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24 octobre 2025 5 24 /10 /octobre /2025 06:47
Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

« Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens » : Samar Yazbek donne la parole aux rescapés du génocide à Gaza

L’écrivaine et journaliste syrienne Samar Yazbek publie « Une mémoire de l’anéantissement », dans lequel des hommes, des femmes et des enfants de l’enclave palestinienne témoignent des atrocités perpétrées par l’armée israélienne, qui n’hésite pas à utiliser des robots tueurs.

Muriel Steinmetz 20 octobre 2025, L'Humanité 

Samar Yazbek est une romancière et journaliste syrienne. Opposante de gauche au régime de Bachar Al Assad, plus d’une fois menacée de mort, contrainte à l’exil en 2011 avec sa fille, poursuivie par les services de renseignements, elle est retournée clandestinement sur place en 2012 et 2013, revenue puis repartie après la chute du dictateur. Elle publie Une mémoire de l’anéantissement (Stock).

Elle y rapporte les témoignages de 26 rescapés de Gaza, évacués au Qatar pour y être soignés. Ce sont des récits à la première personne, sortis de la bouche d’hommes, de femmes, d’enfants, aux statuts sociaux divers. Tous ont vécu sous les bombes durant plus de deux ans. Ils ont subi le pire.

Survivants du génocide, ils sont ceux dont on parle peu et qui ont tant à dire. Ils racontent les drones, les bombes à l’uranium utilisées au même titre que la famine, l’amoncellement des corps, les chats et les chiens qui dévorent les cadavres, les plaies des blessés grouillant de vers. Et ces enfants de 6 ans dont les cheveux blanchissent en une nuit.

Vous donnez la parole à des Gazaouis. On a certes des images de la catastrophe qui les frappe, mais les témoignages verbaux directs sont exceptionnels…

Ce livre fait partie de mon projet autour de la mémoire collective. Depuis Feux croisés. Journal de la révolution syrienne (2012), les Portes du néant (2016) et 19 Femmes : les Syriennes racontent (2019), je donne la parole aux victimes. La vie quotidienne, personnelle, intime, est éminemment politique.

 

Je relate la manière dont des êtres si atrocement meurtris ont vécu dans l’enfer. Montrer une part de leur souffrance, c’est le devoir des journalistes, des intellectuels, des écrivains et des activistes ; affronter l’horreur avec leurs armes à eux, les mots.

Dans quelles conditions ont eu lieu les entretiens ?

J’étais au Qatar pour des raisons personnelles : ma fille, qui travaille là-bas, a eu un grave accident. Je suis allée à son chevet depuis la France. Sur place, j’ai découvert par hasard des rescapés gazaouis venus se faire soigner dans le complexe médical Thumama. La plupart étaient amputés, brûlés, très blessés. Ils étaient environ 3000, avec leur famille. Je me suis présentée comme bénévole auprès des femmes.

J’ai d’abord vu un enfant en fauteuil roulant, amputé des deux bras et des deux jambes. J’ai passé des années à documenter la guerre en Syrie ; j’en ai été traumatisée. Là, il fallait faire quelque chose. Dans les médias, ce ne sont que slogans politiques.

J’ai décidé de rester avec eux pendant des mois, durant l’année 2024, pour documenter leur souffrance et faire entendre leur voix. Ce n’était pas prévu. Je finissais un roman. Je m’apprêtais à aller au Soudan travailler avec des femmes violées.

Quelles questions avez-vous posées ?

À chacun, j’ai posé deux questions : que s’est-il passé pour vous le 7 Octobre ? Comment avez-vous perdu un morceau de votre corps ? Je me suis concentrée sur leur vie : une femme était en train de faire la cuisine quand elle a perdu sa fille ; un homme allait à l’école avec son fils, quand les avions ont bombardé son immeuble.

Qui sont ces hommes et ces femmes ?

Ce sont des professeurs d’école, des femmes au foyer, des étudiants, des journalistes, des infirmières, des patrons. Il y a beaucoup de mères, des adolescents. Abddallah, le plus jeune témoin, a 13 ans. Son visage a été complètement brûlé. Son corps est constellé de débris d’obus.

Il a vu sa famille entière brûler sous ses yeux. Les deux premiers témoins du livre sont mari et femme. Leur seul fils a été tué par un bombardement ; l’une de ses sœurs a perdu sa jambe lors de l’effondrement de la maison, l’autre est morte et la sœur jumelle de cette dernière a été brûlée, défigurée.

