Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 août 2023 5 04 /08 /août /2023 07:00

Le premier numéro de l'Humanité paraît le lundi 18 avril 1904. Le journal de quatre pages est vendu cinq centimes et tiré à 130 000 exemplaires. Son fondateur Jean Jaurès explique dans son éditorial les raisons d'être de ce journal.

 
 

Notre but

Icon QuoteLe nom même de ce journal, en son ampleur, marque exactement ce que notre parti se propose. C’est, en effet, à la réalisation de l’humanité que travaillent tous les socialistes. L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine. À l’intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l’antagonisme des classes, par l’inévitable lutte de l’oligarchie capitaliste et du prolétariat.

Seul le socialisme, en absorbant toutes les classes dans la propriété commune des moyens de travail, résoudra cet antagonisme et fera de chaque nation, enfin réconciliée avec elle-même, une parcelle d’humanité.

De nations à nations, c’est un régime barbare de défiance, de ruse, de haine, de violence qui prévaut encore. Même quand elles semblent à l’état de paix, elles portent la trace des guerres d’hier, l’inquiétude des guerres de demain : et comment donner le beau nom d’humanité à ce chaos de nations hostiles et blessées, à cet amas de lambeaux sanglants ?

Icon QuoteLE SUBLIME EFFORT DU PROLÉTARIAT INTERNATIONAL, C’EST DE RÉCONCILIER TOUS LES PEUPLES PAR L’UNIVERSELLE JUSTICE SOCIALE.

Alors vraiment, mais seulement alors, il y aura une humanité réfléchissant à son unité supérieure dans la diversité vivante des nations amies et libres.

Vers ce grand but d’humanité, c’est par des moyens d’humanité aussi que va le socialisme. À mesure que se développent chez les peuples et les individus la démocratie et la raison, l’histoire est dissipée de recourir à la violence. Que le suffrage universel s’affirme et s’éclaire ; qu’une vigoureuse éducation laïque ouvre les esprits aux idées nouvelles, et développe l’habitude de la réflexion ; que le prolétariat s’organise et se groupe selon la loi toujours plus équitable et plus large ; et la grande transformation sociale qui doit libérer les hommes de la propriété oligarchique, s’accomplira sans les violences qui, il y a cent dix ans, ensanglantèrent la Révolution démocratique et bourgeoise, et dont s’affligeait, en une admirable lettre, notre grand communiste Babeuf.

Icon QuoteCETTE NÉCESSAIRE ÉVOLUTION SOCIALE SERA D’AUTANT PLUS AISÉE QUE TOUS LES SOCIALISTES, TOUS LES PROLÉTAIRES, SERONT PLUS ÉTROITEMENT UNIS. C’EST CETTE UNION, QUE TOUS ICI, DANS CE JOURNAL, NOUS VOULONS TRAVAILLER.

Je sais bien quel est aujourd’hui, dans tous les pays, l’âpreté des controverses et des polémiques contre les socialistes. Je sais quel est le conflit des méthodes et des tactiques ; et il y aurait enfantillage à prétendre couvrir ces oppositions d’une unité extérieure et factice.

L’union ne peut naître de la confusion. Nous défendrons toujours ici, en toute netteté et loyauté, les méthodes d’action qui nous semblent les plus efficaces et les plus sûres. Mais nous ne voulons pas aggraver, par l’insistance des controverses et le venin des polémiques, des dissentiments qui furent sans doute inévitables, et que le temps et la force des choses résoudront certainement.

Socialistes révolutionnaires et socialistes réformistes sont avant tout, pour nous, des socialistes. S’il est des groupes qui, ça et là, se laissent entraîner par passion sectaire à faire le jeu de la contre-révolution, nous les combattrons avec fermeté.

Mais nous savons que dans les deux fractions socialistes, les dévouements abondent à la République, à la pensée libre, au prolétariat, à la Révolution sociale. Sous des formules diverses, dont quelques-unes nous paraissent surannées et par conséquent dangereuses, tous les socialistes servent la même cause. Et l’on verra à l’épreuve que, sans rien abandonner de nos conceptions propres, nous tâcherons ici de seconder l’effort de tous.

Icon QuoteNOUS VOUDRIONS DE MÊME QUE LE JOURNAL FÛT EN COMMUNION CONSTANTE AVEC TOUT LE MOUVEMENT OUVRIER, SYNDICAL ET COOPÉRATIF.

Certes, ici encore, il y a bien des divergences de méthode. Et ceux qui tentent de détourner de l’action politique le prolétariat organisé, commettent, à notre sens, une erreur funeste. Mais que serait et que vaudrait cette action politique sans une forte organisation économique de la classe ouvrière, sans une vive action continue du prolétariat lui-même ?

