Au lieu de tenir compte lucidement de la catastrophe électorale, le Président de la République choisit la voie d’une suicidaire fuite en avant. Avoir désigné comme premier ministre, celui-là même qui a été très minoritaire lors des primaires organisées par le Parti socialiste, parce que jugé trop libéral, était déjà une inquiétante indication. Lui donner comme mission essentielle, comme il l’a confirmé dans sa déclaration de politique générale devant le Parlement, le respect du paquet cadeau de dizaines de milliards aux grandes entreprises, sans contrepartie pour l’emploi et les salaires, dans le cadre d’un plan d’austérité de cinquante milliards pris sur les dépenses de santé et une série de crédits publics utiles, dont ceux concernant les engagements pour l’école, tout en sacrifiant les budgets des collectivités locales, revient à mépriser totalement les électrices et les électeurs qui ont, de différentes manières, poussé un cri d’alarme et réclamé des choix conformes à leurs attentes. Cette déclaration est une opération visant à convaincre nos concitoyens de s’insérer et d’accepter les terribles conséquences de la guerre économique dans laquelle M. Valls veut inscrire notre pays, ses ouvriers, ses paysans, ses employés et cadres. Il a parlé comme un comptable en chef, pour faire respecter les durs critères européens et demander de tailler en pièces toute l’architecture des collectivités territoriales. Et une nouvelle fois il invente un dispositif favorisant la pression vers le bas sur les salaires, en exonérant de cotisations patronales les salariés payés au SMIC.
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D’ailleurs, au moment où se négocie le dangereux projet de marché transatlantique, le commerce extérieur passe sous l’égide du ministre des affaires étrangères. Les services diplomatiques deviennent ainsi le bras armé commercial des sociétés multinationales et de la guerre économique. Ainsi, F. Hollande a décidé de passer en force pour complaire aux puissances d’argent.
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La souveraineté populaire est une nouvelle fois bafouée. Jusqu’à quand nos institutions peuvent-elles encore fonctionner quand de plus en plus de citoyens n’attendent plus rien de la « politique » et que d’autres, tout aussi nombreux se mettent sciemment « hors système » ? En vérité, notre démocratie est malade, très malade de ne l’être que trop peu. Tant que la vie politique du pays s’organisera, comme c’est le cas depuis des décennies, autour de la pédagogie de l’acceptation par les citoyens de leur condition de vie, la crise démocratique s’approfondira, avec de dangereux risques de fuite en avant de droite extrémiste. Pourtant, ce qui est en cause c’est bien l’orientation ultra libérale des politiques mises en œuvre par des gouvernements dans le cadre d’une alternance entre des forces de droite et le parti socialiste. Comment un Président de la République pourra-t-il gouverner avec si peu de soutiens et des projections aux élections européennes qui placent son parti en deçà des 20% des suffrages ?
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Les résultats des municipales et les orientations gouvernementales aggravent les doutes, les inquiétudes, les contestations dans les rangs du parti socialiste lui-même. De nombreux électeurs et militants prennent comme un affront les choix découlant des municipales. Et ceux qui sont à la manœuvre auront beaucoup de mal à indéfiniment gérer le groupe socialiste au Parlement en brandissant en permanence la menace de la dissolution de l’Assemblée nationale, alors que la droite conquiert des villes et maintenant des métropoles et qu’existe le risque d’un changement de majorité au Sénat au mois de septembre. Véritable retour en fanfare offert à la droite, flanquée de l’extrême-droite, ce que ne souhaite pas la majorité du pays et qui aggraverait encore la crise politique en cours. Voilà qui renforce singulièrement la responsabilité du Front de gauche, qui doit être plus que jamais ouvert, offensif et porteur de choix alternatifs anti-austérité. Il doit se porter à l’avant de toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de gauche et de l’écologie politique pour les aider à se parler, à travailler ensemble pour jeter les bases d’un rassemblement pour faire front contre cette politique et pour réinventer un projet de transformation sociale et écologique. Le chantier est immense ! Le défi difficile et compliqué, mais il en vaut la peine. Il devient urgent et indispensable de sortir de l’austérité, de rompre clairement avec les dogmes économiques des institutions européennes et de refuser le projet de marché transatlantique. Urgent de créer les conditions pour que soit respectées les demandes exprimées lors des élections présidentielles et réaffirmées de différentes manières à l’occasion des élections municipales. Urgent que soit mené le combat acharné contre les inégalités sociales et le chômage, pour les droits humains, le respect de la souveraineté populaire et une nouvelle démocratie.
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La grande manifestation européenne, vendredi dernier à Bruxelles contre l’Europe austéritaire a montré la voie de l’action unitaire. La confédération européenne des syndicats a lancé l’idée d’un grand plan européen de relance des investissements utiles pour le logement, le transport, la santé, l’énergie, en lien avec la création d’un fonds financier européen et une autre orientation de la Banque centrale européenne. Elle appelle à se mobiliser pour cela à l’occasion des élections européennes en mai prochain. En Espagne, les rassemblements populaires se multiplient, comme au Portugal et en Grèce.
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Samedi prochain, 12 avril, à l’appel de deux cent personnalités et du Front de Gauche, une grande marche pour sortir de l’ornière, ouverte à tous ceux qui le souhaitent, va se déployer dans Paris. Plus elle sera large, ample, diverse, agrégeant toutes celles et ceux qui ont les valeurs de gauche au cœur et l’ambition que l’on sorte enfin de l’austérité et du chômage, et plus cela contribuera à modifier le rapport de forces pour que vienne enfin le temps d’une politique nationale et européenne alternative, avec en son cœur, l’humain d’abord.
Patrick Le Hyaric
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