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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 05:59
Photo Jean-Marc Nayet: Leïla Shahid à Carhaix en 2015

Photo Jean-Marc Nayet: Leïla Shahid à Carhaix en 2015

Photo Jean-Marc Nayet: Leïla Shahid à Carhaix en 2015

Photo Jean-Marc Nayet: Leïla Shahid à Carhaix en 2015

Nous avons appris avec une grande tristesse le décès de Leïla Shahid, la voix de l'OLP et de la Palestine en France pendant des années (et qu'elle voix!!!), en particulier pendant les accords d'Oslo, vis-à-vis desquels elle était critique rétrospectivement, les Israéliens ayant complètement escroqué les Palestiniens. J'avais une immense admiration pour Leïla Shahid que j'ai eu le bonheur de rencontrer plusieurs fois, et pour la première fois à Carhaix lors d'un débat organisé avec Sylvain Cypel et Claude Léostic, Taoufiq Tahani, au Glenmor. Pour moi, elle était le symbole du cœur et l'intelligence vibrante de la Palestine, de sa culture fruit d'un métissage multi millénaire, de sa soif de justice et de vie inextinguible, de son espoir indestructible, de sa beauté, de son esprit de résistance et de résilience! Notre ami Jean-Marc Nayet nous avait photographiés avec Leïla Shahid, mes amis et camarades Lucienne Nayet, qui la connaissait bien, depuis qu'elle avait organisé avec elle comme adjointe à la culture de Champigny plusieurs Printemps pour la Palestine, et Alain David en 2015, il y a 11 ans, après cette conférence publique. Ce soir, notre cœur pleure pour cette très grande dame de la lutte palestinienne, militante et résistante avec une grande noblesse d'âme et hauteur de vue. Sa foi en l'avenir n'a pas résisté au génocide, à l'abandon, et à l'écrasement actuel du peuple palestinien par Netanyahou et son gouvernement d'extrême-droite, avec l'appui et la complicité, des Etats-Unis, dans l'indifférence d'une grande partie des états du monde, européens notamment.

Leïla Shahid en 2015 était revenue à Carhaix et le lendemain de son intervention elle avait accordé à Radio Kreiz-Breizh un entretien en 2 parties que vous pouvez écouter ci-dessous : https://www.radiobreizh.bzh/fr/search?text=Leila%20shahid

