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16 mars 2025 7 16 /03 /mars /2025 17:39
Histoires d'Algérie - Terreur en Kabylie par Boualem Khalfa, reportage pour "Alger Républicain" sur les violations des droits de l'homme de l'administration coloniale
Histoires d'Algérie - Terreur en Kabylie par Boualem Khalfa, reportage pour "Alger Républicain" sur les violations des droits de l'homme de l'administration coloniale
Histoires d'Algérie - Terreur en Kabylie par Boualem Khalfa, reportage pour "Alger Républicain" sur les violations des droits de l'homme de l'administration coloniale
Histoires d'Algérie - Terreur en Kabylie par Boualem Khalfa, reportage pour "Alger Républicain" sur les violations des droits de l'homme de l'administration coloniale
Terreur en Kabylie : L’Algérie du gouverneur Naegelen, ses élections truquées et sa répression, dénoncées par les militants du Parti Communiste Algérien et l'équipe d'« Alger Républicain »
En 1947, un projet de statut pour l’Algérie présenté au Parlement français comme libéral et progressiste prévoit qu’une Assemblée Algérienne de 120 membres sera élue pour la moitié d’entre eux par un collège constitué essentiellement par les Européens d’Algérie, qui représentent 15 % du corps électoral (1 million d’habitants), et pour moitié par le deuxième collège des « Français Musulmans » (8 millions d’habitants), amputé des femmes algériennes, qui ne peuvent pas encore voter.
Les élections doivent se tenir en avril 1948. Henri Alleg fait partie des observateurs du PCA depuis Bône (Annaba). Les annonces de trucage, d’obstructions des élections, de bourrage d’urnes, d’empêchements des électeurs d’aller aux urnes ou d’observer le dépouillement se multiplient.
« A Dechmya (près d’Aumale, dans le département d’Alger), des fellahs s’étaient montrés réticents à mettre dans l’urne le bulletin qu’on leur imposait et avaient naïvement prétendu utiliser celui qu’ils avaient eux-mêmes choisi. Les gardes mobiles, intervenant pour les « ramener à la raison », avaient ouvert le feu. Sept morts. La même protestation indignée dans un bureau de Champlain, un village des hauts plateaux proches de Boghari, aboutissait à un résultat identique. Là aussi, les forces de l’ordre avaient tué quatre fellahs. A Bône, où je me trouvais, le premier tour s’était déroulé quasiment normalement, peut-être parce que certains exécutants hésitaient à appliquer dans une ville aussi importante les ordres de trucage venus d’en haut. Au premier tour le candidat du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, de Messali Hadj) était arrivé largement en tête avec 6544 voix contre 3174 au poulain de l’administration. Celui-ci se rattrapait au deuxième tour. Sans même se préoccuper de vraisemblance – quelle importance quand on était d’avance assuré de l’impunité et que l’on se moquait bien de ce que pouvaient penser les électeurs ! - le candidat nationaliste n’obtenait que 96 voix tandis que le béni oui-oui triomphait avec 16 348 suffrages. Des résultats dûment confirmés par leur publication au « Journal officiel ».
Chacun pouvait mesurer l’étendue de la fraude, du mensonge et de l’hypocrisie que couvraient ceux qui, à Paris et à Alger, continuaient à parler de mise en place d’institutions « démocratiques ». Tout cela sous l’égide du nouveau Gouverneur Général, Marcel-Edmond Naegelen, membre de la direction du Parti socialiste (SFIO), qui, deux mois avant les élections, en février 1948, avait succédé à Yves Chataigneau, surnommé « Mohammed Chataigneau » par les colons, qui le détestaient parce que « trop mou avec les Arabes ». Naegelen, quant à lui, sera couvert de fleurs pour sa « fermeté ».
Dès son arrivée, il avait proclamé, vigoureusement applaudi par toute la presse coloniale, sa volonté de « frapper fort » pour mettre les « séparatistes hors d’état de nuire ». Ce qu’il fit sans crainte de piétiner la légalité. Il avait vite appris de son entourage de hauts fonctionnaires, familiers de la « colonie », que « les Arabes ne comprennent que la force » et que même si officiellement on devait dire le contraire – l’Algérie n’était pas la France, qu’on pouvait s’y permettre beaucoup de choses. Comme pour montrer à quel point il s’en était convaincu, à la veille même du scrutin, sur les cinquante-neuf candidats présentés par le MTLD, le gouverneur général en faisait appréhender trente-deux « pour agissements ou propos portant atteinte à la souveraineté française ».
Ce n’était là qu’une entrée en matière. Tout au long de son proconsulat la répression ira en s’accentuant. L’un des épisodes les plus spectaculaires en fut, en septembre 1949, l’expédition punitive dirigée contre le douar Sidi Ali Bouneb, proche de Camp-du-Maréchal, en Kabylie. Un jeune fellah, appelé à l’armée, avait refusé de rejoindre la caserne et pris le maquis. Connu comme militant nationaliste et recherché par la police, il avait été aperçu dans le voisinage et sa présence signalée aux autorités par un indicateur.
C’était un motif suffisant pour que les gendarmes, armés jusqu’aux dents, montent à l’assaut du douar, considéré comme collectivement complice de l’homme en fuite, et se mettent à l’œuvre : gourbis démolis ou saccagés, provisions détruites, sacs de blé et d’orge éventrés, bidons d’huile crevés, pétrole déversé sur les denrées pour les rendre inutilisables. Jugeant sans doute que la punition n’était pas encore suffisante pour que ces paysans peu coopératifs en tirent la leçon, les gendarmes les rassemblèrent sur la place, et là tombèrent sur eux les insultes et coups de matraque. Des femmes furent bousculées, humiliées, violées. Un vieillard, déshabillé de force, fut contraint de danser nu devant tous les habitants du village.
Boualem Khalfa, envoyé d’« Alger Républicain », qui, en compagnie de plusieurs personnalités dont Pierre Fayet, député communiste d’Alger, était allé enquêter sur les lieux mêmes, relata dans les colonnes du journal ce qu’avait été la honteuse expédition, loin d’être la première du genre dans les annales de l’Algérie coloniale. Le récit fut aussitôt qualifié de « roman-feuilleton » par le préfet d’Alger, et la majorité de l’Assemblée Nationale, devant laquelle l’affaire avait été évoquée, refusa l’envoi d’une commission d’enquête. Cela, à la demande de Jules Moch, ministre de l’Intérieur, volant au secours de Naegelen, son camarade de parti. L’affaire se conclut devant le tribunal d’Alger, qui condamna Khalfa à deux ans de prison pour avoir diffamé gendarmes et autorités. La sentance fut confirmée en appel et il n’échappa – mais pour un temps seulement – à l’arrestation qu’en entrant dans la clandestinité après l’insurrection de novembre 1954 » (Henri Alleg, Mémoire algérienne, Stock, 2005 – p.144-146).
Ces évènements sont restitués de manière circonstanciée par Boualem Khalfa dans un reportage courageux le 6 octobre 1949 dans « Alger Républicain » (6 octobre 1949). Il met en cause une volonté de Naegelen d'instaurer une atmosphère de terreur pour étouffer dans l’œuf toute contestation contre l'ordre colonial. Le gouverneur général dénonce les "calomnies antifrançaises des communistes".
« Le gouvernement et sa majorité « Troisième Force », dans laquelle sont associées droite « modérée » et gauche anticommuniste, couvrent les responsables du saccage et des viols de Sidi Ali Bounab comme ils couvriront les assassinats « légaux », les tortures et exactions de toutes sortes que les « forces de l’ordre » vont multiplier jusqu’à l’explosion insurrectionnelle du 1er novembre 1954. Par 396 voix contre 197, l’Assemblée refuse l’envoi d’une commission d’enquête en Algérie. » (La Grande aventure d’Alger Républicain, éditions Delga, H. Alleg, A. Benzine, B.Khalfa).
Les rédacteurs et gérants de "Liberté", le journal communiste algérien, et de "Algérie Nouvelle" qui ont repris l'information sur les exactions de Sidi Ali Bounab sont également réprimés et condamnés.
 
