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15 novembre 2025 6 15 /11 /novembre /2025 07:24
Note de lecture - Jean-Marie Le Scraigne: une vie de militant au Huelgoat

C'est le troisième volet du récit de vie de Jean-Marie Le Scraigne que m'a fait découvrir notre amie et camarade Patricia Paulus. 

Le conteur breton, militant communiste, ancien résistant, et élu communiste à Huelgoat pendant plus de 40 ans, Jean-Marie Le Scraigne y raconte sa vie professionnelle et son dur labeur de petit paysan, "héritier" de générations de paysans sans terre, sans capital et aux terres pauvres du hameau du Fao, percuté par la révolution technique agricole et de tailleur de pierre, sa vie municipale et politique, le pittoresque de la vie sociale au Huelgoat quand il était plus jeune, les rivalités avec Scrignac et Berrien (première communiste communiste du centre-Finistère, depuis l'avant-guerre).  

Le récit, émaillé d'expressions en breton, est passionnant, truculent. Il fait revivre un Finistère intérieur et rural haut en couleur, les spécificités d'une agriculture centrée sur l'élevage de chevaux de labour dans les Monts d'Arrée, florissant pendant la guerre et dans l'après-guerre, mais déclinant avec la mécanisation des années 1950-1960.

L'implantation du PC à Huelgoat est ancienne, avec notamment l'élection aux élections municipales du secrétaire de section, le médecin des pauvres Fernand Jacq, élu au Conseil Municipal en 1935, puis battu à 20 voix d'écart seulement par le candidat socialiste aux élections cantonales de 1937, exécuté en 1941 près de Chateaubriant où il avait été enfermé avec les autres internés communistes, dont les 27 fusillés le 22 octobre 1941. 

FERNAND JACQ médecin et élu au Huelgoat, militant communiste et résistant, fusillé à Châteaubriant le 15 décembre 1941 (archives départementales du Finistère)

8 mai 2025: le PCF rend hommage à Fernand Jacq au cimetière de Huelgoat. Discours de Pierre-Yves Thomas

« Médecin des pauvres » et Résistant : un hommage rendu à Fernand Jacq, ce 8 mai dans le Finistère - Mariam Fournier, Ouest-France, 6 mai 2025

Le jeudi 8 mars au cimetière de Huelgoat à 15h45, le PCF rendra hommage à Fernand Jacq, médecin des pauvres et élu et militant communiste du Huelgoat, fusillé par les Nazis le 15 décembre 1941

 Jean-Marie Le Scraigne adhère au PCF en 1947 après avoir été candidat une première fois sur la liste municipale du PCF en 1945, au sortir de la résistance. C'est son beau-père, petit paysan pauvre lui aussi mais plus conservateur qui sera élu à sa place au 1er tour du scrutin, et à l'époque, deux membres d'une même famille ne pouvaient être élus sur la même liste. A l'époque, le Parti communiste compte quatre cellules au Huelgoat: celle du centre-ville, celle du Vieux tronc, celle de Kervao, celle du Coat-Guinec. On se réunit chez le maire communiste depuis 1945, Alphonse Penven, où chez d'autres camarades. Le PC pousse Jean-Marie Le Scraigne à prendre des responsabilités dans la mutuelle chevaline indemnisant les paysans ayant eu des pertes de bêtes lors de la reproduction des chevaux. Dans l'après-guerre il y avait 50 exploitations agricoles avec des paysans de Huelgoat, aujourd'hui deux. 

Jean-Marie Le Scraigne raconte avec verve et force anecdotes les batailles homériques entre l'équipe de Pierre Blanchard, le candidat socialiste, appuyé sur le centre et la droite, très anti-communiste, et celle de Alphonse Penven, né en 1913 au village de Pierre Mocun, premier maire communiste du Huelgoat en 1945, puis sans discontinuer jusqu'en 1985, et député communiste aux élections à la proportionnelle de 1956, pendant la guerre d'Algérie, avec deux autres députés communistes finistériens: Marie Lambert, et G. Paul (de 1956 à 1958, avant la fin de la IVe République, et l'avènement de de Gaulle). 

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

Il nous conte les virées électorales d'Alphonse Penven, très charismatique et bon orateur, proche du monde paysan dont il était issu, sachant s'exprimer en breton, dans le Léon, où il l'accompagnait comme "garde du corps" avec Pierre Lozach. Mais aussi les opérations coups de poing de solidarité pour empêcher les saisies contre les petits paysans endettés, comme à l'époque des années 30 le faisait Tanguy Prigent et ses compagnons.    

Jean-Marie Le Scraigne nous raconte aussi les campagnes saisonnières de la ramasse des betteraves à sucre dans l'Aisne, au service de propriétaires terriens richissimes, souvent issus de l'aristocratie, où les travailleurs, paysans bretons pauvres bien souvent, étaient obligés d'accepter des cadences dures et des salaires chichement comptés pour pouvoir améliorer l'ordinaire. Même betteravier saisonnier dans l'Aisne, Jean-Marie Le Scraigne continue à faire de la politique pour le PC et à défendre les idées du PCF contre de Gaulle et la droite, les référendums plébiscitaires. 

L'auteur nous raconte aussi comment il faut responsable des associations de parents d'élèves au collège Jean Jaurès, inauguré en 1953, les relations parfois difficiles avec des directions de collège hostiles aux communistes, et plutôt proches des socialistes, les clivages de classe et politique entre lui, devenu ouvrier carrier, tailleur de pierre, cégétiste et communiste, et ses camarades issus des milieux populaires, et des enseignants ou ingénieurs de la centrale nucléaire de Brennilis, issus de milieux plus bourgeois mais tentés par le gauchisme, PSU et d'extrême-gauche, dans les années autour de 68. 

Il nous raconte aussi les fêtes de plein air du Parti, au mois d'août, à Huelgoat (Kervao), Scrignac et Berrien, avec kermesse l'après-midi et fest-noz le soir, très populaires dans les années 60-70, avant de connaître une fréquentation plus réduite dans les années 80, ses tournées des bars pour vendre les tickets d'entrée et vignettes pour les fêtes du Parti, parfois plus de 100 dans une tournée, au prix de cuites carabinées.

Un jour, il vend 130 vignettes bon de soutien pour la Fête de l'Humanité de Vincennes et devient le premier vendeur de billets sur le département du Finistère: le Parti lui offre donc le voyage en bus depuis Morlaix et l'entrée. Il retrouve à la fête de l'Huma à Paris des vieux copains exilés de Huelgoat, discute avec des communistes afghans, toute la magie de la fête! Le lendemain il est invité par un parlementaire communiste à suivre une séance du parlement européen à Strasbourg où il voit une délégation afghane demander de l'aide pour ses combattants contre le gouvernement communiste.    