L'Humanité: 
Mort de Leïla Shahid, ancienne déléguée générale de la Palestine en France
Déléguée générale de Palestine en France puis auprès de l’Union européenne, elle incarnait la lutte d’un peuple pour son autodétermination. Elle était une grande amie de « l’Humanité ». Elle est décédée le 18 février dans le Gard. Elle avait 76 ans.
Karama. Dignité en arabe. À lui seul il dit Leïla Shahid qui, le 18 février au matin, nous a quittés. Dignité parce que cette grande dame, infatigable combattante et diplomate palestinienne, a toujours préféré affronter que subir, la vie comme la mort. À l’unisson de son peuple, elle était une résistante.
Née le 13 juillet 1949 à Beyrouth, au Liban, issue d’une famille très impliquée dans le mouvement national palestinien, elle s’est elle-même rapidement engagée au lendemain de la guerre des Six-Jours. Elle adhère au Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, et démarre une activité politique et sociale dans les camps de réfugiés du Liban du sud. Un sujet au centre du problème palestinien, témoignage de la Nakba (la catastrophe) et de l’expulsion de centaines de milliers de personnes en 1948 par ce qui allait devenir l’armée israélienne.
Les réfugiés ne quitteront jamais le cœur et l’esprit de Leïla Shahid. Elle consacre sa thèse à la structure sociale de ces camps qu’elle connaît bien. Elle fera toujours sienne cette revendication du droit au retour des réfugiés palestiniens.
La diplomatie de la vérité
En 1982, alors qu’elle se trouve dans la capitale libanaise en compagnie de son ami Jean Genet, se produisent les massacres de Sabra et Chatila, perpétrés par les Phalanges chrétiennes libanaises sous la supervision de l’armée israélienne, et dans lesquels tous deux vont se rendre. L’écrivain publiera plus tard Quatre Heures à Chatila, un texte aussi politique que littéraire, qui annonce Un captif amoureux.
Pourquoi rappeler cet épisode ? Parce que Leïla Shahid, mariée depuis 1978 avec l’écrivain marocain Mohamed Berrada, n’a jamais fait de son engagement national palestinien un enfermement, mais au contraire un atout pour rencontrer les autres, confronter ses idées, apporter la contradiction.
Ceux qui l’ont connue le savent, Leïla Shahid pratiquait la diplomatie de la vérité. Pas de faux-fuyants ni de faux-semblants. L’argument réfléchi et nourri pour défendre sa cause. Celle, comme elle le rappelait tout le temps, y compris ces derniers mois, qui ne portait pas sur un prétendu « conflit israélo-palestinien », mais sur « le droit du peuple palestinien à son autodétermination ». Une nuance de taille. Politique.
Depuis 1976, année où elle devient président de l’Union générale des étudiants de Palestine (le Gups) en France, sa vie s’est confondue avec son combat. En 1989, elle est nommée représentante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en Irlande et, en 1990, aux Pays-Bas puis au Danemark.
Mais la francophone qu’elle est trouve sa consécration à son poste de déléguée générale de la Palestine en France. De 1994 à 2005 elle fait découvrir aux Français un visage de la Palestine et des Palestiniens que les médias dominants leur avaient rarement montré. Sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio, elle explique la politique de l’OLP, coupe court à toutes les insultes ou les insinuations la taxant d’antisémitisme, s’affichant et débattant avec courage avec certains ambassadeurs israéliens en France comme Élie Barnavi.
La représentante d’un pays sans État
Après la mort, en novembre 2004, de Yasser Arafat, dont elle était très proche, Leïla Shahid devient, en 2005, déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, à Bruxelles. Au Parlement européen elle fait l’effet d’une tornade.
La verve méditerranéenne, la bonne humeur qui peut se transformer en une colère dévastatrice, les reparties politiques et intelligentes, immédiates, désarçonnant souvent une certaine culture nord-européenne. Leïla Shahid était une diplomate d’autant plus incontournable qu’elle représentait un pays sans État et qu’à ce titre elle ne manquait pas une occasion de rappeler la responsabilité des uns et des autres dans cet état de fait.
Directrice de la Revue d’études palestiniennes, elle a été initiatrice de la saison culturelle Masarat-Palestine en 2008. Elle est l’une des trois promoteurs du tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.
« Nous avons décidé, il y a dix-neuf ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux États. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué. (…) Nous n’avons même pas réussi à faire retirer l’armée israélienne ni de Gaza ni de Cisjordanie, ni de Jérusalem-Est. Donc regardons la réalité en face : la communauté internationale est responsable aussi de notre propre échec », expliquait-elle sur RTBF en 2012.
« Elle parlait au nom de millions de Palestiniens »
Sa retraite, prise en 2015, n’est qu’administrative, partageant son temps entre Paris, Beyrouth et Lecques, cette commune du Gard devenu un havre de paix, où elle est décédée. Après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023, elle intervient à de nombreuses reprises, déplorant la mort de civils israéliens et dénonçant le génocide perpétré par Israël, expliquant : « Les pays arabes, les Européens et les Américains ont été d’une lâcheté totale. »
Leïla Shahid a toujours entretenu avec l’Humanité une relation toute particulière. Elle savait que les colonnes de notre journal lui étaient ouvertes en permanence, surtout dans les moments de grande tension où personne ne voulait faire entendre la voix des Palestiniens.
Depuis ses années étudiantes et jusqu’au dernier jour, elle connaissait également l’engagement sans faille du Parti communiste français (PCF) auprès du peuple palestinien. C’est ce qui faisait aussi sa fidélité à la Fête de l’Huma. Lorsqu’elle parcourait les allées, elle était sans cesse arrêtée par les militants. Elle avait toujours un mot, un geste de fraternité.
Les débats en sa présence se remplissaient d’une richesse inédite. Elle était tout à la fois intervenante et animatrice, donnant la parole elle-même, vous prenant le bras avec un sourire désarmant et un « mon chéri » avec ce « r » roulé comme jamais.
« Elle parlait au nom de millions de Palestiniens, qui, depuis 1948, attendent que le droit international s’applique enfin à leur terre », a salué l’actuelle ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira. Avec Leïla Shahid disparaît une grande voix de la Palestine.

