Mobilisation lycéenne: un triste record de 6 877 gardes à vue, dont 86% de mineurs
Depuis la mi-septembre , la contestation lycéenne a donné lieu à 6 877 gardes à vue, dont 86% visent des mineurs. La Ligue des droits de l'homme dénonce des arrestations préventives et des conditions de détention indignes.
Par Lisa Guillemin, L'Humanité
6 877 gardes à vue, dont 86% concernent des mineurs des mineurs. Une fierté française. Ce sont les chiffres livrés ce vendredi 9 octobre par la Chancellerie, depuis le début de la contestation lycéenne. Il paraît que l’État n'a plus les moyens d'encadrer la jeunesse. Il les retrouve pourtant dès qu'il s'agit de la placer en garde à vue.
A ce stade, 2 376 personnes font l'objet d'une poursuite et 21 placements en détention provisoire ont été ordonnés, dont six concernant des mineurs. De quoi impressionner, à condition de ne pas y regarder de trop près. Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des Droits de l'Homme, dénonce des dossiers "vides" et des gardes à vie qui visent, dans de nombreux cas, à empêcher de manifester: "Ce sont en fait des arrestations préventives".
La privation de liberté devrait rester exceptionnelle, rappelle-t-elle, a fortiori pour les mineurs. L'exception se compte désormais par milliers. La LDH alerte aussi sur les conditions de ces gardes à vue: coups, propos sexistes, mineurs privés d'avocat ou contraints de l'attendre six à sept heures.
Inès, 15 ans, a raconté sa garde à vue à l'Humanité. Accusée d'avoir participé à l'incendie d'une poubelle, elle dit avoir été menottée à un banc, puis enfermée avec une autre adolescente dans une cellule trop étroite pour qu'elles puissent s'y allonger toutes les deux. "Tu m'écoutes, cassos! Tu fermes ta gueule", lui aurait lancé un policier. Pour son avocate, ces 48 h n'étaient ni justifiées ni nécessaires: une remise en liberté assortie d'une convocation aurait suffi.
Il faudra bien expliquer à ces adolescents ce que valent les droits enseignés en classe une fois passée la porte du commissariat. Et comment un pouvoir qui exige leur respect s'accommode de leur humiliation. "C'est un régime gouverné par la peur", résume la présidente de la LDH.
Un acte V est annoncé mardi 13 octobre. Le gouvernement aura donc une nouvelle occasion d'améliorer son bilan. Celui de l'école attendra.
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