Dans le dernier chapitre conclusif de ces mémoires "Et Maintenant?", Jean-Marie Le Scraigne montre qu'il n'a rien perdu de ses convictions communistes alors que Sarkozy gouverne, récupère le nom et le sacrifice de Guy Môquet (ce troisième livre de mémoire est publié chez Emglao Breizh en 2013, trois ans avant la mort de Jean-Marie Le Scraigne): 

" Dès que l'on veut parler politique avec la majorité des gens, tous vous disent que cela va mal. Nombreux sont même ceux qui vous disent que le capitalisme tire à sa fin, qu'il va dans le mur. Si c'est vrai, et je pense que ça l'est, par quoi va t-on le remplacer? A ceux qui me le demandent, je réponds que, bon gré mal gré, il faudra un jour en revenir aux théories de Marx et qu'il faut pour cela un changement de comportement et de mentalité. Il faut faire en sorte que l'humanité cesse d'être la jungle qu'elle est devenue, où ce ne sont pas des bêtes féroces qui dominent, mais des gens aux dents longues qui accaparent toutes les richesses de la planète.

Pour le camoufler, pour endormir les opinions publiques, ils se sont emparés en quelque sorte de tous les moyens d'information. Journaux, radios, télévisions, etc, diffusent chaque jour un refrain à la mode: la crise. La crise, d'accord, mais la faute à qui? Et ce n'est pas la crise pour tout le monde! Alors que les États se disent tous endettés, les grandes entreprises, elles, affichent des bénéfices toujours en hausse. (...). Le capitalisme, c'est comme le chiendent, il faut le déraciner. "

On ne peut que vous conseiller la lecture de ces mémoires de Jean-Marie Le Scraigne, un ressourcement militant et une plongée aussi dans l'histoire du Huelgoat et du centre-Finistère. 

Ismaël Dupont 

15 novembre 2025 

 

Voir aussi: 1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 63/ Jean-Marie Le Scraigne (1920-2016)t

L'oncle du journaliste, historien et écrivain quimpérois Georges Cadiou (L'hermine et la croix gammée), Jean-Marie Le Scraigne (en breton Jan-Mari Skragn, dit-il) est né au Huelgoat en juin 1920 (décédé en décembre 2016). Il a été retiré de l'école à 13 ans pour aider à la ferme malgré ses excellents résultats scolaires. Il est d’abord resté travailler à la ferme familiale, sur le plateau granitique de cette commune (en breton ar c’hludou), au cœur de l’Arrée.

Après son mariage, devenu père de famille, il préféra changer de métier et travailla comme carrier et marbrier, jusqu’à sa retraite.

Fervant militant communiste, il fut longtemps (une vingtaine d'années) conseiller municipal d’Huelgoat, élu sur la liste d"Alphonse Penven (maire et conseiller général PCF de la Libération à 1983, paysan de ce même quartier qui fut également député dans les années d'après-guerre).

Jean-Marie Le Scraigne s’est parfois exprimé à la télévision en breton (FR 3) sur la période du Front Populaire et nous a expliqué son engagement, contre la volonté paternelle...Il était connu comme chanteur de fest-noz (dans les années soixante-dix, avec B. Le Guern, L. Lozac’h). C’est à l’heure de la retraite qu’il s’est mis à composer des chansons, notamment à danser, en breton et en français. En 1986, il s'inscrit à un concours de contes en breton et obtient le premier prix. C'est en français il commencera à mettre ses contes par écrit, avant que les responsables de "Brud Nevez" lui conseillent de le faire en breton.

Francis Favereau, linguiste, spécialiste de la culture et de la langue bretonne, raconte:

" Parallèlement, Jean-Marie Le Scraigne a commencé à raconter divers contes (rismodilli, dit-il), qu’il avait entendus dans sa jeunesse à Kervinaouet, de la bouche de valets ou de mendiants, essentiellement. Il est ainsi devenu conteur, à la radio ou à la télévision, comme dans les veillées organisées ces dernières années, notamment par Dastum... Il compte actuellement parmi les meilleurs, avec Marcel Guilloux (Haute-Cornouaille) ou Jude Le Paboul (de Baud, Vannetais, disparu en 2001). L’originalité de J.M.Le Scraigne, c’est qu’il a transcrit la plupart de ses contes, d’abord en français, ne sachant guère écrire le breton, nous disait-il. Chez lui, Bilz(ic), l’adversaire déclaré du seigneur ainsi que du recteur, devient un «voleur honnête», comme il en faudrait davantage, conclut-il. Voilà qui, pour ce qui est de l’idéologie, nous situe aux antipodes de la morale traditionnelle héritée de FEIZ HA BREIZ  etc. Il y a chez lui un peu de cet «esprit sauvage de la Montagne», comme le dit si bien Y. Gwernig. On comprend mieux ce positionnement original grâce à l’étude qu’en a faite Ronan Le Coadic dans Campagne Rouges de Bretagne (SKOL VREIZH n° 22, 1991), où il a donné laparole aux communistes de cette région, en breton (F. Landré, maire de Scrignac, décédé en 1999, Daniel Trellu - cf. tome 3 - et Alphonse Penven, maire du Huelgoat et conseiller général du cantonde 1945 à 1983, qui fut député communiste de 1956 à 1958, disparu peu après son interview, ancien paysan dans la ferme de Coat Mocun sur les hauteurs du Huelgoat, dont J.M. Le Scraigne fut longtemps le colistier :

«Cela vient de loin, cela est ancien, parce que cette région était pauvre et que la terre était mauvaise. Les habitants pauvres avaient envie d’améliorer leur situation. Oui. Certains dans cette région ont fait la Révolution des Bonnets Rouges. Il y en avait beaucoup dans la région de Carhaix. A Plouyé, on en a découvert beaucoup en faisant le nouveau cimetière, beaucoup d’ossements. Ces gens avaient été tués par les soldats. Il y avait eu des heurts au Ty meur en Poullaouen, un combat entre Poullaouen et Carhaix. Et les Rouges, malheureusement, avaient perdu. Beaucoup avaient étét ués. Puis ce pays a été longtemps radical. Oui, c’était une région rouge par ici autrefois» (p. 55)...«Moi, je crois que les communistes ont confiance en l’homme, en son travail, et qu’ils soutiennent les pauvres surtout. Oui, des humanistes. Il s’agit d’aider ceux qui sont en bas de l’échelle à remonter et d’essayer d’avoir plus de justice dans ce pays» disait Jean-Marie Le Scraigne...

