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4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 09:13
Glenn Le Saout au premier plan, avec un camarade de la FIDL à l'arrière plan, au Kiosque de Morlaix

Glenn Le Saout au premier plan, avec un camarade de la FIDL à l'arrière plan, au Kiosque de Morlaix

Sa devise: "You'll Never Walk Alone" ... 

du nom du chant historique des supporters au grand cœur de Liverpool, chant tiré originellement d'une comédie musicale de 1945, Caroussel.     

 

Glenn Le Saout, alors lycéen à Tristan Corbière à Morlaix, s'est révélé à l'engagement citoyen, syndical et politique au tout début de la bataille contre la loi El Khomri, dite Loi travail, à l'hiver et au printemps 2016-2017.

Nous avons tous découvert un garçon chaleureux, très actif, déterminé, sociable et culotté, capable de parler sans timidité devant des centaines et parfois des milliers de manifestants au kiosque à Morlaix, en rappelant avec aplomb et conviction aux grands principes de la République et du respect des citoyens et des salariés par les hommes politiques.

Apprenant à travailler en lien avec les syndicats, notamment FO et la CGT, Glenn a été un pont entre eux et les lycéens qu'il a contribué, pas seul évidemment, à mettre dans le mouvement, avec à certaines manifs une centaine d'entre eux qui ont rejoint les citoyens, forces syndicales et politiques refusant cette loi de régression sociale XXL.

Concomitamment, Glenn s'est engagé à la FIDL et en est devenu son président sur le plan de la Bretagne, ayant la responsabilité de coordonner le travail et l'action de 800 adhérents, au plus fort du combat contre la loi Travail.

Un travail important consiste pour lui à représenter l'organisation à Paris, à participer à ses débats et décisions au niveau national, à prendre en charge les demandes d'aides, de conseils et de renseignements arrivant au syndicat lycéen pour des contentieux avec des établissements, leurs directions, des professeurs, des absences d'affectation en lycées, notamment par manque de places en lycées agricoles et lycées professionnels. Il faut savoir ensuite frapper aux bonnes portes, mettre la pression sur l'institution pour débloquer des dossiers individuels compliqués. Glenn se déplace en Bretagne, tente de trouver des établissements pour des élèves qui n'en ont pas.

Pendant le mouvement contre la loi Travail, il a eu connaissance d'une dizaine de lycéens exclus de leur établissement pour des participations aux manifestations ou des activités citoyennes dans l'école. Il a fallu les défendre. La FDIL peut compter sur le conseil juridique de deux avocats bénévoles, des anciens de l'organisation. Dans quelques cas, la FIDL a réussi à faire reculer l'établissement.

Le recrutement des lycéens, dans un contexte, durant déjà depuis plusieurs décennies, de raréfaction de l'engagement des jeunes dans les organisations politiques et syndicales, se fait beaucoup par les réseaux sociaux.

De manière générale, Glenn considère que, majoritairement, « les jeunes ne s'intéressent pas beaucoup, à l'actualité, qu'ils sont victimes aussi de l'étouffement médiatique, qui met en avant les faits divers ou le sensationnel plus que les questions de fond, et du conditionnement par l'individualisme ». C'est parmi les raisons qui ont font, pour lui, en plus du sentiment d’écœurement et d'impuissance né du passage en force de la loi El Khomri avec le 49-3 décidé par le gouvernement socialiste en 2016 et du sentiment que Macron a été élu sur un programme de réforme économique libéral et qu'il a une certaine légitimité formelle pour le mettre en œuvre, que les jeunes n'ont pas plus bougé que ça contre les ordonnances qui dynamitent le droit du travail, et jusqu'à aujourd'hui, par rapport aux annonces sur la réforme du lycée et de l'Université.

« C'est passé avec Hollande, ça passera avec Macron ». « Surtout que Macron, encore plus que Hollande, a des députés godillots, qui n'ont guère d'assise politique indépendante ».

Glenn n'est que modérément optimiste sur les chances que le mouvement se développe de manière importante dans les lycées contre la réforme du Bac et des Filières et la réforme des conditions d'entrées dans les facs. « Le syndicat principal désormais à l'Université est la FAGE, apolitique, ou centriste, dont étaient issus des candidats En Marche aux Législatives ». « Ce n'est pas lui qui va éclairer sur les vrais enjeux de ces réformes ». « Les profs, que cela soit au lycée ou à la fac, ne se mobilisent plus beaucoup non plus, ni pour eux-mêmes, ni pour sensibiliser les élèves ». « Cela peut changer, mais pour l'instant, c'est plutôt calme plat ».

Glenn est maintenant à l'Université à la Fac de Brest, en série AES, dont il est en charge de la représentation de la filière au sein d'une association étudiante. Il conserve son mandat de président de la FIDL Bretagne jusqu'au congrès du syndicat et milite beaucoup, y compris syndicalement et politiquement. A l'Université, ces derniers jours, il n'a vu passer que des militants du SNES et du PCF pour tenter d'expliquer les réformes et d'attiser des contestations étudiantes.

Pour lui, Parcours Sup et la réforme de l'Université vont donner « totale liberté pour les facs de choisir leurs élèves ». Du coup, « on va laisser de côté les élèves issus de milieux ouvriers ou basiques. Un étudiant issu d'un milieu modeste est déjà handicapé. Il le sera davantage. On va trier les élèves en fonction de leurs établissements d'origine, de leur cursus ». Pour lui les réformes actuelles de l'Université et du Lycée tendent à « donner encore moins de chance à ceux qui n'en avaient déjà pas beaucoup et plus encore à ceux qui en avaient déjà beaucoup ». « Cela va creuser le fossé des inégalités entre élèves, entre facs, et entre lycées ».