 

Mission de Palestine en France
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
La Palestine perd l'une de ses plus grandes voix.
La France perd une amie fidèle. Le monde perd une conscience.
C'est avec une douleur immense et une profonde émotion que la Mission de Palestine en France a appris la disparition de Leïla Shahid, survenue ce mercredi 18 février 2026, à l'âge de soixante-seize ans.
Leïla Shahid n'était pas seulement une diplomate d'exception. Elle fut, durant plus de trois décennies, le visage, la voix et l'âme de la Palestine en Europe. Première femme ambassadrice de la Palestine, elle a incarné avec une dignité sans faille, une intelligence lumineuse et un courage inépuisable la cause d'un peuple qui n'a jamais cessé de réclamer justice.
Une vie au service de la Palestine et du droit international
Née le 13 juillet 1949 à Beyrouth, dans une famille dont le nom se confond avec l'histoire même du mouvement national palestinien, Leïla Shahid portait en elle la mémoire d'une terre et la promesse d'un combat. Petite-nièce de grandes figures de Jérusalem, fille de Munib et Sirine Husseini Shahid, elle grandit dans l'exil libanais avec la Palestine au coeur, comme un héritage et comme un horizon.
La guerre de juin 1967 décida de sa vie. L'étudiante brillante de l'Université américaine de Beyrouth, formée à l'anthropologie et à la sociologie, choisit d'embrasser le combat de son peuple, par la pensée, par la parole et par la diplomatie. Dans les camps de réfugiés du Sud-Liban, elle fit ses premières armes politiques : auprès des familles dépossédées, au coeur de la détresse, là où s'enracine la résilience de ceux qui n'ont rien mais qui ne cèdent pas.
En septembre 1982, aux côtés de l'écrivain Jean Genet, Leïla Shahid fut parmi les premiers témoins de l'horreur de Sabra et Chatila. Ce qu'elle vit dans les ruelles de ces camps martyr ne quitta jamais son regard. De cette épreuve naquit une détermination absolue : porter la voix des sans-voix dans toutes les capitales du monde.
La grande ambassadrice
Nommée représentante de l'OLP en Irlande en 1989, puis aux Pays-Bas et au Danemark, Leïla Shahid déploya très tôt ses qualités exceptionnelles de diplomate. En 1994, elle devint déléguée générale de Palestine en France, poste qu'elle occupa avec une autorité et une grâce rare jusqu'en 2005. Pendant onze années, elle tissa avec la société française, ses institutions, ses intellectuels, ses élus et ses citoyens, des liens profonds et durables qui contribuèrent à faire de la France l'un des pays les plus sensibles à la cause palestinienne en Europe.
De 2005 à 2015, elle porta cette même exigence auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, élevant la voix de la Palestine au coeur même des institutions communautaires. À Bruxelles comme à Paris, elle sut conjuguer la rigueur du droit international et la force de la conviction, la patience du dialogue et l'intransigeance des principes.
Co-fondatrice du Tribunal Russell sur la Palestine en 2009, directrice de La Revue d'études palestiniennes, initiatrice de la Saison culturelle Masarat/Palestine en 2008, Leïla Shahid ne sépara jamais l'action diplomatique de l'engagement intellectuel et culturel. Elle savait, comme Mahmoud Darwich dont elle accompagna l'oeuvre, que la culture est le dernier rempart d'un peuple quand tout le reste lui est confisqué.
En 2004, elle fut aux côtés du Président Yasser Arafat dans ses derniers jours. La fidélité était chez elle une vertu cardinale.
Ce que nous perdons
Leïla Shahid possédait un don singulier : celui de rendre la cause palestinienne universelle sans jamais la dissoudre dans l'abstraction. Devant les parlementaires comme devant les caméras, dans les salons diplomatiques comme dans les assemblées populaires, elle parlait avec la même précision, la même flamme, la même exigence de vérité. Elle ne plaidait pas : elle démontrait. Elle ne suppliait pas : elle exigeait. Elle ne demandait pas la compassion : elle réclamait la justice.
Sa voix portait la mémoire de la Nakba, la douleur des camps, l'aspiration indestructible à la liberté. Elle parlait au nom de millions de Palestiniens qui, depuis 1948, attendent que le droit international s'applique enfin à leur terre. Cette voix vient de s'éteindre, et son silence pèse ce soir sur la conscience du monde.
Un héritage qui nous oblige
Leïla Shahid disparaît à un moment où la Palestine traverse l'une des épreuves les plus sombres de son histoire. Elle qui, en octobre dernier encore, alertait sur le cataclysme humanitaire à Gaza, elle qui n'avait jamais cessé de dénoncer l'occupation, la colonisation et l'impunité, elle qui portait en elle la certitude que la justice finirait par triompher, nous laisse un héritage immense et une responsabilité plus grande encore.
En sa mémoire, nous nous engageons à poursuivre ce qu'elle a commencé. Son combat est le nôtre. Sa détermination est notre boussole. Son exigence de dignité, de droit et de vérité demeure notre feuille de route.
Mission de Palestine en France
Un message personnel
Qu'il me soit permis, en tant qu'ambassadrice de Palestine en France, d'exprimer ce que cette perte signifie pour moi et pour toute une génération de diplomates palestiniens.
Leïla Shahid a ouvert la voie. Elle a démontré qu'une femme palestinienne pouvait tenir tête aux puissants, dialoguer avec les plus grands, et ne jamais faillir. Elle a prouvé que la diplomatie est aussi un acte de résistance, et que le sumud, cette endurance inébranlable de notre peuple, pouvait s'exprimer dans le registre le plus exigeant de la scène internationale. C'est sur les fondations qu'elle a posées que nous continuons, chaque jour, à défendre la Palestine en France.
Je rejoins ici la famille de Leïla Shahid, ses proches, et toutes celles et tous ceux qui, partout dans le monde, pleurent aujourd'hui une femme exceptionnelle. À sa famille, et en particulier à son époux Mohammed Berrada et à ses soeurs, j'adresse au nom de la Mission de Palestine en France nos condoléances les plus profondes et notre affection fraternelle.
La Palestine ne t'oubliera jamais, Leïla. Tu es rentrée chez toi
Hala ABOU HASSIRA
Ambassadrice de Palestine en France
 
