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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 08:19

Dans les années 1970, un débat existait déjà à gauche sur l'efficacité et le réalisme du slogan (bien antérieur à cette période, il avait fleuri dans les années 1930): "Faire payer les riches". Beaucoup de gens attachés à la réduction des inégalités répondaient alors: il n'y a pas de trésor caché chez les riches. Leur reprendre une partie plus importante de leurs revenus ne pourrait guère améliorer la situation des ménages pauvres et modestes qui sont nettement plus nombreux. Il vaut mieux viser la croissance économique et celle du pouvoir d'achat pour réduire la pauvreté et les inégalités.

Trente ans plus tard- trente années de croissance même si elle a été moins forte qu'avant 1980- le même mot d'ordre donne lieu aux mêmes objections de certains défenseurs de l'égalité. Parmi eux, Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, ce site le plus fourni en arguments de qualité. Il a signé le 19 août 2011 un texte au titre assez rude: ""Faire payer les riches": un consensus démagogique". Son principal argument: par définition, les très riches, ceux qui semblent visés par ce mot d'ordre, par exemple les 0,1% ou les 0,01% des plus riches, sont très peu nombreux. Même s'ils ont en effet touché le pactole depuis dix ou quinze ans, une forte imposition de leurs revenus à partir d'un certain seuil ne dégagerait pas des sommes à la hauteur de l'enjeu.

Pour répondre à cet argument, il faut "enrichir" le sens de la formule "faire payer les riches" et partir de constats. En trente ans de rapports de forces en leur faveur, les dominants ont fait basculer de leur côté, sous des formes multiples, d'énormes montants de richesses économiques, privant de ce fait l'Etat et les collectivités locales de recettes très importantes. Cela a appauvri les services publics, la protection sociale et la protection de l'environnement naturel, et donc ceux qui en dépendent le plus parce que ces conquêtes collectives forment "le patrimoine de ceux qui n'en ont pas".

Ce n'est pas qu'une question comptable de répartition des richesses économiques, c'est aussi une question de répartition des pouvoirs économiques et politiques. Ceux qu'il faut faire payer, ce sont "les riches et les dominants", incluant les acteurs de la finance et des grandes entreprises, ceux qui ont profité et profitent encore de façon indécente d'une crise qu'ils ont provoquée, ceux qui ont creusé la dette publique et qui veulent aujourd'hui imposer aux peuples de la rembourser. Les "faire payer" signifie réduire leur pouvoir de nuisance et pas seulement leur excès de richesse.

Certains chiffres sont ici nécessaires.

Quand bien même on se limiterait à examiner ce que rapporterait le seul impôt sur le revenu- devenu une source mineure de recettes publiques après les vagues de réductions et d'éxonérations qui l'ont affecté- s'il faisait l'objet d'une réforme juste, ce ne serait déjà pas négligeable. Si l'on se contentait d'en revenir aux règles et barèmes de 1999, il rapporterait environ 15 milliards d'euros supplémentaires. Mais, vu l'ampleur de la crise, on pourrait exiger que l'on aille plus loin que la situation de 1999, qui était déjà régressive par rapport à celle de la première moitié des années 1980 où, par exemple, la tranche supérieure était imposée à 65%. On pourrait même s'inspirer de la politique fiscale de sortie de crise de Roosevelt avec des taux marginaux de 90% et revoir l'ensemble du barème, sans surimposer l'immense majorité des ménages.

Mais en réalité ce n'est pas principalement par les modifications des barèmes de l'impôt sur le revenu qu'est passé le déversement de richesses vers la ploutocratie qui a pris les rênes. C'est par trois phénomènes indépendants.

Le premier est la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises au bénéfice des profits et surtout des profits distribués (non réinvestis), dont les principaux sont des dividendes versés aux actionnaires. Ces actionnaires (les plus gros d'entre eux) sont au coeur du pouvoir ploutocratique actuel. L'ordre de grandeur des profits nets distribués en 2010 par les sociétés non financières est de 85 milliards d'euros, soit 10% de leur masse salariale contre 3,4% en 1993. Si l'on ajoute ceux des sociétés financières, on tourne autour de 100 milliards d'euros de dividendes nets versés en 2010. Soit 5% du PIB.

Le second phénomène est la multiplication des niches fiscales et des sociales (réductions ou suppressions de cotisations patronales) depuis 2000. Certaines sont défendables au nom de l'intérêt général (par exemple des déductions d'impôt sur le revenu pour des dons aux associations ou aux fondations). La plupart sont de vrais cadeaux aux riches, mais aussi aux entreprises, principalement les plus grandes, dont on sait qu'elles sont beaucoup moins imposées que les PME. Le montant des pertes de recettes publiques liées aux niches décidées depuis 2000 est énorme, selon les rapports très officiels: entre 100 et 140 milliards de manque à gagner annuel selon les rapports et selon le périmètre des niches retenues.  

Le troisième et dernier phénomène est celui des "fuites" non légales (par opposition aux niches qui sont légales) de contributions (par opposition aux niches, qui sont légales) de contributions des personnes et des entreprises. La droite adore évoquer la fraude des bénéficiaires de prestations sociales, qui represente peut-être deux milliards d'euros. Mais c'est une goutte d'eau par rapport à la fraude aux cotisations patronales (environ 15 milliards) et la fraude fiscale (40 à 50 milliards par an), dont fait partie l'évasion fiscale non déclarée, en particulier vers les paradis fiscaux.

Or, dans tous les cas, ce sont bien les "riches et les puissants" qui sont de façon massive les bénéficiaires de ces dispositifs légaux et illégaux, auxquels il faut ajouter l'ISF, qui est pour l'instant une passoire à gros trous.

Selon les derniers travaux de l'INSEE, les 1% les plus riches en patrimoine détiennent 18% du patrimoine total pendant que les 50% les moins riches n'en détiennent que 7% et les 10% les moins riches que 0,1%! Autrement dit, entre le patrimoine moyen d'un ménage faisant partie des 1% les plus riches et celui d'un ménage faisant partie des 10% les plus pauvres, le rapport est de 1 à plus de 1800! La France est championne d'Europe des millionnaires en dollars. On en compte 2,6 millions en 2011 contre 2,2 en 2010.

Au total, même si les montants énormes de recettes potentielles qui viennent d'être cités ne peuvent pas être additionnés car certains se recoupent, et même si on ne peut pas supprimer du jour au lendemain fraudes et évasions illégales, trouver dès 2012, si la volonté politique existe, sans devoir invoquer la croissance, 80 à 100 milliards de recettes publiques supplémentaires par an n'est pas un problème économique. C'est uniquement une question de rapport de forces.

Mais faire cela, c'est bel et bien "faire payer les riches" en un sens plus large que celui de Louis Maurin: revenus, patrimoines, bénéfices non réinvestis des sociétés, taxe sur les transactions financières, suppression des niches pour riches, véritable chasse aux vrais fraudeurs, interdiction des paradis fiscaux et confiscation des capitaux illégalement transférés, etc.

Que penser alors de l'argument de classe omniprésent: taxer les riches, les gros actionnaires et les grandes entreprises, vous n'y pensez pas, ils vont fuir à l'étranger, eux ou du moins leurs comptes bancaires et leurs actifs!  Quatre réponses peuvent être combinées:

1) Mais qu'ils s'en aillent! Ils ont fait assez de dégâts. Ce n'est pas un mauvais argument, mais si on veut faire payer les riches, autant qu'ils soient là... On ne va pas organiser leur évasion.

2) Ne surestimons pas ce phénomène, qui existe. L'immense majorité restera, pour diverses raisons. L'Etat y perdra peut-être quelques milliards d'euros supplémentaires à court terme, mais une vraie répression serait dissuasive et permettrait même de récupérer rétroactivement des montants considérables.

3) Renoncer à 100 milliards d'euros par an au motif qu'on risque d'entre perdre cinq voire dix est une aberration économique. Céder devant le lobbyng des riches et puissants, c'est la certitude que la crise s'aggravera.

4) Il faut amplifier le mouvement citoyen national et international de protestation contre les paradis fiscaux, et plus généralement pour la justice fiscale.

 

Jean Gadrey.

Le Sarkophage n°29 en kiosque jusqu'au 17 mars 2012.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:27
Promis, ce ne sera pas tous le jours que l'on recommandera la lecture des Echos
Les militants de la CGT ovationnent Mélenchon

En meeting sur la retraite à 60 ans, Bernard Thibault s'est livré hier à une violente charge contre Nicolas Sarkozy devant l'ensemble des partis de gauche, invités pour l'occasion.

 
Ecrit par
Derek PERROTTE
Derek PERROTTE
Journaliste
Bernard Thibault hier au Zénith, entouré d'Eric Aubin et Nadine Prigent.
Bernard Thibault hier au Zénith, entouré d\'Eric Aubin et Nadine Prigent.

La CGT se lance dans le meeting politique. Hier, devant 6.000 délégués réunis au Zénith de Paris pour un meeting officiellement consacré à la retraite à 60 ans, Bernard Thibault a multiplié les charges, très virulentes, à l'encontre de Nicolas Sarkozy devant les représentants de tous les partis de gauche, invités, officiellement, au titre de leur soutien en 2010 au mouvement contre la réforme des retraites.

A dix reprises, le nom du chef de l'Etat aura été prononcé. A dix reprises, une bronca d'une rare intensité l'aura accompagné, dans un exercice aux allures de défouloir pour une organisation qui mise d'autant plus sur l'alternance qu'elle est consciente que le quinquennat aura aussi montré son incapacité à faire reculer l'exécutif, désormais visé dans son ensemble.    « Je voudrais dire aussi aux députés que nous saurons rafraîchir la mémoire des salariés électeurs » lors des législatives de juin, a prévenu Bernard Thibault entre deux saillies sur les « mesures antisociales » et le « bilan peu glorieux » de Nicolas Sarkozy.

« Rétablir la justice sociale »

Au premier rang, Eva Joly (EELV), Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (LO) ont bu du petit lait. François Hollande avait décliné l'invitation, mais s'était fait représenté par Harlem Désir et Jean-Marc Ayrault. Un geste diplomatique que Bernard Thibault a rendu en étouffant ses critiques sur le recul partiel du PS sur la retraite à 60 ans. Et si le leader cégétiste a répété que la « CGT ne soutient aucun candidat », la salle s'en est chargée, en ovationnant Jean-Luc Mélenchon. Une façon, aussi, de pousser le PS à plus d'ambitions sociales. « Nous le disons en toute amitié aux partis de gauche, leurs élus, leurs candidats, entendez cette aspiration à rétablir la justice sociale », a insisté Bernard Thibault.

Il a sans surprise dénoncé la hausse de TVA, « l'impôt le plus inégalitaire qui soit », et les accords de compétitivité, « une offensive sans précédent à l'égard du Code du travail ». Il appelle, en réaction, à une mobilisation « unitaire » le mercredi 29 février, dans le cadre de la journée européenne contre l'austérité organisée par la Confédération européenne des syndicats. Une réunion de l'intersyndicale est en préparation. FO et la CFTC devraient y faire leur retour.

Un appel unitaire à manifester est toutefois improbable tant chacun a conscience que la proximité de l'élection n'est pas propice à une mobilisation, les Français préférant généralement attendre de s'exprimer dans les urnes.  

DEREK PERROTTE
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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 16:18
Samedi dernier, se tenait le congrès de France Nature Environnement (la fédération des associations de protection de la Nature) qui lance "l'Appel des 3000", ses propositions dans le cadre des élections.
Pour l'occasion, elle a demandé aux candidats à la présidentielle de s'exprimer sur l'écologie. Pas moyen de trouver les videos de leurs interventions. Mais voici un compte-rendu de Laure Noualhat, journaliste écologiste de longue date, sur le blog du journal Libération.
Présidentielles: le grand oral bio des candidats

En 2007, avec le pas de danse «Hulotien», l'environnement avait eu une petite place dans la campagne présidentielle. En 2012, avec Fukushima, seul le nucléaire existe dans cette élection. Et encore, il suffit qu'on perde son triple A pour qu'on en oublie les économies d'énergie. Sans compter que la crise occulte tous les autres sujets -pourtant majeurs- de l'écologie. Voilà pourquoi la fédération France Nature Environnement (FNE) a convié les candidats à la présidentielle à un grand oral samedi à Montreuil, en fin d'après-midi. Objectif: placer, le temps d'un cours de maths, l'environnement et les questions écologiques au cœur de la campagne. Les 3000 associations de FNE ont appelé les candidats à lister les mesures écolos qu'ils mettraient prioritairement en œuvre au lendemain de leur élection. François Bayrou, Eva Joly, Corinne Lepage, Jean-Luc Mélenchon, Hervé Morin, Dominique de Villepin et François Hollande se sont pliés à l'exercice. Ils disposaient chacun de 15 minutes face à une salle remplie de 2000 écolos de tous bords. Petit décryptage subjectif du grand oral écolo des candidats, dans leur ordre d'apparition.

BayrouFrançois Bayrou. 5/10. Décevant pour un politique aussi AOC.

Il a débarqué en premier sur la scène, a remercié les associations pour leur engagement permanent sur le terrain avant de parler d' «harmonie esthétique et culturelle» en mentionnant les rapports homme-nature. C'est l'un des seuls à s'être vraiment plié à l'exercice imposé: choisir, parmi les propositions des écolos, celles qu'il mettra en œuvre tout de suite. Comme François Bayrou a des ruches, il s'occupera en priorité de la survie des abeilles. «C'est un objectif politique dans lequel les responsables publics doivent être engagés. Le frelon asiatique n'a pas assez sa place dans les discours politiques.» Je vous assure que ça fait tout drôle d'entendre ça. D'ailleurs, mon collègue de Politis se demande si ce premier candidat «ne se foutait pas de la gueule de l'assemblée en balançant ça...» Côté énergie, Bayrou veut décarboner l'activité humaine, économiser l'énergie, lutter contre l'imperméabilisation des sols, créer une autorité internationale pour prendre en main le destin des océans. Il a aussi été applaudi quand il a évoqué l'éducation à l'environnement comme priorité de son programme.

Eva-JolyEva Joly. 5,5/10. Trimestre très décevant. 

Vêtue d'une veste en cuir rouge assortie à ses fameuses lunettes, Eva Joly a été accueillie par des tonnerres d'applaudissements. Au premier rang, un parterre de personnalités bios: Yannick Jadot, Dominique Voynet, Allain Bougrain-Dubourg, Sandrine Bélier (récitant par cœur le discours de la candidate), …, arborant tous des sourires éclatants. Bref, c'est la candidate des écolos, elle disposait logiquement d'une salle acquise à sa cause. Sauf que voilà, elle était soit en manque de magnésium, soit bourrée de trac, soit en sous-régime, mais elle n'a pas trouvé la flamme. «Si certains pensent que l'environnement, ça commence à bien faire, alors je leur dis sans agressivité, vous n'avez rien vu, cela ne fait que commencer.» Succès garanti. Mais au milieu de quelques formules faisant mouche, elle a sorti des propositions déjà connues des militants: sortie du nucléaire, bien sûr, opposabilité des trames vertes et bleues, plan de sortie des pesticides en une génération, moratoire sur les OGM et l'exploitation des gaz de schiste, une contribution climat-énergie (la taxe carbone, ndlr), lutte contre les lobbies, … Bref, que du réchauffé. «Nul! Pourquoi n'embrase-t-elle pas la salle?», questionne, dépité, le patron d'une association de défense de la montagne qui attendait visiblement à autre chose. Sur le fonds, R.A.S., mais sur la forme, c'est vrai qu'Eva Joly était un cran en-dessous de la candidate suivante.

LepageCorinne Lepage. 8/10. Bonne élève, mais réelle candidate?

Trente-cinq ans de vie professionnelle au service de l'écologie, Corinne Lepage ne s'est pas privée de parsemer son discours de références bien senties concernant son engagement personnel comme avocate, ministre ou eurodéputée. «Votre appel des 3000, je ne peux qu'y souscrire, scande-t-elle, l'écologie ce n'est pas le problème, c'est la solution.» En s'appuyant sur un texte documenté (mentionnant les 2,5 milliards d'euros de subventions aux énergies fossiles, par exemple), la candidate-avocate se lance dans une série de propositions un peu décalées et très judiciaires: protection des lanceurs d'alerte, création d'un délit de rétention d'information d'intérêt général et aussi d'un tribunal pénal international où se régleraient les conséquences des catastrophes du type Bhopal, nomination d'un contrôleur du développement durable auprès du Premier ministre, … Elle n'oublie pas non plus de rappeler qu'il faut sortir du nucléaire: «Negawatt, avec son scenario, nous offre une voie, empruntons-la !». Au fil du discours, elle gagne en assurance et énergie. Sauf que voilà, avec elle, les militants ne savent pas à quel saint se vouer: «Elle roule pour qui au final? Hollande ou Bayrou?» demande l'un. «Non, non, avec Bayrou, ils ne peuvent plus s'encadrer», assure une connaisseuse. «Donc, si elle fait ça pour négocier, ce sera surement avec Hollande.» «C'est moche parce que son projet est super et, en l'état, Hollande n'en voudra jamais.»

