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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 07:24
Yvonne Abbas (source: documentation photographique L'Humanité) - Héroïques - Femmes en résistance Volume 1 de Antoine Porcu aux éditions du Geai Bleu

Yvonne Abbas (source: documentation photographique L'Humanité) - Héroïques - Femmes en résistance Volume 1 de Antoine Porcu aux éditions du Geai Bleu

Portrait de résistante communiste -

7. Yvonne Abbas (1922-2014)

(100 ans d'engagements communistes)

Souvent très jeunes, les femmes du Nord ont été particulièrement nombreuses à s'engager très tôt dans la lutte contre l'occupant nazi. Yvonne Abbas était l'une d'entre elles.

Née le 29 avril 1922 à Pérenchies (Nord), morte le 13 décembre 2014 à Loos (Nord) ; Yvonne Abbas fut sténodactylo, militante communiste et syndicaliste CGT du Nord, résistante FTP, internée et déportée, femme de fusillé, membre du bureau national de l’Amicale de Ravensbrück , conseillère municipale de La Madeleine (Nord).

Fille de Mustapha Abbas, manutentionnaire mort en 1933 de tuberculose et de Marie Huysentruyt, ouvrière du textile, veuve de guerre, Yvonne Abbas, avec une formation de sténodactylo, entra dès quatorze ans aux Nouvelles épiceries du Nord, où elle adhéra à la CGT-Alimentation, puis dans l’industrie textile où elle milita au syndicat CGT du textile. En 1938, elle devint militante des Jeunes filles de France et participa également aux activités des Amis de la nature, à celles des Auberges de jeunesse, et aux FSCGT. 

Jeune communiste avant la guerre, elle s’était mariée le 16 juillet 1938 à La Madeleine (Nord) avec Florent Debels (1920-1942) et resta militante avec son mari qui organisa un des premiers groupes FTP du Nord ; elle fut notamment chargée du matériel de propagande, du ravitaillement et du logement de nombreux résistants. Yvonne Abbas n'a pas encore 20 ans quand elle devient résistante. Ses premières actions consistent à fabriquer des journaux clandestins. Pour cela, il faut des rédacteurs, du papier journal, des machines à écrire, donc des dactylos, et aussi des stencils et autres machines à imprimer. Yvonne, très active, recrute, assure la liaison avec d'autres groupes, notamment avec le secteur de Cambrai-Caudy. Son petit appartement, place de la Boucherie, à La Madeleine sert à héberger des résistants condamnés à mort par contumace.  Un groupe de résistants tombe dans les mailles de la police. Torturés à mort, certains craquent. Des noms sont livrés, dont celui d'Yvonne Abbas.

Arrêtée le 29 avril 1942, le jour de ses vingt ans, elle resta cinq jours au commissariat de Lille où des policiers s’efforcèrent, sans ménagements mais en vain, de lui faire dénoncer son mari et d’autres illégaux. Elle est battue, torturée, et c'est en loque qu'elle est traduite devant un tribunal spécial de Douai siégeant à huisclos.

Le 31 juillet 1942, la section spéciale de la cour d’appel de Douai la condamna à deux ans de prison pour « activité terroriste ». Elle fut internée à Cuincy (Nord), à la Roquette à Paris, à la Centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine). Libérable en mai 1944, elle dut à la « vigilance » du préfet du Nord son internement à sa sortie de prison, car « militante et propagandiste active du Parti communiste, l’intéressée me paraît susceptible de reprendre son activité communiste ». Elle fut internée à la forteresse de Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis) puis déportée à Ravensbrück (Allemagne) puis à Holleischen, libérée par les partisans polonais et tchèques, accompagnant des troupes alliés. Yvonne Abbas a passé 37 mois de sa jeune vie en captivité en France, en Allemagne et en Tchécoslovaquie. Elle a connu l'enfer de la vie de déportée: la faim, le froid, le manque absolu d'hygiène, les appels interminables, les coups de cravache des Kapos. Mais elle a aussi connu la solidarité et la résistance des femmes déportées, notamment les communistes qui sont corps pour survivre, les plus nombreuses possibles, et aider les plus faibles. 

Son mari fut arrêté le 2 mai 1942, à Sin-le-Noble (Nord) chez Charles Loubry (jeune résistant de 17 ans ; déporté) à la suite d’une « fuite » d’un résistant gravement blessé et cependant torturé et fusillé. De la prison de Cuincy, il fut envoyé à la prison de Louvain (Belgique) où le tribunal militaire allemand le condamna à mort le 5 juin 1942 pour « détention d’armes à feu et propagande illégale communiste ». Il fut fusillé au crépuscule du 1er juillet 1942 au fort du Vert-Galant à Wambrechies (Nord).

Grâce à la sollicitude du maire de La Madeleine, le docteur Happe, Yvonne va progressivement retrouver force et santé.

Jeune veuve, Yvonne Abbas-Debels eut du mal à retrouver du travail. Mariée le 27 mars 1948 à La Madeleine avec Jacques Charles Pouillande, elle divorça en 1963. Elle devint employée municipale de La Madeleine jusqu’à sa retraite et fut plus tard conseillère municipale communiste.
Elle consacra une partie importante de son militantisme aux anciens résistants, comme vérificatrice des médailles militaires, membre du comité national de la FNDIRP, du bureau national de l’Amicale de Ravensbrück, et comme présidente du comité de Lille de l’ANACR. Inlassablement elle allait témoigner dans les établissements scolaires, accompagnait les voyages scolaires sur les lieux de déportation et s’impliquait dans le concours national de la résistance pour les collégiens.
Médaillée de la Résistance, reconnue Combattante volontaire de la Résistance, elle fut nommée officier de la Légion d’honneur le 18 juin 1992, puis devint la première femme du Nord a être élevée au grade de commandeur le 18 septembre 2014.
Le centre de PMI protection maternelle et infantile d’Haveluy porte son nom depuis mai 2009.

Yvonne Abbas est décédée le 13 décembre 2014 à Loos (Nord).

Sources:

Héroïques - Femmes en résistance Volume 1 de Antoine Porcu aux éditions du Geai Bleu

https://maitron.fr/spip.php?article9627, notice ABBAS Yvonne, Clémence [épouse DEBELS Yvonne] par Roland Delacroix, Yvette Fabre-Anselin, version mise en ligne le 2 septembre 2015, dernière modification le 2 septembre 2017.

Lire aussi:

Portrait de résistante communiste - 6. Hélène Le Chevalier, résistante costarmoricaine et militante du secours populaire clandestin (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste - 5. Jacqueline Lautier dite Ginette (100 ans d'engagements communistes)

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Portrait de résistante communiste - 3 - Maï Politzer 1915-1943 (100 ans d'engagements communistes)

Portrait de résistante communiste: 2 - Madeleine Braun, cofondatrice du Front National, première femme vice-présidente de l'Assemblée Nationale (100 ans d'engagements communistes)

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