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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 19:33
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet
8 mai 2026 à Morlaix, place Rol Tanguy - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet

8 mai 2026 - Discours d'hommage à Rol Tanguy par Lucienne Nayet 

Remerciements de Claire, Hélène et Francis de rendre hommage à leur père Henri Rol Tanguy ce 8 mai qui marque la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe, mettant fin aux années de conflits dévastateurs et où les combats ont enfin cessé. 

La vie de Henri Rol Tanguy a été au service de la liberté. Né en 1908 à Morlaix, il représente une génération pour qui l'engagement était une nécessité, un sens dans sa vie, un homme dont je vais retracer quelques grandes lignes de son parcours. 

Son engagement se déploie d'abord dans les brigades internationales puis dans la Résistance et après guerre dans son action mémorielle:  

à l'ANACR (association nationale des combattants et amis de la résistance) 

et à l'ACER (Amis des combattants de l'Espagne Républicaine)

Défendre la République espagnole en 1936, c'est une forme de conscience politique lucide à l'époque face aux menaces qui pèsent sur l'Europe. Pour Henry Rol Tanguy la lutte n'a pas de frontière, c'est déjà un chemin pour défendre la liberté en France. Il a eu de nombreuses activités syndicales et politiques. 

Il a été secrétaire de syndicat de la métallurgie de la région parisienne CGT avec Jean-Pierre Timbaud, commissaire politique avec les Brigades Internationales, chef d'état major des FFI de la région parisienne, colonel de l'Armée française, membre du Comité central du PCF.    

Depuis 1936, avec le syndicat de la métallurgie, Henri Tanguy menait une intense campagne de solidarité avec la République espagnole plongée dans la guerre civile depuis juillet 1936. 

Henri Tanguy demande à plusieurs reprises mais en vain à partir se battre en Espagne. En 1937, le PCF demanda à ses cadres de renforcer les Brigades, et Henri Rol Tanguy accepta de faire partie de ce contingent. Il a été désigné commissaire politique de la 14 ème Brigade "La Marseillaise". 

Blessé le 18 juin 1938, d'une balle dans la poitrine, il rejoint son poste après quelques journées passées à l'hôpital, refusant d'attendre l'extraction du projectile. Il participe à la vaste offensive de l'Ebre à Tortosa et dans la Sierra Cabalis de juillet à septembre 1938. 

Revenu en France, à la dissolution des Brigades, Henri Rol Tanguy reprend ses responsabilités au syndicat des Métaux et au Comité de la Région de Paris du PCF. 

Le 5 octobre 1940, apprenant qu'une vague d'arrestation frappe les militants du PC, il entre dans la clandestinité. Il participe à la mise sur pied de l'organisation spéciale (O.S), le PCF lui confie la responsabilité du secteur sud de Paris et de sa banlieue d'où il organise des sabotages contre les forces allemandes. 

Son épouse Cécile, entrée également dans la Résistance, comme agent de liaison, joue un rôle très important auprès de lui. En Août 1941, il est chargé avec Raymond Losserand et Gaston Carré dans la Région parisienne de groupes armées qui en 1942 deviennent les FTP (mouvement de résistance communiste armée). 

Et dans ce trio de résistance, il exerce la fonction de responsable militaire. Losserand et Carré sont arrêtés en 1942 et fusillés 5 mois plus tard. 

C'est là qu'il change de zone pour sa sécurité et œuvre dans la région du Poitou-Anjou.  Il revient en 1943 en Région Parisienne pour diriger avec Joseph Epstein les FTP en région parisienne. 

Il est aussi nommé en tant que FTP au sein des comités d'action contre la déportation chargés de saboter les départs au STO. 

Il passe à l'état major de toute la Région Parisienne qui regroupe 11 départements autour de Paris et le 1er juin 1944, il devient colonel régional des FFI et prend son pseudonyme Rol qui lui vient d'un ami des Brigades Internationales, le légendaire Rol, décédé pendant la guerre d'Espagne en combattant des Brigades internationales (Théo Rol, tué en 1938 pendant la bataille de l'Ebre alors que Henri Tanguy se trouvait à ses côtés). 