MélenchonJean-Luc Mélenchon. 8/10. Revient de loin.

Orateur hors pair, Mélenchon semble avoir parfaitement compris où il se trouvait: devant un public avide d'écologie, certes, mais aussi assoiffé de justice sociale. Il est le seul à avoir admirablement articulé les deux mondes. «Il n'y a pas de contradiction, affirme-t-il, entre les intérêts à long terme des gens et la planification à long terme, par définition écologique.» Il en a soufflé plus d'un. En ce qui concerne le nucléaire, cet ancien pro-nuke a été extrêmement clair: «soit le nucléaire est dangereux et, dans ce cas, on ferme toutes les centrales, soit il n'est pas dangereux, et on peut construire de nouvelles centrales.» Imparable. «A titre personnel, je suis pour une sortie du nucléaire, mais je reprendrai la proposition 38 des 110 propositions socialistes du projet de 1981, et qui n'a pas été tenue: un référendum sur le sujet.» Il ne croit pas en un capitalisme vert, lequel est, lui aussi, «incompatible avec la financiarisation de l'économie». Il veut remonter le smic à 1700 euros nets afin que les ouvriers et les bas salaires puissent manger bio... Le candidat le plus pastèque qui soit: vert à l'extérieur avec du gros rouge à l'intérieur. Goûteux.

Herve-morin_10848Hervé Morin. 3/10. Hors-sujet.

Le candidat du Nouveau Centre a tenté de séduire la salle avec des formules à l'emporte-pièce. «Crise au balcon, environnement à l'abandon.», «Un triple A qui disparaît, et hop, c'est l'environnement qui passe à la trappe!», … Un joli bide, bien bio. Il a plus parlé de normes empêchantes -pour les pêcheurs par exemple- que d'environnement. Mais du coup, on a appris qu'il était parti à la pêche récemment. Mais on lui donne une super séance de rattrapage quand il veut, à cause d'une vilaine migraine survenue pendant sa prestation.

Dominique_de_Villepin_Lady_Gaga_a_A_sa_tableDominique de Villepin. 4/10. Trop scolaire. Très distancié.

C'est en toute honnêteté que l'ancien Premier ministre s'est présenté devant le parterre de militants écologistes, à savoir comme un politique sans culture écologique. Même s'il a dirigé un gouvernement qui a bouclé le réseau Natura 2000 et fait voter la loi sur la transparence nucléaire en 2006, on sent que cet objet ne figure pas dans son ADN. Ceci dit, il a insisté sur les morceaux qui lui restaient: les paysages, le territoire, le bâti qui défigure notre beau pays. Lui aussi veut un référendum sur le nucléaire, une agriculture soutenable (ce qui veut tout et rien dire), un renforcement de l'environnement dans les politiques publiques (idem), …

Francois_hollande_ouv_referenceFrançois Hollande. 5/10. Peut mieux faire.

A force d'arriver en dernier et de faire figure de star, François Hollande déçoit les attentes. De toute façon, on ne peut pas être bon dans toutes les matières, et manifestement, l'écologie n'est pas son fort. Côté nucléaire, il est quasiment le seul à refuser un référendum sur le nucléaire, il préfère un grand débat national (on en compte déjà un certain nombre de débats publics sur le nucléaire... avec quel succès ?) qui se déroulerait sur six mois ou un an. Mais il maintient son objectif visant à faire baisser la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75% à 50% d'ici à 2025. Il mettra en place une tarification progressive de l'électricité et de l'eau. Il développera une véritable fiscalité écologique et veut conditionner les aides aux agriculteurs à des mesures agro-environnementales, … Bref, du déjà-vu, déjà-débattu, notamment dans le cadre du Grenelle. Le tout sans grande conviction.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 20:00

La France, comme la plupart des pays européens, plonge dans la dictature ultra-libérale.

Dictature, oui, le mot n'est pas excessif. Interrogé en direct sur huit chaînes de télévision - ah, les vertus de la concurrence pour garantir le pluralisme de l'information et l'existence de contre-pouvoirs face à l'exécutif.... - Nicolas Sarkozy a annoncé un nouveau train de réformes s'attaquant au pouvoir d'achat des plus modestes et au caractère protecteur du droit du travail dont certaines parmi les plus importantes feront l'objet d'une législation gouvernementale et ne seront même pas examinées et débattues au Parlement.

"Jamais nous avons assisté à un tel piétinement du débat démocratique et de l'expression du suffrage universel" écrit avec raison Patrick Le Hyaric dans son édito dans L'Humanité du mardi 31 janvier 2012.

L'ennemi déclaré de la droite, c'est tantôt l'endettement public, tantôt le coût du travail qui affecte la compétitivité de nos entreprises, mais le mouton qu'elle voudrait tondre jusqu'à lui entailler les chairs, c'est le peuple, qu'elle a tout fait pour paralyser en nourrissant la peur de l'effondrement économique en cas de hausse des déficits après avoir créé chez lui la peur de l'invasion étrangère, des jeunes, des pauvres, de l'insécurité.

Nicolas Sarkozy a donc feint de faire vivre le dialogue social et de respecter les pseudo « partenaires sociaux » en leur laissant le soin de négocier au niveau des entreprises- et non des branches professionnelles- pour trouver dans les deux mois la voie d'accords compétitivité-emploi où il s'agirait en toute simplicité de trouver des modalités acceptables de part et d'autres pour briser l'étau des 35h, des dispositions légales touchant le chômage technique, l'annualisation du travail, la flexibilité, les salaires. « Privés d'accords nationaux et de références sur le temps de travail, les salariés seraient libre de construire les armes du patronat en combinant eux-mêmes leurs salaires et leur temps de travail sans avoir le choix d'en contester la logique de répartition des profits entre le capital et le travail, l'investissement dans l'emploi et la réindustrialisation ou la fuite en avant spéculative », commentait le journaliste de L'Humanité, Dominique Biègles, le lundi 30 janvier.

Côté Le Télégramme, notre quotidien régional local, on en redemande et on fait le service après-vente du chef de l'Etat qui n'a pas eu assez d'oreilles attentives et bienveillantes dimanche. Hubert Coudurier félicite Sarkozy d'"affronter les syndicats pour réduire les coûts salariaux de l'entreprise" à l'instar de Gerhard Schröder en Allemagne. Il le remercie aussi pour son bilan "qui n'a rien de déshonorant" mais qui n'est pas non plus reluisant, du fait d'une "période épouvantable": les fameuses circonstances extérieures cataclysmiques... La faute aux conditions météo, donc, si la France compte, depuis 2007, 500 milliards d'euros de dettes en plus, 350.000 emplois industriels en moins, un millions de chômeurs et de pauvres en plus, une protection sociale et des services publics exsangues. Henry Lauret dans le même journal ne craint pas de transformer Sarkozy en Lénine de la lutte anti-crise tout en reconnaissant qu'il puise davantage ses sources d'inspiration chez les ultra-libéraux allemands que chez les bolcheviks: "A 80 jours de l'élection présidentielle, la compétitivité et la croissance obsèdent le président de la république. Le modèle allemand lui inspire de jouer de la hausse de 1,6 points du taux standard de la TVA pour supprimer les cotisations de la branche famille sur les salaires jusqu'à plus de deux fois le SMIC. Une sorte de révolution d'octobre puisque la mesure ne serait de toute façon pas applicable avant l'automne".  

Comme bien sûr il ne saurait y avoir beaucoup d'accords entre, d'un côté, un patronat qui veut casser les protections du droit du travail et, de l'autre côté, des salariés et des syndicats sachant bien qu'elles sont plus que jamais nécessaires, et comme l'idée même de laisser faire le dialogue social patronat-syndicat est une gageure étant donné l'iniquité du rapport de force, ce sera finalement le gouvernement, en toute illégitimité, sans recourir au Parlement, qui tranchera pour enterrer définitivement les 35 heures et toute une batterie d'autres garanties salariales. L'objectif assumé est donc de s'aligner sur le modèle allemand, ses 8% de chômeurs (chiffre sous-estimée du fait d'astuces comptables), ces travailleuirs flexibles et précarisés, ayant vu leurs salaires, surtout dans le secteur des services, diminuer de manière drastique depuis les années 1990, son espérance de vie en baisse...

Transférer de manière autoritaire, sans débat et prise de décision au Parlement, le financement de la protection sociale des cotisations patronales à la TVA, relevée d'1,6 points pour atteindre un taux normal de 21,2% vise, dans une politique de l'offre, à faire peser le poids des allégements fiscaux pour l'entreprise à tous les citoyens. Avec quelles conséquences sur la consommation? Les entreprises françaises ne sont pas tournées prioritairement comme les entreprises allemandes vers l'exportation: si la consommation des français est déprimée, c'est toute l'activité économique et les recettes fiscales qui s'en trouvent réduites. L'objectif de Sarkozy est peut-être cependant moins le redressement économique que la prolongation de la casse des mécanismes du droit social et des solidarités au profit des intérêts du capital et des plus riches, et surtout la mise en œuvre d'une stratégie du choc pour assurer sa réélection aujourd'hui très compromise.

L'idée est d'imposer en toute urgence des « réformes structurelles » impopulaires mais présentées comme nécessaires pour redresser l'économie et les comptes de la France de manière à incarner la figure du « président courage » n'hésitant pas à faire les sacrifices qui s'imposent dans la tempête mais peut-être plus encore de façon à laisser croire aux français qu'il n'y a pas d'alternative possible, puisque le candidat de droite n'a d'autre choix que de compromettre sa réélection en prenant ces mesures fatalement impopulaires.

Comme le signalait un journaliste du journal Le Monde en fin de semaine dernière, Sarkozy utilise là une tactique de Gerard Schröder qui n'avait pas hésité à mettre un coup d'accélérateur à son entreprise de démolition de l'état social en fin de mandat alors qu'il était très impopulaire et que sa réélection était très compromise, et qui, ce faisant, s'était imposé en homme d'action énergique tentant d'appliquer les seules mesures possibles pour redresser le pays. Le résultat électoral du SPD avait été de ce fait bien moins catastrophique que prévu. Modèle allemand, disions-nous...

La taxe Tobin et la hausse de 2% de la CSG sur les revenus du patrimoine à côté sont une bien maigre concession au rejet majoritaire en France de la domination du capitalisme financier.

Comme l'écrit dans un communiqué daté du 30 janvier l'association ATTAC qui avait pourtant fait de cette taxe Tobin un combat emblématique à sa fondation: «  Nicolas Sarkozy a tranché: avec la hausse prévue de la TVA, les patrons verront leurs coûts salariaux diminuer de 13 milliards d'euros. En revanche la fameuse taxe Tobin à la française ne rapporterait qu'1 milliard d'euros. Même en y ajoutant la hausse de la CSG sur les revenus du capital (qui devrait rapporter moins de 2 milliards), le compte n'est pas bon pour la justice fiscale. En effet, qui va payer la TVA? Pour l'essentiel, les consommateurs... La TVA « sociale » réduira donc la consommation et aggravera la récession dans laquelle la France est engagée depuis quelques mois. C'est la première raison pour la rejeter. La deuxième tient à son injustice: en augmentant la TVA, on réduit encore la progressivité du système fiscal. Car la TVA pèse plus lourdement sur les ménages populaires, qui consomment tout leur revenu, que sur les ménages aisés qui en épargnent une bonne partie. Cette stratégie de TVA « sociale » s'inscrit dans la logique de dumping social et fiscal caractéristique de l'Union européenne et de la mondialisation néolibérale: or c'est précisément la course vers le bas des coûts salariaux qui entraîne l'Europe et son modèle social vers le gouffre. La hausse de la TVA, déjà pratiquée en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie, n'est qu'un volet des plans d'austérité qui sont en train d'enfoncer l'Europe dans la récession.» 

 

Merkel a bien senti en Sarkozy son allié pour conduire en Europe la guerre des classes au service du capitalisme financier: c'est pourquoi elle a déjà promis d'assister à un de ses meetings de campagne alors qu'il n'est pas encore candidat officiellement. Il paraît que la date et le lieu en sont déjà fixés.

 

Hier, au Conseil Européen, cette gouvernance Merkozy s'est traduit par l'approbation, sauf par la Grande-Bretagne et la République Tchèque, du mécanisme européen de stabilité et d'un nouveau traité européen qui impose la règle d'or et des sanctions quasi automatiques pour les Etats présentant des bilans comptables en déficit tout en recommandant des réformes structurelles comparables à celles qu'exigeait le FMI pour les pays d'Amérique du SUD et d'Afrique afin d'accroître la compétitivité de l'économie sur le dos des dispositifs de solidarité et des services publics. Le texte sur lequel les chefs d'Etat se sont entendus est en pleine cohérence avec les dernières réformes qu'a annoncé Sarkozy puisqu'il vise à tailler dans "les coûts du travail non salariaux", c'est à dire dans les charges sociales et autres prélèvements sociaux. "La sortie de la crise passerait par le dumping social, commente le journaliste de l'Huma ce 31 janvier. Qu'importe si cette politique a failli. L'Organisation Internationale du Travail (OIT) relevait la semaine dernière que la moidération salariale en Allemagne a contribué à contracter la demande intérieure dans toute l'UE. L'OIT y voit l'une des causes de la crise. Généralisée à toute la zone euro, cette politique produirait des effets dévastateurs".

 

Ce nouveau traité européen accompagne la création d'un fonds de garantie européen de 500 milliards d'euros encore mieux doté que le FMI: garantie contre les défauts des Etats, avec l'argent des contribuables, au profit des banques et des fonds d'investissement...

Ce traité limitera à 0,5% du PIB le déficit structurel des Etats, et imposera que ces objectifs dont la non satisfaction entraînera des sanctions financières automatiques, lourdes et immédiates soient inscrits dans les législations de chaque Etat membre. Bien évidemment, aucun Etat européen n'a probablement l'intention de laisser à sa population le soin d'adopter ou non ce traité qui remet en cause la souveraineté politique des citoyens. Ceux ne pourront plus, en fonction de leurs objectifs majoritaires du moment traduits dans les élections, maîtriser vraiment leurs dépenses et leurs recettes publiques.

Ce carcan d'austérité imposée interdirait potentiellement (mais il n'a qu'une réalité de papier comme les critères de Maastricht allègrement ransgressées en 2008 pour venir en aide aux banques, et nous le briserons si on nous en donne l'occasion) toute politique de relance par la hausse des salaires, la dépense publique au service de l'emploi et des solidarités. L'Allemagne fait même pression, pensant évidemment en premier lieu à la Grèce, pour qu'on crée "un commissaire budgétaire européen" pouvant suspendre en cas d'endettement excessif la compétence des parlements et des gouvernements sur la définition de leurs budgets et les mettre ainsi sous tutelle.   

 

La réaction de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président de la Gauche Européenne, a été très forte face à ce nouveau traité honteux imposé sans légitimité démocratique:

 

"Ce traité, c'est le débarquement assuré de la « Troïka », le pillage des biens communs et la casse des droits sociaux, dans tous les pays de l'Union.

Avec le transfert du pouvoir budgétaire des parlements nationaux vers la commission, ils remettent en cause les souverainetés populaires, et ils le font sans débat ni consultation des citoyens. C'est une attaque sans précédent des droits politiques élémentaires des peuples européens, un changement de régime vers la dictature des marchés.

Pour avoir une vision claire de l'Europe qu'ils préparent, voyons ce qu'il se passe en Grèce, qu'Angela Merkel veut mettre officiellement sous tutelle; ou en France, où Nicolas Sarkozy vient d'annoncer un 3ème plan d'austérité augmentant les impôts indirects et cassant les conventions collectives sur le temps de travail pour financer de nouveaux cadeaux au patronat.

Au final, c'est l'autodestruction de l'Union Européenne qui est en cours. L'UE ne peut se construire contre les peuples et dans la suspicion permanente entre les États membres. Jamais les institutions européenne n'auront la légitimité qu'elles revendiquent en prenant des décisions autoritaires et néfastes pour les peuples. Jamais l'idée d'union ne sera préservée si un État peut demander la mise sous tutelle d'un autre. Il n'y aura pas d'Union dans la division et la mise en concurrence des peuples.

