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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 13:27
Jeudi, 2 Avril, 2020

Romain Gizolme : « Il faut concilier impératifs éthiques et sanitaires »

Depuis le début de la crise, la situation dans les Ehpad ne cesse de se tendre. L’isolement des résidents dans les chambres inquiète. Entretien.
 

Romain Gizolme est Directeur de l’AD-PA, association des directeurs au service des personnes âgées

Le gouvernement demande l’isolement individuel des résidents dans leur chambre pour limiter la contagion. Est-ce LA solution ?

Romain Gizolme Il faut avoir conscience que le confinement a des conséquences sur l’état psychologique des personnes âgées. Il s’agit aussi d’une restriction de liberté. C’est pourquoi nous avons saisi le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui doit rendre son avis bientôt. Ce n’est pas parce que nous sommes dans l’urgence qu’il faut lâcher sur les questions d’éthique. Nous voulons des mesures proportionnées et différenciées. Celle visant à isoler complètement doit être prise avec parcimonie. Et ça implique que les personnels puissent disposer de masques.

Qu’en est-il des masques et des tests de dépistage ?

Romain Gizolme Ça commence à s’améliorer dans les établissements, mais c’est toujours compliqué pour les services à domicile. Il faut absolument que les services de l’État s’organisent pour leur livrer des masques. Il faut aussi pratiquer des tests, aussi bien sur les personnels que sur les personnes âgées. Cela nous permettrait de savoir que les salariés vont bien. Et cela justifierait les mesures d’isolement en logement individuel pour les pensionnaires malades. C’est ce qu’on met en place en période de grippe saisonnière. Le coronavirus ne touche pas 100 % des résidents d’un même établissement. Cibler les personnes positives permettrait d’éviter d’imposer à tout le monde de rester seul en chambre, pendant de nombreuses semaines, voire mois. Les autres pourraient être libres de circuler un peu. On concilierait ainsi impératif éthique et sanitaire.

Après trois semaines de confinement, les personnes âgées doivent commencer à ressentir certains effets…

Romain Gizolme Oui. On voit des gens qui se nourrissent moins. D’autres qui développent des troubles du comportement. On peut supporter des mesures contraignantes, mais si celles-ci durent trop longtemps, elles ne seront plus acceptées, et au final, plus applicables.

Sans compter le manque de moyens humains...

Romain Gizolme On sent clairement le manque de personnels, d’autant que toutes les relations sociales sont réduites a minima. Il est certain que la question du bilan et de l’état du secteur va revenir sur le devant de la scène politique après la crise. Ce n’est pas encore le moment. Notre préoccupation, là, c’est de tout mettre en œuvre pour limiter l’impact du coronavirus sur les personnes âgées qui sont les plus vulnérables.

Entretien réalisé par Alexandra Chaignon
 
Situation critique dans les EHPAD à l'heure du Covid-19 - Interview de Romain Rizolme, directeur de l'AD-PA, et reportage à Paris - L'Humanité, 2 avril 2020
Jeudi, 2 Avril, 2020

Dépendance. Dans les Ehpad de la Ville de Paris, la tempête arrive

Déjà une vingtaine de décès liés au coronavirus parmi les 2 000 pensionnaires des maisons de retraite publiques de la capitale. Familles et salariés s’inquiètent du manque d’informations, de matériel et de personnel qualifié.

 

« D ans mon établissement, il a déjà au moins huit cas, et quand j’y retournerai demain, il y en aura un autre. Cela va très vite », explique Jean-Paul (1), soignant dans un des 15 Ehpad gérés par le centre d’action sociale de la Ville de Paris (CASVP). On comptait mercredi une vingtaine de décès parmi les 2 000 résidents de ces établissements publics. « La vague est arrivée. Nous avons des cas dans tous nos établissements. Reste à savoir comment on va arriver à en limiter l’impact », résume Hervé Spaenlé, sous-directeur des services aux personnes âgées. Depuis le 8 mars, les familles n’ont plus le droit d’aller voir leurs proches. Le 27, certaines avaient reçu des courriers les informant de la présence de cas suspects. Depuis, elles n’ont plus aucune information et l’angoisse monte. « Je téléphone deux fois par semaine. J’arrive à parler à une aide-soignante. Elle me dit que tout va bien, mais j’ai peur. Le virus est entré dans la résidence et ma mère a 84 ans », explique Jeanine, dont la mère est en Ehpad depuis douze ans.