Francis Favereau  (https://ffavereau.monsite-orange.fr)

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13 novembre 2025 4 13 /11 /novembre /2025 06:32
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €

Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €

Je viens de terminer "Les morts de Raoul Villain" d'Amos Reichman, aux éditions Seuil (livre de la rentrée littéraire publié en septembre 2025), une enquête et historique et littéraire sur Raoul Villain, l'assassin de Jaurès, dont le meurtre, au Café du Croissant, motivé par l'idéologie nationaliste d'extrême-droite, la passion pour Jeanne d'Arc et la revanche d'un "esprit faible" considérant avec Action Française et une grande partie de la droite et de la presse de l'époque Jaurès comme un "traître" parce qu'il voulait la Paix, fut le vrai commencement de cette grande boucherie de la Première Guerre mondiale.
 
Un sujet qui ne pouvait que m'intéresser, car j'ai une admiration immense pour Jaurès et j'ai travaillé un an sur sa vie et son œuvre (philosophique, historique, politique, journalistique) pour mon sujet de mémoire de maîtrise de philosophie à Rennes 2. 
 
Ce récit, complexe, élégant, érudit, extrêmement bien écrit, avec des aller-retours temporels, est vraiment très stimulant et intéressant, une gageure quand on prend pour objet une personnalité grise, faible et antipathique, l'assassin sans relief d'une des plus belles figures d'humanité. On y trouve la préhistoire de l'assassinat, l'enfermement à l'asile de la mère de Raoul Villain, Marie-Adèle Collery, les années de formation laborieuses de Raoul Villain, qui échoue dans à peu près tout ce qu'il entreprend, à Reims, dont il fréquente la cathédrale et la statue de Jeanne d'Arc assidûment, puis à Paris, où il devient surveillant au lycée Stanislas (tiens donc, encore lui, une vraie pépinière pour la bourgeoisie réactionnaire!).
 
Amos Reichman imagine dans un récit halluciné les derniers jours avant l'exécution de l'acte prémédité de l'assassinat du directeur de l'Humanité et grand dirigeant socialiste et pacifiste. Toute proportion gardée, on est un peu dans le roman "Crime et châtiment" de Dostoïevski à suivre Raskolnikov avant l'assassinat de sa logeuse.
 
Amos Reichman tente d'imaginer les derniers instants avant le passage à l'acte irréparable. Et c'est crédible. Raoul Villain au nom prédestiné passera la guerre en prison, lui le médiocre va-t-en guerre qui évitera ainsi la mort au "champ d'honneur" et d'affronter la peur du combat, il sera acquitté en mars 1919 dans le contexte politique d'une chambre "bleu horizon" et dans un procès absolument scandaleux où il est défendu par l'avocat, politique et polémiste Alexandre Zévaès, longtemps proche de Jaurès, doublement traître, qui en 1941 commettra un appel à la collaboration avec l'occupant nazi intitulé "Un apôtre du rapprochement franco-allemand, Jean Jaurès". L'argument central de la défense de Villain: son "cerveau débile"... Lui qui en 1926 dans un lettre qu'il adresse à une banque parisienne pour y être embauché continue à se présenter comme l'auteur du "châtiment de Jaurès en pleine action de trahison". C'est vrai que ce ne sont pas les génies qui font l'histoire, ça se saurait! Suite à son acquittement, Raoul Villain, même sous un faux nom, sera régulièrement reconnu, menacé par les militants ouvriers, socialistes et communistes, et devra vivre dans l'errance et la clandestinité, jusqu'au bord de la Baltique, et en Autriche, vivant avec les subsides de son père, bourgeois noceur, huissier, qui le méprise mais ne l'abandonne pas pour autant. Il retourne à la Santé (et oui, la prison de Sarkozy, un autre miraculé de l'histoire judiciaire) pour trafic de monnaie pendant quelques semaines (il voulait faire du profit pour partir en Amérique), puis on le retrouve au Maroc en 1932 (sa passion des hommes forts, et de la France triomphante, s'accompagnait bien de l'attrait pour l'idéal colonial), puis à Barcelone et enfin aux Baléares. C'est aux Baléares, en plein début de la guerre civile espagnole, dans un village où il côtoie Walter Benjamin, fuyant le nazisme, et le petit-fils de Paul Gauguin, au milieu des ruines carthaginoises, qu'il est lui aussi assassiné par des milices républicaines, sans doute d'obédience anarchiste, qu'ils l'avaient probablement identifié comme l'assassin de Jaurès, même s'il avait repris le nom de sa grand-mere espagnole, Alba.
Il y vivait reclus, misanthrope, égoïste et vain, avec ses chimères, et sa chapelle privée dédiée à Jeanne d'Arc. "On peut fuir sa patrie, mais ce n'est pas pour cela que l'on parviendra à s'évader de soi-même", écrivait Horace, repris par Walter Benjamin. Ce jugement lucide sur l'exil s'applique aussi au Rémois Raoul Villain.
 
Un meurtre beaucoup moins retentissant contre lequel le gouvernement français va tout de même élever des protestations contre le gouvernement Républicain espagnol, sous la plume du secrétaire des affaires étrangères, M. Léger, futur écrivain sous le nom de Saint John Perse, la France qui abandonne la République espagnole à l'assaut militaire fasciste des partisans de Franco. Jusqu'à présent Raoul Villain, qui fut un temps la coqueluche des cercles bourgeois réactionnaires de Reims dans les années 20, n'a jamais été réhabilité officiellement... ça viendra peut-être, si on voit ce qui se passe aujourd'hui autour de la réhabilitation du fascisme en Italie avec Méloni et ses soutiens, ou de l'OAS dans les mairies d'extrême-droite du sud de la France. Rien de commun en tout cas pour ses obsèques et sa mémoire que l'hommage qui fut rendu à Jaurès: "Le 21 novembre 1924, les cendres de Jean Jaurès quittent le cimetière d'Albi pour le Panthéon. Un train spécial a été affrété, qui s'arrête dans plusieurs villes de France, pour autant d'hommages. Arrivé à Paris, à la gare d'Orsay, son cercueil est porté à l'Assemblée nationale, où il est solennellement veillé par une partie de la famille et de ses amis, des députés et des sénateurs, une délégation de mineurs de Carmaux. Ce sont des images que l'on retrouvera soixante années plus tard, rue des Boutiques-Obscures, à Rome, quand des ouvriers de toute l'Italie entoureront le corps d'Enrico Berlinguer, au siège du Parti communiste. Des millions d'inconsolables lui diront le lendemain adieu en la basilique Saint-Jean-de-Latran. Comme le peuple français saluant en 1924 la mémoire de Jean Jaurès, les Italiens pleureront alors un possible vécu mais non avenu, une époque d'espoir désormais perdue". (Amos Reichman)
Amos Reichman, est un jeune auteur, 35 ans. Il est né en 1990 à Paris. Il est historien, enseignant à Sciences-Po et haut fonctionnaire. Ancien élève de l’ENS de Lyon, de l’ENA et de l’université Columbia (États-Unis), il est agrégé d’histoire. Il est déjà l'auteur d'un récit sur la vie de Jacques Schiffrin, le fondateur de la Pléiade, préfacé par Robert O.Paxton, historien de Vichy et de la collaboration.
 