L’impression qu’on retire, à la lecture, est celle d’un traumatisme monstre partagé par tous.

Je partage leur souffrance. Si Abdallah a vu sa mère brûler vive devant ses yeux, qui sait si demain nous ne serons pas visés ? L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la sauvagerie. Des gens comme nous se doivent de lutter pour la justice qui est chose très profonde.

On ne peut rester silencieux, en évitant de dire la vérité. Je n’ai pas senti de velléité de vengeance chez toutes ces personnes. Je n’ai pas confiance en un système politique international qui ne fait rien. On dit que la guerre est finie. C’est totalement faux.

Comment la romancière en vous a-t-elle pu appréhender ces cris de douleur loin de toute fiction ?

Quand la révolution en Syrie a débuté en 2011, jamais je n’aurais cru documenter un jour l’horreur de notre humanité actuelle. Jamais ! Ce projet a transformé ma vie.

La romancière en moi est exilée, coupée de sa capacité à inventer de la fiction. Il m’était impossible, par le prisme de la littérature, d’évoquer l’horreur du présent, les viols, les bombardements et les massacres en Syrie. J’ai donc commencé ce projet sur la mémoire collective.

Votre ouvrage tranche, par sa franchise crue, alors qu’on ne se livre, le plus souvent, qu’à des réflexions générales portant sur le conflit israélo-palestinien.

Cette situation dure depuis presque soixante-dix ans. Je pense qu’on doit créer un nouveau narratif, très différent de ce dont on a l’habitude. À mon avis, une vie humaine, avec ses détails personnels, donne à voir bien plus et en dit plus long que les discours politiques.

On doit travailler avec ce genre de narratif. C’est davantage utile, plus fort et plus profond que les paroles sèches des médias. Avec le temps, on a déshumanisé les Palestiniens.

Il y a une répétition dans les récits. Cette récurrence marque le caractère intentionnel de certains actes et confirme l’entreprise génocidaire méthodique mise en œuvre…

La récurrence des témoignages fait partie de ma méthode. Un massacre est ainsi vu sous plusieurs angles. Pour celui qui a eu lieu à l’hôpital Al-Shifa, j’ai donné la parole à deux femmes, ainsi qu’à un docteur. Chacun a sa façon de dire, d’évoquer tel détail, de raconter ce qu’il a vécu. C’est comme un puzzle où chaque pièce finit par s’assembler.

Une fois le livre lu, on saura ce qu’il s’est réellement passé dans ce complexe hospitalier, le plus important de la bande de Gaza. Ils ont tué les patients, assiégé la place, interdit l’eau et la nourriture, bombardé le bâtiment, détruit le service de maternité, les couveuses. Un soldat israélien a fait semblant de violer un jeune homme amputé. Il secouait son lit de façon suggestive en disant : « Je te nique. »

Tous disent que les actes infâmes commis par Israël ne sont pas liés aux attaques du Hamas.

C’est ce qu’ils ont le plus souvent répété. Ils me disaient : « Nous sommes pacifiques et ils nous attaquent. Ils ont tué les bébés, les femmes enceintes. »

Certains mentionnent la nouveauté terrifiante des armes. Bombes empoisonnées, mais surtout l’usage des drones…

Je suis journaliste depuis trente-sept ans. J’ai travaillé en Syrie, au Moyen-Orient. J’étais sur la ligne de front en Syrie. J’ai interviewé des chefs islamistes radicaux. J’ai vécu sous les bombardements. J’ai vu des massacres. J’ai écrit sur les prisons et les viols, mais je n’ai jamais documenté cette façon de tuer les gens. Je pense à Shima, 21 ans. Elle m’a raconté la mort de son père.

Il faut savoir que des robots tueurs vivent parmi les Gazaouis. On les surnomme « zannana » à cause du grésillement qu’ils émettent. Ce sont des drones. Son père a été la cible d’un quadricoptère de ce type qui peut tirer et même se faire exploser. Il est entré dans une pièce, en a traversé deux autres – tel un petit papillon métallique – pour tuer son père, avant de ressortir la fenêtre. C’est ça la science-fiction, la sauvagerie absolue. Il s’agit d’une nouvelle guerre, menée par l’Intelligence artificielle.

Que pensez-vous des négociations en cours sur le sort futur de Gaza et, plus largement, de la Palestine ?

Je préfère ne rien dire. J’ai perdu l’espoir mais je ne peux pas le dire. Il n’y a pas de mots pour dire la situation.

Où vivez-vous désormais ?