Oui il combat mais il comprend très vite qu'il faut s'organiser, se structurer, entretenir des réseaux et maintenir les liens entre les différents groupes de résistants. Son rôle a été très important et déterminant. 

Il s'engage totalement à la préparation de la libération de la capitale en liaison étroite avec le comité d'action militaire du CNR dirigé par le Général de Gaulle et Jacques Chaban Delmas. 

Le 17 août 1944, l'état-major de la Résistance appelle à la lutte décisive. Le 21 août, il fait afficher l'ordre de dresser des barricades, 600 brigades sont réalisées et avec 100 000 hommes sous ses ordres il libère une grande partie de la capitale, Paris, en 3 jours, jusqu'au 24 août. Le 25 août, c'est l'acte de reddition signé par Von Choltiz et le Général Leclerc, acte que Rol Tanguy contresigne. Ce moment marque l'aboutissement de plusieurs années de lutte, mais aussi la victoire d'un engagement collectif. 

Après la guerre, une phase moins connue, Henri Rol Tanguy ne se retire pas de la vie politique. Il comprend rapidement que l'histoire de la Résistance dans sa diversité ne s'arrête pas là, à la victoire des Alliés. Il s'engage pour poursuivre le combat mémoriel à l'ANACR dont il devient président en 1946, et à l'ACER pour transmettre les valeurs de l'engagement pour la République espagnole et les brigades internationales. Son objectif est évident et ses enfants le rappellent - sa fille Claire est aujourd'hui présidente de l'ACER: le souvenir ne doit pas s'effacer, les sacrifices jamais s'oublier, la volonté de construire une République d'égalité, de justice et de fraternité doit rester ce qui guide. 

Rendre hommage à Rol Tanguy aujourd'hui, ce n'est pas seulement honorer son histoire, c'est interroger le monde qui vacille bougrement. 

Les situations nationale et internationale sont graves, les guerres tuent tous les jours des populations civiles, détruisent les infrastructures nécessaires à la vie des peuples, le droit international est bafoué. Dans notre pays, l'extrême-droite s'installe, dangereuse pour notre démocratie, l'histoire nous l'a enseigné. Ils distillent des discours racistes, antisémites, complotistes, de rejet de la différence. 

Des bottes sont prêtes à écraser les esprits, la raison et la connaissance, de l'histoire, la mémoire de ces hommes et femmes qui ont donné leur vie, qui ont combattu comme Rol pour la liberté, l'égalité et la solidarité. 

Rol Tanguy c'est avant tout l'espoir, l'audace d'un monde meilleur. 

Engageons la jeunesse dans cette voie citoyenne courageuse. 

Lucienne Nayet, 

Célébration du 8 mai 2026, 1er moment devant la stèle d'hommage à Rol-Tanguy, place Rol-Tanguy devant la gare de Morlaix, de 9h30 à 10h.   

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 18:55
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
8 mai 2026 - Hommage aux cheminots des gares de Morlaix et Plouigneau victimes de la seconde guerre mondiale par Loic Le Gall, pour la CGT Cheminots
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5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 05:20
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Souviens-toi de Bobby Sands - 5 mai 1981
Le 5 mai 1981, Bobby Sands, combattant républicain irlandais, mourrait à l’hôpital du camp britannique de long Kesh, près de Belfast, après 66 jours de grève de la faim.
Neuf de ses compagnons d’armes le suivront dans son agonie, sans avoir obtenu le statut de prisonnier politique que Thatcher leur refusait
Aujourd’hui, d’anciens détenus comme lui, grévistes de la faim comme lui, soldats de la république comme lui, sont députés, maires de villes, conseillers municipaux. La Première ministre d’Irlande du Nord appartient à Sinn Féin, ancienne branche politique de l’IRA, et ce parti nationaliste est aujourd’hui majoritaire des deux côtés de la frontière
Bobby Sands avait choisi l’alouette comme symbole de liberté. 45 ans plus tard, elle vole libre. 
Sorj Chalandon
 
***
 

"Il y a trente six ans, le 5 mai 1981, au terme de soixante-six jours de grève de la faim, mourait Bobby Sands, en Irlande du Nord, dans la prison de Maze. Cette prison, installée sur l’ancienne base de la Royale Air force nommée Long Kesh, fut d’abord un lieu de détention où l’armée britannique pouvait enfermer sans procès tout opposant à sa présence. Ainsi, en 1971, lors de l’opération «Démetrius», 450 hommes des quartiers catholiques de Belfast y furent parqués dans les H Blocks, des bâtiments en forme de H, dans des conditions très rudes. Bobby Sands avait vingt-sept ans. Après lui, dans les jours qui suivirent, moururent neuf autres prisonniers politiques qui, à son exemple, menèrent jusqu’au bout leur mouvement de protestation." Un article de Francis Combes en 2013 dans L'Humanité. 

