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27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 06:33
Rosa Moussaoui, journaliste militante de l'Humanité, spécialiste Maghreb-Afrique (fête de l'Humanité 2017)

Rosa Moussaoui, journaliste militante de l'Humanité, spécialiste Maghreb-Afrique (fête de l'Humanité 2017)

Algérie. Une fracture politique et générationnelle

Mercredi, 27 Février, 2019

Dans tout le pays, des milliers d’étudiants ont pris part aux marches parties des universités. « Système, dégage ! » clamaient les manifestants.

«Pendant ce temps, leurs enfants étudient à l’étranger… » L’allusion à l’exil doré des enfants d’apparatchiks planait hier sur les imposantes manifestations étudiantes parties des campus, dans toute l’Algérie. Lycéens et étudiants ont rejoint par milliers les marches de protestation contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika à Alger, Tizi-Ouzou, Bouira, Béjaia, Annaba, Skikda, Jijel, Boumerdès, Adrar, Ouargla Bechar, Djelfa, Chlef, Oran, Tlemcen…

Dans la capitale, les autorités ont tenté de boucler la fac centrale, rue Didouche-Mourad, pour empêcher les étudiants mobilisés d’investir la rue. Des policiers sont même allés jusqu’à poser un cadenas sur le portail ! Même scénario à Ben Aknoun et à Bouzaréah, sur les hauteurs de la ville, où le dispositif sécuritaire s’est finalement avéré insuffisant pour contenir les manifestations. Toute la journée, les policiers ont tenté d’empêcher les cortèges de converger. Mais dans l’après-midi, place Maurice-Audin, les petits groupes dispersés dans le centre-ville sont finalement parvenus à faire jonction pour former un défilé de plusieurs milliers de personnes.

À Tizi-Ouzou, la manifestation, partie de l’université Hasnaoua, haut lieu de contestation politique, s’est déroulée sans heurts. « Les étudiants s’engagent, système, dégage ! » proclamait une banderole. C’est que la colère déborde : au-delà du cinquième mandat, tout le régime est explicitement mis en cause désormais, avec ses choix économiques, son mépris du peuple, son verrouillage démocratique.

À 20 ans, les jeunes qui marchaient hier dans toute l’Algérie n’ont connu, à la tête de l’État, qu’Abdelaziz Bouteflika, arrivé au pouvoir en 1999. Nés au terme de la décennie noire, ils sont bien moins sensibles que leurs aînés au chantage à la déstabilisation, principal argument du clan présidentiel et des tenants du système. Comme les insurgés de 1988, ils contestent sans complexe au FLN l’héritage historique dont il ose encore se prévaloir pour confisquer le pouvoir. Entre cette jeunesse et ceux qui gouvernent l’Algérie, la fracture est donc sociale, politique, culturelle, mais aussi générationnelle. Comment la clique aux affaires depuis si longtemps pourrait-elle comprendre les aspirations des moins de 25 ans, qui représentent 45 % de la population ? Signe que cette effervescence politique gagne tous les secteurs de la société algérienne, les jeunes mobilisés hier ont reçu l’appui de leurs enseignants. Des universitaires ont appelé à donner de l’écho à la « voix du peuple qui se lève contre un système politique devenu une véritable menace pour notre avenir et la stabilité du pays ».

Rosa Moussaoui

Algérie. Le clan Bouteflika s’enferre dans ses urnes

Mardi, 26 Février, 2019

Les manifestations vont se succéder tout au long de cette semaine décisive, avant la date limite du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle, dimanche.

L’Algérie respire, Ahmed ­Ouyahia s’étrangle. Hier, le premier ministre algérien s’exprimait pour la première fois sur les manifestations populaires allumées par l’officialisation de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. Pour suggérer, devant les parlementaires, que tout continue comme si de rien n’était. « Les urnes trancheront », a-t-il affecté, en invoquant encore le spectre de la décennie noire : « L’Algérie a vécu suffisamment de souffrances (...) pour avoir obtenu la possibilité de choisir dans le calme et la paix. »

Vermoulu, l’argument ne porte plus et dans la semaine décisive qui s’est ouverte hier avant la date limite du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle, dimanche, la mobilisation pourrait encore s’élargir. Hier, ce sont les avocats qui sont entrés dans la contestation par un sit-in au tribunal Abane-Ramdane d’Alger. Avec un slogan acerbe : « L’Algérie est une république, pas un royaume ! » La profession lance un appel à des rassemblements dans tous les barreaux du pays, jeudi, « pour l’État de droit, les libertés, le respect de la légitimité populaire ». Étudiants et lycéens devraient rejoindre eux aussi le mouvement, ce jour, avec des marches prévues au départ des universités. Partout, l’expression se libère. Dans un appel rendu public dimanche, des universitaires se réjouissent de voir les Algériens refuser « la soumission au pouvoir absolu » et tiennent ce réveil populaire pour une « opportunité de transformation sociale et politique » dans une « société qui aspire à vivre dans la dignité, la liberté et le bien-être ».