Son deuxième roman - parler d'enquête littéraire serait plus juste, l'auteur s'étant déplacé sur les lieux, se mettant en scène dans son enquête et parlant de ces lieux aujourd'hui, et ayant également fourni un travail de documentation et d'archives très important - est vraiment passionnant, même s'il est parfois éprouvant moralement, tant l'univers mental de Villain est triste, asphyxiant, et l'histoire déjà connue... En tout cas, Amos Reichman nous emmène dans cette sorte d'arrière-cuisine de l'histoire dont les odeurs pas trop ragoûtantes nous expliquent la suite.
 
"D’où, je crois, l’importance de « regarder du côté de Raoul Villain ». Parce que se souvenir, ici, d’une vie d’hier qui en dit long sur notre temps, reste l’arme la plus précieuse pour éviter la reproduction du pire, pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, où nous en sommes, ce qui nous précède et nous fait face."
(Amos Reichman, interviewé par Jean-Philippe Cazier: https://diacritik.com)
 
Amos Reichman, Les Morts de Raoul Villain, éditions du Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », août 2025, 256 p., 21 €
 
Ismaël Dupont
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8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 07:00
« Que s’obscurcissent le ciel et la lumière » de Frédéric Paulin : dernier volet de sa tragédie libanaise - Sophie Joubert, L'Humanité, 5 novembre 2025
« Que s’obscurcissent le ciel et la lumière » de Frédéric Paulin : dernier volet de sa tragédie libanaise

Avec Que s’obscurcissent le soleil et la lumière, le romancier boucle sa trilogie consacrée au pays du Cèdre. Une plongée captivante et hyper-documentée dans les coulisses d’une guerre sans fin, aux allures de tragédie grecque.

Sophie Joubert  - L'Humanité, 5 novembre 2025

Il aura fallu près de 1 500 pages à Frédéric Paulin pour venir à bout de l’entreprise. Découpée en trois tomes parus entre août 2024 et septembre 2025, la trilogie de l’auteur rennais couvre quinze ans d’histoire du Liban, de 1975 à 1990, juste après l’accord de Taëf (1989), qui met officiellement fin à la guerre civile sans pour autant faire taire la violence.

Le dernier volet, qui s’ouvre sur l’attentat de la rue de Rennes et suit les derniers feux de la première cohabitation, ne décevra pas les aficionados. Il faut dire qu’il y a dans l’écriture de Frédéric Paulin, dans sa manière de mener son récit au pas de charge, avec quelques ralentis bienvenus, quelque chose de complètement addictif qui ferait passer les séries politiques de Netflix pour des bluettes mollassonnes.

Comme un contre-pied aux nouvelles formes de narration très séquencées, le romancier ose un long récit sans chapitres, une plongée en apnée dont on n’émergera qu’à la dernière page, sonné. Par un effet de construction qui s’apparente à du montage cut, l’auteur joue sur les allers-retours entre la France et le Liban, il tire simultanément les fils de plusieurs histoires où se débattent des figures réelles – le ban et l’arrière-ban de la justice et de la politique française – et des personnages de fiction récurrents.

La libération des otages au Liban

17 septembre 1986, le commissaire Nicolas Caillaux, la juge antiterroriste Sandra Gagliago, sa compagne, et Philippe Kellerman, ancien conseiller politique à l’ambassade de France à Beyrouth, arrivent à Montparnasse. Des hommes roulant à bord d’une BMW noire ont piégé une poubelle de la rue de Rennes, à Paris, avec de la limaille et des clous. Le bilan est lourd : sept morts et une centaine de blessés.

Très vite, les soupçons se portent sur Action directe, puis s’orientent vers la piste libanaise et les frères de Georges Ibrahim Abdallah qui, lui, croupit en prison depuis 1982. Malgré les incohérences révélées par l’enquête, Jacques Chirac, premier ministre de François Mitterrand, Charles Pasqua, son ministre de l’Intérieur, et ses sbires veulent détourner l’opinion publique des vrais coupables : l’Iran et le Hezbollah.

Comme en témoigne une chronologie éclairante à la fin de l’ouvrage, le roman puise dans une matière documentaire fournie, d’où émergent trois sujets majeurs : la guerre du Liban, les relations entre la France et l’Iran, et les agissements d’Action directe, jusqu’à l’arrestation le 21 février 1987 de Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani dans une ferme de Vitry-aux-Loges (Loiret).

Les lecteurs suffisamment âgés pour avoir vécu cette époque se souviennent certainement de la libération des otages au Liban – le journaliste Jean-Paul Kauffmann, les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine –, accueillis sur le tarmac de Villacoublay par Chirac et Pasqua. Ou d’une interview de François Mitterrand, pas encore candidat à sa réélection, par une Christine Ockrent pugnace.

Dans un effet de réel saisissant, Frédéric Paulin fait pénétrer ses personnages dans les arrière-cours et les lieux secrets du pouvoir. La juge (fictive) Sandra Gagliago, travaille main dans la main avec Gilles Boulouque, l’un des premiers magistrats antiterroristes, visé par une polémique liée à la libération de Wahid Gordji, numéro deux de l’ambassade d’Iran.

Un ex-agent de la DGSE devenu « tueur de la République »

Côté libanais, la période couverte par ce troisième tome correspond à la guerre fratricide à laquelle se livrent les chrétiens, incarnés dans le roman par la famille Nada, Nassim, le patriarche, Édouard, chef militaire, et Michel, parti en France pour faire carrière en politique et qui grenouille avec les « Pasqua boys ». Malgré le déferlement de la violence, certaines scènes font sourire, comme la visite de Guy Béart et Jean d’Ormesson à Beyrouth pour soutenir le général Michel Aoun, lancé dans une bataille contre la présence syrienne au Liban.

Avec son lot de vengeances, de trahisons, de règlements de comptes et de crimes de sang, la trilogie libanaise de Frédéric Paulin s’apparente à une tragédie antique. Une impression que corroborent les titres à rallonge des trois volumes, Nul ennemi comme un frère, Rares ceux qui échappèrent à la guerre et Que s’obscurcissent le soleil et la lumière.