Hommage à Leila Shahid, figure du mouvement national palestinien
C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris la disparition de Leila Shahid, grande figure et militante du mouvement national palestinien, et actrice centrale et incontournable du mouvement de solidarité avec la lutte du peuple palestinien pour ses droits nationaux.
Engagée auprès de l’OLP dès les années 1970, elle a contribué à faire connaître l’horreur des massacres de Sabra et Chatila commis par les forces phalangistes libanaises agissant sous protection des troupes israéliennes d’Ariel Sharon.
De 1994 à 2005, elle est déléguée générale de Palestine en France, où son action laisse une trace durable. Elle s’est imposée comme une interlocutrice déterminée et sérieuse auprès de la diplomatie française dans les années au cours desquelles l’espoir ouvert par les Accords d’Oslo ont laissé peu à peu place à la désillusion du fait de l’inaction des diplomaties occidentales.
Elle fut toujours soucieuse d’entretenir des relations étroites avec le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, permettant aux mobilisations d’acquérir alors une influence inégalée dans la société française. De même, elle sut maintenir le lien de solidarité avec les Israéliens engagés pour une paix juste et durable, et replacer la lutte nationale du peuple palestinien dans la longue histoire de la lutte des peuples, de tous les peuples, pour choisir leur libre destin, face aux entreprises coloniales et impérialistes.
De Jean Genet à Mahmoud Darwich, elle a toujours accordé une grande importance au rôle que l’art et la poésie peuvent jouer comme catalyseur d’indignation, de mobilisation et d’action.
Tout au long de ce combat, toujours inachevé, elle a lutté et travaillé avec le Parti Communiste Français pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens. Les communistes français ont toujours pu compter sur son analyse, sa disponibilité et sa détermination pour faire avancer la cause des droits nationaux du peuple palestinien.
Pour tout cela, chère Leila, nous honorons ta mémoire.
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, 18 février 2026
 