Voilà pourquoi, sans nous arrêter aux diversités et aux contrariétés de tactiques et de formules, nous serons heureux d’accueillir ici toutes les communications où se manifestera la vie ouvrière ; et nous seconderons de notre mieux tous les efforts de groupement syndical et coopératif du prolétariat. Ainsi la largeur même et le mouvement de la vie nous mettrons en garde contre toute tentation sectaire et tout esprit de coterie.

Icon QuoteC’EST PAR DES INFORMATIONS ÉTENDUES ET EXACTES QUE NOUS VOUDRIONS DONNER À TOUTES LES INTELLIGENCES LIBRES LE MOYEN DE COMPRENDRE ET DE JUGER ELLES-MÊMES LES ÉVÉNEMENTS DU MONDE.

La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédés obliques ou calomnieux. Elle n’a besoin ni qu’on diminue ou rabaisse injustement les adversaires, ni qu’on mutile les faits.

Il n’y a que les classes en décadence qui ont peur de toute la vérité ; et je voudrais que la démocratie socialiste unie à nous de cour et de pensée, fût fière bientôt de constater avec nous que tous les partis et toutes les classes sont obligés de reconnaître la loyauté de nos comptes-rendus, la sûreté de nos renseignements, l’exactitude contrôlée de nos correspondances.

J’ose dire que c’est par-là vraiment que nous marquerons tout notre respect pour le prolétariat. Il verra bien, je l’espère, que ce souci constant et scrupuleux de la vérité même dans les plus âpres batailles, n’émousse pas la vigueur du combat ; il donne au contraire aux coups portés contre le préjugé, l’injustice et le mensonge une force décisive.

La une du premier journal de l'Humanité, paru le 18 avril 1904, avec l'éditorial fondateur de Jean Jaurès.

Partager cet article
Repost0
15 juillet 2023 6 15 /07 /juillet /2023 07:24
Romancière, traductrice, éditrice, et maître de conférence, Laura Alcoba a vécu en Argentine jusqu'à l'âge de 10 ans. Elle a publié aux éditions Gallimard "Manèges: Petite histoire argentine" (2007), "Jardin blanc", "Les passagers de l'Anna C.", "Le bleu des abeilles" (2013), et en 2023, "Les rives de la mer douce" au Mercure de France

Romancière, traductrice, éditrice, et maître de conférence, Laura Alcoba a vécu en Argentine jusqu'à l'âge de 10 ans. Elle a publié aux éditions Gallimard "Manèges: Petite histoire argentine" (2007), "Jardin blanc", "Les passagers de l'Anna C.", "Le bleu des abeilles" (2013), et en 2023, "Les rives de la mer douce" au Mercure de France

Retour sur les années noires contre la répression de la gauche argentine - Manèges, Le bleu des abeilles de Laura Alcoba - La casa de los conejos de Valeria Selinger

J'ai eu la chance de rencontrer Laura Alcoba et Valéria Selinger aux rencontres littéraires "Les échappées du livre" à Avranches.

Début juin, elles étaient toutes deux invitées également au festival de Moguériec.

Laura Alcoba s'est fait connaître avec un premier roman d'une grande beauté "Manèges", sous-titré "Petite histoire argentine" où elle nous raconte ses mois de clandestinité quand elle était enfant, à 7-8 ans, avec sa mère, militante montonera à La Plata, en 1975, sous la menace du régime et des hommes des commandos de l'AAA, la Alianza Anticomunista Argentina qui enlèvent, torturent et tuent les militants de gauche, les Montoneros, les militants de l'extrême-gauche, les communistes. Les Montoneros étaient une organisation politique argentine péroniste de gauche, influencée par le christianisme social au départ, qui dût rentrer dans la clandestinité et fut contrainte de pratiquer la lutte armée entre 1970 et 1979.

