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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 10:38
Paul Couesnon apprenti à l'école Estienne  (photo archives famille Couesnon-Huet)

Paul Couesnon apprenti à l'école Estienne (photo archives famille Couesnon-Huet)

MORT POUR LA FRANCE

Paul, lieutenant de la Résistance

Par Yvon Huet

Retraité, journaliste à la rédaction de Vie Nouvelle et Présence

 

Paul Couesnon, mon grand-oncle, fut militant de la CGT, secrétaire du syndicat des photograveurs entre 1935 et 1938 et militant du PCF. Son parcours de militant et de résistant a été gravé dans le marbre par Claude Pennetier, directeur du Maitron, au chapitre des fusillés, de 1940-1944.

Je dois en grande partie mon engagement personnel de syndicaliste et de communiste au récit que ma mère, Yvonne Huet, fille de Lucie Couesnon et Moïse Orlovski, me fit de l’histoire de cet homme qui m’inspire toujours le respect et l’affection, non seulement parce qu’il s’est sacrifié pour la cause que nous défendons, mais aussi parce qu’il a été porteur de valeurs humaines qui se sont transmises sur trois générations. Je ne calcule pas le nombre d’heures où ma mère m’a parlé de son oncle, de son grand cœur, de son romantisme et de son aspiration à voir le monde proscrire les guerres et la barbarie, qui servaient de grand marché au capitalisme prédateur dont il fallait trouver le moyen de se débarrasser.

 

Paul Couesnon dans les tranchées (photo archives famille Couesnon-Huet)

Paul Couesnon dans les tranchées (photo archives famille Couesnon-Huet)

L’URSS constituait pour lui une rupture prometteuse, comme le disait son épouse, Claire Couesnon qui nous a quittés en 1997. De son vrai nom Grunia Epsztajn, juive polonaise et communiste, originaire de Lotz, après avoir fui son pays, Claire se maria avec Paul en 1934.

Elle m’a aussi beaucoup parlé de lui, son grand amour, qui l’épousa pour de vrai après avoir sauvé par un mariage blanc Elisabeth Fazekas, compagne d’Ernst Gerö, dirigeant hongrois de l’internationale communiste. Paul était communiste et humaniste de son temps. Il appliquait pour lui-même tous les principes d’engagement et de solidarité, sans jamais ménager sa personne.

Les origines. – Issu d’une famille d’imprimeurs, il suivait la destinée heureuse d’un monde qui avait déjà obtenu de nombreux acquis sociaux grâce à sa compétence et sa solidarité collective dans une industrie florissante qui détenait la clé de toute parution écrite. Il fut instruit à l’École Estienne et devint ouvrier photograveur, pionnier de la couleur en impression et travailla dans quelques imprimeries, dont, au début, l’imprimerie Charaire, à Sceaux.

En 1914, à 18 ans, il fut envoyé sur le front et se retrouva en 1915 prisonnier après une offensive allemande sur sa ligne. Il restera prisonnier de guerre pendant 4 ans et ne reviendra en France qu’en 1919, usé par sa captivité et atteint par la tuberculose.

Pendant cette période, la famille française envoya des wagons de colis de vêtements et de nourriture qui étaient partagés par la chambrée de ses compagnons d’infortune. C’est ce qui ressort des nombreuses lettres échangées pendant sa captivité. Dans le même temps, les travaux qu’il était obligé de faire, soit à la mine, soit à la ferme, lui permettaient de découvrir la situation

de dénuement où se trouvait le peuple allemand. C’est certainement là que germa sa conscience internationaliste en même temps que sa maladie de poitrine qui le tenaillera toute sa vie.

 

Engagement. – Paul était de cette génération qui haïssait cette guerre qui lui avait gâché ses jeunes années et l’avait fait devenir adulte avant l’heure. Et quand il décida de s’engager, il se battit sur trois fronts, celui de La Sociale avec la CGTU, celui de la perspective politique avec le PCF et lutte pour la paix avec l'Arac.

 

Paul Couesnon avec Thorez à Sotchi

Paul Couesnon avec Thorez à Sotchi

Son engagement pour diffuser l’Espéranto fut une des preuves de sa grande largesse d’esprit. Dans le même temps, il fallait bien qu’il se soigne. C’est ainsi qu’en 1935, après un passage à Moscou où il put voir la sœur de mon grand-père, Moïse, il fut envoyé à Sotchi en convalescence et c’est là qu’il rencontra le couple Thorez et bien d’autres cadres de l’Internationale communiste.