Je ne sais pas. Je vole avec le vent ! Je voyage beaucoup. Je suis entre la France, le Liban et le Qatar.

 

Samar Yazbek interviewée par Muriel Steinmetz dans L'Humanité: Gaza - « Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens »
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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 07:26
Chômage : la rupture conventionnelle, prochaine victime du gouvernement

Pour réduire les coûts de l’indemnisation chômage, le gouvernement prévoit de s’en prendre au dispositif de départ négocié entre employeur et employé, pourtant mis en place à la demande du Medef.

C’est l’attaque que les syndicats n’avaient pas vu venir. Parmi la série de nouvelles mesures promues par le gouvernement pour limiter l’accès à l’indemnisation chômage au nom de l’équilibre budgétaire, figure l’idée de réformer les ruptures conventionnelles.

Comme rappelait la feuille de route présentée le 4 août par l’exécutif, syndicats salariaux et patronaux sont invités à réfléchir aux modalités d’indemnisation de cette procédure instaurée en 2008 sous Nicolas Sarkozy, à la demande du patronat.

Destinée à permettre un divorce à l’amiable entre employeur et salarié en CDI, la rupture conventionnelle a en effet ouvert une voie médiane entre la démission, qui ne donne droit à aucune indemnisation chômage, et le licenciement, que l’employeur doit justifier et qui peut donner lieu à une contestation juridique devant les prud’hommes.

Un dispositif trop cher, selon le gouvernement

Elle a permis d’« apaiser » le marché du travail : « On voit que le nombre de contentieux prud’homaux a beaucoup baissé grâce à ces ruptures conventionnelles », a tenu à rappeler, fin juillet, Patrick Martin, le patron du Medef, appelant à « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Mais, pour le gouvernement, le dispositif coûte trop cher et, comme pour le reste de l’assurance-chômage, il faut lancer la chasse « aux abus ».

« Nous sommes toujours dans la stigmatisation des chômeurs, l’idée que la situation serait de leur faute, cela s’inscrit dans le discours populiste actuel sur l’assistanat », déplore Michèle Bauer, avocate spécialisée en droit du travail, qui accompagne de nombreux salariés. Elle rappelle par ailleurs qu’« une bonne partie de ces ruptures sont en fait des licenciements déguisés » et que beaucoup d’autres concernent « des salariés en grande souffrance pour qui c’est la seule solution ».

Il n’empêche. « C’est aujourd’hui 25 % de l’indemnisation au chômage », soit 9,4 milliards d’euros, a souligné, sur BFMTV-RMC, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail et de l’Emploi, pour à peine plus d’un sixième des allocataires. La raison de ce surcoût est, selon elle, des indemnités « supérieures » et une durée d’indemnisation plus longue que pour ceux qui se retrouvent au chômage pour une autre raison (15 mois contre 14 en cas de licenciement économique et 13 pour les autres types de licenciements et les ruptures volontaires).

Un dispositif victime de son succès

La rupture conventionnelle est par ailleurs victime de son succès. Entre 2019 et 2024, son nombre est passé de 439 000 à 515 000, soit une hausse de 17 %. « La plupart des gens concernés par les ruptures conventionnelles sont des cadres. Ils ont des salaires, donc des indemnités, élevés », confirme Michèle Bauer. 

Mais elle explique surtout la plus longue durée d’indemnisation par le fait « que beaucoup de ruptures conventionnelles ont lieu après une période de forte pression et qu’il s’agit de salariés qui ont besoin d’abord d’une aide psychologique », mais aussi parce que beaucoup « donnent lieu à des reconversions plus longues pour ceux qui veulent changer de domaine ou créer une entreprise ».

Surtout, calculer le montant et la durée des indemnités des personnes en rupture conventionnelle par rapport à ceux de l’ensemble des chômeurs « est absurde », souligne Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT en charge des négociations sur l’assurance-chômage : « On compare ce qui n’est pas comparable. La moitié des personnes indemnisées par l’Unédic sont des précaires qui arrivent au chômage après un cumul de CDD ou de missions d’intérim. Forcément, avec des contrats courts et des petits salaires, ils sont moins bien indemnisés. Ce qu’il faudrait, c’est comparer uniquement les allocataires qui étaient en CDI. »

Mais, pour le gouvernement, toute source d’économies sur le dos de la protection sociale est à étudier. Dans le cas des ruptures conventionnelles, il suggère deux pistes de réforme : allonger le délai de carence et réduire la durée d’indemnisation. « Le salarié perçoit des indemnités pour quitter l’entreprise et bénéficie aussitôt de l’assurance-chômage. Ne faut-il pas instaurer un délai correspondant à cette indemnisation avant de percevoir le chômage ? » avait ainsi fait mine de s’interroger la ministre de la Santé et du Travail, Catherine Vautrin, le 21 juillet, dans l’Union.

