Paulette Sarcey-Szlifke épouse Swiczarczyk (changé en Sarcey), Martine en résistance, vient de nous quitter. Juive, communiste, résistante, elle aimait la France, les autres, l'humanité et était une femme que j'admirais infiniment. A son fils, Claude Sarcey et sa famille, ses camarades de MRJ-MOI, de L'UJRE, et du PCF, toutes mes pensées affectueuses.
Catherine Vieu-Charier, 4 mai 2020
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https://www.telerama.fr/…/le-temoignage-bouleversant-de-pau…
Nous regardions il y a 9 jours encore son témoignage émouvant, témoignage de la solidarité entre camarades communistes juifs résistants de la MOI qui se retrouvaient à Drancy, dans le documentaire de Jean-Patrick Lebel sur le camp de transit et de concentration de Drancy, "Cité de la Muette" tourné en 1983, mis en accès libre pour la journée du souvenir des victimes de la déportation le 26 avril 2020...
Cité de la muette de Jean-Patrick Lebel
Cité de la Muette est le premier documentaire consacré au camp de Drancy, principal centre d’internement des juifs français et étrangers avant leur extermination en Europe de l’Est durant la Seconde Guerre mondiale. Le film ausculte les lieux de l’internement et donne la parole à des témoins encore jeunes, dont beaucoup livrent leur expérience pour la première fois devant une caméra.
Ces entretiens, captés entre 1982 et 1983 par Dominique Chapuis (chef-opérateur de Shoah de Claude Lanzmann), constituent de précieux matériaux pour l’histoire de la résistance communiste et juive. Paulette Sarcey, résistante au sein d’un groupe de jeunes communistes de la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), y raconte son parcours militant avec un remarquable sens du récit.
Rescapée d’Auschwitz, la militante communiste et compagnon d’arme sous l’Occupation d’Henri Krasucki, est décédée à l’âge de 96 ans.
Née le 11 avril 1924 à Paris, Paulette Szlifke vient d’avoir 16 ans quand Pétain signe l’acte de capitulation de la France le 22 juin 1940 et se voit octroyer les pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale le 10 juillet de la même année. Issue d’une famille ouvrière d’émigrés polonais fuyant la misère et les persécutions antisémites arrivée en France l’année qui précéda sa naissance – son père Froïm, ouvrier du cuir, militant syndicaliste et communiste, avait déjà fait de la prison dans son pays ; sa mère, Jenta Przepiorka, travaillait dans la confection –, Paula fréquente les milieux syndicalistes et communistes de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) du quartier de Belleville dans les années 1920 et 1930.
Le foulard rouge des « pionniers » noué autour du cou, elle participe aux fêtes et soirées des salles de la Mutualité ou de la Bellevilloise et vend à la criée, tous les dimanches au métro Belleville, le journal Mon Camarade à côté de son père vendant la Naïe Presse, quotidien progressiste et antifasciste d’expression yiddish. Elle participe aux actions de solidarité auprès de l’Espagne républicaine.
C’est au cours de l’été 1940 qu’elle crée, avec Henri Krasucki et Pierre Beckerman, le premier « triangle » de résistance clandestine du 20e arrondissement, qui manifestera contre l’Occupation et le gouvernement Pétain-Laval, le14 juillet 1941, habillé de bleu-blanc-rouge. « Nous faisions des lancers de tracts sur les marchés, dans les cinémas de quartier, dans les usines et les métros. Les gens les ramassaient mais ne les lisaient pas sur place. On faisait aussi des actio ns spectaculaires. On brûlait des poteaux indicateurs le soir. Dans la rue des Panoyaux, à l’occasion du 25e anniversaire de l’Armée rouge, on a accroché un drapeau rouge le long d’un fil électrique. Il est resté deux jours. Ce sont les pompiers qui l’ont décroché », témoigne-t-elle dans un entretien publié dans l’Humanité du vendredi 9 février 2007.
Responsable des jeunes de la MOI avec Henri Krasucki sur la capitale, elle est arrêtée par les policiers français des brigades spéciales avec son compagnon d’arme le 23 mars 1943 alors qu’ils occupaient une planque située près de la porte de Bagnolet. Internée à Drancy, déportée à Auschwitz-Birkenau le 23 juin, elle sera libérée par les Soviétiques début mai 1945 après une « marche de la mort » qui l’avait conduite à Ravensbrück puis à Neustadt.
