emplois agricoles.
Projet proposé et mis en oeuvre par l'Arab Agronomist Association - AAA
Arab Agronomist Association est une association non gouvernementale indépendante qui "contribue au développement de la société agricole et rurale palestinienne" en travaillant dans le domaine du développement durable de l'agriculture et en développant les ressources humaines, en plus d'établir des communautés agricoles spécialisées. Elle met en œuvre tous ses projets et programmes par l'intermédiaire d'une équipe d'agronomes qui assurent la le développement agricole sur le terrain dans toutes les zones agricoles palestiniennes de Cisjordanie.
Arab Agronomist Association est responsable de la gestion du projet financièrement et administrativement. Des associations et coopératives de producteurs agricoles sont associées à sa mise en oeuvre. Elles fournissent aussi un suivi technique et des conseils pour le respect de l’environnement et l'optimisation de l’utilisation de l’eau.
Pour aider les agriculteurs palestiniens à résister et garder leur terre, acheter des plans d’oliviers qui seront plantés dans le cadre de ce projet : Un million d’oliviers pour la Palestine !
Chaque olivier coûte 10 euros
Les oliviers plantés sont d’une taille d’environ 80 a 120 cm et sont le fruit d’un travail de 3 à 4 années.
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Taran Marec sera présent demain pour un débat sur la situation en Palestine et nos propositions à l'invitation de l'AFPS.
1. SUR LA POLITIQUE EUROPÉENNE : Comment le Parlement européen devrait-il agir pour obtenir l'arrêt définitif et complet de la guerre actuelle contre la population de la bande de Gaza, le retrait des forces israéliennes, la levée du blocus de Gaza et le début de la reconstruction ? Comment le Parlement européen devrait-il œuvrer pour l'application des droits du peuple palestinien y compris le droit à l'autodétermination dont celui de disposer d’un État viable et souverain? L’Union européenne a-t-elle la volonté d’exiger la fin de la colonisation et de l'occupation du territoire palestinien par l'État d'Israël ? Comment peut-elle agir pour faire respecter le droit international en la matière et obtenir enfin l’application de toutes les résolutions de l’ONU ?
2. SUR LES ENGAGEMENTS DU OU DE LA FUTUR-E DÉPUTÉ-E EUROPÉEN-NE QUE VOUS ÊTES?.
3. SUR LES LIBERTÉS ASSOCIATIVES, POLITIQUES ET SYNDICALES CONCERNANT LA QUESTION ISRAÉLO/PALESTINIENNE
Appel de 500 personnalités publié par l'Humanité
Alors que Gaza est depuis plus de huit mois sous les bombes, l’Humanité publie un appel de plusieurs centaines de personnalités pour que la France, enfin, reconnaisse l’État de Palestine. Un jalon indispensable pour une solution politique. Plus de 12 000 citoyens ont déjà ajouté leur signature, à votre tour !
Combien ? Combien de morts, de visions atroces, d’enfants réduits à l’état de charpie, de corps calcinés, de familles endeuillées faudra-t-il à Gaza pour que la France use enfin des leviers en sa possession pour stopper le carnage ? La reconnaissance officielle de l’État de Palestine par Paris, à laquelle appellent dans nos colonnes plusieurs centaines de personnalités (des politiques, syndicalistes, sportifs, artistes, chercheurs, associatifs…), ce 31 mai, constituerait un symbole diplomatique fort qui honorerait la République et, à travers elle, le peuple français.
Emmanuel Macron s’y est dit favorable et « en même temps » joue la montre. Le 29 mai, le chef de l’État réservait sa décision à la condition que l’Autorité palestinienne se « réforme » pour « exercer des responsabilités, y compris à Gaza ». La veille, il fallait attendre « le moment utile », quand serait retombé le souffle de « l’émotion ». Absurde. Le bon moment, c’était déjà hier, c’est ardemment aujourd’hui.
Comme si l’émotion pouvait s’estomper alors que les frappes se poursuivent. Des missiles israéliens pleuvaient encore sur Rafah, ce 30 mai, au mépris des droits humains et de l’ordre de suspendre l’offensive, formulé par la Cour internationale de justice. Selon le dernier bilan, 36 224 personnes ont été tuées à Gaza, dont 14 000 enfants, depuis le 7 octobre 2023 et la réaction d’Israël aux odieuses attaques terroristes perpétrées sur son sol par le Hamas.