Au nom du Parti de la gauche européenne, je rejette cet accord international et nous mènerons campagne dans tous les pays de l'Union pour qu'il ne soit pas ratifié".

 

J'étais à Paris ce week-end pour assister au lancement national de la campagne législative des communistes au sein du Front de Gauche le samedi 28 janvier.

Il y a été rappelé que notre objectif prioritaire était de battre Sarkozy et l'UMP et de créer en France une majorité de gauche avec une orientation clairement à gauche. La présidentielle doit être convertie en un référendum pour ou contre l'austérité, comme l'a indiqué avec force notre candidat Jean-Luc Mélenchon. Patrick Le Hyaric a rappelé que l'austérité n'est pas d'abord une réponse à la crise mais une politique préméditée qui nous plonge dans la crise pour renforcer la mainmise de la finance sur la vie sociale et économique. Jean-Luc Mélenchon aussi, qui est intervenu en début d'après-midi à notre rencontre nationale des candidats communistes aux législatives et des responsables de section à La Plaine Saint Denis, s'est félicité que François Hollande regarde moins désormais (grâce à notre poids grandissant ou à la droitisation de Bayrou, devenu une nouvelle alternative pour la droite et les privilégiés?) vers Bayrou et le centre, qu'il acceptele principe d'un appel à voter en faveur du Front de Gauche s'il n'est pas présent au second tour des présidentielles, et prétende même que son objectif n'est plus simplement de "donner du sens à la rigueur" mais de "maîtriser" la finance ou d'en faire "l'adversaire principal".  

Personne n'est dupe chez nous de cette inflexion rhétorique d'inspiration miterrandienne mais elle traduit sur un mode électoraliste la prise de conscience de l'efficacité de la campagne du Front de Gauche sur le terrain et du caractère incontournable des attentes des citoyens pour une vraie alternative au néo-libéralisme. Jean-Luc Mélenchon parie sur la force d'entraînement de certains mots qui deviennent dominants dans le débat public grâce au dynamisme de notre campagne. Pierre Laurent a lui réaffirmé sa satisfaction que prenne corps son désir de voir à l'oeuvre une conception du Front de Gauche ouverte, rassembleuse, accueillante pour chacun tel qu'il est, à condition de se retrouver dans cette gauche de combat et d'invention sur les ruines de la social-démocratie.

Grâce à notre campagne de terrain et au travail de Jean-Luc Mélenchon, la gauche, que les médias dominants avait voulu évincer du paysage, est de retour. Le Front de Gauche, selon Pierre Laurent, doit continuer à grandir en devenant une affaire populaire, une force citoyenne qui dépasse le cartel d'organisations. On observe déjà un phénomène significatif de réengagement de nombreux syndicalistes qui s'étaient tenus à distance du débat politique. En effet, nous sommes dans un mouvement de transformation très profond dans le pays et, depuis 2008, il y a une prise de conscience de la nocivité du capitalisme financiarisé et de la nécessité d'inventer autre chose que le mode de développement capitaliste. Le Front de Gauche a vocation à construire le mouvement majoritaire de réinvention de la gauche pour un dépassement de ce capitalisme financier. La fécondité de notre démarche, selon notre secrétaire national, a été de ne pas s'enfermer dans un nouveau parti aux frontières étanches, mais d'avoir gardé le jeu ouvert afin de mettre en mouvement dans une structure souple de multiples forces sociales, tous les gens qui veulent se mobiliser sur des objectifs clairs de transformation du système.

Le constat, aujourd'hui, c'est qu'il devient de plus en plus probable que nous battions Sarkozy sur son terrain de prédilection, celui de la sortie de crise. La signification de cette victoire ne serait pas mineure: il s'agirait d'une victoire contre un de ceux qui dirigent le monde capitaliste. Cest pourquoi nous ne devrons pas mégoter selon Pierre Laurent quand la question d'un rassemblement de la gauche se posera afin de battre la droite. Aujourd'hui, une des seules chances pour Sarkozy de garder le pouvoir est de compter sur un bon report de voix et un bon score du côté de l'extrême-droite. Pour empêcher que cette stratégie paye grâce à la mise en avant de thématiques qui renforcent la droite (l'immigration, l'insécurité, méfaits de "l'assistanat"...) en divisant le salariat et en brouillant les repères des classes populaires et moyennes comme la contradiction d'intérêt effective entre le monde du travail et le capital, il faut tenir haut le débat politique, parler hausse des salaires et baisses des dividendes pour les actionnaires, logement, santé, lutte contre la précarité, pouvoirs des travailleurs sur les orientations stratégiques des entreprises. En partant de ces besoins concrètement perçus par les français, il est possible de faire grandir l'exigence de changement dans la population, de montrer les insuffisances du projet de François Hollande et le besoin de donner le plus grand poids politique possible au Front de Gauche.         

  

Que penser du projet présidentiel de François Hollande?

 

A sa une, le vendredi 27 janvier, le journal Le Monde a félicité François Hollande et les concepteurs de son programme présenté le jeudi 26 janvier en parlant d'un « projet à la tonalité churchillienne » qui « porte la marque du réalisme et de la rigueur ». Le grand progressiste qu'était Churchill apprécierait t-il d'être comparé à cet adversaire résolu de la finance qu'est le candidat socialiste (sic)? Peut-être bien, oui, s'il avait pu entendre il y a un an notre futur candidat socialiste le paraphraser en promettant « du sang et des larmes » si la gauche revenait au pouvoir dans un contexte de crise. Nous y sommes presque.  

Mais cette crise est précisément provoquée par la financiarisation de l'économie à l'échelle internationale, les dégâts du libéralisme en Europe, et elle ne saurait jamais que se renforcer si on ne prend aucune mesure énergique pour une autre politique publique du crédit et du contrôle des banques en Europe et pour soutenir l'activité par la relance des salaires et de la dépense publique en tournant le dos aux politiques d'austérité qui aggravent la crise et le niveau d'endettement public partout en Europe. Or, à l'évidence, Hollande et les socialistes ne croient pas qu'il est possible ou souhaitable de faire autrement que d'accompagner en le régulant à la marge ce système capitaliste financiarisé et mondialisé. Ils ne pensent pas non plus certainement qu'il est raisonnable ou opportun de s'attaquer significativement aux profits du capital et des grandes fortunes: pensez à la fuite précipitée de ces philanthropes que sont les investisseurs.... Ségolène Royal ne s'était-elle pas donné pour priorité en 2007 de réconcilier les français avec le monde de l'entreprise, car entre lui et nous, c'était "gagnant-gagnant"?

Dans le projet présidentiel de son ex-mari, on parle d'efforts équitablement partagés, non des moyens politiques réels tangibles d'une reprise de contrôle sur le monde de la finance, d'une marche vers plus d'égalité, non d'une politique résolue pour sortir de la précarité et de l'insécurité sociale des millions de français en rendant le droit du travail à nouveau plus protecteur et en donnant un sérieux coup de pouce à la protection sociale et aux services publics.

 

Il y a dans les 60 propositions de François Hollande quelques mesures qui vont dans le bon sens et qu'on peut saluer. On peut évoquer notamment un plan ambitieux pour le logement, la séparation des activités de dépôt et d'investissement des banques, une banque publique d'investissement gérée de manière décentralisée, et une légère augmentation de 15% de l'impôt sur les bénéfices des banques.  

 

Mais à côté de cela, Hollande ne prévoit pas de recréer les postes supprimés dans les services publics par la droite depuis 10 ans au nom de la RGPP. Ainsi, les 60.000 postes supplémentaires dans l'éducation (qui ne sont pas tous des postes d'enseignants loin s'en faut) concerneront essentiellement le premier degré et seront compensés par des suppressions de postes dans d'autres services publics, alors que chacun d'eux est au bord de l'asphyxie. Les 500.000 places en crèche promises pendant les primaires socialistes sont repoussées aux calendes grecques, quand la croissance et le desendettement public le permettront. Comme il l'avait annoncé, Hollande ne veut pas d'une refonte significative de la réforme Fillon sur les retraites avec un rétablissement de la retraite à 60 ans. Il ne prévoit pas non plus d'abroger la loi Bachelot sur l'hôpital ou de supprimer les franchises et les déremboursements de médicaments pour rendre la santé accessible à tous.

Sa notation sociale des entreprises et son système de bonus-malus au niveau des cotisations sociales  pour encourager l'embauche, la hausse des salaires, la limitation des contrats précaires est un outil peu efficace qui ne saurait faire oublier la volonté de ne pas légiférer pour augmenter les salaires et réduire les contrats précaires dans l'entreprise et les services publics. Pour faire embaucher 150.000 jeunes dans le cadre du "contrat de génération", Hollande mise avant tout à nouveau sur les baisses de cotisations patronales. 

Les 29 milliards d'euros de recettes que Hollande espère trouver par  la suppression des niches fiscales ne seront pas simplement pris aux plus riches et les 20 milliards d'économies qu'il espère réaliser de surcroît toucheront aussi la protection sociale et  les services publics qui démocratisent l'accès à des biens fondamentaux (la santé, la justice, l'éducation, la sécurité, la culture...):  il n'est aucunement question dans ce projet d'élever le niveau de protection sociale, le salaire minimum et les pensions.

Sur la réforme des institutions et la prise en compte des enjeux environnementaux, le projet présidentiel de Hollande est loin de prendre en compte la gravité des crises démocratiques et écologiques en cours. Il s'accomode de la perpétuation de la Vème République qui concentre les pouvoirs et les délègue systémiquement au profit d'un bipartisme de fait étouffant pour la démocratie.

Surtout, Hollande assume une politique d'austérité qui place à un rang tout à fait secondaire la nécessité d'un meilleur partage des richesses en faisant croire que les français ont vécu au-dessus de leurs moyens alors qu'on n'a cessé de leur extorquer le produit de leur travail et les droits sociaux qu'ils avaient conquis de haute lutte. L'augmentation à 45% du taux de la dernière tranche de l'impôt sur le revenu aura des effets dérisoires (ne concernant que 0,5% des foyers fiscaux parmi les plus riches: au-delà de 450000 euros par an par couple avec deux enfants, par exemple) et ne suffira pas loin de là à rétablir un impôt réellement redistributif: la fiscalité sur le patrimoine et sur le capital sont pendant ce temps des points aveugles du projet.        

Surtout, on n'a pas vu Hollande réclamer avec force un contrôle démocratique sur une BCE qui pourrait prêter aux Etats pour l'investissement social, écologique, et la relance de l'activité économique. On ne l'a pas entendu dénoncer les mesures de constitutionnalisation de l'austérité et de la baisse du coût du travail du pacte de stabilité et de croissance pour l'euro. De manière générale, l'absence de mise en mouvement de la société et de proposition de réformes structurelles pour reprendre un contrôle démocratique sur les marchés et les banques laisse penser qu'en cas d'aggravation de la crise de la dette, des attaques des spéculateurs et des agences de notation, Hollande agira probablement de la même manière que Papendréou, Zapatero et Socrates: c'est à dire par la capitalation face au diktats anti-démocratiques et réactionnaires du monde de la finance.    

 

En somme, Je vais enfoncer des portes ouvertes en disant que c'est bien avec un pistolet à bouchon que le chevalier Hollande monte, pour épater la galerie, à l'assaut de la citadelle de la finance, et la réalité de son projet consiste bien pluôt à calmer les attentes populaires car monsieur est le candidat du "sérieux", de la "vérité", dont les certificats d'authentification se décernent dans les milieux de l'oligarchie patronale et politique européenne, et non celui de la combativité sociale pour faire reculer les forces de l'argent. Le dernier mot qui résume l'ambition folle de ce programme revient à Michel Sapin: "Le tout, tout de suite, est d'un autre temps", celui d'avant, celui des dinosaures qui pouvaient encore croire que la gauche avait vocation à changer la vie.  

 

Nous ne demandions pas pourtant un "feu d'artifice de promesses" mais des engagements clairs sur des réformes de structures pour sortir de la crise économique, sociale, démocratique, écologique, culturelle, que traverse notre pays comme le reste de l'Europe à cause de plusieures années de politiques néo-libérales au service du capital. Ces engagements, nous ne les trouvons en France, appuyés sur un dynamique de rassemblement, que dans le Programme Populaire et Partagé du Front de Gauche, L'Humain d'abord.     

 

Ismaël Dupont.  

le 31 janvier 2011.  

 

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 07:01

François Hollande a gauchisé son discours dimanche dernier lors de son premier grand meeting de campagne au Bourget retrouvant parait-il des accents mitterrandiens.

A t-il pour autant promis de limiter les CDD et les temps partiels imposés, d'augmenter le salaire minimum et les minima sociaux, de briser la concentration du capital et les conflits d'intérêt dans les médias pour garantir le pluralisme, de démocratiser les institutions, de mettre hors d'état de nuire les agences de notation, de relancer l'activité par la dépense publique et la lutte contre l'austérité, de réformer le financement des Etats pour qu'ils empruntent directement à la BCE ou par le biais d'emprunts forcés aux banques nationales à des taux d'intérêt peu elevé ?  Bien évidemment non. 

L'égalité dans le partage des sacrifices entre les riches et les pauvres à l'horizon d'une rigueur insurmontable, mais surtout pas de nouveaux droits sociaux ou de reconstruction d'une protection sociale et de services publics cassés par la droite: car ce serait mettre trop dangereusement à contribution le capital financier, les entreprises, les grandes fortunes, et donc paraît-il nuire à notre compétitivité dans la mondialisation. 

Rien sur la santé (les déremboursements, les franchises médicales, les hausses des mutuelles à annuler) ou sur les moyens de lutter contre la précarité dans son programme présenté à la presse et aux français il y a deux jours: et une acceptation intolérable de l'essentiel de la réforme Fillon des retraites de 2010. Voilà qui ne devrait pas beaucoup intimider le monde de la finance... Mais faut-il s'en étonner?  

Nous publions ici un lien avec le site internet des éditions Aden, Joli Mai, qui donne des renseignements sur le pedigree distingué des nouveaux chiens de garde du capital qui constituent le conseil économique de François Hollande, pour beaucoup des habitués du très aristocratique et subversif dîner du Siècle comme le nouveau Che Guevara du PS.

 

François Hollande et le monde des affaires. Par Geoffrey Geuens
January 23, 2012

Quand le CAC40 prépare l’alternance

Par Geoffrey Geuens

En choisissant comme directeur de campagne le vice-président du Cercle de l’Industrie – lobby réunissant les PDG des principaux groupes industriels français – le candidat de la gauche de droite aux prochaines élections présidentielles a envoyé un signal, on ne peut plus clair, aux marchés financiers : l’alternance ne constituera pas une menace, bien au contraire, pour les classes possédantes. Après José Sócrates, José Luis Zapatero, George Papandréou et Elio Di Rupo, François Hollande sera-t-il le prochain dirigeant socialiste à prétexter la « crise des dettes publiques » pour imposer aux travailleurs l’austérité et la régression sociale ? Au vu du pédigrée de ses responsables de campagne, il y a tout lieu de le craindre : c’est que les principaux conseillers dudit candidat se signalent par leur proximité avec le monde des affaires et leur volonté de rassurer l’Europe des marchés. A moins de quatre mois des élections, un passage en revue des troupes s’imposait.

Pierre Moscovici (directeur de campagne)

Ex-ministre en charge des Affaires européennes dans le gouvernement de Lionel Jospin,  Pierre Moscovici est vice-président du Cercle de l’Industrie. Ce lobby, représentant les intérêts des trusts français à l’échelle européenne, a été créé en 1993 par Raymond Lévy, alors président de Renault, et Dominique Strauss-Kahn, qui venait tout juste de quitter le ministère de l’Industrie et du Commerce extérieur. Partenaire du MEDEF, de l’Institut de l’Entreprise et de la Table ronde des Industriels européens, le Cercle de l’Industrie s’est doté du conseil d’administration bipartisan suivant :

Denis Ranque (président)
Administrateur de CMA-CGM, de Saint-Gobain et du Fonds Stratégique d’Investissement français ; ex-PDG de Thalès

Pierre Moscovici (vice-président)
Membre du Parti socialiste, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1997-2002)

Alain Lamassoure (vice-président)
Membre de l’UMP, ancien ministre chargé des Affaires européennes (1993-95)

Jean-Yves Naouri (trésorier)
Directeur des opérations du groupe Publicis. Son frère, Jean-Charles Naouri, a été directeur de cabinet de Bérégovoy à Bercy et associé-gérant de Rothschild & Cie Banque, avant de prendre le contrôle du groupe de distribution Casino, et de devenir l’une des plus importantes fortunes de France estimée, en 2011, à 883 millions d’euros par le magazine écofi Challenges. Jean-Charles Naouri est aussi conseiller de la Banque de France, administrateur de Rothschild & Cie Banque et de Fimalac. Cette dernière holding, chapeautant l’agence de notation Fitch Ratings, appartient à un proche de Laurent Fabius : Marc Ladreit de Lacharrière.