« Son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé »
« Tout au long de sa vie, elle a continué de militer et puis surtout de procéder à un travail de mémoire, participant à des débats dans des collèges et dans des lycées et, en particulier, en écrivant un livre, Paula survivre obstinément (Tallandier, 2015), témoigne son fils Claude Sarcey : son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé en rappelant notamment que ce ne sont pas les Allemands qui l’avaient arrêtée mais la police française et en insistant sur des aspects éducatifs qui sont quelquefois édulcorés dans les enseignements scolaires. Toujours avec ce sentiment qu’il fallait privilégier la Résistance quand c’est nécessaire.»
Mariée en 1946 avec Max Swiczarczyk, membre des FTP-MOI et des Bataillons du ciel parachuté en juin 1944 en Normandie qui participa à toutes les batailles de la Libération jusqu’à la prise du nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden, Paulette obtint avec son mari le droit, en 1968, de « franciser » (Sarcey) leur nom… difficile à prononcer.
« À mon retour d’Auschwitz, le 22 mai 1945, j’ai eu la chance inouïe de retrouver à Paris ma famille miraculeusement épargnée. Je n’ai ni oublié, ni pardonné et j’ai tenu parole : j’avais promis à mes camarades de déportation de tout raconter. Aujourd’hui, souvent inquiète pour l’avenir, je suis heureuse que mon histoire puisse être lue par tous. »
Paulette Sarcey
Paulette Sarcey, rescapée des camps
Revenue vivante d'Auschwitz, Paulette Sarcey témoigne et livre ses souvenirs de jeune résistante, juive et communiste, devenue le matricule 46650 au camp de la mort.
Paulette Sarcey et ses amies s'étaient fait une promesse: si l'une d'entre elles réchappait à l'enfer d'Auschwitz, il lui faudrait témoigner.
Dire les semaines d'internement au camp de Drancy; le voyage de deux jours et deux nuits dans la promiscuité et la puanteur des wagons à bestiaux; la sélection, dès l'arrivée au camp, entre les déportés aussitôt envoyés vers les chambres à gaz et les autres, condamnés à la faim et au froid, à la maladie et aux coups; l'errance sur les routes glacées de Pologne et d'Allemagne, après l'évacuation du camp.
Paulette, 91 ans, a tenu parole. Toute sa vie, elle a raconté, encore et encore, ses souvenirs de jeune résistante, juive et communiste, devenue le matricule 46650 à Auschwitz. "Maman, écris", lui ont demandé ses enfants. C'est chose faite.
La marche du Monde www.rfi.fr, à partir d’aujourd’hui Diffusé dimanche 26 janvier à 11 h 10 sur l’antenne de RFI
Paulette Sliwka-Sarcey a plus de 95 ans et a vécu l’horreur de la déportation à Auschwitz-Birkenau, en 1943. Un témoignage saisissant sur l’univers concentrationnaire.
«Nous , nous étions un groupe, une organisation. Il y avait toujours quelqu’un pour soutenir l’autre. Pour survivre, et témoigner. » Paulette Sarcey, au micro de Valérie Nivelon, raconte ses années de résistance et de déportation. Et c’est bouleversant, tant sa voix sonne clair, tant ses souvenirs sont précis dans l’horreur, mais aussi dans la pudeur. Ses paroles sont pour RFI le moyen de célébrer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz.
Paulette Sarcey est née en 1924 à Paris, dans le quartier de Belleville, de parents juifs polonais persécutés pour leurs opinions communistes dans leur pays d’origine. Elle joue dans la rue, elle participe aux patronages fondés par son père et d’autres militants. Quand les nazis débarquent à Paris, elle refuse de porter l’étoile jaune. Et entre dans la clandestinité, avec un groupe de militants, dont Henri Krasucki, alors son compagnon. Ils étaient 27 membres : ils ne sont plus que 6, à son retour d’Auschwitz, en 1945. Leurs missions : balancer des tracts dans les cinémas, saboter des entreprises…
Et ce que raconte Paulette Sarcey, c’est la façon dont elle a survécu, après que son réseau a été trahi : par la solidarité avec les membres de son groupe, d’abord à Drancy, puis dans le convoi, le 23 juin 1943, qui envoie ces hommes, ces femmes et ces enfants vers l’horreur. Mais elle dit aussi la force de la solidarité quand l’espoir est réduit à néant, les sabotages dans le camp, les dons de nourriture aux plus faibles, les chaussures et la gamelle qu’on doit protéger pour survivre. Avec au cœur cette force du collectif, qui se renoue à l’intérieur du camp. Elle évoque son hébétude devant la liberté retrouvée, aussi. Et cette force de combattre, qui la porte jusqu’à aujourd’hui.