 

Bobby SANDS, né le 9 mars 1954, mourait il ya 36 ans le 5 mai 1981 après une grève de la faim.
 

Bobby Sands est un personnage connu pour son combat en Irlande du Nord dans les années 80, où il mena une grève de la faim jusqu’à son propre décès. Républicain irlandais et membre de l’IRA, sa lutte à l’encontre du gouvernement londonien et sa perte firent de lui un véritable martyr, avec un impact médiatique fort… Retour sur la vie de Bobby Sands…

Une Jeunesse très vite marquée par le conflit anglo-irlandais
Bobby Sand nait à Newtownabbey en Irlande du Nord, en 1954. Son enfance se déroule dans un climat conflictuel opposant sans cesse catholiques et protestants au travers d’actes de violences.
Très influencé par cette situation, c’est à 18 ans qu’il rejoint l’IRA (en 1972) et connait sa première arrestation de 1972 à 1976, période durant laquelle il est emprisonné.
A sa sortie de prison, Bobby Sands décide de s’impliquer d’avantage dans les actions de l’IRA, devenant ainsi l’un des principaux leaders activistes du mouvement.

Il est cependant arrêté très rapidement, en 1977, pour détention d’arme à feu et attentat.
Bien que l’accusation d’attentat soit rapidement rejetée par le tribunal en charge de son dossier, il est toutefois condamné à 14 ans de prison pour port d’arme prohibé à la prison de Maze (aussi nommée Longh Kesh).

Bobby Sands souhaite être reconnu comme un prisonnier politique
Dans ce centre pénitentiaire, Sands commence alors à écrire des textes politiques engagés, ainsi que quelques poèmes. De nombreux textes de sa composition sont même publiés tout au long de sa détention dans l’An Phoblacht, le journal officiel de l’IRA.
La vie carcérale à Maze est particulièrement difficile, et les tensions entre les prisonniers et les surveillants sont palpables. Dès le début, les prisonniers tentent de protester avec le « Blanket Protest (1976-1981) » et le « Dirty Protest (1978-1981) ». Il s’agit d’une technique de protestation où les prisonniers refusent de se vêtir de l’uniforme de prisonnier et vivent nus, enveloppés dans seulement une couverture. A ce refus de porter l’uniforme s’ajoute ensuite une véritable guerre à l’hygiène, où les prisonniers refusent de se laver, urinent et défèquent partout afin de placer la prison dans un état sanitaire déplorable.
Bobby Sands participe également à cette lutte, mais semble vouloir aller plus loin pour se faire entendre.
Sands organise une Grève de la Faim sans précédent
Conscient du puissant levier médiatique que peut être celui de la grève de la faim, Bobby Sands décide d’organiser une grève de la faim le 1er mars 1980, afin de sensibiliser l’opinion publique aux actions de l’IRA et à l’attitude du gouvernement londonien vis à vis de l’Irlande du Nord. Bobby Sands est alors accompagné par d’autres membres de l’IRA, fermement décidés à aller jusqu’au bout pour se faire entendre, acceptant la possibilité de mourir.
Durant cette grève, la mort d’un député républicain du Fermanagh et du Sud du Tyrone éveille cependant bien des convoitises, et Bobby Sands ne peut s’empêcher de briguer ce poste. Les catholiques proposent alors Sands comme candidat, et est finalement nominé le 9 avril 1981 où il l’emporta sur Harry West.
Face à cette victoire inattendue, le gouvernement londonien décide de contrer Bobby Sands en votant une loi électorale visant à interdire aux prisonniers toute possibilité de rôle politique et de présentation à des élections durant leur incarcération (cette loi est connue sous le nom de Representation of the Peole Act).
Perdant ainsi son siège de député, Bobby Sands décide de poursuivre sa grève de la faim et continuer à protester. Son état se détériore sur une soixantaine de jours, où il perd beaucoup de poids, et connait un fort affaiblissement. Il décède le 5 mai 1981, après 65 jours de grève.
L’annonce de son décès fait la Une des journaux, et provoque alors un immense tollé en Irlande du Nord et dans le reste du Monde, faisant de Bobby Sands et de ses compagnons, de véritables martyrs.
A l’annonce de sa mort, de nombreuses émeutes éclatèrent dans tous les quartiers nationalistes de l’Ulster, et notamment sur Falls Road, à Belfast, où un « murals » (ces fresques à la mémoire des activistes républicains ou loyalistes) lui rend d’ailleurs hommage.
Margaret Thatcher, la « dame de fer » , Premier ministre en Angleterre, déclara cyniquement à la Chambre des Communes : « Monsieur Sands était un criminel condamné. Il a fait le choix de s’ôter la vie. C’est un choix que l’organisation à laquelle il appartenait n’a pas laissé à beaucoup de ses victimes. ».

