Alors que la CGT du Finistère pointe depuis plusieurs mois de graves irrégularités de contrôles des bénéficiaires du RSA, Maël de Calan, le président du département a porté plainte pour diffamation contre le secrétaire du syndicat départemental, Ludovic Morin.
Marie Toulgoat, L'Humanité, 1er juin 2026
Une contre-attaque en règle. Ce lundi 1er juin, le président du département divers droite du Finistère Maël de Calan a annoncé par voie de communiqué porter plainte personnellement contre Ludovic Morin, secrétaire général de la CGT Finistère. Le département avait déjà annoncé vouloir saisir la justice contre le syndicat pour le même motif au début du mois de mars. Le syndicaliste aurait tenu des « propos graves et inacceptables », assure l’élu, qui refuse de se « laisser insulter ».
La mobilisation du syndicat contre des contrôles jugés abusifs des allocataires du revenu de solidarité active (RSA) a déclenché l’ire de l’élu départemental. Depuis plusieurs mois, le représentant de la CGT du Finistère a pris en grippe la politique d’allocation de ce minimum social dans le département.
En particulier, de nombreux allocataires ont dénoncé, auprès de la CGT, des contrôles zélés, accélérés depuis 2021, allant jusqu’à conduire à des redressements et des suspensions d’aide. « On a constaté une méthode bien huilée de contrôle qui peut s’apparenter à du harcèlement moral institutionnel », confirme Ludovic Morin.
« Les allocataires ressortent broyés »
« Cela se passe toujours de la même manière : les allocataires reçoivent un premier courrier très intrusif, demandant de fournir tous leurs relevés bancaires. Lorsqu’ils répondent, ils reçoivent un nouveau courrier demandant de justifier toutes les dépenses des trois derniers mois. Une fois que c’est fait, un nouveau courrier demande d’étendre les justifications à l’année passée entière. Puis, enfin, l’administration demande des précisions sur le train de vie, cherche à savoir qui sont les autres personnes inscrites sur le bail, par exemple… Chaque absence de réponse fait courir le risque d’une radiation. Les allocataires ressortent broyés », relate le cégétiste.
Forte d’une centaine de témoignages dont quarante versés au dossier, la CGT a déposé plainte au mois de mars auprès du tribunal de Brest contre le président divers droite du département, Maël de Calan, et son directeur de l’emploi pour « harcèlement par instigation des allocataires ». Depuis cette citation à comparaître, le nombre de cas similaires ne cesse d’augmenter, confortant le syndicat dans l’existence d’une « politique systématique « fondée sur » la répétition structurée de pratiques administratives ayant pour effet une dégradation des conditions de vie » des concernés. L’audience se tiendra le 15 juin.
Le président du département, qui réfute ces accusations, insiste de son côté sur la nécessité de son action face aux allocataires du RSA. « Le Département a engagé un plan RSA fondé sur la valeur travail et le respect des règles. La lutte contre la fraude est prévue et encadrée par la loi. Elle est absolument normale et nécessaire », indique un communiqué de la collectivité territoriale.
Maël de Calan se félicite par ailleurs de la chute du nombre d’allocataires au sein de son département, preuve selon lui que des « Finistériens ont retrouvé une situation favorable ». Selon les chiffres de la collectivité, le nombre de bénéficiaires du minima est passé de 18 000 à 13 500 en quatre ans. La preuve, pour Ludovic Morin, secrétaire de la CGT Finistère, d’un « service public de l’exclusion ».
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