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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 18:13
Le théâtre romain de Palmyre

Le théâtre romain de Palmyre

Un article de l'Huma du 27 mars 2016

http://www.humanite.fr/operation-deminage-apres-la-liberation-de-palmyre-603117

Et il y a quelques mois, les conséquences de la prise de Palmyre par l'Etat Islamique:

http://www.humanite.fr/lei-fait-exploser-des-vestiges-de-palmyre-et-execute-un-grand-archeologue-582022

Avec la reprise de Palmyre, le régime Assad s’offre une victoire militaire et médiatique
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/03/28/avec-la-reprise-de-palmyre-le-regime-assad-s-offre-une-victoire-militaire-et-mediatique_4890927_3218.html

Point de vue

Palmyre, ville-oasis symbole de l'antiquité impériale romaine dans le désert de Syrie, dont les heures de gloire sont associées à la reine nabatéenne Zénobie et à la route commerciale vers l'Asie, vient d'être reprise à l'Etat Islamique par le Hezbollah, l'armée syrienne de Bachar al- Assad, avec l'appui des forces russes encore bien présentes en Syrie et dont le soutien est décisif. Palmyre, ville symbole aussi de la la férocité du régime des Al-Assad puisque Tadmor, du nom syrien de la ville, abritait une des prisons les plus atroces du régime, où ont été enfermés dans des conditions inhumaines, condamnés à la désolation et à l'oubli, des milliers de prisonniers politiques.

Cette victoire est aujourd'hui très valorisée médiatiquement car c'est un nouveau revers pour les fanatiques terroristes de l'Etat Islamique, désormais identifiés, et largement à raison au vu de l'ampleur de leurs exactions, qui visent prioritairement les populations civiles en Syrie et en Irak, comme le Mal par excellence.

On pense évidemment à toutes les victimes des atrocités de l'Etat Islamique, bande multinationale d'illuminés et de voyous faisant de la religion un prétexte pour couvrir toutes sortes de vices et de volontés de puissance.

En même temps, c'est assez étonnant de voir les médias occidentaux et français en venir à célébrer presque les victoires du Hezbollah pro-iranien, jadis honni comme force identifiée comme "terroriste" dans son combat contre Israël, de l'armée de Bachar-al-Assad, et des forces russes d'habitude très suspectes pour leur résistance aux desiderata occidentaux.

La Russie est en train de réussir son pari de consolidation de son influence en Syrie, le seul Etat du Proche-Orient et du Moyen-Orient (avant il y avait l'Irak et la Libye...) qui n'est pas essentiellement sous influence des pétromonarchies ultra-réactionnaires du Golfe, des Etats-Unis et de l'OTAN.

Victoire de la culture et de la civilisation contre la barbarie islamiste?

Si la barbarie islamiste dopée à coup de pétrodollars, d'argent du golfe, de racket et de rapines, ne fait aucun doute, si c'est évidemment à raison qu'on s'était ému en août 2015 et après des assassinats publics dans l'amphithéâtre de Palmyre, des destructions de monuments appartenant au Patrimoine de l'Humanité et des vols en tout genres d'antiquité, cette émotion tout à fait légitime et salutaire arrivait un peu tard après des années de guerre où la politique brutale, cynique et impitoyable de Bachar-al-Assad pour sauver son régime clanique et ses privilèges contre la volonté majoritaire de son peuple avait provoqué quasiment la mort de 80% des victimes de la guerre civile syrienne. C'est d'abord le régime de Bachar-al-Assad qui est le bourreau de la Syrie même si le type de société que promeut l'Etat Islamique, fondé sur le fondamentalisme religieux le plus fou et la violence totalitaire, est certainement encore beaucoup moins vivable que l'autoritarisme d'un régime despotique et policier accompagné d'une certaine tolérance communautaire plus que d'une laïcité véritable que représentait le régime de Bachar-Al-Assad

La tentation de choisir son camp et de penser les choses en termes de lutte du camp du bien contre celui du mal est forte dans l'observation des guerres étrangères. Rarement pourtant elle n'a paru si peu appropriée. Car peu d'acteurs armés du conflit syrien, hormis peut-être les kurdes, beaucoup plus laïcs et progressistes à nos yeux, qui se battent d'abord pour leur liberté, ont le profil pour prétendre défendre la culture, la paix, la sécurité, la veuve et l'orphelin...