 

 

 
Voir aussi: 
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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 12:50
1936: une formidable démocratisation de la culture: Guillaume Roubaud Quashie, Jean Vigreux, Serge Wolikow (L'Humanité, 30 avril 2026)
1936: une formidable démocratisation de la culture: Guillaume Roubaud Quashie, Jean Vigreux, Serge Wolikow (L'Humanité, 30 avril 2026)
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9 avril 2026 4 09 /04 /avril /2026 05:21
« Le Cas Bugeaud » de Colette Zytnicki : le bourreau de l’Algérie « continue pour certains à droite d’incarner la France coloniale avec ses prétendus bienfaits »

À travers « le Cas Bugeaud », l’historienne Colette Zytnicki revient aux racines d’une colonisation parmi les plus sanglantes et met en lumière le parcours de ce chef militaire français, figure de la IIIe République et bourreau exemplaire, responsable des crimes de masse en Algérie.

Publié le 3 avril 2026

Nicolas Mathey

Il est le cas d’une mémoire coloniale brutale, encensée puis déboulonnée. Le maréchal Bugeaud (1784-1849) commanda la conquête militaire française en Algérie dans les années 1840, à coups de massacre, d’enfumade et d’expropriation. Figure de l’ordre honnie des oppositions républicaines, qui contestèrent ses méthodes, il est pourtant devenu un symbole de la IIIRépublique.

L’historienne Colette Zytnicki resitue son parcours d’homme girouette de l’extrême centre et plaide pour que l’histoire des premiers temps de la colonisation soit faite conjointement par les historiens des deux côtés de la Méditerranée, en expliquant le rôle de ce maréchal plutôt qu’en l’occultant.

Quel est le parcours de Thomas Robert Bugeaud ?

Colette Zytnicki

Professeur émérite de l’université Toulouse Jean-Jaurès, l’historienne a notamment mené des études sur le tourisme au Maghreb pendant la période coloniale et les débuts de la colonisation française en Algérie.

C’est un personnage qui illustre assez bien le destin des enfants de la petite noblesse française à la fin du XVIIIe siècle. Il est né en 1784 d’une famille originaire de Dordogne, et son histoire familiale est bousculée par la Révolution. Comme Guizot, Bugeaud en a conçu une solide aversion pour cet événement. Il s’engage à 20 ans, en 1804, dans les « vélites » de l’armée de Napoléon, lequel donnait le grade de sous-lieutenant à quiconque disposait de revenus annuels relativement importants, tout en disant détester la guerre…

Il participe à la bataille d’Austerlitz, est blessé en Pologne, puis est envoyé en Espagne, où il rencontre un autre type de guerre, la guérilla. Il en sort colonel et, en 1814, se rallie à Louis XVIII puis retourne à Napoléon lors des Cent-Jours et tente de revenir à Louis XVIII à nouveau, en vain.

