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4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 07:15
Avec un beau charisme, et une expérience rare, Dominique Bucchini était revenu lors du débat sur la défense des cultures et des langues régionales organisé par le PCF Finistère à la fête de l'Humanité 2016 (avec Stéphanie Stoll, présidente de Diwan, Paolig Combot, président de l'association Ar Falz Skol Vreizh, Jean-Marc Cléry, secrétaire régional de la FSU Bretagne, et moi-même comme animateur du débat) sur l'espace Bretagne de débat sur sa participation en tant qu''ancien président communiste de l'Assemblée de Corse à la reconnaissance de la co-officialité de la langue corse, tout en disant son opposition aux idées nationalistes et indépendantistes, et sa préoccupation essentielle pour la réduction des inégalités et de la précarité en Corse.

Avec un beau charisme, et une expérience rare, Dominique Bucchini était revenu lors du débat sur la défense des cultures et des langues régionales organisé par le PCF Finistère à la fête de l'Humanité 2016 (avec Stéphanie Stoll, présidente de Diwan, Paolig Combot, président de l'association Ar Falz Skol Vreizh, Jean-Marc Cléry, secrétaire régional de la FSU Bretagne, et moi-même comme animateur du débat) sur l'espace Bretagne de débat sur sa participation en tant qu''ancien président communiste de l'Assemblée de Corse à la reconnaissance de la co-officialité de la langue corse, tout en disant son opposition aux idées nationalistes et indépendantistes, et sa préoccupation essentielle pour la réduction des inégalités et de la précarité en Corse.

Ce vendredi, la Corse a perdu l’une de ses grandes voix : l’ancien président de l’Assemblée de Corse et maire de Sartène est décédé à l’âge de 82 ans, des suites d’une longue maladie.

L'Humanité, 3 janvier

Avec son décès le 2 janvier, c’est une figure des communistes corses et du PCF qui disparaît. Dominique Bucchini s’est éteint à l’âge de 82 ans chez lui à Sartène, ville dont il fut le maire pendant près d’un quart de siècle, de 1977 à 2001. Né en 1943, il s’engagea très tôt en politique en adhérant à la Jeunesse communiste dès 1959, puis au PCF en 1971. Instituteur, il exerça son métier d’abord en Vendée puis comme coopérant au Sénégal. Au début des années 1970 il est professeur à Montreuil puis au lycée agricole de Sartène.

De maire de son village à président de l’assemblée de Corse

De retour sur son île natale, c’est un long engagement d’élu qui l’attend. En 1977, il remporte les élections municipales dans sa ville natale. Très rapidement, son aura politique dépasse la plus vaste commune de l’île de Beauté. Un an plus tard, il recevait le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, plaidant en faveur d’un pouvoir régional pour la Corse. Une « très forte aspiration démocratique, selon lui, qui doit être exercée par une assemblée régionale élue au suffrage universel et à la proportionnelle ; dotée de compétences réelles et décidant souverainement du profil économique, social, culturel et écologique de la Corse » déclarait-il devant le chef de l’Etat. Cette institution verra le jour quatre ans plus tard, en 1982. C’est au sein de cette assemblée de Corse qu’il siégera durant 33 ans, parvenant même en 2010 à s’en faire élire président à l’issue d’une campagne à la tête d’une liste Front de gauche, jusqu’en 2015. Dominique Bucchini fut également conseiller général de 1988 à 2001, et de 1981 à 1984, député européen.

Hommage des communistes et au delà

Les communistes lui ont évidemment rendu hommage. En Corse, tout d’abord. « Difficile de choisir des mots pour décrire ce qu’il incarnait : Justice, Solidarité, Fraternité, Émancipation, Ouverture et Respect sont sans doute les plus justes » écrivent les deux fédérations du PCF. Fabien Roussel, secrétaire national du parti communiste salue également la mémoire de Dominique Bucchini. « Nous garderons en mémoire son amour pour la Corse, pour la République, la force de ses convictions et une droiture à toute épreuve » écrit-il sur X.

« L’amour de la Corse, la révolte contre les injustices : deux fils rouges que Dominique Bucchini aura tissés tout au long de sa vie », a souligné le porte-parole du PCF, Ian Brossat. En Corse, les hommages à l’ancien président de l’Assemblée de l’île dépassent largement les clivages politiques. Le nationaliste Jean-Guy Talamoni, qui lui avait succédé en 2015, a publié un billet sur celui qu’il qualifie de « fin politique, remarquable orateur, il fut un grand Président de l’Assemblée de Corse, talentueux, digne et équitable. Il avait baptisé notre hémicycle « lieu sacré de la démocratie corse » ». Le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a lui aussi rendu hommage au « Président de l’Assemblée de Corse, maire de Sartène, sa ville qu’il aimait tant, militant infatigable au service de ses convictions communistes », et à « l’homme de dialogue et de paix imprégné de culture corse et universelle ». « Dominique Bucchini est, et restera une figure majeure de l’histoire contemporaine de l’île ». Le communiste s’était particulièrement engagé entre 2010 et 2015 dans le processus qui a permis de reconnaître la co-officialité de la langue Corse avec le Français. « La Corse perd une voix de gauche forte et libre, la République un ardent défenseur » soulignent également les socialistes corses.