Jusqu’à présent, les personnes ayant signé une rupture conventionnelle, qui reçoivent des indemnités supérieures au montant légal, ne reçoivent pas d’allocation chômage pendant 150 jours, contre 75 en cas de licenciement économique. L’idée serait donc d’étendre encore ce délai. « Mais l’indemnité supralégale a été gagnée à défaut de conserver son emploi. S’en servir pour réduire la durée d’allocation, c’est reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autre », commente Denis Gravouil.

13 000 personnes pourraient être concernées

Une étude de l’Unédic, datée du 30 juin, a tenté d’évaluer ces différentes pistes d’économies. Elle estime que 13 000 personnes pourraient être concernées par cet allongement du délai de carence, puisque c’est le nombre de gens qui, en 2024, ont atteint les 150 jours de déféré pour l’ouverture de leurs droits. L’impact financier pourrait être entre 30 millions et 200 millions d’euros la deuxième année, et se réduit progressivement ensuite au moment des premières fins de droits pour un effet annuel en régime de croisière entre 15 millions et 60 millions d’euros.

Et encore, sous réserve que cette modification des règles n’entraîne pas une baisse des ruptures conventionnelles au profit des licenciements. Quant au plafonnement des allocations, son effet est encore plus complexe à mesurer, là encore parce qu’il pourrait entraîner un changement de comportement de la part des salariés.

Ce flou comptable n’entrave pas la croisade du gouvernement contre les bénéficiaires de rupture conventionnelle, présentés comme des profiteurs. Tout en cherchant à préserver un système qui avantage le patronat. « Dès le départ, on avait bien vu que c’était encore une mesure qui allait profiter aux employeurs mais pour laquelle l’État allait devoir payer », rappelle Michèle Bauer.

À son instauration, les syndicats et la gauche avaient d’ailleurs bataillé pour obtenir le droit à l’indemnisation en contrepartie de cette facilité de la rupture de contrat. L’État ne voulant plus payer, cette compensation risque de se réduire comme une peau de chagrin.

 

 
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20 juillet 2025 7 20 /07 /juillet /2025 10:14

Une étudiante, Éléonore Pattery, est à l’origine de cette pétition contre le texte controversé qui réautorise certains pesticides mortifères. Le seuil de 500 000 signatures a été dépassé. Dimanche 20 juillet, elle en affichait 847 000. La loi pourrait être redébattue en séance publique, à la discrétion de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale.

Le 10 juillet dernier, une étudiante inconnue du grand public, Éléonore Pattery, 23 ans, déposait en ligne sa pétition « Non à la loi Duplomb ». Elle a atteint rapidement les 100 000 signatures, palier nécessaire pour être publiée sur le site de l’Assemblée. Suite à cela, la pétition est devenue virale, atteignant 200 000 signatures dans les trois jours suivant. Elle a désormais franchi le record historique de 500 000 signatures. La loi Duplomb pourrait être de nouveau inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et être débattue en séance plénière à la rentrée parlementaire (à partir de septembre) au bon vouloir de la conférence des présidents, qui réunit les chefs des groupes inscrits dans l’hémicycle.

Le texte de cette pétition réclame « l’abrogation immédiate (et) la révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée », ainsi que « la consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit ».

Vers un retour de la loi à l’Assemblée ?

La loi Duplomb, initiée par le sénateur LR éponyme avec l’assentiment de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, est le fruit d’un braquage législatif : à l’Assemblée, les députés de droite avaient voté la motion de rejet contre leur propre texte, pour accélérer les débats et passer par la commission mixte paritaire, où ils détiennent la majorité.

Cette dernière a débouché sur une version définitive de la loi, pourtant dénoncée comme dangereuse pour la santé des Français par de nombreuses associations, le 2 juillet dernier. Enfin, elle a été adoptée à l’Assemblée nationale le 8 juillet dernier avec 316 voix pour, 223 contre et 25 abstentions. La gauche s’y est opposée et a saisi le 11 juillet le Conseil constitutionnel, au motif que ce texte est incompatible avec la préservation de l’environnement et le droit à la santé. « Cette réaction d’ampleur démontre l’absence de légitimité démocratique de cette loi Poison qui a été imposée par un passage en force, a réagi Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et membre du Groupe Écologiste et Social. Nous nous battrons pour que ce débat soit organisé dès la rentrée parlementaire. »

La loi Duplomb permet notamment l’utilisation de l’acétamipride, un pesticide potentiellement cancérigène pour l’humain s’il y est exposé trop fréquemment, comme le pointait la vice-présidente de la Ligue contre le cancer dans les colonnes de l’Humanité.

