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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 06:46
Pierre Ouzoulias, sénateur communiste

Pierre Ouzoulias, sénateur communiste

Parcoursup : mécanique d’une sélection sociale
par Pierre Ouzoulias, sénateur communiste des Hauts-de-Seine
 
(présent le 22 octobre 2018 à la fac de Brest pour un débat organisé sur parcoursup et l'enseignement supérieur par le PCF et la JC avec la FSU, la CGT éduc'action, SUD éducation, comme invités, et des étudiants et lycéens - voir compte rendu).
 
La rentrée universitaire passée, les conséquences de la loi « Orientation et réussite des
étudiants » se dévoilent progressivement, malgré l’intense communication gouvernementale qui
célèbre le succès de Parcoursup. Frédérique Vidal se félicite même que cette nouvelle procédure ait
permis de « favoriser la démocratisation des études supérieures ». Les premières données publiées
parcimonieusement par son ministère révèlent une tout autre réalité. Deux chiffres témoignent, à
eux seuls, de l’ampleur du processus d’élimination réalisé par Parcoursup.
Cette année, le nombre de candidat·e·s reçu·e·s au baccalauréat a augmenté de 5,3 %, mais le
nombre d’étudiant·e·s ayant accédé à l’enseignement supérieur n’a progressé que de 2,2 %.
Autrement dit, la procédure a découragé un grand nombre de lycéen·ne·s de poursuivre leurs études
au-delà du baccalauréat. Ainsi, 22 % des inscrit·e·s ont quitté la plateforme sans affectation, soit un
pourcentage deux fois plus important que celui de l’an passé. In fine, il est fort probable qu’environ
200 000 candidat·e·s aient été écarté·e·s de l’enseignement supérieur. Ces naufragé·e·s de
Parcoursup ont disparu des statistiques officielles et très peu ont saisi les commissions de recours
des rectorats. La réussite de Parcoursup est là : avoir dissuadé celles et ceux qu’Emmanuel Macron
considérait comme « inadapté·e·s » quand il déclarait que « l’université n’est pas la solution pour
tout le monde ».
Insidieusement, mais avec une grande efficacité, les nouvelles dispositions de Parcoursup,
dont l’absence de hiérarchisation des vœux, ont favorisé les candidat·e·s que les établissements de
l’enseignement supérieur voulaient accueillir prioritairement. Les autres ont dû patienter pour
choisir ou accepter, souvent par défaut, les offres restantes. À la violence de l’absence de
proposition s’est ajoutée une attente qui s’est souvent prolongée jusqu’à la phase complémentaire
de la procédure. Les principales victimes de ce traitement discriminatoire sont principalement issues
des filières technologiques et professionnelles. C’est la triste réalité révélée par les statistiques
publiées par les services du ministère de l’enseignement supérieur. Ainsi, aux différentes étapes de
la procédure, ces candidat·e·s ont systématiquement dû pâtir de traitements moins favorables que
celles et ceux issu·e·s des filières générales : moins de propositions, plus d’attente, plus d’échecs.
 
À la fin de la procédure principale, seule un peu plus de la moitié des candidat·e·s de la filière
professionnelle ont reçu une proposition acceptable. De la même façon, c’est dans les filières
technologiques et professionnelles que l’on trouve les proportions les plus importantes d’abandons,
malgré une proposition positive. La non hiérarchisation des vœux rend difficile une analyse
qualitative de Parcoursup. Néanmoins, le service statistique du ministère de l’enseignement
supérieur a tenté d’apprécier les choix des candidats en évaluant la « filière de formation la plus
demandée dans la liste de leurs vœux ». Sans surprise, ce sont de nouveau les candidat·e·s
souhaitant intégrer les formations préparant les brevets de technicien supérieur (BTS) ou les
diplômes universitaires de technologie (DUT) qui ont obtenu, en moindres proportions, des offres
satisfaisantes. À l’inverse, plus de 93 % des personnes qui souhaitaient intégrer la première année
commune aux études de santé (PACES) ont obtenu une réponse favorable.
Cette sélection discriminatoire a été réalisée directement par les établissements de
l’enseignement supérieur au moyen des « algorithmes locaux ». Dès le vote de la loi, le groupe
CRCÉ a demandé la plus grande transparence sur les modalités d’examen par ces établissements
des dossiers collectés par la plate-forme nationale Parcoursup. La ministre de l’enseignement
supérieur et le secrétaire d’État chargé du numérique en ont longtemps contesté l’existence. La
Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), saisie par mes soins, a admis qu’ils
étaient communicables et m’a informé que le ministère ne les connaissait pas et qu’il était donc
dans l’incapacité de me les transmettre ! Voilà donc une procédure dont la ministre nous explique
qu’elle a été beaucoup plus transparente que la précédente et dont elle dit pourtant ignorer les
conditions locales de sa mise en œuvre !
Sur le fondement légal de l’avis de la CADA, les sénatrices et sénateurs du groupe CRCÉ ont
donc saisi plusieurs universités pour obtenir la communication de ces « algorithmes locaux ». Pour
des raisons pédagogiques et juridiques évidentes, il nous a semblé nécessaire que les candidat·e·s
soient informé·e·s des critères de sélection de leurs dossiers.
Au-delà de ces actions qui relèvent de la mission de contrôle parlementaire de l’action du Gouvernement, le groupe CRCÉ continuera de demander l’abrogation de la loi « Orientation et réussite des étudiants » parce que nous considérons que le baccalauréat doit demeurer un diplôme national et anonyme qui donne librement accès à l’enseignement supérieur.
La loi « ORE » apparaît aujourd’hui telle que nous l’avions dénoncée lors de sa discussion au
Sénat : une loi de gestion de la pénurie qui organise la sélection sociale pour écarter de
l’enseignement supérieur les bachelier·e·s supplémentaires. Nous considérons, à l’inverse, que ces
jeunes qui souhaitent poursuivre leur parcours d’étude ne sont pas un problème mais une chance
pour notre pays et nous proposerons, lors de la prochaine discussion budgétaire, des moyens
supplémentaires pour permettre à l’enseignement supérieur de les accueillir
 
 
Débat sur Parcoursup, le droit à l'éducation et l'enseignement supérieur - Pierre Ouzoulias au micro au côté de Marie Dagnaud (CGT éduc'action), Gérald, Jean-Marc Clery (porte-parle FSU Bretagne), Olivier Cuzon (Sud éducation), Lucien Richard (MJCF 35) le lundi 22 octobre à la fac Ségalen de Brest

Débat sur Parcoursup, le droit à l'éducation et l'enseignement supérieur - Pierre Ouzoulias au micro au côté de Marie Dagnaud (CGT éduc'action), Gérald, Jean-Marc Clery (porte-parle FSU Bretagne), Olivier Cuzon (Sud éducation), Lucien Richard (MJCF 35) le lundi 22 octobre à la fac Ségalen de Brest

Frédérique Vidal a été auditionnée sur le bilan ParcourSup ce 23 octobre par la commission Culture, éducation, enseignement supérieur du Sénat.
 
Elle devrait l’être à nouveau le 6 novembre pour le  Budget.
 
- La vidéo de l'audition de Frédérique Vidal le 23/10/2018 au sénat disponible ici :
 
- Le compte-rendu écrit de cette audition (en PJ) également disponible ici :
 
- Ci-joint également le texte dont le thème est le bilan de  ParcourSup  que  Pierre Ouzoulias a écrit pour le journal du groupé CRCé (Initiative) qui est disponible ce lundi 29 octobre.
 
- Le lien vers les chiffres bilan ParcourSup publiés par le ministère de l’enseignement supérieur. 

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