Cette reconnaissance de la souveraineté palestinienne ne serait pas un aboutissement, mais l’ébauche d’une solution politique au conflit. Les autres leviers à activer sont nombreux et l’instauration d’un cessez-le-feu, votée et revotée aux Nations unies, est le préalable essentiel à toute négociation afin d’obtenir le retour de tous les otages retenus par le Hamas.
La diplomatie doit imposer le silence aux armes. Pour faire pression, la France peut rappeler son ambassadeur en Israël, placer sous embargo toute exportation militaire à destination de Tel-Aviv ou pousser pour suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Bref, sortir d’un attentisme coupable. Le monde nous regarde.
>> Je signe la pétition
Appel : reconnaître l’État de Palestine, maintenant !
Face à l’atrocité de la situation à Gaza, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont décidé, mardi 28 mai, de reconnaître officiellement l’État de Palestine. Ces trois nations rejoignent l’immense majorité de pays (146 sur 193) ayant fait cette démarche. Le président Emmanuel Macron affirme que la France est prête à faire de même mais « à un moment utile ». Nous affirmons que ce « moment utile » est venu, plus que jamais !
Après les ignobles attaques du Hamas du 7 octobre et la réponse dévastatrice d’Israël, ce geste est le seul à même d’ouvrir un horizon politique. Cette reconnaissance attendue de longue date n’est pas un aboutissement mais le préalable à tout processus de dialogue et de négociation. Une garantie pour le peuple palestinien et son droit à la justice et à la dignité, mais aussi pour les Israéliens dont la sécurité ne peut être assurée par la colonisation et les violations répétées du droit international.
Patrie de la Déclaration des droits de l’homme, la France montrerait l’exemple en étant la première des grandes puissances occidentales à reconnaître l’État de Palestine. Elle a le devoir d’ouvrir sans plus attendre cette perspective de paix !
Je signe la pétition
Trois pays européens, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, ont choisi de reconnaître officiellement l’État de Palestine. Désormais, au total, 147 pays dans le monde auront reconnu l’État de Palestine.
Le silence et l’immobilisme de la France sont incompréhensibles et honteux. Ils brouillent et décrédibilisent l’action de notre pays. Après avoir voté en faveur de l’adhésion pleine et entière de la Palestine à l’ONU au Conseil de sécurité le 18 avril dernier, puis à l’Assemblée générale de l’ONU le 10 mai dernier, la France doit appliquer à elle-même ses propres votes.
Il est totalement hypocrite de la part du gouvernement français de prétendre que les conditions ne seraient pas réunies.
La France doit reconnaître immédiatement l’État de Palestine, aux côtés de l’État d’Israël, sur la base des frontières de 1967. Cela serait un geste hautement politique, et concret, un engagement fort pour une paix juste et durable reposant sur une solution à deux États. Toutes les grandes voix pour la paix, en Palestine et en Israël, portent cette exigence.
La France dont la voix a longtemps compté au Proche-Orient ne peut pas rester à côté de l’Histoire. La résolution votée en 2014 par l'Assemblée nationale doit être appliquée.
Sa politique étrangère en serait d’autant plus grandie que cela représenterait une forte pression politique sur le gouvernement d’extrême droite de B. Netanyahou pour un cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza, alors que le procureur de la CPI vient de demander un mandat d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité contre deux dirigeants israéliens et trois dirigeants du Hamas. Ce serait également un engagement de la France à agir pour la fin de la colonisation et de l'occupation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, en conformité avec les résolutions de l'ONU. Alors qu’Emmanuel Macron brandit l’autonomie stratégique dans les discours et sur le papier, cela serait une réelle autonomisation vis-à-vis de la politique des États-Unis.
Assez d’hypocrisie ! Assez d’effacement !
Alors que Gaza est depuis plus de huit mois sous les bombes, l’Humanité publie un appel de plusieurs centaines de personnalités pour que la France, enfin, reconnaisse l’État de Palestine. Un jalon indispensable pour une solution politique.
Combien ? Combien de morts, de visions atroces, d’enfants réduits à l’état de charpie, de corps calcinés, de familles endeuillées faudra-t-il à Gaza pour que la France use enfin des leviers en sa possession pour stopper le carnage ? La reconnaissance officielle de l’État de Palestine par Paris, à laquelle appellent dans nos colonnes plusieurs centaines de personnalités (des politiques, syndicalistes, sportifs, artistes, chercheurs, associatifs…), ce 31 mai, constituerait un symbole diplomatique fort qui honorerait la République et, à travers elle, le peuple français.