J’ai appris avec une immense tristesse le décès de Leila Shahid.
Comme beaucoup de militants de ma génération, j’ai été sensibilisé à la cause palestinienne par elle, grâce à elle.
Son attachement à la cause de la paix et de la justice, son intelligence lumineuses nous manqueront terriblement.
Que ses combats continuent à nous porter et permettent enfin la création d’un État palestinien libre et souverain.
Ian Brossat, porte-parole du PCF, sénateur communiste
 
Leila Shahid nous a quittés. La meilleure ambassadrice du peuple palestinien. Une personnalité de très haut vol, pleine de courage, de générosité, de charisme et de lucidité au service de la résistance du peuple palestinien. J'avais énormément d'admiration pour elle et j'ai eu la chance de la rencontrer trois fois. A chaque fois des moments précieux où Leïla nous avait communiqué sa force intérieure

Sofia Boutrih, présidente de la fête de l'Humanité 

 
 
POUR SALUER LEÏLA SHAHID
Leïla Shahid n’était pas seulement la voix de la Palestine.
Elle en était la respiration profonde, le battement obstiné, la circulation vive.
Chez elle, la Palestine n’était ni un drapeau ni un slogan. C’était une présence organique. Elle la portait comme on porte une mémoire dans la chair. Chaque ville semblait traverser son corps : Jénine, Jéricho, Haïfa, Jérusalem. Elle ne récitait pas une géographie blessée, spoliée — elle la faisait vivre. Elle lui rendait un visage, une densité, une chaleur, malgré un siècle de colonisation sauvage.
Mais ce qui la rendait véritablement singulière n’était pas seulement cet amour incandescent pour sa terre perdue.
C’était sa capacité à déjouer le piège des identités closes.
Dans un conflit saturé de simplifications, où l’on somme chacun de choisir son camp, où l’on réduit les êtres à leur origine, à leur nom, à leur lignée, elle refusait l’assignation. Elle parlait depuis la Palestine, oui — mais jamais contre. Elle ne fabriquait pas d’ennemi, contrairement à ceux qu'elle affrontait. Elle ne s’adressait ni aux Arabes contre les Juifs, ni aux Juifs contre les Arabes. Elle parlait à l’humain. Et c’est infiniment plus exigeant, plus périlleux, aussi.
Leïla connaissait les blessures des uns, les peurs des autres. Elle savait que l’histoire est tragique, traversée de douleurs irréconciliées. Mais elle refusait que la complexité serve d’alibi à la déshumanisation. Elle rappelait que la dignité n’a ni passeport ni confession. Qu’elle ne se négocie pas. Qu’elle ne se divise pas.
Elle ne niait pas les clivages : elle les traversait.
Elle refusait cette fracture ontologique que le conflit impose — cette idée perverse selon laquelle l’autre serait, par essence, une menace ou une altérité irréductible. Là où il n’y avait plus que des blocs, des camps, des slogans et de la haine, elle réintroduisait du visage, de l'humour, de la nuance, du lien.
À elle seule, Leïla rendait la Palestine aimable, je dirais même irresistible, pas seulement comme une cause juste, mais comme une promesse d’humanité inévitable, incontournable, inéluctable...
Je me souviens : quand j’allais la voir dans ses bureaux à Paris ou à Bruxelles, il suffisait que nous descendions dans la rue pour que le monde s’interrompe. On l’arrêtait. On la saluait. Parfois on l’embrassait. Ce n’était pas un geste mondain. C’était un élan. Des étudiants, des commerçants, des passants anonymes — chacun voulait lui dire un mot, lui serrer la main, lui témoigner quelque chose. Elle ne traversait pas la ville : la ville venait à elle.
Elle ne provoquait pas l’adhésion mécanique autour d'un slogan ; elle suscitait un attachement. Elle incarnait une Palestine qui n’était pas seulement une revendication politique, mais une leçon d'humanisme.
Et peut-être est-ce cela, le plus bouleversant : elle montrait qu’un peuple peut exister au-delà des frontières qu’on lui refuse et d'une terre qu'on lui arrache de jour en jour. Qu’il peut exister comme parole, comme présence, comme pont. Qu’il peut être une exigence de justice avant d’être un dessin sur une carte.
Elle nous rappelait que la Palestine n’est pas une identité à brandir, ni un cri pour défiler.
C’est une humanité à reconnaître.
Et c’est cela qu'elle s’appelait Leïla Shahid.
Elle savait que le véritable engagement ne consiste pas à crier plus fort que les autres,
mais à garder les yeux grands ouverts.
À continuer de voir le monde tel qu’il est — complexe, blessé, contradictoire —
quand tout pousse à détourner le regard.
À refuser l’aveuglement confortable.
Leïla était une voix ferme sans être dure.
Une intelligence sans cynisme.
Une fidélité sans aveuglement.
Elle ne cherchait pas à avoir raison.
Elle cherchait à rester juste.
Dans un temps d’excès, elle tenait la mesure.
Dans un temps de cris et d'horreur, elle gardait la clarté.
C’est une manière d’être au monde qui disparaît avec elle.
Et cela, oui, laisse un immense vide.
Adieu, l’amie.
Mohamed Kacimi
 
