Nuit du 21 au 22 novembre, l’Assemblée nationale repousse la partie recettes du projet de budget. Un seul député émet un vote favorable. 125 heures de débats parlementaires sont envoyées à la poubelle. Un sentiment d’immense gâchis nous envahit, au vu d’abord de l’échec d’une pratique parlementaire se substituant au 49-3, au vu aussi du gros travail fourni par les députés et qui se trouve réduit à néant. « Tout ça pour ça ! » serait-on tenté de commenter. Comme en physique, les forces contraires se sont équilibrées et finalement annulées mutuellement.
Depuis plusieurs semaines déjà, le grand public n’arrive plus à suivre. Le rythme quasiment quotidien de mise en débat de nouveaux amendements a rendu difficile l’appropriation de leurs enjeux fondamentaux par le plus grand nombre. Quant aux votes, leur logique était parfois difficile à décrypter… Ceux reflétant l’appréciation des groupes parlementaires sur le texte de l’amendement et lui seul n’ont pas été les plus nombreux.
Ils ont moins souvent obéi à des stratégies de fond clairement affirmées qu’à des tactiques ponctuelles influencées soit par la technique parlementaire soit par la situation politique générale et le positionnement des uns et des autres quant à l’exigence ou pas d’une nouvelle dissolution, voire d’une hypothétique démission du président de la République.
Résultat ? Alors que nous avons vécu plusieurs semaines de débats sur des sujets essentiels, susceptibles de faire grandir la démocratie et l’intérêt de la population pour la politique, c’est le contraire qui s’est produit. L’attentisme, voire pire, a gagné du terrain au lieu d’une plus grande motivation des citoyens à s’impliquer dans un débat et des choix qui les concernent au premier chef. Tout aussi préoccupant, le sentiment grandit que le débat pluraliste et contradictoire serait moins efficace que des décisions autoritaires et centralisées. On sait à quel point cela peut être dangereux, encore plus quand l’extrême droite est aussi près du pouvoir.
Il est donc plus que temps de redonner sens à la situation et d’ouvrir des pistes pour l’engagement citoyen, sans oublier celles pour des liens renforcés entre les élu.es et leurs mandants. À cet égard, une relecture des débats parlementaires, une mise en cohérence des amendements déposés et du sens des votes intervenus est plus que nécessaire. D’autant que les forces de gauche se sont montrées plus souvent désunies que rassemblées. Il leur revient pourtant d’ouvrir ensemble une perspective pour changer radicalement la situation de notre pays.
Pendant quelques semaines, on a espéré qu’une page nouvelle puisse s’ouvrir au vu de la richesse du débat public, notamment sur la taxe Zucman, sur les questions de justice fiscale et sociale, sur la mise à contribution du capital, toutes propositions ouvrant la voie de politiques économiques alternatives. Dans ce court laps de temps, les idées et valeurs de gauche ont repris des couleurs et pu faire un bout de chemin dans les consciences.
C’est ce fil qu’il faut aujourd’hui reprendre pour tisser autour de lui un lien de confiance et d’espoir. Les très fortes mobilisations des 10 et 18 septembre n’ont pas été des coups d’épée dans l’eau. Il y a toujours une disponibilité des forces vives de notre pays pour renouer avec la combativité nécessaire à des changements fondamentaux. Encore faut-il vouloir résolument ouvrir ce chemin. À ce prix, le travail parlementaire de ces derniers mois n’aura pas été vain.
Chronique de Maryse Dumas dans L'Humanité Magazine du 29-30 novembre 2025
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