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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 07:00

La directrice de la Fête de l’Humanité, Sofia Boutrih, revient sur les grands combats que porte cet événement exceptionnel et le rôle qu’il peut jouer à quelques mois de la présidentielle.

Laurent Moulou

Quel sera le grand thème de cette Fête de l’Humanité 2026 ?

Sofia Boutrih

Directrice de la Fête de l’Humanité

Cette année, nous allons fêter les 90 ans du Front populaire. Il était incontournable de mettre au cœur de la Fête de l’Humanité ce moment historique pour la gauche et si symbolique à quelques mois de l’élection présidentielle.

La Fête rassemblera une grande partie des acteurs progressistes – organisations syndicales, politiques, associatives, organisations internationales –, avec la volonté de rappeler, comme ce fut le cas en 1936, la nécessité d’avoir un front uni contre la menace du fascisme et de donner tous les outils de réflexion au public. L’un des intérêts de cette Fête sera de mettre la gauche face à ses responsabilités et ses contradictions, et d’inciter au dialogue.

Comment ce contexte politique se traduira-t-il concrètement dans la Fête ?

Notre rôle n’est pas de trancher les différends autour de la présidentielle, mais de travailler sur ce qui rapproche, de montrer l’unité possible sur des sujets précis et un projet politique partagé. La Fête reste ce lieu unique où, dans chaque débat et chaque stand, communiste, insoumis, écologiste ou socialiste, on peut se croiser, se parler.

 

Plusieurs espaces, comme le Village des médias indépendants et le Forum social, feront vivre ces échanges entre forces politiques, organisations syndicales et même patronales. Évidemment, l’Agora sera le lieu incontournable de la réflexion, avec la venue de grandes personnalités et l’objectif d’élever le débat sur les fondamentaux politiques, que ce soit la lutte contre le racisme et le fascisme ou la prédation du capitalisme.

L’Agora est là pour fournir les armes intellectuelles au public, dans la perspective de la présidentielle et au-delà. J’espère, enfin, que l’affluence sera à la hauteur de celle – record – de l’année dernière. La Fête a souvent été le lieu du sursaut populaire et citoyen. Y venir, c’est montrer qu’on résiste, qu’on n’est pas résigné face au matraquage des sondages sur l’extrême droite et le risque d’une division de la gauche. Il reste beaucoup à faire, mais il y a de la lumière et de l’espoir !

L’autre grand thème, dans le contexte actuel, sera bien sûr la solidarité internationale…

La lutte pour la paix reste un fil rouge, avec notamment le soutien à Cuba, étouffée par les politiques états-uniennes, et naturellement au peuple palestinien martyrisé. Une nouvelle place, devant l’espace débat du Village du monde, sera inaugurée au nom de l’ancienne déléguée générale de la Palestine en France, Leïla Shahid, présente lors de la dernière Fête et qui nous a quittés en février.

L’année dernière, le spectacle « la Haine » avait été joué sur la Scène Angela Davis. Allez-vous renouveler ce type de spectacle ?

Tout à fait. On a demandé cette année d’avoir en exclusivité un Drag Race France sur la Fête de l’Humanité. Pour eux, ce sera la première fois qu’ils organiseront dans un tel lieu ce spectacle, symbole d’inclusivité. Un autre moment fort sera l’hommage à la chanteuse Colette Magny avec un spectacle intitulé Radicale Magny.

Plus largement, nous voulons faire de cette édition le grand rendez-vous de la culture en lutte face aux attaques que subit le secteur. Des temps forts seront organisés avec, notamment, le Syndicat des musiques actuelles et la commission culture du PCF.

Quelle philosophie guide la programmation artistique ?

Nous refusons d’entrer dans la logique spéculative qui fait aujourd’hui exploser les cachets des artistes. Nous n’en avons ni les moyens ni la volonté. Notre ambition est de proposer une offre culturelle riche, ambitieuse et populaire, mêlant des artistes intergénérationnels, comme Soprano ou Louane, à de nouvelles découvertes.

Le tout en restant un événement très accessible : les billets démarrent à 45 euros pour trois jours. Une billetterie solidaire existe également et nous travaillons avec des associations pour permettre à des habitants des quartiers populaires de venir. C’est un engagement fondamental.

À quelques semaines de l’échéance, comment vous préparez-vous ?

Nous y travaillons toute l’année avant d’en récolter le fruit en septembre. Dans la dernière ligne droite, ce sont 50 permanents, près de 600 bénévoles, ainsi que les prestataires, bâtisseurs et bâtisseuses, qui sont mobilisés. Cet engagement militant est essentiel. Le défi est colossal : une ville éphémère de 80 hectares accueillant 610 000 personnes en trois jours.

Le montage débute le 3 août et se poursuit jusqu’au 11 septembre, avant un mois de démontage. Nous cherchons aussi à améliorer sans cesse l’événement. Cette année, toutes les scènes seront raccordées au réseau électrique afin d’éviter les groupes électrogènes, coûteux en carburant. Nous avons renforcé le tri des déchets et lancé une étude sur notre impact écologique. Les aléas climatiques sont également devenus un enjeu majeur.

Les annulations de festivals, comme Solidays, pour des raisons météorologiques nous conduisent à rendre nos infrastructures plus résilientes face aux fortes pluies, au vent ou aux canicules. C’est aussi cette capacité à se réinventer qui fait de la Fête un rendez-vous incontournable.

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