 
La Palestinienne Leïla Shahid est décédée ce mercredi 18 février 2026 à l'âge de 76 ans, a annoncé sa famille au Monde. Symbole de la lutte pour la défense de son peuple et de sa terre, cette diplomate chevronnée aura consacré toute sa vie pour la Palestine.
Publié le : 18/02/2026
Par : Anne Bernas
Elle aimait parler de « cycles » en évoquant la vie, dont la sienne, comme on évoque le cycle des saisons. Dès son plus jeune âge, Leïla Shahid a la Palestine chevillée au corps et au cœur. Elle naît en juillet 1949 au Liban, quelque mois après la Nakba où plus de 750 000 Palestiniens sont chassés de leurs terres. Sa mère, Sirine Husseini, partisane du mouvement nationaliste palestinien, a été déportée au pays du Cèdre depuis le milieu des années 1930. Elle est issue d'une famille de notables de Jérusalem : le grand-père de Leïla est le maire de la ville sainte de 1906 à 1909, son arrière-grand-père l'est également, ainsi que député au Parlement ottoman. Son père est le Palestinien Munib Shahid, arrivé au Liban en tant qu'étudiant à l'Université américaine de Beyrouth lorsqu'il rencontre Sirine.
Mais depuis l'exil, la Palestine est omniprésente dans la vie de Leïla Shahid, d'autant que nombre de dirigeants de l'OLP sont en exil dans la capitale libanaise. « Le premier cycle de ma vie aura été la découverte que j'appartenais à un peuple qui existait sans patrie, raconte Leïla Shahid en 2015 au média marocain Almaouja. Ce fut pour moi la découverte de l'injustice envers la Palestine. »
Une militante de la première heure
Leïla Shahid a 18 ans quand elle s'engage dans le militantisme et rejoint le Fatah, alors mouvement anticolonialiste et laïc. C'est la guerre des Six-Jours, la défaite arabe et le début de la révolution palestinienne aux quatre coins du monde. La jeune femme, qui porte déjà les cheveux courts autour de son visage rond et de ses grands yeux marron en amande, va dès lors côtoyer le leader Yasser Arafat, et travailler à ses côtés jusqu'à la mort de ce dernier en 2004. Elle s'engage auprès des réfugiés palestiniens dans les camps, tout en étudiant à l'Université américaine de Beyrouth.
La Palestine ancrée en elle, Leïla Shahid poursuivra son cursus par une thèse de doctorat en 1972 sur la structure sociale des camps de réfugiés palestiniens, pour comprendre comment une population réfugiée reste unie dans son aspiration à une identité nationale. Elle continuera à étudier ce thème qui lui est cher à l'École pratiques des hautes études à Paris.
Une diplomate chevronnée
C'est Yasser Arafat qui l'entraîne sur le devant de la scène diplomatique. Il estime que les femmes palestiniennes sont omniprésentes dans la lutte contre l'occupation et que leur place y est essentielle. Il veut alors qu'elles fassent partie des figures de l'OLP. Leïla Shahid ne se voit pas jouer ce rôle, elle vit au Maroc depuis 1977 avec son époux, l'écrivain Mohammed Berrada. Mais elle finit par céder. Elle devient la première représentante féminine palestinienne en 1989, peu de temps après la première intifada de 1987. Elle s'envole pour l'Irlande où elle est nommée ambassadrice de Palestine, puis elle le sera aux Pays-Bas, au Danemark, à l'Unesco puis en France de 1993 à 2005. En 1996, elle découvre pour la première fois de sa vie Jérusalem lors d'une visite officielle du président Chirac. Leïla Shahid ne parlera pas, durant sa carrière, de « conflit israélo-palestinien », mais de « la question de Palestine ». « Un conflit se déroule entre deux protagonistes. Or, nous ne sommes pas un simple ''protagoniste'', nous sommes un peuple face à une puissance occupante colonialiste depuis 70 ans », expliquera-t-elle à Orient XXI en 2019.