Benoît Potier (administrateur)
PDG d’Air Liquide, administrateur de Danone et de Michelin, vice-président de la Table ronde des Industriels européens

Louis Gallois (administrateur)
PDG d’EADS, administrateur de Michelin, ex-directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement au ministère de la Défense

Pierre-André de Chalendar (administrateur)
PDG de Saint-Gobain, administrateur de Veolia Environnement

Pierre Gadonneix (administrateur)
Président d’honneur d’EDF, ex-administrateur de France Télécom, Elf-Erap, Usinor, Renault

Bertrand Collomb (administrateur)
Administrateur des sociétés Total, DuPont et Reuters Founders Share Company, conseiller de la Banque de France, président d’honneur de Lafarge et ex-vice-président d’Unilever

Michel Sapin (responsable du projet présidentiel)

Ancien ministre délégué à la Justice (1991-92), ministre de l’Économie et des Finances (1992-93), et ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État (2000-02), Michel Sapin pourra, en cas de victoire à la présidentielle, s’appuyer sur ses ex-conseillers : Thierry Aulagnon (directeur de cabinet à Bercy) est membre du comité de direction de la Société générale ; Eric Lombard (conseiller technique à Bercy) est président de BNP Paribas Cardif et du Groupement français des Bancassureurs ; quant à Godefroy Beauvallet (conseiller e-Government au ministère de la Fonction publique), il dirige actuellement le Fonds Axa pour la Recherche.

Les conseillers économiques de François Hollande (1)

Elie Cohen
Directeur de recherche au CNRS et à Sciences Po, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, il est aussi administrateur des firmes EDF Energies Nouvelles, Steria et PagesJaunes, ex-administrateur d’Orange et Vigeo.

Jean-Hervé Lorenzi
Professeur à l’Université Paris-Dauphine, président du Cercle des économistes, membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, ex-conseiller du président du groupe Havas et du Premier ministre socialiste Edith Cresson, actuel administrateur de BNP Paribas Assurances, de la Cie financière Edmond de Rothschild, et membre du conseil d’orientation de l’Institut Montaigne, think tank créé par Claude Bébéar (Axa).

Jean-Paul Fitoussi
Président de l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, ex-coordonnateur de la « Commission sur la performance économique et le progrès social » – lancée à l’initiative du président Sarkozy – et président de la sous-commission de la « Commission des Nations-Unies sur la Réforme du système monétaire et financier international », ce chroniqueur du Monde et de La Republicca est aussi administrateur du trust financier italien Sanpaolo IMI, de Telecom Italia et de Banca Sella Holding.

Emmanuel Macron
Ancien membre de la « Commission Attali pour la libération de la croissance » – installée par le président Sarkozy – et actuel associé-gérant chez Rothschild & Cie Banque.

Stéphane Boujnah
Ex-membre de la « Commission Attali pour la libération de la croissance » et conseiller de Dominique Strauss-Kahn à Bercy, il est aujourd’hui le patron de la branche française du groupe financier espagnol Santander.

Forts de leurs positions dans le monde des mass-médias (Libé, Le Nouvel Observateur, Le Monde), les jeunes loups du capitalisme à la française sont désormais en mesure de faire coup double : dénoncer, à longueur de chroniques ampoulées, les « excès » des marchés financiers, tout en bénéficiant des profits symboliques et, plus encore, matériels associés à leur statut de dirigeants de la haute banque et de la grande industrie. Un économiste tel que Daniel Cohen – membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry – a pu ainsi prêcher la bonne parole « régulationniste » dans l’émission de France Télévisions « Fric, Krach et gueule de bois », à l’appui de poncifs sur les traders fous, l’aveuglement libéral et la droite de Reagan et Thatcher, sans que Pierre Arditi, animateur de la soirée, ne juge bon de préciser que cet éditorialiste au Monde siégeait, au même moment, à la banque d’affaires Lazard, au conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et au think tank « A Gauche, en Europe », une boîte à idées sociale-libérale créée par Rocard, Strauss-Kahn et Moscovici. La boucle est bouclée.

(1) Pour plus d’informations sur la contribution apportée par ces économistes à la campagne de François Hollande, lire Fanny Guinochet et Gaëlle Macke, « Ces économistes et ces patrons qui soutiennent François Hollande », Challenges, 16 octobre 2011.

Pour en savoir plus sur les travaux de Geoffrey Geuens, vous pouvez lire son ouvrage, La finance imaginaire, aux éditions Aden : http://www.aden.be/index.php?aden=la-finance-imaginaire

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 06:55

MARINE LE PEN VOUS MENT !

 

 LE FRONT DE GAUCHE VOUS DEFEND !

 

SORTIR DE L'Euro ?

Avec un franc qui serait dévalué de 20 %, la dette extérieure de l'Etat augmenterait instantanément de 25 %, et les taux d'intérêts risqueraient de monter très haut. Au profit de qui ? Des rentiers, français ou étrangers.

Ce n'est pas l'Euro qu'il faut abandonner, mais la façon dont il est géré par la BCE, au profit des rentiers, alors qu'il pourrait être un outil de progrès social pour toute l'Europe.

 

TAXER LES PRODUITS ETRANGERS AUX FRONTIERES DE LA FRANCE ?

Ce serait provoquer une riposte du même genre des pays voisins, et nos industries exportatrices seraient pénalisées à leur tour.

Ce ne sont pas les frontières de la France qu'il faut fermer aux produits étrangers, mais celles de l'Europe qu'il ne faut pas laisser grandes ouvertes sans rien imposer aux chinois, aux indiens ou aux américains.

 

AUGMENTER LES SALAIRES EN SUPPRIMANT LES COTISATIONS SOCIALES ?

Ce serait démolir la Sécurité Sociale et notre système de retraite par répartition. Au profit de qui ? Au profit de retraites par capitalisation, gérées par des assurances privées, sans aucune garantie : Mme Le Pen défend là les mêmes intérêts que les frères Sarkozy, Guillaume (assureur privé) et Nicolas (celui qu'on va virer).

 

VERSER UN SALAIRE AUX FEMMES AU FOYER ?

Au Front de Gauche, nous pensons que les femmes ont le droit de travailler comme les hommes, que les tâches familiales doivent être partagées au sein des couples, et qu'il faut développer l'aide à la petite enfance.

 

Et avec quelles recettes Mme Le Pen propose-t-elle cela ? Aucune, ou presque ! Comme son père, c'est une démagogue, qui fait semblant de proposer des allocations nouvelles, alors qu'elle propose de baisser toutes les cotisations sociales et tous les impôts.

 

Au contraire, le Front de Gauche n'hésite pas à dire qu'il faut que les grandes entreprises soient imposées au moins autant que les petites, que l'impôt sur le revenu des ménages soit plus élevé pour les ménages aisés, et beaucoup plus élevé pour les ménages très aisés, et qu'il faut que l'impôt sur les successions et donations soit beaucoup plus fort pour les grandes fortunes.

 

L'augmentation de tous ces impôts directs serait un moyen de favoriser le développement d'activités qui créeraient des emplois non-délocalisables, et qui amélioreraient votre pouvoir d'achat et vos conditions de vie :

-Construire 200 000 logements sociaux par an pendant cinq ans, ce serait donner du confort aux ménages les plus modestes et aux jeunes travailleurs, tout en favorisant la baisse des loyers pour beaucoup de locataires ;

- Développer les transports collectifs de proximité, en particulier dans et autour des petites villes, ça améliorerait votre budget en vous permettant d'avoir une voiture de moins à la maison ou au pied de votre immeuble ;

- Réinstaller en France des industries anciennes, développer des industries nouvelles, en particulier dans les énergies renouvelables utilisant la force des marées et des courants marins, la force du vent, la chaleur et la lumière du soleil, ce serait à la fois créer des emplois et assurer l'avenir de la France.

 

Voilà en quelques lignes ce que vous propose le Front de Gauche, pendant que Mme Le Pen radote sur la "préférence nationale" et l'expulsion des immigrés, où elle est pire que Guéant et Sarkozy : les immigrés paient leurs impôts (à commencer par la TVA, comme tous les habitants du pays) et leurs cotisations sociales. Contrairement à ce que dit Mme Le Pen, ils versent davantage d'argent à l'Etat et à la Sécurité sociale qu'ils n'en reçoivent.

 

N'ECOUTEZ PAS CELLE QUI CHERCHE A OPPOSER LES FRANÇAIS AUX ETRANGERS : DIVISER LE PEUPLE A TOUJOURS SERVI LES INTERETS DES SUPER-RICHES DES PATRONS LES PLUS BRUTAUX.

 

Hervé Penven.

(proposition d'un tract pour le collectif Front de Gauche de Morlaix).

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 20:19

Articles d' Alternatives Economiques de janvier 2012 (n°309):

 

Des inégalités de patrimoine abyssales.

 

" La publication par l'INSEE des résultats de l'enquête Patrimoine réalisée fin 2009-début 2010 apporte enfin des données fraiches sur l'évolution de la richesse des ménages... Au sein de ce patrimoine, les biens immobiliers dominent avec 62% du total des actifs détenus, contre 20% pour les actifs financiers et 18% pour les biens professionnels. L'enquête montre à quel point cette richesse est mal répartie.

Les 10% les mieux dotés détiennent 46% de la masse des patrimoines, alors que la moitié la moins riche ne se partage que 7% du total.

Si la valeur du patrimoine médian s'établit à 150 200 euros, les 10% les plus riches possèdent au minimum 552 300 euros d'actifs alors que les 10% les plus modestes détiennent au maximum 2700 euros: 205 fois moins! Un rapport qui a augmenté de 30% depuis 2004.

Et qui est sans commune mesure avec l'écart des revenus disponibles, qui ne varient que de 1 à 4,2 entre les 10% les plus modestes et les 10% les plus aisés".

 

Des écarts de revenus qui seraient assez stables (en dehors des plus grosses rémunérations) et moins importants que la plupart des pays de l'OCDE. 

 

Le rapport entre les revenus 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches est passé de 1 à 10 à 1 à 15 en 25 ans aux Etats-Unis. Au royaume-uni, dans le même temps, ce rapport est passé de 1 à 8 à 1 à 10.

"Une évolution liée à la forte baisse des taux d'imposition dans ces deux pays pendant la même période. A partir des années 2000, ce mouvement de hausse des inégalités a touché d'autres pays, épargnés jusque là par ce phénomène. C'est le cas des pays d'Europe du Nord, même s'ils restent plus égalitaires. En Suède par exemple, le ratio entre les plus riches et les plus pauvres est passé de 4 à 6 entre le milieu des années 1990 et la fin des années 2000. Même chose en Allemagne où ce ratio grimpe de 6 à 8 en quinze ans, notamment à cause de la forte progression du travail à temps partiel outre-Rhin. Quant à la France, elle fait partie du club restreint des pays où les inégalités sont restées stables depuis 25 ans.

En 2008, les 10% de Français les plus élevés avaient un niveau de vie sept fois plus élevé que les plus modestes, alors que ce rapport est de 9 en moyenne dans l'OCDE.

C'est notamment le caractère fortement redistributif des impôts et des prestations sociales qui permet à la France d'être moins inégalitaire que la moyenne des autres pays riches. Mais si les inégalités sont globalement stables  en France sur les 25 dernières années, cela cache d'importantes variations pendant cette période. Entre 1985 et 1995, elles ont fortement diminué, mais depuis, elles sont reparties à la hausse. Et pour cause: comme l'a recemment noté l'Insee, "l'impôt sur le revenu est à la fois moins progressif et d'un montant relativement plus faible qu'en 1990: il réduit donc moins les inégalités de revenus". Même constat pour les prestations sociales, moins redistributives qu'il y a vingt ans" (Laurent Jeanneau).

 

L'analyse du journaliste sur les écarts de revenu en France se voudrait presque rassurante mais elle ne prend pas en compte des chiffres concernant le bilan économique et social de la présidence Sarkozy, dont le même journal expose un peu plus loin les arêtes (qui nous restent en travers de la gorge):

 

- Les 1000 contribuables les mieux dotés ont reçu 63% des sommes restitués au titre du bouclier fiscal. Les allègements de droits de succession et de donation décidés en 2007 ont fait gagné 2,3 milliards par an aux héritiers (et autant de perdu pour l'Etat), de même que la récente réforme de barême de l'ISF rapportera 2 milliards par an aux plus riches. Avec les réductions de cotisations patronales sur les heures sup, les bas salaires, la suppression de la taxe professionnelle, on comprend pourquoi la dette s'est accrue de 40% en 4 ans, passant de 1212 milliards à 1700 milliards d'euros. 

- Pour les classes populaires et moyennes, des mutuelles plus chères, des hospitalisations, des consultations et des médicaments partiellement déremboursés (franchises, tickets modérateurs), des loyers, des transports, un accès au gaz, à l'énergie beaucoup plus onéreux.    

- 4,8 millions de personnes inscrites à Pôle emploi (un million de plus qu'en mai 2007)

- 400.000 postes détruits dans le secteur marchand, 350.000 dans l'industrie         

- 8 millions de pauvres (1 million de plus qu'en 2007). Rappelons que le RSA "socle", qui remplace le RMI depuis 2008, n'a pas été revalorisé: il représente 467 euros/ mois, soit la moitié du seuil de pauvreté, fixé en 954 euros en 2009. Le taux de non-recours au RSA atteindrait d'ailleurs 68% tant le dispositif est complexe. Le RMI était selon l'INSEE en 1990 de 24% supérieur à son niveau de 2009, le minimum vieillesse de 20% et les allocations familiales de 29%.

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 11:22

Voici le travail de repérage et d'analyse, débouchant pour l'essentiel sur des points d'accord et des éloges, que le collectif "Osez le féminisme" réalise sur le Programme partagé du Front de Gauche défendu par Mélenchon aux présidentielles.

 

logo-osez-le-feminisme.png 

 

Libertés 

Le Front de gauche propose de reconnaitre officiellement toutes les formes d’unions, qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles. De manière générale, il remet en cause l’hétéro-normativité et les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle.
Il prend en compte la question de l’accès effectif à des droits essentiels des femmes - droit à l’avortement et à la contraception - en proposant d’assurer leur gratuité, ce qui constituerait une avancée notable, et de mettre fin à la fermeture des centres d’IVG.
Concernant la laïcité, le Front de Gauche en a une appréhension stricte : il refuse en effet toute forme de lien entre la sphère publique et les religions (interdiction du financement public des religions et des demandes religieuses relatives par exemple au choix du médecin selon son sexe à l’hôpital public).

 

Sexisme

La « lutte contre toutes les discriminations » constitue une section spécifique du programme du Front de Gauche pour 2012. Il développe une vision exhaustive et complète de cette question, tout en insistant particulièrement sur la lutte contre le sexisme. Le problème des moyens d’action n’est pas négligé (restauration de la Halde dans ses fonctions, bilan annuel présenté au Parlement, adoption de lois et de cahiers des charges). La proposition d’une loi anti-sexiste constitue une mesure très positive. On peut toutefois regretter que la question spécifique de l’éducation à l’égalité entre les sexes à l’école ne soit pas abordée.

 

Précarité

Le Front de gauche entend lutter contre les diverses formes de précarité et propose des mesures concrètes et susceptibles d’avoir un fort impact sur les conditions de vie des femmes, en termes de retraite (retour à la retraite à 60 ans et prise en compte des périodes d’éducation des enfants), de temps partiel subi (droit automatique de passage à temps plein), de contrats précaires (recours très contrôlé), de bas salaires (revalorisation forte du SMIC, suppression des exonérations de cotisations patronales).

 

Violences

Le Front de Gauche propose un arsenal de mesures précises visant à lutter contre les violences faites aux femmes, en renforçant considérablement le dispositif adopté par la loi de juillet 2010. Il entend en outre associer à cette réforme les associations féministes. Des mesures et des moyens concrets et conséquents sont annoncés. Ceux-ci ne négligent aucun aspect important de la question, à part la question de la réinsertion des personnes prostituées (qui n’est pas évoquée).

L’attention qui est portée aux femmes étrangères victimes de violences (violences conjugales pour les femmes immigrées demandant la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, violences sexistes, sexuelles ou lesbophobes pour les femmes demandant l’asile) constitue un aspect très positif du programme. Il en est de même de la proposition de logements prioritaires pour les « femmes en danger".

