Le 2 mars dernier, Jacky Hénin ancien maire de Calais, publiait sur son compte Facebook un long texte appelant à résister.
Il venait d’apprendre que Natacha Bouchart, maire LR interdit désormais aux associations de distribuer des repas aux réfugiés. Il saisira le Préfet, aujourd’hui, pour dénoncer l’illégalité du décret paru.
L’Humanité du jour publie cet appel et l’a interrogé par téléphone
A tous ceux qui sont des amis, j’ai besoin que vous m’aidiez à populariser la position qui suit. D’avance, merci à tous. « Natacha Bouchart veut empêcher les distributions de repas aux migrants ». Éloigné de Calais pour raisons professionnelles la semaine, je me tiens cependant quotidiennement au courant de la vie locale par l’intermédiaire de mon abonnement numérique à la presse locale, mais également par les informations que mon épouse et mes camarades ne manquent pas de m’envoyer.
Ce matin très tôt, j’ai failli tomber de ma chaise à la lecture des décisions que Natacha Bouchart entendait prendre au nom de Calais. Un positionnement qui appelle de ma part la réaction suivante : j’ai honte. C’est à l’occasion d’une visite du Ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux dans notre ville, que l’ex-Sénatrice, aujourd’hui Vice-Présidente de la Région, Présidente de la communauté d’agglomération du Calaisis, Maire de Calais a réalisé cette magnifique saillie médiatique. Alors que le Ministre de l’Intérieur rappelait la position de l’Etat d’empêcher « tout lieu de fixation » des migrants à Calais (on en reparlera d’ici l’été), mais pas les distributions de repas, Natacha Bouchart (selon la presse) a aussitôt réagi en annonçant « qu’elle ferait tout pour s’opposer à ces distributions : elle dit vouloir prendre un arrêté en ce sens dès aujourd’hui ». C’est donc au nom de tous les Calaisiens que notre Maire entend non pas refuser de participer à…, mais interdire aux associatifs de distribuer un repas aux migrants qui sont à la rue. Ainsi, cette élue du peuple qui émarge à 8000 euros par mois, dont les repas et les boissons au restaurant sont réglés par le contribuable, qui est venue un jour au conseil municipal nous expliquer qu’elle aurait des difficultés à vivre avec juste ses 8000 euros, qui n’avait pas hésité à solliciter de son successeur au Sénat un contrat d’assistante parlementaire pour percevoir un salaire supplémentaire, veut interdire que des femmes et des hommes de cœur puissent offrir à ceux qui errent dans les rue (dont de nombreux mineurs) un repas chaud. Il s’agit ni plus ni moins que de la non-assistance à personne en danger. C’est un positionnement abject qui donne presque envie de vomir. Jusqu’à présent je n’ai jamais participé à une distribution estimant que cela aurait pu être pris pour de la récupération, par contre, bon nombre de mes camarades qui se reconnaîtront, participent depuis de nombreuses années à la solidarité entre les peuples. Après avoir pris connaissance des propos de madame Bouchart, je me sens obligé d’entrer en résistance, et d’appeler à résister. Si les associations veulent bien accepter ma présence (en fonction de mes disponibilités), alors je participerai aux distributions de repas. Rien ni personne ne m’empêchera d’avoir ce simple geste d’humanité ! Aujourd’hui c’est l’interdiction d’aider l’autre à survivre, et demain ? L’ouverture de camps ? L’autorisation du tir à vue ? La France, celle qu’a chantée Ferrat, n’a rien à voir avec ce type de comportement honteux. Calais, notre ville, cette ville reconnue et honorée par la République pour son courage, cette ville qui s’est toujours efforcée de respecter et d’aider ceux qui souffrent, n’a rien à voir avec ce type de positionnement. Oui, j’ai honte et j’ai la rage qu’on puisse vouloir prendre de telles décisions en mon nom et au nom de milliers d’hommes et de femmes qui, je le sais, ne seront pas d’accord. Ensemble, rendons à Calais son honneur, entrons en résistance et opposons-nous à un véritable trouble à l’ordre public ».