Qu’il s’agisse de Christian Dixneuf, l’ex-agent de la DGSE devenu « tueur de la République » ou de Nicolas Caillaux, flic rongé par son travail, les personnages masculins sont les instruments d’un fatum, un destin, qui semble les dépasser. Les femmes, elles, regardent les hommes tomber. S’il reste hors champ, le peuple libanais est le grand perdant d’un conflit dont les répliques parviennent jusqu’à aujourd’hui. Raison de plus pour plonger la tête la première dans cette somme qui dépasse les frontières du roman noir, presque un genre en soi.

Que s’obscurcissent le ciel et la lumière, de Frédéric Paulin, Agullo noir, 384 pages, 23,50 euros.

 

 

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24 octobre 2025 5 24 /10 /octobre /2025 06:47
Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

Une mémoire de l'anéantissement - Stock - La Cosmopolite - 22,90€

« Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens » : Samar Yazbek donne la parole aux rescapés du génocide à Gaza

L’écrivaine et journaliste syrienne Samar Yazbek publie « Une mémoire de l’anéantissement », dans lequel des hommes, des femmes et des enfants de l’enclave palestinienne témoignent des atrocités perpétrées par l’armée israélienne, qui n’hésite pas à utiliser des robots tueurs.

Muriel Steinmetz 20 octobre 2025, L'Humanité 

Samar Yazbek est une romancière et journaliste syrienne. Opposante de gauche au régime de Bachar Al Assad, plus d’une fois menacée de mort, contrainte à l’exil en 2011 avec sa fille, poursuivie par les services de renseignements, elle est retournée clandestinement sur place en 2012 et 2013, revenue puis repartie après la chute du dictateur. Elle publie Une mémoire de l’anéantissement (Stock).

Elle y rapporte les témoignages de 26 rescapés de Gaza, évacués au Qatar pour y être soignés. Ce sont des récits à la première personne, sortis de la bouche d’hommes, de femmes, d’enfants, aux statuts sociaux divers. Tous ont vécu sous les bombes durant plus de deux ans. Ils ont subi le pire.

Survivants du génocide, ils sont ceux dont on parle peu et qui ont tant à dire. Ils racontent les drones, les bombes à l’uranium utilisées au même titre que la famine, l’amoncellement des corps, les chats et les chiens qui dévorent les cadavres, les plaies des blessés grouillant de vers. Et ces enfants de 6 ans dont les cheveux blanchissent en une nuit.

Vous donnez la parole à des Gazaouis. On a certes des images de la catastrophe qui les frappe, mais les témoignages verbaux directs sont exceptionnels…

Ce livre fait partie de mon projet autour de la mémoire collective. Depuis Feux croisés. Journal de la révolution syrienne (2012), les Portes du néant (2016) et 19 Femmes : les Syriennes racontent (2019), je donne la parole aux victimes. La vie quotidienne, personnelle, intime, est éminemment politique.

 

Je relate la manière dont des êtres si atrocement meurtris ont vécu dans l’enfer. Montrer une part de leur souffrance, c’est le devoir des journalistes, des intellectuels, des écrivains et des activistes ; affronter l’horreur avec leurs armes à eux, les mots.

Dans quelles conditions ont eu lieu les entretiens ?

J’étais au Qatar pour des raisons personnelles : ma fille, qui travaille là-bas, a eu un grave accident. Je suis allée à son chevet depuis la France. Sur place, j’ai découvert par hasard des rescapés gazaouis venus se faire soigner dans le complexe médical Thumama. La plupart étaient amputés, brûlés, très blessés. Ils étaient environ 3000, avec leur famille. Je me suis présentée comme bénévole auprès des femmes.

J’ai d’abord vu un enfant en fauteuil roulant, amputé des deux bras et des deux jambes. J’ai passé des années à documenter la guerre en Syrie ; j’en ai été traumatisée. Là, il fallait faire quelque chose. Dans les médias, ce ne sont que slogans politiques.

J’ai décidé de rester avec eux pendant des mois, durant l’année 2024, pour documenter leur souffrance et faire entendre leur voix. Ce n’était pas prévu. Je finissais un roman. Je m’apprêtais à aller au Soudan travailler avec des femmes violées.

Quelles questions avez-vous posées ?

À chacun, j’ai posé deux questions : que s’est-il passé pour vous le 7 Octobre ? Comment avez-vous perdu un morceau de votre corps ? Je me suis concentrée sur leur vie : une femme était en train de faire la cuisine quand elle a perdu sa fille ; un homme allait à l’école avec son fils, quand les avions ont bombardé son immeuble.

Qui sont ces hommes et ces femmes ?

Ce sont des professeurs d’école, des femmes au foyer, des étudiants, des journalistes, des infirmières, des patrons. Il y a beaucoup de mères, des adolescents. Abddallah, le plus jeune témoin, a 13 ans. Son visage a été complètement brûlé. Son corps est constellé de débris d’obus.

Il a vu sa famille entière brûler sous ses yeux. Les deux premiers témoins du livre sont mari et femme. Leur seul fils a été tué par un bombardement ; l’une de ses sœurs a perdu sa jambe lors de l’effondrement de la maison, l’autre est morte et la sœur jumelle de cette dernière a été brûlée, défigurée.

L’impression qu’on retire, à la lecture, est celle d’un traumatisme monstre partagé par tous.

Je partage leur souffrance. Si Abdallah a vu sa mère brûler vive devant ses yeux, qui sait si demain nous ne serons pas visés ? L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la sauvagerie. Des gens comme nous se doivent de lutter pour la justice qui est chose très profonde.

On ne peut rester silencieux, en évitant de dire la vérité. Je n’ai pas senti de velléité de vengeance chez toutes ces personnes. Je n’ai pas confiance en un système politique international qui ne fait rien. On dit que la guerre est finie. C’est totalement faux.

Comment la romancière en vous a-t-elle pu appréhender ces cris de douleur loin de toute fiction ?

Quand la révolution en Syrie a débuté en 2011, jamais je n’aurais cru documenter un jour l’horreur de notre humanité actuelle. Jamais ! Ce projet a transformé ma vie.

La romancière en moi est exilée, coupée de sa capacité à inventer de la fiction. Il m’était impossible, par le prisme de la littérature, d’évoquer l’horreur du présent, les viols, les bombardements et les massacres en Syrie. J’ai donc commencé ce projet sur la mémoire collective.

Votre ouvrage tranche, par sa franchise crue, alors qu’on ne se livre, le plus souvent, qu’à des réflexions générales portant sur le conflit israélo-palestinien.

