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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 21:53

Bonne année 2015.

La formule rituelle peut paraître un vœu pieu, une incantation stérile, d'autant plus si elle est à visée universelle. C'est aussi évidemment, quand elle est destinée à certaines personnes en particulier, une attention bienveillante, une manière de se soucier d'eux, de leur démontrer que leur sort nous importe. Un acte de générosité. Un pari par lequel on brave la mauvaise fortune en une forme de conjuration superstitieuse. Demain, il fera toujours beau. On rasera gratis. La maladie, la mort, l'accident seront oubliés.

Cela ne mange pas de pain, cela trahit aussi notre vulnérabilité à tous face à la malchance et aux affres de notre condition.

Chacun connaît l'état du monde, les innombrables causes de souffrance et d'affliction qu'affrontent les hommes, du fait d'autres hommes, de la guerre, de la dictature, de l'inégalité, de la nature.

Dans un monde où beaucoup d'hommes sont à la peine, vivent dans la crainte, la privation, la perte, la violence, il est toujours possible à certaines conditions pour l'individu d'être heureux et de jouir de la beauté de la vie qui apparaît à chaque instant quand on a l'esprit et le cœur exercés à la recevoir, quand les circonstances ne nous accablent pas, qu'on aime et qu'on est aimé. Être heureux est aussi une responsabilité que l'on a vis à vis de soi-même car la vie est courte et il s'agit de ne pas gâcher dans la morosité ou les préoccupations accessoires ce temps précieux qui nous appartient déjà si peu.

 

L'année 2015 ne s'annonce guère plus réjouissante que l'année 2014 du point de vue des espoirs que nous pouvons placer dans l'humanité, dans une amélioration de l'état du monde et de la société humaine, permettant aux hommes d'exprimer leurs dispositions natives au bonheur, à la fraternité, au don et à l'échange, à la création et à la compréhension intelligente du monde.

 

Ce n'est pas les raisons d'être inquiet, triste, en colère, désespéré qui manquent.

Un million de gens à vivre en dessous du seuil de pauvreté en plus en France depuis 2012. 850 000 personnes de part le monde qui ne mangent pas à leur faim.

Nos frères palestiniens, irakiens, syriens, libyens, et tant d'autres peuples, qui vivent un quotidien d'horreur, de violence, de peur et d'absence d'avenir.

Des réfugiés qui subissent un véritable calvaire pour gagner l'Europe, et en Europe même aussi souvent. Avec pour principale réponse de notre belle Europe chrétienne et donneuse de leçons, le rejet, la répression.

Des démocraties qui en Europe sont de plus en plus formelles, abîmées par la domination brutale du capitalisme et du libéralisme, servi par des élites égoïstes, irresponsables et cyniques qui bien souvent méprisent le peuple, son droit à se gouverner lui-même et ses intérêts.

Une exaspération et un sentiment d'abandon, de déclassement, qui bien souvent nourrissent le vote d'extrême-droite plus que la remise en cause progressiste du système.

Un effacement de l'espoir de progrès, de l'espoir placé en la noblesse et en l'efficacité de l'action politique.

Une perte de la conscience de classe, de l'esprit de solidarité et de lutte, une montée de la défiance, de la haine de soi et du voisin, de l'intolérance et de l'imbécillité que nourrit aussi la dégradation des conditions de travail et de vie sociale, les mass médias, la société du spectacle et de consommation qui tendent ringardiser des valeurs humaines fondamentales que l'on retrouve pourtant heureusement toujours incarnées et vivantes dans l'engagement associatif, la famille, les relations d'amitié.

Une montée des périls écologiques, climatiques. Notre environnement menacé et gravement détérioré déjà compromet la confiance que l'on peut placer en l'avenir de l'homme lui-même. Les défis à relever pour préserver les équilibres écologiques nécessaires à la préservation d'une vie bonne sur terre paraissent parfois insurmontables tant les raisonnements des décideurs sont basés sur le court-terme, le profit, et la préoccupation dominante de l'économie. Tant les peuples sont nombreux à entrer dans une phase de consommation et de modernisation alors qu'ils ont été jusqu'ici tenus à l'écart du développement matériel.

Face à ces menaces, à ces régressions, il est parfois difficile de garder la foi en l'homme, la volonté d'agir ou de réagir. Même la révolte peut céder la place au fatalisme quand les raisons de s'indigner sont trop nombreuses et les issues trop peu perçues.

Le pessimisme et l'accablement peuvent nous gagner, le repli sur ses petites affaires aussi.

Pourtant, en ce début d'année, ce qu'on peut nous souhaiter, c'est d'abord et avant tout de faire bon usage de ce qui dépend de nous : notre volonté, notre pouvoir d'action, même limité, notre intelligence critique.

Nous sommes à chaque fois libres de nous positionner en spectateurs chagrinés mais passifs, en serviteurs du système ne se posant pas trop de questions, en donneurs de leçons peu enclin à agir concrètement, en égoïstes à demi indifférents aux misères humaines pour pouvoir ménager leur plaisir, en profiteurs, exploitateurs, amoureux du pouvoir, de la richesse, de la domination. A chaque positionnement éthique ses valeurs, ses justifications, ses faux-semblants.