La vie politique est indexée sur le cours des hydrocarbures

Ce vent de révolte souffle jusque sur les médias publics, où des journalistes de plus en plus nombreux refusent désormais de se faire les propagandistes du régime. Les signataires d’une lettre ouverte au directeur de la radio nationale refusent ainsi « le traitement dérogatoire exceptionnel imposé par la hiérarchie au profit du président (...) et restrictif quand il s’agit de l’opposition ». Conclusion : « La radio algérienne appartient à tous les Algériens. (...) Nous sommes le service public et non des journalistes étatiques. »

Par-delà le rejet du scénario grotesque d’un cinquième mandat, c’est tout le système qui est mis en cause par des manifestants suggérant de reléguer le « FLN au musée ». « Ce mouvement est exceptionnel. Il n’y avait plus eu de manifestations de cette ampleur depuis 2001, lorsque la Kabylie s’était soulevée, exigeant justice sociale et ­démocratie. Ici, tout le pays est concerné, d’Oran à Annaba, de Tamanrasset à Alger », remarque l’historien Massensen Cherbi (1). Traumatisés par l’ouverture démocratique avortée qui avait suivi le soulèvement de 1988 et par la guerre intérieure des années 1990, les Algériens observaient avec défiance, depuis 2011, les processus incertains, voire chaotiques, initiés chez leurs voisins. Sans cesser pour autant de protester et d’exiger des droits dans des mobilisations très localisées, circonscrites à des ­revendications précises (emploi, logements, salaires, etc.). On dénombrait ainsi, en 2016, plus de 10 000 émeutes. « Avant 2014, le régime y répondait par une redistribution clientélaire de la rente pétrolière », résume Massensen Cherbi. Seulement voilà, en Algérie, la vie politique est indexée sur le cours des hydrocarbures : les marges de manœuvre du régime ont diminué au même rythme que les réserves de change. Dans ce contexte de crise sociale, économique et politique, on voit mal comment l’appel du clan Bouteflika à jouer le jeu d’un scrutin verrouillé pourrait être entendu. Sur les banderoles, une ­réponse fleurit : « Nos rêves sont trop grands pour vos urnes. »

(1) Algérie, de Massensen Cherbi. Éditions De Boeck, 2017.
Rosa Moussaoui

Maghreb. La jeunesse algérienne clame sa soif de dignité et de changement

Lundi, 25 Février, 2019

Hier, après les imposantes manifestations de vendredi, des opposants à un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika ont encore investi les rues d’Alger quadrillées par la police.

Qui mieux que le caricaturiste Ali Dilem peut traduire l’effervescence politique qui s’est emparée de l’Algérie ? Hier, en dernière page du quotidien Liberté, son dessin figurait l’avion présidentiel en route pour la Suisse, survolant une foule de protestataires hostiles à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat. De l’appareil s’échappe une bulle : « Nous traversons une zone de turbulences. » Le président algérien à l’état de santé très dégradé depuis son accident vasculaire cérébral (AVC) de 2013 s’est bel et bien envolé vers Genève, hier, officiellement pour un « court séjour afin d’y effectuer des contrôles médicaux périodiques ».

Au même moment, dans les rues d’Alger quadrillées par un dispositif sécuritaire serré, des protestataires investissaient encore l’espace public. Dès les premières heures de l’après-midi, la police avait évacué la place Maurice-Audin, dans le centre-ville, où le mouvement Mouwatana (Citoyenneté) avait fixé le départ de la manifestation dans la capitale. Des cortèges se sont pourtant constitués, dispersés par des tirs de gaz lacrymogène ou coupés en deux, avant de se reformer encore. Le dimanche est en Algérie un jour de semaine, la mobilisation ne pouvait donc égaler celle de l’avant-veille, partie d’appels sur les réseaux sociaux. Mais elle témoigne de la détermination des opposants au 5e mandat, confortés par les imposantes manifestations de vendredi.

La mobilisation a gagné tout le territoire

Ce 22 février restera sûrement comme un jour marqué d’une pierre blanche dans l’histoire contemporaine de l’Algérie. C’est toute une jeunesse qui s’est levée pour dénoncer la gérontocratie corrompue qui s’accroche au pouvoir, pour rejeter les scénarios byzantins du système FLN, pour exprimer son exigence de respect, de démocratie et de justice sociale.

