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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 06:15
Photo de Julius Fucik publiée dans L'Humanité avec l'article de Maurice Ulrich le 24 juillet 2019

Photo de Julius Fucik publiée dans L'Humanité avec l'article de Maurice Ulrich le 24 juillet 2019

Julius Fucik « Hommes, mes frères, je vous aimais, veillez ! »

Mercredi, 24 Juillet, 2019

Dans sa prison, le résistant et communiste tchécoslovaque, écrivain et journaliste, parvient à rédiger ce qui s’appellera Écrit sous la potence. Torturé pendant des jours, il sera pendu, à Prague, le 8 septembre 1943. Il avait 40 ans.

 

ÀBerlin, dans un des magnifiques parcs du quartier Pankow, on peut lire sur un mémorial qui lui est dédié ces mots de Julius Fucik, les mêmes qu’il avait écrits à quelques heures de son exécution : « Hommes, mes frères, je vous aimais, veillez ! » Journaliste, écrivain arrêté en avril 1942 à Prague avec six autres membres de son réseau de résistants communistes, affreusement torturé pendant des jours, il est pendu le 8 septembre 1943, à 40 ans. Quatre ans plus tôt, le 15 mars 1939, les troupes hitlériennes ont envahi la Tchécoslovaquie.

Né dans une famille ouvrière, mais neveu du compositeur nommé comme lui Julius Fucik, qui connut des heures de gloire à Prague et à Berlin en donnant des concerts devant plus de 10 000 personnes, le jeune homme qui, dès ses 12 ans voulait créer un journal, se tourne très vite vers le théâtre, la littérature et la politique. En 1921, la branche de gauche du parti social-démocrate fonde le Parti ­communiste tchécoslovaque. Il en est, en même temps qu’il est une figure de l’avant-garde artistique. Critique littéraire dans un magazine, il collabore également au quotidien du parti, Rude Pravo. Dès cette époque, il est arrêté à plusieurs reprises, il échappe en 1934 à une peine de prison de huit mois. Cette même année, il est en reportage en Allemagne, témoin de la manière dont Hitler a déjà assis son pouvoir avec l’interdiction des partis communiste et socialiste, des syndicats, l’arrestation de leurs militants et l’ouverture des premiers camps de concentration. En 1938, l’année même où il rencontre celle qui va être son épouse et camarade, Augusta Kodericova, le Parti communiste, l’un des plus importants d’Europe, est interdit. C’est, si l’on peut dire, « un dommage collatéral », et assez largement occulté, des accords de Munich par lesquels la France et l’Angleterre laissent le champ libre à l’Allemagne au nom de la paix. Dès ce moment, Julius Fucik est en résistance. Il intègre en 1941 le comité central clandestin du Parti.

En 1955, Milan Kundera lui rendra hommage dans un ensemble de textes dédiés, selon ses termes, à « un héros de la résistance communiste contre l’occupation nazie en Tchécoslovaquie ». Car, s’il n’est évidemment pas le seul – on estime à 30 000 le nombre de communistes qui y laissèrent la vie –, sa mémoire tient à un livre appelé Écrit sous la potence. Pendant ses mois de prison, il rédige, le plus souvent sur des feuilles de papier à cigarettes, des textes qui sortiront, avec la complicité d’un gardien probablement patriote, dont il évoque d’ailleurs la figure. C’est son épouse, elle-même rescapée de Ravensbrück, qui va apprendre l’existence des feuillets, en même temps que sa mort : « On m’a appris aussi que Julius Fucik avait écrit dans la prison de Pankrac. C’est son gardien, A. Kolinsky, qui lui a donné les moyens de le faire en lui portant dans la cellule papier et crayon nécessaires. C’est lui encore qui a emporté en cachette les feuillets du manuscrit écrit en prison. » Elle les fera publier.

Il sait donner à son récit le tour de l’anecdote, même tragique

La figure de l’auteur, car c’est un auteur et il s’agit bien d’une œuvre, va connaître dans les années d’après guerre une immense notoriété. Car Fucik, avec toute la force, l’intelligence et le talent d’un homme qui sait ce que peut l’écriture, va au-delà du simple témoignage. « Il n’y a pas de vie sans chants, comme il n’y a pas de vie sans soleil. » Il sait donner à son récit le tour de l’anecdote, même tragique. Comme lorsqu’un couple de camarades est arrêté et que la femme, Mariette, prend un premier coup : « Si beaux gars, dit-elle et accentuant sa voix, si beaux gars et de telles brutes ! » Avec Figures et Figurines, il va dresser les portraits de ses geôliers, de ses bourreaux, de ses camarades de prison par l’écriture, comme Jean Moulin l’avait fait en dessinant la caricature de son tortionnaire, Klaus Barbie. Aujourd’hui, d’une manière sans doute trop compréhensible, Écrit sous la potence est un livre scandaleusement non réédité et introuvable. C’est dire à quel point Julius Fucik avait raison quand il nous appelait à veiller, après avoir écrit ces autres mots : « Mon rôle aussi approche de sa fin. Je ne l’écris plus, cette fin. Je ne la connais plus déjà. Ce n’est plus un rôle, c’est la vie. Et dans la vie, il n’y a pas de spectateurs. Le rideau se lève. »

Maurice Ulrich
Julius Fucik, résistant et communiste tchécoslovaque pendu en 1943 - par Maurice Ulrich (L'Humanité, 24 juillet 2019)

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