Keny_Arkana-Live_TV-Prix_constantin: Le "Nettoyage au Karchër", défi jeté à la sale trogne de Sarkozy lors des cérémonies du prix Constantin à la télévision:
C'était samedi soir. Un immense moment d'émotion au Roudour de Saint Martin des Champs, qui a connu sans doute peu de concerts aussi "chauds" et chaleureux.
Devant 1100 personnes venus de toute la Bretagne et même pour certains, du sud de la France, la rappeuse contestataire marseillaise d'origine argentine Keny Arkana, née en 1982 et depuis quelques années une égérie des milieux alternatifs, alter-mondialistes et anti-capitalistes, a déployé avec beaucoup de charisme et de générosité toutes les facettes de son immense talent de chanteuse et de parolière au service de la fraternité et de la révolte collective contre le désordre capitaliste mondial, l'irresponsabilité des puissants qui mettent le monde à feu et à sang, détruisent la nature, la dignité humaine et les liens sociaux au profit de leurs intérêts financiers. Son appel à la fraternité humaine, résistance, à la mobilisation collective, au refus de la résignatuion, à la lucidité face à nous autres qui "avons peur de la liberté" alors qu'on réprésente la force et le nombre, ont été entendus... Mais "ce n'est pas que des mots" comme elle dit avec du sourire et de la gravité...
Des paroles de lutte entraînantes et souvent tellement justes dont je voudrais ici en délivrer un petit florilège issu de l'album "Désobéissance" pour faire découvrir un rap intelligent qui traque le sens plus que l'effet, tourne le dos au cynisme, à la vulgarité, à la consommation ostentatoire et au nihilisme:
Réveillez-vous
Ca pleut l'injustice, et la tempête est programmée
Tout va de plus en plus vite, oui la guerre est proclammée
Une guerre glaciale, de moins en moins discrète
Qui s'attaque aux plus pauvres et à ceux qui refusent d'intégrer la disquette
On divise la populace, on instaure l'état policier
Sors des rangs, et tu mangeras la matraque de l'officier
Nouvel ordre officieux, le terrorisme officiel
N'est qu'un outil pour instaurer la surveillance et la peur
Eteins ta télé, et leurs émissions d'arriérés
Eteins ta télé, avant de finir complètement aliéné
Propagande de peur pour une soumission offishal
Métro, boulot, dodo, biométrie et fichage...
Réveillez-vous, ils nous ont déclaré la guerre
Réveillez-vous, peuples du monde et enfants de la Terre
Réveillez-vous, avant le point de non-retour
On aura besoin de tout le monde, tout le monde, tout le monde, tous
Réveillez-vous, car demain sera pire encore
Réveillez-vous, avant qu'ils nous mettent des puces dans le corps
Réveillez-vous, c'est nos vies qui sont en jeu
Réveillez-vous, réveillez-vous
Ordre mondial
Je suis là, partout, j'ai resséré les murs
J'ai imposé ma surveillance, caméra partout dans les rues
J'ai approfondi les frontières, un rempart pour le Tiers-Monde
Un champ de tir pour les sans faf, histoire que les affaires montent
Je ne défends pas l'être humain, je défends les capitaux
J'instaure les règles du commerce en faveur des occidentaux
Je suis l'art de piller, en faisant croire qu'on ne vole rien
Au service de la croissance, les droits de l'homme j'en rigole bien
Je me cache derrière des idéologies pour que l'opinion soit d'accord
J'ai imposé la biométrie sur vos passeports
(...)