Le 11 octobre 1949, Alger Républicain annonce la nomination de Maurice Papon comme préfet de Constantine:  le préfet Papon, dont on sait aujourd'hui qu'il fut l'organisateur des déportations de 1.690 juifs dont 200 enfants dans la préfecture de la Gironde entre 1942 et 1944, fut nommé préfet de Constantine (un des trois départements d'Algérie, le plus oriental) fut ainsi nommé par le ministre de l'intérieur Jules Moch en octobre 1959.
Il fera en Algérie un "bon organisateur" de la répression, avant et après l'insurrection du 1er novembre 1954, notamment fin 1954-début 1955 dans les Aurès et le Constantinois, sous la houlette d'abord du gouvernement de Mendès France et du ministre de l'intérieur Mitterrand, puis comme préfet de Paris, il organisera consciencieusement les exécutions de manifestants algériens et les noyades dans la Seine après le retour au pouvoir de De Gaulle.
 
lire aussi: 
A lire:

Histoires d'Algérie : Blanche et André Moine, militants communistes du PCA pendant la guerre d'Algérie

La grande aventure d'Alger Républicain, par Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Boualem Khalfa

Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale et les travaux pionniers de Pierre-Jean-Le Foll-Luciani - par Malika Rahal) 

D'une guerre civile à l'autre... - La guerre civile en France (1858-1962) par l'historien américain Grey Anderson (La Fabrique, 2018)

Témoignage - L'itinéraire de Michel Tanguy, instituteur morlaisien communiste en Algérie pendant la guerre d'Algérie

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Gisèle Halimi à propos de l'exécution de Fernand Iveton dans "Le lait de l'oranger", ses mémoires de 1988

A Khenchela, les colonialistes ont arrêté un instituteur français à titre d'otage - Marie Perrot, L'Humanité, 11 novembre 1954

Histoires d'Algérie - "Le camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien" (PUR, 2012)

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Histoires d'Algérie - Alice Sportisse, députée communiste d'Oran

 
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