 

Quoi qu’il advienne de la décision de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale, qui pourrait ne pas réexaminer sur le fond la loi contestée, et encore moins l’abroger, la démarche d’Éléonore Pattery est une première victoire citoyenne et un premier désaveu pour le gouvernement.

Le texte de cette pétition

Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective

Je m’appelle Eléonore PATTERY, j’ai 23 ans, et je suis actuellement en Master QSE et RSE (Qualité, Sécurité, Environnement / Responsabilité Sociétale des Entreprises).

En tant que future professionnelle de la santé environnementale et de la responsabilité collective, j’apprends chaque jour à appliquer ce que vous — législateurs — refusez aujourd’hui de respecter vous-mêmes.

La Loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire.
Elle représente une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire, et le bon sens.

– Cette loi est un acte dangereux.
Pour les travailleurs, les habitants, les écosystèmes, les services écosystémiques, et pour l’humanité tout entière.
Elle fragilise les réseaux trophiques et compromet la stabilité de notre environnement — dont nous dépendons intégralement.
Nous sommes ce que nous mangeons, et vous voulez nous faire manger quoi ? Du poison.

📚 Les grands textes l’avaient déjà dit :
Le rapport Brundtland, l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (MEA), les rapports du GIEC, les études de l’OMS, de l’INRAE, de Santé Publique France… Tous alertent depuis des décennies sur les conséquences des politiques destructrices du vivant et de la santé.
Et pourtant, vous persistez à légiférer contre l’intérêt général.

⚖️ Un acte possiblement inconstitutionnel.
Selon l’article L110-1 du Code de l’environnement, l’État français est garant de principes environnementaux comme:

« 6° Le principe de solidarité écologique, qui appelle à prendre en compte, dans toute prise de décision publique ayant une incidence notable sur l’environnement des territoires concernés, les interactions des écosystèmes, des êtres vivants et des milieux naturels ou aménagés ; »

Et la LOI constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 relative à la Charte de l’environnement (JORF n°0051 du 2 mars 2005 page 3697) (annexée à la Constitution de 1958) dans son chapitre 1er :

« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »

En validant cette loi, vous violez potentiellement ce droit constitutionnel, et portez atteinte à l’obligation de précaution, pourtant consacrée par le principe n°15 de la Déclaration de Rio et repris dans notre droit.

Je m’oppose donc à la Loi Duplomb.

Par cette pétition, je demande :
– Son abrogation immédiate ;
– La révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée ;
– La consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit.

Aujourd’hui je suis seule à écrire, mais non seule à le penser.

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8 juin 2025 7 08 /06 /juin /2025 07:52
Haro sur les Jacobins - Essai sur le mythe politique - Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien invités des Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 10 juin 2025

Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien seront à Morlaix le mardi 10 juin pour les mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix et à Quimper le mercredi 11 juin pour une conférence-débat à la section du PCF Quimper, place de Locronan, à 18h.

Interview dans l'Humanité Magazine de Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien sur leur essai: Haro sur les Jacobins

Interview dans l'Humanité Magazine de Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien sur leur essai: Haro sur les Jacobins

Haro sur les Jacobins - Essai sur le mythe politique - Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien invités des Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 10 juin 2025
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30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 08:45
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.

Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, écrivain d'origine algérienne née à Oran, fondateur et animateur de la revue Apulée, qui a publié il y a quelques semaines un magnifique "N'oublie pas notre Arménie" aux éditions Zulma,  Éric Amis et Guy Basset. Camus et l'Espagne, Camus et l'Algérie, Camus et la violence révolutionnaire, le terrorisme et la bombe nucléaire. Des réflexions très stimulantes à trois voix autour d'une grande œuvre humaniste qui interroge et percute notre temps. C'était à la librairie Dialogues de Morlaix ce mercredi 28 mai en introduction d'un beau week end littéraire et culturel à Carantec. 

Vos correspondants du Chiffon Rouge Ismaël Dupont, Lucienne Nayet et Marie-France Monery y étaient.