Je contrôle vos esprits par le biais des médias, vous êtes à ma merci
Les pieds embourbés dans l'inertie
Car vous vous croyez libre, mais formatés depuis l'école
Pour vous apprendre la hiérarchie, à toujours obéir aux ordres
Je suis l'ordre mondial
L'ordre créé par les puissants
Confréries, chefs de multinationale
Politiques économiques, je suis la conjoncture
Imposé à la planète, j'ai instauré ma dictature
J'ai anéanti le pouvoir national, j'impose ma loi dans les^pays
C'est le jeu de l'illusion que vous appelez "démocratie"
Car l'ordre vient de moi, certainement pas d'un peuple
Je vous façonne à mes choix dès que vous tombez dans la peur
Je suis le produit des tyrans, la structure qui détruit
Au nom des valeurs marchandes, implantées jusqu'à vos esprits
Je pompe le sang du Tiers Monde, j'chope leur politique
Leur ordonne de nous vendre tous leurs services publics
Un peuple qui se lève? moi je lui couperai les vivres
Pour mieux alimenter sa haine et l'emmener en guerre civile
Car y'a pas de meilleur business que la mort
Destruction, reconstruction, investissement, marchés des armes
Pro-guerre, prospère, je fais monter la sauce
Vous monte les uns contre les autres, pour mieux alimenter ma force
Car mon règne prend son ampleur dans toutes vos divisions
Littéralement capitaliste, au service de vos illusions....
La rue nous appartient
Expulsés de nos centre-villes, expropriés de nos droits
Colonisation trop subtile, pour que vraiment le peuple voit
Divisés dans la peur, trop renfermés sur nos merdes
Celles qu'ils sèment et dont les fruits nous arrivent en pleine gueule
C'est le même bourreau qui vient taper sur nos crânes
Et entre nous on se déverse tout le poison de nos drames
Ca dort dans la rue, supporte tous les malheurs
Pendant ques les bâtiments sont vides, dorment pour prendre de la valeur
Ca expulse des familles, des vieux, des enfants
Entre cars de CRS et caméras de surveillance
Quelques années ont suffi pour aseptiser nos ruelles
Apartheid social et culturel
Aujourd'hui, les fachos s'affirment, aiment nous humilier
La ville n'est plus au peuple, mais aux marchands d'immobilier
Fonds spéculatifs, les appétits deviennent tarés
Depuis que la guerre aux pauvres est déclarée
Expulsés de nos villes, comme expulsés de nos vies
On ira occuper la rue, comme tous les immeubles vides
On ira affronter l'abus qui sévit et va trop loin
On se laissera pas voler la rue, car la rue nous appartient
Ils veulent dessiner l'apartheid, on dessinera le maquis
On ira se réapproprier tout ce qu'ils ont pris pour acquis
Sans logis, sans papiers, sans rêves et sans droits
Solidarité, on est ensemble, c'est le front des sans voix...
Crie leur qu'on est le monde
Que le peuple finira par vaincre
Qu'ils ont le chiffre, qu'on a le nombre
Et que la rue nous appartient...
Les chemins du retour
Enfermés dans la peur qu'on nous inculque
Laisse-les nous mépriser nous appeler jeunes et incultes
C'est la maladie du siècle, dans le coeur, les surins
Les terriens sont en colère, ont enterré ce qui faisaient d'eux des humains
Ca fait un bail qu'on a tout balancé dans la fosse
Comment a t-on pu zapper que l'Amour était le moteur de notre propre force
On se renferme tous malheureux dans nos petites cases
La Vie se cache dans chaque recoin, même des plus petites phrases
Veille sur ton coeur, il peut vite glacer de froid
Faut garder sa vigilance pour ne pas s'éloigner de soi
Chaque instant est une prière, prends soin de tes pensées
Demeure-les sensées pour ne plus broyer de la pierre
Le système est un mirage, les barrières illusoires
Les angoisses sont des vibes, auxquelles Babylone veut nous faire croire
Le coeur détaché, tout commence dans la tête
La Révolution totale n'est pas qu'un but, c'est un chemin et une quête
On doit redevenir humain (X4)
Les barrières sont dans nos têtes, les limites sont dans nos coeurs