L'émotion de la remémoration est partout présente, et traitée avec beaucoup de pudeur, de grâce et de subtilité: dans les visites en prison à son père, militant montonero lui aussi, arrêté et prisonnier politique, avec qui, après une fouille humiliante qui met à nu, elle converse dans un langage des signes complice, mise en joue par les militaires qui pointent les fusils et mitraillettes sur leurs visages. Un père qui ne sortira de prison que 6 ans plus tard, en 1981. Dans le portrait de la rayonnante Diana, enceinte de Clara Anahi, qui sera vraisemblablement kidnappée par les militaires pour être adoptée après l'exécution de sa mère, si solaire et courageuse, et de son père quelques mois plus tard. Dans le rappel de la douleur des grands-parents, contraints de cacher leur petite-fille pour éviter les mouchardages des voisins. Dans la souffrance de la mère, dont le visage s'affiche dans les journaux du régime, qui la présentent comme une "ennemie publique n°1". Dans l'évocation de la relation de la petite fille avec l'Ingénieur, qui construit la cachette où elle logée l'imprimerie clandestine des Montoneros pour laquelle travaille la mère de Laura, dans la maison des Lapins, une planque de la périphérie de la Plata, cet Ingénieur qui sera à l'origine de l'extermination du groupe de militants montoneros de "La Casa de los conejos", soit qu'il l'ait infiltré, soit qu'il ait été torturé et l'ait "donné", l'interprétation que retient le magnifique film inspiré de "Manèges" de Valeria Selinger, elle même, comme Laura Alcoba, née en Argentine (où ses parents étaient des militants des Jeunesses communistes) et vivant à Paris, "La Casa de los conejos", réalisé en 2020. 

"Manèges" se lit d'une traite, en quelques heures: il nous replonge dans la noirceur des années de plomb latino-américaines où les Américains, Kissinger et Nixon au premier chef, la CIA, ont organisé l'opération CONDOR pour financer tous les mouvements violents d'extrême-droite qui pourraient lutter contre la contagion communiste en Amérique du sud, dans leur chasse gardée, après la révolution cubaine, transformant le Chili, l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay, le Brésil, l'Uruguay, en lieu de chasse ouverte à l'encontre des militants progressistes et marxistes et en enfer carcéral. En Argentine, il y eu au moins 10 000 victimes et disparus de la dictature de Videla et des répressions anticommunistes et progressistes qui l'ont précédée du temps d'Isabel Peron. Au Chili, le coup d'Etat de Pinochet et l'affreuse répression qui s'ensuivit fit au moins 6000 victimes. 

Dans Le bleu des abeilles, au titre inspiré d'une lecture commune de la jeune fille de dix ans, exilée au Blanc-Mesnil, et de son père - La Vie des abeilles de Maurice Maeterlinck - Laura Alcoba, aujourd'hui auteure de plus de 5 romans, traductrice de romancières argentines (notamment le très beau "Les Vilaines" de Camila Sosa Villada, ou encore Selva Almada: "Sous la grande roue", "Après l'orage"), maître de conférence, nous raconte dans un superbe récit progressant par petites touches et anecdotes évocatrices  son arrivée en France, plusieurs mois après l'exil de sa mère, sa relation épistolaire à son père, encore en prison, et son adaptation à l'exil, à la banlieue parisienne, et à l'école primaire Jacques-Decour, ainsi que sa découverte émerveillée et merveilleuse de la langue française. 

On ne saurait trop recommander la lecture des romans de Laura Alcoba et le film de Valéria Selinger, par ailleurs autrice de documentaires sociaux, "La Maison des lapins" (ou "Casa de los conejos"), adaptant "Manèges", qui fut un immense succès en Argentine, plusieurs fois réimprimé, avec une jeune actrice magnifique, un merveilleux film sur l'enfance, la résistance, avec la peur en  toile de fond, et en bande originale la très belle musique du frère de Diana, tuée le 24 novembre 1976 avec 8 militants montoneros dans la "Casa de los conejos" accueillant l'imprimerie du journal des montoneros attaquée par l'armée au mortier.

Ismaël Dupont

Genre : DramePays d'origine : Argentine, France, EspagneDurée : 1 h 34 minRéalisateur : Valeria SelingerScénariste : Valeria SelingerProducteurs : Oscar Marcos Azar, Luis Ángel Bellaba, Arnaud Boland, Cathy Coopman, Carlos Martínez, Susana Rizzuti, Valeria Selinger  Synopsis : Laura n’a que huit ans mais elle sait déjà que pour survivre elle doit se taire. Même ses grands-parents doivent ignorer son nouveau nom et l’adresse de l’élevage de lapins qui sert de couverture à l’imprimerie clandestine où elle se cache avec sa mère et d’autres militants qui luttent contre la dictature et tentent d’échapper aux escadrons de la mort qui les recherchent.

Genre : DramePays d'origine : Argentine, France, EspagneDurée : 1 h 34 minRéalisateur : Valeria SelingerScénariste : Valeria SelingerProducteurs : Oscar Marcos Azar, Luis Ángel Bellaba, Arnaud Boland, Cathy Coopman, Carlos Martínez, Susana Rizzuti, Valeria Selinger Synopsis : Laura n’a que huit ans mais elle sait déjà que pour survivre elle doit se taire. Même ses grands-parents doivent ignorer son nouveau nom et l’adresse de l’élevage de lapins qui sert de couverture à l’imprimerie clandestine où elle se cache avec sa mère et d’autres militants qui luttent contre la dictature et tentent d’échapper aux escadrons de la mort qui les recherchent.