28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
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20 mai 2025 2 20 /05 /mai /2025 05:00
Valère Staraselski à la librairie Dialogues le jeudi 15 mai 2025 pour présenter Les Passagers de la cathédrale

Un moment de discussion riche avec notre ami Valère Staraselski hier, invité de la librairie Dialogues Morlaix jeudi 15 mai, pour la présentation de son dernier roman, "Les Passagers de la cathédrale", explorant les rapports entre christianisme et communisme, et de son essai sur le communisme et le philosophe italien Losurdo.

Valère Staraselski à la librairie Dialogues le jeudi 15 mai 2025 pour présenter Les Passagers de la cathédrale
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11 mai 2025 7 11 /05 /mai /2025 18:55
Valère Staraselski invité de la librairie Dialogues Morlaix le 15 mai de 17h à 19h pour présenter Les Passagers de la cathédrale

L'écrivain Valère Staraselski, romancier, journaliste, intellectuel, sera à la Librairie Dialogues de Morlaix pour une rencontre le jeudi 15 mai de 17h à 19h autour de son dernier roman, "Les Passagers de la Cathédrale", qui interroge le christianisme et son rapport au communisme.

Une rencontre passionnante en perspective, chaudement recommandée par le Chiffon Rouge.

Valère est venu plusieurs aux mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix pour nous parler de ses livres sur Aragon et sur La Fontaine en 2018 et en 2022, comme à Brest à l'invitation des amis de l'Humanité et de la section PCF de Brest pour nous parler de son livre sur 100 ans d'histoire du Parti communiste.

 

Les Passagers de la cathédrale

Au troisième jour de la Semaine sainte de 2019, peu après dix-huit heures, des
millions de Français assistent, médusés, par télévision interposée, à l’incendie
de Notre-Dame de Paris. Les flammes détruisent intégralement la flèche.
L’incendie dure près de quinze heures. Ce fut le sinistre le plus important subi
par la cathédrale depuis sa construction en 1163.
De notre 21 ème siècle, André Malraux avait dit : « Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. » Il est un fait que partout dans le monde, sous une forme ou une autre, l’histoire continue d’administrer la preuve que les êtres humains ne vivent pas que de pain, de jeux et que le besoin de sacré leur est consubstantiel.
Comme autant de passagers, les personnages de ce roman se retrouvent dans la proximité d’une cathédrale d’Ile de France où ils vivent et questionnent leur présent en tentant parfois de s’aider de l’histoire, de notre histoire.
L’amitié entre Louis, vieux professeur communiste, bénévole à la cathédrale,
François, palefrenier, membre du collectif Les morts de la rue, Darius, réfugié
iranien, chargé de mission humanitaire, Thierry, alias Chéri-Bibi, gardien de
musée, est éclairée par la figure irradiante de Katiuscia, jeune femme alliant
tradition et révolution.

Valère Staraselski au Mardi de l'éducation populaire

Valère Staraselski au Mardi de l'éducation populaire

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25 avril 2025 5 25 /04 /avril /2025 04:36
Haro sur les Jacobins! Essai sur un mythe politique (XVIIIe-XXIe siècle) - Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien retracent l’histoire méconnue des fers de lance de la Révolution

Guillaume Roubaud-Quashié et  Côme Simien seront à Morlaix pour présenter leur livre "Haro sur les Jacobins! Essai sur un mythe politique (XVIIIe-XXIe siècle) pour une conférence-débat au local du PCF Morlaix le mardi 10 juin à Morlaix à 18h avec les Mardis de l'Éducation Populaire

"Haro sur les Jacobins" - de Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien, PUF, 240 pages, 19 euros

Les Jacobins et le jacobinisme n’en finissent pas d’occuper le débat public français, comme anathème souvent, comme étendard parfois. Ce sont pourtant des mots piégés, charriant avec eux bien des légendes qui s’ignorent. Dans l’imaginaire commun, le jacobinisme désigne une centralisation féroce. Par opposition, le girondinisme, supposé décentralisateur, est paré de toutes les vertus libérales. Jacobins, jacobinisme : ces deux termes suggèrent aussi une année, 1793, et une dicta-ture, celle du Comité de Salut public. Nous faisons ainsi retour en l’an II, entre Robespierre et la guillotine, dans la violence et l’inflexibilité d’un pouvoir central inquisiteur.

Et si les travaux des historiens avaient autre chose à nous dire ? Le jacobinisme a-t-il seulement existé ? Et qu’est-ce donc, pour commencer, que les « Jacobins » ?

