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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 14:55
« Ce n'est plus la gauche qui gouverne »

L'HUMANITE

Lundi 1er Février 2016

Pierre Laurent : entretien

Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, estime que François Hollande n'étant « ni le candidat naturel ni le candidat légitime de la gauche en 2017 », « la clef, c'est l'engagement populaire ».

Vous avez salué le départ du gouvernement de Christiane Taubira. En quoi est-il une bonne nouvelle pour ceux qui, à gauche, contestent la politique menée par Valls et Hollande ?

PIERRE LAURENT

Je ne dirais pas une « bonne nouvelle ». C'est un geste salutaire face à la dérive du pouvoir. C'est le signal clair que ceux qui souhaitent le respect des valeurs de gauche n'arrivent plus à cohabiter avec un pouvoir qui leur a tourné le dos. La décision du président et de son premier ministre d'aller coûte que coûte au vote de la révision constitutionnelle marque la fin d'une période pendant laquelle nombreux sont ceux qui ont espéré, parfois malgré toutes les évidences, que le retour à des orientations de gauche serait possible. Aujourd'hui, tous les ministres qui ont exprimé des réserves au nom du respect des engagements pris en 2012 sont partis. Ce n'est plus la gauche qui gouverne, mais deux hommes, François Hollande et Manuel Valls. Les forces de la gauche sociale et politique doivent bâtir un nouveau projet.

Le jour du départ de sa ministre, Manuel Valls a tenté de rassurer tant sur l'état d'urgence « nécessairement borné dans le temps » que sur la déchéance de nationalité. Pourquoi les contestez-vous ?

PIERRE LAURENT

D'abord, il faut bien comprendre qu'avec la prolongation de l'état d'urgence, la révision constitutionnelle et la réforme de la procédure pénale ¬ puisque les trois sont proposées en même temps ¬, nous entrons bel et bien dans un état d'urgence durable. Nous contestons cette logique parce qu'elle est dangereuse à double titre : elle est inefficace dans la durée face au terrorisme et elle est dangereuse pour la République et nos libertés. Le gouvernement prétend que pour combattre le terrorisme, il faut restreindre les libertés et intensifier la guerre. C'est l'engrenage dans lequel Daech veut nous entraîner. Il ne faut pas lui offrir cette victoire. Pour gagner la bataille contre le projet politique et guerrier de l'Organisation de « l'État islamique », il faut unir les Français, protéger nos libertés et construire la paix. La déchéance de nationalité pour les binationaux, puisqu'ils seraient les seuls visés, est une rupture d'égalité inacceptable, qui viendrait s'ajouter à des fractures territoriales et sociales de plus en plus graves. Les fondements d'égalité de la République sont sapés dans tous les domaines. Nous refusons en bloc cette logique.

Ces dispositions semblent pourtant rencontrer l'approbation de l'opinion. Vous en décriez la logique mais est-il possible de faire face à la menace terroriste sans restreindre les libertés ?

PIERRE LAURENT

J'ai conscience du très grand travail d'explication et de conviction que nous avons à mener. La menace de nouvelles attaques est réelle. Les Français sont donc à juste titre sensibles au besoin de conforter la sécurité du pays. Mais je leur dis : les mesures de police nécessaires ne suffiront pas dans la durée. Le gouvernement doit agir dans deux autres directions et il ne le fait pas. La France devrait être en pointe pour construire des solutions de paix dans la région au lieu de maintenir des relations complices, par exemple avec le pouvoir turc qui alimente ces guerres. Par ailleurs, si nous voulons assécher le terreau qui permet à Daech de recruter des jeunes Français sur le territoire national, il faut redonner toute sa force à la Ré l'emploi, l'égalité, le vivre-ensemble, la laïcité. Ces combats-là sont laissés à l'abandon par les politiques d'austérité et de division nationale. C'est sur ces principes que nous voulons rassembler les Français pour restaurer la sécurité de vie pour tous, faire reculer la peur et non pas l'instrumentaliser.

Au vu des derniers chiffres, ce sont 700 000 chômeurs de plus que compte la France depuis 2012. Les dernières annonces sur l'emploi de François Hollande sont-elles condamnées à l'échec ?