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Paula, épouse SWICZARCZYK, changé en SARCEY ; dénommée Martine par les Brigades spéciales]
Née le 11 avril 1924 à Paris (XIIe arr.) ; résistante PCF-MOI et JC ; déportée ; militante parisienne de l’UJRE, de l’AADJF et du PCF ; employée à la CCE (Commission centrale de l’Enfance) de l’UJRE, puis d’autres entreprises de la mouvance communiste.
Les parents de Paulette Sarcey, Froïm Szlifke et Jenta Przepiorka, tous deux issus de familles juives de la banlieue de Varsovie, s’établirent en France en 1923, juste après leur mariage. Lui était en effet connu comme militant communiste dans son pays d’origine et avait déjà fait de la prison. Son beau-père lui conseilla d’émigrer, comme le faisaient alors un grand nombre de personnes de leur communauté originaires d’Europe de l’Est. Quand leur fille Paula naquit à l’hôpital Rothschild, ils habitaient dans une pauvre chambre d’hôtel du quartier du Marais, rue du Bourg-Tibourg, puis ils se fixèrent durablement au bas de Belleville, 14 rue de Vaucouleurs dans le XIe arrondissement. La petite fille suivit sa scolarité dans l’école primaire du boulevard de Belleville. C’est là qu’elle apprit le français, car dans la famille, on ne s’exprimait qu’en yiddish. Un jeune frère, Robert, naquit en 1934.
Alors que la mère travaillait comme finisseuse dans la confection au service de divers petits patrons, le père était ouvrier du cuir. Il avait commencé comme chausseur piqueur de tiges, puis il se spécialisa dans la confection de vêtements, d’abord dans un local de la rue Saint-Maur, puis au 34 rue de Vaucouleurs. Il exerçait surtout des responsabilités au syndicat CGT des Cuirs et peaux, et fréquentait assidument l’Arbeiterorde du 10 rue de Lancry, lieu de ralliement de la communauté yiddishophone. Il militait également au « groupe de langue » yiddish mis en place par le PCF, et diffusa dès sa parution le journal Naïe Presse fondé par les militants de cette mouvance. La mère gardait le contact avec sa famille restée en Pologne et sa fille l’y accompagna une fois en visite alors qu’elle était encore toute jeune.
L’enfance de Paulette Szlifke fut heureuse, selon son témoignage, animée notamment par les « patronages » de leur communauté et affinité politique. Même si l’appellation communiste n’y était pas mise en avant, les « pionniers » portaient un foulard rouge et les animateurs étaient tous communistes. Parmi celles qui ont marqué Paulette, elle cite Régine Grimberg, Lili Berger, Alice Blum, ou la chorégraphe Halina Edelstein, avec qui elles montaient des spectacles qu’elles donnaient dans les fêtes et soirées des salles de la Mutualité ou de la Bellevilloise. Elle-même vendait à la criée, tous les dimanches au métro Belleville, le journal des pionniers, Mon Camarade, aux côtés de son père qui proposait Naïe Presse. L’été, les enfants partaient dans les colonies de vacances du Secours rouge à l’île de Ré. Ils participaient à des rassemblements politiques, au Mur des Fédérés par exemple, organisaient des collectes en faveur des enfants des républicains espagnols…
La guerre venue, Paulette fut impressionnée par l’arrivée des soldats allemands, entrés par la porte des Lilas, avec le bruit des bottes résonnant sur les pavés de la rue du Faubourg-du-Temple. Au cours de l’été 1940, une femme inconnue d’elle, Annette, dont elle apprit plus tard qu’elle était l’épouse de Jean Kerbel, vint lui demander si elle « voulait faire quelque chose ». Elle répondit positivement, et peu après un jeune homme se présenta avec des projets d’actions concrètes. C’était Henri Krasucki, un garçon de son âge, qui appartenait avant-guerre au groupe de pionniers de la Bellevilloise dans le XXe arrondissement. Avec Pierre Bekerman, ils constituèrent le premier « triangle » clandestin du XXe arrondissement qui fut opérationnel dès le mois de septembre. Avec des moyens de fortune, tels que des petites imprimeries destinées aux enfants et des feuilles de papier-pelure, ils préparaient des papillons qu’ils affichaient un peu partout, des tracts qu’ils déposaient sous les paillassons ou jetaient à la volée depuis le métro aérien ou les balcons des cinémas. Ils y dénonçaient le régime de Vichy, le rationnement et les pénuries. À un match de football important qui se déroulait au stade de Colombes, ils participèrent à un lâcher de pigeons porteurs de rubans bleu-blanc-rouge, déçus de n’avoir pas réussi à capturer eux-mêmes un de ces volatiles. Avec son camarade Koszitski, munis de journaux et d’une bouteille d’alcool, ils brûlèrent en plein jour un poteau indicateur allemand place Martin-Nadaud. Ils étaient aussi parmi les manifestants contre l’Occupation et le gouvernement Pétain-Laval, le 14 juillet, habillés de bleu-blanc-rouge, ou le 13 août 1941, quand deux jeunes furent fusillés après avoir été pris au métro Strasbourg-Saint-Denis. Ils tentèrent de récidiver au métro République pour le 150e anniversaire de la bataille de Valmy.
