Avec un beau charisme, et une expérience rare, Dominique Bucchini était revenu lors du débat sur la défense des cultures et des langues régionales organisé par le PCF Finistère à la fête de l'Humanité 2016 (avec Stéphanie Stoll, présidente de Diwan, Paolig Combot, président de l'association Ar Falz Skol Vreizh, Jean-Marc Cléry, secrétaire régional de la FSU Bretagne, et moi-même comme animateur du débat) sur l'espace Bretagne de débat sur sa participation en tant qu''ancien président communiste de l'Assemblée de Corse à la reconnaissance de la co-officialité de la langue corse, tout en disant son opposition aux idées nationalistes et indépendantistes, et sa préoccupation essentielle pour la réduction des inégalités et de la précarité en Corse.
Ce vendredi, la Corse a perdu l’une de ses grandes voix : l’ancien président de l’Assemblée de Corse et maire de Sartène est décédé à l’âge de 82 ans, des suites d’une longue maladie.
L'Humanité, 3 janvier
Avec son décès le 2 janvier, c’est une figure des communistes corses et du PCF qui disparaît. Dominique Bucchini s’est éteint à l’âge de 82 ans chez lui à Sartène, ville dont il fut le maire pendant près d’un quart de siècle, de 1977 à 2001. Né en 1943, il s’engagea très tôt en politique en adhérant à la Jeunesse communiste dès 1959, puis au PCF en 1971. Instituteur, il exerça son métier d’abord en Vendée puis comme coopérant au Sénégal. Au début des années 1970 il est professeur à Montreuil puis au lycée agricole de Sartène.
De maire de son village à président de l’assemblée de Corse
De retour sur son île natale, c’est un long engagement d’élu qui l’attend. En 1977, il remporte les élections municipales dans sa ville natale. Très rapidement, son aura politique dépasse la plus vaste commune de l’île de Beauté. Un an plus tard, il recevait le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, plaidant en faveur d’un pouvoir régional pour la Corse. Une « très forte aspiration démocratique, selon lui, qui doit être exercée par une assemblée régionale élue au suffrage universel et à la proportionnelle ; dotée de compétences réelles et décidant souverainement du profil économique, social, culturel et écologique de la Corse » déclarait-il devant le chef de l’Etat. Cette institution verra le jour quatre ans plus tard, en 1982. C’est au sein de cette assemblée de Corse qu’il siégera durant 33 ans, parvenant même en 2010 à s’en faire élire président à l’issue d’une campagne à la tête d’une liste Front de gauche, jusqu’en 2015. Dominique Bucchini fut également conseiller général de 1988 à 2001, et de 1981 à 1984, député européen.
Hommage des communistes et au delà
Les communistes lui ont évidemment rendu hommage. En Corse, tout d’abord. « Difficile de choisir des mots pour décrire ce qu’il incarnait : Justice, Solidarité, Fraternité, Émancipation, Ouverture et Respect sont sans doute les plus justes » écrivent les deux fédérations du PCF. Fabien Roussel, secrétaire national du parti communiste salue également la mémoire de Dominique Bucchini. « Nous garderons en mémoire son amour pour la Corse, pour la République, la force de ses convictions et une droiture à toute épreuve » écrit-il sur X.
« L’amour de la Corse, la révolte contre les injustices : deux fils rouges que Dominique Bucchini aura tissés tout au long de sa vie », a souligné le porte-parole du PCF, Ian Brossat. En Corse, les hommages à l’ancien président de l’Assemblée de l’île dépassent largement les clivages politiques. Le nationaliste Jean-Guy Talamoni, qui lui avait succédé en 2015, a publié un billet sur celui qu’il qualifie de « fin politique, remarquable orateur, il fut un grand Président de l’Assemblée de Corse, talentueux, digne et équitable. Il avait baptisé notre hémicycle « lieu sacré de la démocratie corse » ». Le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a lui aussi rendu hommage au « Président de l’Assemblée de Corse, maire de Sartène, sa ville qu’il aimait tant, militant infatigable au service de ses convictions communistes », et à « l’homme de dialogue et de paix imprégné de culture corse et universelle ». « Dominique Bucchini est, et restera une figure majeure de l’histoire contemporaine de l’île ». Le communiste s’était particulièrement engagé entre 2010 et 2015 dans le processus qui a permis de reconnaître la co-officialité de la langue Corse avec le Français. « La Corse perd une voix de gauche forte et libre, la République un ardent défenseur » soulignent également les socialistes corses.
Un élu contre la violence et la mafia
Il restera aussi une figure de la lutte contre la mafia et la violence dans l’île. En 2011, il fut le fondateur et le premier président de la Commission anti-violence de l’Assemblée de Corse. « Celui qui porte un calibre sur lui n’est pas un homme » répétait-il inlassablement lors de ses rencontres avec la jeunesse corse. Lui-même, alors maire de Sartène avait été la cible de deux tentatives d’assassinat dans les années 90. Afin de protéger le littoral de sa commune, il avait sanctuarisé des centaines d’hectares afin d’en empêcher la bétonisation.
En 2017, peu avant de quitter ces fonctions d’élu, il avait publiquement pris la parole devant l’Assemblée de Corse, à la surprise générale. « J’ai vécu en deux ou trois ans, le plasticage de la mairie que j’administrais, le plasticage d’un gymnase, d’une salle des fêtes, des camions bennes, deux fois le plasticage de la maison où un de mes enfants a failli mourir, racontait-il à ses collègues. Suite à ça j’ai été gardé par sept hommes du GIPN pendant trois ans ». Dominique Bucchini enchaînait par un « je ne l’ai jamais dit à personne… moi je sais » clamant ainsi publiquement qu’il connaissait l’identité du plastiqueur, et qu’il prit à au moins deux reprises en stop sur la route. Il n’en prononça pas le nom, parce que « ce n’est pas le style de la maison », même s’il confia encore ne pas en dormir certaines nuits.
Les obsèques de Dominique Bucchini auront lieu ce lundi 5 janvier à Sartène. L’Humanité présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.
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