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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 05:22
Elsa Faucillon: Les accords du Touquet sont un échec - L'Humanité, 27 mai 2026
Elsa Faucillon: Les accords du Touquet sont un échec - L'Humanité, 27 mai 2026

A lire dans l'Humanité d'aujourd'hui, l'interview d'Elsa Faucillon, rapporteuse de la commission d'enquête qui vient mettre en lumière l'inhumanité et l'inefficacité des politiques menées pour empêcher à toute force le passage des migrants qui cherchent à traverser la Manche.

Accords du Touquet : « Les morts dans la Manche et le respect des droits humains ont-ils fait partie de l’évaluation des politiques ? »

Rapporteuse de la commission d’enquête sur les accords du Touquet, la députée PCF Elsa Faucillon revient sur vingt-cinq ans de sécurisation de la frontière franco-britannique. Elle auditionne, ce jeudi, les anciens ministres de l’Intérieur Gérald Darmanin et Bruno Retailleau.

Pierre Cazemajor , L'Humanité, 27 mai 2026

Qu’attendez-vous des auditions de Gérald Darmanin et Bruno Retailleau ?

D’abord des clarifications sur les bases légales des pratiques mises en œuvre sur le littoral : les démantèlements, la crevaison d’embarcations, les nouvelles méthodes d’interception des « taxi-boats », ou encore les accords récents de réadmission sur le territoire français.

Je veux aussi leur demander comment ils évaluent une doctrine dont ils ont été de fervents artisans, alors que nos travaux montrent déjà qu’elle constitue à la fois un drame humain et un échec au regard de ses objectifs. Ils doivent aussi des réponses aux familles endeuillées : les morts dans la Manche et le respect des droits humains ont-ils véritablement fait partie de l’évaluation des politiques qu’ils ont conduites ?

Pourquoi avoir voulu cette commission d’enquête sur les accords du Touquet ?

Cette commission, nous la devons d’abord aux plus de 500 personnes mortes dans la Manche. Ces disparus ne font pas les gros titres, pas plus que les conditions de vie absolument dramatiques des personnes exilées sur le littoral. Depuis le démantèlement de la jungle de Calais, la dispersion des campements a aussi produit une forme d’invisibilisation. Il fallait redonner de la visibilité à ces personnes et, par là même, une forme de réhumanisation.

 

Il y a également un enjeu de contrôle démocratique. Les accords du Touquet, puis les actes qui ont suivi – décrets, circulaires, accords successifs – ont largement échappé au contrôle du Parlement. L’opacité demeure sur les moyens financiers déployés par l’État, mais aussi sur la ventilation des fonds britanniques.

Quels premiers enseignements tirez-vous des auditions menées jusqu’ici ?

Vingt-cinq années de politiques destinées à empêcher les passages n’y ont pas mis fin. Les tentatives ont continué d’augmenter. Au regard des objectifs affichés, il est difficile de ne pas parler d’échec.

Les personnes qui arrivent sur le littoral nord sont souvent au bout d’un parcours de plusieurs mois, parfois de plusieurs années. Certaines sont passées par les geôles libyennes et arrivent à 30 kilomètres des côtes britanniques. Ce n’est pas le harcèlement des contrôles qui les fera renoncer.

En revanche, la militarisation rend le passage plus dangereux : les départs ont lieu plus loin, les traversées sont plus longues, les embarcations plus chargées. Les empêchements ne suppriment pas les passages. Ils poussent les réseaux de passeurs à s’adapter.

Les pouvoirs publics justifient pourtant cette sécurisation par la lutte contre les passeurs…

Les passeurs exploitent évidemment la détresse humaine. Mais les politiques menées créent aussi les conditions dans lesquelles cette exploitation prospère. On nous explique que le « zéro point de fixation » permettrait d’éviter que les exilés tombent sous leur emprise. Or la dispersion, l’absence de protection des droits et les entraves au passage renforcent des réseaux criminels de plus en plus structurés.

On entend aussi régulièrement parler d’« appel d’air ». Mais lorsque je demande sur quoi repose cette notion, les réponses sont souvent inexistantes. Les travaux universitaires montrent que les obstacles dressés sur les routes migratoires ne mettent pas fin aux migrations : ils les déplacent et les rendent plus dangereuses. Ces travaux devraient aider à construire les politiques publiques ; ils sont largement ignorés.

Qu’induit le fait que la frontière britannique soit contrôlée côté français ?

Le Royaume-Uni finance une partie de la sécurisation du littoral français. Lors des dernières discussions autour des accords de Sandhurst, les Britanniques ont même envisagé de conditionner les fonds à un seuil d’interceptions par la police française. Cela revient à demander à la France de travailler à la tâche, comme sous-traitante de la politique migratoire britannique, en considérant les personnes exilées comme des colis à intercepter.

Sur le littoral, les conséquences sont visibles : des barbelés, des murs, des rochers, une présence policière permanente ; et, au milieu, des personnes qui manquent de tout. Heureusement que les associations non mandatées sont là pour assurer un minimum vital. À Calais, une crise humanitaire se déroule sur notre propre sol.

 

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