Retour sur les années noires contre la répression de la gauche argentine - Manèges, Le bleu des abeilles de Laura Alcoba - La casa de los conejos de Valeria Selinger
Partager cet article
Repost0
15 juillet 2023 6 15 /07 /juillet /2023 06:53
Milan Kundera, la légèreté de l’art du roman - Muriel Steinmetz, L'Humanité, 13 juillet 2023
Milan Kundera, la légèreté de l’art du roman

Disparition Né à Brno, en Tchécoslovaquie, l’écrivain est mort à Paris, à l’âge de 94 ans. Entré de son vivant dans « la Pléiade », il affirmait avec force que pour « être libre et déjouer l’autorité, il faut en rire ».

Publié le
Jeudi 13 juillet 2023

Milan Kundera s’est éteint le 11 juillet, à Paris. Il avait 94 ans. Il a été l’auteur de dix-sept romans mémorables dont, d’abord, La vie est ailleurs (prix Médicis étranger en 1973), la Plaisanterie et l’Insoutenable Légèreté de l’être, en 1984, après quoi il décida de ne plus apparaître dans les ­-médias grand public.

Il naît le 1er avril 1929, à Brno, capitale de la Moravie, en Tchécoslovaquie, à 130 km de Vienne. De la mère, on ne saura pas grand-chose. Le père, Ludvik, élève du compositeur Leos Janacek, est un excellent pianiste, futur recteur de l’Académie de musique de Brno après la guerre. Dans l’appartement de la rue Littré, près de Montparnasse, où Kundera a longtemps vécu avec son épouse Véra, trônaient sur son bureau, outre une photo du grand écrivain autrichien Hermann Broch (1886-1951), son maître en littérature, un portrait de son père et un autre de Janacek. La musique fut pour Milan Kundera un élément capital. Il jouait du piano.

Après ses études secondaires à Brno, il en vient, à partir de 1948, à la littérature et à l’esthétique à Prague et aborde la « théorie du roman », avant de se tourner en cours d’année vers l’audiovisuel, à la Famu, faculté de cinéma. Inscrit au Parti communiste en 1947, il est, depuis ses 16 ans, un militant enthousiaste. Il acquiesce au « coup de Prague » organisé par Moscou. L’année d’avant était sorti son premier texte, dédié à son professeur de piano, Pavel Haas, dont il épousera brièvement la fille. En 1950, en raison d’un acte considéré comme délictueux, il est exclu du Parti communiste. Cela donnera la Plaisanterie, dont Ludvik, le personnage principal, a des ennuis pour avoir écrit « Vive Trotski ! » sur une carte postale.

« Rendre à la littérature sa qualité et sa dignité »

À la même époque, il rencontre Véra Hrabankova, de six ans sa cadette, qui joue au théâtre avant de devenir une vedette du petit écran. Kundera achève ses études en 1952 et réintègre le Parti en 1956, avant l’exclusion définitive en 1970, à la suite de ses prises de position publiques.

Durant les années 1960, il choisit le roman. Il est un intellectuel encore proche du Parti. Ses premières œuvres littéraires datent de ces années-là. En juin 1967, il inaugure le IVe congrès des écrivains tchécoslovaques. Sa contribution s’intitule : « Rendre à la littérature sa qualité et sa dignité ». Les écrivains d’alors marquent avec force leur désaccord envers la ligne politique des dirigeants du Parti. Kundera en tête. Il a déjà achevé la Plaisanterie. Le livre est « à l’observation » dans les bureaux de la censure. Contre toute attente, il paraît en avril 1967. L’année suivante, alors que le printemps de Prague bat son plein, Kundera est même distingué par le Parti. À Paris, Gallimard prépare sa traduction pour l’automne 1968. Aragon se charge de la préface, admirative, chaleureuse. Dans cette atmosphère de liberté neuve, Kundera compose Risibles amours, recueil de nouvelles sur les relations intimes sous le prisme d’une parole dysfonctionnelle, sans oublier les questions d’identité et d’authenticité (les faits se changent en leur contraire).

Dans la nuit du 20 au 21 août, les chars soviétiques entrent dans Prague. Après une réhabilitation au sein du Parti au temps de la déstalinisation (1956), il perd son poste d’enseignant. Ses livres, introuvables en librairies, disparaissent des rayons des bibliothèques. Période de vaches maigres, évoquée dans  le Livre du rire et de l’oubli.

