6 janvier 2026
2
06
/01
/janvier
/2026
17:39
Le cynisme terrifiant de Trump, qui a fait enlever Maduro pour mieux s’emparer du pétrole vénézuélien se double d’une autre victoire, celle d’un récit qu’il impose au monde. Maduro est un dictateur, sa dernière victoire électorale est truquée, c’est un narcotrafiquant et un voleur. Personne ne semble vouloir mettre en question ces faits qui apparaissent comme des vérités révélées même dans nos chers médias et même pour notre président, qui avant de rétropédaler en catastrophe, n’a même pas cru bon dans un premier temps de condamner l’intervention militaire. Dans leur immense majorité, tous reprennent peu ou prou ces éléments de langage et notamment l’idée que le Venezuela serait une dictature depuis 27 ans. Or, Maduro n’est au pouvoir que depuis 2013. Et avant Maduro, qui a sans doute fait preuve d’un certain autoritarisme mais pas plus que Trump aux Etats-Unis, il y avait un certain Hugo Chavez qui a donné son nom au chavisme, ce populisme socialiste qui a fait souffler un vent de liberté dans une Amérique latine dont les richesses du sous-sol étaient systématiquement confisquées par les USA qui arrosaient au passage une kleptocratie locale maintenant le peuple dans la pauvreté et l’analphabétisme
Hugo Chavez, vous vous souvenez ? Chavez était lui aussi systématiquement présenté comme un dictateur. Sauf quand il gagnait les élections, parce qu’il y avait souvent des élections au Venezuela, beaucoup même pour une dictature. 14 scrutins en 13 ans dont quatre élections présidentielles. Hugo Chavez venait d’ailleurs de gagner la dernière en 2012 quand il est mort en 2013. Précisons que toutes les élections au Venezuela avaient été surveillées par des batteries d’observateurs internationaux et que la seule que Chavez a perdue d’un rien était un référendum sur la constitution. Et, chose étrange pour nous français, bien que ce résultat ne lui plût pas, il ne refit pas passer sa réforme constitutionnelle en catimini devant le parlement. (Coucou, Sarko et le traité de Lisbonne.)
On oublie la situation dans laquelle Chavez arrive au pouvoir, en 1998. L’Amérique latine crevait sous le poids de la dette et le « consensus de Washington », cette troïka composée du FMI, de la Banque Mondiale et du Trésor américain, forçait depuis dix ans les gouvernements à appliquer des mesures types directement inspirées de la pensée ultralibérale de l’école de Chicago.
Le résultat était que des pays potentiellement riches se retrouvaient peuplés de pauvres. On voit des paradoxes de ce genre-ci en Europe, bien que la doxa nous dise que comparaison n’est pas raison. Or, c’est la même chose : comment peut-on rationnellement expliquer que des pays riches soient pauvres et, en prenant par exemple le Venezuela d’avant Chavez, que le onzième pays producteur de pétrole ait été analphabète et ait littéralement crevé de faim ?
Me revient, tout à coup, en pensant à Chavez, cette phrase de Dom Helder Camara, l’un des fondateurs de la théologie de la libération : « Quand je donne à manger aux pauvres, on dit que je suis un saint; quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste ». Car Chavez avait autant besoin de Marx que du Christ, de Bolivar que de Cervantès pour mener sa révolution qui passait d’abord par les urnes.
En juillet 2006, j’étais au festival international de la Semaine Noire de Gijón, en Espagne. Il y avait notamment tout le gratin des auteurs de romans noirs latino-américains. J’appris ainsi par Paco Ignacio Taïbo II, organisateur et grand écrivain mexicain, que Chavez venait de faire distribuer par camions entiers des exemplaires de Don Quichotte dans les quartiers pauvres, ceux où se développaient les programmes éducatifs et sanitaires, « Barrio adentro » qui ont amélioré, c’est le moins qu’on puisse dire, la vie des Vénézuéliens
Que certaines élites se soient sucrées au passage n’a manifestement pas empêché l’amélioration globale du niveau de vie. Et puis il n’y pas d’amour, seulement des preuves d’amour. Si cette corruption avait été insupportable, les Vénézuéliens auraient dit « Basta » dans les urnes. Ils ne l’ont pas fait et même en 2002, alors que Chavez était victime d’un putsch mené par le patron des patrons, le peuple l’a ramené au palais présidentiel en moins de 24 heures.
Ce que je sais aussi, c’est que Chavez ne devait pas faire peur à ses voisins. L’expérience de Chavez s’est exportée en Bolivie, en Equateur, en Argentine, au Nicaragua. C’est sans doute ce qu’on ne lui a jamais pardonné.
Que Maduro ait bien mal géré l’héritage chaviste, sans doute. Que cet héritage chaviste soit occulté ou confondu avec une banale dictature est une autre affaire. Et une autre victoire de Trump qui criminalise aussi au passage aujourd’hui toute tentative de gauche pour rompre avec la prédation capitaliste de plus en plus décomplexée.
https://www.marianne.net/agora/humeurs/jerome-leroy-au-dela-de-maduro-cest-le-souvenir-de-chavez-que-les-etats-unis-veulent-criminaliser?fbclid=IwY2xjawPKKH5leHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEe5mjm4F9k-TU3w0CcEGBgg_Y3QvWMYmEReQxrfomAW3F407Tu_a7jOvgJiaA_aem_afwaL0xwANPO_cdyKFZtnA
Published by Section du Parti communiste du Pays de Morlaix
-
dans
INTERNATIONAL
commenter cet article …
commenter cet article …
/image%2F1489059%2F20230703%2Fob_d3a7c7_capture-d-ecran-2023-07-03-a-19-07.png)
/image%2F1489059%2F20260106%2Fob_4a9983_marianne.jpg)