Un élu contre la violence et la mafia

Il restera aussi une figure de la lutte contre la mafia et la violence dans l’île. En 2011, il fut le fondateur et le premier président de la Commission anti-violence de l’Assemblée de Corse. « Celui qui porte un calibre sur lui n’est pas un homme » répétait-il inlassablement lors de ses rencontres avec la jeunesse corse. Lui-même, alors maire de Sartène avait été la cible de deux tentatives d’assassinat dans les années 90. Afin de protéger le littoral de sa commune, il avait sanctuarisé des centaines d’hectares afin d’en empêcher la bétonisation.

En 2017, peu avant de quitter ces fonctions d’élu, il avait publiquement pris la parole devant l’Assemblée de Corse, à la surprise générale. « J’ai vécu en deux ou trois ans, le plasticage de la mairie que j’administrais, le plasticage d’un gymnase, d’une salle des fêtes, des camions bennes, deux fois le plasticage de la maison où un de mes enfants a failli mourir, racontait-il à ses collègues. Suite à ça j’ai été gardé par sept hommes du GIPN pendant trois ans ». Dominique Bucchini enchaînait par un « je ne l’ai jamais dit à personne… moi je sais » clamant ainsi publiquement qu’il connaissait l’identité du plastiqueur, et qu’il prit à au moins deux reprises en stop sur la route. Il n’en prononça pas le nom, parce que « ce n’est pas le style de la maison », même s’il confia encore ne pas en dormir certaines nuits.

Les obsèques de Dominique Bucchini auront lieu ce lundi 5 janvier à Sartène. L’Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Dominique Bucchini signait cette tribune dans l'Humanité le 11 décembre 2012:
Dominique Bucchini. Deux langues pour une seule culture
La langue corse, vecteur de la culture de l’île, est en danger. Le nombre et la proportion des locuteurs diminuent. Son extinction n’est, toutefois, pas une fatalité.
Il y a, aujourd’hui en Corse, une volonté politique quasi unanime de « revitalisation de la langue », et c’est avec une majorité assez confortable que l’Assemblée de Corse a adopté, en juillet 2011, une motion demandant la mise en œuvre des moyens juridiques nécessaires pour définir un cadre statutaire à la langue corse fondé sur le principe de co-officialité.
Dès 1985, dans la perspective d’une « politique démocratique de la langue », les communistes en Corse popularisaient la revendication de la co-officialité du corse et du français. Elle puise sa source dans une tradition du mouvement ouvrier opposée à toute forme de discrimination d’ordre racial ou linguistique.
Cette politique d’incitation au bilinguisme nécessite des mesures pédagogiques, sociétales et institutionnelles.
La prise en compte tardive des langues régionales par l’État, tout en s’accélérant à partir de 1981, demeure incomplète.
Une politique du bilinguisme ambitieuse passe par la ratification de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires ainsi que par la modification de la Constitution afin d’adopter une loi donnant aux langues de France un statut permettant leur épanouissement.
Ce statut, permettant l’usage du corse dans l’espace public – services administratifs, organes délibérants, justice –, serait le cadre juridique d’une politique de bilinguisme.
Il ne menacerait ni l’unité de la République ni l’avenir de la langue française ! S’inscrivant dans un projet social démocratique et d’ouverture, il rapprocherait les citoyens et l’idée de République, à l’opposé d’un centralisme autoritaire. Les non-corsophones ne devront subir aucune discrimination, notamment dans le travail.
La fête de l'Huma 2016 dans le stand du Finistère et ailleurs reportage photo de Jean-Luc Le Calvez: https://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/.../la-fete-de-l...
 
Aymeric Seassau - Membre de la direction nationale du PCF, élu et dirigeant communiste en Loire-Atlantique: 
 