Il continue d’écrire et c’est La vie est ailleurs, publié pour la première fois à Paris. Il s’y penche avec ironie sur le « stupide âge lyrique », à travers la figure de Jaromil, jeune poète, son double, qu’il suit de sa naissance jusqu’à sa mort précoce à 20 ans. Jaromil est un Rimbaud pris au piège de la révolution. Ce roman tient lieu de catharsis pour Kundera, qui s’y confronte à son passé de militant et à son être d’artiste. Le couple Véra-Kundera est alors mis sur écoute. Filatures, courriers interceptés, ouverts…

Une méditation sur le monde de l’écrit envahi par les images

Le 20 juillet 1975, ils quittent la Tchécoslovaquie en Renault 5. Direction la France avec une autorisation de séjour de « 730 jours ». Il a 46 ans. Elle a 39 ans. À l’arrière du véhicule : des caisses de livres, à l’avant, des vinyles. Ils s’installent à Rennes . Kundera y est professeur invité en littérature comparée (son cours porte sur « Kafka, ses interprètes, le roman et l’Europe centrale ») jusqu’en 1979, année où il est élu à l’École des hautes études en sciences sociales et où la nationalité tchécoslovaque lui est ­retirée. Mitterrand lui octroie la nationalité française deux ans plus tard. Il reste sous surveillance de la StB, les services de renseignements tchécoslovaques.

Il s’installe à Paris, rue Littré avec Véra. Il s’épuise à écrire ses cours, phrase par phrase, en français sans pouvoir improviser, ce qu’il aime pourtant. Il enseigne Hermann Broch, Kafka, Musil, Dostoïevski… Il développe et approfondit les idées qui donneront lieu à ses essais sur l’Art du roman puis aux Testaments trahis… La langue française maîtrisée, il se lance dans la correction des traductions de ses livres, tous entièrement revus par ses soins. En 1982, il achève l’Insoutenable Légèreté de l’être. Une adaptation en a été tirée pour le cinéma, réalisée par Philip Kaufman et Jean-Claude Carrière. Il a écrit en 1981 une pièce en trois actes Jacques et son maître en hommage à Diderot, mise en scène par Jacques Lassalle. En 1990, ce sera l’Immortalité, méditation sur le monde de l’écrit envahi par les images. En 1993, il achève la Lenteur, sa première œuvre écrite en français. Viendront ensuite l’Identité et l’Ignorance.

En mars 2011, Kundera, en deux volumes, est dans « la Pléiade », accédant de son vivant à l’illustre collection. Il avait mis comme condition sine qua non qu’elle ne comporte aucune note, préface, commentaire ni appareil critique. Il a encore écrit la Fête de l’insignifiance. En 2019, l’ambassade de la République tchèque en France lui restituait sa citoyenneté initiale. Il aimait ce vers de son compatriote romantique, le poète Karel Macha (1810-1836) : « Un sourire léger à la bouche, une tristesse profonde au cœur ».

Partager cet article
Repost0
3 juin 2023 6 03 /06 /juin /2023 13:28
Samedi 10 juin, 11h - en dédicace à la Librairie Les Déferlantes,Camille Damiano et Samir Boukhalfa, auteurs de la BD sur la ligne Morlaix-Roscoff, "Le Fer et la Terre"

Samir Boukhalfa et Camille Damiano, jeunes architectes, auteurs de la BD sur le passé et l'avenir de la ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff, fruit de neuf mois d'enquête - "Le Fer et la Terre" (120 pages, 10€) - imprimée avec l'appui du Collectif pour la ligne Morlaix-Roscoff, seront en dédicace à la librairie Les Déferlantes de Morlaix le samedi 10 juin à partir de 11h.

Avant la rencontre-débat prévue à Saint-Pol-de-Léon, à l'espace Ti Kastellyz, à 14h30 ce même samedi 10 juin.

Venez nombreux vous procurer la bande dessinée dont se sera le premier jour de publication, et la faire dédicacer.

