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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 11:11
Magazine de l'Union des Jeunesses Républicaines de France à la libération (Archives Pierre Le Rose)

Magazine de l'Union des Jeunesses Républicaines de France à la libération (Archives Pierre Le Rose)

Notre jeunesse, Avril 1945: congrès des Jeunesses Communistes (Archives Pierre Le Rose)

Notre jeunesse, Avril 1945: congrès des Jeunesses Communistes (Archives Pierre Le Rose)

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

Congrès du PCF à Strasbourg en 1947 - Daniel Trellu, le premier à gauche: à ces côtés, Gabriel Paul, Pierre Le Rose, Marie Lambert (archives Pierre Le Rose)

Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère) avec Gaston Plissonier (Archives Pierre Le Rose)

Paul Le Gall, Piero Rainero, Daniel Trellu (ancien chef FTP du Finistère) avec Gaston Plissonier (Archives Pierre Le Rose)

Maryse Le Roux nous raconte Daniel Trellu (Quémeneven 1919-1998 Carhaix) , ancien responsable de la Résistance Communiste bretonne et cadre du PCF à la Libération, qu'elle a rencontré à la fin des années 90:

" Sa maison d’écluse au bord du canal de Nantes à Brest avait beaucoup de charme. Il avait fait à côté sous une terrasse un espace barbecue, et il en parlait comme de l’espace de l’amitié, qui semblait avoir pour lui une grande importance.
Il avait dans sa retraite un rôle proche de celui d’un assistant social bénévole, et débrouillait des dossiers pour des gens qui n’y arrivaient pas.
En ce qui concernait le FLB, il connaissait pas mal de ses membres, et leur avait dit qu’il fallait absolument qu’ils se désolidarisent officiellement du mouvement breton d’avant-guerre et de la guerre.
Dans l’entrée de sa maison, il y avait deux images côte à côte et de la même taille : une de Marx, je crois, une autre du Christ.
Il avait avec toi pas mal de points communs : c’était un communiste convaincu, et il était ouvert, tolérant, et lisait des textes sacrés. Parler avec lui ne donnait pas l’impression de parler à un homme enfermé dans un système de pensée. Il était humaniste, chaleureux. Il avait du recul sur ses choix. Il parlait de Marcel Cachin comme de quelqu’un qui avait compté pour lui, en tant que communiste, et en tant que défenseur de la langue et de la culture bretonnes.
La langue bretonne avait beaucoup de valeur à ses yeux, il écrivait des poème en breton, et les traduisait. 
Voilà, c’est tout ce qui me revient... Ce n’est pas grand-chose, mais ce qui dominait quand je l’ai quitté, c’était le sentiment d’avoir rencontré quelqu’un d’une belle humanité, et un esprit libre."

Voici un poème remarquable de Daniel Trellu trouvé dans le tome 3 en français de l'anthologie de Favereau chez Skol Vreizh, sachant que l"original se trouve dans la version bretonne de l'anthologie.
Le poème en breton est peut-être encore supérieur à sa traduction, fût-elle de l'auteur lui-même comme c'est le cas ici. On considérer qu'ici le style poétique de Trellu est assez proche de certains aspects de Char.

OMBRE
J'ai perdu mon ombre
Ma preuve par le soleil
A midi comme un mât
Planté en pleine terre 
Voiles hautes
J'étais une évidence verticale
Confondue avec son double
Pouvais-je retenir les soleils
Quand je croyais ouvrir deux mains
J'ai creusé pour chercher mon ombre
J'ai navigué sur des faux équilibres
Mon tronc s'est vidé
L'écorce est transparente
Faux soleils fausses lueurs
Je tourne autour du vide
Je n'ai plus d'ombre
J'ai perdu le soleil.