PIERRE LAURENT

Comment pourraient-elles inverser la tendance alors même qu'il ne s'agit que d'amplifier la même logique ¬ baisser par tous les moyens le coût du travail, les salaires, les protections des salariés pour faciliter les licenciements ¬, le recours à la précarité ? Si les patrons sont libres, ils embaucheront, voilà la thèse. Le résultat, c'est un gâchis humain et financier monstrueux. Avec le CICE, par exemple, nous aurons « grillé », à la fin de l'année 2016, 40 milliards d'euros pour un résultat de 700 000 à 800 000 chômeurs supplémentaires. Ces politiques ont échoué et continueront d'échouer pour le seul profit des plus gros actionnaires qui sacrifient l'intérêt général pour maintenir dans la guerre économique mondiale leurs marges financières et leurs dividendes.

Le projet de réforme du Code du travail présenté comme une « simplification » s'inscrit-il, à vos yeux, dans cette logique de déréglementation ?

PIERRE LAURENT

Tout à fait. Le rapport Badinter est un leurre extrêmement dangereux. Les 61 grands principes par lesquels il entend remplacer le Code du travail actuel paraissent formidables sur le papier mais, derrière la belle vitrine, c'est la porte ouverte à la réécriture totale des droits sociaux vers le bas. L'ensemble des droits collectifs du monde salarié sont visés. Cela n'aboutira pas à la libération de la création d'emplois, mais à la libération totale des possibilités de licencier et d'exploiter les travailleurs dans des conditions qui nous ramèneraient plusieurs décennies en arrière. Il est temps d'ouvrir un grand débat de société : allons nous rester enfermés dans cette guerre du tous contre tous, ou repensons-nous collectivement un autre avenir pour une société sans chômage ?

C'est le sens de la campagne du PCF « Zéro chômeurs - tous travailleurs » que vous avez annoncés lors de vos vœux ?

PIERRE LAURENT

C'est plus qu'une campagne. C'est un axe central pour un nouveau projet de société. Dans tous les domaines, nous devons envisager les choses autrement, car la société marche sur la tête et l'une des grandes ambitions, avec la protection de la planète, est de construire une société sans chômage. Je propose que le Parti communiste, lors de son congrès en juin, en fasse l'une de ses décisions majeures en proposant de repenser tous les fondamentaux de notre société. Le travail, l'emploi, l'éducation pour tous doivent être au coeur de ce projet. C'est possible. Ceux qui nous disent que nous sommes obligés d'entrer dans la guerre économique pour protéger les emplois nous mentent. Nous ne cessons d'abdiquer nos principes devant les exigences des marchés et des multinationales, et l'emploi recule mois après mois, année après année. Les paysans sont poussés au désespoir parce qu'on ne paye pas le travail paysan à sa juste valeur. La révolution numérique, qui permettrait de réduire le temps de travail, n'est utilisée que pour promouvoir « l'ubérisation », c'est-à-dire la déréglementation généralisée du travail. Pour nous, cette révolution peut au contraire nous permettre de construire un nouvel âge de la Sécurité sociale, qui sécuriserait l'emploi et la a tout au long de la vie. Évidemment, cela nécessite de mobiliser l'ensemble des richesses disponibles : les immenses sommes détournées par les banques et les marchés financiers doivent revenir à la société.

Vous avez dit votre solidarité avec les salariés de Goodyear condamnés à de la prison ferme pour avoir retenu deux cadres lors d'un mouvement social...

PIERRE LAURENT

La condamnation des Goodyear est un scandale pur et simple. J'invite à amplifier la signature de la pétition et la mobilisation pour exiger leur relaxe, notamment à l'occasion du rassemblement prévu jeudi, au Trocadéro. La bataille pour la relaxe des Air France doit elle aussi se poursuivre. L'offensive du patronat et du gouvernement contre les droits des salariés et des syndicats est devenue systématique, la dernière en date étant l'invention par la ministre du Travail d'un référendum contournant les accords majoritaires. Il faut s'en inquiéter au plus haut point.

Vous vous êtes dit ouvert à la proposition d'une primaire en vue de 2017, comment le PCF entend éviter le piège de la personnalisation et du « vote utile » ?