Partager cet article
Repost0
18 mai 2023 4 18 /05 /mai /2023 06:38
Guy Darol en rencontre le samedi 20 mai 2023 à Dialogues Morlaix pour son dernier roman "Village fantôme"
Guy Darol en rencontre le samedi 20 mai 2023 à Dialogues Morlaix pour son dernier roman "Village fantôme"
Guy Darol crée une forme de géopsychologie sentimentale. "Village Fantôme" est, en effet, un texte qui donne à entendre des lieux qui ne sont plus. L’auteur travaille la langue et ses dérivations, il illumine des dialectes oubliés - c’est bouleversant. Quelque part entre André Hardellet et Eugène Dabit, Guy Darol affronte ses souvenirs avec style. Une lecture immanquable.
Partager cet article
Repost0
12 mai 2023 5 12 /05 /mai /2023 05:16
Silence dans les champs - Rencontre passionnante avec le journaliste et écrivain Nicolas Legendre sur les impasses systémiques du "modèle agricole breton" à Dialogues Morlaix ce 11 mai
Silence dans les champs - Rencontre passionnante avec le journaliste et écrivain Nicolas Legendre sur les impasses systémiques du "modèle agricole breton" à Dialogues Morlaix ce 11 mai
Silence dans les champs - Rencontre passionnante avec le journaliste et écrivain Nicolas Legendre sur les impasses systémiques du "modèle agricole breton" à Dialogues Morlaix ce 11 mai

Une rencontre passionnante avec Nicolas Legendre sur le "modèle agricole breton" à base d'agrobusiness, de déni de la réalité, de compétition à outrance et de faux-semblants, de souffrances sociales dans le monde agricole, à Dialogues Morlaix ce jeudi 11 mai.

 

Silence dans les champs
« C’est pas la Corse ici. On te tue pas. C’est plus subtil. C’est sournois. La peur… »

Depuis les années 1960, le « système » agro-industriel fait naître des empires transnationaux et des baronnies rurales. Il crée des usines et des emplois. Il entraîne la disparition progressive des paysans, l’asservissement de nombreux salariés de l’agroalimentaire, l’altération des écosystèmes et la généralisation de la nourriture en boîte. Il s’impose au nom de la realpolitik économique et de la foi dans une certaine idée du « progrès ». Il prospère grâce à la bienveillance, l’impuissance ou la lâcheté des autorités. Il engendre ses propres mythes, capables de façonner durablement les mentalités. Il enrichit considérablement une minorité, alors que certains se contentent de survivre grâce aux subventions ou doivent s’estimer heureux parce qu’ils ont un travail. Il fait taire des récalcitrants à coups de menaces, de pressions, d’intimidations, de calomnies ou de sabotages. La violence est son corollaire. Le silence, son assurance-vie. Comment le définir ? « Féodalité », répondent les uns. « Esclavage moderne », disent les autres. « Oligarchie » ou « mafia », jurent certains...
Enquête au long cours jalonnée de témoignages saisissants, Silence dans les champs est une immersion glaçante dans le principal territoire agro-industriel de France : la Bretagne.
  • Paru le 12/04/2023, édition Arthaud, 20€
Silence dans les champs - Rencontre passionnante avec le journaliste et écrivain Nicolas Legendre sur les impasses systémiques du "modèle agricole breton" à Dialogues Morlaix ce 11 mai
Partager cet article
Repost0
10 mai 2023 3 10 /05 /mai /2023 05:18
Irène Frachon sera à la librairie Livre in Room de Saint-Pol-de-Léon le samedi 13 mai à 18h30 pour une rencontre autour de sa bande dessinée Mediator
Irène Frachon sera à la librairie Livre in Room de Saint-Pol-de-Léon le samedi 13 mai à 18h30 pour une rencontre autour de sa bande dessinée Mediator
// Rencontre //
Irène Frachon sera à la librairie le samedi 13 mai à 18h30 pour une rencontre autour de sa bande dessinée Mediator, un crime chimiquement pur, publiée chez Delcourt.
Retour sur le combat mené par la pneumologue brestoise durant plus de 16 ans sur ce médicament tristement célèbre.
Venez partager un moment privilégié avec Irène Frachon durant 2 heures.
Réservation conseillée.
Interview d'Irène Frachon dans A coeur ouvert, le journal santé du PCF, 1er mai 2023

Interview d'Irène Frachon dans A coeur ouvert, le journal santé du PCF, 1er mai 2023

Partager cet article
Repost0
19 avril 2023 3 19 /04 /avril /2023 06:20
18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix
18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix
18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix
18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix
18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix
18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix

Avec Alain Prigent, historien, ce mardi 18 avril, un très beau Mardi de l'éducation populaire sur l'histoire du PCF dans les années 30 et pendant l'occupation, ainsi que dans les années 50, autour des parcours de Madeleine Marzin, amie de Louis Guilloux et Renée Guilloux, institutrice rouge, résistante communiste, torturée, condamnée a mort, évadée, femme la plus recherchée de France, députée communiste du quartier de Belleville de 1951 a 1958, première présidente femme d'un groupe politique au conseil municipal de Paris (le groupe communiste bien sûr), de Francis Marzin, son frère aîné, responsable régional du PCF breton dans les années 30, qui signait les éditoriaux de la "Bretagne ouvrière, paysanne et maritime", et luttait contre les ventes-saisies de fermes de petits paysans a l'ouest de la Bretagne, mais aussi de Gustave Marzin, résistant communiste déporté, rescapé d'un terrible naufrage à la fin de la guerre, ou deux bateaux remplis de déportés ont été coulés par l'aviation anglaise dans la baie de Lubeck, avec près de 10 000 morts ...