Né en 1919 à Quéménéven (29), Daniel Trellu, qui devient instituteur avant guerre, a joué sous le pseudonyme de «Colonel Chevalier», un rôle important dans la Résistance en tant que lientenant-colonel FTP responsable départemental d'un des premiers maquis de Bretagne (Spézet, Laz, Saint-Goazec), puis de responsable de la résistance FTP de Bretagne. 
Il était entré aux Jeunesses Communistes dès 1936, à l'époque de la montée des fascismes, puis il participa à la reconstitution du Parti Communiste clandestin en 1939. 
"D'aucuns se souviennent de quelques faits d'arme de ce résistant intrépide: rapt d'uniformes d'officiers nazis dans un hôtel au bord de l'Aulne, déchargement d'armes au "Cap-Horn" (Quimper)" (témoignage d'André Buanic cité par Francis Favereau). 
Après la guerre, il devient responsable départemental du parti communiste à Brest, puis réintègre l'enseignement en 1952.
Il sera successivement instituteur à Trégunc, puis professeur de français et d'histoire-géographie au lycée technique Chaptal à Quimper. Très lié à Dubcek (depuis 1949 - stages, rencontres), il fut très affecté par les évènements de 1968 en Tchécoslovaquie. 

Daniel Trellu a eu comme élève un certain Daniel Le Braz (Dan ar Braz).

Il a pris sa retraite en 1975 et vient s'installer à Saint-Hernin où il décédera en avril 1998.

 

Daniel Trellu était un homme cultivé, lettré, fervent amateur de Eluard et Aragon, l'auteur de nombreux poèmes.

"Retiré comme un vieux sage au bord du canal de Nantes à Brest à Port-de-Carhaix, à l'écluse de Koz-Castell (entre Saint-Hernin et la capitale du Poher), il défendait la langue bretonne et écrivait des poèmes bilingues" (Francis Favereau, Anthologie de la littérature bretonne au XXe siècle, tome 3, Skol Vreizh). 

 

 

" Concernant les "campagnes rouges" du Centre-Bretagne, Daniel Trellu avait répondu en breton aux questions de Ronan Le Coadic (Skol Vreizh, n°22, 1991):

 

 

 

"Dans ces régions, les ruraux étaient traités comme des bêtes sous le règne des riches et, peu à peu, ils sont parvenus à posséder leur lopin de terre, un champ ou deux ou trois; par la suite, ils ont mis un peu d'argent de côté, mais n'ont pas oublié d'où ils venaient... Certains sont partis travailler loin, à Paris. Des gens costauds pour des travaux pénibles. C'est ainsi que ceux-ci se sont trouvés à la tête des syndicats, et ainsi de suite; puis ils ont connu les communistes et ont adhéré (au PCF). Et c'est ainsi qu'ils ont ramené au pays ce qu'ils avaient appris à Paris... Marcel Cachin disait un jour: "Tiens, ceux-là, maintenant, ils ont vu les saints vivants et les ont vus mourir pour des idées". Cela a été un peu un transfert de foi... Les Bretons, tu le sais bien, aiment à voir des saints; or, cet homme-là, c'était comme un saint dans le pays. Il s'occupait des pauvres. Et ils n'avaient pas d'argent, on ne leur en demandait pas. Il était toujours prêt, de jour comme de nuit, à rendre service, quoique ce soit... allez hop! on va trouver le docteur Jacq, le médecin des pauvres*". (entretien avec Ronan Le Coadic cité par Francis Favereau, Anthologie de la littérature bretonne au XXe siècle, tome 3, Skol Vreizh, p. 463). 

 

 

* Le docteur Jacq, médecin de Huelgoat, puis maire communiste, originaire de Granville, bon bretonnant, médecin des pauvres, fut révoqué en 1939, arrêté en juillet 1941, emprisonné au camp de Châteaubriant et fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941, comme ce sera le cas du maire de Concarneau, Pierre Guéguin et de plusieurs autres: on dit qu'ils chantèrent la Marseillaise, mais aussi le Bro Gozh ma Zadou que le docteur Jacq leur avait appris avant de mourir.   

 

 

On laissera le dernier mot à la plume solaire de Daniel Trellu: 

 

"La corneille étourdie

La mouette hardie

Dans le ciel en été

Virevoltant

Ont marié

Leurs couleurs..."  

 

    

 

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