Emmanuel Macron s’y est dit favorable et « en même temps » joue la montre. Le 29 mai, le chef de l’État réservait sa décision à la condition que l’Autorité palestinienne se « réforme » pour « exercer des responsabilités, y compris à Gaza ». La veille, il fallait attendre « le moment utile », quand serait retombé le souffle de « l’émotion ». Absurde. Le bon moment, c’était déjà hier, c’est ardemment aujourd’hui.
Comme si l’émotion pouvait s’estomper alors que les frappes se poursuivent. Des missiles israéliens pleuvaient encore sur Rafah, ce 30 mai, au mépris des droits humains et de l’ordre de suspendre l’offensive, formulé par la Cour internationale de justice. Selon le dernier bilan, 36 224 personnes ont été tuées à Gaza, dont 14 000 enfants, depuis le 7 octobre 2023 et la réaction d’Israël aux odieuses attaques terroristes perpétrées sur son sol par le Hamas.
Cette reconnaissance de la souveraineté palestinienne ne serait pas un aboutissement, mais l’ébauche d’une solution politique au conflit. Les autres leviers à activer sont nombreux et l’instauration d’un cessez-le-feu, votée et revotée aux Nations unies, est le préalable essentiel à toute négociation afin d’obtenir le retour de tous les otages retenus par le Hamas.
La diplomatie doit imposer le silence aux armes. Pour faire pression, la France peut rappeler son ambassadeur en Israël, placer sous embargo toute exportation militaire à destination de Tel-Aviv ou pousser pour suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Bref, sortir d’un attentisme coupable. Le monde nous regarde.
https://www.humanite.fr/politique/bande-de-gaza/reconnaissance-de-la-palestine-emmanuel-macron-le-moment-utile-est-venu
Pierre Barbancey, L'Humanité, 27 mai 2024
Israël a bombardé un camp de déplacé dans le sud de l’enclave palestinienne, faisant au moins 40 morts, sous prétexte de frapper le Hamas. L’application de l’ordonnance de la Cour internationale de justice exigeant l’arrêt de l’intervention à Rafah relève de l’attitude de la communauté internationale.
Les images vidéo qui circulent sur les réseaux sociaux sont horribles. C’est la nuit. Les morts s’entassent. Des tentes brûlent, des hommes s’activent pour tenter de venir au secours des blessés. Soudain l’un d’entre eux exhibe le corps d’un enfant. Sa tête a été arrachée. C’est insoutenable.
Il s’agit de frappes de missiles qui se sont abattues en pleine nuit sur le camp de Barkasat, à l’ouest de la ville de Rafah, faisant au moins 40 morts. Le Croissant-Rouge palestinien (PRCS) affirme que beaucoup de victimes ont été « brûlées vives » dans leur tente. Une zone qui avait été désignée comme sécurisée par l’armée israélienne.
Celle-ci affirme avoir frappé un complexe du Hamas dans lequel opéraient « d’importants terroristes ». Elle ajoute : « La frappe a été menée contre des cibles légitimes au regard du droit international, grâce à l’utilisation de munitions précises et sur la base de renseignements précis. » Pourtant, des bombardements dans d’autres zones de Rafah ont également été signalés, dimanche, en fin de journée.
La référence au droit international ne manque pas de sel de la part des autorités israéliennes alors qu’elles font la sourde oreille aux ordonnances de la Cour internationale de justice (CIJ). Vendredi, une nouvelle fois interpellée par l’Afrique du Sud, la plus haute instance juridique de l’ONU avait ordonné aux autorités israéliennes d’arrêter « immédiatement » son offensive militaire à Rafah.
La Cour exigeait également de mettre un terme à « toute autre action menée dans le gouvernorat de Rafah qui serait susceptible d’infliger au groupe des Palestiniens de Gaza des conditions d’existence capables d’entraîner sa destruction physique ou partielle ».
Ce nouveau crime n’est d’ailleurs pas totalement une surprise. Amnesty International vient de publier un rapport dans lequel l’organisation suggère à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter sur trois bombardements israéliens qui ont tué 44 civils palestiniens, dont 32 enfants, dans l’enclave occupée au mois d’avril.