Glenn suivra avec attention la réforme des mutuelles étudiantes, qui ne fonctionnent pas bien pour lui : « les remboursements sont très partiels, c'est mal géré ». Il est pour un seul interlocuteur, public, accessible, pour la Sécurité Sociale des étudiants. Il y a encore beaucoup de flou autour de la réforme des Universités, et des effets pervers qui ne semblent pas bien perçus.

Ce n'est pas Sandrine Le Feur, jeune députée En Marche de Morlaix, qui a rassuré le représentant de la FIDL : elle a été incapable d'expliquer ce que deviendraient les élèves non orientés en fac parce que leur niveau sera jugé trop faible ou nécessitant une remise à niveau. Dans ce dernier cas, celle-ci se fera t-elle à la Fac, dans les Lycées, sera t-elle de la compétence de la région ou de l'Etat ?

Pour la réforme du Lycée, Glenn regrette l'absence de concertation avec les acteurs, les syndicats lycéens, la suppression annoncée du rattrapage suite aux écrits du bac, l'absence de seconde chance. Il ne sait que penser encore de la volonté de renforcer le contrôle continu sur le modèle de la Fac, de restreindre peu à peu au lycée les disciplines enseignées en fonction des choix d'orientation, de plus en plus affirmés précocement des élèves, sans toujours le recul et l'information nécessaires, et de supprimer les matières non privilégiés par les jeunes. Des enseignements peut-être plus centrés sur les envies et les attentes, mais offrant aussi un choix moins large à la sortie, et une culture générale moins grande, constituant une orientation de plus en plus précoce. La mouture définitive de la réforme ne sera connue que le 14 février. Pour l'instant, il juge que « la filière professionnelle a été totalement oubliée ».

Une autre problématique complètement mise à l'écart des réflexions gouvernementales lui tient à cœur, celle des mineurs isolés réfugiés. La FIDL reçoit de nombreuses demandes de soutien contre des refus de scolarisation, des mises à la rue, des volontés d'expulsion d'exilés qui ne sont plus mineurs, qui sont reconnus majeurs par des tests osseux (humiliant, contraire à la déontologie médicale, et à la fiabilité litigieuse et approximative) ou une remise en cause des papiers et de la parole des jeunes migrants. Cela donne lieu à des situations humaines tragiques et sans issue, cela brise des processus d'intégration réussis et des vies entières. Pour Glenn Le Saout, on devrait étendre le droit à l'hébergement et à la scolarisation pour les jeunes  étrangers de 18 ans reconnu à 20 ou 21 ans, pour reconnaître aussi un droit aux études supérieures et un devoir de protection de ces jeunes, vis-à-vis de la misère, des réseaux, et de la violence de leurs pays d'origine ou de passage.

Le problème avec la réforme de l'Université, c'est qu'elle se fait aussi avec des moyens dérisoires : l'augmentation démographique importante du nombre de bacheliers et de parcours à l'Université ou dans les IUT et BTS n'a pas du tout été anticipée par les gouvernements précédents. Il aurait fallu un plan d'investissement ambitieux. Aujourd'hui, c'est 2 milliards par an qu'il faudrait pour l'enseignement supérieur pour rattraper le retard pris et Macron ne budgétise qu'un milliard pour tout le quinquennat, à rapporter avec les cadeaux aux grosses entreprises, aux très riches, la suppression de l'ISF ! « Les étudiants vont peut-être se réveiller quand ils verront leurs facs et leurs amphis être encore plus bondés, ou sans formation prévue à la rentrée, encore en juin, juillet, septembre... » Aujourd'hui, Glenn constate que les filières techniques professionnalisantes tels que les IUT et BTS, sont prises d'assaut par des élèves, et souvent des bons élèves issus de bac général, et qu'il ne reste souvent d'autres alternatives aux élèves issus de bac pro ou de bac technologique que la Fac, qui n'est pas une garantie de réussite au regard de leur parcours antérieur, même s'il y a des exceptions.

Glenn est un passionné de politique mais il est surtout passionné par les gens. Il fait du foot en club et entraîne les petits et les accompagne aux matchs le week-end. Ses modèles sont Jean Jaurès pour sa vision globale, Tanguy Prigent pour son engagement avec les dominés et pour la gauche de progrès dans le Front Populaire et l'ancienne députée de Morlaix, Marie Jacq, pour sa proximité avec les gens.

Mais sa référence, c'est surtout le Tregorois Tanguy-Prigent, peu commun pour un Léonard qui a grandi à Taulé !

Glenn Le Saout conclut: 

"Avec le peu de moyens que nous avons, nous faisons notre maximum. Nous aimerions donner plus de temps, aider des associations comme les Utopistes en action ou d'autres assos qui accomplissent un si nécessaire travail social, mais c'est difficile d'être partout. Je m'inscris en faux contre ceux qui ne voient dans la politique que le "tous pourris". C'est trop facile, et trop "bateau". Les temps changent, c'est vrai, les gens sont fatigués.  Mais on ne peut rien changer sa politique et les gens qui en font souvent cherchent à servir leurs concitoyens et la société". 

Propos recueillis par Ismaël Dupont, les 29 et 30 janvier 2018

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