 Une conférence et un livre passionnants...

18 avril 2023 - Mardi de l'éducation populaire avec Alain Prigent sur Madeleine Marzin - les conférences-débat du PCF Morlaix
Partager cet article
Repost0
13 avril 2023 4 13 /04 /avril /2023 06:58
Camille Damiano et Samir Boukhalfa ont enquêté pendant neuf mois sur la ligne de chemin de fer Morlaix Roscoff dans le cadre de leurs études en architecture. Le fruit de ces recherches est une BD de 90 pages qui démontre l’intérêt de rouvrir cette ligne et un projet de nouvelle gare à Saint-Pol-de-Léon. (Camille Damiano et Samir Boukhalfa- Photo Le Télégramme)

Camille Damiano et Samir Boukhalfa ont enquêté pendant neuf mois sur la ligne de chemin de fer Morlaix Roscoff dans le cadre de leurs études en architecture. Le fruit de ces recherches est une BD de 90 pages qui démontre l’intérêt de rouvrir cette ligne et un projet de nouvelle gare à Saint-Pol-de-Léon. (Camille Damiano et Samir Boukhalfa- Photo Le Télégramme)

Deux architectes se sont passionnés pour les enjeux de la ligne ferroviaire Morlaix Roscoff et ont travaillé dessus pendant des mois: Camille Damiano et Samir Boukhalfa. Voici un lien pour aller découvrir et lire intégralement et gratuitement (selon leur volonté) leur BD à la fois élégante, pédagogique et très intéressante, qui s'engage pour une relance de la ligne ferroviaire, avec notamment l'enjeu d'un fret ferroviaire à redévelopper et d'un trafic voyageur écologique.
 
Pour lire gratuitement la BD, ouvrez le lien suivant:
 
 
« Le Fer et la Terre » : la BD enquête qui redonne une chance à la ligne Morlaix Roscoff Réservé aux abonnés

  Le Télégramme Gwendal Hameury le 26 février 2023

 

Deux architectes ont enquêté pendant neuf mois sur la ligne Morlaix Roscoff dans le cadre de leurs études. Selon leurs conclusions, publiées sous forme de BD, cette dernière a un avenir.

Ils ne sont pas Bretons. Ni économistes. Et encore moins spécialistes du ferroviaire. Mais leur travail n’en demeure pas moins intéressant. Camille Damiano et Samir Boukhalfa, 24 ans, ont enquêté pendant neuf mois sur la ligne Morlaix Roscoff, dans le cadre de leur dernière année d’étude à l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Paris Malaquais. « Notre objectif final était de proposer un projet architectural approfondi, renseignent-ils. Mais dans le cadre de ce travail, lancé après la lecture d’articles du Télégramme sur le sujet, nous nous sommes énormément documentés sur le Haut Léon, son histoire agricole, son passé ferroviaire, son avenir. On s’est pris de passion pour ce territoire où nous avons séjourné deux fois cinq jours ». Le fruit de ces recherches : une BD enquête de 90 pages intitulée « Le Fer et la Terre » (le fret ferroviaire comme outil d’irrigation au service de la transformation d’un territoire agricole), disponible sur Issuu, une plate-forme d‘édition électronique gratuite.

« Un véritable gisement »

À la fois auteurs et illustrateurs de cet ouvrage, Camille Damiano et Samir Boukhalfa arrivent à la conclusion que la ligne Morlaix Roscoff, abandonnée depuis le 3 juin 2018, suite aux pluies d’orage qui avaient emporté une partie des rails au niveau de Sainte-Sève, a un gros potentiel. « Elle a été la ligne de fret la plus rentable de la SNCF de 1957 à 1981. Puis a décliné en raison de la concurrence routière, rappellent-ils. Mais elle reste un véritable gisement. Après le Brexit, la COP26 (à Glasgow, en 2021, NDLR) et à l’heure de l’agrandissement du réseau transeuropéen du transport (RTE-T), la donne pourrait changer ».