« Les frappes – une sur Maghazi, le 16 avril, et deux sur Rafah, les 19 et 20 avril – ont également blessé au moins 20 civils et sont une preuve supplémentaire d’un schéma plus large de crimes de guerre commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza occupée au cours des sept derniers mois », écrit Amnesty International.
« Voulons-nous vivre dans un monde où le droit est appliqué de manière équitable ou dans un monde où nous fermons les yeux et détournons le regard en raison de nos allégeances ? » demande Karim Khan, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) dans un entretien donné au Times de Londres, la semaine dernière. Ce qui revient à poser dans le même temps la question de l’application des mesures décidées par la justice internationale.
Si Tel-Aviv ignore les ordres de la CIJ, c’est qu’il pense pouvoir continuer de bénéficier d’une impunité effective depuis soixante-seize ans. Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, depuis 1948, 229 résolutions sur la colonisation, le statut de Jérusalem ou le retour des réfugiés, sans qu’aucune ne soit appliquée.
Les ordonnances de la CIJ, qui tranche les différends entre États, sont juridiquement contraignantes, mais elle n’a pas de moyens pour les faire respecter. Il revient donc aux États membres de l’ONU de se faire le garant de la mise en application des décisions.
En l’occurrence, il s’agit maintenant de prendre des mesures coercitives à l’encontre d’Israël comme cela a été le cas au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022. L’Union européenne avait immédiatement réagi. Mais, s’agissant d’Israël, la plupart des pays traînent des pieds, comme si cet État se trouvait au-dessus des lois humaines. Pour les États-Unis, c’est évidemment impensable.
L’UE a pourtant les moyens de suspendre ses accords de coopération avec Israël, en vertu de l’article 2 relatif au respect des droits de l’homme. Dix-neuf ONG viennent d’interpeller le Conseil de sécurité de l’ONU « pour faire respecter la justice, protéger les droits de la personne et maintenir la paix et la sécurité internationales. Ne pas le faire compromettrait davantage les conditions de vie à Gaza et minerait la confiance mondiale dans la primauté du droit international ».
Lors d’un point de presse électronique, ce 27 mai au matin, l’Humanité a interrogé le ministère français des Affaires étrangères pour connaître les mesures que la France entendait prendre pour forcer Israël à suivre les ordres de la CIJ. Mais, en fin d’après-midi, aucune réponse ne nous était parvenue !
Alors que ce 28 mai marque la reconnaissance de l’État de Palestine par trois États européens – l’Espagne, l’Irlande et la Norvège –, la France se grandirait à faire de même. Une telle décision pourrait faire basculer l’UE. Elle ouvrirait la voie à une nouvelle phase permettant la création réelle d’un État de Palestine puisque, officiellement, Paris soutient une solution à deux États. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent dans ce sens. L’une des meilleures armes pour empêcher le génocide, dont le risque est bien réel, comme l’a dénoncé la Cour internationale de justice.
Matt Carthy, qui pourrait devenir ministre des Affaires étrangères dans un gouvernement dirigé par le Sinn Féin, appelle les pays à suivre l’Irlande et à agir pour mettre fin au massacre à Gaza.
Recueilli par Pierre Barbancey, L'Humanité - 27 mai 2024
L’Irlande, avec l’Espagne et la Norvège, reconnaît officiellement, ce 28 mai, l’État de Palestine. Un geste politique fort, explique le parlementaire du Sinn Féin.
Comment réagissez-vous à la reconnaissance par l’Irlande de la Palestine comme État ?
Matt Carthy
Député Sinn Féin au Parlement irlandais
Il s’agit d’un moment historique pour l’Irlande et la Palestine. C’est un signal envoyé au peuple palestinien qu’en Irlande et en Europe, nous l’entendons et nous le soutenons dans sa lutte pour un État indépendant et dans son combat de vouloir vivre en paix.
Ce moment est très important pour tous ceux qui ont fait campagne en Irlande pour défendre cette reconnaissance. Ils ont défendu le droit international et ils ont compris que la seule voie vers une paix durable au Moyen-Orient demeure celle d’un État palestinien libre, indépendant et souverain.
Qu’est-ce que cela change si l’Irlande, l’Espagne et la Norvège reconnaissent maintenant l’État palestinien ?
C’est le signal qu’une voie vers une paix durable existe et que le peuple de Palestine doit avoir son propre État indépendant. L’État que nous allons maintenant reconnaître officiellement a longtemps subi l’oppression, l’occupation et l’apartheid. Gaza, en particulier, qui fait face actuellement à un génocide implacable.