 

Parité

Le Front de Gauche propose d’assurer par la loi le respect de la parité, sans toutefois indiquer précisément de quelle manière : « La parité sera garantie par la loi, le cumul des mandats strictement limité en nombre et dans le temps ».
L’abrogation de la réforme territoriale de 2010 constitue une proposition très positive car cette réforme constituait un véritable pas en arrière concernant la parité politique.
Concernant les conditions du mandat politique, la proposition du Front de Gauche va dans le bon sens mais reste imprécise (réforme du scrutin pour une proportionnelle intégrale sans seuil, parité pour les élections législatives).

 

Parentalité.

Si, de manière générale, le Front de gauche propose de revaloriser fortement les services publics, rien de précis n’est indiqué dans son programme présidentiel sur la petite enfance et les places en crèche.
Les questions d'une meilleure répartition des congés maternité/paternité et parental ne sont pas non plus traitées de manière spécifique et précise. On trouve toutefois une référence à ces sujets lorsqu’est décrite dans le programme la « Directive de l’Européenne la plus favorisée » (1) : le Front de gauche indique dans ce passage qu’il s’agirait de reprendre dans tous les pays de l’Union européenne la loi suédoise sur le congé parental (cette loi prévoit un an de congé rémunéré à 80 % , à prendre entre la naissance et les 8 ans de l’enfant, dont 2 mois pris obligatoirement par le père, non transférables à la mère).

(1) La « Directive de l’Européenne la plus favorisée » consisterait à « harmoniser par le haut les droits des femmes européennes, en adoptant au niveau communautaire les lois nationales les plus progressistes : lois néerlandaises sur la contraception et les droits des homosexuelles, française sur le viol, belge sur la parité, suédoises sur l’avortement et le congé parental, danoise sur l’éducation sexuelle… ».

 
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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 07:59

Pendant que la droite intensifie son sale travail de démolition de la sécurité sociale, du droit du travail, des services publics, et notamment ceux de l'éducation et de la santé, on se prend à rêver de mettre au pouvoir en 2012 une gauche qui propose une véritable alternative à la régression sociale qui s'organise partout en Europe et qui prenne réellement en compte les problèmes quotidiens des français: emploi, précarité, logement, santé, transports.

 

Les jeunes ont été les premières victimes ces dernières années du chômage et du consentement à la précarisation des statuts professionnels, de la casse des droits sociaux communs, des baisses de moyens de l'aide sociale et des services publics. Cette proposition de loi présentée à l'Assemblée Nationale le 7 décembre 2011 à l'initiative de Marie-George Buffet fixe un cap extrêmement ambitieux pour prendre à bras le corps et de manière globale les problèmes d'insertion, d'existence, et d'autonomie que rencontre toute une partie de la jeunesse. 

 

C'est avec beaucoup de satisfaction que nous constatons la capacité de notre parti et des parlementaires Front de Gauche d'être à l'offensive dans la proposition concrète de transformation sociale et dans la volonté de surmonter les difficultés d'existence immenses et l'incapacité à faire valoir une citoyenneté de plein droit rencontrées par beaucoup de jeunes. C'est pourquoi nous publions ici l'exposé des motifs de cette proposition de loi.   

 

 

 

N° 4056

_____

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

TREIZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 7 décembre 2011.

 

 

 

 

 

Proposition de loi cadre visant à permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir

 

Marie-George BUFFET, Marie-Hélène AMIABLE, François ASENSI, Martine BILLARD, Alain BOCQUET, Patrick BRAOUEZEC, Jean-Pierre BRARD, Jean-Jacques CANDELIER, André CHASSAIGNE, Marc DOLEZ, Jacqueline FRAYSSE, André GERIN, Pierre GOSNAT, Jean-Paul LECOQ, Roland MUZEAU, Daniel PAUL, Jean-Claude SANDRIER et Michel VAXÈS,

député-e-s.

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

 

Quand on demande aux jeunes ce à quoi ils aspirent pour leur avenir proche, ils sont unanimes : de bonnes conditions d’études ou de formation, un emploi intéressant, stable et bien payé, un logement décent avec un loyer pas trop élevé, la possibilité de quitter le foyer familial quand ils le souhaitent. Mais ils trouvent face à eux le chômage de masse, les bas salaires, la précarité de l’emploi, la crise du logement, la casse de l’enseignement supérieur, la casse des services publics. C’est là le cœur du problème.

 

Dans une société minée par la crise, on a souvent l’impression qu’il n’existe pour les jeunes que deux politiques possibles : la répression et l’assistanat. Pourtant, une chose est sûre : les jeunes veulent s’en sortir par leurs propres moyens. La seule politique valable pour les jeunes est donc celle qui consiste à leur donner les outils dont ils ont besoin pour construire eux-mêmes la vie à laquelle ils aspirent. Tel est l’objet de cette proposition de loi cadre élaborée avec des jeunes, des associations et des syndicats.

 

Comment les jeunes pensent-ils concrètement pouvoir prendre en main leur avenir ?

La première chose qu’ils mettent en avant, c’est la nécessité de rendre effectifs les droits existants, qui sont solennellement proclamés par la République mais qui peinent dans les faits à être réellement mis en œuvre. Le premier chapitre de ce texte se donne pour objectif de remédier à cette situation en proposant, entre autres, la construction de résidences universitaires publiques, la maîtrise du montant des loyers dans le privé, la formation au permis de conduire par l’Éducation nationale, l’augmentation des aides aux transports publics, la création de centres de santé délivrant gratuitement les soins de base sur les lieux d’études et dans les cités universitaires, l’adaptation des tarifs des services publics culturels aux revenus, la généralisation des conseils locaux de la jeunesse et l’extension de leurs pouvoirs ainsi que la démocratisation des institutions, des entreprises et des lieux d’études.

La deuxième volonté qu’ils expriment est celle d’être autonomes financièrement. Le chapitre 2 propose en ce sens d’instituer des mécanismes de lutte contre les bas salaires, et notamment une prise en compte des diplômes dans les conventions collectives. Il envisage également de mieux rémunérer les stages et l’apprentissage, mais aussi de créer une allocation d’études et une allocation de recherche d’emploi ou de formation ouverte aux jeunes qui n’ont pas encore cotisés. Ces allocations sont une condition essentielle pour que tous les jeunes soient égaux dans leurs choix de réaliser ou non des études, des formations ou des stages. Elles constituent aussi une condition indispensable pour qu’ils disposent de la possibilité réelle de se réorienter quand ils en sentent le besoin et de refuser des conditions de travail ou salariales indignes.

La troisième aspiration des jeunes est d’être mieux accompagnés vers l’emploi. Aussi, le chapitre 3 propose de rendre effectif le droit aux études et à la formation en obligeant les entreprises à recruter un nombre minimal d’apprenti-e-s et à former les maîtres d’apprentissage, mais aussi en renforçant l’encadrement des stages et en facilitant l’obtention des visas étudiants. Ce chapitre prévoit aussi de renforcer les moyens de Pôle Emploi, des missions locales et du service public de l’orientation pour qu’ils puissent mieux accompagner les jeunes vers l’emploi ou la formation, mais aussi de créer une formation initiale dans les entreprises pour favoriser l’accueil des jeunes en leur sein.

Enfin, les jeunes estiment qu’ils n’ont pas à subir des conditions de travail plus précaires et plus difficiles au simple motif de leur jeunesse. Aussi, le dernier chapitre de cette proposition de loi décline un certain nombre de mesures visant à lutter contre le recours à l’emploi précaire et contre les détournements de l’apprentissage et des stages de leur objet par des sanctions pénales et financières, mais aussi en renforçant le droit d’alerte des syndicats en la matière. Il rétablit le caractère plus protecteur du droit du travail pour les jeunes en supprimant les dérogations accumulées au fil des années et crée les conditions d’un meilleur respect des droits des jeunes au travail en renforçant les moyens de l’inspection du travail et l’information des salarié-e-s sur leurs droits.

 

Les mesures sont connues : il faut désormais passer aux actes !

Pour permettre aux jeunes de mettre en œuvre leur programme politique, notre Assemblée doit faire preuve de volonté politique. La principale chose qui manque aux jeunes aujourd’hui, c’est en effet le soutien du Parlement pour inscrire les mesures nécessaires dans notre droit. Si cette Assemblée a une réelle ambition pour la jeunesse, elle doit lui envoyer un signal fort en inscrivant cette proposition de loi à son ordre du jour.

Dans cette période de crise économique, où les finances publiques sont soumises à la pression des marchés financiers, deux attitudes sont possibles. Soit le Parlement baisse les bras et se soumet aux injonctions des puissances de l’argent, soit il fait le pari d’une profonde transformation économique, institutionnelle et sociale adossée à deux principes : la démocratie et la solidarité. Il n’est pas possible, en effet, de continuer à orienter l’argent vers la spéculation et vers les plus riches et, dans le même temps, de se dégager les moyens nécessaires au financement de cette proposition de loi. Mais en réorientant l’argent de la finance vers l’emploi, les salaires et les services publics, un horizon nouveau s’ouvre pour la jeunesse et pour le reste de la population. C’est de ce souffle nouveau dont notre pays a tant besoin que cette proposition se veut être porteuse.

***

La proposition de loi en détails

Chapitre I – Garantir l’accès des jeunes à leurs droits en développant les services publics.

Titre 1 : rendre effectif le droit des jeunes à vivre dans un logement décent à un prix abordable.

– Article 1er – Accès des jeunes au logement public : construction de 200 000 logements sociaux par an, doublement du nombre de places dans les résidences universitaires publiques et dans les foyers pour jeunes travailleurs, intégration des résidences universitaires privées au patrimoine des CROUS, accès des étudiants au logement social.

– Article 2 – Rapport sur l’état de délabrement des résidences universitaires des CROUS.

– Article 3 – Suppression des cautions.

–Article 4 – Plafonnement public du montant des loyers dans les logements privés.

– Article 5 – Revalorisation du barème des APL et plafonnement des charges locatives.

Titre 2 : rendre effectif le droit des jeunes aux transports.

– Article 6 – Formation des jeunes au permis de conduire au lycée.

– Article 7 – Rapport sur l’adéquation entre l’offre de transports et les besoins des jeunes, demandant l’étude d’un remboursement à 75 % de l’abonnement annuel des étudiant-e-s et apprenti-e-s.

Titre 3 : rendre effectif le droit des jeunes à vivre en bonne santé.

– Article 8 – Renforcement des examens médicaux gratuits en milieu scolaire pour mieux détecter les problèmes dentaires, auditifs, de la vue et les troubles du comportement alimentaire.

– Article 9 – Création de centres médicaux dans les universités, CFA et cités universitaires délivrant gratuitement les soins de base et réalisant des campagnes d’information sur la contraception, les MST et le VIH/sida ainsi que sur les conduites à risque.

– Article 10 – Rapport sur l’incidence des tarifs dans l’accès des jeunes aux soins.

– Article 11 – Suppression des franchises médicales et de l’augmentation de la taxe sur les mutuelles.

Titre 4 : rendre effectif le droit des jeunes d’enrichir leur personnalité grâce aux activités physiques et sportives, à la culture et aux loisirs.

– Articles 12 et 13 – Création d’un mécanisme de réduction tarifaire en fonction des revenus pour favoriser l’accès à la culture, aux sports et aux loisirs des jeunes et des accompagnant-e-s.

– Article 14 – Rapport sur la démocratisation de la culture et sur la place des enseignements artistiques en milieu scolaire.

Titre 5 : rendre effectif le droit des jeunes à prendre les décisions qui les concernent.

– Article 15 – Généralisation de conseils locaux de la jeunesse et renforcement de leurs pouvoirs en rendant leur consultation obligatoire dans les domaines qui concernent les jeunes.

– Article 16 – Rapport sur la place des jeunes dans les institutions et la prise de décision publique.

– Article 17 – Démocratisation du CNOUS et des CROUS.

– Article 18 – Démocratisation des organes de direction des universités et des écoles.

– Article 19 – Démocratisation des centres de formation des apprenti-e-s.

Chapitre II – Garantir l’autonomie financière des jeunes dans la formation et dans l’emploi.

Titre 1 : garantir aux jeunes les moyens de mener à bout leur projet de formation dans de bonnes conditions.

– Article 20 – création d’une allocation d’études servie par les CROUS en contrepartie de la signature d’un contrat de projet personnel, dont le montant comporte une partie universelle et une partie variable en fonction des revenus des parents.

– Articles 21 et 22 – Rémunération minimale des stagiaires et des apprenti-e-s à 80 % du SMIC.

Titre 2 : garantir aux jeunes des salaires décents et rendre effectif leur droit de changer d’emploi.

– Article 23 – Rapport demandant le renforcement de la valeur des diplômes face aux logiques de personnalisation de leur contenu et leur meilleure prise en compte dans la négociation collective.

– Article 24 – Invitation à une nouvelle négociation de la convention d’assurance chômage dans la perspective de l’instauration d’une autonomisation des travailleurs vis-à-vis des employeurs.

Chapitre III – Accompagner les jeunes vers l’emploi et la formation.

Titre 1 : rendre effectif le droit à l’apprentissage et aux études.

– Article 25 – Renforcement des exigences de la négociation collective en matière d’apprentissage : fixation par branche d’un nombre minimal d’apprenti-e-s, formation pour les tuteurs et maîtres d’apprentissage, élaboration d’un programme national pour les apprenti-e-s.

– Article 26 – Suppression des exonérations de cotisations sociales et de l’aide forfaitaire pour les entreprises ne recrutant pas un nombre minimal d’apprenti-e-s.

– Article 27 – Encadrement des stages et renforcement des conseils des études et de la vie universitaire.

– Article 28 – Rapport sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer l’accès aux stages.

– Article 29 – Rapport sur les moyens à mettre en œuvre pour approfondir la démocratisation de l’accès aux études supérieures.

– Article 30 – Plafonnement du montant des droits d’inscription exigibles par les universités.

– Article 31 et 32 – Facilitation des visas pour les étudiant-e-s étrangers (carte délivrée de plein droit pour la durée des études, sans condition de ressources ; interdiction des expulsions) et rapport sur les conditions de leur conditions de leur accueil en France.

Titre 2 : soutenir les jeunes dans leurs démarches de recherche d’emploi ou de formation.

– Article 33 – Augmentation des effectifs de Pôle Emploi pour garantir aux personnes inscrites un accompagnement réellement personnalisé, en limitant le nombre de personnes suivies par agent et en fixant une durée minimale d’entretiens.

– Article 34 – Rapport demandant un meilleur soutien financier des missions locales.

– Article 35 – Rapport revendiquant la création d’un véritable service public de l’orientation pour faciliter les démarches prises par les jeunes pour trouver un emploi ou une formation.

Titre 3 : faciliter l’entrée des jeunes dans le monde du travail.

– Article 36 – Instauration d’une formation initiale dans les entreprises à chaque nouvelle prise de poste, pour que le salarié puisse mieux connaître son environnement professionnel et syndical.

– Article 37 – Instauration d’une formation au droit du travail encadrée par les syndicats pour que le salarié puisse mieux connaître et exercer ses droits personnels et collectifs.

Chapitre IV – Sécuriser les conditions de formation et d’emploi.

Titre 1 : pénaliser les entreprises qui rendent l’emploi précaire.

– Article 38 – Application d’une pénalité financière aux entreprises qui ont fait de l’emploi précaire leur modèle économique.

– Articles 39 à 41 – Renforcement du droit d’alerte syndical contre le recours abusif aux CDD et création d’un tel droit dans les cas de l’intérim, du temps partiel, de l’apprentissage et des stages.

Titre 2 : garantir aux jeunes travailleurs, aux jeunes travailleuses, aux apprenti-e-s et aux stagiaires des conditions de travail plus protectrices.

– Article 42 – Renforcement de l’information et de la formation des salarié-e-s intérimaires par l’entreprise mettant le salarié à disposition et par celle qui l’accueille.

– Article 43 – Suppression des dérogations au droit plus protecteur des jeunes travailleurs.

– Articles 44 – Suppression des dérogations au droit plus protection des apprentis.

– Article 45 – Renforcement de la définition et de la sanction pénale des discriminations pour y intégrer les discriminations territoriales, fondées sur le lieu d’étude ou d’habitation.

Titre 3 : renforcer les moyens permettant de garantir le respect des droits des jeunes au travail.

– Article 46 – Augmentation du nombre d’inspecteurs du travail pour un contrôle effectif du respect des droits des salarié-e-s dans les entreprises.

– Article 47 – Prise en compte des détournements de stage et d’apprentissage comme travail dissimulé, portant leur sanction à 3 ans de prison et 45 000 € d’amende.