Son mandat de quatre ans terminé, on lui propose alors un nouveau poste, et non des moindres : ambassadrice de Palestine aux États-Unis. Hors de question pour elle de s'installer dans un pays dirigé par « quelqu'un qui devrait être traîné devant la CPI pour crimes de guerre », George W. Bush. Considérant que la relation entre l'Europe et le monde arabe est stratégique et culturelle, elle choisit Bruxelles et l'Union européenne. Durant neuf années, malgré les couleuvres qu'elle doit avaler, elle fait preuve d'une pugnacité hors norme pour défendre, avec un accent qui lui est propre, à sa manière de rouler les R, son pays, son peuple et le respect du droit international. Mais en 2015, la coupe est pleine. « La tragédie de la Palestine, c'est que la communauté internationale est de mauvaise foi », analyse-t-elle déjà en 2012 à la RTBF.
Leïla Shahid a le sentiment que, diplomatiquement parlant, elle ne peut pas en faire plus. Elle estime que l'Europe a été lâche au point de laisser Israël détruire tout ce que le Vieux continent investit alors en Palestine (infrastructures, aéroports, port, accords d'Oslo...) et ne tolère plus qu'aucune sanction soit prise contre Israël. Elle ne supporte plus ce qu'elle nomme un deux poids deux mesures quand il s'agit d'Israël. Pour la diplomate, c'est l'instrumentalisation de la culpabilité vis-à-vis de la Shoah qui rend cet État si puissant. « J'ai beaucoup aimé ce cycle de ma vie qui a été consacré à une période historique, à savoir l'espoir d'une paix à la fin de la première intifada, les accords d'Oslo (...) J'ai vécu l'espoir que cela a suscité mais aussi les déceptions », confie-t-elle au quotidien belge Le Soir en 2015.
La colère et la déception
Mahmoud Abbas tente en vain de la retenir. Son départ est irrévocable. Leïla Shahid a 65 ans, son sourire n'a pas pris une ride. Après s'être éloignée de la vie politique, elle endosse un temps le costume de présidente de la Société des amis de l'Institut du monde arabe tout en poursuivant la lutte pour les Palestiniens entre Beyrouth et la France. « Aujourd'hui, confie-t-elle en 2019 à Jeune Afrique, je ne veux pas raconter de bobards à mes amis de Palestine, mais leur être utile en valorisant la production culturelle arabe. »
Mais le conflit israélo-palestinien refait parler de lui le 7 octobre 2023. Et Leïla Shahid retrouve les plateaux des médias. « Rien ne justifie de s'en prendre à des civils, dit-elle dès le 9 octobre sur France Info, mais c'est le prix à payer lorsque les conflits ne sont pas résolus par les instances dont la raison d'être est de faire la paix. » Et l'infatigable avocate de la cause palestinienne d'expliquer que depuis plus d'un-demi siècle, la communauté internationale évoque le droit à l'autodétermination et au besoin de mettre un terme à l'occupation, « mais 30 ans après les accords d'Oslo, la situation est pire qu'avant ».
Leïla Shahid n'aura jamais vu la solution à deux États. Le cycle de la vie est terminé pour elle. Et l'hiver s'empare aujourd'hui des cœurs des Palestiniens du monde entier.
Anne Bernas, RFI 
 
 
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