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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 16:11

Auréolé par son rôle dans la Résistance, le PCF atteint des sommets inégalés tant en nombre d'adhérents qu'en influence électorale. Aux élections municipales du printemps 1945, le "parti des fusillés" enlève deux mille communes, alors qu'il en dirigeait 317 en 1937.

Quand Paris est libéré, à la fin août 1944, le PCF sort d'une clandestinité qui a commencé pour lui avec son interdiction, le 26 septembre 1939. Il est un des premiers partis politiques à reprendre sa place et à s'exprimer au grand jour.

Il bénéficie très vite de son aura résistante. A l'été de 1939, quand éclate la Seconde Guerre mondiale, on compte environ 270 000 adhérents communistes. Ils ne sont plus que 5000 à la fin de cette même année 1939. En août 1944, ils sont déjà 60 000. Dès lors, le flot des adhésions va gonfler. A la fin de 1944, le "parti des fusillés" - comme il aime lui-même à se dénommer - atteint sans doute les 240 000 adhérents. Un an plus tard, le chiffre a encore doublé. Les demandes d'adhésion sont si nombreuses que la direction communiste ne parvient plus à les comptabiliser. En septembre 1945, les demandes de cartes venant des fédérations font rêver d'un parti "millionnaire". A la Fête de l'Humanité 1945, Maurice Thorez remet donc solennellement sa carte au millionième adhérent... un mineur du Pas-de-Calais. Très vite, les responsables doivent bien constater que l'écart est grand entre les cartes réclamées par les fédérations et celles qui sont effectivement remises aux adhérents. Combien de communistes en réalité? Vraisemblablement pas au-delà de 550 000. Mais ce chiffre fait du PCF un des partis communistes les plus puissants du monde et, en tout cas, le parti politique français aux effectifs les plus fournis.

Où se situent les adhérents communistes? Leur nombre triple en Bretagne, dans le Sud-Ouest et dans les Alpes. Dans l'ensemble, la période qui suit la Libération relève d'une double évolution. D'un côté, la Résistance a renforcé l'ancrage militant dans la France rurale marquée en longue durée par la tradition plébéienne révolutionnaire. En revanche, les départements les plus ouvriers sont ceux où la progression est la plus faible par rapport à l'avant-guerre. La part de la région parisienne se situe désormais entre 18% et 20%, contre un bon tiers à la fin de la guerre.

Au printemps 1945, les élections municipales font exploser la représentation territoriale du PC

Au printemps de 1945, les communistes ne constituent pas seulement un parti de masse. Ils sont en train de devenir, tout simplement, le premier parti de France. L'implication massive dans la Résistance a parachevé la lente imprégnation, à la fois dans les périphéries urbaines - la "banlieue rouge" - et dans les terres plus ruralisées, d'un vieux républicanisme coloré par la passion de la "sociale". Au printemps de 1945, les élections municipales font exploser la représentation territoriale du PC. Combien de maires communistes? Entre les 1462 dénombrés par le ministère de l'Intérieur et les 1999 comptabilisés par la direction du PC; dans tous les cas, bien au-delà des 317 municipalités de 1937. A l'automne, l'élection de l'Assemblée constituante viendra confirmer la percée électorale.

Le 21 octobre 1945, le PC dépasse les 5 millions de voix et obtient 26,2% des suffrages exprimés, contre 23,5% pour les socialistes et 23,9% pour le MRP. Le scrutin départemental à la proportionnelle lui assure 159 députés, deux fois plus qu'en 1936.

La carte électorale garde sa silhouette générale, mais elle se densifie. Les zones de force restent au nombre de trois: celle de la France du Nord, de la frontière belge à la région parisienne; celle du Centre, du Berry à l'Agenais, celle du Midi, surtout méditerranéen et rhodanien. Les zones de faiblesse n'ont pas changé elles non plus, départements réfractaires de l'ouest intérieur, du sud du Massif Central, de l'Est alsacien et, dans une moindre mesure, d'une large partie du Sud-Ouest. Mais cette faiblesse n'est plus que relative: en 1945, aucun département français ne met le PCF au-dessous de la barre des 5% et l’Île-de-France ne représente désormais qu'un peu moins de 20% du vote communiste.

Son expansion est-elle irréversible? Le parti, en tout cas, a des ministres depuis le printemps de 1944 et il se croit aux portes du pouvoir, comme ses équivalents de l'Europe centrale et orientale. En avril 1946, des sondages laissent espérer un score de 32% pour les législatives à venir. En fait, le maximum de l'influence sera atteint en nombre 1946: 28,6% des suffrages exprimés. Plus d'un électeur sur cinq s'est porté sur une liste présentée par les communistes et le PC compte 183 députés. En une décennie, de 1934 à la Libération, les communistes ont réussi à faire basculer le rapport des forces interne à la gauche.

L'impact de la Résistance aidant, la tradition révolutionnaire française, l'antifascisme et le communisme politique apparaissent comme des réalités superposables aux yeux de millions d'électeurs français, la garantie d'une mémoire qui ne s'efface pas. Le PCF de la Libération a conquis à la fois son image de représentant par excellence des classes subalternes ("le parti de la classe ouvrière") et le statut d'un parti national, devenu même un parti de gouvernement.

Roger Martelli

"1945, l'apogée du Parti communiste français" - Par Roger Martelli (L'humanité, "8 mai 1945 L'espoir")

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Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix - dans PAGES D'HISTOIRE
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