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20 Février 2015 Vingt-trois étrangers , et pourtant nos frères... Ces héros de l'affiche rouge
20 Février 2015
Patrick Apel Muller, rédacteur en chef de l'Humanité, voici un an, écrivait «Ils n’avaient «réclamé ni la gloire ni les larmes». Le Panthéon non plus. L’entrée pourtant de Missak Manouchian parmi les grands hommes qui ont fait le destin de notre pays, « amoureux de vivre à en mourir », aurait eu de l’allure. Elle aurait proclamé que la nation n’est pas réductible aux discours vert-de-gris qui la corrompent.
Cependant, soixante-dix ans, jour pour jour, après leur exécution au Mont-Valérien – la seule femme du groupe FTP-Moi, Olga Bancic, fut décapitée en Allemagne – et l’Affiche rouge placardée comme une infamie, les vers d’Aragon et les notes de Léo Ferré font à ces résistants étrangers, à ces communistes, un cortège plus durable, un hommage plus vibrant, un souvenir vivant. « Étrangers et nos frères pourtant », ces résistants « criaient la France en s’abattant » parce qu’ils en avaient la plus haute idée, celle qui s’incarne dans la liberté, l’égalité et la fraternité.
Le rappel des noms d’Epstein, Boczov, Della Negra, Alfonso, Fontano, Grzywacz, Rayman, Wajsbrot, Elek… fait resurgir une grande histoire, celle de ces antifascistes de tous les pays qui se donnèrent la main face au franquisme avec les Brigades internationales, face au nazisme dans la Résistance.
C’est dans le creuset du Parti communiste français qu’ils puisèrent leurs forces, leur organisation, et entamèrent avec de maigres armes une véritable guérilla urbaine. La MOI, la Main-d’Œuvre immigrée, était un secteur d’activité du PCF ; elle devint le fer de lance des FTP. L’Affiche rouge dénonce ainsi Manouchian : « Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés. » C’est une citation au plus haut grade d’une Légion d’honneur idéale.
La dette à leur égard est immense. Leur combat et leur sacrifice ranimèrent l’espérance de la population de la région parisienne et firent monter l’angoisse parmi les troupes allemandes et les collaborateurs. La Libération leur doit tant. Et dans leur legs aussi, ces phrases d’amour : « Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand », « Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant. »
R.D.
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang…
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
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