Concentrée, la semaine précédente, dans l’est du pays, la mobilisation a gagné tout le territoire : des défilés se sont formés dans l’Ouest, à Oran ou Tiaret, et dans le Sud, à Touggourt, Adrar ou In Salah, où les banderoles contre le 5e mandat se mêlaient à celles des opposants à l’exploitation du gaz de schiste. À Annaba, des manifestants perchés sur le toit d’un immeuble en décrochaient sous les vivats un portrait géant d’Abdelaziz Bouteflika. Partout, cette mobilisation revêt un caractère pacifique frappant : ici, des jeunes gens nettoyant les rues après le passage des protestataires ; là, des opposants choisissant de recouvrir une affiche de campagne du sortant plutôt que de dégrader le mobilier urbain. Belle réponse à un régime qui invoque depuis des années le chaos en Syrie ou en Libye pour tenter de contenir la colère.

À ceux qui l’accusent d’ouvrir une brèche propice aux ingérences étrangères, cette jeunesse debout répond en arborant le drapeau national, en renvoyant le FLN aux trahisons des promesses de l’indépendance, en remettant au goût du jour les mots d’ordre de la révolution algérienne. La maturité politique de ce mouvement tranche avec la fébrilité du clan présidentiel, où certains s’abandonnent à l’excès de zèle jusqu’au ridicule. Le député FLN Mouad Bouchareb, qui dépeint Abdelaziz Bouteflika en prophète désigné par Dieu pour « réformer la nation algérienne », est ainsi passé du registre mystique à celui du mépris. « Ceux qui manifestent contre le 5e mandat de Bouteflika veulent détruire le pays ! » a-il lancé, suscitant la gêne jusque dans les rangs de son propre parti.

En coulisses, tractations et grandes manœuvres se poursuivent

De telles élucubrations restent sans effet. Que pèsent-elles face au sentiment de dignité retrouvée qui fait sauter toutes les digues posées par le système ? Dans ce réveil du peuple algérien, c’est aussi l’exigence d’une représentation décente du pays qui s’affirme avec force...

En coulisses, tractations et grandes manœuvres se poursuivent. Avec l’armée dans le rôle d’arbitre, une constante depuis 1962. Allié du clan Bouteflika, le général Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état major de l’Armée nationale populaire, fustigeait à la veille des manifestations les « ennemis de l’intérieur et de l’extérieur » menaçant, selon lui, la stabilité du pays. L’opposition, pourtant hétéroclite, affaiblie et divisée, veut, accuse-t-il, « faire de l’Algérie et de son peuple les otages de leurs intérêts abjects et de leurs ambitions sordides ». Mais l’institution militaire est divisée, comme en témoigne la candidature d’Ali Ghediri, un ancien général major qui se présente en « indépendant » à l’élection présidentielle.

Autre signe de la confusion qui règne au cœur même du système, le prédécesseur d’Abdelaziz Bouteflika, le général à la retraite Liamine Zéroual, est sorti vendredi saluer les manifestants dans son fief de Batna... En quête d’un plan B propre à assurer la « continuité » du régime, ces obscurs acteurs sont en fait bousculés par un surgissement populaire qu’ils pensaient pouvoir conjurer. Ils sont débordés. Une image en témoigne, cruelle pour la campagne que s’apprêtait à mener le clan présidentiel en faisant voyager dans le pays le portrait encadré d’Abdelaziz Bouteflika. Au-dessus d’une foule compacte de manifestants, un esprit facétieux a placé un cadre vide. La photographie est devenue virale. Avec ce commentaire corrosif : « Un seul cadre, le peuple. »

Rosa Moussaoui
À paris, des centaines de manifestants anti-bouteflika

Hier après-midi, des centaines de manifestants sont venus protester place de la République, à Paris, contre un nouveau mandat d’Abdelaziz Bouteflika. « Pouvoir assassin », « Système dégage », pouvait-on lire parmi les slogans inscrits sur les pancartes brandies par les manifestants entassés au pied de la statue de la République, où trônait une photo géante du président algérien estampillée « Non à un 5e mandat ». « On a besoin d’un président valide », a aussi déclaré à l’AFP Ahmed Ouaguemouni, ancien membre de l’opposition algérienne qui vit dorénavant en France tout comme Abdel Djamel, un médecin de 66 ans arrivé à Paris en 1992, et qui rappelle au passage que l’exil n’est jamais un choix. « C’est le système algérien qui nous a fait venir en France », a-t-il confié.