De son rôle dans le PCF nous ne savons que peu de choses. En revanche, nous avons un certain nombre de documents concernant son engagement syndical. Quand il venait voir sa famille à Corbeil-Essonnes, il était souvent épuisé et récupérait l’après-midi avant de repartir sur Paris.
 

1936

1936

Les tensions corporatives dans le syndicat du livre de l’époque transparaissent à partir de quelques documents que sa fille, Maryvonne, née en 1942, a répertorié dans sa documentation. Claire, sa femme, me confirma que les rapports entre syndicats au sein de la fédération du livre étaient toujours compliqués et que Paul faisait preuve de beaucoup de patience.

Pendant sa mandature, de 1935 à 1938, le syndicat des photograveurs s’était affilié à la CGTU alors que la fédération ainsi que la CSTP étaient affiliées à la CGT de Léon Jouhaux. Autant dire que l’ambiance était tendue même si le Front Populaire masqua pour un temps les conflits entre réformistes et révolutionnaires au sein de l’organisation syndicale. Paul avait beaucoup de camarades et amis. Il était respecté pour sa connaissance très affinée de l’évolution des techniques du métier.

Pendant la résistance, il utilisa ses compétences en fabriquant des faux papiers, en travaillant à la parution de l’Humanité et de la Vie Ouvrière. Coopté par le parti pour être recruteur et formateur du réseau parisien du Front National, il prit de gros risques jusqu’au bout et, malheureusement, succomba 7 mois avant la libération de Paris. Il a aussi aidé mon grand-père Moïse, qui ne pouvait plus exercer son métier de photographe et dont la maison fut utilisée par les occupants nazis comme annexe de la Kommandantur.

Double peine. – Convoqué à Chatou le 10 janvier 1944 par son réseau, il fut atteint par une balle en plein ventre, à l’endroit où se trouvait le portefeuille, avec la photo de sa petite fille de deux ans, Maryvonne. Il ne mourut que quelques jours plus tard, les tueurs, dérangés par un passant, n’ayant pas eu le temps de l’achever. Il fut envoyé à l’hôpital où ma grand-mère Lucie put le voir et entendre ses dernières paroles. Aux policiers qui lui disaient qu’il avait été bien naïf de tomber dans un traquenard, il répondit : « Les hommes peuvent se tromper. Le parti ne se trompe jamais. » A Lucie il ajouta : « Si je m’en sors, il faudra qu’on s’explique. » Preuve est faite que ce fut un membre du réseau qui le dénonça à la Gestapo qui le fila et arrêta ainsi tous ceux à qui il rendait visite. D’où l’erreur fatale.

MORT POUR LA FRANCE : Paul, lieutenant de la Résistance - par Yvon Huet, journaliste à la rédaction de Vie nouvelle et Présence

Trente ans plus tard, Claire Couesnon écrivit à Georges Marchais pour demander la réhabilitation de Paul. En réponse, la famille fut reçue par Gaston Plissonnier, membre du bureau politique, qui reconnut une bien triste erreur. La filière pour en savoir plus ne fut pas remontée.

En 1945, le PCF et le Front National avaient inventé une version selon laquelle Paul avait été tué de deux balles dans la nuque par la Gestapo. Claire, certainement pour protéger sa fille, accepta de témoigner pour cette version et de garder le secret sur la triste vérité. Elle vécut deux années « en pénitence de parti » après la libération avant d’être réintégrée. Sa fille, Maryvonne, ne sut la vérité qu’une fois adulte. Quatre femmes ont souffert de ce drame, Lucie, Claire, Yvonne et Maryvonne. Sans la transmission de leur mémoire et le travail documentaire méticuleux de Maryvonne je n’aurais pas pu apporter ce témoignage en hommage à Paul, le « grand bégonia » comme aimaient à le surnommer ses camarades de captivité au camp de Chemnitz où il portait le matricule 1036.

 

1 : Paul, à gauche, apprenti de l’école Estienne, avec son copain Goupil.

2 : Paul, à gauche dans la tranchée.

3 : Paul, 2e dans la 2e rangée, à Sotchi, avec Maurice et Jeannette, au centre du premier rang.

4 : Invitation à une conférence technique organisée par Paul en 1936.

5 : La carte de l’Association des femmes de fusillés et résistants de Claire Couesnon.

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