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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 08:23

Face à la colonisation toujours plus féroce d’Israël, des organisations syndicales et des associations tentent de constituer des poches de résistance. Économie réduite en cendres, pouvoir d’achat inexistant, répression constante, la situation sociale en Cisjordanie sombre dans la catastrophe.

Composer avec la violence des raids de colons, les licenciements abusifs, le manque constant d’argent et la folie sécuritaire du système d’apartheid est la dure réalité à laquelle se confrontent les Palestiniens de Cisjordanie depuis six décennies. Responsable d’un génocide dans la bande de Gaza, Tel-Aviv accélère son projet colonial : déclassification des registres fonciers, ouverture des ventes de terres aux Israéliens et aux étrangers, extension du « contrôle » aux zones A et B.

Sa ligne de mire est claire : l’annexion totale de la Cisjordanie, occupée illégalement depuis 1967. En résulte, au sein de la société palestinienne confinée sur un territoire qui se réduit de jour en jour, un « paysage militant très morcelé, avec des dynamiques et des réalités différentes ». C’est le constat de Verveine Angeli, syndicaliste française à la retraite. Avec une délégation de Solidaires, elle s’est récemment rendue sur place afin d’y rencontrer des forces syndicales, des organisations non gouvernementales (ONG) et des associations dans les territoires palestiniens et israéliens.

“L’économie palestinienne appartient à l’économie israélienne”

Les conditions de vie des Palestiniens ne cessent d’être fragilisées avec un taux de pauvreté qui dépasse les 50 %. « On assiste à une asphyxie systématique des droits des Palestiniens en Cisjordanie », alertait Volker Türk, à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, début janvier. Sous l’impulsion du fasciste Bezalel Smotrich, ministre des Finances, Israël a systématisé, ces dernières années, la retenue des milliards de dollars de recettes fiscales perçues pour le compte de l’Autorité palestinienne. Au total, Tel-Aviv a détourné l’équivalent de 4 milliards de dollars, selon les estimations du Centre pour la démocratie et les droits des travailleurs en Palestine (DWRC). Les finances publiques palestiniennes se retrouvent ainsi asséchées, et entraînent la détérioration des services publics locaux ainsi que des salaires.

Face à cette crise, une galaxie militante tente de sauver les rares structures sociales encore debout. Les syndicats indépendants palestiniens, à distance de l’Autorité palestinienne (AP), se retrouvent en première ligne. « Ce sont des revendications que l’on peut retrouver partout dans le monde – la question des salaires, du recrutement, de la sauvegarde des services publics – mais elles prennent une dimension différente dans un contexte de colonisation, résume Linda Sehili, secrétaire nationale de Solidaires finances publiques. Des organisations syndicales ont dû, en complément, développer des systèmes parallèles. » De la distribution de nourriture au prêt de sommes d’argent, ces syndicats deviennent des acteurs vitaux alors que les indemnités chômage et les droits à la retraite sont un horizon inatteignable. « L’économie palestinienne appartient à l’économie israélienne, résume Hania (les prénoms palestiniens ont été modifiés), une membre de la National Palestinian Union. On paye des taxes sur notre occupation. »

Les prix sont calqués sur les salaires israéliens

Avant le 7-Octobre, au moins 170 000 travailleurs de Cisjordanie occupée étaient autorisés à travailler sur le territoire israélien. Depuis, seuls 40 000 d’entre eux, dont 10 000 avec des permis de travail, tentent de passer la frontière. Sans le sou, l’Autorité palestinienne n’autorise les employés du service public à ne travailler que trois jours par semaine. Le ministère des Finances est, quant à lui, chargé d’annoncer, chaque mois, combien ils vont pouvoir payer les fonctionnaires. « Au-dessus d’une paie de 2 000 shekels (544,76 euros en monnaie israélienne, NDLR), l’Autorité palestinienne retient une plus grande partie du salaire, ajoute Ouardia, une membre de l’administration du DWRC. Le nombre d’employés a diminué et les recrutements sont gelés, sauf pour le secteur de la santé et de l’éducation. »

 

« En Palestine, nous devons nous battre contre l’occupation et contre le capital », résume amèrement Yassid, membre de la Fédération des syndicats indépendants de Palestine (GFIU). Les salaires du public comme du privé pourraient être revalorisés car les prix sont calqués sur le pouvoir d’achat en Israël. Des membres de la Postal services Workers union – Palestine (PPSWU) attendent trois à quatre mois avant de voir la couleur de leur salaire. Quand celui-ci tombe enfin, il s’avère dérisoire. Un chef du bureau de poste rencontré par Solidaires a dû se contenter de 450 shekels (122 euros) pour tenir le mois. À titre de comparaison, le salaire moyen en Israël se situe entre 12 000 et 15 000 shekels.

L’éducation en ruine

Barrages de contrôle, arrestations arbitraires, les conditions de travail sont, elles aussi soumises, aux affres du système d’apartheid. « La difficulté pour se déplacer entre les zones et les fermetures de checkpoint nous oblige à travailler environ 17 à 18 heures d’affilée », raconte ainsi Ichrak, psychologue et militante syndicale.

Fierté du peuple palestinien, l’éducation repose pourtant sur des ruines. En raison du manque de moyens, les enseignants employés en Cisjordanie occupée ont déclenché une grève en 2025. Mais face aux problèmes systémiques, certains ont préféré se rendre à l’usine où la rémunération est plus stable. De fait, nombre d’habitants sont encouragés à contracter des prêts pour contribuer au développement économique des territoires palestiniens. La pandémie du Covid-19, conjuguée à l’enclavement organisé par Tel-Aviv, ont réduit en miettes ce recours et il ne reste désormais plus que la cruelle réalité des remboursements. De quoi faire dire à Majd, membre du Centre de recherche et de développement Bisan, que « la Palestine est un microcosme de toutes les injustices au monde ».

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