Les JC parisiens ayant connu de nombreuses chutes, les jeunes juifs de la MOI étaient de plus en plus sollicités. Paulette Szlifke reçut ainsi des tracts, imprimés cette fois, émanant du PCF, des mains d’un jeune communiste. Elle cohabitait alors avec Henri Krasucki, tout en restant en relations étroites avec leurs parents respectifs, et ils étaient désormais responsables des jeunes de la MOI sur l’ensemble de la capitale.
Après une traque et des filatures minutieuses des policiers français des Brigades spéciales, suite à l’infiltration d’une jeune fille de la rue des Immeubles industriels qui était en contact avec eux, 57 personnes furent arrêtées, soit la quasi-totalité de leur groupe, parmi lesquels Henri Krasucki, sa mère Léa, et Roger Trugnan*, un des amis d’enfance de Paulette. Elle-même fut cueillie le 23 mars 1943 dans la planque qu’elle partageait avec Henri Krasucki, au 8 rue Stanislas-Meunier près de la porte de Bagnolet. Les policiers venaient d’arrêter son compagnon, sorti avant elle, et la perquisition qui suivit ne laissait aucune ambiguïté sur leurs activités. La famille Szlifke était heureusement à l’abri, les parents cachés dans leur atelier, le petit frère placé dans la Sarthe. Un des rares rescapés des jeunes de la MOI, Robert Endewelt, eut la charge de reconstituer leur organisation démantelée.
Les militants arrêtés furent très rudement maltraités, torturés. Paulette Szlifke subit ces brutalités pendant huit jours au siège de la Brigade spéciale, jusqu’à ce que, incapable de marcher, trainée devant le commissaire qui commandait à ses bourreaux, elle se prétendit malade sur le conseil d’une autre détenue, et demanda à voir un médecin. Elle fut emmenée à l’Hôtel-Dieu voisin, où elle put demander à celui qui l’ausculta de la sauver. Il la fit transférer à l’hôpital Rothschild en prétextant une imaginaire salpingite aigüe. Une fois là, elle put correspondre avec son responsable Adam Rayski, à qui elle communiqua un rapport sur les circonstances de leur chute.
Un médecin de l’hôpital l’opéra d’une appendicite qui devait lui permettre de bénéficier des semaines de convalescence propices à l’organisation de son évasion. Mais le 18 mai, des policiers allemands vinrent la chercher dans une Citroën noire pour la conduire à Drancy avec une autre détenue, la mère de leur camarade Sam Radzinski. Elle y retrouva ses amis, à l’exception de Krasucki et deux autres qui avaient été transférés à Fresnes, mais qui les rejoignirent peu après en vue de leur déportation. Celle-ci s’opéra depuis la gare du Bourget le 23 juin 1943 par le convoi 55.
Arrivés à Auschwitz-Birkenau deux ou trois jours plus tard, hommes et femmes furent séparés, la majorité gazés immédiatement, mais Krasucki, sa mère, Paulette et plusieurs de leurs camarades, dont Trugnan et Radzinski, furent affectés à des commandos de travail. Dès le début, ils avaient compris le système d’extermination et ne se faisaient pas d’illusion sur leurs chances de survie, d’autant qu’ils étaient eux-mêmes affectés à cette sinistre besogne. Paulette, avec Régine Grimberg, eut aussi à s’occuper d’enfants et nourrissons polonais du camp, dont bien peu survécurent. Elle assista aux pendaisons des quatre filles impliquées dans la révolte du Sonderkommando qui détruisit deux des quatre crématoires en septembre 1944. Elle dut sa survie à la résistance intérieure du camp organisée par le Comité international clandestin, qui assurait une solidarité efficace ; son principal contact y était Marie-Claude Vaillant-Couturier ; elle resta jusqu’au bout aux côtés de Léa Krasucki.