« Pris aux tripes par ce sujet », les deux jeunes architectes estiment que le rail doit être la colonne vertébrale du Haut Léon. « Il faut voir le train comme un moyen de mutualiser les ressources, soufflent-ils. Et prendre le fret ferroviaire comme mode premier du transport de marchandises. Mais cette transformation ne peut trouver de réalité qu’avec les acteurs qui façonnent déjà le territoire et son économie. Comme le port de Bloscon ou la Sica ».

« Un travail désintéressé »

C’est justement à Saint-Pol-de-Léon, fief de la Sica, que Camille Damiano et Samir Boukhalfa ont implanté leur projet architectural. Dans l’ancienne gare (où vient de s’installer un bar-restaurant), précisément, qu’ils ont imaginée en grande halle, « histoire de revisiter l’image de ce pays agricole exportateur ». Un endroit qui abriterait à la fois des laboratoires destinés à la recherche sur les semis paysans, mais aussi une gare de fret et une gare voyageurs. « Car le redémarrage du fret relancera le trafic voyageurs. Tous les éléments sont en place pour un fonctionnement différent de ce territoire. C’est ce qu’on a voulu montrer dans cette BD, qui est un condensé de notre enquête. Il nous est apparu que c’était le meilleur moyen de communiquer sur ce sujet complexe ».

Les jeunes architectes ne cherchent pas à monétiser leur travail. Seulement à le rendre accessible au plus grand nombre. « C’est gratuit, désintéressé, argumentent-ils. Notre projet de gare à Saint-Pol-de-Léon est très ambitieux. Il est fait pour rêver et ne verra pas le jour. Ça coûterait bien trop cher. Mais ça n’enlève rien au reste de l’enquête ».

« Nous avons justifié le retour du train »

Cette dernière comporte aussi des annexes. Consacrées à ce projet de gare en lui-même, mais aussi aux chiffres du fret ferroviaire et à l’analyse du rapport Spinetta de 2018. Confier la gestion des petites lignes ferroviaires aux régions, fidéliser le fret et ouvrir à la concurrence faisaient partie des propositions de ce rapport. « Nous sommes allés au fond des choses, concluent Camille Damiano et Samir Boukhalfa. Et nous avons justifié le retour du train entre Morlaix et Roscoff, en expliquant qu’il y avait des moyens pour le financer. Cette ligne a un avenir ».

Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff, pourquoi la relancer - Lisez gratuitement en ligne la Bande dessinée enquête sur la ligne Morlaix-Roscoff des architectes Camille Damiano et Samir Boukhalfa
Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff, pourquoi la relancer - Lisez gratuitement en ligne la Bande dessinée enquête sur la ligne Morlaix-Roscoff des architectes Camille Damiano et Samir Boukhalfa
Ligne ferroviaire Morlaix-Roscoff, pourquoi la relancer - Lisez gratuitement en ligne la Bande dessinée enquête sur la ligne Morlaix-Roscoff des architectes Camille Damiano et Samir Boukhalfa
Partager cet article
Repost0
5 avril 2023 3 05 /04 /avril /2023 06:56
Note de lecture - Beyrouth-sur-Seine de Sabyl Ghoussoub
Beyrouth-sur-Seine est un roman autobiographique de Sabyl Ghoussoub qui a reçu le prix Goncourt des Lycéens 2022, une exploration temporelle et géographique, des années 1960 à 2020.
 
Des allers-retours entre Paris où sont exilés ses parents libanais depuis la fin des années 70 et le Liban où la guerre fait rage dans les années 1970 et 1980, où la famille se partage entre des oncles communistes et combattant au côté de la gauche et des Palestiniens dans la guerre civile, et des oncles phalangistes combattant avec la droite chrétienne, Moscou, où va étudier un des oncles communistes.
 
La lourdeur de l'héritage, la complexité et les contradictions de la situation politique et de l'histoire libanaise sont amenés avec beaucoup de subtilité dans une écriture fluide et proche de la vie et de l'humain procédant par allusions, évocations par petites touches, avec une tendresse qui ne tombe jamais dans la sensiblerie, qui restitue l'élégance, l'étrangeté, et la singularité irréductible des êtres.
 
Un récit lumineux, facile à lire, plein d'empathie et d'humour, sur une guerre atroce, les paradoxes de l'exil et de la gauche libanaise, qui revient aussi sur les attentats et attaques à Paris dans les années 80 qui ont prolongé cette guerre du Proche-Orient aux imbrications et instrumentalisations si complexes entre la Syrie, l'Iran, Israël, les États-Unis, l'Irak, la France, les Palestiniens.
 
Ismaël Dupont, 3 avril 2023
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011