En partie tenus par le pouvoir, les islamistes en rangs dispersés

Lundi, 25 Février, 2019

Prise de court par la force des manifestations de vendredi contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat, la mouvance islamiste, toutes tendances confondues, est apparue divisée.

Parmi les opposants aux manifestations de vendredi, se trouve le très conservateur Comité national de coordination des imams, qui a relayé l’instruction du ministère des Affaires religieuses. En vain, des imams ont tenté dans leurs prêches, lors de la grande prière de vendredi, de dissuader les fidèles de répondre aux appels à manifester, parce que « nul ne sait s’ils émanent d’un Algérien ou d’un ennemi, d’un musulman ou d’un athée » !

Plus résolue dans son opposition aux anti-5e mandat, la mouvance salafiste proche des wahhabites saoudiens prône « la non-contestation de l’autorité de l’État », à l’instar des salafistes égyptiens qui soutiennent le maréchal-président Sissi. Cette mouvance, qui s’était signalée par une fatwa contre l’écrivain Kamel Daoud, a été la plus active, de manière virale, sur les réseaux sociaux, en appelant à ne pas répondre aux appels à sortir dans la rue. Bien présents sur le terrain, ces militants, dont le chef de file et idéologue Ali Ferkous a été officiellement désigné, le 8 janvier 2018, comme représentant du salafisme-wahhabite algérien par le Saoudien Al Madkhali, doyen de l’université islamique de Médine (Arabie saoudite), bénéficient d’une indulgence coupable de la part des autorités (1). En contrepartie, car c’est du donnant-donnant : ces salafo-wahhabites qui, pour l’heure, dénoncent la violence voient leurs interdits complaisamment diffusés par les médias proches du pouvoir, quand ils ne mobilisent pas une partie de la société contre l’actuelle ministre de l’Éducation, Nouria Benghabrit, coupable à leurs yeux de vouloir interdire les prières à l’école et d’être femme.

Le silence des télévisions privées pro-régime comme Ennahar et Echorouk...

Autre acteur islamiste opposé aux manifestations de vendredi, le parti TAJ (Rassemblement pour l’espoir de l’Algérie, 20 députés), ironiquement surnommé « Taj mahal », de l’ex-ministre Amar Ghoul, qui a déclaré qu’il soutenait « le président Bouteflika vivant ou mort » ! Mort ? Enfin, ajoutons le silence des télévisions privées islamistes pro-régime comme Ennahar et Echorouk sur ces manifestations. À l’opposé, il y a cette mouvance islamiste dite modérée, opposée au 5e mandat. Le MSP (Mouvement de la société pour la paix), par exemple, qui siège avec ses 34 députés à l’Assemblée nationale populaire (APN), a pris le train en marche au dernier moment, des fois qu’il le raterait. Mais à titre individuel, presque anonyme, non en tant que parti. Aujourd’hui dans l’opposition, alors qu’il a fait partie de plusieurs gouvernements entre 1999 et 2012, ce parti, qui entretient d’étroites relations avec l’AKP du président turc Recep Tayyip Erdogan et avec les islamistes tunisiens d’Ennahdha, rêve, à l’instar de son grand cousin turc, d’arriver au pouvoir « démocratiquement ».

Ses alliés, Nahdha et le Parti de la justice et de la liberté (PJL) d’Abdallah Djaballah, ont également tenu, à titre individuel, à être présents dans les défilés : l’essentiel pour eux était de prendre date. À l’ombre de ces forces, le mouvement Rachad, issu de l’ex-FIS (Front islamique du salut), de Mourad Dhina, était bien présent vendredi. Et l’inévitable Ali Belhadj (fondateur du FIS) qui, de son lit d’hôpital à Hussein Dey, dans la banlieue est d’Alger, a soutenu, via une vidéo, les anti-5e mandat. En direct, la chaîne al-Magharibia, proche des réseaux de l’ex-FIS, basée à Londres, a relayé un peu, à la façon de BFMTV en France sur les gilets jaunes, images et commentaires à l’appui, les manifestations de vendredi (2). Reste à savoir de quelle influence dispose cette opposition islamiste parmi une partie des jeunes ayant manifesté vendredi.

(1) Mohamed Ali Al Madkhali est l’homme qui parraine les djihadistes syriens de Fatah al-Cham et juste avant Daech. (2) Al-Magharibia, très regardée par les Algériens, qui donne la parole également aux « laïcs », a été fondée en novembre 2016 avec l’aide, dit-on, du Qatar.
Hassane Zerrouky
Maghreb. La jeunesse algérienne clame sa soif de dignité et de changement - Rosa Moussaoui et Hassane Zerrouky, L'Humanité, 25-27 février

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