Cette situation dure depuis presque soixante-dix ans. Je pense qu’on doit créer un nouveau narratif, très différent de ce dont on a l’habitude. À mon avis, une vie humaine, avec ses détails personnels, donne à voir bien plus et en dit plus long que les discours politiques.

On doit travailler avec ce genre de narratif. C’est davantage utile, plus fort et plus profond que les paroles sèches des médias. Avec le temps, on a déshumanisé les Palestiniens.

Il y a une répétition dans les récits. Cette récurrence marque le caractère intentionnel de certains actes et confirme l’entreprise génocidaire méthodique mise en œuvre…

La récurrence des témoignages fait partie de ma méthode. Un massacre est ainsi vu sous plusieurs angles. Pour celui qui a eu lieu à l’hôpital Al-Shifa, j’ai donné la parole à deux femmes, ainsi qu’à un docteur. Chacun a sa façon de dire, d’évoquer tel détail, de raconter ce qu’il a vécu. C’est comme un puzzle où chaque pièce finit par s’assembler.

Une fois le livre lu, on saura ce qu’il s’est réellement passé dans ce complexe hospitalier, le plus important de la bande de Gaza. Ils ont tué les patients, assiégé la place, interdit l’eau et la nourriture, bombardé le bâtiment, détruit le service de maternité, les couveuses. Un soldat israélien a fait semblant de violer un jeune homme amputé. Il secouait son lit de façon suggestive en disant : « Je te nique. »

Tous disent que les actes infâmes commis par Israël ne sont pas liés aux attaques du Hamas.

C’est ce qu’ils ont le plus souvent répété. Ils me disaient : « Nous sommes pacifiques et ils nous attaquent. Ils ont tué les bébés, les femmes enceintes. »

Certains mentionnent la nouveauté terrifiante des armes. Bombes empoisonnées, mais surtout l’usage des drones…

Je suis journaliste depuis trente-sept ans. J’ai travaillé en Syrie, au Moyen-Orient. J’étais sur la ligne de front en Syrie. J’ai interviewé des chefs islamistes radicaux. J’ai vécu sous les bombardements. J’ai vu des massacres. J’ai écrit sur les prisons et les viols, mais je n’ai jamais documenté cette façon de tuer les gens. Je pense à Shima, 21 ans. Elle m’a raconté la mort de son père.

Il faut savoir que des robots tueurs vivent parmi les Gazaouis. On les surnomme « zannana » à cause du grésillement qu’ils émettent. Ce sont des drones. Son père a été la cible d’un quadricoptère de ce type qui peut tirer et même se faire exploser. Il est entré dans une pièce, en a traversé deux autres – tel un petit papillon métallique – pour tuer son père, avant de ressortir la fenêtre. C’est ça la science-fiction, la sauvagerie absolue. Il s’agit d’une nouvelle guerre, menée par l’Intelligence artificielle.

Que pensez-vous des négociations en cours sur le sort futur de Gaza et, plus largement, de la Palestine ?

Je préfère ne rien dire. J’ai perdu l’espoir mais je ne peux pas le dire. Il n’y a pas de mots pour dire la situation.

Où vivez-vous désormais ?

Je ne sais pas. Je vole avec le vent ! Je voyage beaucoup. Je suis entre la France, le Liban et le Qatar.

 

Samar Yazbek interviewée par Muriel Steinmetz dans L'Humanité: Gaza - « Je n’ai jamais documenté une telle façon de tuer les gens »
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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 07:26
Chômage : la rupture conventionnelle, prochaine victime du gouvernement

Pour réduire les coûts de l’indemnisation chômage, le gouvernement prévoit de s’en prendre au dispositif de départ négocié entre employeur et employé, pourtant mis en place à la demande du Medef.

C’est l’attaque que les syndicats n’avaient pas vu venir. Parmi la série de nouvelles mesures promues par le gouvernement pour limiter l’accès à l’indemnisation chômage au nom de l’équilibre budgétaire, figure l’idée de réformer les ruptures conventionnelles.

Comme rappelait la feuille de route présentée le 4 août par l’exécutif, syndicats salariaux et patronaux sont invités à réfléchir aux modalités d’indemnisation de cette procédure instaurée en 2008 sous Nicolas Sarkozy, à la demande du patronat.

Destinée à permettre un divorce à l’amiable entre employeur et salarié en CDI, la rupture conventionnelle a en effet ouvert une voie médiane entre la démission, qui ne donne droit à aucune indemnisation chômage, et le licenciement, que l’employeur doit justifier et qui peut donner lieu à une contestation juridique devant les prud’hommes.

Un dispositif trop cher, selon le gouvernement

Elle a permis d’« apaiser » le marché du travail : « On voit que le nombre de contentieux prud’homaux a beaucoup baissé grâce à ces ruptures conventionnelles », a tenu à rappeler, fin juillet, Patrick Martin, le patron du Medef, appelant à « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Mais, pour le gouvernement, le dispositif coûte trop cher et, comme pour le reste de l’assurance-chômage, il faut lancer la chasse « aux abus ».

« Nous sommes toujours dans la stigmatisation des chômeurs, l’idée que la situation serait de leur faute, cela s’inscrit dans le discours populiste actuel sur l’assistanat », déplore Michèle Bauer, avocate spécialisée en droit du travail, qui accompagne de nombreux salariés. Elle rappelle par ailleurs qu’« une bonne partie de ces ruptures sont en fait des licenciements déguisés » et que beaucoup d’autres concernent « des salariés en grande souffrance pour qui c’est la seule solution ».

Il n’empêche. « C’est aujourd’hui 25 % de l’indemnisation au chômage », soit 9,4 milliards d’euros, a souligné, sur BFMTV-RMC, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail et de l’Emploi, pour à peine plus d’un sixième des allocataires. La raison de ce surcoût est, selon elle, des indemnités « supérieures » et une durée d’indemnisation plus longue que pour ceux qui se retrouvent au chômage pour une autre raison (15 mois contre 14 en cas de licenciement économique et 13 pour les autres types de licenciements et les ruptures volontaires).

Un dispositif victime de son succès

La rupture conventionnelle est par ailleurs victime de son succès. Entre 2019 et 2024, son nombre est passé de 439 000 à 515 000, soit une hausse de 17 %. « La plupart des gens concernés par les ruptures conventionnelles sont des cadres. Ils ont des salaires, donc des indemnités, élevés », confirme Michèle Bauer. 

Mais elle explique surtout la plus longue durée d’indemnisation par le fait « que beaucoup de ruptures conventionnelles ont lieu après une période de forte pression et qu’il s’agit de salariés qui ont besoin d’abord d’une aide psychologique », mais aussi parce que beaucoup « donnent lieu à des reconversions plus longues pour ceux qui veulent changer de domaine ou créer une entreprise ».