 

Il est selon vous en cela « une girouette » de la Restauration, puis un pilier de la monarchie de Juillet. Il est un homme du milieu, et même de « l’extrême centre », pour citer l’expression de Pierre Serna, que vous reprenez…

Bugeaud fait en effet partie de ces gens prêts à s’allier aux régimes successifs tout en se définissant lui-même au centre : il détestait les républicains et les révolutionnaires mais aussi les royalistes légitimistes. Bugeaud, c’est l’homme du maintien de l’ordre à tout prix.

Il entend se situer en un centre politique à mi-chemin entre les ultras et les légitimistes d’un côté, et les révolutionnaires et les républicains de l’autre. L’un de ses derniers écrits est d’ailleurs une sorte de vade-mecum visant à s’opposer aux révoltes urbaines en France qui s’intitule « la Guerre des rues et des maisons ».

Dans les années 1820 a été publié un dictionnaire des girouettes qui se moque de ces changements de bord politique, lesquels en fait étaient très fréquents. Bugeaud n’est en effet pas le seul à avoir eu cette attitude bien décrite par l’historien Pierre SernaC’était une manière de s’adapter à des environnements politiques brutaux. Il n’en reste pas moins que le gouvernement de Louis XVIII ne lui pardonnera pas son dernier revirement de 1815. Il est jusqu’à la monarchie de Juillet et les années 1830 un « demi-solde ». Il se replie sur ses terres en Dordogne et devient un gentleman-farmer qui s’occupe de la modernisation de son domaine.

En 1834, on le découvre « massacreur » de civils lors d’une émeute parisienne.

En 1830 il est un soutien du régime de Louis-Philippe. Nommé maréchal de camp, il se met au service du régime et devient ensuite le geôlier de la duchesse du Berry (qui avait tenté un soulèvement légitimiste), ce pourquoi les légitimistes lui voueront une grande haine. Sous les ordres d’Adolphe Thiers, ministre de l’Intérieur, Bugeaud devient dans l’opinion le massacreur de la rue Transnonain, à Paris, celui qui conduit les troupes chargées de réprimer les émotions populaires.

Le 14 avril 1834, lors d’un soulèvement républicain, sont massacrés des habitants d’un immeuble considérés comme des émeutiers. La célèbre caricature de Daumier montrant un homme en chemise de nuit assassiné dans son lit popularise l’événement. Bugeaud était donc détesté des républicains et des socialistes.

Bugeaud, c’est l’homme haï des deux bords, qui tient des discours-fleuves provocants à l’Assemblée, qui ferraille tous azimuts. Il fascine Thiers par sa connaissance de l’art militaire. S’il semble que Louis-Philippe ne lui ait pas été très favorable, Bugeaud était très utile au régime, et c’est pour cela qu’il est missionné en Algérie par Thiers et Guizot.

Il est donc envoyé en Algérie une première fois en 1836, alors que la présence française est contestée.

Bugeaud est envoyé pour vaincre les résistances de l’émir Abd el-Kader, qui ne se rendit qu’en 1847. La première mission de Bugeaud en 1836 est limitée : il est chargé de débloquer l’armée française acculée sur la côte non loin d’Oran. Il y parvient en quelques semaines. Puis il retourne en Algérie en 1837, mandaté par le gouvernement pour signer une paix avec Abd el-Kader. Ce sera le traité de la Tafna, qui met fin provisoirement aux combats, mais qui définit mal les frontières entre les deux parties.

Ce traité est ensuite entaché par un procès pour corruption d’un officier, procès qui révèle les méthodes peu conventionnelles de Bugeaud et de son entourage dans sa manière d’administrer l’armée. Lors de son troisième séjour en Algérie, Bugeaud est gouverneur général, de 1841 à 1847. Son rôle était non seulement de commander l’armée mais aussi d’administrer le pays. Mais, ce qui l’intéresse le plus, c’est de mener la guerre.

En 1844 et 1845, c’est le temps des enfumades et de la stratégie de la terreur. Cette répression sans limites préfigure-t-elle le Code de l’indigénat, qui sera mis en place en 1881 ?

