Je suis en colère et je ne vais pas m’en excuser
Ce matin, je suis allé devant le lycée Tristan-Corbière. Je n’y allais pas pour me montrer, pour faire une photo. J’y allais parce que depuis plusieurs jours, des lycéennes et des lycéens se mobilisent, et que j’avais ce besoin profond d’être là.
Ce que j’y ai vu, c’est une jeunesse debout, calme, déterminée. Des gamins de 15, 16, 17 ans qui se sont retrouvés devant leur établissement pour dire des choses simples : on veut plus de professeurs, on veut des locaux qui tiennent debout, on veut des rythmes scolaires qui aient du sens, on veut que l’école publique ait enfin les moyens de ses ambitions, et on ne veut plus d’un système qui nous classe avant même qu’on ait commencé à vivre. Rien d’extravagant là-dedans. Ce sont des demandes de bon sens, portées avec une dignité que beaucoup d’adultes devraient envier.
Je les regardais, et je n’arrivais pas à ne pas penser à moi. J’ai 23 ans. Il n’y a pas si longtemps, j’étais à leur place, sur les trottoirs d’un autre lycée mais avec les mêmes questions dans la tête. Un internat qui se délabrait, des professeurs non remplacés, Parcoursup. Je sais ce que c’est d’avoir 17 ans et de regarder les adultes décider de votre avenir sans toujours avoir le sentiment d’être entendu. Je sais ce que ça fait de se demander si votre parole compte réellement. Et je sais ce que cela signifie de voir l’école, qui devrait être une promesse, devenir parfois une source d’angoisse et de frustration.
C’est pour cela que ce qui se passe depuis quelques jours me touche autant.
Mais surtout, c’est pour cela que ce que je vois dans certaines villes me met profondément en colère.
Des images de lycéens gazés. Des lycéens frappés. Des jeunes face aux forces de l’ordre. Des jeunes, pas des ennemis. Des jeunes qui se mobilisent pour leur école et pour leur avenir.
Et je dois le dire simplement : je refuse de trouver cela normal.
Je veux être clair, parce que je sais comment ces mots seront lus. Je n’aime pas voir les bâtiments publics dégradés. Ce sont ceux de tout le monde, ceux qu’on paie ensemble, ceux où nos parents, nos voisins et nos proches travaillent. Je refuse également de voir des enseignants, des personnels ou des proviseurs victimes de violences.
Mais cela ne peut pas nous conduire à accepter que des jeunes soient gazés ou frappés.
On peut condamner des dégradations et défendre les personnels. On peut souhaiter que les mobilisations se déroulent sans violence. Et dans le même temps, on peut dire clairement que la réponse à une mobilisation lycéenne ne peut pas être la violence exercée contre des adolescents.
Un lycéen n’est pas un ennemi.
Un jeune de 16 ou 17 ans qui manifeste n’est pas une menace pour la République.
Il est un citoyen.
Et même s’il est mineur, même s’il est maladroit dans sa manière de s’exprimer, même si l’on n’est pas d’accord avec toutes ses revendications ou toutes ses actions, il doit pouvoir être entendu, protégé et respecté.
C’est cela qui me met en colère.
Parce que lorsque je vois ces images, je pense immédiatement aux jeunes que j’ai rencontrés ce matin à Morlaix. Je pense à leur âge. Je pense à leurs visages. Je pense à leurs pancartes. Et je me dis qu’à quelques centaines de kilomètres, des jeunes exactement comme eux peuvent se retrouver avec du gaz au visage simplement parce qu’ils ont décidé de se mobiliser.
Je ne peux pas m’y habituer.
Et je ne veux surtout pas que nous nous y habituions.
Il y a une question qui me tourne dans la tête depuis plusieurs jours : dans quelle République voulons-nous vivre si, lorsqu’une partie de notre jeunesse se lève pour défendre l’école publique, notre première réponse est de lui demander de se taire ?
Ce n’est pas la République que l’on m’a enseignée.
La République, ce n’est pas seulement le respect des institutions. C’est aussi la liberté de s’exprimer, la liberté de manifester, le droit de contester et la possibilité de défendre collectivement une autre vision de la société.
Et c’est précisément parce que je crois à cela que je considère que nous devons être aux côtés de ces jeunes.
Pas seulement lorsqu’ils sont devant notre lycée.
Pas seulement lorsqu’ils sont calmes et que leurs pancartes ne dérangent personne.
Pas seulement lorsque leur mobilisation fait de belles images.
Il faut être là lorsqu’ils sont attaqués. Il faut être là lorsqu’ils sont caricaturés. Il faut être là lorsqu’on leur explique qu’ils sont trop jeunes pour comprendre.
Parce que leur âge ne retire rien à la légitimité de leur colère.
Je suis militant communiste, et je le suis pour des raisons concrètes, pas pour des slogans. Je crois profondément que l’école publique doit permettre à chacun de s’émanciper, quel que soit son milieu. Je crois que la jeunesse doit pouvoir prendre sa place dans le débat public. Et je crois que lorsqu’une génération se lève pour défendre ses conditions d’étude, son avenir et les services publics auxquels elle a droit, notre rôle n’est pas de regarder depuis le bord du trottoir.
Notre rôle est d’être à ses côtés.
C’est aussi pour cela que je suis fier que le PCF soutienne cette mobilisation. Parce que nous ne pouvons pas demander aux jeunes de croire en l’école publique, en la République et en la démocratie si, lorsque ces jeunes décident de se mobiliser, nous leur expliquons qu’ils doivent rentrer chez eux.
Alors je le dis simplement, comme militant, comme élu, comme jeune, mais surtout comme quelqu’un qui n’a pas oublié ce que c’est d’avoir 17 ans : je serai aux côtés des lycéennes et des lycéens.
Et je crois que nous devons être nombreux à l’être.
Pas pour parler à leur place.
Pas pour récupérer leur mobilisation.
Mais pour les soutenir.
Pour défendre leur droit à se mobiliser.
Pour porter avec eux leurs revendications.
Pour exiger que leur parole soit entendue.
Et pour rappeler une chose essentielle : une jeunesse qui se lève pour défendre son école n’est pas une jeunesse qu’il faut faire taire. C’est une jeunesse qu’il faut écouter, respecter et accompagner.
Alors oui, je suis en colère.
Et je ne vais pas m’en excuser.
Cette colère, je préfère la mettre au service d’un combat collectif plutôt que de la garder pour moi.
Je serai aux côtés des lycéens. Et j’appelle toutes celles et ceux qui partagent ces valeurs à faire de même.
Enzo DE GREGORIO, le 2 octobre 2026
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