Pour les retrouver tels qu’ils furent et comprendre les références polémiques dont ils ont été depuis l’objet, il faut se plonger dans un récit de luttes et de rapports de force, donnant ainsi à voir sous un angle nouveau deux siècles d’une histoire politique française toujours passionnée par la Révolution.

Haro sur les Jacobins! Essai sur un mythe politique (XVIIIe-XXIe siècle) - Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien retracent l’histoire méconnue des fers de lance de la Révolution
 
« Haro sur les Jacobins » : Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien retracent l’histoire méconnue des fers de lance de la Révolution
 
Retraçant l’histoire de ces citoyens connus de tous mais trop souvent stéréotypés, Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien livrent un morceau de réel qui remet la révolution sur ses pieds.
 
Eric Payonne - L'Humanité , 19 mars 2025
 

Il est des groupes politiques qui incarnent une idée de la politique elle-même : les Jacobins en font évidemment partie. C’est de ce « club » que les deux historiens Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien s’attellent à dépeindre le réel par-delà les stéréotypes, quitte à entreprendre une histoire de l’histoire des Jacobins. Et ils sont nombreux, à l’égard de ces révolutionnaires, les stéréotypes.

Que furent-ils vraiment, en leur temps, de 1789 à 1794 ? Et après ? À quelles fins ont-ils été utilisés, réhabilités ou incendiés par les acteurs politiques qui leur ont succédé jusqu’à nos jours, dans cette ère nouvelle dont ils frayèrent le chemin ?

Le cliché le plus ancré aujourd’hui, dans les consciences antijacobines, est bien sûr celui de la centralisation. Qui n’a pas entendu discourir, ces dernières années, contre cette maudite « centralisation jacobine » ? Au point que la formule en est presque devenue un pléonasme, l’adjectif « jacobin » suffisant à qualifier toute politique centralisatrice, voire « parisianiste ».

Les Jacobins, les seuls à permettre une forme de démocratisation de la Révolution

Les deux auteurs montrent que les clubs révolutionnaires, de 1789 à 1792, ne s’appuient pas tant sur l’opposition entre Paris et la province que sur celle entre élites bourgeoises et classes populaires, dépourvues de droits civiques. Les clubs sont incontestablement bourgeois : les parrainages et cotisations exigés pour être des leurs en témoignent. Mais si les Jacobins n’échappent pas à la règle, ils seront néanmoins les seuls, à partir de la chute de la monarchie le 10 août 1792, à rebattre les cartes et à permettre une forme de démocratisation de la Révolution.

Dès lors fleurissent dans toute la France des sociétés populaires et autres clubs affiliés aux Jacobins et comptant dans leurs rangs de plus en plus d’hommes aux origines modestes. Et ce, y compris dans de petites bourgades. C’est même là que le mouvement jacobin « se fait, sociologiquement, le plus populaire ».

À propos des multiples formes de réhabilitation au XIXe siècle, les auteurs remarquent d’ailleurs que les Jacobins sont globalement méprisés par les classes possédantes. « Quoique les Jacobins d’hier répugnent à toute idée de lutte des classes, cela n’empêche pas le développement d’un jacobinisme relu à travers une perspective de classe ou, pour le moins, une optique plébéienne. » Ainsi dans les Misérables d’Hugo, les Jacobins sont méprisés par presque tous les personnages négatifs.

Mais le « jacobinisme » a-t-il seulement existé ? Dans les faits, il n’y a aucune doctrine claire, homogène, qui leur soit collectivement attribuable. Ni en théorie ni en pratique. S’il fut dans la seconde partie du XXe siècle amalgamé au « stalinisme », c’est que le jacobinisme a servi, y compris pour une partie de la gauche mitterrandienne, de preuve définitive à l’encontre de toute velléité révolutionnaire. Un trait d’union fut tiré entre Jacobins, despotisme, terreur et révolution, donnant du grain à moudre aux conservateurs de l’ordre social en place. L’histoire continue.