La question des enfumades est liée aux razzias. Déjà pratiquées dans les années 1830 par l’armée française, ces razzias avaient pour objectif de couper l’armée d’Abd el-Kader de ses soutiens populaires : les soldats de Bugeaud fondaient sur des villages, brûlaient les récoltes, arrachaient des arbres… pour amener les populations à se soumettre. En 1844 et 1845, à l’ouest d’Alger ce sont des populations entières, les Sbéhas, puis les Ouled Riah qui ont été acculées dans des grottes, puis enfumées… Bugeaud aurait dit « Enfumez-les ».

es enfumades avaient à ses yeux pour objectif de semer la terreur et de forcer la soumission. Quelques jours après la dernière enfumade, la nouvelle parvient en France et provoque un tollé dans la presse. Le président du Conseil et ministre de la Guerre le maréchal Soult a dû rendre des comptes à l’Assemblée. Certains lycéens de Louis-le-Grand protestent. Ces critiques ne ciblaient pas la colonisation, mais étaient une dénonciation des méthodes brutales de Bugeaud.

« Par le glaive et par la charrue » : la devise de Bugeaud a-t-elle guidé sa politique de colonisation agricole militaire en Algérie ?

Bugeaud entendait s’appuyer sur une colonisation plus militaire que civile, en n’hésitant pas à pratiquer extorsions et déplacements de populations… Au XIXe siècle, ce qu’on appelait colonisation agricole passait par l’acquisition de terres mais surtout par l’expropriation ou la mise en séquestre des terres des Algériens et « leur mise en valeur » par des colons venus de France ou d’Europe.

Bugeaud avait une vision particulière : l’armée devait selon lui être le fer de lance de la colonisation agricole, alors que l’administration et le gouvernement parisiens comptaient plutôt envoyer du continent les plus pauvres pour exploiter les terres spoliées.

Que faire du « cas Bugeaud » ? Comment est-on passé des statues et de la légende sous la IIIRépublique aux déboulonnages actuels ?

Dès les années 1840, « le régime du sabre » a été critiqué. Les grands colons et leurs soutiens en France exigeaient une administration plus souple, calquée sur l’administration française dans l’Hexagone, qui leur donnerait plus de droits… Bugeaud y était opposé. Sa mémoire s’est perpétuée après sa mort, en 1849. Il a été considéré comme l’image même du grand conquérant. Puis son étoile a pali au fur et à mesure que l’on a opéré un retour plus critique sur la colonisation. Se pose aujourd’hui la question de savoir que faire de sa mémoire dans nos villes.

L’avenue parisienne n’a été débaptisée qu’en octobre 2024, et sa statue à Périgueux s’accompagne depuis 2023 d’un texte explicatif, « pour regarder l’histoire en face, sans la réécrire ». En tant qu’historienne et citoyenne, je suis tout à fait d’accord avec cette démarche d’expliquer, de contextualiser, sans masquer ni occulter. Cette démarche pédagogique est plus facile à réaliser avec des statues qu’avec des noms de rues. À Périgueux, le torchon brûle encore car en Dordogne Bugeaud passe également pour l’un des modernisateurs de l’agriculture.

Les atrocités perpétrées par Bugeaud dans les années 1840 sont-elles comparables aux crimes nazis ?

Il y a eu en effet des crimes de guerre en Algérie. Peut-on pour autant comparer cela avec une politique d’éradication et d’extermination telle qu’elle a été menée par les nazis en particulier dans l’est de l’Europe ? Mais Bugeaud c’est un passé qui ne passe pas. C’est quelqu’un qui a été installé dans notre Panthéon national. Il était dans les manuels d’histoire et était chanté dans les classes de la IIIe République. Après une période de latence et de silence, nous sommes dans une ère nouvelle, celle de la relecture critique du passé colonial.

Aujourd’hui, Bugeaud continue pour certains à droite d’incarner la France coloniale, avec ses prétendus bienfaits, alors que pour la gauche il reste l’homme de la répression antirévolutionnaire et des enfumades. En Algérie, la mémoire des enfumades est très présente. On visite la grotte où périrent les Ouled Riah, à Nekmaria. La figure de Bugeaud reste aussi présente dans les familles algériennes. Comme le raconte l’humoriste Fellag, quand il refusait d’aller au lit, sa mère disait d’une voix menaçante : « Va te coucher tout de suite, sinon Bitchouh viendra te manger tout cru. » Bitchouh, c’est le nom donné à Bugeaud…

Que faire alors de la mémoire de la colonisation ?