Si la reconnaissance de l’État de Palestine est importante, Israël doit rendre des comptes et être sanctionné de manière significative pour les violations flagrantes du droit international dans l’enclave et dans toute la Palestine.
Nous avons dit au gouvernement irlandais que c’était une étape importante. Dublin doit faire partie des pays qui non seulement reconnaissent un État palestinien viable et libre mais œuvrent pour une paix durable et juste au Moyen-Orient.
Que peuvent faire l’Irlande ou d’autres pays pour mettre en œuvre l’ordonnance de la Cour internationale de justice ?
Il n’est pas acceptable que des États comme l’Irlande ou d’autre pays de l’Union européenne continuent à entretenir des relations commerciales, économiques et diplomatiques préférentielles avec Israël. Cet État viole de façon flagrante non seulement le droit international depuis plusieurs décennies, mais aussi actuellement une ordonnance de la Cour internationale de justice.
Nous ne pouvons pas simplement poursuivre les échanges commerciaux avec le gouvernement israélien comme avec n’importe quel autre partenaire commercial. Le gouvernement irlandais a demandé à la Commission européenne de revoir l’accord d’association UE-Israël. Cet accord doit être suspendu jusqu’à ce Tel-Aviv adhère et applique le droit international. Et nous devons le faire dans le respect des droits humains du peuple palestinien.
En Irlande, il existe un certain nombre de mesures législatives que nous jugeons importantes, dont l’une s’intitule Illegal Israeli Settlements Divestment Bill. Elle exige que la société d’investissement de l’État se désengage des entreprises qui profitent d’échanges avec des colonies. Nous avons également appuyé le projet de loi sur les territoires occupés qui rendrait illégal le commerce avec toute entité qui est engagée et qui profite de l’occupation.
La sauvagerie en cours à Gaza est si grande que nous devons utiliser toutes les sanctions économiques, commerciales et diplomatiques à notre disposition pour faire pression sur les autorités israéliennes. Malgré les 35 000 tués à Gaza, dont plus de 15 000 enfants, Tel-Aviv n’a subi aucune conséquence. Cela doit changer.
Vous attendez-vous à de nouvelles attitudes de la part d’autres pays d’Europe ?
J’espère vraiment que d’autres gouvernements vont nous emboîter le pas. Comment l’Union européenne peut-elle parler de droit international, de droit humanitaire, de la charte des Nations unies ou de la nécessité d’adhérer aux normes démocratiques et aux droits de l’homme lorsque nous restons impassibles aux actions d’Israël et le laissons agir grâce à nos accords préférentiels dans le commerce et l’économie ?
J’espère que d’autres États européens reconnaîtront l’État de Palestine. Le plus important, c’est là que le gouvernement irlandais a encore du chemin à faire, c’est de s’assurer qu‘Israël soit confronté aux conséquences de toute violation du droit international. Car l’histoire nous démontre que, pour mettre fin à l’agression et à l’oppression, la communauté internationale doit agir en conséquence.
Le secrétaire national du PCF appelle une nouvelle fois à actionner tous les leviers diplomatiques pour faire cesser le bain de sang au Proche-Orient. Il s’alarme aussi de la répression qui s’abat sur les étudiants mobilisés pour un cessez-le-feu en Palestine.
Fabien Roussel au siège du PCF, place du Colonel Fabien
Dénonçant l’attaque de l’armée israélienne à Rafah, après sept mois d’une guerre ayant fait plus de 34 000 morts, Fabien Roussel appelle à agir fermement pour exiger « le respect des résolutions de l’ONU, le cessez-le-feu et la libération des otages ». « La France s’honorerait à être aux côtés de l’Afrique du Sud pour dénoncer le risque génocidaire. Or elle demeure muette », s’indigne le secrétaire national du PCF, qui salue la mobilisation pour la Palestine de la jeunesse malgré la répression dont elle est victime.
Benyamin Netanyahou a confirmé son intention d’intervenir par voie terrestre à Rafah, malgré les avertissements de l’ONU, des ONG et même de Washington. Comment jugez-vous cet acharnement du gouvernement israélien ?
C’est terrible. Le gouvernement Netanyahou a décidé de cette offensive terrestre quelques heures après que le Hamas a accepté les conditions d’un cessez-le-feu. Cela vient s’ajouter aux mois de souffrances qui se sont abattus sur le peuple palestinien. Le risque génocidaire est en cours et l’impuissance des États-Unis et de l’Union européenne est coupable. C’est une cicatrice béante qui restera marquée sur le visage de l’humanité.