PIERRE LAURENT

Les appels à une primaire citoyenne de la gauche ouvrent un débat salutaire. Je ne méconnais pas les doutes et les interrogations sur un tel processus. Mais je crois qu'il faut réfléchir à partir de l'essentiel, sans croire à une quelconque solution miracle. Soyons clairs : nous sommes dans une situation politique très dangereuse. Je n'oublie pas les régionales. Si rien ne bouge, ce qui s'est passé en Paca et dans le Nord peut se produire à l'échelle nationale. Alors que les forces vives de la gauche politique et sociale ne peuvent plus se reconnaître dans la candidature de François Hollande, ou une autre défendant les mêmes choix, on veut nous enfermer dans un scénario dans lequel il serait présenté comme le seul à pouvoir porter les couleurs de la gauche au second tour face à la menace réelle du Front national. Cela ouvrirait la porte au détournement de toutes les voix de gauche au service de la recomposition libérale souhaitée par Hollande et Valls. C'est ce scénario que refusent dans leur très grande masse ceux qui signent les appels à une primaire à partir d'un constat et d'une volonté : François Hollande n'est ni le candidat naturel ni le candidat légitime de la gauche en 2017. Il faut donc construire un autre projet et une autre candidature. Alors, oui, toutes les questions sont là : personne ne sait si cette primaire est possible, son périmètre n'est pas défini, les risques de personnalisation au détriment du débat de projet existent... Mais je crois que la chance de rouvrir un large débat à gauche et dans le peuple doit être absolument saisie. La clef, c'est l'engagement populaire, et nous pouvons jouer un rôle moteur pour cela. Je prends ma part en organisant à partir de ce soir les forums publics que j'ai baptisés « les lundis de gauche ».

Le Front de gauche est-il appelé à jouer un rôle, alors que Jean-Luc Mélenchon semble prendre position pour être candidat ?

PIERRE LAURENT

Nous avons construit le Front de gauche pour que se lève une dynamique de toute la gauche sur un projet de rupture avec l'austérité. Allons-nous tourner aujourd'hui le dos aux forces disponibles pour une telle construction, alors même qu'elles n'ont jamais été aussi nombreuses ? Je compte donc sur l'engagement de toutes les formations du Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon dit sa disponibilité pour être candidat. Pourquoi pas, mais pourquoi refuser d'inscrire cette proposition dans un processus collectif large où le projet comme la candidature peuvent être discutés ? Cela, je ne le comprends pas.

Certains y opposent notamment la possible participation, s'il s'agit d'une primaire, de François Hollande...

PIERRE LAURENT

Le piège est grossier. François Hollande veut être intronisé par le pouvoir sacré des institutions qui ferait du président sortant le candidat naturel. Il fera tout pour torpiller toute autre initiative à gauche. Nous devons briser ce cercle infernal et subvertir cette logique présidentielle. Les signataires des appels à la primaire que j'ai rencontrés sont motivés par le désir d'ouvrir la voie à un débat et un autre processus de candidature. Unir nos efforts, c'est se donner une chance de parvenir à déverrouiller le « tripartisme ». C'est une bataille, et je ne propose pas de nous prosterner devant une primaire qui descendrait du ciel. J'invite les communistes, les militants du Front de gauche à prendre des initiatives pour faire entrer dans le débat les forces populaires, qui risquent, sinon, d'être spectatrices de l'autoproclamation des candidats.

2016 sera aussi une année de congrès pour le PCF. Après celui de 2013, où il s'agissait notamment de définir « un communisme de nouvelle génération », quels en seront les enjeux ?

PIERRE LAURENT

Ce congrès, compte tenu des circonstances, ne peut qu'être exceptionnel. Nous allons le préparer dans l'action. D'abord, pour construire une offre forte et claire pour 2017. Le congrès aura à tirer un bilan des initiatives prises pour cela et à décider souverainement en conséquence. Deuxièmement, nous travaillons à un grand texte populaire pour dire le chemin d'émancipation que nous proposons à notre société. C'est à cet effort de conception et de formulation que nous allons consacrer une part importante de notre congrès. Enfin, le Parti communiste a beaucoup changé ces dernières années. Des générations nouvelles l'ont investi. Je crois qu'il est prêt à devenir une force politique nouvelle, capable de faire autrement de la politique, tel qu'y aspirent des millions de gens qui, comme nous, n'en peuvent plus de la sclérose actuelle du système. C'est le troisième objectif que nous donnons à ce congrès.

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