 

Nous, militant au Parti communiste et au Front de Gauche, humbles héritiers d'une longue histoire conflictuelle, faite de dévouements, de sacrifices, de conquêtes arrachées dans la douleur, d'illusions et de défaites cuisantes aussi, nous avons choisi de consacrer une part de notre énergie et de nos efforts à la cause du bien public, en travaillant à convaincre de la possibilité et de la nécessité de changer la société pour la rendre plus humaine, fraternelle, égalitaire, pacifique, tolérante et respectueuse de la liberté et de l'égalité des hommes, afin que les chances de l'épanouissement individuel soient mieux partagées.

Nous sommes des idéalistes. Nous croyons que l'homme n'a pas épuisé les possibilités de sa nature, qu'il peut vivre des relations plus justes et plus harmonieuses avec ses semblables, qu'il n'est pas fondamentalement, définitivement, un être égoïste, cupide, brutal, stupide. C'est une société mal organisée qui l'empêche d'être meilleur, plus riche intérieurement, plus capable de bonheur. Pour l'élever à la hauteur de sa vocation, il faut un changement des structures sociales et économiques.

Pour nous , la politique a une dimension morale, elle vise de hautes fins : ce n'est pas le règne de l'ambition, de l'arrivisme, des egos, du goût du pouvoir et des prébendes, et de la simple gestion du système rivée à un agenda réformateur et technicien.

Nous sommes aussi matérialistes et réalistes : nous ne pensons pas qu'on puisse penser l'histoire indépendamment des phénomènes sociaux et économiques de longue portée, que l'on puisse juger les individus sans tenir compte de leur ancrage social. Que l'on puisse être complètement dupes des professions de foi progressistes émanant de la bourgeoisie et de ses représentants politiques. Nous pensons que le progrès n'est pas affaire que de bonne volonté, que le changement doit se construire à partir d'une analyse du réel, en travaillant à transformer un rapport de force, un état de fait qu'il faut bien connaître dans ses contradictions et sa dynamique immanente.

Nous sommes aussi à ce titre confrontés au paradoxe d'un capitalisme producteur de crises de plus en plus violentes du fait de sa domination de plus en plus forte sur le monde et tous les champs de l'activité humaine, qui est en même temps de plus en plus vulnérable en soi du fait de ses tendances auto-destructrices, et de moins en moins perçu comme combattable, de moins en moins identifié et ciblé à travers les forces sociales qui le dirigent.

La conscience sociale et politique, les idéaux d'émancipation, paraissent reculer aujourd'hui dans la « working class », la classe laborieuse, même si à la faveur de l'aggravation de certaines crises et des assauts impérialistes de la finance contre la souveraineté et les intérêts vitaux des peuples, comme en Grèce et en Espagne aujourd'hui, en Argentine ou dans d'autres pays d'Amérique Latine depuis des années, lorsque le capitalisme paraît vouloir se passer tout à fait de la démocratie, on observe des sursauts populaires salutaires et enthousiasmants qui manifestent que les idées de la gauche de transformation sociale, les idées révolutionnaires, n'appartiennent pas au passé (comment le pourraient t-elle puisqu'elles sont des aspirations fondamentales de la raison humaine?), qu'elles ont toujours une force d'entraînement quand le grand nombre recommence à croire en sa force et en sa capacité d'auto-détermination.

C'est aussi dans ces exemples, celui de la Bolivie, de l'Uruguay, de l'Equateur, et peut-être demain de la Grèce si elle se rebelle avec Syrisa contre l'Europe du capital, que se nourrit notre espoir que monte à nouveau en puissance, chez nous aussi, la vraie gauche, celle qui s'attaque aux privilèges, approfondit la démocratie et l'égalité des droits, musèle comme elle le peut les féodalités financières, veut changer la vie des gens, et pas qu'à la marge. Nous avons besoin d'expériences de luttes menées jusqu'à la victoire, de contre-modèles, même avec leurs limites, leurs échecs, leurs impuissances persistantes car l'ambition politique doit viser loin mais s'engage toujours dans un réseau de contraintes.

Et même si les espoirs restent pondérés, mesurés, assortis de craintes et de scepticisme, car cette entreprise s'engage dans un contexte très difficile, et que la vie politique, à travers ses contradictions, le poids des institutions présidentielles et du mode de scrutin, des bouleversements en cours, crée aussi ses crises internes, il y d'autres moteurs de l'engagement et de l'action, telle cette révolte que suscite dans la conscience humaine l'indécence des puissants autistes à l'aggravation de la pauvreté et des inégalités, qui détruisent des conquêtes sociales extraordinaires issues d'années de combats sociaux, l'indécence des riches qui en demandent toujours plus, qui cachent leur fortune pour ne pas contribuer à la solidarité nationale, qui veulent démolir encore et toujours le droit du travail afin de renforcer l'exploitation tout en exigeant des « retraites chapeaux » équivalent à des centaines d'années de salaires pour un SMICARD.

 

 

Transformer la colère en espoir, l'exigence ressentie en mode opératoire efficace, le chemin est long, mais il n'y a qu'en se réunissant qu'on pourra le parcourir.     

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