Vous vous êtes rendu en mars en Israël et en Cisjordanie, où vous avez rencontré des familles de victimes des deux côtés. Que vous ont-elles dit ?
Ce que j’ai retenu de ces échanges, c’est que ce qui se passe là-bas ne date pas de l’attaque terroriste du 7 octobre. Depuis l’élection d’un gouvernement d’extrême droite avec des ministres racistes et suprémacistes, la violence s’est développée à l’encontre du peuple palestinien. J’ai rencontré un père, dans le camp de réfugiés d’Aida, donc loin de Gaza, qui venait de perdre son fils de 13 ans, abattu un soir par des militaires. Ceux-ci descendent dans le camp et tirent une salve, tuent sans raison.
J’ai aussi rencontré un père qui a perdu son fils dans l’une des attaques de kibboutz du 7 octobre. Sa colère est aujourd’hui dirigée contre Netanyahou car il est pour lui complice du Hamas. On sait que son gouvernement a participé au financement de cette organisation terroriste, via le Qatar, pendant des années. J’ai aussi rencontré des dirigeants de partis progressistes, arabes et juifs, qui appellent ensemble à une solution politique et à un cessez-le-feu. Il faut soutenir et s’appuyer sur ces mouvements.
Quels sont les leviers dont disposent la France et l’Europe pour faire cesser le massacre ?
Aujourd’hui, la France est en dessous de tout. Emmanuel Macron n’a pas pris la mesure de ce qui se passait là-bas. Nous pouvons prendre des initiatives. La plus forte, la plus emblématique, serait de reconnaître l’État de Palestine – si la France faisait ce choix, d’autres pays de l’Union européenne feraient de même. On doit convoquer l’ambassadeur d’Israël au ministère des Affaires étrangères, comme on sait le faire avec l’ambassadeur de Russie en France.
Nous pouvons interdire de séjour en France les colons qui ont été responsables de meurtres sauvages de Palestiniens dans les territoires occupés, qui ont développé les colonies en violation des résolutions des Nations unies. La France s’honorerait à être aux côtés de l’Afrique du Sud pour dénoncer le risque génocidaire. Or elle demeure muette.
Un fort mouvement de solidarité s’exprime en France, notamment dans les universités, dans le sillage des campus américains. En quoi est-ce important que la jeunesse se mobilise ?
La jeunesse du monde s’identifie à ce peuple qui se fait massacrer. Ces images sont insupportables. Elle est belle, cette jeunesse étudiante française qui réclame un cessez-le-feu et de mettre fin au massacre, ou qui demande simplement à pouvoir en débattre dans les amphithéâtres. Or la jeunesse qui se mobilise est insultée, réprimée. Bien sûr, le débat doit se faire sans propos racistes ou antisémites, de quelque bord que ce soit. Mais je suis certain qu’on peut obtenir une position quasi unanime sur le respect de l’ensemble des résolutions de l’ONU, le cessez-le-feu et la libération des otages. Nous devons trouver un consensus plus large sur ces questions et je regrette que le gouvernement français n’ait pas eu ni les mots ni les gestes pour rassembler les Français sur cette question, au contraire.
« Le gouvernement a décidé de cataloguer tous ceux qui défendent la Palestine et condamnent le massacre à Gaza comme étant pro-Hamas, ce qui est inadmissible. »
Fabien Roussel
Comment expliquez-vous que ce conflit crispe à ce point le débat public en France, notamment à gauche ?
Le gouvernement a décidé de cataloguer tous ceux qui défendent la Palestine et condamnent le massacre à Gaza comme étant pro-Hamas, ce qui est inadmissible. Ensuite, il y a une forte collusion entre l’extrême droite française et l’extrême droite israélienne : elles se parlent et elles se soutiennent, nous devons en avoir conscience.
Je regrette aussi des prises de position à l’extrême gauche qui n’ont pas été assez claires pour condamner le Hamas ou pour appeler à une solution politique à deux États. Le débat ne peut pas se réduire à ceux qui disent, d’un côté, qu’il faudrait une solution palestinienne de la mer au Jourdain, et ceux qui veulent un seul État israélien sans les Palestiniens. Nous ne devons pas dévier du combat historique que le PCF porte depuis le début, celui de la coexistence pacifique entre ces deux peuples.
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