Haro sur les Jacobins, de Guillaume Roubaud-Quashie et Côme Simien, PUF, 240 pages, 19 euros

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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 07:24
Poésie en Palestine au Bar des deux Rivières ce samedi 22 mars avec Eva Langlois et le Théâtre de la Corniche

Samedi 22 mars, dès 18 h au bar des Deux Rivières à Morlaix, à l’occasion du mois de la poésie, le Théâtre de la Corniche et Eva Langlois, appuyés par l’association France Palestine solidarité (AFPS), se proposent de faire découvrir au public les textes de plusieurs écrivaines palestiniennes. Car derrière le bruit des bombes, à Gaza, il existe « une forme de résistance plus silencieuse, celle des mots que ces femmes mettent sur des maux ». Ah ! Si les mots avaient le pouvoir de faire taire les armes ! Eva l’affirme, il y a « derrière ces textes une puissance poétique rare, sans compter qu’on sent un degré d’urgence absolue derrière leur détresse ».

L’âme de ces femmes parfois exilées

Ces textes sont ceux de huit poétesses, romancières, scénaristes, journalistes, qui témoignent de leur enfer quotidien. Durant près d’une heure, l’artiste dévoilera l’âme de ces femmes parfois exilées, amputées d’une patrie qu’on leur dénie, dont les textes hurlent les privations, les décombres, la mort absurde et arbitraire, l’injustice, mais aussi l’existence fière et courageuse d’un peuple millénaire que l’on veut effacer.

Pratique

Participation libre. Réservation au 02 98 63 42 14, sur le répondeur ou sur à theatrelacorniche@orange.fr

Poésie en Palestine au Bar des deux Rivières ce samedi 22 mars avec Eva Langlois et le Théâtre de la Corniche
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22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 07:21
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza » - Poètes et poètesses de Gaza publiés aux éditions Libertalia, Orient XXI
Voici un poème de la première partie du livre « Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », poème écrit par une femme, Neeamat Hassan, sous les bombardements le 26 octobre 2023
 
ÊTRE MÈRE À GAZA
 
Être mère à Gaza
C’est ne pas dormir
C’est tendre l’oreille
Dans le noir
Tâter ses moindres franges
Trier un à un tous les sons
En choisir un, de quoi créer
Un conte à sa mesure
En faire une berceuse
Et quand tout le monde dort
Se dresser comme un bouclier
Face à la mort
Être mère à Gaza
C’est ne pas pleurer
C’est ramasser la peur
La colère
Et les prières
À pleins poumons
Attendre que les avions
Finissent de rugir
Pour libérer le soupir
Être mère à Gaza
C’est ne pas pouvoir être comme toutes les autres mères
C’est faire du pain frais grâce au sel de ses yeux
Et voir ses tout-petits mangés par la patrie
 
Neeamat Hassan
 
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », Libertalia, ORIENT XXI, poème sélectonné et traduit par Nadia Yafi
« Je rêve d’une mort retentissante, laissez-moi mourir comme je l’entends »
 
Par Haïdar Al Ghazali
 
Texte écrit le 27 octobre 2023
Là, maintenant, personne ne pourra me pleurer, personne ne pourra composer d’éloge funèbre, mon corps ne sera sans doute même pas retrouvé, et personne ne pourra donc m’enterrer, l’air libre sera ma tombe et le témoin de cette tombe un simple nuage, qui fera de l’ombre aux enfants, et ils grandiront.
Dieu merci, ils n’ont pas pu inclure l’air dans le blocus, ce qui me laisse encore la possibilité d’écrire cette folie, certes je ne suis pas libre dans cette absence, je ne suis pas libre puisqu’à tout moment exposé à une mort silencieuse, dont personne ne saura rien, je ne suis pas libre si je ne peux choisir ma mort, et pourtant je reste libre en mourant, alors allez-y détruisez toujours plus, faites exploser encore davantage, labourez donc la terre avec la mort, toute la terre, notre terre est une immense flûte de roseau, plus on y creuse de trous et plus elle est capable d’exhaler de nouvelles mélodies, de ces maqâms de l’impossible retour des ruines.
Il est maintenant vingt heures quinze, je vais me coucher, je vais préparer mon corps pour le missile impromptu qui l’explosera. Je vais préparer mes souvenirs, préparer mes rêves à devenir cette petite ligne de brève, ou ce simple numéro dans un dossier. Pourvu que le missile vienne dans mon sommeil, afin que je ne ressente aucune douleur ; voilà donc nos ultimes souhaits dans la guerre, une pitoyable conclusion de nos rêves grandioses.
Je quitte la frayeur de la famille vers mon matelas en me posant la question suivante : qui donc disait déjà au Gazaoui que le dormeur ne souffrait pas ? Et je me suis endormi. »
Haïdar Al Ghazali
 
« Que ma mort apporte l’espoir, poèmes de Gaza », Libertalia, ORIENT XXI, poème sélectionné et traduit par Nadia Yafi
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