À l’approche de la fin de la guerre, en janvier 1945, elle survécut encore à la « marche de la mort » jusqu’à Ravensbrück. Parquées sans aucune nourriture dans des baraques à Neustadt sur l’Elbe, les rescapées furent prises en charge par les Soviétiques début mai 1945, et par les Américains le lendemain. Beaucoup moururent encore d’avoir avalé trop précipitamment de la nourriture aux cuisines après que des Français d’un camp voisin, qui pourtant les avaient mises en garde, avaient les premiers cisaillé les barbelés qui les enfermaient. Après de longues pérégrinations à travers l’Allemagne dévastée, les survivantes arrivèrent à Lille le 20 mai, y subirent un contrôle sanitaire et d’identité ; on leur remit un manteau et un pécule. Le 22 mai elle était à l’hôtel Lutetia, et le 23 chez ses parents. Ils ne furent que six survivants des 57 qui avaient été arrêtés avec elle.
Le samedi suivant, elle se présenta au local du Parti et des Jeunesses communistes, rue Julien-Lacroix. Elle y découvrit l’existence de l’UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide) et sa section de jeunes, l’UJJ, qui allait bientôt se fondre dans la nouvelle UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France).
Paulette Sarcey considère qu’elle n’a pas eu trop de difficultés à se réinsérer. Sa famille avait survécu, sa santé n’était pas trop ébranlée, et son moral pas du tout. Elle reprit ses activités militantes, en s’engageant notamment comme permanente dans l’Amicale des anciens déportés juifs de France, créée dès le retour des premiers déportés. Marceau Vilner en était le président ; ils siégeaient dans un ancien local nazi qui leur avait été attribué au 9 rue Guy-Patin, avant une installation plus durable au 120 rue Vieille-du-Temple puis au 14 rue de Paradis. D’emblée, elle s’occupa en particulier des colonies de vacances de la CCE (Commission centrale de l’enfance) de l’UJRE. Elle encadra ainsi la première qui fut organisée pour les petits orphelins juifs rescapés, en juillet 1945.
Dans les années d’immédiat après-guerre, Paulette Szlifke retrouva un camarade d’enfance, Max Swiczarczyk, né et grandi dans le XIXe arrondissement voisin du sien. Son père avait émigré aux États-Unis juste avant la guerre ; sa mère, ses deux frères et lui avaient pu rejoindre la zone Sud. De là, les deux aînés passèrent en Espagne, au Maroc, et après maints tracas parvinrent à rallier Londres où ils s’engagèrent dans les FFL. Après la guerre, grâce à la nationalité américaine acquise par le père, la famille se réunit outre-Atlantique. Max, qui avait été démobilisé en 1946, mena de brillantes études d’économie à New York, qui lui permirent d’occuper des emplois importants dans l’expertise d’entreprises aux quatre coins du monde. Paulette le rejoignit aux États-Unis, ils se marièrent, leur fille y naquit en 1950. Mais la jeune femme ne se faisait pas à la vie américaine, et au bout de trois ans, la famille regagna Paris. Le couple eut encore un garçon, né en 1956.
Après avoir d’abord vécu dans un minuscule taudis du XIe arrondissement, puis dans un beau studio du XXe, Paulette Swiczarczyk et sa famille profitèrent d’un échange pour s’installer en 1959 dans un trois-pièces à Montreuil, dans le quartier excentré de Bel-Air. Elle devait rester attachée à cette ville de solide tradition communiste, profitant en 1968 d’un nouvel échange pour un appartement de quatre pièces proche de la Croix de Chavaux, qu’elle ne devait plus quitter. Cette même année, pour résoudre la difficulté de prononciation de leur nom polonais, Max et Paulette obtinrent le droit de le franciser en Sarcey.
À Montreuil, bien intégrés à la vie locale, les Sarcey restèrent simples militants d’une cellule locale du PCF, mais elle continua à s’investir très activement dans les organisations d’anciens résistants et déportés, multipliant les témoignages et les entretiens. Elle travailla aussi quelques années dans diverses entreprises d’obédience communiste, la Sorice notamment, dont le directeur, Maurice Lubczanski, un autre de ses amis d’enfance, avait résisté et milité comme elle.
Son mari Max Sarcey mourut le 14 juillet 2003, mais Paulette Sarcey, à 90 ans révolus, continue à témoigner avec constance des engagements et épreuves de sa jeunesse. Dans les années 1967-1968, elle s’était vu décerner l’ordre de la Légion d’honneur, la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes.
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