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23 juillet 2019 2 23 /07 /juillet /2019 07:08

Bertolt Brecht Combattre la bête immonde

Lundi, 22 Juillet, 2019

Lanceurs d'alerte en 1939 1/29. Dans son œuvre théâtral et poétique, le dramaturge allemand a combattu sans relâche nazisme et fascisme comme avatars de la barbarie capitaliste.

 

«Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut pas chanter victoire, il est encore trop tôt : le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde », écrit Bertolt Brecht dans l’épilogue de la Résistible Ascension d’Arturo Ui. Contemporaine du grand Dictateur de Charlie Chaplin, la pièce, écrite lors de l’exil de son auteur en Finlande en 1941, satire de l’ascension du parti d’Adolf Hitler, transfiguré en chef de gang au service du trust des choux-fleurs de Chicago, ne sera mise en scène qu’à la fin de l’année de 1958, soit deux ans après la mort du dramaturge allemand.

Né à Augsbourg en 1898, Bertolt Brecht a 20 ans quand il est mobilisé en tant qu’aide-soignant. Sa haine de la guerre et du militarisme allemand, dépeint par George Grosz et Otto Dix, l’engagent dans ses premiers combats artistiques teintés d’anarchisme et de révolte individuelle dont témoignent Baal (1918), Tambours dans la nuit (1919) et Dans la jungle des villes (1923).

La révolution allemande, marquée par les mutineries de Kiel en novembre 1918, la révolte spartakiste de Berlin en janvier 1919, l’expérience de la République des conseils de Bavière au printemps 1919 réprimées dans le sang par la social-démocratie de Friedrich Ebert et Gustav Noske à l’aide des Corps francs de Georg Ludwig, Rudolf Maercker et Franz von Epp, futur gouverneur de la Bavière sous le IIIe Reich, aboutissent à la mise en place d’une République parlementaire tiraillée, sur fond de crise économique, entre une tendance révolutionnaire et une contre-révolutionnaire, qui s’exprimeront jusqu’en 1924. La première avec le soulèvement de la Rhur de 1920, l’action de mars 1921 et l’octobre allemand de 1923. La seconde avec le putsch de Kapp en 1920 et celui de la Brasserie de Munich en 1923, mené par Hermann Göring, Ernst Röhm, Rudolf Hess, Heinrich Himmler et Julius Streicher sous les ordres d’Adolf Hitler, qui, à la suite de cet événement, rédigera Mein Kampf pendant les quelques mois qu’il passera dans sa prison dorée de Landsberg am Lech.

Ses livres brûlés en place publique en mai 1933

« Les opposants au fascisme, sans être contre le capitalisme, se plaignent de la barbarie engendrée par la barbarie », écrit Brecht. La deuxième partie des années 1920 est pour lui la période de son adhésion au communisme et au marxisme. Elle est aussi celle pendant laquelle il élabore les linéaments de sa théorie théâtrale fondée sur le principe de la distanciation – Verfremdungseffekt. Influencé tout d’abord par Erwin Piscator, membre du Parti communiste allemand et fondateur du théâtre prolétarien, il est engagé comme conseiller littéraire en 1923 à Munich et rejoint le Deutsches Theater de Max Reinhardt à Berlin en 1924. Sa rencontre du compositeur Kurt Weil en 1928 donnera lieu à une collaboration qui aboutira à plusieurs de ses chefs-d’œuvre, dont Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny (1930) et, en 1928, l’Opéra de quat’sous dont le succès populaire propulsera Brecht aux sommets de l’avant-garde artistique internationale. Avec la Décision, Celui qui dit oui, celui qui dit non, l’Exception et la Règle, la Mère ou encore Sainte Jeanne des Abattoirs, il fera partie des livres de Brecht brûlés en place publique par les nazis, en mai 1933. Prenant le chemin de l’exil, au lendemain de la prise de pouvoir par Adolf Hitler, pour Prague, Vienne, Paris, Zurich, puis Copenhague (1933-1939), la Suède (1939), la Finlande (1940-1941) et les États-Unis (1941-1947), le poète et dramaturge redouble d’activité à la fois littéraire et théorique dans un contexte de vives controverses dans le champ du marxisme de l’époque, opposant à l’esthétique du réalisme socialiste ses idées du théâtre épique.

Parmi ses œuvres antifascistes de l’époque – Têtes rondes et têtes pointues, les Fusils de la mère Carrar –, Grand-peur et misère du IIIe Reich (1938) dresse un tableau de l’Allemagne des années trente et dévoile les rouages sociaux d’un régime qui, jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale et malgré ses exactions en Allemagne, en Espagne, en Autriche et en République tchèque, fut non seulement toléré mais soutenu par la plupart sinon tous les gouvernements des grandes démocraties occidentales de l’époque.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Brecht sera de nouveau conduit à l’exil par les dévots du maccarthysme. Quittant les États-Unis pour la Suisse, il s’installe finalement à Berlin-Est en juin 1949 pour fonder, avec sa compagne Helene Weigel, la compagnie du Berliner Ensemble.

Dans la Cantate, qu’il écrit en mémoire de Koloman Wallisch, dirigeant social-démocrate autrichien pendu le 19 février 1934 pendant le coup d’État des fascistes conservateurs aboutissant à la dictature d’Engelbert Dollfuss, Bertolt Brecht écrit : « Celui qui reste à la maison quand le combat commence/Et laisse les autres se battre pour sa cause/Il doit savoir ceci/Qui n’a pas partagé le combat partagera la défaite/Il n’évite pas le combat/Celui qui veut éviter le combat/Il combattra pour la cause de l’ennemi/Celui qui n’a pas combattu pour sa propre cause. »

À l’heure du réveil, partout dans le monde, de la Bête immonde, l’œuvre de Brecht rappelle, douloureusement mais lucidement, notre époque à ses responsabilités.

Jérôme Skalski
Bertholt Brecht: Combattre la bête immonde - L'Humanité, Jérôme Skalski, lundi 22 juillet 2019

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