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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 06:47
Tribut à Tristan 5 - Frère et soeur jumeaux (Les Amours Jaunes, 1873)
Tribut à Tristan 5 - Frère et soeur jumeaux (Les Amours Jaunes, 1873)

Tristan Corbière est un immense poète, d'une grande modernité, qui a su nourrir la poésie d'un refus du beau style et du formalisme éthéré, d'un réalisme cru et d'un souci d'expression intime et sociale, un poète d'une grande inventivité verbale mêlant une culture littéraire certaine nourrie à la mamelle de Villon, Baudelaire et consorts, un sens de l'irrévérence et le souci de faire rentrer la langue de la rue dans le poème. Un homme de la bohème d'une sensibilité maladive, mélancolique, goguenarde, et cynique, portée sur l'auto-dérision et le sens du paradoxe, le refus de l'esprit de sérieux, manifestant aussi de vrais sentiments, un intérêt pour la vie populaire, les marginaux, les chansons et coutumes du peuple, notamment de Basse-Bretagne.  Son unique recueil, "Les Amours Jaunes" n'est paru, de manière très confidentielle, qu'en 1873, deux ans avant sa mort. C'est Verlaine qui l'a fait connaître après sa mort en lui consacrant notamment une de ses études sur "Les Poètes maudits" en 1884.   Il sera ensuite un des poètes favoris du mouvement Dada (Tristan Tzara préfacera une édition des "Amours Jaunes" en 1947) et surréaliste.

Tristan est né à Morlaix, au manoir de Coat Congar, en Ploujean, le long de l'avenue de Launay. 

Il est né Édouard (Édouard-Joachim), comme son père, homme d'affaires self-made-man, ancien mousse, patron d'une compagnie de navigation transportant marchandise et voyageurs entre Morlaix et Le Havre, et grand écrivain maritime à succès, auteur du "Négrier", roman édité quatre fois de son vivant. Sa mère Marie-Angélique était une Puyo, d'une famille de notable morlaisiens.

Le nom de plume de notre poète, Triste-en-Corps-Bière, Tristan Corbière, dit sa conscience de la mort qui progresse en lui, son humour noir, et son goût du macabre et du spectacle, son rire jaune de dandy malheureux et maladif.

Tristan est mort à Morlaix et est enterré au cimetière Saint-Martin. Il a vécu à Morlaix de 1845 à 1859, date où il rejoint le Lycée Impérial de Saint-Brieuc. Il sera très malheureux, puis poursuivra le lycée à Nantes, avant de revenir en Bretagne, sans pouvoir passer son bac, tentant de se soigner de ses terribles rhumatismes et sa tuberculose à Roscoff, dans la maison de vacances de ses parents.

Il a vécu plusieurs années à Roscoff, multipliant les canulars et les scandales, comme entre 1864 et 1868, puis à Morlaix à nouveau en 1869 après un voyage à Italie. Il s'est installé à Montmartre après la Commune, en 1872, avant de mourir dans sa trentième année à Morlaix en 1875. Tristan Corbière est enterré au cimetière Saint-Martin, non loin de la gare de Morlaix.

Nous avons voulu dans le Chiffon Rouge rendre hommage à ce génie précoce trop peu connu du grand public, poète universel et plus grand des Morlaisiens dans le domaine de l'art sans doute.

De la sorte, nous publierons régulièrement pendant un mois des poèmes de Tristan pour le partager avec les lecteurs du "Chiffon Rouge" la modernité, la beauté mendiante et l'émotion, de cette poésie.

 

Lire aussi:

Tribut à Tristan - 4. Le poète contumace

Tribut à Tristan - 3. Bohème de chic

Tribut à Tristan: 2- A la mémoire de Zulma, vierge-folle hors barrière et d'un LOUIS - Colonelle à la Commune

Tribut à Tristan - 1. Epitaphe

Tribut à Tristan 5 - Frère et soeur jumeaux (Les Amours Jaunes, 1873)

Frère et sœur jumeaux (1873)

Ils étaient tous deux seuls, oubliés là par l'âge...
Ils promenaient toujours tous les deux, à longs pas,
Obliquant de travers, l'air piteux et sauvage...
Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas.

Ils allaient devant eux essuyant les risées,
– Leur parapluie aussi, vert, avec un grand bec –
Serrés l'un contre l'autre et roides, sans pensées...
Eh bien, je les aimais – leur parapluie avec ! –

Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes :
La Sœur à la popotte, et l'Autre sous les armes ;
Ils gardaient l'uniforme encor – veuf de galon :
Elle avait la barbiche, et lui le pantalon.

Un Dimanche de Mai que tout avait une âme,
Depuis le champignon jusqu'au paradis bleu,
Je flânais aux bois, seul – à deux aussi : la femme
Que j'aimais comme l'air... m'en doutant assez peu.

– Soudain, au coin d'un champ, sous l'ombre verdoyante
Du parapluie éclos, nichés dans un fossé,
Mes Vieux Jumeaux, tous deux, à l'aube souriante,
Souriaient rayonnants... quand nous avons passé.

Contre un arbre, le vieux jouait de la musette,
Comme un sourd aveugle, et sa sœur dans un sillon,
Grelottant au soleil, écoutait un grillon
Et remerciait Dieu de son beau jour de fête.

– Avez-vous remarqué l'humaine créature
Qui végète loin du vulgaire intelligent,
Et dont l'âme d'instinct, au trait de la figure,
Se lit... – N'avez-vous pas aimé de chien couchant ?...

Ils avaient de cela – De retour dans l'enfance,
Tenant chaud l'un à l'autre, ils attendaient le jour
Ensemble pour la mort comme pour la naissance...
– Et je les regardais en pensant à l'amour...

Mais l'Amour que j'avais près de moi voulut rire ;
Et moi, pauvre honteux de mon émotion,
J'eus le cœur de crier au vieux duo : Tityre ! –
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et j'ai fait ces vieux vers en expiation.

Tristan Corbière

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