– Article 48 – Renforcement de la sanction pénale de la méconnaissance des règles relatives au travail temporaire.

Aucune loi cadre sur la jeunesse dans sa globalité n’a pour l’heure vu le jour. Les mesures sectorielles s’empilent avec un évident manque de cohérence. Mais les revendications portées par les jeunes ne peuvent être comprises comme des aspirations dispersées, sans rapport les unes aux autres. Au contraire, elles font sens uniquement si elles sont prises dans leur globalité. Logement, études, salaires, chômage, tous ces sujets sont intimement liés. Ils doivent être donc abordés conjointement pour être traités convenablement. Aussi, cette proposition de loi prend le parti de replacer les revendications formulées par les jeunes dans le cadre d’une analyse multidimensionnelle de leur situation.

 

Il faut donner aux jeunes les moyens de sortir par eux-mêmes du sas de précarité dans lequel ils ont été enfermés au nom des profits.

Dans leur ouvrage de référence intitulé Les jeunes et le travail : 1950-2000(1), les sociologues Chantal Nicole-Drancout et Laurence Roulleau-Berger parlent même de véritable « tradition française de la marginalisation des jeunes actifs au travail ». Elles notent que dans les années 1950 et 1960, les jeunes circulent entre « les sous-sols du salariat (emplois de service aux particuliers) », les « frontières du salariat (apprentis sans contrats ou aides familiaux non rémunérés » et l’inactivité. Avec la crise des années 1970, les jeunes occupent progressivement des « espaces d’emplois spécifiques » tandis que « l’heure de la débrouille a sonné ».

Les jeunes sont les plus touchés par le chômage et les contrats précaires.

Avant que ne débute la très grave crise que nous traversons, le chômage des jeunes était déjà très élevé, notamment dans les quartiers populaires. Il touche aujourd’hui un jeune sur quatre. Dans les ZUS, le taux de chômage est nettement supérieur à la moyenne nationale, approchant les 20 % et dépassant même les 40 % pour les jeunes(2). La crise a considérablement aggravé cette situation. Comme le constate le Céreq(3), les plus touchés sont les jeunes peu diplômés. La situation des jeunes diplômés s’est toutefois également dégradée, qu’ils soient titulaires d’un CAP ou BEP, d’un baccalauréat général ou de certains diplômes universitaires. Le Céreq constate aussi que « les jeunes d’origine populaire sont davantage pénalisés dans l’accès à l’emploi que les jeunes de milieux aisés » et que « l’importance du chômage chez les descendants de l’immigration nord-africaine est aujourd’hui un fait statistique établi »(3).

De plus, la crise a amplifié la précarité des jeunes au travail – qui n’est pas pour autant nouvelle. L’INSEE(4) le souligne sans ambiguïté : « parmi les personnes en emploi, sorties du système scolaire depuis un à quatre ans, la part de celles en emploi temporaire s’élève à 30 % en moyenne sur la période ». Malgré l’échec des contrats première embauche (CPE), qui visaient à institutionnaliser la précarité, les jeunes de moins de trente ans sont ceux qui sont le moins souvent en CDI, notamment lorsqu’ils ne sont pas diplômés. Les contrats des jeunes sont principalement le CDD (19,4 % contre 9 % pour l’ensemble des salariés), l’apprentissage (6,7 % contre 1,5 %) et l’intérim (5,3 % contre 2,4 %). Ces deux dernières formes d’emploi ont d’ailleurs connu un fort développement, pour atteindre 12 % de l’emploi salarié en 2008, de même que le recours au temps partiel, en particulier pour les femmes.

Les jeunes comptent parmi les salarié-e-s dont les salaires sont les plus bas et les conditions de travail les plus dures.

Concernant les salaires, un constat équivalent peut être fait. « Rapporté au nombre de jours rémunérés, le revenu salarial moyen des moins de 25 ans est inférieur de 60 % à celui des 40 ans ou plus » relève l’INSEE(5). Alors qu’un jeune cadre à temps plein perçoit 24 040 € annuels, un jeune employé-e ou un jeune ouvrier/ère perçoit 15 330 €, soit 36 % de moins, et un jeune exerçant une profession intermédiaire 18 660 €. Non seulement les jeunes sont plus nombreux parmi les employé-e-s et les ouvrier-e-s, mais encore ils travaillent rarement à temps plein : 22,9 % des jeunes occupent un emploi à temps partiel et 48 % d’entre eux travaillent même moins de 22 heures par semaine. En conséquence, non seulement leur salaire journalier, s’élevant à 35 €, est inférieur de 38 % par rapport à l’ensemble des salarié-e-s, mais aussi, parce qu’ils travaillent un moins grand nombre de jours en raison de la précarité de leurs contrats, les jeunes percevaient en moyenne en 2008 un revenu annuel de 7 160 € et un revenu mensuel de 597 € – ce qui est inférieur au seuil de pauvreté. Cette situation est plus grave encore pour les femmes, qui gagnent en moyenne 27 % de moins que les hommes.

À cela s’ajoutent des conditions de travail dégradées. Nombreux sont les jeunes qui doivent effectuer sans rémunération complémentaire ni repos compensateur des heures supplémentaires pour « faire leurs preuves » et ne pas être licenciés. Nombreux aussi sont ceux qui doivent enchaîner les stages pour se faire une expérience qui n’est jamais jugée suffisante, tandis que de nombreuses entreprises considèrent les apprenti-e-s et les stagiaires comme une simple main d’œuvre d’appoint bon marché, que le chômage de masse rend malléable à souhait. Les promesses d’embauche se succèdent pour les faire travailler plus dur mais, à la fin du contrat, un nouveau stagiaire ou un nouvel apprentis remplace le précédent, pour lequel l’entreprise bénéficie d’ailleurs de nouvelles – et abondantes – aides publiques et exonérations de cotisations patronales qu’elle perdrait en d’autres cas. De plus, « les salariés de moins de 20 ans ont trois fois plus d’accidents du travail que ceux de 50 à 59 ans, et ceux de 20 ans à 29 ans, deux fois plus. Les jeunes sont vraisemblablement plus vulnérables de par leur manque d’expérience ou leur affectation aux postes les plus risqués » relève l’INSEE(6).

Les jeunes qui font des études sont confrontés à l’insuffisance des bourses et à la nécessité de recourir à des « petits boulots ».

En théorie, les étudiant-e-s ne devraient pas connaître la précarité laborieuse décrite ci-dessus, que subissent les jeunes travailleurs/ses. Afin qu’ils puissent mener à terme avec succès leurs études quelques soient les revenus de leurs parents, les étudiant-e-s bénéficient en effet de bourses. Toutefois, force est de constater que le montant de celles-ci est très bas. Une bourse échelon 1 s’élève à 1 606 € par an, soit 160 € par mois pendant 10 mois – et rien l’été(7). Le montant de la bourse à l’échelon 6 s’élève à 4 600 € par an, soit 460 € sur dix mois. Concrètement, pour obtenir une bourse échelon 1, les parents de l’étudiant-e doivent percevoir entre 22 500 € par an à zéro point de charges et 65 000 € à 17 points de charges. À titre indicatif, si ses parents perçoivent 22 500 € par an, soit 1 875 € par mois, un étudiant ou une étudiante doit avoir 5 frères et sœurs boursiers dans le supérieur pour avoir 17 points de charges s’il ou elle réside à moins de 30 kms de son lieu d’études, ou « seulement » 4 s’il ou elle réside à plus de 250 kms de son lieu d’études ! Autrement dit, sa famille doit être pauvre s’il ou elle veut prétendre à 460 € par mois, qui ne lui permettront même pas de payer son loyer. Il en va de même pour l’allocation pour la diversité dans la fonction publique, censée garantir l’égalité des étudiant-e-s préparant les concours administratifs : un étudiant ou une étudiante dont les parents gagnent moins de 33 000 € par an peut bénéficier, sous réserve que sa lettre de motivation ait convaincu les services préfectoraux – le nombre de bourses étant contingenté par région –, d’une allocation annuelle de 2 000 € versée en 3 fois à compter de décembre... Aussi, assurément, les étudiant-e-s boursiers se trouvent très souvent dans une situation de réelle pauvreté. De nombreuses associations, à l’instar des Restos du cœur, constatent d’ailleurs chaque année une augmentation de celle-ci.

Pour faire face à l’extrême pauvreté, ou au moins pour pouvoir poursuivre tant bien que mal leurs études, les étudiant-e-s des milieux populaires, mais aussi désormais ceux des classes moyennes, sont contraints de travailler. Confrontés à l’augmentation concomitante du coût des études sous l’effet de la loi LRU et du coût de la vie, de plus en plus d’étudiants connaissent également la précarité laborieuse des jeunes travailleurs. L’observatoire de la vie étudiante constate que les trois quarts des étudiant-e-s aujourd’hui sont ainsi contraints d’exercer une activité rémunérée, à temps plein pour 28 % d’entre eux et en rapport avec leurs études dans seulement 16 % des cas. Dans un contexte de chômage de masse, compte tenu de leurs contraintes horaires, ils ne trouvent que des « petits boulots » peu intéressants, fatigants et mal payés. Ces emplois les empêchent d’effectuer dans de bonnes conditions le travail de recherche personnelle et les exercices pratiques nécessaires au succès de leurs études, voire les épuisent au point qu’ils ne puissent plus suivre leurs cours correctement. Ces emplois constituent de plus autant de freins à la réalisation de stages plus épanouissants et plus formateurs, mieux considérés dans leur curriculum vitae et potentiellement mieux intégrés dans le cursus pédagogique – mais toutefois le plus souvent peu ou pas rémunérés. Aussi, force est de constater que le travail étudiant est un puissant facteur de discrimination sociale, qui n’est probablement pas sans lien avec l’important nombre d’échecs au niveau de la licence. Les bourses, censées rétablir l’égalité républicaine, ne jouent plus leur rôle en raison de leur faible montant. Elles ne permettent pas non plus aux jeunes de s’émanciper du foyer familial, de devenir réellement autonomes comme il le faudrait à cette période de la vie.

Face à ces constats, il apparaît urgent de renforcer le droit du travail pour permettre aux jeunes et aux autres salarié-e-s de résister aux abus de leurs employeur-e-s et d’obtenir des augmentations de salaires.

Le droit du travail avait prévu pour les jeunes travailleurs et les apprenti-e-s un certain nombre de protections renforcées : un jeune, du fait de son âge et de son manque d’expérience, est en effet plus fragile et plus vulnérable aux pressions. Toutefois, si les principes sont fermes, les dérogations sont nombreuses et les protections réelles, en fin de compte, très limitées. Il faut mettre un terme à ces dérogations, qui concernent tant le temps de travail hebdomadaire que quotidien, les temps de pause et le droit aux congés que les jours et horaires auxquels il est possible de travailler (articles 43 et 44). Au-delà de ces interdictions dont il est indispensable de réaffirmer le principe, il est important que le jeune soit introduit dans ses nouvelles missions dans de bonnes conditions : ce texte propose d’instituer une formation initiale obligatoire à chaque prise de poste, permettant au salarié-e, le cas échéant, de découvrir l’entreprise, ses missions et les organisations syndicales qui y sont actives (article 36).

Cette proposition de loi renforce également les droits de l’ensemble des salarié-e-s pour lutter contre la précarité et le mauvais usage des stages et de l’apprentissage. Elle enrichit la définition des discriminations dans le code pénal pour lui ajouter dimension territoriale (article 45) : de nombreuses personnes sont en effet discriminées à l’embauche ou dans leur carrière du fait de leur lieu de résidence. Afin de lutter contre l’emploi précaire, elle renforce le droit d’alerte des syndicats pour lutter contre l’abus de recours aux CDD et elle en institue un pour l’intérim, les stages et le temps partiel (articles 49 à 41). Elle prévoit également, dans cet état d’esprit, des sanctions financières contre les entreprises qui recourent massivement aux emplois précaires (article 38) ainsi que des sanctions pénales contre celles qui détournent les stages et contrats d’apprentissages de leur objet pédagogique (article 49). Elle renforce les sanctions en cas de méconnaissance des règles liées au travail temporaire (article 47). Elle institue une formation au droit du travail (article 37) et elle renforce l’information des salariés, notamment lorsqu’ils sont embauchés en intérim (article 42). Elle propose de même de renforcer les effectifs de l’inspection du travail pour garantir l’effectivité de l’application des droits (article 46).

Cette proposition de loi, enfin, renforce les droits des jeunes et de l’ensemble des salarié-e-s pour instaurer un cercle vertueux en matière salariale et permettre à tous et toutes de sortir de la pauvreté au travail. Les stages et l’apprentissage, parce qu’ils constituent un travail effectif en même temps qu’un moment de formation, doivent être rémunérés à hauteur de 80 % du SMIC au minimum (articles 21 et 22). De même, il faut mieux reconnaître les diplômes dans les conventions collectives pour qu’il ne soit plus possible de payer des personnes à un niveau manifestement inférieur à leurs compétences, comme cela est devenu la règle, et en parallèle faire en sorte que ces diplômes reflètent un niveau de compétences réellement égal, et donc soient l’aboutissement de formations encadrées au niveau national au contraire des logiques modulaires de la loi LRU (article 23). Pour donner toute leur portée à ces mesures, il faut inverser le rapport de force entre les employeurs et les salarié-e-s en supprimant les exonérations de cotisations sociales lorsque l’employeur bloque un accord salarial. La question des salaires est une question décisive au plan économique pour sortir de la crise : il faut réorienter au plus vite l’argent de la spéculation vers l’emploi, la formation et les salaires pour relancer la croissance.

Pour garantir l’autonomie des jeunes et renforcer efficacement et durablement leurs droits au travail et dans l’emploi, il faut mettre en place une allocation d’études et une allocation de recherche d’emploi ou de formation.

Les relations entre employeurs et employé-e-s sont d’autant plus inégalitaires que, du fait du chômage de masse, les salarié-e-s sont tenus d’accepter des conditions de travail ou de rémunération inacceptables de la part de l’employeur pour ne pas être licenciés. Lorsqu’ils le sont néanmoins, souvent pour satisfaire l’appétit de profits des actionnaires, ils sont soumis aux menaces incessantes de radiation de Pôle Emploi et à la pauvreté qu’implique le faible montant de l’indemnisation chômage pour accepter n’importe quel emploi. Le manque d’encadrement et de soutien de la part de Pôle Emploi, dont les agents souffrent d’un sous-effectif majeur, et une conception de la formation professionnelle trop largement centrée sur la promotion interne empêchent la période de chômage d’être un temps de formation pour une reconversion réussie, d’être un tremplin pour la promotion sociale, porteur d’un droit à la mobilité professionnelle qui reste à conquérir. Dans le même temps, le faible niveau des bourses et allocations d’études contraint les étudiant-e-s à effectuer des « petits boulots », précaires et mal rémunérés, au lieu d’étudier.