Les relations entre les deux pays sont importantes, puisqu’on compte plus de 10 millions de personnes qui en France ont des liens étroits avec l’Algérie… Sans esprit polémique, il faut faire l’histoire pleine et entière de la colonisation française en Algérie, de pair avec nos collègues de l’autre côté de la Méditerranée. C’est une histoire partagée. J’ai travaillé en ce sens des années avec un historien tunisien.

Il faut mener cette histoire ensemble, historiens français et historiens algériens, ce qui passe par un libre accès aux archives des deux côtés. S’il y a beaucoup de jeunes chercheurs français, on en trouve aussi en Algérie. Notons en particulier que nombre de ceux-là travaillent sur la période précoloniale, puisque les archives ottomanes ont été récupérées en Algérie.

Le Cas Bugeaud, de Colette Zytnicki, Tallandier, 336 pages, 22,90 euros

 

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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 18:53
Hommage à Marcel Paul et à la nationalisation du secteur de l'énergie, du gaz et de l'électricité, 80 ans après, mercredi 8 avril à Brest et Quimper à 18h: initiative conjointe de la CGT  Mines-Energie et du PCF
Hommage à Marcel Paul et à la nationalisation du secteur de l'énergie, du gaz et de l'électricité, 80 ans après, mercredi 8 avril à Brest et Quimper à 18h: initiative conjointe de la CGT  Mines-Energie et du PCF

À l’occasion du 80ᵉ anniversaire des nationalisations de l’énergie, le syndicat CGT Mines Énergie du Finistère et la Fédération du Finistère du PCF  ont le plaisir de t’inviter à un moment de célébration et de partage dédié à cet acte fondateur du service public de l’énergie, de notre souveraineté énergétique et de notre histoire industrielle.
Pour se faire nous t’attendons dans les locaux de la CMCAS le mercredi 8 avril 2026 à partir de 18h00 au 22 bis rue de l’eau Blanche à Brest ou au 9 rue Nobel à Quimper

Cette rencontre sera l’occasion de revenir sur les grandes étapes de la construction du service public de l’énergie, d’évoquer les défis actuels et de partager une vision commune pour l’avenir.
Un hommage sera rendu à Marcel PAUL à l’issue duquel un apéritif et un repas seront servis afin de célébrer cet anniversaire tous ensemble.


HOMMAGE A MARCEL PAUL www.fnme-cgt.fr

CONTACT :
Syndicat Mines Énergie Finistère
195 rue Ernestine de Trémaudan
29200 Brest
syndicatminesenergie@cgt29.bzh

 

RÉPONSE SOUHAITÉE AVANT LE 7 AVRIL, 12H00
via le lien suivant
https://beta.framadate.org/polls/294599e00882126fb6

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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 09:12
Opération Monaco au cinéma La Salamandre le mardi 7 avril à 20h30 en présence du réalisateur Dušan Trančík: Etienne Manac'h et la guerre froide en Slovaquie
Opération Monaco au cinéma La Salamandre le mardi 7 avril à 20h30 en présence du réalisateur Dušan Trančík: Etienne Manac'h et la guerre froide en Slovaquie
Opération Monaco au cinéma La Salamandre
En présence du réalisateur et de la fille d'Etienne Manac'h
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Dans les années 1950, les services secrets tchécoslovaques montent un complot contre le consulat français à Bratislava. Une plongée captivante dans les rouages des procès staliniens.
Ce mardi 7 avril, La Salamandre a le plaisir d'inviter Dušan Trančík, réalisateur de « Opération Monaco », pour une discussion à l'issue de la projection de son docu-fiction. Bérénice Manac'h, la fille de Etienne Manac'h (diplomate présent dans le film) sera également présente dans le cadre de cette rencontre.
Cinéma La Salamandre, Manufacture des Tabacs, 39 quai du Léon à Morlaix
mardi 7 avril à 20h30
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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 17:42
Jeudi Rouge le 26 mars avec les historiens Côme Simien et Guillaume Roubaud Quashie avec le PCF Pays de Quimperlé
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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 08:00
En gare de Brest, ce 7 mars, hommage à notre camarade Pierre Sémard tué par les Nazis
En gare de Brest, ce 7 mars, hommage à notre camarade Pierre Sémard tué par les Nazis
En gare de Brest, ce 7 mars, hommage à notre camarade Pierre Sémard tué par les Nazis
En gare de Brest, ce 7 mars, hommage à notre camarade Pierre Sémard tué par les Nazis
En gare de Brest, ce 7 mars, hommage à notre camarade Pierre Sémard tué par les Nazis
Hommage à Pierre Semard, gare de Brest , 07 mars 2026
La prise de Parole de notre SG du syndicat CGT des Cheminots de Brest Landerneau, Jean-Christophe Hamon, rappelant la trahison de classe de la bourgeoisie, le lien progrès social - service public, et démocratie, contraire à cette extrême droite qui livrera P Semard aux nazis après que la droite l'ait emprisonné.
Il rappellera à toutes et tous outre celle politique, la responsabilité du syndicalisme pour mener le combat contre l'extrême droite.
Un beau moment de mémoire et d'hygiène mentale que personne n'a contesté a raisonné ce jour dans la gare.
J'ajouterai que cela portait bien plus haut et plus loin que le discours de Macron à l'île longue quelques jours avant
Guy Hervy
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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 16:12

