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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 07:15
Des travailleurs indiens en Israël pour combler les postes des Palestiniens tués : comment New Delhi sacrifie sa population pour solidifier sa relation avec Tel-Aviv

Le gouvernement indien a assumé, début juillet, maintenir son partenariat économique avec Israël, malgré le génocide en cours à Gaza. Ce sont ainsi près de 20 000 travailleurs indiens, précarisés dans leur propre pays, qui sont partis sur place depuis novembre 2023, pour combler les postes laissés vides par des ouvriers palestiniens morts ou écartés des chantiers et du secteur de la santé.

L’Inde et Israël ont construit, au fil des dernières décennies, une alliance industrielle et idéologique – entre libéralisme et islamophobie – que le génocide en cours dans le bande de Gaza n’a nullement remis en cause. Tous deux nés sur les décombres de l’empire colonial britannique, les deux nations maintiennent divers partenariats économiques et diplomatiques.

Plusieurs milliers d’étudiants indiens s’inscrivent dans des universités israéliennes, tandis que New Delhi se fournit en drones militaires auprès de Tel-Aviv, comme l’ont illustré les attaques menées par l’Inde contre l’armée pakistanaise, en mai 2025. Lors d’une séance de questions entre le Parlement et les membres du gouvernement, le 7 août dernier, le ministre des Affaires extérieures indien, Shri Kirti Vardhan Singh, a assumé que New Delhi profitait de la disparition du peuple palestinien.

Près de 20 000 travailleurs indiens en Israël

Le ministre a ainsi annoncé, en réponse à une question posée par le député John Brittas, que près de 20 000 travailleurs indiens sont partis en Israël entre novembre 2023 et juillet 2025. Rien que sur ce dernier mois, 6 774 ressortissants ont investi le secteur de la construction et de la santé à la demande de Tel-Aviv.

« En outre, selon les informations disponibles, environ 7 000 ressortissants indiens ont été recrutés comme aides-soignants et environ 6 400 recrutés dans le secteur de la construction par des canaux privés, a ajouté Shri Kirti Vardhan Singh. Parmi eux, environ 220 travailleurs indiens sont retournés en Inde, principalement en raison de l’inadéquation des compétences et des barrières linguistiques. »

Ce flux de travailleurs entre les deux puissances alliées symbolise ainsi comment l’Inde n’a jamais cessé de soutenir Israël, malgré les crimes de guerre, la colonisation, la famine et le génocide perpétrés au sein des territoires palestiniens, de la bande de Gaza à la Cisjordanie. Pire, le gouvernement dirigé par Narendra Modi participe à l’effacement du peuple palestinien. Les travailleurs indiens viennent ainsi combler la main-d’œuvre palestinienne manquante, disparue suite à des mois de massacre et de persécutions.

 

Tel-Aviv a notamment annulé plus de 70 000 permis de travail accordés à des Palestiniens à partir d’octobre 2023, entraînant une pénurie de main-d’œuvre précaire dans plusieurs secteurs en tension. « Face à cette pénurie, l’Association israélienne des constructeurs a exhorté son gouvernement, en novembre 2023, à recruter des travailleurs indiens », résume le média Middle East eye. C’est ainsi que les négociations, entamées dès 2022, pour mettre en place un accord-cadre bilatéral, permettant aux ressortissants indiens d’accéder à Israël par le biais d’une migration réglementée, ont été rapidement conclues.

130 000 Palestiniens étaient employés en Israël

Le puissant Conseil central des syndicats indiens (AICCTU) avait pourtant mis en garde, dès novembre 2023, contre une possible intensification des départs de travailleurs vers Israël. L’organisation syndicale avait aussi fustigé le processus colonial en cours dans les territoires palestiniens, condamnant les victimes à devoir quémander du travail auprès de leurs bourreaux pour survivre.

« L’occupation coloniale de la Palestine a décimé son économie, provoquant des niveaux élevés de pauvreté et de chômage, et a rendu les Palestiniens dépendants d’Israël pour l’emploi, rappelait alors l’AICCTU dans un communiqué. Bien que les chiffres aient fluctué au fil du temps, en moyenne 130 000 Palestiniens étaient employés en Israël, le secteur de la construction représentant la plus grande part des travailleurs palestiniens, ces derniers représentant près de 65 à 70 % de la main-d’œuvre totale. »

Malgré cette alerte, la situation économique en Inde pousse des travailleurs en quête d’un meilleur salaire à accepter ces départs. L’Inde reste, après tout, le pays le plus inégalitaire au monde, alors que 5 % de la population possède 70 % des richesses. « Actuellement, la moyenne des salaires en Inde est seulement de 5 000 à 7 000 roupies (50 à 70 euros) par mois », fustigeait ainsi Rajiv Dimri, secrétaire général de l’AICCTU, à l’occasion d’un entretien publié dans nos colonnes le 8 juillet dernier.

La centrale syndicale avait alors réussi à rassembler près de 100 millions de manifestants, le 9 juillet dernier, pour protester contre la réforme du Code du travail soutenue par le gouvernement Modi. « Les travailleurs les considèrent comme des “codes de l’esclavage” au profit des grandes entreprises, résumait Rajiv Dimri. S’ils passent, les droits les plus fondamentaux de la classe ouvrière seront jetés à la poubelle, comme ceux de se rassembler, de se syndiquer, ou d’être reconnus, pour les nombreux travailleurs informels. »

« Une complicité de l’Inde avec la guerre génocidaire menée par Israël »

La confirmation de ce partenariat entre Tel-Aviv et New Delhi symbolise donc « à quel point l’Inde a déshumanisé et marchandisé les travailleurs », regrette l’AICCTU, au profit d’une politique autoritaire et libérale. De plus, rappelle la centrale syndicale, « une telle mesure constituerait une complicité de l’Inde avec la guerre génocidaire menée par Israël contre les Palestiniens et aurait naturellement des conséquences néfastes pour les travailleurs indiens de toute la région ».

Loin de s’en inquiéter outre mesure, le ministère des Affaires extérieures assume mettre en danger les travailleurs indiens. « Pendant le conflit en cours, un ouvrier agricole indien a été tué lors d’une attaque depuis le Liban en mars 2024, trois ressortissants indiens ont été blessés, l’un par des tirs de roquettes depuis Gaza le 7 octobre 2023 et deux autres lors d’une attaque depuis le Liban, aussi en mars 2024 », a énuméré Shri Kirti Vardhan Singh… sans pour autant remettre en question ce système qui signe l’arrêt de mort du peuple palestinien et la précarisation perpétuelle des travailleurs indiens sur l’autel du capitalisme.

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