Combinaison partagée

Les pensionnaires sont depuis ce week-end tous confinés dans leurs chambres. Dans un premier temps, la semaine dernière, seuls les cas suspects étaient concernés par cette mesure. Les déplacements entre les étages étaient, eux, interdits. Recommandé par le ministère, le confinement total ne va pas sans difficultés. « La consigne est dure à comprendre pour ceux qui n’ont plus toute leur tête. Chaque fois que vous avez le dos tourné, il y en a un qui sort de sa chambre. On passe nos journées à essayer de les raisonner », explique Michel, un aide-soignant. « On aurait dû regrouper les cas suspects sur un seul étage et leur allouer un personnel dédié pour permettre une vraie isolation », s’agace Maryse Gautier Leghlid, présidente d’une association des familles de résidents des Ehpad du CASVP.

Les équipements sont, comme partout, insuffisants. Même pour se rendre dans les chambres des cas avérés, il n’y a pas masques FFP2, et pas toujours de charlotte ou de lunettes. « On a une seule combinaison de protection, alors elle reste dans la chambre. On la met tous à tour de rôle, au risque d’être contaminés et de répandre le virus », raconte Jean-Claude. Les soignants disposent depuis seulement le 23 mars de trois masques par jour. C’est plus que les recommandations de l’ARS, souligne la direction, mais insuffisant pour pouvoir en changer à chaque résident et limiter les risques de contamination. « Ces masques sont arrivés beaucoup trop tard. On en réclamait depuis des semaines. Pendant tout ce temps, forcément, on a fait entrer le virus », tempête Jean-Claude.

Des bénévoles en renfort

Le manque de personnel complique aussi la réponse. « Il y a eu beaucoup d’arrêts. Les gens pensent qu’ils ont le Covid. Ils ne veulent pas prendre le risque d’infecter les résidents et ils ont peur. Certains aussi doivent garder leurs enfants ou habitent trop loin », explique Christian Giovannangeli, délégué FO au CASVP. Selon la direction, entre 25 % et 30 % des soignants manquent à l’appel. Déjà chronique en temps normal dans les Ehpad, le sous-effectif explose, alors même que les missions se multiplient et se complexifient. « Avec le confinement, on doit aller de chambre en chambre pour les repas et on est deux pour 28 personnes. On doit courir partout, apporter les plats, les réchauffer, aider certains à manger. En fin de journée, on est exténués », raconte Laura, une aide-soignante.

« On essaye de leur simplifier le quotidien. Ils peuvent utiliser des taxis entre 19 heures et 7 heures du matin et on propose des logements meublés sur Paris, que des agences privées nous ont mis à disposition », explique Hervé Spaenlé. Une prime de 35 euros par jour de présence a aussi été allouée par la mairie. Mais le personnel se plaint de la pression des chefs et du manque de considération. « J’imaginais qu’on allait tous se serrer les coudes. Mais non. Il faudrait qu’on se sente soutenus et encadrés, mais on a l’impression de se débrouiller tous seuls », souligne Laura.

La direction fait aussi appel aux intérimaires et, pour la première fois, aux bénévoles, venus pour l’essentiel d’autres services du CASVP ou de la mairie. Trente soignants du secteur de la petite enfance se sont déjà portés volontaires. « Ces personnels de remplacement et titulaires surchargés vont-ils être en mesure d’appliquer strictement les consignes ? » s’inquiète Maryse Gautier Leghlid. « Dans une situation comme celle-là, tout est un risque, reconnaît Hervé Spaenlé. Mais nous n’avons pas le choix. »

(1) Les prénoms ont été changés.
Camille Bauer

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