Cette proposition de loi envisage donc un mécanisme double. Pour éviter que les étudiant-e-s n’aient à subir la précarité salariale et pour qu’ils puissent être autonomes, elle met en place une allocation d’études et d’autonomie (article 20). Servie par les CROUS, elle serait conditionnée, comme le préconise le rapport de Dominique Charvet, Jeunesse, le devoir d’avenir(8), à la signature d’un contrat de projet personnel. Celui-ci consacrerait les obligations d’assiduité de l’étudiant-e et celles d’accompagnement et de soutien de l’établissement dans lequel il ou elle étudie. L’allocation comporterait une partie socle universelle pour tous les étudiant-e-s, et une partie variable, croissante à mesure que les revenus des parents sont bas. Pour les jeunes sortis des études ou ne désirant pas aller à l’université, ce texte propose d’inscrire dans le droit les conditions nécessaires à l’instauration d’une véritable allocation de recherche d’emploi ou de formation. En effet, pour sortir durablement des logiques décrites ci-dessus et garantir l’autonomie des individus dès la jeunesse et tout au long de la vie, il faut se diriger vers une véritable « sécurité d’emploi ou de formation », comme le démontre l’économiste Paul Boccara(9). Ainsi que le souligne Maryse Dumas au sujet du projet de sécurité sociale professionnelle de la CGT, un telle démarche permettrait « de passer d’une vision réparatrice de l’indemnisation du chômage et du droit sur les licenciements à un droit de l’individu tout au long de sa vie qui le libère de sa dépendance au devenir et à la gestion de l’entreprise. […] Ainsi, le principe même du licenciement disparaît. »(10)

Comme l’assurance chômage relève de la négociation entre les syndicats et les organisations patronales, cette loi ne peut mettre en place directement une allocation de recherche d’emploi ou de formation. Toutefois, aux termes de l’article 34 de la Constitution, « la loi détermine les principes fondamentaux du droit du travail, du droit syndical et de la sécurité sociale. » Aussi, ce texte se propose de fixer les principes fondamentaux devant régir la prochaine convention d’assurance chômage (article 24), permettant une réécriture complète au code du travail. Cela s’avère d’autant plus nécessaire que ces principes sont eux-mêmes la traduction de ceux inscrits dans le préambule de la Constitution de 1946 et devraient en conséquence déjà avoir trouvé une application concrète en la matière (voir infra). Pour que l’assurance chômage puisse remplir son rôle, il est proposé qu’elle soit ouverte aux personnes qui n’ont pas encore cotisé ou pas assez cotisé, à savoir principalement les jeunes, mais qui seront amenés à le faire rapidement grâce à un suivi individualisé par Pôle Emploi et une réorientation des richesses vers les salaires, l’emploi et les investissements productifs. Il s’agit donc d’un bénéfice anticipé de l’assurance chômage. Dans le même sens, elle ne doit pas non plus servir de moyen de pression pour contraindre ses bénéficiaires à accepter n’importe quel emploi : ce texte propose d’interdire toute mesure obligeant un demandeur d’emploi à accepter un certain nombre d’offres dites « raisonnables d’emploi », comme c’est le cas actuellement, et propose à l’inverse que l’allocation soit versée jusqu’à ce que la personne ait trouvé un emploi qui lui convienne. Pour que l’assurance chômage soit réellement placée au service de la recherche d’emploi ou de formation, son montant ne doit pas pouvoir être inférieur au SMIC, qui doit lui-même être porté à 1 700 €. De même, elle doit être associée au renforcement de Pôle Emploi (article 33) pour que l’institution soit capable d’un suivi et d’un soutien effectifs et personnalisés, mais aussi à un renforcement des moyens des missions locales pour les jeunes les plus en difficulté (article 34). Elle doit aussi être associée à une redéfinition de la formation professionnelle, pour en faire un véritable outil au service de la reconversion des salarié-e-s en fonction de leurs besoins et de leurs aspirations, et non un simple outil de promotion interne.

Il faut réorienter l’argent vers les services publics, l’emploi et les salaires pour que les jeunes puissent exercer leurs droits de manière effective.

Pour armer les jeunes face à l’avenir, il faut non seulement transformer les relations de travail, mais aussi, si l’on souhaite que leur autonomie soit réelle, renforcer les services publics. C’est là une condition indispensable, en effet, pour que chacun puisse accéder à ses droits. Les hommes et les femmes de notre pays bénéficient en théorie d’un grand nombre de droits politiques et sociaux. Il s’agit bien sûr des droits économiques, sociaux et politiques garantis par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, par le préambule de la constitution de 1946, par les principes fondamentaux auxquels renvoie le préambule de la constitution de 1958 et ceux contenus dans sa lettre même. Il s’agit aussi des droits consacrés dans des accords internationaux ratifiés par la France dans le cadre européen ou, surtout, onusien, avec les deux pactes de 1976 portant l’un sur les droits économiques, sociaux et culturels et l’autre sur les droits civils et politiques. Droits au travail, à l’assistance, droits syndicaux, droit au logement, à des conditions de vie décentes, participation à la gestion des entreprises et à la vie démocratique du pays, droit à la mobilité, droit à une vie familiale normale : tous ces droits sont inscrits dans notre corpus juridique. Mais on le voit hélas tous les jours, ils ne sont pas appliqués. Les jeunes comptent parmi les premières victimes de ce défaut d’application, qui frappe la grande majorité de nos concitoyens.

Le développement des services publics du logement, des transports et de la santé est une condition nécessaire à l’accès des jeunes à l’ensemble de leurs droits.

Le droit par lequel tout commence, pour mener une vie stable et accéder aux autres droits, c’est le droit au logement. Dans sa récente étude intitulée Jeunes, une génération précaire, le Secours Catholique décrit avec une grande clarté la situation : les jeunes « sont nettement plus souvent en substitut de logement […] Le parc social leur étant largement inaccessible, c’est dans le parc privé ou dans des structures collectives qu’une partie des jeunes parvient à se loger. Mais les exigences de garanties des bailleurs privés sont telles que cela reste difficile, même avec les garanties Loca-Pass ». Nombre de jeunes, qu’ils soient étudiant-e-s, apprenti-e-s ou travailleurs/ses, sont ainsi contraints de quitter le foyer familial très tardivement, ralentissant d’autant leur émancipation sociale et personnelle, les handicapant même dans certains cas dans leurs recherches d’emplois. En l’absence de caution parentale suffisante, surtout dans les zones tendues, ils sont contraints de louer des logements trop petits, parfois insalubres, pour des loyers d’autant plus élevés qu’ils sont en partie solvabilisés par les APL. Cette spéculation, nourrie à la fois par de l’argent public et par la précarité des jeunes, est largement entretenue par le manque criant de places dans les logements collectifs, notamment dans les foyers de jeunes travailleurs/ses et dans les résidences universitaires publiques, nombre de ces dernières étant en outre dans un état de vétusté totalement inacceptable du fait du désengagement financier de l’État.

Face à ce constat, appuyé sur les revendications des associations caritatives et de défense du droit au logement(11), ce texte envisage dans son article 1 la construction de 200 000 logements réellement sociaux par an pendant 5 ans, ce qui devrait en favoriser l’accès aux jeunes travailleurs/ses. Il propose aussi dans le même article d’intégrer les résidences étudiantes privées au patrimoine public et d’engager la construction de nouvelles résidences universitaires sous l’égide du CROUS. Ce type de logements publics est en effet très adapté à la condition étudiante en termes de sociabilité et de promotion d’activités dont les jeunes ont besoin pour réussir leurs études et se construire en tant qu’adultes et citoyens. Ces résidences ont toutefois connu un important délabrement, au sujet duquel ce texte demande une enquête approfondie et exige que les travaux requis soient réalisés (article 2). Pour ceux qui, malgré tout, devront ou souhaiteront se loger dans le parc privé, trois mesures apparaissent nécessaires. La première est de bloquer les loyers dans le parc privé par un mécanisme de contrôle public des prix (article 4). La seconde est de supprimer les dérogations qui, dans la loi, discriminent les étudiant-e-s et apprenti-e-s dans l’obligation d’avoir une caution (article 3). La troisième, en fonction des conditions de mise en place de ce blocage des prix et du montant des allocations d’autonomie et de recherche d’emploi ou de formation, de revaloriser le montant des APL de sorte que les charges locatives ne dépassent pas 20 % des ressources d’un foyer (article 5). Ces éléments de réponse aux problématiques rencontrées par les jeunes s’inscrivent donc dans le cadre de la mise en place d’un véritable service public du logement, seul à même de garantir l’accès de tous et toutes au logement dans de bonnes conditions.

Une fois logé, une jeune doit pouvoir se rendre sur son lieu d’étude, de travail ou de loisir. Aussi, le droit au transport est également structurant pour l’accès aux autres droits. À cet égard, le rapport Faciliter l’accès des jeunes au permis de conduire est formel : l’exigence de mobilité, « c’est souvent, nous le verrons, le premier élément qui motive un jeune à passer son permis de conduire. Cette mobilité est non seulement utile socialement, en terme d’insertion à des groupes sociaux par le biais des loisirs par exemple, mais elle permet aussi et surtout l’insertion professionnelle. Or, cette problématique de l’insertion professionnelle concerne tous les jeunes, au-delà de leur parcours et de leur trajectoire sociale. »(12) Le coût du permis de conduire est pourtant très élevé, dépassant le plus souvent les 1 000 €, pouvant même dépasser les 2 000 € pour les jeunes les plus en difficulté. La plupart des jeunes ne peuvent réunir les sommes nécessaires que tardivement ou au prix de grands sacrifices. Des aides existent, le plus souvent soit très ciblées sur certains groupes sociaux, soit variables en fonction de la région dans laquelle réside le jeune. Quant au « permis à un euro par jour », parce qu’il s’agit d’un permis à 30 euros par mois tout de même, il n’est pas accessible aux plus précaires dont les dossiers sont refusés. Les jeunes ne sont donc pas égaux face au permis de conduire. Afin que tous les jeunes puissent effectivement accéder au permis de conduire, cette proposition de loi envisage que la formation à celui-ci soit intégrée au cursus scolaire au lycée (article 6).

Le droit au transport passe aussi par le déploiement des transports publics et des conditions d’accès à ceux-ci. Du fait du désengagement de l’État, les infrastructures n’ont pas été correctement entretenues et développées. Aussi, alors même que la qualité des réseaux ne répond pas toujours aux besoins, le prix des transports a augmenté ces dernières années dans de nombreuses régions. Cette proposition de loi demande un rapport du gouvernement sur les conséquences de cette politique pour l’exercice effectif des jeunes au droit au transport, droit qui est en théorie garanti par la loi (article 7). Dans ce contexte, afin de faciliter l’accès des étudiant-e-s aux transports, les régions ont mis en place des aides financières pour les étudiants. L’observatoire de la vie étudiante constate néanmoins que les étudiants consacrent entre 50 € et 90 € par mois pour les transports, le coût étant le plus élevé dans les unités urbaines de moins de 100 000 habitants. En Île-de-France les étudiant-e-s bénéficient d’une aide faisant diminuer de 50 % le prix de leur abonnement annuel : le montant de celui-ci s’élève ainsi à 298 € au lieu de 633 € pour les zones 1 et 2 et à 655 € au lieu de 1 112 € pour les zones 1 à 5. Constatant l’insuffisance relative de ces aides, le département du Val-de-Marne rembourse 50 % de cet abonnement et accorde une aide supplémentaire aux élèves et étudiant-e-s boursiers. Ces mesures vont dans le bon sens, mais elles demeurent exceptionnelles. Afin de garantir l’égalité des jeunes sur tout le territoire dans l’accès aux transports publics, il apparaît nécessaire que l’État non seulement rétablisse les logiques de service public dans les entreprises publiques, mais aussi généralise un niveau d’aide maximal pour les jeunes en complément des différentes allocations prévues dans ce texte : tous les jeunes de France, comme dans le Val-de-Marne, doivent pouvoir bénéficier d’un remboursement de 75 % de leur abonnement annuel de transports.

Les jeunes sont statistiquement en moyenne en meilleure santé que le reste de la population, mais ils sont souvent contraints de renoncer aux soins quand ils en ont besoin, faute d’argent et, le cas échéant, de couverture mutuelle. Ainsi, 24 % des personnes disposant de moins de 870 € par mois sont contraintes de renoncer à consulter un médecin pour des raisons financières, l’expérience de la précarité jouant un rôle important en la matière(13). Sur le terrain d’ailleurs, Médecin du Monde constate que « le profil socio-économique des patients est toujours aussi marqué par la précarité et des conditions de vie difficiles »(14). La multiplication des franchises et autres tickets modérateurs, le trop faible niveau des remboursements par la Sécurité sociale contribuent à cette situation, qu’il s’agisse de l’accès à un médecin généraliste ou à un spécialiste, ou de l’accès aux soins subséquents. À titre d’exemple, les montures de lunettes ne sont remboursées qu’à hauteur de 65 % sur la base d’un prix forfaitaire de 30 €, ce prix forfaitaire oscillant entre 2 € et 24 € pour les verres. Autant dire qu’elles sont à la charge quasi-exclusive des patients, alors qu’il ne s’agit assurément pas d’un luxe. Aussi, l’Observatoire de la vie étudiante relève chaque année qu’environ un quart des étudiant-e-s n’a pas consulté de médecin généraliste dans les six mois précédents son enquête et que 36 % d’entre eux n’ont pas consulté de dentiste, sans parler de ceux qui ne renouvellent pas leurs lunettes alors que cela serait nécessaire à la bonne conduite de leurs études. La situation des apprenti-e-s et des jeunes travailleurs/ses n’est pas plus favorable.

Renoncer aux soins pour des raisons financières n’est acceptable ni pour les jeunes, ni pour quelque composante de la population. La santé est un droit fondamental de la personne. De mauvaises conditions de santé sont une source de souffrance immédiate et future, pour soi comme, potentiellement, pour le reste de la société. Aussi, cette proposition de loi demande un état des lieux précis sur l’accès des jeunes aux soins (article 10) et envisage d’ores et déjà de mettre un terme aux logiques de déremboursements et de renchérissement des mutuelles en supprimant pour les étudiants et apprentis les franchises médicales instaurées par la loi de 2007 de financement de la sécurité sociale et la taxe sur les mutuelles récemment adoptée dans le cadre d’un projet de loi de finances rectificative pour 2011 (article 11). Elle envisage aussi la mise en place dans chaque université, dans chaque CFA et dans chaque résidence universitaire gérée par le CROUS de centres de santé où l’accès aux consultations médicales de base, y compris gynécologiques, serait ouvert aux jeunes de moins de 26 ans, aux étudiant-e-s et aux apprenti-e-s sans donner lieu à une contribution pécuniaire de leur part (article 9). L’ouverture de tels centres est autorisée par décret, mais ils n’existent pas partout et n’ont pas toujours l’ampleur suffisante, faute de moyens. L’égalité entre les étudiant-e-s serait ainsi accrue dans l’accès à la santé.

Le rapport des jeunes à la santé n’est toutefois pas limité à leurs propres difficultés financières : « les comportements vis-à-vis de la santé résultent [...] largement [...] du milieu d’origine. »(15) Afin de donner aux jeunes les moyens de se construire sur de bonnes bases, cette proposition de loi envisage la nécessaire prise en charge de certains soins dès le plus jeune âge, en matière dentaire, ophtalmologique, auditive, de dyslexie, ou encore d’obésité – trouble très marqué socialement et dont les conséquences sont majeures sur les rapports à soi et aux autres (article 8). Le rapport des jeunes à la santé est aussi lié à ce qu’implique la jeunesse en termes de modes de vie. C’est à titre d’exemple une période de découverte de la sexualité : il est donc nécessaire non seulement d’accompagner les jeunes filles dans la maîtrise de leur corps, mais aussi de sensibiliser l’ensemble des jeunes aux enjeux de la contraception et aux risques liés aux MST et au VIH/Sida. La jeunesse est aussi une période d’exposition à certaines pratiques dangereuses, notamment en termes de consommation d’alcool et de drogues. Aussi, cette proposition de loi envisage de conférer un rôle central aux centres de santé qu’elle met en place en matière de prévention de l’alcoolisme et de la toxicomanie, d’information sur les MST et la contraception, mais aussi d’accès à la contraception et aux consultations gynécologiques (article 9).

Le développement des services publics de l’éducation, de la formation et de l’orientation ainsi que de celui du temps libre sont indispensables à la construction des jeunes quelques soient les ressources de leurs parents.

Les jeunes sont plus nombreux aujourd’hui à faire des études que dans les années 1950 et la durée de celles-ci s’est allongée. Cela est en grande partie dû au mouvement de massification de l’université engagé après mai 1968. Dans une société marquée par la révolution informationnelle et un progrès technique rendant sans cesse plus nécessaire l’accroissement du niveau de qualification de chacun, cela constitue évidemment un mouvement positif. Aussi, il faudrait allonger la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans dans un cadre scolaire repensé pour favoriser la réussite des élèves, associant mieux les membres de la communauté éducative, et faire en sorte de la pousser le plus loin possible. Toutefois, d’une part ce mouvement de massification ne s’est pas accompagné d’une démocratisation suffisante et, d’autre part, il est aujourd’hui remis en cause. La loi LRU non seulement génère des inégalités territoriales en créant un système universitaire à plusieurs vitesses, mais l’augmentation des frais d’inscriptions qu’elle implique contribue à une éviction accrue des jeunes des milieux populaires par l’argent, d’autant que le niveau des bourses est dérisoire (voir supra). En outre, beaucoup de choses se jouent dès le plus jeune âge : « Les inégalités dans la réussite des élèves sont très nettement corrélées aux inégalités sociales et culturelles de leurs familles. Or l’école n’arrive plus à diminuer ces inégalités de départ : ces dernières ont même tendance aujourd’hui à augmenter tout au long de la scolarité. […] Des clivages territoriaux viennent aggraver ces inégalités »(16). Cela est lié aux difficultés rencontrées par notre système scolaire, qu’il s’agisse des suppressions d’effectifs enseignants dans le cadre de la RGPP ou de la façon d’enseigner et de former les professeurs. Cela est aussi lié à l’environnement dans lequel évoluent les enfants : logements trop petits et mal insonorisés dont on peut être expulsé sans sommation, pauvreté des parents, perspectives de chômage. Dans ce contexte, beaucoup de jeunes finissent par considérer que l’école et les études ne sont pas faites pour eux. Cette idée se trouve renforcée par le fait que ceux qui étudient sont souvent contraints d’abandonner précocement pour des raisons financières et, lorsque cela n’est pas le cas, connaissent malgré tout le chômage ou trouvent un emploi précaire et mal payé. Aussi, ils sont nombreux à renoncer aux études universitaires, voire à l’idée d’obtenir un quelconque diplôme. Les inégalités scolaires alimentent ainsi les inégalités sociales. De plus, le choix des filières est très marqué socialement : l’observatoire de la vie étudiante constate par exemple que la plupart des étudiant-e-s dont les parents sont ouvriers sont majoritaires dans les sections de techniciens supérieurs (30 % des effectifs), tandis que ceux dont les parents sont cadres sont majoritaires dans le management (51,6 %) et les classes préparatoires (48,4 %). Cette proposition de loi envisage de réaliser un état des lieux sur la question (article 29) et met en place un mécanisme de fixation du montant des droits d’inscription par l’État sous contrôle des organisations étudiantes (article 30), en complément de la mise en place d’une allocation d’études. Elle envisage, enfin, d’améliorer l’accueil des étudiant-e-s étrangers et leur accès aux droits en assouplissant la politique des visas (articles 31 et 32).