Le travail est profond pour s'émanciper de l'horreur
Après des siècles d'aliénations, après des siècles d'aberrations
On s'est construit nos propres prisons
Enfermés dans les forteresses de nos egos
La Vie ne passe plus à travers, on se sent mourir, on sort les crocs
On s'entretue et on s'oublie, en accusant autrui
On brûle nos rêves de notre plein gré pour libérer nos cris
Demi-Hommes, on a des clous au bout de nos ailes
La vraie révolution sera le changement de nos êtres
La Force est en nous-même, secret de la Création
Entends les Anges à tes oreilles, te souffler ta mission
Cherche la pureté en ton coeur, vu que l'horreur nous encercle
Trésor enfoui, trésor de nos ancêtres
Mémoire oubliée dans un coin de l'évolution
Enfants de l'Humanité, on porte en nous la Solution
On doit redevenir Humain (X4)
La machine nous a appris à ne pas sourire dans la rue
A ne pas voir le pauvre qui crève en demandant de l'aide
Elle nous a enseigné que l'Amour était une faiblesse
Tout comme les larmes et que les faiblesses n'ont pas leur place dans leur système
Violente, elle nous a formé à encaisser les coups
Clamant le chacun pour soi et le diable pour tous
Elle nous appris à ne pas regarder son voisin
A part pour comparer et pour jalouser son pain
Elle nous a dénaturé jusqu'à ce qu'on banalise le mal
Qu'on glorifie le diable et qu'on sous-estime le drame
Elle nous a convaincu que pour vivre à Babylone
Il ne fallait plus être humain mais un robot ou un clone
Elle a fait de nous ces enfants, redessinés à son image
Aussi gris que l'ensemble de son rivage
Enfants de Dieu, l'Amour et la Mémoire seront nos armes
Sur les chemins du retour, vers la Vérité de nos âmes
On doit redevenir Humain (X4)
Certains y verront une sentimentalité creuse, une bigoterie ou un idéalisme outranciers. Moi, j'y retrouve mon Rousseau, que j'aime tant dans son mélange d'optimisme anthropologique et de pessimisme culturel, de critique radical du social et d'ouverture à une idéalité dans l'immanence : l'homme, animal dénaturé jeté en dehors de lui-même et de sa divine nature originelle par une civilisation fondée sur l'apparence, l'appropriation exclusive, l'inégalité et la fuite en avant technique. L'homme aliéné, abîmé, ennemi de ses semblables et de lui-même, qui peut retrouver la trace de sa pureté originelle et sa générosité de coeur en replongeant en lui-même, en regoûtant le contact à la nature, loin des faux-semblants de l'amour propre et des séductions du monde. L'homme, qui peut devenir vraiment civilisé et rendre justice à la beauté intrinsèque de la Vie, en transformant son attitude individuelle et en s'éduquant contre une société corruptrice, en défaisant ses chaînes sociales pour retrouver la vérité de sa nature.
Les chansons de Keny Arkana sont parfois un peu didactiques (on croirait lire un article du Monde Diplomatique dirons certains, l'énergie et la rage en plus) mais leur radicalité mêlée à sa bonne humeur sur scène a quelque chose de rejouissant et la chanteuse n'émeut jamais autant que quand elle retrouve le chemin de l'intimité, pour évoquer comment est née en elle une soif inextinguible de liberté, à travers ses expériences des prisons de l'enfance perdue (les foyers, les psychiatres, la rue) ou pour s'adresser à Dieu ou à la Terre sous la forme d'une prière qui nous emporte très haut au-dessus de la politique partisane et donne un fondement mystique à son engagement révolutionnaire.
Pour le plaisir, des liens avec quelques autres vidéos de Keny Arkana:
"J'me Barre, tcha, tcha, le foyer, j'm barre... ": http://www.youtube.com/watch?v=CYsDi-Q5k5o
"Cinquième soleil": http://www.youtube.com/watch?v=wA9LzNQdgY4
"Le missile est lancé": http://www.youtube.com/watch?v=UoQ5NEQhA-0
"Entre ciment et belle étoile": http://www.youtube.com/watch?v=45pwd3YCMlA
I.D