Surtout, calculer le montant et la durée des indemnités des personnes en rupture conventionnelle par rapport à ceux de l’ensemble des chômeurs « est absurde », souligne Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT en charge des négociations sur l’assurance-chômage : « On compare ce qui n’est pas comparable. La moitié des personnes indemnisées par l’Unédic sont des précaires qui arrivent au chômage après un cumul de CDD ou de missions d’intérim. Forcément, avec des contrats courts et des petits salaires, ils sont moins bien indemnisés. Ce qu’il faudrait, c’est comparer uniquement les allocataires qui étaient en CDI. »

Mais, pour le gouvernement, toute source d’économies sur le dos de la protection sociale est à étudier. Dans le cas des ruptures conventionnelles, il suggère deux pistes de réforme : allonger le délai de carence et réduire la durée d’indemnisation. « Le salarié perçoit des indemnités pour quitter l’entreprise et bénéficie aussitôt de l’assurance-chômage. Ne faut-il pas instaurer un délai correspondant à cette indemnisation avant de percevoir le chômage ? » avait ainsi fait mine de s’interroger la ministre de la Santé et du Travail, Catherine Vautrin, le 21 juillet, dans l’Union.

Jusqu’à présent, les personnes ayant signé une rupture conventionnelle, qui reçoivent des indemnités supérieures au montant légal, ne reçoivent pas d’allocation chômage pendant 150 jours, contre 75 en cas de licenciement économique. L’idée serait donc d’étendre encore ce délai. « Mais l’indemnité supralégale a été gagnée à défaut de conserver son emploi. S’en servir pour réduire la durée d’allocation, c’est reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autre », commente Denis Gravouil.

13 000 personnes pourraient être concernées

Une étude de l’Unédic, datée du 30 juin, a tenté d’évaluer ces différentes pistes d’économies. Elle estime que 13 000 personnes pourraient être concernées par cet allongement du délai de carence, puisque c’est le nombre de gens qui, en 2024, ont atteint les 150 jours de déféré pour l’ouverture de leurs droits. L’impact financier pourrait être entre 30 millions et 200 millions d’euros la deuxième année, et se réduit progressivement ensuite au moment des premières fins de droits pour un effet annuel en régime de croisière entre 15 millions et 60 millions d’euros.

Et encore, sous réserve que cette modification des règles n’entraîne pas une baisse des ruptures conventionnelles au profit des licenciements. Quant au plafonnement des allocations, son effet est encore plus complexe à mesurer, là encore parce qu’il pourrait entraîner un changement de comportement de la part des salariés.

Ce flou comptable n’entrave pas la croisade du gouvernement contre les bénéficiaires de rupture conventionnelle, présentés comme des profiteurs. Tout en cherchant à préserver un système qui avantage le patronat. « Dès le départ, on avait bien vu que c’était encore une mesure qui allait profiter aux employeurs mais pour laquelle l’État allait devoir payer », rappelle Michèle Bauer.

À son instauration, les syndicats et la gauche avaient d’ailleurs bataillé pour obtenir le droit à l’indemnisation en contrepartie de cette facilité de la rupture de contrat. L’État ne voulant plus payer, cette compensation risque de se réduire comme une peau de chagrin.

 

 
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20 juillet 2025 7 20 /07 /juillet /2025 10:14

Une étudiante, Éléonore Pattery, est à l’origine de cette pétition contre le texte controversé qui réautorise certains pesticides mortifères. Le seuil de 500 000 signatures a été dépassé. Dimanche 20 juillet, elle en affichait 847 000. La loi pourrait être redébattue en séance publique, à la discrétion de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale.

Le 10 juillet dernier, une étudiante inconnue du grand public, Éléonore Pattery, 23 ans, déposait en ligne sa pétition « Non à la loi Duplomb ». Elle a atteint rapidement les 100 000 signatures, palier nécessaire pour être publiée sur le site de l’Assemblée. Suite à cela, la pétition est devenue virale, atteignant 200 000 signatures dans les trois jours suivant. Elle a désormais franchi le record historique de 500 000 signatures. La loi Duplomb pourrait être de nouveau inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et être débattue en séance plénière à la rentrée parlementaire (à partir de septembre) au bon vouloir de la conférence des présidents, qui réunit les chefs des groupes inscrits dans l’hémicycle.

Le texte de cette pétition réclame « l’abrogation immédiate (et) la révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée », ainsi que « la consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit ».

Vers un retour de la loi à l’Assemblée ?

La loi Duplomb, initiée par le sénateur LR éponyme avec l’assentiment de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, est le fruit d’un braquage législatif : à l’Assemblée, les députés de droite avaient voté la motion de rejet contre leur propre texte, pour accélérer les débats et passer par la commission mixte paritaire, où ils détiennent la majorité.

Cette dernière a débouché sur une version définitive de la loi, pourtant dénoncée comme dangereuse pour la santé des Français par de nombreuses associations, le 2 juillet dernier. Enfin, elle a été adoptée à l’Assemblée nationale le 8 juillet dernier avec 316 voix pour, 223 contre et 25 abstentions. La gauche s’y est opposée et a saisi le 11 juillet le Conseil constitutionnel, au motif que ce texte est incompatible avec la préservation de l’environnement et le droit à la santé. « Cette réaction d’ampleur démontre l’absence de légitimité démocratique de cette loi Poison qui a été imposée par un passage en force, a réagi Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et membre du Groupe Écologiste et Social. Nous nous battrons pour que ce débat soit organisé dès la rentrée parlementaire. »

La loi Duplomb permet notamment l’utilisation de l’acétamipride, un pesticide potentiellement cancérigène pour l’humain s’il y est exposé trop fréquemment, comme le pointait la vice-présidente de la Ligue contre le cancer dans les colonnes de l’Humanité.

 

Quoi qu’il advienne de la décision de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale, qui pourrait ne pas réexaminer sur le fond la loi contestée, et encore moins l’abroger, la démarche d’Éléonore Pattery est une première victoire citoyenne et un premier désaveu pour le gouvernement.

Le texte de cette pétition

Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective

Je m’appelle Eléonore PATTERY, j’ai 23 ans, et je suis actuellement en Master QSE et RSE (Qualité, Sécurité, Environnement / Responsabilité Sociétale des Entreprises).

En tant que future professionnelle de la santé environnementale et de la responsabilité collective, j’apprends chaque jour à appliquer ce que vous — législateurs — refusez aujourd’hui de respecter vous-mêmes.