Néanmoins, les populations civiles et même une partie des hommes amenés à se battre, qu'ils soutiennent ou tolèrent comme un rempart, un dernier défenseur, la fraction qui "défend" la ville, la région, la communauté face aux menaces de représailles féroces en cas de conquête de l'ennemi, sont essentiellement les otages d'une logique de fragmentation sociale et communautaire qu'on a déjà vu s'opérer au Liban en 1975-1976 dans une guerre civile tout aussi atroce, où on peut comprendre que le chrétien, l'alaouite, le sunnite fonctionnaire, ne voit pas son salut en cas de défaite de l'armée du pouvoir Al-Assad, et inversement que l'habitant d'Alep ou de l'est de la Syrie "préfère" l'une ou l'autre des armées rebelles à référence islamiste financés et armés par les monarchies du Golfe, le Qatar, la Turquie, plutôt que le régime criminel de Bachar-al-Assad. De l'extérieur, c'est très difficile de juger et puéril de hiérarchiser le degré de légitimité des protagonistes, des exécutants, même si les responsabilités des crimes de guerre et contre l'humanité, de la guerre elle-même, doivent être bien identifiées. Chacun joue la partition que le capricieux destin lui a laissé en partage, pour le meilleur et pour le pire. Peu peuvent prétendre se placer au-dessus de la mêlée même si le désir le plus partagé est très certainement le retour à la paix, à la sécurité, et à une vie délivrée de la faim, du froid, des bombardements, de la menace permanente, de l'exil contraint.

Notre seule occupation utile, en dehors de la désolation et du sentiment d'horreur et de pitié face à l'ampleur de cette tragédie humaine, en dehors de notre combat pour la reconnaissance de nos devoirs de solidarité et d'humanité vis à vis des réfugiés que l'on doit accueillir au nom du droit d'asile, et accueillir dignement, peut être d'essayer de penser les moyens de trouver une issue acceptable et rapide à la crise, en faisant pression sur nos gouvernements pour qu'ils la promeuvent.

Beaucoup d'observateurs affirment que c'est Bachar-al-Assad lui même qui a laissé l'Etat Islamique s'emparer de Palmyre en août 2015, pour susciter une émotion en Occident servant sa propagande faisant de son régime un gardien de la civilisation syrienne multiséculaire et favoriser un retournement d'alliances qui est aujourd'hui acté et spectaculaire. C'est le but qu'il a poursuivi dès le début de la révolte de la société syrienne en la disant contrôlée par des islamistes et en faisant en sorte que les islamistes prennent l'ascendant sur elle. L'Etat Islamique, et avant le Front al Nosra et Al Qaida en Syrie, ont été quelque part des alliés objectifs de la dictature de Bachar.

Il ne faut pas oublier que c'est un pouvoir illégitime et criminel qui reprend Palmyre.

Entre temps, Bachar al-Assad, avec l'appui des russes, a réussi son coup. Enrayer la progression de la rébellion, renforcer son pouvoir, se rendre à nouveau incontournable dans tout processus de cessation des hostilités en Syrie.

Faut-il au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste voir dans la consolidation de ce pouvoir un moindre mal? Une donnée incontournable pour stabiliser la Syrie à terme?

La situation est bien complexe, à l'image de cet Orient compliqué... Peu peuvent se vanter d'avoir des solutions simples et sans reproche. L'idéalisme en politique internationale est d'ailleurs souvent stérile, voire contre-productif même si le "réalisme" conduit bien souvent aussi à s'accommoder du pire au nom des intérêts stratégiques, économiques de nos pays, ou du statut quo.

Faut-il se féliciter de l'alliance objective du moment entre les Russes, les Américains et autres puissances occidentales, les Iraniens au nom de l'endiguement et de la lutte prioritaire contre l'Etat Islamique?

Le chemin de la paix en Syrie est malheureusement sans doute encore long et jalonné de drames et de souffrances collectives.

Peut-on être qu'une victoire de diverses factions islamistes rivales à l'afghane contre la dictature des Al-Assad n'annonçait rien de bon non plus pour l'avenir de la Syrie.

En tout cas, une chose est sûre, il est bien difficile d'envisager un avenir de paix et de retour à une vie normale dans une Syrie non balkanisée si continue à sévir l'oligarchie du clan Assad et ses services de répression qui ont mis la Syrie à feu et à sang.

Dans cette situation sans moralité ni guère d'espoir pour la société syrienne, on peut souhaiter néanmoins que Iraniens, Russes, Américains, Européens, aient la volonté et la lucidité d'utiliser les contradictions du régime et son état de faiblesse intrinsèque pour préparer l'après-Assad en intégrant l'opposition et peut-être des forces actuelles du régime pour préparer une transition vers la paix.

I.D

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