 

1936 fut une année magnétique, l’année du Front populaire ! Notre hebdomadaire Communistes lui rend hommage en évoquant, chaque semaine de 2026, des événements survenus la semaine équivalente (ou presque) de 1936.

24/29 février 1936 (8) Ernst Thaelmann 

Jean Craignou avait été blessé lors de la manifestation antifasciste du 9 février 1934 : ce communiste du 12e arrondissement, tapissier de son métier, avait reçu une balle de revolver qui lui avait traversé le cou ; il est mort le 23 février. Un communiqué du Comité central du PCF souligne que Jean Craignou « s’est battu héroïquement pour épargner à notre pays la honte du fascisme » et appelle les travailleurs de la région parisienne à lui « apporter un dernier salut » et « lui assurer des obsèques grandioses samedi après-midi ».

Le 28 février, l’Humanité consacre un dossier de huit pages intitulé « Il faut arracher Thaelmann aux griffes du fascisme hitlérien ». Né à Hambourg en 1886, il avait rejoint le KPD en 1920, dirige l’insurrection de Hambourg, passe à la clandestinité, devient président du parti en 1925, double le score électoral communiste de 1928 à 1932. Il est arrêté le 3 mars 1933 par les nazis. Thorez propose qu’il soit le président d’honneur du 7e congrès de l’Internationale communiste en 1935.

La Chambre des députés ratifie le 26 février le pacte franco-soviétique. Par 353 voix contre 164. « Un succès important des défenseurs de la paix » titre l’Humanité. Dans un éditorial intitulé « Qui provoque ? », le directeur du quotidien Marcel Cachin évoque le dépit des forces réactionnaires et pro-allemandes. « La signature du pacte franco-soviétique fut dans le monde un spectacle inédit. C’est la première fois que l’on entend des représentants de grands peuples comme la France et l’Union Soviétique déclarer que jamais ils ne se feront la guerre l’un à l’autre. C’est la première fois qu’ils admettent que s’ils sont attaqués, ils se prêteront assistance contre le criminel qui brisera la paix. »

La guerre, la paix, il en est beaucoup question dans la presse. On parle ainsi d’un étrange putsch qui s’est passé au Japon, organisé par des officiers fascistes qui bénéficient de la complicité de l’armée. Les mutins pourraient se rendre, mais on parle aussi du glissement de ce pays vers une dictature militaire. La guerre, la paix, c’est aussi le sujet d’un article de Jacques Duclos qui se félicite de l’initiative de l’ARAC, l’Association républicaine des anciens combattants, fondée par Henri Barbusse, d’organiser un « pèlerinage » à Verdun, pour le vingtième anniversaire des combats sur ce front. « Qu’ils aillent nombreux les anciens combattants sur les champs de bataille de Verdun, qu’ils aillent puiser dans le souvenir des heures atroces qu’ils ont vécues, la volonté inébranlable de tout faire pour empêcher la guerre. »

Gérard Streiff

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