Le 27 juin, Graz renouvelle son conseil municipal. En 2021, la victoire des communistes avait constitué un séisme dans le paysage politique autrichien. La ville a offert au Parti communiste d’Autriche (KPÖ), arrivé en tête avec 28,8 %, la première mairie de son histoire. Et par n’importe laquelle : la capitale de la Styrie est aussi la deuxième ville autrichienne avec 345 000 habitants.
Gouvernée par la droite de 2003 à 2021, en coalition avec l’extrême droite de 2017 à 2021, la victoire de la gauche s’inscrit dans un contexte de scandales nationaux et locaux entachant les droites. Elle consacre aussi une lente montée du KPÖ initiée dans les années 1980.
Les sondages donnent le KPÖ à 32 %
Les municipales autrichiennes se faisant à la proportionnelle intégrale, y compris pour l’exécutif municipal, le KPÖ dispose dès 2003 d’adjoints au maire dans des majorités conservatrices au logement puis à la voirie. Malgré le peu de moyens, les communistes réussissent à améliorer la situation des logements communaux, dans un état d’insalubrité généralisé en mobilisant la population projet par projet.
Aujourd’hui, les sondages donnent le KPÖ à 32 %, loin devant les conservateurs (20 %), et la coalition sortante (KPÖ, Verts, SPÖ) totaliserait 53 % des voix, plébiscitant le bilan de la maire Elke Kahr. Depuis son arrivée à la tête de la ville en 2021, sa coalition a mis en œuvre une politique résolument tournée vers les préoccupations quotidiennes avec des avancées concrètes dans les domaines du logement, de l’environnement, des transports ou pour alléger le coût de la vie.
Ainsi, pour endiguer la flambée des prix, la ville a gelé les loyers dans ses logements communaux, augmenté les aides énergétiques et élargi l’accès à la SozialCard, qui permet notamment d’acquérir un abonnement annuel de transports en commun pour seulement 50 euros.
En matière d’environnement et de mobilité, l’accent a été mis sur les transports publics avec des investissements massifs dans de nouvelles lignes de tramway, l’extension du réseau de pistes cyclables, tout en protégeant les espaces verts grâce à un plan d’action contre la chaleur et de nouvelles réglementations. Ce virage social et écologique, qui place les besoins des citoyens au cœur de l’action, a valu à Elke Kahr une reconnaissance internationale avec le prix de « meilleure maire du monde » en 2023.
Un ancrage citoyen qui dépasse l’institution
Néanmoins, si l’action de la municipalité est réelle, son ampleur a été limitée par le niveau d’endettement record (près de 2 milliards d’euros) qu’elle hérite de la gestion des conservateurs et de l’extrême droite qui a fait passer la dette de la municipalité de 500 millions à 1,7 milliard entre 2017 et 2021.
Si les communistes restent populaires, c’est grâce à leur pratique politique. Leurs permanences sociales, organisées dans les locaux du parti, sont un outil d’écoute et de terrain. En dernier recours, le fonds social du parti – abondé par les indemnités des élus et une partie de la subvention publique – permet une aide financière directe. À Graz, il atteint 300 000 euros par an.
Car la reconduction de la coalition de gauche n’est pas garantie. Le SPÖ, partenaire minoritaire, conditionne son soutien à une présence dans l’exécutif : or, le scrutin proportionnel pourrait lui être fatal s’il échoue à franchir les 9 %. Surtout, les Verts, alliés jusqu’ici, laissent la porte ouverte à d’autres configurations, y compris une alliance avec les conservateurs ou l’extrême droite.