La Loi Duplomb est une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire.
Elle représente une attaque frontale contre la santé publique, la biodiversité, la cohérence des politiques climatiques, la sécurité alimentaire, et le bon sens.

– Cette loi est un acte dangereux.
Pour les travailleurs, les habitants, les écosystèmes, les services écosystémiques, et pour l’humanité tout entière.
Elle fragilise les réseaux trophiques et compromet la stabilité de notre environnement — dont nous dépendons intégralement.
Nous sommes ce que nous mangeons, et vous voulez nous faire manger quoi ? Du poison.

📚 Les grands textes l’avaient déjà dit :
Le rapport Brundtland, l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (MEA), les rapports du GIEC, les études de l’OMS, de l’INRAE, de Santé Publique France… Tous alertent depuis des décennies sur les conséquences des politiques destructrices du vivant et de la santé.
Et pourtant, vous persistez à légiférer contre l’intérêt général.

⚖️ Un acte possiblement inconstitutionnel.
Selon l’article L110-1 du Code de l’environnement, l’État français est garant de principes environnementaux comme:

« 6° Le principe de solidarité écologique, qui appelle à prendre en compte, dans toute prise de décision publique ayant une incidence notable sur l’environnement des territoires concernés, les interactions des écosystèmes, des êtres vivants et des milieux naturels ou aménagés ; »

Et la LOI constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 relative à la Charte de l’environnement (JORF n°0051 du 2 mars 2005 page 3697) (annexée à la Constitution de 1958) dans son chapitre 1er :

« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »

En validant cette loi, vous violez potentiellement ce droit constitutionnel, et portez atteinte à l’obligation de précaution, pourtant consacrée par le principe n°15 de la Déclaration de Rio et repris dans notre droit.

Je m’oppose donc à la Loi Duplomb.

Par cette pétition, je demande :
– Son abrogation immédiate ;
– La révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée ;
– La consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit.

Aujourd’hui je suis seule à écrire, mais non seule à le penser.

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8 juin 2025 7 08 /06 /juin /2025 07:52
Haro sur les Jacobins - Essai sur le mythe politique - Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien invités des Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 10 juin 2025

Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien seront à Morlaix le mardi 10 juin pour les mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix et à Quimper le mercredi 11 juin pour une conférence-débat à la section du PCF Quimper, place de Locronan, à 18h.

Interview dans l'Humanité Magazine de Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien sur leur essai: Haro sur les Jacobins

Interview dans l'Humanité Magazine de Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien sur leur essai: Haro sur les Jacobins

Haro sur les Jacobins - Essai sur le mythe politique - Guillaume Roubaud Quashie et Côme Simien invités des Mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix le 10 juin 2025
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30 mai 2025 5 30 /05 /mai /2025 08:45
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.

Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, écrivain d'origine algérienne née à Oran, fondateur et animateur de la revue Apulée, qui a publié il y a quelques semaines un magnifique "N'oublie pas notre Arménie" aux éditions Zulma,  Éric Amis et Guy Basset. Camus et l'Espagne, Camus et l'Algérie, Camus et la violence révolutionnaire, le terrorisme et la bombe nucléaire. Des réflexions très stimulantes à trois voix autour d'une grande œuvre humaniste qui interroge et percute notre temps. C'était à la librairie Dialogues de Morlaix ce mercredi 28 mai en introduction d'un beau week end littéraire et culturel à Carantec. 

Vos correspondants du Chiffon Rouge Ismaël Dupont, Lucienne Nayet et Marie-France Monery y étaient.

28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
28 mai à Dialogues - Passionnante ouverture des Rencontres de la Baie avec trois spécialistes de l'œuvre et de la vie d'Albert Camus, Yahia Belaskri, Éric Amis et Guy Basset.
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20 mai 2025 2 20 /05 /mai /2025 05:00
Valère Staraselski à la librairie Dialogues le jeudi 15 mai 2025 pour présenter Les Passagers de la cathédrale

Un moment de discussion riche avec notre ami Valère Staraselski hier, invité de la librairie Dialogues Morlaix jeudi 15 mai, pour la présentation de son dernier roman, "Les Passagers de la cathédrale", explorant les rapports entre christianisme et communisme, et de son essai sur le communisme et le philosophe italien Losurdo.

Valère Staraselski à la librairie Dialogues le jeudi 15 mai 2025 pour présenter Les Passagers de la cathédrale
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11 mai 2025 7 11 /05 /mai /2025 18:55
Valère Staraselski invité de la librairie Dialogues Morlaix le 15 mai de 17h à 19h pour présenter Les Passagers de la cathédrale

L'écrivain Valère Staraselski, romancier, journaliste, intellectuel, sera à la Librairie Dialogues de Morlaix pour une rencontre le jeudi 15 mai de 17h à 19h autour de son dernier roman, "Les Passagers de la Cathédrale", qui interroge le christianisme et son rapport au communisme.

Une rencontre passionnante en perspective, chaudement recommandée par le Chiffon Rouge.

Valère est venu plusieurs aux mardis de l'éducation populaire du PCF Morlaix pour nous parler de ses livres sur Aragon et sur La Fontaine en 2018 et en 2022, comme à Brest à l'invitation des amis de l'Humanité et de la section PCF de Brest pour nous parler de son livre sur 100 ans d'histoire du Parti communiste.

 

Les Passagers de la cathédrale

Au troisième jour de la Semaine sainte de 2019, peu après dix-huit heures, des
millions de Français assistent, médusés, par télévision interposée, à l’incendie
de Notre-Dame de Paris. Les flammes détruisent intégralement la flèche.
L’incendie dure près de quinze heures. Ce fut le sinistre le plus important subi
par la cathédrale depuis sa construction en 1163.
De notre 21 ème siècle, André Malraux avait dit : « Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. » Il est un fait que partout dans le monde, sous une forme ou une autre, l’histoire continue d’administrer la preuve que les êtres humains ne vivent pas que de pain, de jeux et que le besoin de sacré leur est consubstantiel.
Comme autant de passagers, les personnages de ce roman se retrouvent dans la proximité d’une cathédrale d’Ile de France où ils vivent et questionnent leur présent en tentant parfois de s’aider de l’histoire, de notre histoire.
L’amitié entre Louis, vieux professeur communiste, bénévole à la cathédrale,
François, palefrenier, membre du collectif Les morts de la rue, Darius, réfugié
iranien, chargé de mission humanitaire, Thierry, alias Chéri-Bibi, gardien de
musée, est éclairée par la figure irradiante de Katiuscia, jeune femme alliant
tradition et révolution.

Valère Staraselski au Mardi de l'éducation populaire

Valère Staraselski au Mardi de l'éducation populaire

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