Ciao Viva Dominique!
Dominique avait deux passions dans la vie: la Corse et l’Olympique de Marseille (où il avait failli passer pro dans sa jeunesse).
Il dégageait une autorité naturelle tendre et ferme à la fois.
Il pouvait parler des heures de l’attachement des Corses à la République, de la résistance insulaire aussi. Je me souviens d’une après midi d’échange passionnants alors que nous faisions le tour des stands à la fête de l’Huma avec Carine Niles pour sensibiliser les fédérations à l’activité de Amicale de Châteaubriant Voves Rouillé Aincourt.
A vrai dire il bougeait peu de sa table au centre du stand où on venait le saluer, le consulter, causer foot ou politique.
Le soir il n’avait qu’à monter sur la dite table pour chanter et emmener le stand avec lui devant un public qui ne cessait de grossir.
L’année de son pontage coronarien, il s’était excusé de ne pas être présent à la fête.
C’était tout ça Dominique. Un homme du peuple dans son élément parmi ses frères, toujours au service de sa classe.
Je ne suis pas Corse. Mais je sais l’estime républicaine qui lui était réservé par tous.
Président de l’assemblée de Corse quand la gauche avait gagné les élections, il parlait au perchoir des damnés de la terre.
Dominique était aussi d’un immense courage. Il n’a jamais baissé les yeux face a la violence politique malgré les menaces.
Il a tenu tête aux promoteurs, aux mafieux à la petite semaine pour protéger sa terre à Sartene de la spéculation immobilière et du capital mafieux, sanctuarisant dès les années 70 des centaines d’hectares de littoral, bien avant la loi du même nom.
C’est le cœur gros que j’écris ces quelques mots mesurant l’immensité de l’héritage qu’il nous laisse.
À tous ses proches, aux camarades communistes des fédérations de Corse, j’adresse toutes mes pensées fraternelles.
On continue la lutte. Merci Dominique!
 
Aymeric Seassau Ciao Viva Dominique!
Dominique avait deux passions dans la vie: la Corse et l’Olympique de Marseille (où il avait failli passer pro dans sa jeunesse).
Il dégageait une autorité naturelle tendre et ferme à la fois.
Il pouvait parler des heures de l’attachement des Corses à la République, de la résistance insulaire aussi. Je me souviens d’une après midi d’échange passionnants alors que nous faisions le tour des stands à la fête de l’Huma avec Carine Niles pour sensibiliser les fédérations à l’activité de Amicale de Châteaubriant Voves Rouillé Aincourt.
A vrai dire il bougeait peu de sa table au centre du stand où on venait le saluer, le consulter, causer foot ou politique.
Le soir il n’avait qu’à monter sur la dite table pour chanter et emmener le stand avec lui devant un public qui ne cessait de grossir.
L’année de son pontage coronarien, il s’était excusé de ne pas être présent à la fête.
C’était tout ça Dominique. Un homme du peuple dans son élément parmi ses frères, toujours au service de sa classe.
Je ne suis pas Corse. Mais je sais l’estime républicaine qui lui était réservé par tous.
Président de l’assemblée de Corse quand la gauche avait gagné les élections, il parlait au perchoir des damnés de la terre.
Dominique était aussi d’un immense courage. Il n’a jamais baissé les yeux face a la violence politique malgré les menaces.
Il a tenu tête aux promoteurs, aux mafieux à la petite semaine pour protéger sa terre à Sartene de la spéculation immobilière et du capital mafieux, sanctuarisant dès les années 70 des centaines d’hectares de littoral, bien avant la loi du même nom.
C’est le cœur gros que j’écris ces quelques mots mesurant l’immensité de l’héritage qu’il nous laisse.
À tous ses proches, aux camarades communistes des fédérations de Corse, j’adresse toutes mes pensées fraternelles.
On continue la lutte. Merci Dominique!
 
Aurélie Biancarelli: C’est une grande voix de la Corse qui c’est éteint hier soir. Un homme de paix qui s’est engagé avec passion au service de son île, de sa culture, de son peuple. Cet engagement il l’avait conduit avec l’idée d’émancipation des individus et des peuples. Un grand homme, un grand élu communiste.
Au-delà de l’homme politique, nous perdons un aussi un intellectuel et un ami.
La dernière fois que nous avions vraiment pris le temps d’échanger c’était sur une fête de l’Huma il y a quelques années. Nous avions parlé de la modernité du communisme comme modalité de lutte aux XXIe siècle.
J’ai ce matin en tête de nombreuses discussions qui me reviennent, il m’y parlait de mon grand-père bien sûr mais aussi de philosophie, d’identité, de langue, de politique, de l’histoire de la Corse … toujours avec le soucis de transmettre.
Il y a des hommages qui ne peuvent avoir d’autre sens que de perpétuer les luttes.
Alors nous poursuivrons ses luttes et ses engagements : pour la paix, la justice sociale, la solidarité, l’éducation, les corses et la Corse.
 
Marc-Antoine Leroy C’est avec une profonde tristesse que j’apprends la disparition de Dominique Bucchini.
Il était très certainement l’un des derniers grands personnages de la vie politique corse.
Communiste, engagé jusqu’au bout des ongles dans la défense de l’intérêt général, cultivé, amoureux des poèmes d’Aragon qu’il aimait déclamer de mémoire, passionné de football et plus particulièrement de l’Olympique de Marseille, espiègle et charmeur, il était avant tout, pour nous militants du PCF en Corse, un camarade, un mentor… un ami.
Il nous manquera.
Sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
Que la terre te soit légère, cher Dominique.
 
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