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23 janvier 2026 5 23 /01 /janvier /2026 20:40
Syrie : à l’Assemblée Nationale une commandante kurde alerte depuis le Rojava sur des violences « pires que Daech » (L'Humanité, 23 janvier 2026)
Syrie : à l’Assemblée Nationale une commandante kurde alerte depuis le Rojava sur des violences « pires que Daech »

Ce jeudi 22 janvier, lors d’une conférence de presse organisée par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) à l’Assemblée nationale. Rohilat Afrin, une commande du YPJ a alerté sur le risque de « nettoyage ethnique des kurdes » par le gouvernement syrien.

Une conférence de presse s’est tenue ce jeudi 22 mars à l’Assemblée nationale, à l’initiative de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), en présence de plusieurs députés de La France insoumise. Karim Kamar et Shiyar Ali représentant de l’AANES, ont pris la parole pour dresser un état des lieux alarmant de la situation. Moment central de la conférence : l’intervention en visioconférence de Rohilat Afrin, commandante des Unités de protection de la femme (YPJ), connectée directement depuis le Rojava. Elle a livré un témoignage grave, évoquant une situation « extrêmement critique » qui rappelle « les heures les plus sombres vécues face à l’État islamique ».

Les attaques menées par les forces liées au gouvernement d’Ahmed Al-Charaa, ont débuté le 6 janvier dans les quartiers kurdes à Alep. Elles ont fait 107 morts et 322 blessés parmi les civils, provoquant également d’importants déplacements de population vers l’est de la Syrie. Sur le terrain, malgré les annonces répétées de « cessez-le-feu », les combats se poursuivent. Les forces d’Al Charaa ont progressé vers Hassaké et Kobané, une ville symbole de la résistance kurde. « L’eau, l’électricité et Internet ont été coupés. Une catastrophe humanitaire se prépare » a alerté la commandante du YPJ.

« Attaquer Kobané, c’est attaquer notre révolution. Kobané symbolise la chute de Daech et notre combat pour un projet démocratique et pacifique » a-t-elle déclaré, estimant que les offensives actuelles s’inscrivent dans une logique de « revanche contre la défaite de l’organisation jihadiste ».

« Un risque de nettoyage ethnique »

Devant les députés, Rohilat Afrin a dénoncé des méthodes qu’elle juge comparables, « voire pires », que celles de Daech. Elle évoque également des attaques ciblant spécifiquement les femmes combattantes du YPJ : viols, tortures, mutilations, exécutions… « Nous faisons face à un nettoyage ethnique, avec un risque de génocide réel » a-t-elle affirmé, appelant la communauté internationale à ne pas détourner le regard.

Elle a également rappelé le rôle historique de la France au Rojava, et appelle Paris à renforcer son engagement : « La France a joué un rôle essentiel dès le début. Nous sommes convaincues qu’elle peut continuer à être un pays ami de notre projet démocratique » a-t-elle déclaré, tout en regrettant l’absence de positions claires par l’Occident.

 

Elle s’est également montrée critique vis-à-vis de la position américaine au sujet du président intérimaire de la Syrie, qui avait créé al-Qaida en Syrie et qui s’est ensuite transformé par Hayat Tahrir al-Cham (HTC) : « Voir Ahmed Al-Charaa, auparavant qualifié de terroriste, être aujourd’hui accueilli comme un héros, constitue un déni de l’alliance qui nous liait dans la lutte contre Daech » avant de dénoncer le rôle de la Turquie : « La Turquie prétend vouloir un processus de paix avec les Kurdes sur son territoire, mais ses actions en Syrie, où elle soutient matériellement des forces qui nous attaquent, rendent toute négociation crédible impossible ».

Depuis Bruxelles, Shiyar Ali, représentant de l’AANES en Europe, a tenu à rappeler que le conflit ne se résume pas à une opposition ethnique : « Nous n’avons aucun problème avec les Arabes. Nous avons toujours coexisté avec eux » tout en dénonçant le ralliement opportuniste de certain au régime de Damas. Même constat pour Karim Kamar, qui a décrit un pays au tissu social profondément fragmenté : « Depuis l’arrivée d’Al-Charaa, il y a eu plusieurs massacres de différentes minorités. Ce n’est pas un pouvoir qui cherche la paix, mais un pouvoir qui veut imposer la charia au lieu d’une Constitution ».

La France interpellée à l’Assemblée nationale

Présents lors de la conférence, plusieurs députés de La France Insoumise ont exprimé leur inquiétude et leur solidarité. Pour Arnaud Le Gall : « ce qui se joue aujourd’hui en Syrie concerne directement notre sécurité en France » et a appelé la France à clarifier sa position.

Danièle Obono, qui s’était rendue au Rojava en 2019, a évoqué « le devoir moral, humaniste et politique » de protéger le peuple kurde. De son côté, Thomas Portes a dénoncé les violences policières visant des manifestants kurdes en France, et appelle à une mobilisation nationale.

Ce 22 janvier dans un communiqué officiel, l’Élysée a réaffirmé son soutien à une Syrie « unie, souveraine et respectueuse de toutes ses composantes » et rappelle l’engagement français aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans la lutte contre Daech. Alors que la situation humanitaire continue de se détériorer, l’alerte lancée depuis l’Assemblée nationale met en évidence l’urgence pour le peuple kurde et rappelle que l’histoire pourrait être en train de se répéter.

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