Le droit à l’éducation et à la formation n’est pas non plus garanti de manière satisfaisante en matière professionnelle. Les lycées professionnels sont souvent, à tort, considérés comme des « voies de garage » et ils ne disposent pas des moyens suffisants pour répondre aux besoins de formation des jeunes. Quand les jeunes sont formés en alternance, ils connaissent de grandes difficultés pour trouver une entreprise désireuse de les accueillir. Lorsqu’ils parviennent après maintes péripéties à en trouver une, ils sont souvent confrontés à un défaut d’accompagnement : les tuteurs sont peu formés et ne les encadrent pas vraiment car, trop souvent, les entreprises considèrent ces jeunes non pas comme de futurs employé-e-s dont il faut préparer le recrutement, mais comme une main d’œuvre bon marché qui ouvre droit à d’abondantes exonérations de cotisations patronales. Cette proposition de loi envisage donc non seulement de mieux protéger les apprenti-e-s et les stagiaires contre les pratiques de telles entreprises (voir supra), mais elle envisage aussi de revaloriser les conditions d’apprentissage : il est proposé d’une part que soit fixé par branche un nombre minimal d’apprentis par entreprise (article 25

>), garanti par des sanctions financières contre celles qui ne le respecteraient pas (article 26), et d’autre part que la formation des tuteurs ainsi qu’un programme national pour les apprenti-e-s soient fixés avec les organisations syndicales lors de la négociation triennale. De même, il est proposé de renforcer l’encadrement des stages et de réfléchir aux moyens d’en rendre l’accès effectif au plan pratique (articles 27 et 28) : en effet, d’un côté tous les étudiant-e-s postulent à des stages au même moment dans les mêmes secteurs, de l’autre les conditions ne sont pas réunies ni pour faciliter l’information des étudiant-e-s sur les offres existantes de stages, ni pour que les entreprises souhaitent accueillir des stagiaires. Tout cela doit s’intégrer dans une démarche de refonte du service public de l’orientation scolaire et universitaire (article 35).

Les jeunes sont aussi confrontés à de profondes inégalités dans leurs possibilités de construction personnelle par le biais d’inégalités dans l’accès à la culture et aux loisirs. Selon leurs loisirs, les enfants acquièrent un certain nombre de connaissances extra scolaires et de codes sociaux. L’impossibilité d’accès à certains d’entre eux pour certains jeunes contribue ainsi à aggraver les discriminations scolaires et à réduire leurs possibilités d’accéder à un grand nombre d’emplois ou à réussir aux concours administratifs. Voyager, prendre des cours d’anglais ou de musique, fréquenter les musées, faire du sport : tout cela contribue à la construction de l’individu et à l’élargissement de ses possibilités d’épanouissement personnelles. Aussi, comme le rappelait la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) dans une enquête de 2009, l’accès aux loisirs, à la culture et aux activités physiques et sportives n’est « pas un besoin facultatif, mais bien un droit »(17) de premier plan. Or, les discriminations sociales sont en la matière particulièrement fortes, et ce d’autant plus que la puissance publique se désengage chaque année d’avantage. 95 % des enfants de cadres partent en vacances au moins une fois dans l’année, tandis qu’un tiers des enfants d’ouvriers n’en n’a pas la possibilité(18). Selon l’Observatoire des vacances et des loisirs, « tous les indicateurs convergent pour appuyer l’hypothèse d’une baisse du taux de départs en vacances des enfants et des jeunes. De plus si l’on examine les écarts entre les taux de départs selon les niveaux de revenu [..], on constate un nouvel accroissement des inégalités qui touche particulièrement les enfants de familles à revenu moyen. »(19) Aussi, cette proposition de loi prévoit d’élargir l’aide au départ en vacances sur la base de critères sociaux (article 12)

En matière de pratiques culturelles, l’Observatoire des inégalités constate que « en 2008, 60 % des cadres supérieurs ont visité un musée au moins une fois dans l’année contre 24 % des ouvriers. 41 % des premiers sont allés au théâtre contre 9 % des seconds. »(20) L’enquête de la JOC précitée et l’enquête annuelle de l’Observatoire de la vie étudiante confirment ces chiffres : les jeunes fréquentent peu les musées, les théâtres et les opéras, en particuliers les apprentis et les ouvriers. Cela est grandement lié à la place des enseignements artistiques dans notre système éducatif, qui ne contribue pas assez à la démocratisation de la culture et à son accessibilité dans les milieux populaires. Aussi, ce texte demande état des lieux sur la place des enseignements éducatifs dans le système scolaire et sur les propositions à mettre en place pour démocratiser l’accès à la culture dès le plus jeune âge (article 14). Pour éliminer les obstacles financiers liés au coût de certains loisirs et au prix de certaines licences sportives, elle crée également un mécanisme pour que les moyens financiers ne constituent plus un obstacle à l’accès à la culture et aux activités physiques et sportives : en fonction de ses ressources financières, toute personne pourra bénéficier d’une réduction tarifaire dans les établissements et organisations culturels et sportifs qui auront signé avec l’État une convention, à l’instar des musées publics, des théâtres et opéras publics, des fédérations sportives ou des associations d’éducation populaire (articles 12 et 13).

L’accès plein et entier des jeunes à leurs droits rend indispensable le développement de la démocratie dans les entreprises et dans les institutions politiques à tous les échelons.

Chômage, précarité, bas salaires : les jeunes comptent parmi les personnes dont le droit au travail est le plus malmené. Or, la question du droit au travail est indissociable de celle de l’organisation du système économique. Permettre aux jeunes d’exercer ce droit fondamental nécessite en conséquence de très profondes transformations économiques. Tandis que le capitalisme tend de plus en plus à se financiariser, les grands actionnaires imposent à l’ensemble du monde économique des critères de gestion visant à maximiser leurs dividendes contre l’emploi et les salaires. C’est ainsi que des entreprises prospères sont progressivement dépecées, par rachats successifs, pour maximiser les recettes de court termes : une fois le matériel et les locaux vendus, une grande partie du personnel licencié, les salaires diminués au maximum, les investissements d’avenir sacrifiés, l’entreprise jadis prospère se trouve en difficulté et ferme pour raisons économiques. Aussi, face à cette tyrannie de la rentabilité, porteuse de chômage et de pauvreté, de la perte de nombreux savoirs-faires qui fondent la force économique de notre pays, il faut imposer de nouveaux critères de gestion des entreprises. Cela passe notamment par la démocratisation de la prise de décision en leur sein : les salarié-e-s doivent pouvoir s’opposer aux décisions qu’ils jugent mauvaises pour la pérennité de l’entreprise, mais aussi pouvoir porter des projets favorables son développement. Ils sont souvent les meilleurs experts de leur domaine d’activité et sont, dans tous les cas, toujours mieux avisés que les actionnaires, dont les décisions ne sont pas fondées sur l’économie réelle, mais sur les marchés financiers connus pour être de plus en plus distants vis-à-vis de celle-ci. Il est en conséquence indispensable de démocratiser les conseils d’administration ou de surveillance des entreprises, mais aussi de renforcer les pouvoirs de négociation des syndicats.

Dans une démocratie, c’est au peuple de décider par lui-même et pour lui-même. Les jeunes sont pour l’heure dans les faits la plupart du temps exclus de la prise de décision, même si aucune loi ne leur interdit explicitement d’y prendre part. Ils comptent parmi les plus nombreux à s’abstenir aux élections et près de la moitié d’entre eux ne connaît même pas, selon l’ANACEJ(21), la procédure d’inscription sur les listes électorales. Ils constituent aussi la classe d’âge la moins représentée dans les différentes chambres du Parlement et dans les conseils locaux. Ce défaut de représentativité a des causes complexes et nombreuses. De nombreux jeunes ne voient pas l’intérêt de la politique et, comme de nombreuses personnes, pensent que celle-ci n’est pas faite pour eux. Ce sentiment est plus fort parmi les jeunes des milieux populaires. D’autres sont très critiques vis-à-vis du fonctionnement des partis et du système de partis et voudraient s’engager en politique, mais pour en faire autrement. Ces sentiments ne sont pas sans lien avec le fonctionnement des institutions, bien au contraire. Ainsi, le mode de scrutin majoritaire d’une part favorise le bipartisme au détriment du pluralisme politique et, d’autre part, se révèle très discriminant vis-à-vis de tous ceux qui ne sont pas encore au pouvoir, notamment les jeunes, les femmes et les milieux populaires. L’instauration de la proportionnelle à toutes les élections et la création d’un véritable statut de l’élu-e permettraient d’enrayer ces logiques et d’ouvrir de nouveaux espaces politiques dans lesquels les jeunes pourraient trouver leur place (article 16). Mais cela ne serait probablement pas suffisant : une véritable révolution démocratique est nécessaire, rendant son pouvoir au Parlement, permettant une participation de la population à tous les échelons institutionnels et dans tous les services publics. En ce sens, cette proposition de loi d’une part envisage la généralisation et l’extension des pouvoirs des conseils locaux de la jeunesse (article 15), mais aussi d’autre part la participation des jeunes à la gestion des services publics dont ils sont les premiers usagers, à savoir les CROUS (article 17), les universités, les écoles (article 18) et les centres de formation des apprenti-e-s (article 19). En ce sens, cette proposition de loi s’inscrit dans une dynamique d’appropriation par les jeunes des connaissances et des institutions.

Le développement du service public et la mise en œuvre du droit au travail rendent nécessaire une profonde modification de la répartition de l’argent de notre pays dans les entreprises et entre les particuliers.

Les richesses produites dans notre pays sont mal réparties. D’après les comptes nationaux de l’INSEE, la part des salaires dans la valeur ajoutée est passée de plus de 75 % en 1982 à 67 % en 2007. Mais tandis que la part des profits a symétriquement augmenté, celle de l’investissement est restée stable sur la période, autour de 20 %. Aussi, l’argent qui n’a pas été attribué aux salarié-e-s n’a pas servi à créer des emplois mais à alimenter la spéculation financière. « La tendance récente est donc à l’augmentation continue et dynamique des “inégalités par le haut” depuis 1998 », constate le Conseil des prélèvements obligatoires dans son rapport de 2011 (p. 21). Selon lui, cette augmentation des hauts revenus résulte de la progression des revenus du capital (actions, biens immobiliers), qui bénéficient essentiellement aux plus riches. Il constate dans le même temps que les minima sociaux et les prestations sociales sont en baisse (p. 128 et 132) : le RMI était en 1990 supérieur de 24 % à son niveau de 2009, l’API de 30 %, l’AAH de 25 %, le minimum vieillesse de 20 % et les allocations familiales de 29 %. Quant au patrimoine, le rapport du Conseil de 2009 note que sa répartition est non seulement très concentrée, mais aussi plus inégalitaire que pour les revenus (p. 42), puisque les 10 % les plus riches possédaient en moyenne 380 000 €, soit 400 fois plus que les 10 % les plus pauvres.

À ces inégalités s’en ajoutent d’autres créées par le système de prélèvements obligatoires. La structure de l’impôt sur les sociétés favorise les grandes entreprises au détriment des PME. Des exonérations de cotisations sociales compensées par l’État ont été mises en place prétendument pour créer des emplois : leur coût a été multiplié par 30 depuis 1990 pour atteindre 30 milliards selon le rapport 2011 du Conseil des prélèvements obligatoires (p. 94). Tandis que la Cour des comptes constate qu’elles n’ont eu que peu d’effets sur l’emploi, un consensus existe sur le fait qu’elles ont contribué à un tassement des grilles salariales autour du SMIC, générant de véritables trappes à pauvreté. Or ces exonérations, selon le Conseil, ont bénéficié aux ménages « qui sont propriétaires des entreprises dans le cas où celles-ci ont augmenté leurs marges et leurs bénéfices », notamment des ménages les plus riches « qui bénéficient d’autant plus des exonérations qu’une fraction de celles-ci est affectée aux actionnaires » (p. 97). Depuis 1990, l’effort fiscal moyen des ménages a progressé de 4,3 points à cause de la CSG. Toutefois, la part de l’impôt sur le revenu a diminué de 7 points et, « s’agissant du seul impôt progressif [...] cette évolution a eu des conséquences notables sur le caractère progressif des prélèvements obligatoires pris dans leur ensemble. » (p. 88) En outre, les modifications du barème effectuées par la droite ont surtout bénéficié aux plus riches : « l’impact des réductions et crédits d’impôts s’accroît très sensiblement avec le revenu », si bien que « l’IR n’est plus progressif au sommet de la distribution ». (p. 267-268). De même, le rapport constate que la fiscalité indirecte pèse moins sur les 20 % les plus riches que sur le reste de la population, leur consommation étant « sensiblement moins taxée au titre de la TVA » (p. 123), celle des plus pauvres comportant proportionnellement plus d’accises. Enfin, en ce qui concerne la fiscalité du patrimoine, les 1 000 contribuables les mieux dotés ont reçu 63 % des sommes restituées au titre du bouclier fiscal. Les 10 % les mieux dotés ont reçu, en 2009, 558 millions d’euros alors même que l’assiette de l’ISF est, aux dires du Conseil, trop étroite puisqu’elle comporte un grand nombre de niches.

Les richesses qui sont accaparées par les plus riches ne le sont pas pour augmenter les salaires ni pour financer les services publics. Aussi, et cela est d’autant plus nécessaire dans le contexte de crise que nous connaissons, il faut récupérer cet argent dans les meilleurs délais. Une première voie réside dans la démocratisation des entreprises, qu’il s’agisse de la place des syndicats dans les conseils d’administration ou du renforcement de leur pouvoir de négociation. La mise en place de nouveaux critères de gestion, ayant d’autres fins que la rentabilité, rendrait en effet possible une hausse des salaires et de l’emploi, qui aurait elle-même pour conséquence directe une baisse du nombre de bénéficiaires de l’assurance chômage, une hausse des recettes de la protection sociale solidaire et une hausse des recettes fiscales de l’État. La hausse de la consommation qui en résulterait permettrait en outre la création de nouveaux emplois, permettant à notre pays de renouer avec une croissance économique pérenne. Ce mouvement pourrait être soutenu de deux manières : une modulation des prélèvements obligatoires sur les entreprises en faveur de l’emploi, des salaires et de la formation, et la création d’un pôle public bancaire qui, avec l’argent des aides économiques existantes et des exonérations de cotisations sociales qu’il faut supprimer, pourra alléger les charges financières des entreprises créatrices d’emplois bien rémunérés et respectueuses de l’environnement. La seconde voie passe par une révolution de la fiscalité à la personne, sous le contrôle de la population dans le cadre d’institutions démocratisées, avec notamment un renforcement de la fiscalité sur les gros patrimoines et une réforme du barème de l’impôt sur le revenu pour le rendre plus progressif et en renforcer la part dans l’ensemble des prélèvements oblig

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 18:18

L’agence de notation Standard&Poors déclare la guerre de la finance contre la France. Il faut résister. Se coucher devant la finance aiguise son appétit. La capitulation grecque l’a prouvé. Il faut rendre les coups. La Banque Centrale doit annoncer immédiatement qu’elle prêtera à la France à un taux très bas. Faute de quoi il faut suspendre les versement français au budget de l’Union européenne et couvrir les prochaines tranches avec un emprunt forcé sur les banques françaises qui viennent d’être gavées par la BCE. La guerre entre la finance et le peuple est déclarée. Chacun doit choisir son camp, sans tergiverser.

 

 

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